Latest / Le Café du Sport Business / Pourquoi l'écosystème du sport féminin peine à s'imposer face aux équipes masculines
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- 0:03Le café du sport business. On parle pas des scores du
- 0:06weekend hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:18Bonjour et bienvenue. Aujourd'hui on plonge dans une
- 0:22réalité bah préoccupante, la grande fragilité du sport
- 0:25féminin professionnel en France. Et l'actualité récente en
- 0:29occitanie, elle nous sert un peu de point de départ avec
- 0:31l'annonce de la vente de la section féminine du Montpellier
- 0:34Heroes Sport Club. Pour décrypter tout ça, notre
- 0:37experte nous accompagné. Alors commençons par
- 0:39Montpellier. Justement, cette annonce de
- 0:41vente, elle a un peu surpris. Pourquoi cet événement est-il si
- 0:45révélateur ? Mais c'est un symbole fort.
- 0:47Oui. Il faut se rappeler que Louis
- 0:49Nicolin, le père de Laurent nicolin, l'actuel président,
- 0:52avait été un vrai précurseur hein ?
- 0:53En créant cette section pro à Montpellier y a longtemps.
- 0:56Ça vante aujourd'hui bon, même si elle est présentée comme une
- 0:59solution pour assurer la pérennité avec des repreneurs,
- 1:01ça met surtout en lumière une fragilité structurelle.
- 1:04Kamel Shibli, le vice-président de la région occitanie chargé
- 1:08des sports, le dit Bien, ça repose la question du modèle
- 1:10économique du sport féminin. Il dit même que ce modèle, en
- 1:13fait, n'est pas viable et que l'équipe de Montpellier, Eh Ben
- 1:16ne tenait que parce qu'il y avait la famille nicolin
- 1:18derrière. D'accord, ce qui montre bien une
- 1:20dépendance énorme soit à la structure masculine du club,
- 1:24soit un mécénat privé comme ici. Est ce que ce cas de Montpellier
- 1:27c'est juste un cas isolé, où est ce que ça reflète quelque chose
- 1:30de plus large ? Ah non, malheureusement, ce
- 1:33n'est pas du tout un cas isolé. C'est assez représentatif de la
- 1:36situation générale, pas seulement en occitanie hein,
- 1:39mais partout en France et pour plein de disciplines.
- 1:43Kamel Chibli le confirme d'ailleurs, la plupart des
- 1:46équipes féminines sont toujours rattachées au grand club
- 1:49masculin. C'est un problème récurrent,
- 1:51cette dépendance ? Et Philippe Garnier qui est
- 1:53président du club de Hand féminin de Bouillargues, près de
- 1:56Nîmes, il dit la même chose. En gros, il constaté que les
- 1:59instances bon, elles ont poussé à créer des sections féminines,
- 2:02mais que le modèle économique derrière Ben il n'est
- 2:04malheureusement pas crédible et pas pérenne.
- 2:07Pas. Crédible ?
- 2:08Pas pérenne, faute de quoi, surtout ?
- 2:10De moyens financiers ? Oui, en grande partie.
- 2:13C'est ça le manque de moyens, c'est criant.
- 2:16Salon Philippe Garnier. Et il pointe aussi une autre
- 2:18difficulté, dans les clubs mixtes, il y en a toujours un
- 2:21qui fait de Londres à l'autre. Et bon, souvent c'est la section
- 2:25féminine qui reste dans l'ombre. Mais attention, ce n'est pas
- 2:27qu'une question d'argent. Camille node, une ancienne
- 2:30footballeuse qui organise maintenant des événements, elle
- 2:32insiste là-dessus, elle dit, il ne s'agit pas juste de dire
- 2:35qu'on file 1000002 1000000, il faut des moyens humains aussi.
- 2:38D'ailleurs elle remarque qu'à part peut être l'Olympique
- 2:41lyonnais qui est un peu l'exception, mais les sections
- 2:44féminines dans les clubs sont a priori toujours à perte.
- 2:47Toujours à perte. Et cette question des moyens, de
- 2:50la visibilité, elle semble vraiment centrale.
- 2:53Philippe Garnier il critique aussi une mise en lumière.
- 2:55Un peu en danse, non ? Très lié aux grands événements
- 2:58exactement. Il parle de cette attention
- 3:00médiatique qui monte en flèche pendant les Jeux olympiques par
- 3:04exemple. Mais qui retombe tout de suite
- 3:06après. Il pose la question et c'est
- 3:07pertinent. Des athlètes ont été mis en
- 3:09lumière pendant les JO de Paris, mais une fois les JO terminés où
- 3:12elles en sont, Eh bien elles retombent au plus bas.
- 3:14Pour lui, ça montre bien que le fond du problème n'est pas
- 3:17réglé. On ne construit rien sur le long
- 3:19terme comme ça on. Voit bien là fragilité des
- 3:21sections qui sont adossées à des clubs masculins, mais alors pour
- 3:25les clubs qui n'ont pas ce grand frère ou pire, qui voient le
- 3:28soutien public disparaître ? Le cas de Nîmes est assez
- 3:31parlant, je crois. Ah oui, Nîmes.
- 3:32C'est un exemple frappant d'une autre forme de précarité ?
- 3:35Tout à fait. Depuis 2022, Nîmes métropole a
- 3:38décidé de couper ses subventions à plusieurs gros clubs féminins
- 3:42de la ville, handball, Foot, volley, basket.
- 3:45Le motif invoqué, c'était de privilégier les clubs qui
- 3:48apportent plus de visibilité médiatique.
- 3:51Et les conséquences, elles, ont été directes et brutales.
- 3:54Le club de basket de l'ATS, par exemple, a dû fermer sa section
- 3:57féminine fin 2024. Et le club de Hand de Bouyarag,
- 4:00le BHNM que préside Philippe Garnier.
- 4:02Il est passé de 130000€ de subventions de la métropole et
- 4:05de la mairie y a quelques années à 0 0.
- 4:09Passé de 130000€ à 0, j'imagine le choc.
- 4:12Comment les clubs et les joueuses vivent ça
- 4:14concrètement ? Bah c'est un coup très très dur.
- 4:18Béatrice Canoret, qui joue au football féminin Nîmes
- 4:20métropole, garde en d 3. Elle le décrit très bien.
- 4:23Elle dit, vu qu'on dépendait énormément de la métropole de
- 4:26Nîmes, ça nous a fait un gros passage à vide.
- 4:29Son club s'est retrouvé avec 50000€ de déficit, des grosses
- 4:32difficultés à s'autofinancer. Alors face à l'urgence, elle a
- 4:35utilisé sa notoriété qu'elle avait eu avec l'émission Koh
- 4:38Lanta pour organiser un match de gala en mars dernier et essayer
- 4:41de lever des fonds. Son message ?
- 4:43C'est simple, ce qu'on aimerait, c'est jouer au foot et être plus
- 4:46connu pour ça. Heureusement, cette initiative
- 4:48a, au moment permis salon, elle, de rouvrir un peu le dialogue
- 4:51avec certains élus, oui. On voit se dessiner un un cercle
- 4:54vicieux assez terrible, moins de financement, qu'il soit public
- 4:58où privé, ça veut dire moins de moyens, donc potentiellement
- 5:01moins de résultats, moins de structuration, et ça entraîne
- 5:04moins de visibilité dans les médias et donc encore plus de
- 5:07mal à attirer des sponsors du public.
- 5:09C'est exactement ça, le cercle vicieux.
- 5:11Béatrice Kaboré, elle, le dit avec un mélange d'humour et de
- 5:13dépit, il faut qu'on arrive à faire parler de nous.
- 5:16On doit arriver à dire aux gens, coucou, on est là, on a besoin
- 5:20d'aide. C'est une lutte constante pour
- 5:22exister quoi. D'ailleurs, Laurent nicolin
- 5:24justifiait à la vente du MHSC féminin en partie à cause de la
- 5:27faible affluence, 500 ou 600 personnes au stade.
- 5:29Mais Philippe Garnier, lui, il conteste cette idée que c'est
- 5:32une fatalité. Il pense qu'on peut vivre avec
- 5:34et chercher à développer l'équipe même avec ce public.
- 5:36Et il cite l'exemple de Brest en féminin qui remplit des salles
- 5:40de 5000 places, donc ce n'est pas impossible.
- 5:44Ce qui suggère que le manque d'affluence n'est peut être pas
- 5:47une fatalité en soi, mais aussi le résultat d'un manque
- 5:50d'investissement pour attirer ce public.
- 5:53Tout à fait. Si on ne créé pas l'événement,
- 5:55si on ne valorise pas le spectacle, le public ne va pas
- 5:58venir tout seul en masse. Kamel chibi de la région
- 6:02Occitanie il a une phrase assez dure, mais juste.
- 6:05Quand le sport va mal dans la région, le sport féminin va
- 6:08encore plus mal. Et il s'inquiète aussi du signal
- 6:12désastreux qu'envoie le retrait des aides publiques à Nîmes.
- 6:15Comment voulez vous attirer des investisseurs privés si même les
- 6:19collectivités se retirent ? Ça contraste d'ailleurs avec des
- 6:22réussites qui existent aussi dans la région.
- 6:24Comme le bézier volet par exemple.
- 6:26Bon, face à ce tableau qui est quand même assez sombre, est ce
- 6:29qu'il y a des pistes pour s'en sortir ?
- 6:31Comment on peut briser ce cercle vicieux et justement attirer ces
- 6:35fameux investisseurs privés ? Oui, heureusement, il y a des
- 6:38initiatives qui montrent que c'est possible, mais ça demande
- 6:40une approche différente, plus volontariste et plus
- 6:44professionnelle. Prenez l'exemple de Camille
- 6:46Naudet, dont on parlait tout à l'heure avec sa Women french
- 6:49Cup, ce tournoi amical européen de foot féminin.
- 6:52Dès le début, elle a misé sur la qualité de l'événement.
- 6:55Elle explique avoir voulu produire cet événement avec un
- 6:57dispositif caméra digne de ce nom, des commentaires pour faire
- 7:00un produit très beau, télévisuellement.
- 7:03Et cette approche, elle a fini par payer.
- 7:05Au début, c'était basé sur la confiance.
- 7:06Puis elle a attiré des sponsors locaux et ensuite des grands
- 7:09groupes comme Airbus où Angie. Son tournoi a été diffusé dans
- 7:1240 pays. Donc une des clés ce serait de
- 7:15soigner le produit en quelque sorte.
- 7:17Pour le rendre plus attractif ? C'est fondamental salon camine
- 7:20nahoud elle pense que dire que ça n intéressé personne, c'est
- 7:23un argument très français. Pour elle, c'est surtout une
- 7:26question de moyens, de volonté et d'angle qu'on prend.
- 7:29Kamel Shibli, il est un peu sur la même ligne, il faut être
- 7:31proactif avec les entreprises. Sa formule est assez direct, un
- 7:35chef d'entreprise, il faut lui mâcher le travail.
- 7:38Il pense que les collectivités ont un rôle à jouer pour
- 7:40structurer des offres, pour intéresser les entreprises.
- 7:43Et puis Philippe Garnier lui, il suggère des pistes plus
- 7:45structurelles comme un allègement des charges pour les
- 7:48féminines par les fédérations pour aider financièrement les
- 7:51clubs pour. Conclure, si on devait retenir
- 7:53un message essentiel de toute cette analyse, ce serait quoi ?
- 7:55Ben le message clé, je crois, c'est qu'il y a une urgence à
- 7:58repenser le modèle économique du sport féminin professionnel.
- 8:02Il ne peut plus reposer juste sur la dépendance au club
- 8:05masculin ou sur quelques mécènes.
- 8:07Il faut un vrai investissement ciblé, stratégique pour
- 8:11améliorer la visibilité, la qualité de ce qu'on propose, que
- 8:14ce soit le sport ou l'événementiel autour.
- 8:17C'est comme ça qu'on attirera durablement le public et les
- 8:19partenaires privés. Mais au-delà de l'économie, il y
- 8:22a aussi un enjeu culturel, un enjeu de regard.
- 8:26C'est ce que dit Béatrice Kaboré quand elle demande qu'on arrête
- 8:29les comparaisons systématiques avec le masculin.
- 8:31Si tu aimes le football, il faut être apte à regarder les 2.
- 8:34C'est une question de reconnaissance, de soutien
- 8:37global pour ses sportives et ses clubs.
- 8:39Une situation complexe donc, on le voit bien à la croisée des
- 8:42enjeux économiques, médiatiques et puis aussi culturels des
- 8:45mentalités. Un dossier qu'il faudra suivre
- 8:47de très près. Merci de nous avoir écoutés à
- 8:50très vite pour un nouvel épisode.