Latest / Le centre de gravité / Epilogue
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- 0:00Le centre de gravité, épilogue. D'où parlait cette voix ?
- 0:05Chapitre un, le bruit, pendant 6 épisodes, une voix a parlé sans
- 0:10se nommer. Elle regardait les systèmes
- 0:12comme on regarde une fissure. Il est temps.
- 0:15Je m'appelle Franck Dubray, ancien à cœur ancien, si vous
- 0:18voulez. Il faut dire ancien pour ne pas
- 0:20avoir d'ennuis avec la justice. Mais ce genre de chose ne vous
- 0:23quitte pas vraiment. Ça ne change rien à ce qu'on a
- 0:26été et ça ne change rien à ce qu'on voit quand on regarde un
- 0:29système. À mon âge, les détours
- 0:30fatiguent. Un hacker regarde un système et
- 0:33se pose une seule question, est ce que c'est vraiment ce que ça
- 0:36prétend être ? Pendant 6 épisodes, j'ai posé
- 0:38cette question au modèle des ESN françaises.
- 0:40J'ai traversé les apparences, j'ai regardé ce qui tenait
- 0:43vraiment et j'ai dit ce que je voyais.
- 0:45C'était déjà le même métier. Je ne vous ai jamais dit d'où je
- 0:48regardais. Maintenant je vais vous le dire,
- 0:50je viens de la banlieue, Cergy, Saint Christophe, Square de la
- 0:54belle épine, lycée Galilée, puis epita pas de réseau.
- 0:59Pas d'argent, juste des illusions et de la motivation.
- 1:02Quand on vient de là, on apprend vite que le mot réseau ne veut
- 1:05pas dire la même chose pour tout le monde.
- 1:07Et un modem. Si vous avez plus de 40 ans,
- 1:10vous allez reconnaître le son. Si vous en avez moins, vous
- 1:13allez croire que je décris une machine à café en panne, le son
- 1:16d'un modem 14400 Baud qui se connecte.
- 1:18Ce crépitement, ce sifflement, cette négociation entre 2
- 1:21machines qui se parlent pour la première fois et qui essaient de
- 1:25se mettre d'accord sur un langage commun.
- 1:28Ça durait 15 secondes, 20 parfois.
- 1:30Et pendant ces 20 secondes, tout pouvait arriver.
- 1:33Le monde pouvait s'ouvrir ou la connexion pouvait tomber parce
- 1:36que quelqu'un avait décroché le téléphone dans la pièce d'à
- 1:38côté. J'avais 14 ans, fin des années
- 1:4180, et ce bruit là, c'était la porte, la seule porte vers
- 1:44l'extérieur pour un gamin de Cergy qui voulait comprendre
- 1:47comment les choses marchaient vraiment pas comment on lui
- 1:50disait qu'elles marchaient, comment elles marchaient quand
- 1:52personne ne regardait. Quand tu grandis sans réseau et
- 1:55sans argent, tu apprends 2 choses très vite.
- 1:57La première, c'est que personne ne viendra te chercher.
- 2:00La 2e, C'est que si tu veux entrer quelque part, il faudra
- 2:04trouver la porte toi même. Je n'avais pas de réseau, alors
- 2:07j'ai commencé par ceux des autres.
- 2:08Le modem, c'était ma porte, la première porte, pas la dernière.
- 2:12Derrière la porte, il y avait les BBS, les bulletin Board
- 2:16System. Imaginer un forum, mais sans le
- 2:18web, sans image, sans souris, du texte blanc sur fond noir, vous
- 2:23appeliez un numéro de téléphone avec votre modem, le téléphone
- 2:26de la maison. Celui que vous partagiez avec
- 2:29vos parents. Donc vous attendiez qu'ils
- 2:31dorment 2 h du matin. En général, c'était le bon
- 2:33créneau. Vous composiez le numéro, le
- 2:36modem faisait son bruit. Et si tout allait bien, vous
- 2:39arriviez sur un écran d'accueil fait à la main par un type dans
- 2:41sa chambre, à Toulouse, à Lyon, à Rennes, parfois à Amsterdam ou
- 2:46à Francfort. Et là, il y avait des fichiers,
- 2:49des messages, des discussions techniques, des gens qui
- 2:52s'appelaient par des pseudonymes et qui échangeaient des choses
- 2:54que vous ne trouviez nulle part ailleurs du code.
- 2:57Des failles, des méthodes, des manières de comprendre comment
- 3:01un réseau téléphonique fonctionnait de l'Intérieur, ce
- 3:03qu'on appelait le freaking. Des manières de comprendre
- 3:06comment un système unique se défendait et ce qu'il se passait
- 3:09quand il ne se défendait pas assez bien.
- 3:11Le mot qu'on utilise aujourd'hui, c'est hacking.
- 3:14À l'époque, on n'avait pas vraiment de mot, ou plutôt on en
- 3:18avait un. Mais il ne voulait pas encore
- 3:19dire ce qu'il veut dire maintenant.
- 3:21Hacker en 1992 en France, ça voulait dire quelqu'un qui veut
- 3:24comprendre. Pas quelqu'un qui veut casser,
- 3:28pas quelqu'un qui veut voler. Quelqu'un qui refusé de
- 3:30s'arrêter à ce qu'on lui montre. Quelqu'un qui tire sur le fil.
- 3:34C'était une posture intellectuelle avant d'être un
- 3:36délit. Une manière de traverser les
- 3:38façades. Y avait les copypartis, des gens
- 3:40qui se retrouvaient dans des appartements pour s'échanger des
- 3:44disquettes de jeux à Miga et Atari.
- 3:47Y avait la démocène, des artistes du code qui faisaient
- 3:51des animations graphiques incroyables pour le simple
- 3:54plaisir de prouver qu'on pouvait faire des choses belles avec une
- 3:57machine. Et y avait les hackers, ceux qui
- 4:00voulaient comprendre les systèmes.
- 4:02Pas pour le spectacle, pour le savoir.
- 4:05La scène était minuscule en France en 1992.
- 4:07On pouvait compter ces gens-là pas sur les doigts d'une main,
- 4:10plutôt sur les doigts de 2 mains avec quelques orteils en bonus.
- 4:13Et puis il y avait la paranoïa. Fin des années 80, le
- 4:17gouvernement français crée un faux chaos Computer Club France,
- 4:19le CCCF. Le vrai chaos Computer Club en
- 4:25Allemagne, c'est une institution, des hackers, des
- 4:28militants, des gens sérieux. Le faux CCCF français, c'est une
- 4:31opération pilotée par un certain Jean Bernard Condat, recruté par
- 4:35la DST pour infiltrer la scène underground.
- 4:37L'idée, c'était de faire venir les hackers dans un club
- 4:41officiel, de les repérer, de les ficher, éventuellement de les
- 4:44recruter. Le truc, c'est que tout le monde
- 4:47a fini par le savoir et ça a créé un climat de paranoïa
- 4:50magnifique. On se retrouvait sur des BBS à
- 4:5503h00 du matin, en se demandant si le type avec qui on discutait
- 4:58technique était un passionné comme nous ou un fonctionnaire
- 5:01de la DST qui remplissait un formulaire.
- 5:04C'était formateur. Ça vous apprend la prudence, ça
- 5:07vous apprend que dans un réseau, la confiance ne se présume
- 5:10jamais, ça vous apprend à 16 ans ce que certains DSI du CAC 40
- 5:15n'ont toujours pas compris en 2026.
- 5:18Dans un système, le danger peut aussi venir de l'Intérieur.
- 5:23Pendant ce temps, la France avait 30000000 d'utilisateurs de
- 5:25Minitel et 0,4% de foyers connectés à Internet.
- 5:28C'est comme si quelqu'un avait inventé l'avion et que la France
- 5:32avait répondu, non merci. On a un très bon réseau de
- 5:35diligence. Pendant 6 épisodes, j'ai ouvert
- 5:38des capots, des modèles, des marges, des contrats, des
- 5:41pyramides, des métiers. J'ai regardé ce qu'il y avait
- 5:45dedans et j'ai dit ce que je voyais.
- 5:48Cette posture soulevait le couvercle, refusait de croire
- 5:52qu'un système est ce qu'il prétend être.
- 5:54Elle ne m'a jamais quitté, elle est dans tout ce que j'ai fait
- 5:57pendant 30 ans. Elle est dans chaque mot de
- 5:59cette série. Elle vient d'un bruit, d'un
- 6:02crépitement dans le noir d'un gamin de Cergy qui attendait que
- 6:06ses parents dorment pour ouvrir la porte dans le noir.
- 6:09Pas de réseau, pas d'argent, juste des illusions et de la
- 6:13motivation. Et la porte ne s'est jamais
- 6:16refermée. Chapitre 2, je rentrais
- 6:19toujours, il YA1. Moment précis où la curiosité
- 6:22bascule en métier. Ce moment arrive souvent quand
- 6:25quelqu'un vous confie les clés d'un endroit où vous n'auriez
- 6:28jamais dû entrer. 1995, le gamin de Cergy, A202 ans et le monde
- 6:33lui est en train de basculer. Février, de l'autre côté de
- 6:36l'Atlantique, le FBI arrête Kevin Meetnick, le hacker le
- 6:39plus recherché des États-Unis. 2 ans de trac, une couverture
- 6:43médiatique mondiale et en un instant le mot bascule.
- 6:46Avant meetnick hacker, ça voulait encore dire explorateur.
- 6:49Après meetnick, ça veut dire criminel.
- 6:52Le mot ne reviendra jamais complètement.
- 6:55La même année, Netscape introduit SSL, le petit cadenas
- 6:58dans le Navigateur, la première brique de confiance sur le web.
- 7:02La même année, le film Hackers sort au cinéma avec Angelina
- 7:05Jolie en roller. Hollywood découvre le sujet et
- 7:08le transforme immédiatement en spectacle.
- 7:10Et la même année, en France, avec Laurent genier, je fonde
- 7:14intrinsèque, un cabinet de Conseil en sécurité des systèmes
- 7:17d'information et au démarrage, avec Laurent, on développe aussi
- 7:20payline, un système de paiement sur Internet à un moment où le
- 7:24e-commerce n'existe. Ne pratiquement pas à un moment
- 7:26où Internet lui même n'a pas encore percé. en France, on
- 7:30construisait une solution pour un marché qui n'existait presque
- 7:32pas encore. À l'époque, on appelait ça
- 7:35innover. Aujourd'hui, on appellerait ça
- 7:37un pilote sans budget. Quand on a rejoint neurones en
- 7:401999, on a vendu payline. Et la chose qui me fait sourire
- 7:43aujourd'hui, c'est que la solution existe toujours.
- 7:44Il m'arrive encore de l'utiliser.
- 7:46Avec le recul, je vois que tout était déjà là avant la
- 7:50cybersécurité de masse, avant le cloud, avant la souveraineté.
- 7:53Il y avait déjà cette intuition, fabriquer une infrastructure de
- 7:56confiance avant que le marché sache encore la nommer.
- 8:01Payline n'était pas un accident. C'était la première fois que je
- 8:04construisais de la confiance pour un monde qui n'était pas
- 8:07encore prêt à l'appeler comme ça, la première brique d'une
- 8:09obsession qui ne m'a plus quitté.
- 8:11On vendait de la sécurité informatique à des gens qui ne
- 8:14savaient pas encore qu'ils avaient de l'informatique à
- 8:16sécuriser. Le premier rendez-vous
- 8:18commercial, c'était toujours le même, vous arriviez chez un
- 8:21client, un responsable informatique.
- 8:23À l'époque, on ne disait même pas DSI et vous disiez Bonjour,
- 8:27on fait de la sécurité des systèmes d'information ?
- 8:30Et il vous regardait comme si vous veniez de lui proposer une
- 8:33assurance contre les météorites. La phrase que j'ai le plus
- 8:36entendue en 1995, mais qui voudrait attaquer notre réseau ?
- 8:38Et moi je répondais, la vérité, je ne sais pas qui voudrait
- 8:42attaquer votre réseau, mais je sais qu'on peut y entrer et si
- 8:45vous voulez, je vous montre par où.
- 8:48C'était ça Un Pen test en 1995, pas un mot anglais sophistiqué
- 8:51vendu avec un slide de de 40 pages.
- 8:53Un type de 22 ans qui disait, donnez-moi votre adresse IP et
- 8:5748 h si je ne rentre pas, vous ne me payez pas si je rentre.
- 9:01On en parle. Je rentrais toujours toujours.
- 9:02On trouvait des choses magnifiques, des mots de passe
- 9:06admin qui n'avaient jamais été changés depuis l'installation.
- 9:11Des serveurs ouverts sur Internet dont personne ne
- 9:14connaissait l'existence. Des accès qui auraient dû être
- 9:17fermés depuis des années et qui étaient encore là parce que
- 9:19quelqu'un un jour avait dit, on le coupera lundi et lundi
- 9:23n'était jamais arrivé. Les banques ont été les
- 9:26premières à appeler, pas parce qu'elles étaient en avance,
- 9:28parce qu'elles avaient peur. La peur est le meilleur
- 9:31commercial du monde dans la sécurité, toujours a été,
- 9:34toujours sera. Le problème, quand on a raison
- 9:37trop tôt, c'est qu'au début, personne n'appelle ça avoir
- 9:39raison. Au début, on appelle ça
- 9:41exagérer. en France, les entreprises qui faisaient ce
- 9:44métier en 1995, vous pouviez les compter sur les doigts d'une
- 9:46main. Il y avait Hervé Shower,
- 9:48consultant, il y avait nous et il y avait le silence, un
- 9:51couloir vide avec 2 portes. Le métier, c'était ça, entrer
- 9:55pour mieux protéger à chaque étape, sans le savoir encore, je
- 9:59faisais la même chose, construire trop tôt ce qui
- 10:01finirait par devenir indispensable.
- 10:05Et puis le métier a grandi en fait, parce que le monde, lui, a
- 10:09commencé à casser. On croyait tester des systèmes.
- 10:11En réalité, on testait une époque et l'époque mentait aussi
- 10:15en 2000I Love you, un verre informatique qui se propage par
- 10:18e-mail sujet du message I Love you pièce jointe.
- 10:23Love letter for you, 45000000 de machines infectées en 24h00.
- 10:26La démonstration magistrale que le maillon faible d'un système
- 10:29informatique, ce n'est jamais le système, c'est l'humain qui
- 10:32clique sur I Love you. Et derrière la une des journaux,
- 10:35il y avait le travail, le vrai, celui qu'on ne filme pas.
- 10:38La générale des eaux nous a appelés, 400 jours de remise en
- 10:42état, 400 jours pour nettoyer, reconstruire, sécuriser ce qu'un
- 10:44seul clic avait détruit, 400 jours pour un e-mail d'amour.
- 10:51La même année, on m'a envoyé à La Hague, La Hague, l'usine de
- 10:54retraitement de combustible nucléaire, le site le plus
- 10:57sensible de France. Et là, il faut que je vous
- 11:00raconte. 3 h de fouilles à l'entrée, 3 h chaque câble,
- 11:04chaque disque, chaque outil vérifié.
- 11:06Puis on nous installe dans un petit bureau avec une vitre
- 11:09fumée, et de l'autre côté de la vitre, toute l'équipe
- 11:12informatique du site qui nous regarde, qui nous épie, qui
- 11:15attend de voir ce que les petits malins de Paris vont bien
- 11:18pouvoir trouver dans leur forteresse.
- 11:20Parce que c'était une forteresse. 3 firewall en
- 11:23cascade, 3 marques différentes, une architecture pensée pour
- 11:27qu'aucun attaquant ne puisse traverser les 3 couches.
- 11:29Les gros malins, ils étaient fiers.
- 11:31On le sentait de l'autre côté de la vitre fumée.
- 11:34J'étais avec Christophe Lesur, je l'avais fait entrer chez
- 11:37intrinsèque, en 1999. On avait 27 ans, on était dans
- 11:40un bureau vitré, au milieu d'une installation nucléaire, observés
- 11:42comme des cobayes, et on devait prouver que leur système n'était
- 11:45pas ce qu'ils prétendaient être. Un enfer.
- 11:50Et puis dans nos scanners, un truc louche, un service qui
- 11:54n'aurait pas dû être là, un port ouvert qui ne correspondait à
- 11:57rien. Dans l'architecture déclarée, on
- 11:59tire le fil, on suit la trace et on tombe sur des caméras, des
- 12:04caméras de surveillance extérieur du site, des parkings,
- 12:07des clôtures, des entrées. Rien de sensible sur le plan
- 12:10nucléaire, mais accessible en live sans aucune autorisation.
- 12:15On avait du direct sur les abords de l'installation
- 12:17nucléaire la plus sensible de France depuis notre petit bureau
- 12:21à vitres fumées, la tête de l'équipe informatique de l'autre
- 12:24côté de la vitre, ça, c'était impayable.
- 12:27Une mission magnifique de jeunesse.
- 12:29Et Christophe Lesur, celui qui était avec moi dans ce bureau,
- 12:32est devenu directeur général de cloud temple en 20001726 ans
- 12:35plus tard, il est toujours là dans cette vie.
- 12:37Les fidélités comptent autant que les intuitions.
- 12:42Ça dit quelque chose sur le métier, ça dit quelque chose sur
- 12:44la confiance. En 2002, une très grande banque
- 12:47française de réseau, un test d'intrusion à grande échelle,
- 12:50plus le pentest artisanal des débuts, une radiographie
- 12:53industrielle, des centaines de cibles, des milliers de
- 12:56vulnérabilités. La première fois que je voyais
- 12:59un paysage entier de risques, pas un système, pas un serveur,
- 13:02un paysage, une banque entière ouverte devant nous, comme un
- 13:07patient sur une table d'opération.
- 13:08La même année, Bouygues Télécom. Le schéma directeur sécurité, on
- 13:13passait de l'intrusion au Conseil, de l'ouverture de
- 13:16portes à la construction de murs.
- 13:18Le hacker commençait à devenir architecte.
- 13:20Et puis il y a eu 2004, une autre histoire, plus sombre,
- 13:23plus humaine. Le Consistoire de Paris nous
- 13:26appelle. Le Consistoire, c'est
- 13:27l'institution qui organise la vie religieuse juive en France,
- 13:31la synagogue, les offices, l'état civil, religieux, la
- 13:34cacheroute, les fêtes. C'est le cœur administratif et
- 13:37spirituel du judaïsme français. Des milliers de familles, des
- 13:41siècles d'histoire. la Secrétaire du Consistoire reçoit
- 13:44des mails, des mails de menace, des mails antisémites, violents,
- 13:48répétés, de plus en plus précis, de plus en plus personnels.
- 13:52Quelqu'un la vise, quelqu'un qui connaît ses horaires, ses
- 13:55habitudes, sa vie. La peur est réelle, le
- 13:58harcèlement est quotidien et la haine est là.
- 14:00Dans chaque ligne crue, frontale, on nous appelle, on
- 14:04commence à remonter progressivement.
- 14:06Les en têtes des mails, les adresses IP, les relais, les
- 14:09traces. On tire les fils un par un, on
- 14:11suit la piste, on s'attend à trouver quoi ?
- 14:13Un réseau, une cellule, un groupe organisé, quelque chose
- 14:17d'extérieur, de lointain, de menaçant.
- 14:19Et plus on remonte, plus la menace se rapproche.
- 14:22Et à un moment, il n'y a plus de dehors.
- 14:24Et la, surprise, la piste s'arrête au bureau d'à côté, le
- 14:28Bureau d'à côté, un adjoint frustré froissé quelqu'un qui
- 14:32travaillait avec elle tous les jours, qui la croisait dans le
- 14:35couloir. Qui lui disait Bonjour le matin
- 14:37et qui, derrière son écran, se déguisait en haine antisémite
- 14:41pour détruire sa collègue ? La haine comme masque d'une
- 14:44blessure d'égo ? On avait 16 ans quand le faux
- 14:46chaos Computer Club nous avait appris que dans un réseau, la
- 14:49confiance ne se présume jamais, que le danger peut venir de
- 14:52l'Intérieur. On avait 16 ans et 20 ans plus
- 14:55tard, dans les bureaux du Consistoire de Paris, cette
- 14:58leçon revenait intacte. Le métier de la sécurité, ce
- 15:01n'est pas seulement des firewall et des lignes de code.
- 15:04C'est aussi ça l'humain, la trahison, la banalité du mal
- 15:07derrière un écran et la responsabilité immense de dire
- 15:10la vérité à des gens qui ne sont pas prêts à l'entendre.
- 15:13Le danger n'arrive pas toujours de loin.
- 15:15Très souvent, il vient du bureau d'à côté et parfois il vous dit
- 15:19Bonjour le matin. Et à chaque étape, à chaque
- 15:21crise, à chaque attaque, la même phrase revenait de l'autre côté
- 15:25de la table, on n'avait pas vu, on n'avait pas prévu, on pensait
- 15:29que ça n'arriverait pas chez nous.
- 15:30En 2009, l'anssi est créée. 14 ans après qu'on a fondé
- 15:34intrinsèque, on avait un peu d'avance ou un peu tort trop tôt
- 15:37selon les jours, puis le reste a suivi.
- 15:40Wanna Cry solarwinds, les hôpitaux, les jeux de Paris.
- 15:44De rien à 8 milliards d'euros pour le marché français de la
- 15:46cybersécurité de rien à 8 milliards parce que le monde a
- 15:50fini par payer ce qu'il avait longtemps refusé de voir, et la
- 15:53même phrase, toujours on n'avait pas vu.
- 15:56C'est exactement cette phrase que j'entends aujourd'hui dans
- 15:58les ESN. Chapitre 3, le paradis.
- 16:03Un hacker, par nature, ne reste pas.
- 16:05Il bouge, il teste, il repart. Quand un hacker reste quelque
- 16:09part 27 ans, c'est que l'endroit lui ressemble. 1999 intrinsèque
- 16:13à 4 ans. On est une petite équipe, on
- 16:16fait du Pen test, du Conseil, de l'audit, on commence à avoir une
- 16:21réputation dans la banque et l'assurance, on sait entrer dans
- 16:25les systèmes, on sait les refermer.
- 16:30Et Luc de Chamart appelle en fait Luc de Chamart, le le
- 16:34fondateur de neurones, un homme que le grand public ne connaît
- 16:38pas, que la presse ne cite presque jamais, qui ne fait pas
- 16:42de keynote, qui ne tweet pas, qui ne publie pas de tribune
- 16:45dans les échos et qui a construit en 40 ans le modèle
- 16:49d'e SN, le plus performant de France, peut être le plus
- 16:52performant d'Europe. En silence, comme un horloger,
- 16:55pièce par pièce. Et quand il m'a appelé, il m'a
- 16:59dit quelque chose que je n'ai jamais oublié.
- 17:01Il a dit, je cherche des gens qui voient le numérique depuis
- 17:04ce qui casse, pas depuis ce qui brille.
- 17:07C'était déjà une manière de trier le vrai du décor.
- 17:10C'est une phrase rare dans les ESN en général dans les ESN, les
- 17:13phrases ressemblent plutôt à. Nous accompagnons la
- 17:15transformation digitale de nos clients grâce à notre expertise
- 17:19multi sectorielle. C'est joli, ça ne veut
- 17:22strictement rien dire, mais ça rassure les slides.
- 17:26Luc, lui, ne faisait pas de slide, il faisait des contes et
- 17:31les contes étaient justes. À mon arrivée chez neurone, Luc
- 17:34a été un professeur précieux. Il m'a appris le commerce, le
- 17:38marketing, ce qu'est 1DSI et, plus rare encore, ce qu'est un
- 17:42désir de DSI. Il relisait mes mailings.
- 17:45À l'époque, c'était plus fastidieux que des mails,
- 17:48c'était du papier, de vraies feuilles, de vraies phrases.
- 17:52Il corrigeait, il rayait, il déplaçait.
- 17:55Il m'apprenait à faire un titre qui claque.
- 17:57Il m'apprenait ce qu'on appellerait aujourd'hui un
- 17:59tunnel de vente, il m'apprenait le Click to action avant qu'on
- 18:03parle comme ça. Et surtout, il m'apprenait une
- 18:06chose que beaucoup de formations commerciales redécouvrent
- 18:09périodiquement sous des noms savants, y compris à HEC, partir
- 18:12de la douleur du client. Tant que tu n'as pas trouvé la
- 18:15douleur juste, tu ne vends rien. Luc m'a appris ça.
- 18:18Et quand on vous apprend ça, on ne vous apprend pas seulement à
- 18:22vendre. On vous apprend à voir
- 18:25autrement. On a rejoint neurone en 1999 et
- 18:27je suis resté ce qui en dit long parce qu'un hacker par nature,
- 18:30ne reste pas un hacker. Ça bouge, ça teste, ça repart,
- 18:35ça se lasse, ça cherche le prochain système à ouvrir.
- 18:39Si je suis resté, c'est parce que le modèle neurone avait
- 18:43quelque chose que je n'avais vu nulle part ailleurs, de la
- 18:46liberté et de la discipline, les 2 en même temps.
- 18:52On ne m'a jamais demandé de devenir quelqu'un d'autre et on
- 18:55m'a donné quelque chose de plus rare encore, le temps de
- 18:58construire des évidences qui n'en étaient pas encore.
- 19:01Pour quelqu'un comme moi, c'était presque une forme rare
- 19:03de confiance. Plus qu'un confort, une
- 19:06permission neurones, ce n'est pas une pyramide, c'est une
- 19:10fédération. Une vingtaine d'entités
- 19:12autonomes, chacune avec son patron, son compte de résultats,
- 19:16sa clientèle, sa spécialité. Le patron de chaque entité est
- 19:20entrepreneur. Associé au capital responsable
- 19:24de ces résultats, pas un manager salarié qui attend les
- 19:27instructions du siège et qui passe sa vie à faire du
- 19:29reporting pour justifier son existence.
- 19:32Un entrepreneur avec sa peau dans le jeu, c'est l'anti modèle
- 19:36des ESN. Le modèle ESN classique, c'est
- 19:39la pyramide. Tout remonte, tout descend, le
- 19:43siège décide, les entités exécutent, le commercial vend le
- 19:47delivery livre, le management contrôle.
- 19:50Et tout le monde remplit des tableaux Excel pour prouver
- 19:52qu'ils méritent d'exister. Neurones, c'est le contraire.
- 19:56Chaque entité pense, chaque entité s'adapte et surtout
- 20:00chaque entité peut agir avant que le siège n'ait fini de
- 20:03comprendre ce qui change. Je vais vous dire ce que c'est
- 20:06un paradis pour un hacker. C'est un endroit où on vous fait
- 20:09confiance, on ne vous demande pas de rentrer dans un moule, on
- 20:12vous donne un terrain 1PNL et une seule consigne, fais le
- 20:14vivre. Où personne ne vous dit comment
- 20:17penser, où personne ne vous oblige à vendre ce que vous ne
- 20:20croyez pas ou la seule hiérarchie qui compte, c'est
- 20:23celle du réel. Ça marche ou ça ne marche pas,
- 20:25les contes parlent, le reste est du bruit. 27 ans, j'ai vu passer
- 20:30des dizaines de SN qui ont changé de stratégie tous les 18
- 20:32mois, qui ont poursuivi chaque mode comme si le salut venait du
- 20:35mot clé suivant et qui se sont retrouvés 10 ans plus tard à peu
- 20:39près au même endroit, en moins bien.
- 20:41Neuron n'a jamais fait ça, neuron a fait la même chose tous
- 20:45les jours. Pendant 40 ans, avec constance,
- 20:48avec discipline, avec une humilité qui ressemble à de
- 20:50l'orgueil silencieux. En 25 ans de cotation en bourse,
- 20:53neurone n'a jamais affiché une seule perte, jamais, pas en 2001
- 20:57bulle Internet, pas en 2008, crise financière mondiale, pas
- 21:00en 2020, COVID, pas en 2025, premier recul du marché ESN en
- 21:0415 ans, jamais une perte, 857000000 de chiffre d'affaires,
- 21:06337000000 de trésorerie, 0 dette. +5% de croissance
- 21:15organique dans un marché à moins 2 ?
- 21:17Ceux qui ont écouté l'épisode 5, celui sur les survivants,
- 21:21reconnaîtront peut être quelque chose, le spécialiste profond,
- 21:24le système nerveux plutôt que la forteresse, la discipline comme
- 21:28qualité stratégique, la capacité à dire non, la netteté plutôt
- 21:32que la largeur. Ce n'était pas de la théorie,
- 21:34c'était un endroit où je vis depuis 27 ans et dont je n'ai
- 21:37jamais eu envie de partir pour un hacker.
- 21:40C'est peut être la définition la plus rare du luxe.
- 21:42Mais un paradis n'est pas un refuge, c'est une base de
- 21:44lancement. Et à partir de cette base, le
- 21:47métier a continué à se transformer parce que le gamin
- 21:49qui ouvrait les systèmes dans le noir a fini par comprendre
- 21:51quelque chose. Ouvrir ne suffit pas, montrer
- 21:54les trous ne suffit pas. À un moment il faut construire,
- 21:57il faut bâtir ce qui tient-il faut passer de l'autre côté du
- 22:00miroir. En 2005, la mairie de Versailles
- 22:03nous confie l'infogérance de ses applications municipales.
- 22:06Le cimetière, la Ludothèque, l'état civil, le cimetière de
- 22:10Versailles, le Hacker de La Hague qui avait accédé aux
- 22:12caméras d'une installation nucléaire, qui gère maintenant
- 22:15le logiciel du cimetière d'une mairie ?
- 22:17Le réel a beaucoup plus d'humour que les plans de carrière.
- 22:20Si quelqu'un m'avait dit ça en 1995, j'aurais raccroché.
- 22:22Mais c'est exactement là que quelque chose de profond s'est
- 22:25joué. On passait de l'intrusion au
- 22:26service de l'ouverture de portes à la tenue de système, du geste
- 22:31du hacker au geste de l'opérateur.
- 22:35Et j'ai découvert quelque chose que je n'attendais pas, que
- 22:37tenir un système tous les jours, sans bruit, sans gloire, pour
- 22:40que les gens puissent enterrer leurs morts, inscrire leurs
- 22:43enfants, emprunter 1£. C'était aussi noble que d'ouvrir
- 22:45une forteresse nucléaire. Le numérique devient sérieux le
- 22:49jour où il faut qu'il tienne pour des morts, des enfants, des
- 22:52livres. Peut être plus parce que
- 22:54personne ne vous applaudit, personne ne vous regarde
- 22:56derrière une vitre fumée, vous tenez, c'est tout.
- 23:00Et en 2008, stehliant, une entreprise d'expertise en
- 23:03assurance, notre premier client cloud, suivi de 18 autres dans
- 23:06la même année. Le cloud en 2008 en France,
- 23:09c'est un mot que presque personne n'utilise encore.
- 23:11Mais nous, on était déjà en train de construire
- 23:14l'infrastructure. Pas parce qu'on avait vu le
- 23:16marché, parce qu'on avait vu le besoin des entreprises qui
- 23:18avaient besoin que leurs données tiennent, que leur système
- 23:20tienne, que quelqu'un réponde quand ça casse.
- 23:23Les premiers clients du cloud, c'était les banques d'affaires,
- 23:26les fonds de private equity. Des gens pour qui la donnée est
- 23:31le cœur du métier et la confidentialité une condition de
- 23:34survie. Là encore, la même intuition que
- 23:37pour payline, construire une confiance avant qu'elle ait
- 23:40encore tout à fait son marché. Et puis ça a remonté l'i RD,
- 23:43l'Institut de recherche pour le développement, l'a MF,
- 23:46l'autorité des marchés financiers, puis les ETI et les
- 23:49grands comptes. Suez, avril, le cloud montait en
- 23:52gravité, client après client, pas par le discours, par la
- 23:55preuve, puis en 2015. Je fais un choix, je confie
- 24:01intrinsèque à Cyril Barthélémy, il était entré chez nous après
- 24:04lépita. Là aussi, ce n'était pas
- 24:06seulement un passage de relais, c'était une histoire qui
- 24:08continuait. Cyril, c'est probablement
- 24:11l'homme le plus sérieux que je connaisse.
- 24:13Bien sûr, on se marre bien aussi, mais il porte sur les
- 24:16épaules le poids de ce qu'il sait et que beaucoup d'autres ne
- 24:19savent même pas voir. Il est d'une exigence rare, d'un
- 24:22perfectionnisme presque moral. Et moi je bascule vers le cloud,
- 24:26la confiance changeait d'étage. En 2019, j'ouvre aussi le centre
- 24:29offshore d'intrinsèque et de cloud temple en Tunisie, 120
- 24:32recrutements en 4 ans et surtout 4 années d'implication
- 24:35personnelle. Sur place, on croit ouvrir un
- 24:37centre offshore. En réalité, on découvre un
- 24:40continent, des équipes, des rythmes, une autre manière
- 24:43d'habiter le réel. Cloud temple devient mon front
- 24:46principal et en 2017, je fais encore un pari que beaucoup
- 24:50auraient trouvé étrange. Je nomme Christophe Lesur et
- 24:52Sébastien Lescop directeurs généraux de cloud temple. 2DG le
- 24:59même poste ? Sur le papier, ça avait tout
- 25:01pour mal finir dans le réel, ça a très bien marché. 9 ans plus
- 25:05tard, ils performent toujours ensemble.
- 25:07Là aussi, le réel a fini par être plus intelligent que le
- 25:11schéma et avec lui le 2e acte d'une vie.
- 25:14Le Hacker ne se contente plus d'ouvrir les portes et de les
- 25:16refermer, il construit les murs à chaque étape.
- 25:19C'est la même histoire payline avant le e-commerce, les tests
- 25:23d'intrusion avant que le marché sache qu'il fallait tester.
- 25:26Le cloud avant qu'il devienne une évidence.
- 25:29Le cloud souverain qualifié avant que les régulateurs
- 25:32eux-mêmes comprennent ce que cela allait coûter de ne pas
- 25:34l'avoir. J'ai souvent eu raison trop tôt
- 25:36et quand on a raison trop tôt, le marché commence rarement par
- 25:39vous remercier. Il commence par vous regarder
- 25:42comme un original. J'ai souvent eu raison dans la
- 25:45solitude avant d'avoir raison dans les chiffres.
- 25:47Un hacker qui vend de la confiance, le paradoxe d'une vie
- 25:51ou peut être son accomplissement.
- 25:53Chapitre 4, le même geste. En 1995, le hacker montrait au
- 25:57directeur informatique les trous de son réseau, en 2026,
- 25:59l'intelligence artificielle montre aux clients les trous du
- 26:02devis. 30 ans d'écart, le même geste ?
- 26:08Aujourd'hui, l'ensemble s'appelle dragon Fly.
- 26:11D'un côté, cloud temple, le cloud souverain, le secnum
- 26:14cloud. Triple qualifications, Annecy,
- 26:16le premier prestataire français à l'obtenir en 2022, le premier
- 26:20en France, a décroché la qualification pass en 2024.
- 26:24Des milliers de mètres carrés de data Center pour ses clients.
- 26:27L'endroit où vous mettez les données que vous ne pouvez pas
- 26:30vous permettre de perdre, les données de santé, les données
- 26:33bancaires, les systèmes critiques, les applications qui,
- 26:36si elles tombent, font tomber l'entreprise.
- 26:38Avec de l'autre côté intrinsèque sécurité.
- 26:41Le métier originel, le Soc qui tourne 24 h sur 24, le cert
- 26:46qualifié Annecy, des dizaines de milliers de tests d'intrusion
- 26:50depuis sa création, des milliards d'alertes traitées. 30
- 26:53ans de cicatrice accumulé sur les systèmes des autres, 2
- 26:57métiers, 2 postes d'observation, mais la même question,
- 27:00exactement la même depuis 30 ans, ce système est-il ce qu'il
- 27:05prétend être ? Derrière la façade, qu'est ce
- 27:08qui tient vraiment ? Quand on dit 2nd cloud, beaucoup
- 27:11de gens entendent un label, une case de conformité, un
- 27:15supplément de sérieux sur un slide.
- 27:17En réalité, c'est un signal de marché.
- 27:19Cela veut dire qu'on entre dans un territoire où la question
- 27:23n'est plus seulement comment héberger.
- 27:25La question devient dans quelles conditions cela reste
- 27:28acceptable ? Qui contrôle l'environnement ?
- 27:31Qui maîtrise les dépendances ? Qui peut auditer, qui peut
- 27:35expliquer, qui répond quand ça casse ?
- 27:38Pendant un moment, on était seul avec cette certification que
- 27:42personne ne demandait encore formellement.
- 27:44Ça vous rappelle quelque chose ? 1995 la sécurité informatique,
- 27:47personne ne la demandait, on l'a construite quand même. 2022, le
- 27:51cloud souverain qualifié, peu de clients le demandaient encore.
- 27:54On l'a construit quand même. On construit le parachute avant
- 28:00la tempête, les gens nous regardent bizarrement et quand
- 28:03la tempête arrive, on est les seuls à en avoir un.
- 28:06Et maintenant, en 2026, tout le monde le demande.
- 28:10Nice 2, Lay a Act, Dora pour la finance, le cloud Act américain
- 28:15qui fait transpirer les COMEX, les régulateurs européens qui
- 28:18durcissent. Soudain, la question où vivent
- 28:21vos données et qui les contrôle n'est plus une question de
- 28:24paranoïaque, c'est une question de board, de risque juridique,
- 28:28de survie réglementaire, et il y a très peu d'acteurs capables
- 28:32d'y répondre sérieusement. C'est depuis ces 2 postes
- 28:35d'observation que j'ai regardé le marché des ESN pendant 6
- 28:38épisodes et c'est depuis ces 2 métiers que le parallèle m'a
- 28:42frappé avec une netteté qui m'a empêché de dormir certains
- 28:45soirs. En 1995, je montrais au
- 28:48directeur informatique que son système avait des trous.
- 28:50Il ne le savait pas, pas parce qu'il était incompétent, parce
- 28:53qu'il n'avait pas les outils pour voir.
- 28:56Et le jour où quelqu'un lui montrait les trous, il ne
- 28:58pouvait plus faire semblant, il devait agir.
- 29:00En 2026, l'intelligence artificielle montre au client
- 29:03que le devis a des trous, des couches, qu'il payait sans
- 29:07savoir pourquoi, des jours qui étaient là parce qu'ils avaient
- 29:10toujours été là. Des profils dont la fonction
- 29:15principale était de transformer une forme en une autre forme et
- 29:19l'i a le fait maintenant en 20 Min.
- 29:21Le client ne peut plus faire semblant, il doit agir et le SN
- 29:25en face ne peut plus se cacher derrière l'épaisseur du devis.
- 29:28Le même mécanisme, exactement le même, une autre paroi, la même
- 29:33traversée. L'i a est en train de donner
- 29:36cette capacité à tout le monde, chaque directeur des achats,
- 29:39chaque DSI, chaque client de SN. Tout le monde devient un peu à
- 29:44cœur, tout le monde peut soulever le couvercle et ce
- 29:47qu'on trouve en dessous surprendra beaucoup de gens.
- 29:50Et c'est ici qu'il faut dire quelque chose, quelque chose que
- 29:53j'aurais pu cacher, que beaucoup de gens dans ma position
- 29:56cacherait. Je ne suis pas neutre.
- 29:59Mes métiers sont exactement les métiers que l'intelligence
- 30:01artificielle ne comprime pas. Le cloud souverain, la
- 30:05cybersécurité. Plus l'i a monte, plus le cloud
- 30:08se durcit, plus l'i a accélère la production, plus elle
- 30:11accélère aussi les erreurs. Les faux positifs, les
- 30:14automatisations mal conçues, les dépendances non anticipées ?
- 30:18L'i a n'ajoute pas seulement des usages, elle durcit les
- 30:21conditions dans lesquelles ces usages restent acceptables.
- 30:24Le cloud, vu de l'Intérieur, n'est plus une commodité, c'est
- 30:27l'endroit où les promesses doivent enfin tenir.
- 30:30Le cloud est très abstrait jusqu'au moment où il tombe.
- 30:33Là, tout le monde se souvient qu'il vivait quelque part.
- 30:36Et la cybersécurité, vue depuis intrinsèque, rappelle quelque
- 30:40chose que le numérique n'aime jamais raconter.
- 30:42Chaque couche de vitesse ajoute une couche de fragilité, chaque
- 30:46nouveau service ouvre une nouvelle surface d'attaque,
- 30:48chaque connexion supplémentaire est un chemin de plus pour
- 30:51quelqu'un qui cherche à entrer. Tout ça me donne un angle, ça me
- 30:55donne aussi un biais et je préfère le dire que le cacher.
- 30:58Mais cette série n'était pas un exercice de communication, elle
- 31:01était une tentative de dire ce que je vois avec la franchise
- 31:05que le sujet mérite et la franchise parfois, ça veut dire
- 31:08aussi montrer d'où on regarde pour que chacun puisse juger de
- 31:11la distance. Au fond, ce podcast obéit à la
- 31:14même logique que le reste de ma vie, dire trop tôt ce qui finira
- 31:18par devenir évident, nommer maintenant ce que le marché
- 31:21préfère encore, appeler autrement.
- 31:23J'ai souvent été pionnier malgré moi.
- 31:25Et quand on est pionnier, on passe longtemps pour un excessif
- 31:28avant de passer pour une évidence, le marché n'aime pas
- 31:31qu'on lui montre trop tôt ce qui finira par lui manquer.
- 31:34Pendant 6 épisodes, j'ai fait exactement ce que je faisais à
- 31:3722 ans. J'ai traversé la façade, j'ai
- 31:40regardé ce qu'il y avait derrière.
- 31:42Et j'ai dit ce que j'ai vu. Le geste n'a pas changé, seul le
- 31:46système a changé. Et depuis 2023, je fais la même
- 31:49chose avec l'i a agenti. En vérité, j'ai commencé bien
- 31:53avant. J'ai commencé à investir dans
- 31:55l'i a en 2012 et pendant des années tout est tombé dans un
- 31:58puits jusqu'en 2023 jusqu'au génératif, jusqu'à l'agentique
- 32:04et IU pour mes entreprises et pour mes clients bien sûr.
- 32:08En 2023, je confie le projet IA à Camille, à une orni.
- 32:11Elle avait traversé le Conseil, la communication, le marketing
- 32:14avant d'arriver à l'i a là encore, le sujet n'était pas
- 32:19seulement technique, il fallait quelqu'un pour relier les
- 32:22étages. Et puis il y a une scène, une
- 32:24scène que j'ai vu plusieurs fois maintenant un rendez-vous
- 32:27d'avant vente. Camille écoute, elle laisse
- 32:29tourner le transcript en temps réel, elle pose 2 ou 3
- 32:33questions, presque rien et avant même la fin de la réunion.
- 32:37Elle montre déjà des démonstrateurs, pas des slides,
- 32:40des démonstrateurs. Et le plus frappant, c'est
- 32:44qu'elle n'a presque pas quitté le client des yeux.
- 32:46La machine travaille mais la présence reste là.
- 32:49C'est peut être ça au fond, la prochaine couche quand elle est
- 32:52bien habitée, pas un humain qui disparaît derrière l'outil, un
- 32:56humain qui garde la relation pendant que l'outil accélère
- 32:59tout le reste. Là encore, la même obsession, ne
- 33:02pas subir la prochaine couche, la construire.
- 33:05Je ne regarde pas la prochaine porte s'ouvrir depuis le
- 33:08couloir. J'entre dans la pièce.
- 33:10Le futur m'intéresse moins comme promesse que comme chantier.
- 33:15Chapitre 5, la porte, 30 ans séparent le modem du Podcast.
- 33:21Mais le gamin de Cergy n'a jamais quitté la pièce.
- 33:23Cette série m'a coûté pas en argent.
- 33:26En sommeil, en doute, en heure passée à chercher le mot juste
- 33:29pour dire une chose que je voyais depuis des années sans
- 33:31jamais l'avoir formulée à voix haute, je ne pouvais plus garder
- 33:34ça pour moi. Je savais trop de choses pour
- 33:35continuer à parler comme tout le monde.
- 33:37A un moment, le silence devient une faute.
- 33:39Je n'ai rien à vous vendre, pas de formation, pas de t-shirt à
- 33:42mon logo, pas de coaching à 500€ de l'heure.
- 33:44Je partage simplement mon expérience sans attendre de
- 33:46retour, j'ai passé des nuits à essayer de dire proprement
- 33:48quelque chose qui en vérité ne l'était pas, a essayé de mettre
- 33:52de la tenue dans une vérité qui elle ne demandait la.
- 33:56La mission de personnes ? Des phrases abandonnées parce
- 33:58qu'elles étaient vraies, mais pas assez justes, et d'autres
- 34:00gardaient parce qu'elles faisaient mal, exactement là où
- 34:02il fallait. Ce n'est pas un exercice
- 34:04intellectuel, c'est un métier que j'ai regardé en face.
- 34:07Le mien, celui de mes pairs, celui de gens que je connais,
- 34:10que je respecte, qui se lèvent chaque matin pour faire tourner
- 34:12des entreprises de services dans un monde qui change plus vite
- 34:15qu'eux. Et j'ai dit ce que je voyais,
- 34:16même quand c'était inconfortable, même quand ça
- 34:18mordait des gens que j'estime. Parce que là complaisance dans
- 34:21un moment comme celui-ci est une forme de cruauté déguisée en
- 34:24politesse. Je vais vous dire ce que cette
- 34:26série m'a appris sur moi même. Je croyais avoir changé de
- 34:29métier plusieurs fois, acquiert, consultant en sécurité,
- 34:32entrepreneur, patron de cloud, président d'un groupe.
- 34:35Les mots ont changé les cartes. De visites ont changé, les
- 34:38salles de réunion ont changé. Mais le geste, lui, n'a jamais
- 34:41changé. À 14 ans, dans ma chambre à
- 34:43Cergy, je soulevais le couvercle d'un système pour voir ce qu'il
- 34:46y avait dedans. À 22 ans, chez un directeur
- 34:48informatique, je soulevais le couvercle de son réseau pour lui
- 34:51montrer les trous. À 27 ans à La Hague, derrière
- 34:53une vitre fumée, je soulevais le couvercle d'une forteresse
- 34:56nucléaire. À 31 ans, au Consistoire de
- 34:58Paris, je soulevais le couvercle d'une haine qui venait du bureau
- 35:02d'à côté. Et aujourd'hui, dans un podcast,
- 35:03j'ai soulevé le couvercle d'un modèle économique.
- 35:07Que personne n'avait envie de regarder de trop près.
- 35:09C'est le même geste, toujours le même, soulever, regarder, dire.
- 35:13Un hacker ne choisit pas cette posture, elle le choisit et elle
- 35:16ne le quitte jamais. Il y a 30 ans, j'ouvrais des
- 35:19systèmes pour montrer aux gens ce qu'il y avait à l'intérieur.
- 35:21Aujourd'hui, j'ai ouvert un modèle, le vôtre peut être, et
- 35:25j'ai dit ce que j'ai vu, un hacker ne change pas de
- 35:27question, il change seulement de système.
- 35:29Je ne sais pas si cette série changera quoi que ce soit.
- 35:31Je ne sais pas si un dirigeant de SN1 dimanche soir se
- 35:34souviendra d'une phrase entendue ici et.
- 35:37Prendra une décision qu'ils n'auraient pas prise autrement.
- 35:39Je ne sais pas si Sophie, Karim, Philippe ou Youssef
- 35:42reconnaîtront leur propre histoire.
- 35:43Je ne sais pas si le marché dans 24 mois ressemblera à ce que
- 35:47j'ai décrit ou à quelque chose de complètement différent, mais
- 35:49je sais une chose, la même chose que je savais à 14 ans, à 02h00
- 35:53du matin, devant un écran de texte blanc sur fond noir, les
- 35:56systèmes mentent d'abord à ceux qui les administrent.
- 35:58C'est peut être pour ça que j'ai passé ma vie à les faire parler.
- 36:01Un système qui refuse d'être regardé est un système qui a
- 36:04quelque chose à cacher et un système qui a quelque.
- 36:07Choses à cacher finit toujours par céder.
- 36:09Toujours. La seule question, c'est quand
- 36:11une dernière fois, je m'appelle Franck Dubray, ancien hacker,
- 36:14fondateur d'Intrinsèque en 1995, président de dragon Fly, cloud
- 36:17temple et intrinsèque sécurité, filiale de neurones depuis 1999
- 36:21et depuis 30 ans, je fais la même chose, je traverse les
- 36:24façades, je regarde ce qui tient et je dis ce que je vois.
- 36:27Un hacker qui vend de la confiance depuis 30 ans, le
- 36:30paradoxe d'une vie ou peut être son accomplissement.
- 36:31J'ai souvent eu raison dans la solitude.
- 36:37Et la solitude, au début, ne ressemble jamais à une victoire.
- 36:40Si on m'avait dit à 15 ans que je vendrais un jour de la
- 36:43confiance, j'aurais probablement raccroché.
- 36:45Construire trop tôt ce qui finit par devenir indispensable, au
- 36:49fond, c'est toute ma vie. Pas de réseau, pas d'argent,
- 36:51juste des illusions et de la motivation.
- 36:54Et une porte qui ne s'est jamais refermée.
- 36:56Pas la première, pas la dernière.
- 36:58Vous écoutiez le centre de gravité.
- 37:00Cet épisode s'appelait d'où parlait cette voix ?
- 37:02La série s'achève ici. Vous savez maintenant d'où
- 37:05parlait cette voix. Le reste ne dépend plus d'un
- 37:07podcast, il appartient à ceux qui décident.