Latest / Des voix et des droits, le podcast de la LDH / Episode 26 « Des Voix et des droits », le podcast de la LDH, avec Vincent Labourdette, co-responsable du groupe de travail « Handicap et citoyenneté » de la LDH (2ème Partie)
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- Vincent Labourdette est membre de la Ligue des Droits de l'Homme et du groupe de travail Handicap et Citoyenneté. Alors pour avancer justement sur ce qui se passe à l'heure actuelle, l'école, l'inclusion par exemple, est-ce que ça a avancé ? Et je vais être un peu provocateur, est-ce que c'est vraiment une bonne chose ? Moi je réfute le terme inclusion, parce qu'en mathématiques l'inclusion c'est quelque chose qui est à l'intérieur de quelque chose de fermé. C'est justement ce contre quoi on se bat. On ne veut pas une société d'inclusion, on veut une société inclusive. C'est-à-dire de pouvoir laisser rentrer dans la société ceux qui en sont exclus. Et à l'école c'est pareil. On décrète que l'école va être inclusive, sous le terme inclusion, peu importe, mais on n'y met aucun moyen, ou si peu. Les formations d'enseignants ne sont toujours pas mises en place, ou de façon exceptionnelle dans certaines académies. Mais en tout cas, même là où ça a été fait, c'est insignifiant comme formation. On imagine quatre mercredis matin dans l'année, fait avec ça. Les AESH, l'auxiliaire auprès des enfants en situation de handicap, ne sont pas formés, ont un statut tellement précaire qu'il y a un turnover qui est incroyable. Et les moyens matériels ne sont pas mis en place non plus, ou au compte-gouttes. Par exemple, on dit que l'école inclusive, c'est-à-dire que l'enfant en situation de handicap, doit pouvoir aller dans son école de quartier. Parce qu'il faut qu'il fréquente les enfants de son quartier, ses copains, etc. Mais il se trouve qu'en fonction de son handicap, ça devient impossible. Je prends l'exemple d'un gamin qui est malvoyant. L'école se retrouve avec des ordinateurs portables. Il n'y a pas suffisamment de grands écrans pour que le gamin puisse lire les textes en gros caractère, etc. Concrètement, il n'y a pas le matos qui va. Sur le spectre autistique, par exemple, il y a des demandes incroyables qui vont de pas grand chose à une personne présente, je vais dire âge 24, car l'école est sur 24 heures par semaine. S'il n'y a pas ça, on ne peut pas le scolariser. Le gouvernement se targue de plus de 400 000 élèves en situation de handicap scolarisés, mais sur ce nombre, il y a tous ceux qui ont 3 heures, 6 heures ou 12 heures. C'est incroyablement inacceptable ça. On ne peut pas parler de scolarisation si ton gamin va 6 heures à l'école parce qu'il n'y a une AESH que 6 heures. Il faut se mettre à la place des enseignants. J'ai discuté avec une enseignante en CP. Elle avait un gamin en situation de handicap avec un spectre autistique très fort et le gamin prend une paire de ciseaux et il se plante les ciseaux dans le bras en CP. Elle ne sait pas faire. Elle est seule. Les gamins s'accrient dans tous les sens parce qu'ils ont la trouille, parce qu'ils voient le sang gicler, etc. Je ne sais pas si les gens peuvent imaginer cette situation-là d'une enseignante qui n'est pas formée du tout à ça, qui est seule face à ça. La réponse de l'institution, c'est démerdez-vous. Ce n'est pas acceptable. Ça dépasse sans doute notre discussion d'aujourd'hui, mais ça pose aussi la question de savoir si l'enfant en question n'aurait pas été mieux justement dans une structure qui, certes, l'enferme dans son milieu, mais où là, au moins, on aurait su non seulement réagir, mais peut-être anticiper. Et s'il s'est fait ça, c'était peut-être aussi justement qu'il n'était pas du tout à sa place à ce moment-là dans cette classe. C'est la position qu'a adoptée un syndicat enseignant, que je ne veux pas nommer, mais qui est force ouvrière, à savoir qu'il faut arrêter l'école inclusive et que les enfants en situation de handicap sont mieux dans les établissements spécialisés et fermés si possible. Ça a fait monter au créneau toutes les associations, évidemment, dont la Ligue des droits de l'homme, parce que ce n'est pas ça que dit la loi. C'est justement ça que la loi condamne. Tout enfant en situation de handicap doit aller dans son école de quartier et l'école doit s'adapter au handicap de l'enfant, quel qu'il soit, avec les moyens qu'il faut, la formation qu'il faut, etc. S'il faut une personne en permanence avec lui, il faut la personne en permanence avec lui, avec la formation qui va avec, et donc un statut qui va avec. Avançons, parce qu'on a donc les MDPH, les maisons départementales des personnes handicapées, qui sont chargées de répartir, si j'ose dire, et d'aider au parcours de chacune des personnes concernées. Les MDPH montent des dossiers pour que ces dossiers passent en commission. La commission s'appelle la CDAPH, Commission départementale d'aide aux personnes handicapées, je crois que c'est ça le terme exact. Cette CDAPH, elle détermine le taux de handicap, il y a trois grandes catégories, moins de 50%, de 50% à 79%, et 80% et plus. En fonction de ces taux, ça t'ouvre des droits spécifiques. Dans ces droits spécifiques, il y a l'AH, l'allocation adulte handicapé, ou l'AEH pour les enfants handicapés, la PCH, la prestation de compensation du handicap, la carte de mobilité réduite, etc. Il y a tout un tas de droits spécifiques qui s'ouvrent, dont les placements en établissement médico-social. Ce placement, quand la commission le décide, c'est parce que le dossier a été étudié en amont par ce qu'on appelle une équipe pluridisciplinaire, c'est-à-dire avec, comme son nom l'indique, médecins, psychologues, psychiatres, ergothérapeutes, kinés, assistants sociaux, généralistes, médecins spécialisés, etc. Bref, le dossier est examiné, et il donne des solutions par rapport à la personne en situation de handicap. Et après, elle envoie la notification, et puis après, elle ne tire pas. Si elle dit que votre gamin a besoin d'être dans un ITEP, ils font la notification, cet enfant doit pouvoir être en ITEP, mais si tu n'as pas de place en ITEP dans le département, tu fais comment ? Ou alors, elle dit que cet enfant a besoin de 24h d'AESH à l'école, mais l'école n'a pas les 24h d'AESH. Donc la solution, c'est soit on ne scolarise pas, ou on déscolarise temporairement, soit ça part à l'étranger, en Belgique, en Espagne, parce qu'il y a des places pas toujours idéales, mais on trouve des solutions individuelles. Il y a eu un reportage sur Arte sur un établissement en Belgique, où c'est une véritable prison, c'est un EHPAD de personnes en situation de handicap, avec de la maltraitance, etc. Mais la France paye pour ça. Ce qu'il faut encore une fois, la seule solution, si je comprends bien, c'est d'appliquer cette fameuse convention de l'ONU, cette loi qu'on a ratifiée, et j'imagine que c'est là-dessus que se bat le groupe de travail handicapé Citoyenneté, notamment ? Le groupe fait des propositions au bureau national et au comité national, pour que le comité national prenne en compte cette situation. Je pense que le GT, on l'a monté en 2019, je pense qu'en 2024, on peut dire que le bureau national et le comité national ont pris acte de ce positionnement-là, et l'a adopté. Dans la résolution du congrès de Bordeaux, on voit bien que le handicap est pris en compte. Donc ça avance, après maintenant à nous de faire avancer les choses dans les sections. Donc là, le GT, on s'oriente sur la mise en place de formation, sensibilisation, formation des militants pour que cette question avance. Il y a deux parties. L'idée, c'est qu'on se bat pour une société inclusive, mais en même temps, on balaye devant notre porte pour qu'on ait des sections inclusives. Quand tu as des réunions de section qui se passent à l'étage sans ascenseur, tu n'es pas accueillant pour une personne en fauteuil. Si tu fais ça dans une salle qui résonne et qui n'a pas de boucle magnétique, les personnes appareillées avec des prothèses auditives ne pourront pas supporter, ils partiront. Il faut aussi qu'on soit, nous, inclusifs. Donnez l'exemple. Voilà, et c'est pour ça qu'on se tourne maintenant vers des formations. J'étais le 6 novembre à Nantes pour une soirée sur les droits des personnes en situation de handicap. On va organiser des moments de sensibilisation et, je l'espère, des moments de formation des sections. Et quant à la Ligue sur un plan national, son boulot, c'est d'appuyer un peu le travail des grandes associations dont on parlait tout à l'heure, ou est-ce qu'on n'est vraiment pas d'accord ? Non, on n'est pas d'accord avec l'histoire de dire qu'on laisse l'institutionnalisation du handicap. Ça, ce n'est pas acceptable. Il faut désinstitutionnaliser. Alors, c'est un peu comme les centrales nucléaires. On dit on va fermer la centrale nucléaire et hop, d'un claquement de doigt, la centrale est fermée. Malheureusement, ça ne se passe pas comme ça. Concrètement, il faut 20 ans pour fermer une centrale nucléaire. Et qui mieux que les personnes qui y bossent pour le faire ? Donc ces gens-là, quand on dit on va fermer votre centrale nucléaire, ils savent qu'ils ont du boulot pour 20 ans. Et ils ont 20 ans, pour les plus jeunes, pour changer leur type de poste. Pourquoi ? Parce qu'en 20 ans, on va créer d'autres sources d'énergie. À partir du moment où on ferme une centrale nucléaire, il va falloir trouver d'autres sources d'énergie, réolien, solaire, ce qu'on veut. Mais leur boulot en centrale nucléaire va se transformer petit à petit. Sur 20 ans, on a le temps de les former sur d'autres sources d'énergie. Et au bout de 20 ans, quand la centrale ferme, ces gens-là sont recasés dans des énergies non fossiles. Les établissements médico-sociaux, c'est pareil. Nous on dit qu'on ne ferme pas un établissement médico-social, tant qu'on n'a pas trouvé des solutions inclusives pour chacun des patients. Et c'est une fois que tous les patients sont dans des situations inclusives, que l'établissement ségrégatif peut fermer. Et le personnel de cet établissement, le temps que tous trouvent des solutions, il s'adapte pour leur nouveau boulot. Au lieu de bosser 35 heures au même endroit dans un même établissement, tu vas circuler sur 3-4 maisons d'accueil en ville où les personnes ont été placées. Ton boulot change légèrement, le poste change légèrement. Et ça ne va pas se faire du jour au lendemain, ça va prendre plusieurs années et tu as le temps de former les gens pour leur nouveau poste. C'est une vraie révolution des mentalités qu'on envisage. C'est un changement de paradigme. Nous, on a écrit un article dans Droit et Liberté en octobre 2023, le titre c'est ça. Le titre c'est « Sur le handicap, il faut un véritable changement de paradigme ». C'est la mise en place de la charte de la Convention internationale des droits des personnes en situation de handicap. Il faut que la société s'adapte, et pas l'inverse. C'était donc Vincent Labourdette, membre du groupe de travail Handicap et Citoyenneté de la LDH.