Latest / MUMONS / Épisode 120 - La cité des possibles (Mundaneum)
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- 0:02Lorsque ce petit bolide atteindra 88 miles à l'heure,
- 0:05attends-toi à voir quelque chose qui décoiffe.
- 0:08Ce qui place votre zone d'atterrissage à 5,0667 degrés de latitude nord et 77,3333 de longitude ouest.
- 0:17Rien de tout ça derrière.
- 0:18Qu'est-ce que le réel ?
- 0:19La seule variable constante est l'inattendue.
- 0:22On ne peut pas la contrôler.
- 0:23Je crois que vous êtes encore pire que ces créatures.
- 0:26Elles,
- 0:26elles n'essaient pas de se massacrer entre elles pour tirer le plus gros.
- 0:30Voyons si une capacité de poussée de 10%
- 0:31permet de décollage.
- 0:33Et 3,
- 0:332,
- 0:341...
- 0:37Chers auditrices,
- 0:38chers auditeurs,
- 0:38bienvenue dans ce nouvel épisode de Science,
- 0:40Art et Curiosité,
- 0:41le podcast du MUMONS.
- 0:43Aujourd'hui,
- 0:43je suis dans la salle Utopia du Mondanéum.
- 0:46Il est 10h du matin,
- 0:47donc plutôt que de la bière sur la table,
- 0:48tu vas retrouver du thé,
- 0:49du café et des viennoiseries.
- 0:51Et on est le 14 mars.
- 0:53Hier soir,
- 0:54donc le 13 mars au soir,
- 0:55c'était l'inauguration de la nouvelle exposition
- 0:58du Mondanéum,
- 0:59Cité des possibles,
- 1:00des utopies aux réalités de demain.
- 1:03Cette exposition va être ouverte et être accessible pendant un an.
- 1:07Et autour de la table,
- 1:08j'ai la chance aujourd'hui d'avoir quatre personnes qui ont contribué à la réalisation de cette exposition.
- 1:15Alors j'accueille aujourd'hui
- 1:16Aurélie Montigne,
- 1:17Antoine Dabé,
- 1:19Camille Paris et
- 1:20Margot Savignac.
- 1:22J'espère n'avoir écorché aucun nom.
- 1:24Comment vous allez ?
- 1:25Ça va très bien,
- 1:26merci beaucoup pour cette invitation.
- 1:27Ça va bien,
- 1:28je suis contente de pouvoir parler du projet.
- 1:31Super.
- 1:32Oui,
- 1:32ça va très bien aussi.
- 1:33On est au soleil,
- 1:34on est bien.
- 1:34Et en plus,
- 1:35on va parler d'exposition et d'utopie.
- 1:37Donc,
- 1:37c'est parfait.
- 1:39Et justement,
- 1:39on va revenir sur toute une série de concepts.
- 1:41Mais avant ça,
- 1:42je pense que pour l'auditeur et l'auditrice qui écoutent ce podcast là maintenant,
- 1:46ce serait bien qu'en quelques mots,
- 1:47parce qu'on est quand même quatre autour de la table,
- 1:49en l'occurrence cinq,
- 1:50puisque je suis là aussi,
- 1:51que vous puissiez vous présenter chacun en
- 1:5425 secondes.
- 1:55On essaie ?
- 1:55Possible ?
- 1:57Moi je suis Antoine Dabbé,
- 1:59donc comme mes deux camarades présents je suis étudiant du master muséographie de Arras à Artois,
- 2:03dans lequel du coup on a été muséographe de l'exposition,
- 2:07et personnellement je suis apprenti médiateur scientifique et je suis aussi historien des sciences de formation.
- 2:14Bienvenue Antoine.
- 2:15Moi c'est Camille Paris,
- 2:17j'ai plutôt un profil d'histoire de l'art,
- 2:19histoire et muséologie,
- 2:21et donc comme Antoine étudiante apprentie muséographe dans le master de l'université d'Artois.
- 2:27Super.
- 2:28Et donc,
- 2:28moi,
- 2:28c'est Margot Savignac.
- 2:30Je suis aussi muséographe de l'exposition en tant qu'apprentie.
- 2:36J'ai plutôt un profil art,
- 2:38plus précisément art moderne et art contemporain.
- 2:41Super.
- 2:42Alors,
- 2:42moi,
- 2:42c'est Aurélie Montigny.
- 2:43Je suis la directrice du Mondanéum,
- 2:46qui est un centre d'archives privés et un espace muséal à Mons.
- 2:50Et petite anecdote,
- 2:51les trois étudiants,
- 2:52en tout cas les trois personnes en formation qui ont participé à l'exposition, ...
- 2:56On entre autres court avec Serge Chaumier,
- 2:58avec qui on avait déjà fait un podcast par le passé,
- 3:01autour des questions de quelles sont les responsabilités du musée et quel est le rôle de la muséographie dans un musée.
- 3:09J'ai pu revoir Serge hier,
- 3:10j'étais très content d'échanger avec lui.
- 3:11Quoi qu'il en soit,
- 3:12ce n'est pas le sujet de ce podcast.
- 3:13Le sujet de ce podcast,
- 3:14c'est vraiment l'exposition.
- 3:16Cette exposition a été développée par deux partenaires,
- 3:19le Mondanéum et l'Université de Darras.
- 3:23C'est un projet qui a pris deux ans pour...
- 3:26aboutir et qui va être accessible pendant une année.
- 3:29Alors,
- 3:30le premier élément que je voudrais discuter avec vous toutes et Antoine,
- 3:36c'est comment aujourd'hui,
- 3:38dans le contexte économique,
- 3:40politique,
- 3:40social,
- 3:41écologique dans lequel on se trouve,
- 3:44on peut encore rêver d'utopie ?
- 3:46Vous avez
- 3:4710 minutes.
- 3:49Alors,
- 3:49ça,
- 3:49c'est une vaste question et moi,
- 3:51je poserai en fait plutôt la question inverse.
- 3:54dans ce contexte qui est le nôtre aujourd'hui,
- 3:56comment ne pas rêver d'utopie ?
- 3:58Parce que quelque part,
- 3:58l'utopie,
- 4:00c'est un peu connoté en fait.
- 4:01On a l'impression que dans un monde qui est un peu régi par l'immédiateté,
- 4:07de se poser,
- 4:08de rêver,
- 4:08c'est contre-productif.
- 4:10Mais en fait,
- 4:10l'utopie,
- 4:12elle a cette force de nous pousser à réfléchir à ce qui ne nous convient pas dans une société,
- 4:18finalement dans une ville,
- 4:20dans sa vie,
- 4:21de manière plus générale.
- 4:23et...
- 4:23de dépasser cette analyse pour essayer de trouver des solutions,
- 4:26des alternatives pour améliorer tout ça.
- 4:28Donc l'utopie n'empêche pas l'action,
- 4:30c'est pouvoir de dépasser cette analyse pour essayer d'imaginer autre chose.
- 4:35Et donc dans une société forcément qui est en crise,
- 4:39c'est vraiment le contexte idéal pour pouvoir se dire on veut autre chose,
- 4:43l'humanité tend vers autre chose.
- 4:45Et donc pour moi,
- 4:46une société qui n'aurait pas cette capacité d'imaginer,
- 4:50de réfléchir à une meilleure version d'elle-même,
- 4:52En fait,
- 4:52c'est une société qui n'a pas tellement d'avenir.
- 4:54Donc,
- 4:55l'utopie est nécessaire.
- 4:57Maintenant,
- 4:57c'est sûr que...
- 4:59C'est pas à pas,
- 5:00il faut pouvoir prendre le temps de réfléchir de manière un peu ponctuelle,
- 5:04de mettre en place des projets qui ne vont pas forcément révolutionner la face du monde,
- 5:07mais qui,
- 5:08petit à petit,
- 5:09vont faire bouger les lignes pour arriver à quelque chose de concret.
- 5:11Super.
- 5:12Est-ce que l'un de vous veut compléter cette réponse ?
- 5:16Oui.
- 5:16En soi,
- 5:17je n'aurais pas su mieux dire qu'Aurélie,
- 5:19parce que c'est effectivement ça un peu l'utopie pour nous.
- 5:21Nous,
- 5:21c'est important de dire que l'utopie,
- 5:24c'est un peu un moyen,
- 5:25c'est un outil,
- 5:25à la fois pour critiquer la société dans laquelle on vit.
- 5:28pour la réimaginer,
- 5:29mais aussi pour la rêver,
- 5:30pour la fuir,
- 5:31si c'est compliqué.
- 5:32Et dans nos lectures et nos recherches,
- 5:34on s'est rapidement rendu compte que les utopies étaient fortement liées à des périodes de crise.
- 5:39Et ces crises sont très subjectives,
- 5:40ça dépend beaucoup de la période dans laquelle on est,
- 5:41de qui on est,
- 5:42où est-ce qu'on se trouve,
- 5:43et aussi ce qu'on a vécu.
- 5:45Et c'est très important de garder ça en tête,
- 5:47d'avoir sa propre utopie vis-à-vis de tout ça.
- 5:49J'ai l'impression aussi qu'au final,
- 5:51cette utopie,
- 5:52elle va jouer un rôle essentiel,
- 5:54c'est de montrer qu'il y a des futurs alternatifs.
- 5:57enviable ou non à décider ensemble,
- 6:00mais qu'il y a des scénarios alternatifs que celui qu'on vit maintenant et j'ai l'impression que c'est un petit peu ce que vous êtes en train de nous partager.
- 6:06Alors dans le titre de l'exposition,
- 6:09il y a le terme cité qui est utilisé.
- 6:11Une première question que je me suis posée c'est pourquoi utiliser le terme cité et pas le terme ville ?
- 6:16Quelle est la différence pour vous ?
- 6:18Et l'autre élément que je voudrais savoir c'est au final qu'est ce qui caractérise pour vous une cité ?
- 6:23Quels sont les éléments constitutifs de base qui vont permettre
- 6:27par exemple de différencier une cité d'une autre cité ?
- 6:30Alors par rapport au terme de cité,
- 6:32nous c'est vrai qu'on est directement partis sur ce terme-là puisque la base de l'exposition c'était de parler de la cité mondiale de Paul Hotelet telle qu'elle a été définie,
- 6:40donc c'était vraiment la notion de cité mondiale.
- 6:42Et donc c'est vrai qu'à un moment donné,
- 6:44on a dû établir un peu un langage commun entre nous parce que le mot cité n'avait pas la même définition en France qu'en Belgique ou en tout cas dans...
- 6:53dans l'esprit des étudiants et dans le nôtre,
- 6:56et donc on s'est dit sur quoi on va partir,
- 6:58en sachant que de toute façon,
- 6:59nous,
- 7:00le terme cité allait apparaître,
- 7:01puisque c'est la dénomination de la cité mondiale.
- 7:03Et donc,
- 7:05on a établi un langage commun,
- 7:07en fait,
- 7:07un socle commun,
- 7:09et on s'est dit,
- 7:09le terme cité est plus global dans la mesure où ça dépasse un peu cette notion d'architecture,
- 7:16de tissu urbain qu'on pourrait imaginer plutôt dans le terme de ville.
- 7:20Et avec cette notion aussi de,
- 7:22dans une cité,
- 7:22il y a des citoyens qui participent à la construction de cette ville,
- 7:26qui mettent des valeurs.
- 7:28Et on trouvait que c'était un peu plus représentatif,
- 7:31en tout cas,
- 7:31du propos de la cité mondiale qui avait été imaginée par Paul Autelet.
- 7:34Et donc,
- 7:35c'est vrai qu'on a appliqué ce terme de cité aux autres villes idéales,
- 7:39dans vraiment cette idée de,
- 7:40il y a des valeurs derrière,
- 7:41dans ces projets utopiques.
- 7:43On a envie d'en tendre vers quelque chose.
- 7:45Il y a une quête qui est présente avec une...
- 7:47une participation active des personnes qui la constituent.
- 7:50Donc c'était vraiment dans cette optique-là.
- 7:52Je pense aussi qu'il y a une différence d'échelle entre la ville et la cité.
- 7:56On peut voir des cités incluses dans des villes,
- 7:59comme les cités ouvrières,
- 8:01les cités jardins,
- 8:02pour faire un peu référence à l'histoire.
- 8:05Et puis dans le terme de cité,
- 8:06il y a aussi tout un aspect plus communauté.
- 8:09C'est plus proche au niveau des valeurs.
- 8:12Ça change complètement d'une ville.
- 8:13La ville,
- 8:14ça fait vraiment beaucoup référence à l'urbanisme,
- 8:16alors que les...
- 8:17Une utopie,
- 8:18ce n'est pas forcément que de l'urbain.
- 8:20Ça peut aussi être dans un cadre beaucoup plus à la campagne,
- 8:24plus en retrait de tout ça.
- 8:27J'imagine que cette utopie intègre aussi,
- 8:29comme vous l'expliquez là,
- 8:31un ensemble de tissus social qui se fondent avec la cité urbaine,
- 8:35qui se fondent avec la ville plutôt urbaine et qui devient justement quelque chose de plus grand en termes de concept,
- 8:41j'entends,
- 8:42qui est la cité.
- 8:43Aussi,
- 8:44c'est vraiment une question qu'on s'était posée en interne avec le Monde d'Anéum et nous aussi les apprentis muséographes.
- 8:51C'est pour ça que dans l'exposition,
- 8:53on retrouve des petits points à chaque séquence avec des définitions pour que justement le visiteur ait ce langage commun et puisse comprendre notre propos.
- 9:03Tout à fait.
- 9:04Alors j'ai visité l'exposition hier.
- 9:06Pour être franc...
- 9:07Le podcast s'est décidé vraiment à l'arrache hier soir.
- 9:09On ne va pas...
- 9:12Je pense qu'à un moment,
- 9:12il faut mettre carte sur table.
- 9:14Mais c'est super.
- 9:14Je pense que c'est aussi comme ça qu'on fait les podcasts les plus intéressants.
- 9:18C'est un peu en mode surprise.
- 9:20Quoi qu'il en soit,
- 9:21j'ai découvert l'exposition hier pour préparer le podcast.
- 9:25Et ce que je trouvais intéressant,
- 9:26justement,
- 9:26c'était ces guidelines que vous donnez tout au long de l'exposition pour qu'au final,
- 9:30il y ait un langage commun.
- 9:31Et s'il y a un langage commun,
- 9:32il y a une construction commune qui peut émerger.
- 9:35En effet,
- 9:36pour nous c'était vraiment important de se dire comment est-ce qu'on parvient à l'utopie,
- 9:39et de donner les clés à tout et chacun pour faire la sienne.
- 9:42C'est un peu le découpage de l'exposition,
- 9:44c'est déjà pourquoi il y a une utopie,
- 9:46généralement si ça parle à un constat,
- 9:48un constat qui est actuel pour chacun,
- 9:50c'est quelque chose qui va mal dans notre vie,
- 9:52dans notre société,
- 9:53et on aimerait le changer.
- 9:55C'est une observation,
- 9:56on parle de déconstruire le monde,
- 9:58et dès qu'on a fait cette déconstruction,
- 10:00on peut commencer à aller vers la suite,
- 10:01qui est imaginer ce qu'on aimerait.
- 10:02pour nous,
- 10:03pour les autres,
- 10:04et aussi à qui se destinerait l'utopie qu'on imagine,
- 10:07la cité idéale qu'on imaginerait.
- 10:09Et enfin,
- 10:09d'accès fait,
- 10:10il est temps de bâtir cette cité.
- 10:12Et deux questions se posent,
- 10:13où est-ce qu'on peut la faire et comment est-ce qu'on la fait ?
- 10:15Et c'est important dans toutes ces réflexions de bien prendre en compte que l'utopie,
- 10:20l'idéal,
- 10:20c'est subjectif,
- 10:21mais qu'une cité,
- 10:22ça se fait à plusieurs.
- 10:23Et donc que ces subjectivités doivent se combiner.
- 10:27Et au final,
- 10:27je rebondis sur ce que tu dis,
- 10:29ça pose vraiment la question des...
- 10:31quelles sont les valeurs sur lesquelles on se base pour construire une cité idéale ?
- 10:36Et je vais prendre deux exemples très,
- 10:37très opposés.
- 10:39J'imagine que la cité idéale de Trump et de Musk ne sera pas notre cité idéale ici,
- 10:43dans ce que nous avons vendu.
- 10:45Et donc,
- 10:45cette question des valeurs,
- 10:46elle est centrale.
- 10:47Et ce que j'aime aussi dans ce que tu expliques,
- 10:49c'est que tu donnes un petit peu un mode d'emploi,
- 10:51au final,
- 10:52sur comment repenser notre manière d'habiter le monde et comment essayer ensemble de construire quelque chose de différent.
- 10:59Et justement,
- 10:59la dernière séquence...
- 11:01qui clôture l'exposition,
- 11:03c'est qu'on laisse la part aux visiteurs de s'exprimer.
- 11:06Et donc,
- 11:07c'est vraiment une séquence à part entière.
- 11:10Et on essaye de le guider dans ses réflexions avec un petit jeu débat minute pour essayer d'échanger entre visiteurs.
- 11:18La clôture de cette exposition,
- 11:19c'est vraiment ça.
- 11:20C'est prenez possession de tout ce qu'on vous a donné dans l'exposition et faites-en quelque chose.
- 11:26Votre façon de faire sera toujours la meilleure façon de répondre à ça.
- 11:31Alors l'exposition,
- 11:32elle s'axe en deux parties,
- 11:34je dirais.
- 11:35Il y a une partie plutôt historique qui revient sur le contexte des cités utopiques,
- 11:40pourquoi les cités utopiques,
- 11:42un peu le comment.
- 11:43Et ensuite,
- 11:44justement,
- 11:44le comment est plus détaillé dans la partie actuelle.
- 11:47Est-ce qu'aujourd'hui,
- 11:48la cité utopique a encore un rôle à jouer dans les réflexions,
- 11:52par exemple,
- 11:52politiques ou les réflexions sociales à mener ?
- 11:55J'aimerais qu'on s'attarde un tout petit peu plus sur cette partie historique.
- 11:58Tu le disais Aurélie.
- 11:59À la base,
- 11:59la Cité mondiale,
- 12:01c'est un rêve,
- 12:02celui de Paul Hôtelet,
- 12:03entre autres.
- 12:03Il y a toute une série de personnes autour de lui,
- 12:05mais il est un petit peu l'emblème de cette Cité mondiale.
- 12:08On a fait un podcast spécifique sur le mondanéum,
- 12:11machine à penser le monde.
- 12:13C'est l'épisode 77,
- 12:14chers auditeurs,
- 12:14chères auditrices,
- 12:15si tu veux retrouver ce podcast.
- 12:17Donc,
- 12:17on ne va pas revenir en détail sur cette Cité mondiale.
- 12:20On va se donner un petit challenge,
- 12:22Aurélie.
- 12:22Est-ce qu'en trois minutes,
- 12:23tu peux nous résumer le concept de la Cité mondiale ?
- 12:27Et après,
- 12:28l'auditeur et l'auditrice qui voudraient en savoir plus,
- 12:30je l'invite vraiment à aller retrouver cet épisode 77 et à l'écouter,
- 12:34parce que ça donnera vraiment aussi pas mal de perspectives à cette exposition.
- 12:38Oui,
- 12:38alors la Cité mondiale,
- 12:39en fait,
- 12:40c'est assez simple.
- 12:41Finalement,
- 12:41c'est simple et c'est compliqué à la fois.
- 12:43Mais c'est simple dans la mesure où l'objectif est clair depuis le départ,
- 12:47c'est de parvenir à établir une paix universelle.
- 12:51Et donc,
- 12:51ça,
- 12:51c'est le concept aussi du monde d'Anneum.
- 12:53C'est ça qui est intéressant dans l'histoire du monde d'Anneum et de la Cité mondiale.
- 12:56c'est que la cité mondiale est vraiment imaginée comme l'aboutissement ultime de tout ce concept qui a créé les différentes institutions de l'histoire du monde d'Aneum.
- 13:06C'est cette conviction profonde que la connaissance mène à la paix universelle et que le partage des connaissances permettrait d'y arriver,
- 13:14que chacun puisse être informé,
- 13:16pouvoir apprendre à se connaître.
- 13:18C'est la compréhension mutuelle entre les peuples et ça c'est vraiment la conviction.
- 13:22le but de toute leur vie au fondateur du monde d'Anneum,
- 13:25donc Paul Hôtelé,
- 13:25Henri Lafontaine et Léonie Lafontaine.
- 13:28Et cette cité,
- 13:28elle est imaginée comme ça,
- 13:30une cité qui est consacrée à la connaissance,
- 13:32à la coopération internationale,
- 13:34à la compréhension mutuelle entre les peuples.
- 13:36Et donc,
- 13:36ils ont imaginé cette cité comme étant vraiment un phare de connaissances qui éclaire un peu le monde.
- 13:43Voilà,
- 13:44c'est assez simple finalement dans l'objectif parce que c'est ça qui est un peu fou dans l'histoire du monde d'Anneum,
- 13:49c'est qu'en fait,
- 13:50ils ont eu...
- 13:50cette conviction profonde pendant 40 ans.
- 13:53Et dans un contexte,
- 13:54c'est quand même hyper compliqué,
- 13:55parce qu'on est dans un contexte entre la Première Guerre mondiale,
- 13:57la Deuxième Guerre mondiale,
- 13:58et ils ont toujours été animés par cette volonté et la foi,
- 14:03c'est presque un acte de foi,
- 14:04de se dire que malgré tout ça,
- 14:07ils restent persuadés que la connaissance va amener à la paix universelle et que donc,
- 14:11si on met en place les outils pour y arriver,
- 14:14en fait,
- 14:14on va y arriver.
- 14:15Donc,
- 14:15ce n'est pas du tout utopique dans l'idée,
- 14:17en tout cas dans leur idée à eux.
- 14:19Et ça ne l'était pas non plus forcément au départ,
- 14:21puisque la Cité mondiale obtient quand même à la base beaucoup de soutien de l'État.
- 14:25Donc elle est imaginée à plein d'endroits différents.
- 14:28Mais c'est vrai qu'après,
- 14:29le contexte d'entre-deux-guerres n'est plus favorable à ce genre de projet vraiment dédié à la paix dans le monde.
- 14:37Et c'est là où on bascule vers l'utopie.
- 14:40Dans ton discours hier,
- 14:41tu employais un terme que je trouvais assez fort,
- 14:43qui était relégué au rang d'utopie.
- 14:45Donc vraiment,
- 14:45elle a été poussée,
- 14:46entre guillemets,
- 14:48à ce niveau-là,
- 14:48alors qu'au début,
- 14:49elle n'était pas imaginée comme une utopie.
- 14:51Elle était imaginée comme un projet concret,
- 14:53réel,
- 14:53qui allait voir le jour et qui allait être physique.
- 14:56Ça allait être du dur.
- 14:57Et c'est d'ailleurs pour ça que plusieurs architectes ont vraiment fait les plans.
- 15:01Donc ça veut dire qu'on n'est pas juste dans une cité concept.
- 15:04Il y a eu des plans,
- 15:05il y a eu plusieurs architectes,
- 15:06dont le corbusier.
- 15:08qui ont travaillé dessus,
- 15:09ça a été vraiment imaginé de manière très,
- 15:13très aboutie.
- 15:14Et donc,
- 15:14pour que des architectes s'y penchent de manière aussi poussée,
- 15:18c'est que clairement,
- 15:19on n'était pas dans quelque chose d'utopique.
- 15:21Alors maintenant,
- 15:22quand on voit le projet avec notre regard d'aujourd'hui,
- 15:25dès le départ,
- 15:27forcément,
- 15:27le contexte a évolué.
- 15:28Donc,
- 15:28on se dit,
- 15:29oui,
- 15:29mais ça,
- 15:30ça paraît un peu irréalisable.
- 15:32On peut aussi se poser plein de questions sur les dérives éventuelles que...
- 15:36Même le projet de cité mondiale aurait pu ouvrir la voie.
- 15:39Finalement,
- 15:40c'est quelque chose d'assez élitiste,
- 15:41assez totalitaire.
- 15:42Et donc là,
- 15:42ça pose la question de se dire,
- 15:44même avec les meilleures intentions du monde,
- 15:47à un moment donné,
- 15:47comment aurait pu évoluer cette cité ?
- 15:50Mais voilà,
- 15:50c'est vrai que le terme utopie est un peu connoté,
- 15:54mais ce n'était pas du tout imaginé comme une utopie à la base.
- 15:56Donc ça,
- 15:56c'est important de le préciser.
- 15:58Et ce qui est intéressant aussi,
- 15:59c'est qu'au final,
- 16:01cet imaginaire qui devait s'incarner,
- 16:03mais qui devient une utopie,
- 16:04est l'embryon d'une réflexion commune qui a inspiré des visions qui perdurent encore aujourd'hui.
- 16:10Et je pense que c'est aussi pour ça que cette cité mondiale est le point de départ de votre exposition,
- 16:16puisqu'elle a encore une influence sur toute une série de réflexions qui sont menées aujourd'hui.
- 16:22Et justement,
- 16:23dans ces influences,
- 16:24alors peut-être directes ou indirectes,
- 16:26est-ce que vous pouvez me parler un petit peu de cités utopiques qui ont été rêvées et qui n'ont pas été réalisées ?
- 16:32et à l'inverse,
- 16:33dans un deuxième temps,
- 16:34de cités utopiques qui ont été réalisées et qui donc peut-être ont quitté un petit peu ce giron de l'utopie et qui sont devenues de véritables projets.
- 16:43Oui,
- 16:44on a un projet qu'on a découvert dans nos lectures et qu'on n'a pas abordé dans l'exposition,
- 16:48c'est un projet de Walt Disney qui s'appelle Epcot.
- 16:52Alors peut-être que vous connaissez ce projet,
- 16:53actuellement ça existe vraiment,
- 16:54c'est une partie du parc d'attractions de Disneyland,
- 16:57mais à l'origine c'était vraiment une cité qui voulait montrer le monde.
- 17:01dans ces diverses cultures,
- 17:03et il y avait vraiment une volonté des habitants,
- 17:05de vie,
- 17:05etc.
- 17:06Et c'était un projet qui était concret,
- 17:09mais qui s'est transformé petit à petit en un parc attraction.
- 17:11Donc ça a vraiment dérivé très fortement vers la dérive touristique.
- 17:15Tout en gardant,
- 17:15en fait,
- 17:15cette partie mondiale où le principe,
- 17:18en fait,
- 17:18dans Epcot,
- 17:19c'est...
- 17:19Alors,
- 17:19je ne sais pas si c'est intéressant,
- 17:20c'est juste pour coller à ce que tu dis,
- 17:22c'est que tu retrouves des employés de tous les autres parcs Disney dans le monde dans cette partie-là,
- 17:27et chaque employé,
- 17:28en fait...
- 17:29dans la partie du monde qui le concerne.
- 17:31Par exemple,
- 17:32ceux qui viennent de Disneyland Paris sont dans la partie française.
- 17:36T'as Tokyo,
- 17:37t'as...
- 17:38Vraiment,
- 17:39à chaque fois qu'un Disney est implanté quelque part,
- 17:41il est représenté à Epcot.
- 17:42Et il y a encore cette partie de faire découvrir le monde.
- 17:45Encore une fois,
- 17:45je n'émets pas de jugement,
- 17:46je dis juste ce qu'il y a factuellement.
- 17:48Ou ils ont une attraction qui est assez intéressante où tu voles au-dessus du monde,
- 17:53en fait,
- 17:54dans une espèce d'hémisphère.
- 17:55Visuellement,
- 17:56c'est super impressionnant,
- 17:57et c'est vrai,
- 17:57c'est très très beau.
- 17:58Après,
- 17:59je pense que Disney incarne aussi un propos capitaliste qui est assez important à l'heure actuelle.
- 18:04Il faut remettre en perspective de ça.
- 18:06On n'est pas en train de dire que Disney,
- 18:08c'est la voie à suivre.
- 18:10Est-ce qu'il y aurait une autre cité utopique peut-être à partager qui vous a marqué ?
- 18:15En termes d'autres projets utopiques,
- 18:17ça ne serait pas vraiment un projet.
- 18:18Ce que signifie l'utopie à son origine,
- 18:20tel que ça a été pensé par Thomas More,
- 18:22c'est une ville nulle part.
- 18:25Une ville qui n'a pas de lieu dans lequel s'ancrer.
- 18:28Et là,
- 18:28pour citer
- 18:29Paul Ricoeur dans l'un de ses ouvrages,
- 18:31« L'imagination d'une autre société située nulle part ne permet-elle pas la plus fantastique contestation de ce qui est. »
- 18:38C'est utopique dans son sens le plus beau et en même temps le plus actuel,
- 18:43parce que c'est aussi une critique de la société dans laquelle on vit.
- 18:47Et donc,
- 18:47de ce que je comprends dans ce que tu me dis,
- 18:48c'est que l'utopie a réellement un rôle critique.
- 18:52Parce que,
- 18:53en fait,
- 18:53quand on emploie le terme utopique...
- 18:55Au final,
- 18:56dans le langage courant aujourd'hui,
- 18:57quand on dit à quelqu'un « oui,
- 18:58mais c'est utopique » ,
- 18:59c'est « oui,
- 19:00tu rêves les yeux ouverts,
- 19:01laisse tomber,
- 19:01ça ne s'incarnera jamais » .
- 19:03Or,
- 19:03ce que tu me dis là,
- 19:04c'est qu'en fait,
- 19:05l'utopie,
- 19:05au-delà d'être un rêve qui n'a pas de lieu,
- 19:07c'est un rêve qui vient critiquer dans son ensemble la société.
- 19:11Mais je pense qu'en fait,
- 19:12le propre de l'homme,
- 19:13c'est aussi de vouloir toujours ce qu'il n'a pas et toujours vouloir améliorer.
- 19:19Et donc,
- 19:19les cités utopiques ont ce rôle de toujours aller vers le rêve.
- 19:25Et je trouve ça beau qu'on aille toujours chercher ce qu'on n'a pas et toujours vertueux pour la personne qui le rêve.
- 19:34Et j'entends que l'utopie idéale n'a pas de lieu.
- 19:36Cependant,
- 19:36il y a quand même des utopies qui sont devenues un peu plus concrètes.
- 19:40Est-ce qu'on peut aussi en parler ?
- 19:41Parce que j'ai l'impression que dans l'exposition,
- 19:42il y a des informations là-dessus.
- 19:44Oui,
- 19:45en fait,
- 19:45dans les années
- 19:461970, on a toute une émergence de communautés basées sur un mode de vie communautaire,
- 19:54notamment The Farm au Tennessee,
- 19:55La Baracque à Louvain-la-Neuve et puis
- 19:58Auroville aussi en Inde.
- 20:00C'est des communautés,
- 20:02plutôt vraiment des cités là pour le coup,
- 20:04qui basent leur mode de vie sur l'autosuffisance,
- 20:07la décroissance et la préservation de l'environnement.
- 20:10Ces trois cités sont encore actives aujourd'hui.
- 20:13Il y a des habitants qui y habitent.
- 20:14Et par rapport aux enjeux qu'on doit affronter,
- 20:17ou en tout cas prendre à bras le corps aujourd'hui,
- 20:20ça paraît des exemples qui sont très intéressants et peut-être même inspirants au final.
- 20:23Oui,
- 20:23parce que pour le coup,
- 20:24c'est des questions,
- 20:25les questions environnementales et tout ça,
- 20:27c'est des questions qui se posent aujourd'hui,
- 20:28qui sont toujours d'actualité.
- 20:29Et je pense que c'est peut-être pour ça,
- 20:31justement,
- 20:31que ces cités sont encore actives aujourd'hui.
- 20:33Ça fait totalement sens à notre époque,
- 20:35aujourd'hui encore,
- 20:37même 50 ans après.
- 20:38Aurélie,
- 20:39tu voulais compléter quelque chose ?
- 20:40Oui,
- 20:40je voulais...
- 20:41effectivement,
- 20:42parler un peu du fait que le mot utopie est un peu connoté péjorativement.
- 20:46Au départ,
- 20:47quand on a commencé à parler un peu de l'intention de l'exposition autour de nous,
- 20:51on a eu parfois des réactions qui étaient assez tranchées sur le fait du genre,
- 20:56enfin,
- 20:57pourquoi les utopies ?
- 20:58On n'en est plus là,
- 20:59en fait,
- 21:00vu l'urgence de la situation.
- 21:01Maintenant,
- 21:01il faut agir.
- 21:03Déjà,
- 21:03on se rend compte qu'on n'a pas forcément la même définition du mot utopie.
- 21:06Et après,
- 21:07en fait,
- 21:07elle nous a fait un peu réfléchir.
- 21:08On s'est dit,
- 21:09mais il faut que ça apparaisse dans le titre.
- 21:11de l'exposition que finalement,
- 21:13peut-être qu'à la notion d'utopie,
- 21:15on va faire un lien directement avec les réalités de demain.
- 21:18Il faut qu'on ancre les utopies dans les enjeux actuels,
- 21:21pour ne pas passer à côté,
- 21:22pour ne pas encore passer pour des doux rêveurs et de se dire qu'effectivement on n'en est plus là,
- 21:27vu le genre de la situation,
- 21:28mais d'insister sur le rôle social que peuvent avoir les utopies.
- 21:32Et donc c'est vrai que ça,
- 21:33ça a vraiment été au centre de la réflexion sur le titre et de se dire qu'on ancre sur l'actualité.
- 21:40Et il n'y a pas de réponse à ces enjeux-là,
- 21:42mais l'idée de l'exposition,
- 21:44c'est d'apporter grâce à ce qui s'est déjà fait.
- 21:47On ne va pas repartir de zéro à chaque fois.
- 21:49Il y a des choses à prendre,
- 21:50des leçons à tirer du passé,
- 21:52des différents projets qui ont été mis en place,
- 21:54qu'ils se soient réalisés ou pas finalement,
- 21:56mais il y a des enseignements à en tirer.
- 21:58Et à partir de là,
- 21:59c'est de permettre d'enrichir la réflexion pour pousser justement,
- 22:03et de se dire
- 22:04« et demain en fait ? »
- 22:05Et c'est la dernière section,
- 22:06elle s'appelle comme ça,
- 22:07c'est « et demain ? »
- 22:08Qu'est-ce qu'on a envie pour demain ?
- 22:09C'est dépasser un peu la notion d'utopie pour l'ancrer dans le présent.
- 22:13C'était vraiment ce qui était important pour nous.
- 22:15C'était un enjeu crucial et on s'est bien demandé à un moment donné comment on allait dépasser ça pour ne pas passer à côté justement de l'exposition.
- 22:23Et au final,
- 22:24ça nous permet un petit peu de basculer sur cette partie plus actuelle justement qu'il y a dans l'exposition et qui est essentielle et qui a pour but de montrer aujourd'hui à quoi doit servir,
- 22:36et j'utilise le terme doit de façon consciente,
- 22:38une utopie.
- 22:39une utopie,
- 22:40une cité utopique dans toutes les réflexions qu'on doit mener.
- 22:43Pour illustrer aussi ça,
- 22:44je prendrai des propos qui ne sont pas les miens,
- 22:46des propos d'Arthur Keller qui dit qu'en fait,
- 22:48à l'heure actuelle,
- 22:49on n'a plus besoin de gestionnaire,
- 22:50on a besoin de visionnaire qui travaille au bien commun.
- 22:53Et justement,
- 22:54ces utopies sont là pour nourrir les visionnaires et faire en sorte qu'on aille vers un futur enviable.
- 23:00Et ça va poser d'autres questions ensuite qu'on abordera.
- 23:03C'est sûr qu'on a besoin de rêveurs.
- 23:04Et c'est en rêvant à plusieurs qu'on arrivera à faire une cité du futur.
- 23:06Et qui correspondra ?
- 23:09au plus grand nombre.
- 23:10Bien sûr,
- 23:10il y aura plusieurs cités parce qu'une cité universelle,
- 23:12ça ne peut pas vraiment exister,
- 23:13dans le sens où les utopies,
- 23:14les idéaux,
- 23:14c'est propre à chacun.
- 23:16Mais l'utopie,
- 23:17ça doit servir à ça.
- 23:18L'utopie,
- 23:19l'idéal,
- 23:19ça doit servir à se questionner sur ce que nous,
- 23:21on a besoin par rapport aux crises dans lesquelles le monde se trouve et comment est-ce qu'on peut parvenir à les mettre en place,
- 23:29les rendre concrètes sans forcément tomber dans des dérives.
- 23:31Et tu me permets de faire une très très belle transition.
- 23:34C'est la question justement des dérives.
- 23:36puisque une utopie,
- 23:38c'est...
- 23:39Au départ,
- 23:39je caricature le rêve d'une personne,
- 23:42peut-être d'un petit groupe de personnes,
- 23:44mais qui va peut-être vouloir imposer cette vision du monde à un autre groupe.
- 23:49Et donc,
- 23:49comment ne pas tomber dans les dérives ?
- 23:51Comment une utopie pourrait devenir une dystopie ?
- 23:53Typiquement,
- 23:54ce qu'on vit aux États-Unis est certainement l'utopie d'une part de la population et une dystopie pour une autre part de la population.
- 24:02Comment éviter de tomber dans des situations aussi extrêmes au final ?
- 24:06Ça me fait un peu penser,
- 24:07on a eu cette discussion ensemble avec
- 24:10Luke Skuyten hier soir,
- 24:12qui disait qu'en fait,
- 24:15une utopie ne doit pas être l'œuvre d'un seul homme.
- 24:18C'est-à-dire qu'à un moment donné,
- 24:19on revient à cette idée de co-construction,
- 24:23de différentes personnes qui doivent la constituer,
- 24:25parce qu'effectivement,
- 24:26même avec les meilleures intentions,
- 24:27encore une fois,
- 24:28c'est toujours un peu ce proverbe qui dit l'enfer est pavé de bonnes intentions,
- 24:33c'est que...
- 24:34Même avec les meilleures intentions du monde,
- 24:35si c'est aux mains d'un seul homme et si c'est pensé par un seul homme,
- 24:38à un moment donné,
- 24:39est-ce que ce n'est pas la voie royale pour arriver vers une dérive complètement totalitaire ?
- 24:44Donc voilà,
- 24:45c'est peut-être pour l'empêcher,
- 24:48empêcher cette dérive,
- 24:49c'est effectivement de co-construire à plusieurs des grands penseurs qui à un moment donné,
- 24:53et pas que des penseurs d'ailleurs,
- 24:55mais chacun dans son expertise,
- 24:57dans ses compétences,
- 24:58amener quelque chose pour tendre vers un idéal,
- 25:00en sachant que l'idéal,
- 25:01on n'y parviendra probablement pas.
- 25:03Et ce n'est pas un échec en soi,
- 25:04mais d'avoir cette quête vers quelque chose d'absolu et de pouvoir s'améliorer,
- 25:09de pouvoir évoluer,
- 25:10accepter que le projet évolue aussi.
- 25:12Ça,
- 25:12ça me paraît essentiel.
- 25:14Mais voilà,
- 25:14je pense que ça,
- 25:15c'est un peu les clés.
- 25:16Pour éviter un peu les dérives.
- 25:18En tout cas,
- 25:18dans les exemples qui sont présentés dans l'exposition,
- 25:21les dérives,
- 25:22c'est souvent totalitaire,
- 25:23sectaire,
- 25:23parce que c'est la pensée unique,
- 25:25en quelque sorte.
- 25:26Et au final,
- 25:27est-ce que ce n'est pas ce qui oppose l'utopie et la dystopie ?
- 25:30C'est qu'une utopie,
- 25:32j'ai l'impression,
- 25:33il y a une espèce de positivisme derrière,
- 25:35il y a une espèce de futur enviable pour le bien commun qui n'est pas derrière la dystopie.
- 25:42De facto,
- 25:42quand on parle d'utopie,
- 25:43il y a ces notions de bien commun qui arrivent,
- 25:46ces notions de construire un projet ensemble,
- 25:48avec les gens et pour les gens.
- 25:50Utopie pour un,
- 25:51dystopie pour autre.
- 25:52C'est-à-dire,
- 25:53si c'est l'utopie d'une grande personne,
- 25:54d'une personne mégalomane avec beaucoup d'argent qui veut faire une cité,
- 25:57il y a de fortes chances que ça devienne une dystopie pour beaucoup de personnes.
- 26:01D'où l'importance à ce moment-là que l'utopie soit l'expression d'un groupe,
- 26:04et d'une volonté de plusieurs.
- 26:05Et ça met en pratique toute une série de démarches de sociocratie.
- 26:10où le citoyen,
- 26:12le membre,
- 26:13la personne qui y habite devient un élément constitutif des décisions qui sont prises dans la cité en l'occurrence.
- 26:20Une question que je me suis posée en visitant l'exposition,
- 26:22c'est est-ce qu'au final,
- 26:24de votre côté,
- 26:25vous avez pris chacun et chacune le temps de réfléchir aux éléments qui seraient indispensables dans votre cité utopique à vous ?
- 26:34Puisque j'entends,
- 26:35au départ,
- 26:36c'est un élément très personnel qui après se construit à...
- 26:39à plusieurs,
- 26:40mais ce point de départ reste personnel.
- 26:42Et donc,
- 26:42est ce que vous seriez d'accord éventuellement de partager ces réflexions si vous les avez menées autour de votre cité idéale à chacun et à chacune ?
- 26:51Je vais commencer.
- 26:52C'est une question qu'on s'est posée à un moment donné tous ensemble pour savoir quelle était notre cité idéale.
- 27:01La mienne,
- 27:01je dirais qu'elle est féministe et qu'aussi elle est justement dans le collectif et le partage.
- 27:08Et je pense que c'est chouette parce que ça rejoint beaucoup les valeurs du Mundaneum avec le fond d'archives féministes,
- 27:16avec la vision de Paul Hôtelet sur toutes ces connaissances et le partage.
- 27:21Merci.
- 27:23La mienne,
- 27:23elle serait plutôt basée sur la slow life,
- 27:26si je peux dire ça comme ça,
- 27:27où on est plutôt dans une démarche de décroissance et puis qu'on ramène tout d'un point de vue local.
- 27:35Je rêve d'une cité où il y a plein de friperies.
- 27:38Plein de marchés de seconde main.
- 27:41Très bien pour moi,
- 27:41trop cool.
- 27:42Moi,
- 27:42à titre personnel,
- 27:43ce serait plus un peu,
- 27:44pour prendre un exemple,
- 27:45dans Star Trek.
- 27:46C'est de la SF,
- 27:47c'est une société où l'humanité n'a plus pour but de faire de l'argent ou de produire.
- 27:52Son but,
- 27:52c'est vraiment de faire de la connaissance,
- 27:54c'est de faire de la recherche.
- 27:55C'est une société où on n'a plus de différence de classe sociale ou de grandes inégalités entre les genres et entre les origines et tout ce qui est possible.
- 28:04Et où on peut chacun aspirer à faire ce qu'on veut.
- 28:07et à être comme on veut.
- 28:08Super.
- 28:09Il ne reste que toi Aurélie.
- 28:11Oui,
- 28:11alors moi c'est un peu plus terre à terre.
- 28:13Il n'y a pas vraiment de grands idéaux.
- 28:16Moi ma ville idéale,
- 28:18je ne sais pas si vous connaissez la pub Grani.
- 28:20Où en fait on voit des gens qui se baladent dans la ville,
- 28:24mais qui sont complètement végétalisés.
- 28:25Ils cueillent une pomme,
- 28:26ils se baladent.
- 28:27C'est vraiment la campagne dans la ville,
- 28:30un peu où la nature a repris tous ses droits.
- 28:33C'est ma ville idéale.
- 28:34C'est comme ça que je le...
- 28:36Enfin voilà,
- 28:36reconnecter avec la nature,
- 28:37de pouvoir avoir des espaces vraiment verts,
- 28:39des arbres,
- 28:40plus du béton.
- 28:42Après,
- 28:42il y a plein d'autres choses,
- 28:43le féminisme et tout.
- 28:44Mais tu vois,
- 28:45le premier truc,
- 28:45moi,
- 28:46c'est vraiment ça.
- 28:46Très bien.
- 28:48Alors,
- 28:48il y a une utopie qui s'incarne un peu plus que les autres dans l'exposition.
- 28:52Tu en as parlé brièvement il y a quelques minutes.
- 28:55C'est l'utopie de Lux Keuten.
- 28:57Est-ce que quelqu'un d'abord peut expliquer qui est Lux Keuten ?
- 29:01Pourquoi il était là hier et pourquoi il est présent dans l'exposition ?
- 29:05qu'est-ce que son utopie véhicule comme message ?
- 29:09Alors,
- 29:09Luke Skuyten,
- 29:10c'est un architecte qui a beaucoup travaillé sur,
- 29:14justement,
- 29:15les questions de la ville du futur.
- 29:18Alors lui,
- 29:19il travaille beaucoup sur les cités végétales.
- 29:21D'ailleurs,
- 29:21il travaille avec des biologistes.
- 29:23Il est convaincu qu'on doit s'inspirer de la nature pour pouvoir créer des nouveaux modèles.
- 29:28C'est ce qu'on appelle le biomimétisme.
- 29:31Et donc,
- 29:31il imagine plein de choses qui s'inspirent de différents écosystèmes qu'il a pu observer.
- 29:36les habitards,
- 29:37brelais,
- 29:37donc ça va même jusque dans la communication entre,
- 29:40par exemple,
- 29:41les différentes espèces.
- 29:42Donc il a vraiment un système de réseau.
- 29:44Donc c'est assez complexe comme pensée,
- 29:46mais il va jusqu'à imaginer aussi la mobilité en fonction de cette conviction qu'il a de devoir s'inspirer de la nature.
- 29:54Donc pour lui,
- 29:55toutes les solutions en fait sont là,
- 29:56c'est juste qu'on ne regarde pas au bon endroit.
- 29:58Si je résume,
- 29:59je ne sais pas s'il serait d'accord avec ça,
- 30:00mais si je résume un peu sa pensée telle que je l'aperçois.
- 30:03C'est ça que j'ai essayé de trouver.
- 30:04C'est très bien.
- 30:05Et donc...
- 30:05Donc pourquoi on a voulu le présenter dans l'exposition ?
- 30:08Parce que ça nous paraissait intéressant d'ouvrir la dernière section « Et demain ? »
- 30:12avec le projet de quelqu'un qui a déjà pensé de manière très construite.
- 30:17Le fait qu'il soit architecte,
- 30:18qu'il soit dessinateur,
- 30:19très porté sur la poésie aussi,
- 30:22ça nous semblait être une bonne manière de faire cette transition-là,
- 30:26d'avoir à la fois quelque chose d'hyper abouti,
- 30:27d'hyper construit,
- 30:28mais avec ce rêve qui caractérise en fait toutes les utopies qu'on a pu présenter jusqu'à présent.
- 30:32Donc c'était hyper...
- 30:34En plus,
- 30:34ce qui est chouette avec lui,
- 30:35c'est que c'est une vision très positive.
- 30:37C'est-à-dire qu'il n'est pas du tout dans quelque chose d'alarmiste.
- 30:41Il veut répondre à l'enjeu majeur écologique.
- 30:44Lui,
- 30:44c'est une alternative à la transition,
- 30:47à ce problème écologique qui est le plus gros problème,
- 30:50je suis d'accord avec lui,
- 30:51qui nous pend au nez.
- 30:54C'est une des solutions,
- 30:55une des alternatives que lui propose,
- 30:58mais c'est dans quelque chose de très positif.
- 31:00Et même,
- 31:00son dernier bouquin parle d'un monde désirable.
- 31:02Donc pour lui,
- 31:03en fait...
- 31:03Il n'y a pas ce poids que pour avoir certaines utopies,
- 31:06ce devoir de dire il faut absolument agir,
- 31:08on va aller dans quelque chose d'hyper radical et ce sera très oppressant,
- 31:11ce ne sera pas du tout positif parce qu'on est au pied du mur et en fait on n'a pas le choix.
- 31:16Lui,
- 31:16il a une optique hyper positive par rapport à ça.
- 31:19Il est dans le rêve,
- 31:20il est dans quelque chose de très végétal et pour lui,
- 31:23en fait,
- 31:23on doit le désirer ce monde de demain.
- 31:25Ce n'est pas quelque chose qu'on doit mettre sur les épaules de nos enfants,
- 31:29des générations à venir en disant maintenant...
- 31:31Voilà,
- 31:32on n'a pas fait ce qu'il fallait,
- 31:33à vous de trouver ça et tout le poids du monde sur les épaules.
- 31:36Non,
- 31:37c'est vraiment quelque chose qui se co-construit et c'est très positif en fait comme vision.
- 31:40Et je pense que c'est vers ça qu'on doit tendre pour essayer de dépasser un peu et d'avoir quelque chose,
- 31:46de pouvoir rêver encore et pas tomber dans un genre de désespoir en disant,
- 31:51il faut qu'on trouve des solutions parce que là,
- 31:53c'est pas alarmiste et c'est pas angoissant ni anxiogène comme ce qu'on pourrait parfois entendre comme discours.
- 32:00Tout à fait,
- 32:00et d'ailleurs son discours hier,
- 32:02puisqu'il est intervenu lors de l'inauguration,
- 32:05était extrêmement inspirant.
- 32:06Je me suis dit,
- 32:07je vais faire un podcast avec ce monsieur,
- 32:08donc voilà,
- 32:09ce sera pour la prochaine saison je pense,
- 32:11mais il y aura quelque chose autour du travail de Luke Skuyten et de sa vision du monde.
- 32:17Alors à l'opposé,
- 32:19dans l'exposition,
- 32:19vous présentez aussi une autre utopie qui s'incarne à l'heure actuelle,
- 32:23qui s'appelle The Line,
- 32:24dont on a déjà discuté avec Pascal Simons dans d'autres podcasts,
- 32:29Dion Lyon,
- 32:30il y a plusieurs saisons.
- 32:32Cette utopie,
- 32:33je ne sais plus si on peut l'appeler une utopie puisqu'elle a un lieu maintenant.
- 32:36Est-ce que vous pouvez en dire quelques mots ?
- 32:38Est-ce que vous pouvez la présenter pour que justement après,
- 32:41on puisse un peu comparer ce que
- 32:44Luke Skuyton a imaginé,
- 32:46ce que les personnes derrière de l'Aïn ont imaginé ?
- 32:48Est-ce qu'il y a des points communs ?
- 32:49Est-ce qu'il y a des divergences ?
- 32:51Lequel est le futur le plus enviable ?
- 32:52Pour qui ?
- 32:53Vous voyez toutes les questions vers lesquelles je vais.
- 32:55En effet,
- 32:56c'est vrai qu'en termes de termes,
- 32:58Ces deux,
- 32:59The Line et la cité végétale de Luke Skryten,
- 33:03utilisent le même terme.
- 33:04L'écologie,
- 33:04l'environnement,
- 33:04la nature,
- 33:05etc.
- 33:05Pourtant,
- 33:05ça n'a absolument rien à voir en pratique.
- 33:08Et pour nous,
- 33:08dans l'exposition,
- 33:08c'était vraiment important de montrer tous les types d'utopies qui pouvaient exister.
- 33:14À titre personnel,
- 33:15The Line,
- 33:15c'est une dystopie,
- 33:16pour moi,
- 33:17sur beaucoup,
- 33:17beaucoup d'échelles,
- 33:19parce que c'est,
- 33:20de part,
- 33:20une utopie qui est capitaliste,
- 33:22qui veut recommencer et accentuer ce qu'est le capitalisme et ce qu'est la hiérarchie des classes.
- 33:27et les iniquités dans le monde.
- 33:29Mais en plus,
- 33:29ça n'a absolument rien à voir,
- 33:30rien d'écologique,
- 33:31parce que c'est un environnement qui n'est pas hospitalier,
- 33:34c'est le désert,
- 33:34ça veut créer un énorme bâtiment fait de métal et de verre.
- 33:37Une espèce de grande ligne,
- 33:38en fait,
- 33:39qui traverse le désert,
- 33:40une ligne de plusieurs kilomètres.
- 33:41On ne parle pas de quelque chose...
- 33:43C'est ça,
- 33:43qui va faire 30 kilomètres,
- 33:44je crois,
- 33:45500 mètres de haut.
- 33:46Du coup,
- 33:46il va séparer une biodiversité déjà sur place,
- 33:49qui va déplacer des populations entières sur son chemin,
- 33:53mais qui se dit écologique,
- 33:54parce qu'il se dit
- 33:56zéro carbone.
- 33:58Je pense que tu as employé des termes assez intéressants,
- 34:00c'est-à-dire pour toi c'est une dystopie,
- 34:01pour d'autres c'est une utopie.
- 34:03Ça pose la question du futur enviable et surtout ça pose la question c'est est-ce qu'il existe un futur enviable pour la société humaine ?
- 34:11Est-ce qu'au final la réponse à ce grand paradigme de que va devenir la société humaine dans le futur,
- 34:16c'est peut-être une société qui vit dans des milieux extrêmement différents ?
- 34:21Une partie pourrait vouloir aller vivre dans The Line et une autre partie,
- 34:24comme Aurélie,
- 34:25voudrait aller plutôt vivre dans la cité de Luxe-Coyton.
- 34:28Est-ce que justement,
- 34:28ce n'est pas la pluralité aussi de la cité qui pourrait répondre aux enjeux de demain ?
- 34:34Oui,
- 34:34clairement.
- 34:34En fait,
- 34:35ce qui est intéressant avec The Line,
- 34:37si on la confronte avec la cité de Luxe-Coyton,
- 34:41c'est qu'on est vraiment dans le cœur de la problématique de l'utopie.
- 34:44C'est-à-dire que tous les deux répondent à l'enjeu sociétal majeur que représente l'écologie.
- 34:50Mais c'est deux alternatives différentes,
- 34:51c'est deux propositions différentes.
- 34:53De là,
- 34:54le fait que ce soit installé dans un désert,
- 34:56c'est aussi pour répondre à ce défi écologique potentiel que pourrait représenter le réchauffement climatique,
- 35:03à un moment donné,
- 35:03de se dire qu'on va devoir habiter dans un milieu inhospitalier dans l'avenir.
- 35:07Et donc,
- 35:08c'est une proposition,
- 35:08c'est une alternative.
- 35:10Alors moi,
- 35:10je trouve que sur le papier,
- 35:12effectivement,
- 35:13c'est pour répondre à cet enjeu écologique-là.
- 35:16les intentions qui sont derrière ou l'interprétation occidentale.
- 35:20que nous,
- 35:20on peut avoir de ces intentions,
- 35:22peuvent poser problème.
- 35:24Mais ça n'empêche que c'est une solution,
- 35:25en fait.
- 35:26C'est de dire comment on pourrait habiter un désert.
- 35:27Moi,
- 35:27je trouve ça intéressant.
- 35:29Après,
- 35:29ce qu'on y met derrière,
- 35:30la vision qu'on pourrait en avoir,
- 35:32ça questionne aussi sur le fait qu'effectivement,
- 35:35l'utopie n'est pas universelle.
- 35:36Quand on voit Dubaï,
- 35:37il y a des gens qui adorent Dubaï,
- 35:39que leur rêve,
- 35:40c'est d'aller à Dubaï.
- 35:41Moi,
- 35:41ce n'est pas du tout mon rêve,
- 35:41mais ce n'est pas pour ça que ça existe.
- 35:44Ça répond aux attentes et aux besoins d'une grande partie de la population.
- 35:48Et c'est pour ça qu'il faut avoir des utopies plurielles,
- 35:51je pense.
- 35:51Et c'est là,
- 35:52ça incarne vraiment ce vers quoi on doit tendre.
- 35:54Les utopies des uns ne sont pas les utopies des autres.
- 35:57L'utopie,
- 35:57dystopie,
- 35:58la frontière entre les deux,
- 35:59c'est une question d'interprétation et de culture,
- 36:01je pense vraiment.
- 36:02Et effectivement,
- 36:03nous,
- 36:03ça nous choque,
- 36:03mais je pense que c'est notre vision occidentale.
- 36:06Le capitalisme,
- 36:07oui,
- 36:08si on imagine une cité utopique idéale aux États-Unis,
- 36:12ce ne sera pas la même que celle qu'on va imaginer en Russie,
- 36:15quoique peut-être que...
- 36:16Ça va se rejoindre dans les...
- 36:18Il y a des petites convergences.
- 36:19Oui,
- 36:19il y a des petites convergences,
- 36:21mais on ne prend pas de politique.
- 36:22Aucun choix.
- 36:24Mais voilà,
- 36:24et donc ça,
- 36:25c'est toute la pluralité,
- 36:26la diversité de l'humanité.
- 36:28Il faut l'accepter.
- 36:29Moi,
- 36:29je ne suis pas du tout contre,
- 36:30en fait.
- 36:31Maintenant,
- 36:31ça posera plein de questions,
- 36:33comme Dubaï,
- 36:34la construction,
- 36:35les gens,
- 36:35l'esclavage,
- 36:36l'exploitation des travailleurs.
- 36:38Ça peut poser plein de questions,
- 36:39mais ces questions-là vont se poser aussi pour d'autres cités idéales occidentales.
- 36:42Il ne faut pas qu'on ait un regard ethnocentré par rapport à ça.
- 36:45C'est juste un exemple.
- 36:47J'ai l'impression en fait qu'une question,
- 36:49même si l'utopie est plurielle,
- 36:52si la frontière entre utopie et dystopie est très mince,
- 36:57il y a pour moi peut-être une notion de bien commun,
- 37:00mais pas généralisée aux personnes qui sont dans la cité,
- 37:03mais au monde entier.
- 37:04C'est peut-être utopie justement de le dire,
- 37:06mais de se poser si ce qu'on est en train de construire ne détruit pas quelque chose d'autre,
- 37:11même si c'est à des milliers de kilomètres.
- 37:14et j'ai l'impression que là,
- 37:15il y a peut-être une grille de lecture aussi à avoir pour questionner au final les utopies qui se construiraient.
- 37:20Je pense que ça pourrait être intéressant.
- 37:23Est-ce que vous pourriez partager quelques ressources documentaires qui vous ont marqué tout au long de votre travail et qui pourraient peut-être inspirer l'auditeur et l'auditrice pour découvrir d'une autre façon aussi le sujet que vous traitez dans l'exposition ?
- 37:38Oui,
- 37:38en soi,
- 37:39j'en aurais une que je pourrais conseiller,
- 37:41c'est l'idéologie et l'utopie de Paul Ricoeur.
- 37:44C'est un ouvrage qu'on a lu assez tôt dans le projet,
- 37:46qui m'a beaucoup nourri dans le sens où c'est un ouvrage qui va déjà présenter les différentes notions d'utopie dans l'histoire,
- 37:52et les différentes utopies qui peuvent exister.
- 37:55Et du coup,
- 37:55il va montrer à quel point c'est subjectif.
- 37:57J'en ai beaucoup parlé juste avant.
- 38:00Il va parler des utopies au regard de la famille,
- 38:02au regard du travail,
- 38:04de l'environnement.
- 38:05Et il parlera de Manheim,
- 38:07de Fourier et de Saint-Simon aussi,
- 38:10qui sont trois philosophes
- 38:13savants occidentaux qui ont chacun eu une différente conception de l'utopie.
- 38:16Super,
- 38:17merci.
- 38:18Alors nous,
- 38:18c'est assez facile,
- 38:20puisque au niveau de la cité mondiale,
- 38:22forcément,
- 38:24notre source première,
- 38:25c'est les archives.
- 38:27Et alors après,
- 38:27effectivement aussi,
- 38:29sur les notions d'utopie,
- 38:30qui sont quand même un peu philosophiques,
- 38:32je suis tombée en préparant mon petit discours pour le vernissage d'hier sur un article super intéressant de Anne Staquet.
- 38:39Je crois que c'était sur la nécessité des utopies ou quelque chose comme ça.
- 38:43Et c'est vrai que c'est vraiment hyper inspirant,
- 38:45où elle explique vraiment la nécessité d'une utopie aujourd'hui.
- 38:49Donc voilà,
- 38:49pourquoi pas aussi un prochain sujet de conférence,
- 38:52ici au Mondanium,
- 38:52ce serait pas mal.
- 38:54Et autrement,
- 38:54d'un point de vue tout à fait personnel,
- 38:56moi,
- 38:57ma grande ressource,
- 38:58ça reste 1984,
- 39:00d'Orwell,
- 39:01parce que c'est vraiment,
- 39:02en termes d'utopie-dystopie,
- 39:03là,
- 39:03on est vraiment dans quelque chose d'hyper parlant.
- 39:07Et voilà,
- 39:07je pense que...
- 39:08Pour moi,
- 39:08c'est vraiment les archives.
- 39:10Je vous invite d'ailleurs à venir les voir.
- 39:11Avec plaisir.
- 39:13Moi,
- 39:13comme ressource,
- 39:14je conseillerais de venir dans l'exposition,
- 39:16puisque à la fin,
- 39:17on a un petit coin avec justement des ressources pour aller plus loin.
- 39:21Donc,
- 39:22il faut venir.
- 39:23Bien joué.
- 39:25Et une autre qui m'a beaucoup,
- 39:26enfin qui nous a aussi beaucoup un peu inspiré,
- 39:29c'est un documentaire produit par Arte,
- 39:31et qui est disponible sur YouTube,
- 39:33sur la chaîne Le Vortex,
- 39:35avec la participation de Architectons et de Enfants de l'Est.
- 39:38C'est un documentaire qui s'appelle Le Brutalisme,
- 39:39l'architecture de la dépression.
- 39:41et qui,
- 39:42bien que le titre ne donne pas trop envie,
- 39:44parle de comment l'imaginaire et l'utopie a inspiré l'architecture notamment russe après la Seconde Guerre mondiale.
- 39:54Ça évite un petit peu ce regard ethnocentré,
- 39:57entre guillemets,
- 39:58d'avoir notre vision occidentale de l'utopie.
- 40:00Là,
- 40:01on vient se confronter à une autre vision d'une autre utopie sur un autre territoire qu'il est important de comprendre aussi.
- 40:07C'est ça.
- 40:09Avant de passer vraiment à la conclusion de cet épisode,
- 40:12je voudrais vous demander,
- 40:14est-ce que vous auriez chacun une dernière phrase,
- 40:17quelque chose à échanger avec l'auditeur et l'auditrice pour le convaincre ou la convaincre de venir explorer ce thème dans l'exposition ?
- 40:27J'aimerais voir apparaître dans les imaginaires collectifs beaucoup plus d'utopie à présent,
- 40:32beaucoup plus d'imaginaires nourris,
- 40:34florescents et optimistes parce qu'il en manque cruellement actuellement et nous,
- 40:37notre but,
- 40:37c'est vraiment d'ouvrir des portes.
- 40:39dans cette expo.
- 40:41L'expo est en quelque sorte un vecteur pour initier la création d'une utopie multiple chez les individus qui viendraient la voir.
- 40:50Aussi requestionner la société dans laquelle on vit.
- 40:52Fais référence à ce que tu viens de dire Antoine,
- 40:54justement pour réanimer un peu cette envie de créer de nouvelles utopies.
- 41:00Si.
- 41:01Pour moi ce serait,
- 41:02l'utopie n'empêche pas l'action.
- 41:04On n'est pas que de simples rêveurs.
- 41:07On essaye aussi de réfléchir à d'autres choses.
- 41:10Et donc,
- 41:11ne pas se braquer sur le mot utopie dans le titre et venir vraiment découvrir la force des utopies et ce qu'ont fait d'autres communautés pour essayer de changer le monde.
- 41:22Ça,
- 41:22je trouve ça hyper positif.
- 41:23Super,
- 41:24merci.
- 41:25Moi,
- 41:25je dirais que ce qui est important,
- 41:28c'est de s'écouter entre nous et d'échanger.
- 41:31Et du coup...
- 41:33l'exposition peut permettre de s'ouvrir à d'autres visions.
- 41:37Très bien.
- 41:38On arrive tout doucement à la fin de ce podcast.
- 41:41Et tous les podcasts se terminent de la même façon depuis le début.
- 41:44C'est par une citation,
- 41:46en tout cas une phrase,
- 41:48qui pourrait synthétiser en quelque sorte tout le propos qu'on a tenu durant l'épisode.
- 41:53Cette phrase,
- 41:54je ne vous ai pas pris au dépourvu.
- 41:55On l'a préparée en amont,
- 41:56mais je la trouve très très belle.
- 41:57Je ne sais juste pas qui va la dire.
- 42:00La cité utopique idéale doit se construire avec les gens qui vont l'habiter.
- 42:05Je pense que ça symbolise bien un petit peu le message que vous essayez de faire passer aussi dans cette exposition,
- 42:09c'est qu'il n'existe pas une utopie.
- 42:11L'utopie doit se construire avec les gens et pas venir un peu d'une approche très top-down,
- 42:17mais plutôt d'une autre manière.
- 42:19Et moi,
- 42:19personnellement,
- 42:20j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cette exposition hier.
- 42:23Le lieu Mondaneum,
- 42:24c'est un lieu que j'apprécie aussi beaucoup,
- 42:26donc je pense que c'est...
- 42:27C'est important de venir le visiter parce qu'il questionne toute une série de choses,
- 42:33de préconceptions au final qu'on a sur notre société et qui doivent être enlevées les unes après les autres pour justement pouvoir imaginer librement un futur enviable pour demain.
- 42:45Et c'est sur ces mots que,
- 42:47chers auditeurs,
- 42:48chères auditrices,
- 42:49je vous dis au revoir.
- 42:50On se retrouve dans deux semaines pour le prochain épisode de Science,
- 42:53Art et Curiosité.
- 42:54Merci à toutes et à tous d'avoir...
- 42:57participer à cet épisode et j'espère qu'on aura l'occasion de refaire des choses ensemble autour de cette exposition.
- 43:04A très très bientôt et bonne semaine !
- 43:09Tu viens d'écouter un épisode du podcast du MUMONS et franchement j'espère qu'il t'a plu.
- 43:14D'ailleurs,
- 43:15si en passant tu veux me faire un retour ou si tu as des idées d'amélioration,
- 43:19surtout n'hésite pas à nous contacter.
- 43:21Tu peux aussi devenir notre ambassadeur et faire découvrir ce podcast tout autour de toi.
- 43:27Si tu as des idées de sujets ou si tu souhaites enregistrer un épisode,
- 43:30surtout n'hésite pas à nous contacter.
- 43:32Rendez-vous sur le site internet mumons.be ou sur la page Facebook du Mumons.