Latest / Des voix et des droits, le podcast de la LDH / Episode 31 « Des Voix et des droits », le podcast de la LDH, avec Daniel Gros, référent de la LDH à Mayotte (Partie 2)
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- Deuxième partie de notre entretien avec Daniel Gros, référent local à Mayotte de la LDH, pour parler de la situation locale, encore dégradée bien sûr depuis le passage du cyclone Chido. Daniel Gros qui revient sur les lois de 2018. L'autre loi qui a été promulguée en septembre 2018, donc le mois précédent, attaque le droit du sol à Mayotte. C'est-à-dire que M. Macron, il arrive en 2017 et qu'est-ce qu'il fait dans sa première année ? Il missionne des ministres, le ministre du Logement d'une part, le ministre de l'Intérieur d'autre part, pour détruire les bidonvilles et pour attaquer le droit du sol à Mayotte. Voilà ce qu'il a su faire. Avec quelques blagues lamentables autour du COASA. Avec cette blague lamentable autour du COASA. Mais M. Macron n'a jamais été particulièrement fin dans ses blagues. En 2019, enfin parce que les accrès d'application de cette loi de 2018 qui limite le droit du sol, c'est-à-dire qui conditionne le droit du sol, enfin le droit du sol, ça aussi c'est déjà un abus de langage parce qu'il n'y a pas de droit du sol en France. En France, on n'est pas français parce qu'on est en France, on est français parce qu'on est né en France et qu'on y a résidé un certain nombre d'années et étudié à l'école un certain nombre d'années. Et il faut justifier à la fois d'une résidence et de la naissance. Donc le droit du sol, ça fait très longtemps qu'en France, il n'existe déjà plus. Donc on se goberge de flatteries sur les droits de l'homme et compagnie, mais ça fait très longtemps qu'on a renoncé à beaucoup de choses. Et donc pour Mayotte, il a conditionné, alors il faut voir la logique de ce truc-là, c'est-à-dire un enfant qui sera français si trois mois avant sa naissance, un des deux parents était en situation régulière. Trois mois avant la naissance, pourquoi pas à la naissance ? Pourquoi pas dans l'année qui suit sa naissance ? On ne sait pas. Les destins sont très différents d'un enfant à l'autre selon une semaine près. Et ça n'a d'autant moins de sens que les gens, quand ils ont leur carte de séjour, quand ils arrivent à être en situation régulière, ça fait dix ans qu'ils réclament, qu'ils sont là et qu'ils réclament. Et tout ça pour dissuader les Comoriens de venir à Mayotte, parce qu'on imagine qu'ils viennent pour la nationalité française, donc personne n'a rien à faire. Au moins, disons, ce n'est pas ce qui motive leur venue en France. Je veux dire à Mayotte, ce n'est pas du tout ce genre de choses. La preuve, c'est que beaucoup de mamans feront la traversée avec des bébés dans les bras. Ils auraient pris la précaution de venir un petit peu avant si d'aventure la naissance était leur motivation principale. Toujours est-il que ça veut dire qu'en France, il est un endroit où naissent des enfants qui seront toute leur vie étrangers dans leur pays natal. Et à partir de 18 ans, ils n'auront plus le droit à rien sauf à être étrangers, à payer une carte de séjour tous les ans et à demander une carte de séjour. Et à Mayotte, il faut en mettre 3-4 ans pour avoir une carte de séjour, ce qui est terrible. Il faut s'imaginer à quel point c'est terrible cette histoire-là et qu'elle est porteuse d'énormément de souffrances. C'est qu'à 18 ans, ce qui est un des plus beaux âges de la vie des jeunes gens, ils deviennent majeurs, ils ont plein d'espoir, ils ont le bac, c'est l'année du bac, c'est l'année de l'autonomie, c'est l'année d'une réussite. 18 ans en France, c'est un âge magique. Eh bien, pour les Comoriens, ceux qui sont nés ici, mais qui sont même nés en France, mais dont les parents sont Comoriens, eh bien, c'est le début du malheur. Une jeune fille que je connais, parce qu'on me sollicite beaucoup dans ces conditions, née en France, elle a 18 ans en février 2024. Elle m'a appelée fin février. Cette jeune fille se fait arrêter par la PAF. Une jeune fille de 18 ans. Tous ses parents sont là, s'habillaient ici. Vous rendez compte, une jeune fille de 18 ans, la PAF l'arrête. La police aux frontières l'arrête, la retient au CRA. Impossible de la faire sortir, personne ne réagit, la préfecture ne réagit pas. Le recteur de l'académie de Mayotte est intervenu auprès du préfet. Ça n'a rien changé. Cette jeune fille a été renvoyée aux Comores dans un pays qu'elle ne connaît pas, où elle n'a personne. Ce n'est pas le son pays. Elle est en pays étranger. On l'exile à 18 ans. Vous imaginez, tous ceux qui ont des enfants, ils s'imaginent ça. Cette brutalité, c'est même de la torture. Je ne comprends même pas comment on puisse accepter ce genre de choses. Que des policiers arrêtent une jeune fille et la renvoient comme ça. Que personne ne se mette à la place des parents de cette jeune fille. Même pas cette jeune fille, les parents de cette jeune fille. Cette jeune fille, elle a été renvoyée. On n'a pas pu la faire revenir. Elle est revenue en croissa, parce qu'elle était en terminale. Il fallait qu'elle passe son bac. Elle a mis trois mois pour organiser son retour. 15 jours après son arrivée, cette jeune fille a été convoquée à la préfecture pour remise de sa carte de séjour. Voilà ce qu'on fait ici. C'est-à-dire que ce n'est même pas coordonné. Aucun service n'est coordonné. On arrête, on renvoie, on s'en fout de qui en renvoie. C'est ce scandale-là qui est inadmissible. Et voilà ce que produisent ces modifications du droit du sol. On fait en sorte que des gens ne sont pas chez eux dans le pays où ils sont nés et peuvent être renvoyés parce qu'ils sont étrangers et qu'on n'étudie pas leur cas. On les arrête et on les expulse. J'allais vous reprendre justement, pardon, mais sur ce thème de renvoyer, c'est envoyer. C'est même pas renvoyer, c'est envoyer. Oui, oui, c'est exilé, il n'y a personne. Un vague, oncle ou tante ou connaissance de la famille, parce que tout le monde se connaît un peu, ça ne fait rien. Mais tout le monde s'en fout, personne ne se pose ces questions-là et puis ça n'intéresse personne. Mayotte est devenu un pays infâme. La France se comporte de façon absolument infâme, honteuse, il n'y a pas de mots. Si la France se conduisait avec la même brutalité n'importe où, dans les quartiers, dans n'importe quel village, avec la même brutalité en France, mais ça serait à feu et à sang. Et ici, ça passe. Les caillassages, les caillassages des voitures qui passent, je suis désolé de le dire, mais c'est de la gnognotte, c'est de la gnognotte. Alors évidemment, ce n'est pas drôle, ce n'est pas drôle non plus d'être agressé, mais les jeunes, ils s'attaquent contre eux et puis ils s'entretuent. C'est très grave, c'est très grave, parce qu'en fait, quel est l'espoir qu'on leur donne à cette jeunesse-là ? Parce que les jeunes adolescents, parce que c'est de la délinquance juvénile, c'est de la délinquance d'adolescents, les jeunes adolescents, ils ne font pas de ségrégation entre les nationalités, c'est-à-dire qu'ils sont ensemble, ils ne demandent pas la carte d'identité, ils n'en savent rien, ils s'en foutent. Mais tout jeune adolescent sait le mal qu'on fait, que l'État fait en refusant qu'il soit français, ça, ils ne comprennent pas. Mais tout le monde se révolte, les nationaux comme les comoriens, ils se révoltent, ils se révoltent de cette brutalité qu'on inflige aux enfants, qu'on inflige aux enfants en arrêtant les parents. Moi je dis, par exemple, une maman, elle va chercher son enfant à l'école, le flic, il est là entre la maison et l'école pour le mettre au crâne. C'est une voisine qui prendra les enfants. La marmite de riz, elle peut être sur le feu, parce que la maman, elle croyait qu'ils en allaient cinq minutes. Voilà, c'est tout ça. Et la maman, ou le papa, il n'aura pas le droit de retourner chez lui pour mettre de l'ordre. Non, c'est-à-dire, il est torse nu, il partira au comore torse nu. Il est en short, il partira au comore en short. C'est terrifiant, c'est terrifiant. Je ne suis pas très optimiste. Non, effectivement, qu'est-ce qui peut se passer là, maintenant ? Puisqu'il va bien falloir que l'État, d'une façon ou d'une autre, prenne sa responsabilité dans la reconstruction, est-ce que du coup, ça va l'obliger, j'ai envie d'être optimiste, ça va l'obliger à créer du logement social ? De toute façon, l'État doit reconstruire toutes ses écoles. Elles ont toutes été détruites. Et puis, comme il les a ouvertes pour abri, elles ont été pillées, les écoles. Alors, il y a du pillage qu'on attribue aux Comoriens, mais les Comoriens n'ont plus de maison. Alors, s'ils n'ont plus de maison, ils ne peuvent pas stocker leur butin. Ils doivent reconstruire toutes les écoles. Ils doivent refaire toutes les écoles. Je ne suis même pas sûr qu'au mois de février, les écoles seront prêtes. Les gens doivent être en capacité de reconstruire leur maison. Personnellement, c'est leur maison personnelle, donc c'est leur bien. Donc, la charge leur revient de reconstruire leur maison. Mais dans la mesure où l'accès aux ressources, l'accès à la nourriture, l'accès à l'eau, tout cela est très compromis. C'est très difficile en ce moment. Les rayons sont vides. La plupart des rayons des magasins sont vides. Alors, je ne sais pas d'où ça vient, mais peu importe. Mais pendant 15 jours, il n'y a pas eu d'accès à l'argent, c'est-à-dire que pas d'électricité. Donc, paiement en carte bleue, l'argent électronique, impossible. Retirer de l'argent dans les distributeurs, impossible. Il ne fonctionnait pas. Donc, en fait, même quelqu'un qui avait un compte bancaire bien garni ne pouvait pas accéder à la monnaie, donc aux achats aux ressources. Qu'est-ce qui va se passer dans la reconstruction ? C'est les travaux d'Hercule. Je ne sais pas ce que l'État va faire, mais c'est les travaux d'Hercule. La seule solution qu'il a trouvée, c'est la même que d'habitude, c'est-à-dire débarrassons nos dépôts, ça fera déjà du boulot de moins, et ils veulent reconduire tout ça au Comore. Mais les Comores ne vont pas absorber des dizaines et des dizaines de milliers parce que ça déséquilibre toute la démographie, l'économie, et même l'économie maoraise serait très perturbée si les Comoriens partaient parce que les Comoriens, c'est eux qui reconstruisent les maisons des Maorais. Ce ne sont pas les Maorais. Donc, ils ont besoin de cette main d'œuvre-là. Et oui, c'est ça, parce qu'en fait, tout va venir de Paris. Apparemment, il n'y a aucune concertation avec le terrain, peut-être avec le préfet, mais qui n'est jamais qu'une émanation de Paris. Il n'y a aucune concertation avec les représentants locaux. Les représentants locaux, c'est des élus. Des élus qui sont choyés par l'État français. Donc, eux, tout leur intérêt, c'est de ne pas se mettre en opposition frontale avec l'État français, c'est d'obtenir le plus possible. Mais obtenir le plus possible, pas pour les populations, mais pour eux-mêmes. Parce que si ça pourrait être fait depuis longtemps, c'est-à-dire l'alignement des droits de Mayotte, c'est-à-dire, en fait, les mêmes droits pour tout le monde sur les territoires nationaux. Mais pourquoi on veut à tout prix que Mayotte soit pauvre ? Parce que Mayotte, c'est trop près des Comores, et si c'est riche, tout le monde viendra. Mais les gens viennent parce que c'est déjà beaucoup plus riche. Donc, c'est déjà foutu. Il faudrait, s'ils veulent que Mayotte ne soit pas attractive, qu'ils la laissent aux Comores, ce sera plus attractive. C'est clair, de toute façon. Rien que le fait que ce soit la France, c'est désespoir pour les gens. Il y a l'école, il y a l'hôpital, il y a l'espoir. Une famille migrante, une famille migrante, des parents migrants, ils savent qu'ils sacrifient leur propre vie pour la vie de leurs enfants. Ils le savent. Ils ne sont pas idiots. Ils le savent. Combien de mamans me disent vivement que mon enfant soit grand, qu'il soit à l'université, que je reparte aux Comores ? Voilà ce qu'on me dit. Dans la mesure où on a séparé Mayotte des Comores, on empêche les Comoriens de venir à Mayotte. Et les empêcher de venir, c'est-à-dire qu'en fait la France n'organise rien. Elle n'organise pas de collaboration internationale ou locale, des voisinages. En fait, c'est des situations de guerre. Il n'y a plus rien. Et l'État français, qui est un État puissant, qui a de la ressource, qui devrait pouvoir prendre ça en charge, ne le fait pas, refuse de le faire. Je dis « refuse » parce qu'en fait, ce n'est quand même pas compliqué. Je veux dire, il a la possibilité aussi, si c'est trop dur pour lui, de demander de l'aide à l'ONU, à l'Europe. Il ne le fait pas. Je reviens juste pour conclure sur un point que tu soulèves dans ton article, sur le manque d'intérêt à donner un nombre de morts exact. Il y a une vraie politique là aussi. Alors, je ne sais pas là, parce qu'il y a des enjeux. Il y a des discours complètement contradictoires. En fait, moi, ce que je dis, les enjeux sont tels que, pour moi, moi qui suis, en fait, je suis tout le temps dans les bidonvilles. Je connais énormément de gens. Tout le monde me connaît. Je suis, je passe le plus clair de mon temps. Donc, les gens, je demande à chacun, s'il y a eu des décès dans la famille ou dans les voisins ou dans les personnes de connaissance, quelqu'un sur lequel il peut mettre un nom. Personne, pas une seule fois, m'a dit, il y a, par exemple, un bouc qui est mort. Voilà. Personne. Personne ne m'a dit qu'il y avait eu des morts dans son voisinage. C'est tout ce que je peux dire. Alors, on raconte beaucoup de choses sur les pratiques rituelles funèbres des Comoriens. Ils sont comme nous, les Comoriens, leurs morts, ils y tiennent. Donc, il ne faut pas non plus dire n'importe quoi sur les gens. C'est à dire, ce n'est pas des chiens, ils n'enterrent pas les leurs comme des chiens. Même si, traditionnellement, ils enterrent rapidement. Ce n'est pas pour ça qu'ils vont le masquer, quoi. Mais en fait, la tradition, c'est que si tu meurs dans la nuit, tu es enterré le lendemain. Si tu meurs le soir, tu es enterré le lendemain. Tu es enterré dans les 24 heures. Mais il y a un rituel, il y a lavement des corps. Il y a un rituel, il y a des prières. Les femmes, elles sont rassemblées entre les femmes de la famille, du réseau d'amis. On n'enterre pas non plus n'importe où. Ni en catimini, quoi. Je veux dire, ça se sait. On le fait savoir autour de soi qu'on a perdu un être cher. Mais bien sûr. Non, parce qu'en fait, c'est ritualisé tout ça. Ils sont hyper religieux, les Comoriens et les Mahorais. Ils sont hyper religieux. C'est très, très important pour eux. Moi, je n'y crois pas un seul instant. Je n'y crois pas un seul instant. Alors, il y a peut-être des morts. On a compté les morts à l'hôpital, certes. Mais les morts enterrées, c'est enterrer dans des cimetières. Ce n'est pas dans la campagne. Ce n'est pas n'importe où. On n'enterre pas les gens n'importe où. Il faut arrêter de dire. Oui, il faut arrêter. Il faut arrêter d'insulter les gens. Et en fait, cet enjeu, c'est de dire maintenant, les collines sont des cimetières, mais si toutes les cabanes s'en vont, ils vont mettre des belles maisons de blanc au-dessus du lagon, là où domine la mer, pour faire du tourisme, de toute façon. Ou ils vont les capter pour eux, pour mettre leur maison. Parce que les collines sont les plus beaux endroits sur le lagon. Donc, il y a des gros intérêts économiques derrière. Mais bien sûr, c'est tout le fonce-nez. Et puis, en fait, moi, je ne veux pas qu'on insulte les gens. Et on insulte les gens en disant qu'ils enterrent leurs morts comme des chiens. Ce n'est pas vrai. C'était Daniel Gros, référent local de la LDH depuis Mayotte.