Latest / ArtEcoVert La voix de la couleur végétale et des plantes tinctoriales / Sylvie Le Chat - Bruxelles, dans l’histoire des métiers et des couleurs végétales
Transcript
- 0:00Bonjour et bienvenue dans le podcast ARTECOVERT,
- 0:03le podcast qui vous parle d'art,
- 0:05d'écologie et de verdure.
- 0:07Je suis Pauline Leroux,
- 0:09ingénieure agronome passionnée de plantes,
- 0:11et je vous emmène à la découverte de la couleur végétale et de toutes ses applications.
- 0:16Que ce soit dans le textile,
- 0:18l'ameublement,
- 0:19l'artisanat,
- 0:20la décoration et dans d'autres domaines,
- 0:23chaque jeudi et samedi à 7h30,
- 0:26je vous propose des épisodes riches avec des invités passionnants
- 0:30pour approfondir le sujet de la couleur végétale sur toute la chaîne de valeur.
- 0:35Mon but,
- 0:36fédérer et démocratiser la couleur végétale dans le monde.
- 0:39Alors c'est parti,
- 0:41bonne écoute !
- 0:44Donc bonjour à tous,
- 0:45je suis ravie d'accueillir sur le podcast à récovert Sylvie Lechat.
- 0:49Bonjour Sylvie.
- 0:51Bonjour Pauline.
- 0:53Alors Sylvie,
- 0:54pour replacer dans le contexte aux auditeurs,
- 0:56c'est Charlotte Marambert,
- 0:57donc l'épisode...
- 0:5815 du podcast ArtEcoVert,
- 1:00qui m'a parlé de toi,
- 1:01donc il y a fort longtemps au démarrage du podcast,
- 1:04qui m'a dit j'ai Sylvie,
- 1:06le chat,
- 1:06qui a beaucoup travaillé sur
- 1:10Bruxelles et l'histoire de la couleur végétale,
- 1:13etc.
- 1:14Et tu vois,
- 1:15le temps passe et je suis ravie de t'avoir aujourd'hui pour deux choses.
- 1:19J'ai beaucoup,
- 1:20beaucoup,
- 1:20beaucoup cheminé depuis,
- 1:22mais j'ai aussi eu des auditeurs qui m'ont dit c'est génial le podcast,
- 1:26mais est-ce qu'on pourrait rajouter une petite...
- 1:28touches d'histoire et de territoire,
- 1:31etc.
- 1:31Et donc,
- 1:32je trouvais ça génial de t'avoir sur le podcast.
- 1:35Donc,
- 1:35ma première question avant qu'on arrive sur Bruxelles,
- 1:38sur l'histoire et les couleurs végétales,
- 1:40c'était que tu puisses te présenter aux auditeurs et nous raconter,
- 1:44toi,
- 1:44ton cheminement autour de cette couleur végétale,
- 1:47ta formation,
- 1:48ton parcours,
- 1:49et ensuite qu'on arrive sur ta passion,
- 1:52on va dire ton cœur de recherche,
- 1:54et que tu nous l'expliques.
- 1:55Ok.
- 1:55Merci à Charlotte d'abord et merci à toi.
- 1:59Donc,
- 1:59je m'appelle Sylvie Lechat et j'habite à Bruxelles.
- 2:02Et du coup,
- 2:03ça fait quelques années que j'étudie la teinture à Bruxelles depuis le Moyen-Âge,
- 2:08etc.
- 2:10Alors que je n'ai aucune formation d'historienne,
- 2:12etc.
- 2:12Mais c'est vraiment par intérêt.
- 2:15Et au fond,
- 2:16tout le parcours que j'ai fait pendant 25 ans ne pouvait aboutir que à ce que je fais pour le moment,
- 2:24donc des recherches d'histoire.
- 2:27Donc ça a commencé à peu près il y a 25 ans,
- 2:29je dirais à l'an 2000,
- 2:33où par hasard je tombe sur une annonce de stage au fin fond de la Wallonie.
- 2:39Quelqu'un qui fait un stage sur la teinture végétale,
- 2:43je me dis ça c'est quand même assez drôle parce que mon métier et ce qui m'intéresse vraiment c'est la peinture textile,
- 2:52pas tellement la teinture mais plutôt la peinture.
- 2:54qu'on appelait à l'époque la peinture sur soi,
- 2:56mais maintenant c'est tellement un peu ringard qu'on pense tout de suite au bambou,
- 3:01au canard.
- 3:02Donc voilà,
- 3:03je dis plutôt peinture textile.
- 3:05Et ma deuxième passion,
- 3:07mais là plutôt endilettante,
- 3:09et je trouvais à l'époque que je m'y connaissais bien,
- 3:11mais j'ai fort revu mes ambitions,
- 3:15je m'intéressais vraiment aux plantes,
- 3:18à la flore sauvage.
- 3:21Ma mère ayant...
- 3:22peint des planches botaniques pendant toute mon enfance.
- 3:26Je partais avec elle dans la forêt,
- 3:28à la campagne.
- 3:30Elle prenait des plantes avec les racines qu'elle dessinait,
- 3:33chose qu'on ne ferait plus maintenant.
- 3:36Et donc,
- 3:36dans le frigo,
- 3:36il y avait toujours des plantes dans des plastiques avec les racines.
- 3:39Et donc,
- 3:40voilà,
- 3:40c'était vraiment mes deux centres d'intérêt.
- 3:43Donc,
- 3:44je suis allée au fin fond de la Wallonie,
- 3:47dans un petit village,
- 3:49je ne sais absolument plus où.
- 3:51dans l'école primaire le week-end.
- 3:54Et qui donnait le stage ?
- 3:56C'était évidemment Michel Garcia.
- 3:58Et là,
- 3:59j'ai vraiment eu un choc,
- 4:01parce qu'au-delà des protocoles de teinture,
- 4:06les recettes,
- 4:06etc.,
- 4:08il a commencé à nous parler d'écologie,
- 4:11d'histoire,
- 4:12de patrimoine,
- 4:14d'art.
- 4:14Et j'étais quand même un peu en état de choc.
- 4:17Je ne m'y attendais pas du tout.
- 4:19Je m'attendais plutôt à un truc un peu à la hippie,
- 4:22baba cool,
- 4:24relax.
- 4:25Ça n'a pas du tout été relax.
- 4:26Et je dois dire que quand il a monté sa cuve de persiquaires indigo,
- 4:36tout en parlant de Voltaire et de l'esclavagisme,
- 4:40moi je suis restée bouche bée.
- 4:43Et je me suis dit,
- 4:44là,
- 4:45il y a un univers qui s'offre devant moi.
- 4:47Et donc,
- 4:48après ça,
- 4:49pendant...
- 4:49une quinzaine d'années.
- 4:51Je n'ai pas fort la longueur du temps,
- 4:55c'est toujours un peu scarp,
- 4:56mais voilà,
- 4:57j'irai pendant une quinzaine d'années.
- 4:59Il est venu régulièrement en Belgique.
- 5:01Et quand il venait à Bruxelles,
- 5:04à peu près tous les deux ans,
- 5:07eh bien,
- 5:07j'allais suivre le stage.
- 5:09Donc,
- 5:09pendant 15 ans,
- 5:11on se retrouvait.
- 5:12Il y avait des nouvelles têtes,
- 5:14mais il y avait quand même un noyau qui y allait.
- 5:17À chaque fois,
- 5:18donc,
- 5:18on s'est vus comme ça tous les deux ans,
- 5:21pendant 15 ans pour certains.
- 5:24À chaque fois,
- 5:25il venait avec des nouvelles recettes,
- 5:28des nouvelles idées.
- 5:30des nouvelles passions.
- 5:32Donc,
- 5:33chaque fois,
- 5:33j'étais un peu découragée parce que pendant les deux ans,
- 5:36j'étudiais le mordant.
- 5:37Enfin bon,
- 5:38j'essayais de maîtriser quand même un peu et craquer.
- 5:42Ils remettaient tout en question.
- 5:43Donc,
- 5:43avec Michel,
- 5:44on évolue toujours,
- 5:45on ne fait pas du surplace.
- 5:49Et voilà.
- 5:50Donc,
- 5:51à chaque fois,
- 5:52il y avait cette richesse incroyable.
- 5:57Et pendant ces 15 ans,
- 5:58grosso modo 15 ans,
- 6:00eh bien,
- 6:01j'ai tout de suite lu beaucoup.
- 6:04J'ai fait évidemment de la teinture,
- 6:06j'ai plus approfondi les plantes sauvages.
- 6:10Je suis plus,
- 6:11voilà.
- 6:11Déjà,
- 6:12c'était plus local,
- 6:13Bruxelles.
- 6:14Et même à Bruxelles,
- 6:16j'allais dans les parcs,
- 6:18je faisais le tour des potagers,
- 6:20parce qu'il y a souvent des plantes sauvages,
- 6:22dans les terrains vagues.
- 6:24Mais bon,
- 6:24maintenant,
- 6:24il n'y a plus de terrains vagues,
- 6:25c'est clair.
- 6:26Et donc moi j'ai continué à étudier plus les plantes sauvages,
- 6:30à lire,
- 6:32et assez vite avec une amie à faire des démonstrations,
- 6:36avec le peu de nos connaissances à l'époque,
- 6:38mais enfin d'année en année je m'améliorais évidemment.
- 6:42Et ça a été une découverte quand
- 6:45Michel nous a partagé tous les livres de recettes du
- 6:4919e siècle,
- 6:51de Dambournet,
- 6:52de Hélo,
- 6:53et là ça a été vraiment une découverte.
- 6:56Parce que non seulement les préfaces,
- 6:59on disait souvent l'art de la teinture.
- 7:01Donc déjà,
- 7:02ça en jetait.
- 7:07Et voilà,
- 7:07les préfaces,
- 7:08ce sont souvent des grandes envolées lyriques.
- 7:11Et donc,
- 7:11c'était fort gai.
- 7:13Donc toi,
- 7:13ça a démarré comme ça avec Michel Garcia et ses fameux livres des maîtres teinturiers de l'époque.
- 7:20Oui,
- 7:20plus d'autres.
- 7:21Mais bon,
- 7:21dans les débuts 2000,
- 7:23il n'y avait pas encore...
- 7:24énormément de livres.
- 7:27Je ne maîtrisais pas vraiment Internet et toujours pas,
- 7:30comme tu as pu le constater.
- 7:33Donc,
- 7:34voilà,
- 7:35il y avait
- 7:36Dominique Cardon,
- 7:37je n'avais pas son petit livre,
- 7:39le petit livre blanc,
- 7:40je ne l'avais pas.
- 7:41Son grand livre rouge,
- 7:44il est sorti en 2002,
- 7:46je crois.
- 7:46Il y avait le livre couleur de Anne Varichon qui était sorti en 2000.
- 7:53Ça fait longtemps
- 7:53temps que je ne l'ai plus consulté,
- 7:55mais je sais qu'à l'époque,
- 7:57vraiment,
- 7:57ça m'avait aidé et ça m'avait ouvert l'esprit aussi.
- 8:02C'est chaque fois cette ouverture et de ne pas rester,
- 8:05bon,
- 8:05je ne voulais pas non plus rester en rond à Bruxelles.
- 8:11Et donc voilà,
- 8:12pendant ce temps-là,
- 8:12j'ai fait des expositions,
- 8:14j'ai fait des installations,
- 8:15j'ai fait des peintures,
- 8:17j'ai donné un peu de stage,
- 8:20des démonstrations.
- 8:22C'est quand même ce que je préfère faire,
- 8:24les démonstrations.
- 8:26Donc,
- 8:26c'était quand même une belle époque.
- 8:30Et puis,
- 8:31en 2015,
- 8:32ça je me souviens de la date par contre,
- 8:34Michel a proposé à Loris,
- 8:39à couleur Garance à Loris,
- 8:41pour son forum qui avait lieu tous les deux ans,
- 8:45je crois.
- 8:45Et chaque fois,
- 8:46ils invitaient un pays.
- 8:47Il a proposé la Belgique.
- 8:50C'est un peu étonnant qu'il se passe quelque chose en Belgique,
- 8:53mais il a fort insisté et voilà.
- 8:56Et donc,
- 8:56nous,
- 8:57on a marché à fond.
- 8:59On s'est réunis et puis il y en avait une qui connaissait une.
- 9:04Bon,
- 9:04il n'y a eu que des femmes,
- 9:05c'est un hasard.
- 9:08Et donc,
- 9:09de bouche à oreille,
- 9:10on s'est réunis et on était quand même une douzaine,
- 9:13je crois.
- 9:13Et on est,
- 9:15je crois,
- 9:16on est toutes allées à l'ORIS.
- 9:19Pour organiser ça,
- 9:21on est partis en camionnette avec les œuvres dans la camionnette.
- 9:24On a logé chez l'habitant.
- 9:26C'était vraiment une belle expérience.
- 9:30Et là,
- 9:30on a fait une exposition de groupe où c'était vraiment très artistique.
- 9:38C'était vraiment une très,
- 9:39très belle exposition.
- 9:41Et bon,
- 9:43il y avait des Belges qui venaient de Flandre,
- 9:45de Wallonie,
- 9:45de Bruxelles.
- 9:46C'était vraiment un doux mélange.
- 9:48mais chaque fois avec des univers très très particuliers,
- 9:53et quand même assez forts.
- 9:55Et donc il y avait ça,
- 9:57et puis il y avait des conférences données par des Belges sur la tapisserie entre autres.
- 10:03Et puis,
- 10:04il y avait aussi un marché d'artisanal,
- 10:06où là,
- 10:06il y a une partie de nous qui a aussi exposé.
- 10:09Donc,
- 10:10on a navigué entre art et artisanat.
- 10:13Et du coup,
- 10:13dans la lancée,
- 10:16on a créé une ASBL qui s'appelait…
- 10:19Je parle au passé parce qu'on l'a fermée il y a un an.
- 10:21C'est quoi une ASBL ?
- 10:25Association sans but lucratif.
- 10:28Ah d'accord,
- 10:29ok.
- 10:30Donc,
- 10:30on ne paye pas d'impôts.
- 10:32Mais on ne gagne pas d'argent non plus.
- 10:36Mais ça permet d'avoir une visibilité.
- 10:39Je ne sais pas l'équivalent en France.
- 10:41C'est une association,
- 10:42nous on dit une association.
- 10:43Ah ben voilà,
- 10:44une association.
- 10:46Ici,
- 10:46on dirait plutôt une association de malfaiteurs.
- 10:49Si on parle d'association.
- 10:52Et donc,
- 10:52on a fait cet ASBL,
- 10:55Nuances de plantes,
- 10:56pour pouvoir organiser un colloque.
- 10:59Et on a fait le colloque,
- 11:01le thème c'était...
- 11:02le parcours de la teinture végétale en Belgique.
- 11:07Donc voilà,
- 11:08tout ça est toujours très local.
- 11:11Et là,
- 11:11ça a été vraiment un très très beau moment,
- 11:13on était fort nombreuses,
- 11:15et on a de nouveau fait vraiment une très belle exposition,
- 11:20on a fait des conférences,
- 11:21tout ça dans une très très belle maison à Saint-Gilles.
- 11:25Et avec beaucoup de monde,
- 11:28on a fait la publicité par les réseaux sociaux.
- 11:31Et on a eu vraiment beaucoup de monde.
- 11:33On a été assez étonnés nous-mêmes.
- 11:37Et du coup,
- 11:38l'année suivante,
- 11:41dans l'enthousiasme du moment,
- 11:44on a fait un colloque ayant pour thème du pourpre à la pourpre.
- 11:51Là,
- 11:51on s'éloigne du végétal,
- 11:53on va plutôt dans les mollusques.
- 11:55Mais on voulait absolument approfondir cette couleur pourpre.
- 12:02qui est quand même une histoire tout à fait étonnante.
- 12:06Et pour ce faire,
- 12:08on a invité Dominique Cardon,
- 12:10qui est très gentiment venu,
- 12:14et on a invité
- 12:16Mohamed Gassène Nwira,
- 12:18qui lui est tunisien.
- 12:20Et ça faisait déjà peut-être 10 ans ou
- 12:2415 ans qu'il faisait des recherches sur la peau.
- 12:31Il faut dire que la recette de la pourpre a disparu à la chute de Constantinople en 1453.
- 12:41Il y a des dates qu'on retient comme ça,
- 12:43mais en 1453,
- 12:45on perd la recette de la pourpre.
- 12:48Et fin XIXe,
- 12:49ça par contre je ne sais plus très bien quand,
- 12:52il y a plusieurs chercheurs,
- 12:54mais un peu de par le monde.
- 12:58qui ont essayé de retrouver et qui ont retravaillé cette couleur pourpre.
- 13:03Et petit à petit,
- 13:05on a réussi à recréer la couleur pourpre.
- 13:10Et
- 13:11Gassène, c'est sa passion,
- 13:14il travaille là-dedans,
- 13:15c'est tout à fait étonnant.
- 13:18Et donc,
- 13:20après ces deux belles expériences,
- 13:25Voilà,
- 13:26c'était déjà pas mal,
- 13:27c'était déjà du beau travail.
- 13:33Tout en suivant plus ou moins les ateliers de Michel,
- 13:37qui s'est toujours intéressé de près à ce que nous faisions toutes,
- 13:41finalement.
- 13:44Après ça,
- 13:47moi j'avais quand même en tête,
- 13:51j'avais fait un essai il y a 15 ans auparavant.
- 13:55pendant deux ans,
- 13:56mais je voulais créer un jardin de plantes territoriales,
- 14:01mais plus,
- 14:02pas un jardin botanique,
- 14:04plus un jardin où je pourrais parler des plantes,
- 14:08de Bruxelles,
- 14:09des taturiers.
- 14:11Enfin bon,
- 14:12c'était un peu ambitieux,
- 14:14900 ans de couleurs végétales dans un jardin.
- 14:18Et finalement,
- 14:21la commune de Forêt,
- 14:22où j'habite à Bruxelles.
- 14:24a mis à ma disposition un sous-bois à l'entrée d'un parc.
- 14:29Un sous-bois qui était quand même devenu un peu un dépotoir.
- 14:33Ils ne savaient pas très bien quoi en faire.
- 14:36Et donc,
- 14:37quand j'ai été demandé s'ils n'avaient pas un morceau,
- 14:40etc.,
- 14:40de terrain,
- 14:42ils n'allaient pas me donner un terrain où ils auraient pu faire un potager.
- 14:47Donc,
- 14:48ils m'ont donné ce sous-bois rempli d'érables sycomores.
- 14:53une mauvaise herbe,
- 14:55est remplie d'orties et de chélidoines et de lierres terrestres.
- 15:02Et voilà,
- 15:02je dis...
- 15:03Merci,
- 15:04et c'est magnifique.
- 15:05Et je me suis lancée il y a 4-5 ans.
- 15:11Et je m'en occupe toujours.
- 15:13Donc ça a été quand même une belle aventure.
- 15:17Et là,
- 15:18je commence à parler vraiment de Bruxelles,
- 15:21parce que bon,
- 15:22ça faisait quelques années quand même que je visais,
- 15:27que je me renseignais,
- 15:29et je me suis dit,
- 15:30pour ce jardin,
- 15:31il me faut...
- 15:32Je vais faire un panneau d'introduction,
- 15:35où je parle de teinture,
- 15:37de Bruxelles.
- 15:39Et bon,
- 15:39un peu grande gueule,
- 15:40je me suis dit,
- 15:41en 15 jours,
- 15:42je fais ça,
- 15:43il n'y a pas de problème.
- 15:45Bon,
- 15:46là,
- 15:46je me suis rendu compte que ma culture générale tinctoriale,
- 15:50elle laissait à désirer,
- 15:51en tout cas pour ce qui était de Bruxelles.
- 15:53Et finalement,
- 15:54les 15 jours que je m'étais donné,
- 15:57oh mais ça doit faire 5 ans !
- 15:59Bon.
- 16:00J'ai quand même écrit ce panneau dans les 15 jours,
- 16:09mais je sentais bien que je ne maîtrisais pas,
- 16:12il y avait un tas de choses que je ne connaissais pas.
- 16:16Donc ça a été aussi une découverte.
- 16:19Et l'autre découverte,
- 16:20c'est que je me suis rendue compte que toutes mes lectures étaient quand même très franco-françaises et qu'on ne parlait jamais de Bruxelles.
- 16:30On parlait éventuellement,
- 16:33par exemple,
- 16:33les grandes villes drapières,
- 16:35on parlait éventuellement de Gans,
- 16:38de Bruges,
- 16:39de Malines,
- 16:40évidemment.
- 16:41Mais Bruxelles,
- 16:42qui était vraiment une ville,
- 16:46une cité drapière,
- 16:47une cité textile,
- 16:49on en parlait rarement.
- 16:51Et ça a été la même chose avec la tapisserie.
- 16:54Et donc,
- 16:55voilà,
- 16:56je me suis plongée là-dedans.
- 16:59Pas vraiment par hasard,
- 17:00mais je ne m'attendais pas quand même à prendre autant de temps.
- 17:04Bon,
- 17:04je ne travaille pas tout le temps,
- 17:06quelquefois pendant trois mois je ne peux plus,
- 17:09voilà.
- 17:10Et tout en continuant quand même la teinture végétale,
- 17:14mais plus alors pour faire des échantillons,
- 17:16ou bien pour faire des travaux bien ciblés.
- 17:21Et donc voilà,
- 17:21j'ai commencé à trouver des documents,
- 17:24mais péniblement.
- 17:28plus sur les articles du XIXe siècle ou du début XXe,
- 17:33qui parlaient de la draperie,
- 17:36et aussi dans les travaux de l'université,
- 17:41dans les mémoires.
- 17:42Mais il parlait chaque fois de la draperie,
- 17:44de la laine,
- 17:46et il sous-entendait quelques petites choses pour la teinture.
- 17:52Mais à force de lire,
- 17:56etc.,
- 17:57quand même trouvé.
- 17:58Et donc là,
- 17:59je vais un peu parler de Bruxelles en deux mots.
- 18:04Tu peux prendre ton temps,
- 18:05vraiment.
- 18:07Dis pas en deux mots,
- 18:08tu peux prendre ton temps pour raconter ce que t'as trouvé,
- 18:12tes personnes ressources et la ville de Bruxelles.
- 18:15Vas-y,
- 18:15vas-y,
- 18:16t'as ton temps.
- 18:18Ça va.
- 18:19Les tisserands ont commencé à s'installer à Bruxelles vers le XIIIe siècle.
- 18:26fin XIIe,
- 18:28XIIIe siècle.
- 18:30Et pour ceux qui connaissent Bruxelles,
- 18:32ils se sont surtout installés dans ce qu'on appelle maintenant le quartier des Marolles,
- 18:38qui est un quartier assez populaire où il y a le marché aux puces.
- 18:42Bon,
- 18:42la plupart étaient là,
- 18:44d'autres se sont plus installés à la grand-place,
- 18:47mais grosso modo,
- 18:48le quartier était dans les Marolles.
- 18:52Les teinturiers,
- 18:54de nouveau pour ceux qui connaissent plus Bruxelles,
- 18:58se sont installés dans le centre,
- 19:01près de la Seine.
- 19:03On a une Seine,
- 19:04mais ça ne s'écrit pas.
- 19:05Ce n'est pas la même.
- 19:06Ce n'est pas la même ?
- 19:08Ce n'est pas la même.
- 19:09Et ils se sont installés là où il y avait évidemment plein de méandres,
- 19:12comme ça il pouvait y avoir pas mal d'ateliers de teinture,
- 19:16quitte à de temps en temps dévier la Seine,
- 19:19etc.,
- 19:21vers leurs ateliers.
- 19:23Et ceux-là se sont installés près de la bourse.
- 19:28C'est vraiment le centre-ville.
- 19:31Et les foulons,
- 19:33donc les foulons,
- 19:34c'est ceux qui,
- 19:35quand le tissu est tissé,
- 19:40ils lavent,
- 19:40ils dégraissent,
- 19:42ils feutrent,
- 19:46ils lènent et ils tondent.
- 19:49Le verbe léner est vraiment un horrible verbe.
- 19:54Et ceux-là,
- 19:55au départ,
- 19:56se sont installés dans la ville,
- 19:58mais c'était vraiment les ouvriers,
- 20:01ils étaient très très très nombreux.
- 20:04un travail très dur,
- 20:06très mal payé,
- 20:07et c'était vraiment ceux qui étaient à la tête des émeutes,
- 20:13des révolutions,
- 20:15des troublions.
- 20:17Et donc,
- 20:18on leur a interdit d'habiter dans le centre,
- 20:21à l'intérieur de l'enceinte,
- 20:24et donc ils ont habité hors les murs,
- 20:26comme on dit.
- 20:27Hop,
- 20:27on les a sortis de la ville pour aller juste
- 20:32dans le quartier qui maintenant se porte d'Anderlecht.
- 20:38Donc c'est aussi,
- 20:39enfin maintenant c'est devenu tout à fait Bruxelles,
- 20:42mais on les a sortis de là.
- 20:45Et alors un peu plus tard,
- 20:46vers le,
- 20:49les premiers tapissiers,
- 20:51ça je ne sais plus très bien,
- 20:52mais c'était vers le
- 20:5415e qu'on retrouve trace des premiers tapissiers,
- 20:58eux se sont installés plus tôt,
- 21:02ou bien près de la Grande Place,
- 21:05ou bien près des Halles Saint-Géry et de la Place Sainte-Catherine,
- 21:08pour ceux qui connaissent.
- 21:10Mais les Halles Saint-Géry,
- 21:12ça c'est vraiment le,
- 21:14comment est-ce qu'on dit maintenant,
- 21:14le place to be à Bruxelles.
- 21:17Le place to be,
- 21:18oui.
- 21:20Donc c'est vraiment un endroit très à la mode.
- 21:24Et alors la draperie a été à son apogée,
- 21:30mais...
- 21:31Pendant longtemps,
- 21:32au XIVe,
- 21:32entre 1330 et 1380,
- 21:39donc pendant 50 ans.
- 21:41Mais ça a été absolument l'apogée de la draperie bruxelloise,
- 21:47où dans les contes des rois de France,
- 21:50etc.,
- 21:52la plus belle draperie,
- 21:54c'était la draperie de Bruxelles.
- 21:56Mais ça a duré
- 21:5850 ans,
- 21:59et ça a fait la forte.
- 22:02de certains bruxellois parce que si ma mémoire est bonne,
- 22:08on estime que
- 22:1030% de la population travaillait pour la draperie,
- 22:14ce qui est quand même un tiers de la population.
- 22:17C'est énorme.
- 22:19Les béguines aussi se sont installées à Bruxelles.
- 22:24Tu peux réexpliquer ce que c'est ?
- 22:26Une béguine ?
- 22:28Oui.
- 22:29C'est une femme qui ne rentre pas au couvent,
- 22:34qui est hyper,
- 22:35hyper,
- 22:36hyper religieuse en général,
- 22:39mais elle ne prononce pas ses voeux.
- 22:41D'accord.
- 22:42Donc,
- 22:44elle n'est pas liée à Dieu jusqu'à sa mort,
- 22:49mais elle peut travailler.
- 22:52Les béguines vivent en général dans un béguinage,
- 22:55mais certaines béguines vivaient seules.
- 22:59ou à deux ou trois,
- 23:00des toutes petites communautés.
- 23:03Et ce sont des femmes qui pouvaient travailler,
- 23:06qui pouvaient gérer leur argent.
- 23:12Et comme elles n'avaient pas de mari,
- 23:14elles ne devaient pas demander au mari de gérer l'argent ou la permission de vendre un terrain,
- 23:19etc.
- 23:20Et au XIIIe siècle particulièrement,
- 23:24il y a eu un mouvement...
- 23:25C'était le début des béguines et il y a vraiment eu un mouvement de béguines très,
- 23:33très,
- 23:33très religieuses,
- 23:35mais très intellectuelles,
- 23:38qui ont écrit des livres,
- 23:40qui ont traduit les écritures,
- 23:42ce qui à l'époque,
- 23:43l'Église,
- 23:44les ecclésiastiques n'étaient pas tellement d'accord.
- 23:48Et c'est des femmes qui prônaient l'esprit libre.
- 23:52Elles avaient un amour.
- 23:55Elle prenait un amour quasiment mystico-charnel pour l'éternel.
- 24:02C'était incroyable.
- 24:05Et bon,
- 24:06certaines ont eu des ennuis avec l'Inquisition et certaines ont fini sur le bûcher,
- 24:14dont une à Paris,
- 24:16Porrette,
- 24:17Marguerite Porrette,
- 24:19qui a fini sur le bûcher avec ses livres.
- 24:23Mais on n'a pas brûlé.
- 24:24tous ces livres.
- 24:26Et tout ça pour dire que les béguines ont joué un rôle très important du temps de la draperie dans tout ce circuit de la laine,
- 24:36parce qu'où bien elles cardaient,
- 24:37où bien elles filaient,
- 24:40et donc où bien elles entretenaient les habits religieux,
- 24:44donc elles avaient vraiment un rôle très très important.
- 24:48Et par la suite du temps de la tapisserie,
- 24:51elles filaient plutôt la laine.
- 24:56Et après,
- 24:57quand la tapisserie est tombée en désuétude,
- 25:00elles ont évidemment fait la dentelle.
- 25:03Donc,
- 25:03elles ont eu un rôle très important.
- 25:09Et donc,
- 25:09voilà.
- 25:10Bon,
- 25:10évidemment,
- 25:10j'adore les béguines,
- 25:11donc.
- 25:17Donc,
- 25:17voilà.
- 25:18Ça,
- 25:18c'était le travail.
- 25:20Donc,
- 25:21que 50 ans,
- 25:22mais qui ont eu une importance incroyable.
- 25:25Et ça,
- 25:27voilà,
- 25:28il y a des documents,
- 25:29mais il faut vraiment aller les chercher.
- 25:34Et puis,
- 25:35deux siècles plus tard,
- 25:37au XVIe siècle,
- 25:39là à Bruxelles,
- 25:40c'est la tapisserie qui a pris un envol mais extraordinaire.
- 25:47Et ça a aussi duré 80 ans,
- 25:49donc ce n'est pas non plus très long.
- 25:53Mais on a retrouvé des tapisseries,
- 25:57on en retrouve à Vienne,
- 25:58à Madrid.
- 26:00à Cracovie,
- 26:02à Paris,
- 26:03au Louvre,
- 26:04on en retrouve partout.
- 26:06Ils ont exporté ces tapisseries de Bruxelles qui étaient en laine,
- 26:10en soie,
- 26:11et en fils d'or et d'argent,
- 26:14ce qui a quand même un peu aussi porté leur malheur,
- 26:17ça a fait leur malheur,
- 26:19parce qu'en temps,
- 26:20par exemple,
- 26:20à la Révolution française,
- 26:22beaucoup de tapisseries ont été brûlées pour récupérer l'or.
- 26:28Voilà.
- 26:29Ça a fait aussi leur perte.
- 26:31Mais des milliers de tapisseries ont été exportées.
- 26:35Et une tapisserie fait quand même,
- 26:37pas toujours,
- 26:38mais en moyenne,
- 26:40entre 8 et 10 mètres de long sur 4 à 5 mètres de haut.
- 26:45Donc c'est des trucs énormes qui étaient faits par série.
- 26:50Il y avait
- 26:503, 5 ou 10 tapisseries sur un thème.
- 26:55Et ce qu'il y a d'assez amusant...
- 26:57Surtout pour le XVIe siècle,
- 27:00c'est qu'en général,
- 27:02les tableaux,
- 27:03il y avait beaucoup d'arts religieux.
- 27:06C'était la Vierge Marie,
- 27:08Saint Luc qui peint la Vierge Marie,
- 27:10enfin bon,
- 27:11il les crucifie.
- 27:12Tandis que dans la tapisserie,
- 27:15c'était commandé par les hommes les plus riches d'Europe,
- 27:19donc
- 27:19Charles V,
- 27:20François Ier,
- 27:21Henri VIII,
- 27:22etc.,
- 27:22des rois,
- 27:23la papauté aussi.
- 27:27La chapelle Sixtine a été décorée avec dix tapisseries de dix mètres,
- 27:32donc ça fait cent mètres de long.
- 27:34Et par contre,
- 27:35comme c'était commandé par des rois qui n'arrêtaient pas de se battre et de faire la guerre,
- 27:40il y a eu énormément de scènes de guerre.
- 27:44Et pour raconter,
- 27:46et pour raconter comme ils sont beaux,
- 27:47comme ils sont forts,
- 27:48etc.
- 27:49Et ça,
- 27:50c'est quand même très,
- 27:51très amusant de sortir un peu...
- 27:56de ces images de bondieuserie,
- 27:59pour aller dans presque de la BD.
- 28:03Comme en plus les gens ne savaient pas toujours lire à l'époque,
- 28:07il fallait raconter quelque chose.
- 28:09Et comme une tapisserie était tellement chère,
- 28:14eh bien le moindre centimètre carré de la tapisserie,
- 28:19il y avait quelque chose à regarder.
- 28:22Donc ça c'est aussi magique.
- 28:26Et donc voilà,
- 28:27entre le
- 28:27XIVe et le XVIe,
- 28:29Bruxelles était spécialisée dans la teinture de la laine,
- 28:34tandis qu'Anvers,
- 28:36en Flandre,
- 28:37était spécialisée dans la teinture de la soie.
- 28:40Et donc il se faisait aussi des échanges,
- 28:43enfin je suppose.
- 28:45Et donc quand la draperie de luxe,
- 28:49de très très grand luxe,
- 28:51parce que ça valait une fois,
- 28:52on n'a pas idée de combien ça coûtait,
- 28:55Mais j'ai lu qu'une pièce de l'équivalent de 38 mètres sur…
- 29:03J'ai oublié,
- 29:04mais c'était 2 mètres,
- 29:05je crois,
- 29:06ou 2,50 mètres de largeur sur 38 mètres de long.
- 29:11À peu près,
- 29:11ce n'est pas tout à fait exact.
- 29:15Coutait l'équivalent de 800 grammes d'or.
- 29:19Donc,
- 29:20c'est dingue.
- 29:22Et ce qui est intéressant,
- 29:24et ça c'est…
- 29:24toujours Michel qui a fait remarquer,
- 29:27il dit toujours que c'était du temps où la couleur avait un prix.
- 29:32Complètement.
- 29:34Garance ne coûtait pas le rouge de Kermès,
- 29:37ne coûtait pas l'isatiste Inctoria,
- 29:40et chaque couleur.
- 29:41Et donc,
- 29:42c'est évident que ces tapis,
- 29:44ces tissus si luxueux,
- 29:48ils n'allaient pas être teints avec de la gaude.
- 29:53ou avec une plante quelconque,
- 29:55ça allait être teint par les couleurs les plus chères.
- 29:59Donc,
- 30:00en l'occurrence,
- 30:01à l'époque,
- 30:02le kermès,
- 30:03surtout,
- 30:04et le pastel.
- 30:07Donc ça,
- 30:08c'est intéressant aussi.
- 30:10Et bon,
- 30:11ça c'est un avis très personnel,
- 30:13ça remet aussi un peu en cause toute la symbolique des couleurs.
- 30:19On se rend compte que ce n'est quand même qu'une question d'argent,
- 30:24et que si les Juifs au Moyen-Âge devaient porter des éléments jaunes,
- 30:29pour les stigmatiser,
- 30:31on n'allait quand même pas utiliser du rouge qui coûtait cher.
- 30:36C'est un avis tout à fait personnel,
- 30:38mais voilà,
- 30:39ça je trouve quand même que c'est important de savoir.
- 30:44Et alors,
- 30:45quand j'ai commencé à lire,
- 30:46j'ai lu beaucoup de livres sur la tapisserie,
- 30:49oh mon Dieu,
- 30:49au 19e siècle,
- 30:53la tapisserie du Moyen-Âge était complètement tombée dans l'oubli.
- 30:57Et puis fin du XIXe,
- 30:58entre autres grâce à
- 31:01Victor Hugo,
- 31:03le Moyen-Âge est revenu à la mode et on a redécouvert les tapisseries.
- 31:10Donc on a fait des excursions à Paris,
- 31:12on a fait des excursions à Bruxelles et les historiens,
- 31:17les archivistes,
- 31:20ont commencé à chercher les documents sur le travail de la tapisserie,
- 31:24etc.
- 31:27Et dans tous ces écrits du XIXe,
- 31:29que j'adore,
- 31:32évidemment,
- 31:32il décortiquait,
- 31:33et puis il y avait aussi des envolées lyriques.
- 31:36Donc,
- 31:37on n'est pas toujours très près de la vérité,
- 31:41mais il y a quand même vraiment un intérêt.
- 31:43Et puis,
- 31:44après ça,
- 31:45il y a des livres plus sérieux qui ont parlé de la tapisserie.
- 31:49Mais moi,
- 31:50le premier livre que j'ai lu sur la tapisserie de Bruxelles,
- 31:55c'était écrit par Alphonse Woters,
- 31:57qui était l'archiviste de la ville de Bruxelles.
- 32:01Il l'a écrit,
- 32:02je crois,
- 32:02en 1865.
- 32:04Et il a été courageux,
- 32:05parce que vraiment,
- 32:08il a réuni des documents,
- 32:09il s'est un peu trompé,
- 32:11mais enfin,
- 32:11c'était quand même un premier travail assez remarquable.
- 32:16Et il l'avait fait,
- 32:19je vais de nouveau taper sur les Français,
- 32:21il l'avait fait parce qu'à l'exposition de Paris,
- 32:24Et les tapisseries bruxelloises,
- 32:28on disait que c'était du Gobelin.
- 32:33Et donc lui,
- 32:33il s'est vraiment énervé et il a voulu remettre les choses un peu à l'heure.
- 32:38Et en lisant ce livre,
- 32:39quand même assez ennuyeux,
- 32:41parce qu'il parle beaucoup de contes et de marchandises.
- 32:49Je lis,
- 32:50c'est une des premières choses que j'ai lues sur la tapisserie de Bruxelles.
- 32:53J'ai lu que
- 32:55Peter Cook,
- 32:57c'est un peintre du XVIe siècle,
- 33:02c'était un homme extraordinaire.
- 33:03Il était peintre,
- 33:04graveur,
- 33:05architecte,
- 33:08cartonnier,
- 33:09cartonnier pour les vitraux,
- 33:11pour la tapisserie.
- 33:13C'est lui qui a fait une partie des vitraux de la cathédrale Sainte-Gudule à Bruxelles.
- 33:20Il était traducteur,
- 33:21enfin c'est vraiment un homme…
- 33:23extraordinaire.
- 33:25Et je lis que Peter Cook a été envoyé en Orient pour arracher le secret au teinturier.
- 33:36Je me dis,
- 33:36oh non,
- 33:37ça c'est pas possible.
- 33:38Je veux savoir ses secrets.
- 33:40Et donc,
- 33:41je commence à lire d'autres livres sur la tapisserie,
- 33:45mais chaque fois des livres du XIXe.
- 33:47Et bon,
- 33:48on critique les copiés-collés actuels.
- 33:53À l'époque,
- 33:54les copiés collés,
- 33:55j'ai retrouvé texto dans plusieurs livres de tapisserie écrits par d'autres auteurs que Waters,
- 34:01la même chose,
- 34:02la même phrase.
- 34:03Le plagiat,
- 34:04d'accord.
- 34:04Le plagiat.
- 34:05Et je me suis dit,
- 34:06bon,
- 34:06là quand même,
- 34:07ce n'est pas parce que c'est écrit dit,
- 34:08fois que c'est vrai.
- 34:10Et c'est dans un livre d'histoire de l'art que j'ai su la réalité.
- 34:17Mais voilà,
- 34:19ça n'avait rien à voir avec les teintures.
- 34:22Et en réalité,
- 34:23Peter Cook a été envoyé par deux tapissiers de renommée,
- 34:30de grande renommée,
- 34:32qui trouvaient que le marché européen était saturé de tapisseries de Bruxelles.
- 34:38Et ils voulaient ouvrir le marché vers l'Orient.
- 34:42Et donc,
- 34:42ils ont envoyé Peter Cook avec deux tapisseries.
- 34:47Mais deux tapisseries de 10 mètres de long.
- 34:51avec deux tapisseries.
- 34:54Il est arrivé à Constantinople,
- 34:56Peter Cook,
- 34:57avec ses deux tapisseries,
- 34:58après trois semaines de voyage.
- 35:02Et à Constantinople,
- 35:03quand il devait présenter cette tapisserie à Suleyman le Magnifique,
- 35:08eh bien Suleyman le Magnifique était parti au siège de Bagdad pour faire la guerre.
- 35:15Et donc
- 35:16Peter Cook est resté confiné six mois à Constantinople à faire des dessins et il est revenu à Bruxelles avec ses deux tapisseries n'ayant jamais vu.
- 35:30Suleymane,
- 35:31mais en faisant des dessins et des gravures extraordinaires.
- 35:35Et donc,
- 35:36ça,
- 35:36je trouve quand même que ça ouvre l'imagination et que ces erreurs dans ses livres,
- 35:42etc.,
- 35:44qu'est-ce que c'est gai quand même !
- 35:47Voilà.
- 35:47Et d'autres choses,
- 35:49ben voilà,
- 35:52sur les teinturiers,
- 35:54j'essaye vraiment de me focaliser sur les teinturiers.
- 35:57J'ai dû parler
- 36:00du travail de la laine,
- 36:01etc.
- 36:02Mais ce n'est pas du tout ma spécialité.
- 36:04Je n'ai pas pratiqué.
- 36:06Bon,
- 36:06quand même,
- 36:06la teinture,
- 36:07ça,
- 36:07je pratique,
- 36:08etc.
- 36:08Donc là,
- 36:09j'ai quand même un peu de mal.
- 36:11Et c'est chaque fois les teinturiers que j'aime bien.
- 36:15Voilà,
- 36:16une autre histoire qui est vraiment très,
- 36:18très belle,
- 36:19c'est qu'en 1711,
- 36:22on raconte dans pas mal de livres,
- 36:24même actuellement,
- 36:26qu'à Bruxelles,
- 36:27il n'y avait plus que...
- 36:28un teinturier,
- 36:30et que ça posait problème.
- 36:33Et bon,
- 36:34à force de faire des recoupements,
- 36:35etc.,
- 36:38c'était une famille de teinturiers.
- 36:42C'était les léniers.
- 36:47C'était vraiment une dynastie de teinturiers et de tapissiers.
- 36:51Mais une dynastie sur plusieurs générations.
- 36:55Et ils avaient pris compte.
- 36:56complètement le monopole de la teinture à Bruxelles,
- 37:02à tel point que les tapissiers…
- 37:05Bon, le
- 37:0618e, les tapisseries de Bruxelles,
- 37:09c'est la décadence,
- 37:10il y a beaucoup d'abus pour les couleurs,
- 37:12etc.
- 37:12Ce n'est plus tellement magique.
- 37:17Et donc,
- 37:18les tapissiers commencent à se plaindre à la ville de Bruxelles en disant mais on n'a pas les couleurs qu'on veut
- 37:25les délais sont trop longs,
- 37:26c'est trop cher.
- 37:28Les léniers faisaient absolument ce qu'ils voulaient à
- 37:31Bruxelles pour les couleurs.
- 37:32Et donc la ville de Bruxelles a décidé d'ouvrir d'autres ateliers et il a fait un appel.
- 37:44Et il y a
- 37:45Jean
- 37:46Brink qui est venu se présenter et il a dû passer un examen.
- 37:49Malheureusement,
- 37:50l'examen se faisait devant...
- 37:54quatre échevins de la ville,
- 37:56là il n'y avait pas de problème,
- 37:58mais il se passait devant la corporation des teinturiers,
- 38:02qui n'était représentée que par les léniers,
- 38:05qui étaient déjà foudrages.
- 38:06Et donc on demande à ce Jan Brink de faire douze couleurs de carnation pour homme,
- 38:16et douze couleurs de carnation pour femme.
- 38:20Ça je trouve déjà incroyable.
- 38:23Parce que,
- 38:25déjà,
- 38:25j'aurais pas pensé,
- 38:27enfin naïvement peut-être,
- 38:29qu'on utiliserait des teintes différentes pour les hommes et pour les femmes.
- 38:32Enfin,
- 38:32voilà,
- 38:33déjà,
- 38:34bon,
- 38:34c'est peut-être naïf,
- 38:36mais en plus,
- 38:37les couleurs les plus claires sont vraiment les plus difficiles à obtenir.
- 38:41Bon,
- 38:41obtenir du jaune vif,
- 38:42du rouge vif,
- 38:43etc.
- 38:45Mais moi,
- 38:45je sais le faire.
- 38:47Mais des teintes comme ça,
- 38:49aussi claires,
- 38:49aussi nuancées,
- 38:51et douces,
- 38:54C'est quand même incroyable.
- 38:56Et on lui a demandé aussi de faire,
- 38:58évidemment,
- 38:58une gamme de verres.
- 39:01Parce que dans les tapisseries,
- 39:03il y a beaucoup de scènes,
- 39:05de forêts,
- 39:05etc.
- 39:07Et là,
- 39:07il a prétexté que sa cuve de bleu n'était pas prête.
- 39:11Et donc,
- 39:11il ne pouvait pas faire ses verres.
- 39:13Et la ville de Bruxelles,
- 39:14les quatre échevins étaient très contents,
- 39:17tandis que les léniers ont essayé de freiner.
- 39:20Mais il a quand même pu ouvrir son atelier.
- 39:22Donc ça cassait un peu le monopole.
- 39:24Et quelques années plus tard,
- 39:26son fils,
- 39:27qui avait été apprenti chez son père,
- 39:31veut lui-même ouvrir un atelier et rebelote.
- 39:36Les laigniers essayent de nouveau d'interdire l'ouverture de cet atelier et la même chose se produit.
- 39:44Il doit passer un examen,
- 39:46la ville est très contente,
- 39:47les autres pas du tout,
- 39:49mais il a quand même ouvert.
- 39:52ouvert son atelier.
- 39:56Bon,
- 39:56ça c'était début
- 39:5718e, tout ça pour que fin
- 40:0018e à Bruxelles.
- 40:05les teinturiers comme ça de laine disparaissent,
- 40:10mais petit à petit,
- 40:13il y a les indienneries qui arrivent,
- 40:16avec le rouge d'Andrinople.
- 40:19Et donc,
- 40:19là,
- 40:21le rouge d'Andrinople,
- 40:22le rouge...
- 40:24Ah,
- 40:24d'accord,
- 40:24ok.
- 40:24Et il y a...
- 40:29je crois
- 40:2918 étapes différentes,
- 40:31c'est d'une complexité incroyable,
- 40:34ça ne va que pour les fibres cellulosiques,
- 40:38et il paraît que ça avait une odeur absolument pestilentielle.
- 40:43J'ai la recette ici quelque part,
- 40:44vous serez quand même un peu fastidieux de la lire.
- 40:49Et donc,
- 40:50petit à petit,
- 40:51les indienneries se sont installées.
- 40:54Donc il y a quand même une évolution.
- 40:58Et après ça,
- 40:59les nouvelles couleurs.
- 41:02Et encore une chose pour les léniers,
- 41:06donc toute cette dynastie,
- 41:08où j'ai lu dans un livre qu'un des léniers qui s'appelait Évrarte est mort accablé par la gloire.
- 41:17Et je trouve ça tellement beau,
- 41:19un teinturier qui meurt accablé par la gloire.
- 41:22Je trouve ça absolument magnifique.
- 41:25Et alors les léniers,
- 41:26quand on a...
- 41:28Quand on a démoli leur atelier,
- 41:29leur maison dans le centre-ville,
- 41:35l'historien qui raconte ça,
- 41:38il dit Oh là là,
- 41:39ça devait vraiment être des gens très très riches,
- 41:43car quand on a démoli l'atelier et la maison,
- 41:46ils avaient toutes leurs plomberies en cuivre.
- 41:56Le cuivre devait servir aux teintures et à magnifier et à embellir la teinture.
- 42:08Ça avait un lien avec la teinture et pas avec la richesse.
- 42:12Donc ça aussi c'est intéressant.
- 42:14Enfin bon,
- 42:15tout ça,
- 42:16ça m'a bien fait rire.
- 42:18Et donc voilà,
- 42:19au
- 42:2018e, en tout cas à Bruxelles,
- 42:22le travail de la tapisserie s'arrête.
- 42:25plus ou moins,
- 42:26et on commence avec le rouge d'Andrinople.
- 42:30Et là,
- 42:30il y avait pas mal de teinturiers qui se sont reconvertis en rouge d'Andrinople,
- 42:37et qui ont été,
- 42:38qui sont,
- 42:39petit à petit,
- 42:40sont sortis de la ville,
- 42:42sont sortis hors des murs,
- 42:46le long du canal.
- 42:47J'ai un peu oublié de parler de mon terrain,
- 42:50de mon sous-bois,
- 42:52pour lequel j'étais fureuse,
- 42:53finalement.
- 42:54Ben ouais.
- 42:56Oui,
- 42:56mais finalement,
- 42:58ce sous-bois s'appelle le Kaleido Garden.
- 43:01Et donc,
- 43:02près de ce sous-bois,
- 43:03à
- 43:0450 mètres,
- 43:06il y avait les teinturies MUM,
- 43:10qui ne travaillaient que le rouge,
- 43:12que la garance.
- 43:14Et cela,
- 43:15c'était une énorme teinturie.
- 43:18Et ils se sont installés début
- 43:2119e, vers 1830.
- 43:24Quelque chose comme ça.
- 43:24Et c'était toute une famille allemande qui a construit la teinturier.
- 43:30Et ce sont...
- 43:31On est au
- 43:3219e, donc le patronat,
- 43:34il est quand même assez paternaliste.
- 43:38Ils font travailler dur les ouvriers et puis en même temps,
- 43:42ils ouvrent une crèche,
- 43:43la seule crèche de la commune.
- 43:46Ils ouvrent une école pour apprendre les bonnes manières aux jeunes filles.
- 43:51Mais l'école se fait en allemand.
- 43:57lors d'une épidémie de choléra.
- 43:59Ils ferment l'usine et la transforment en hôpital.
- 44:05Donc,
- 44:05voilà,
- 44:06vraiment très paternaliste.
- 44:08Mais à côté de ça,
- 44:10ils polluent absolument tout forêt en rejetant leurs eaux usées dans le Gleitsbeek.
- 44:18Donc,
- 44:18le Gleitsbeek,
- 44:19c'est la rivière qui traverse Hucle et forêt.
- 44:23Oui,
- 44:23je suis très locale.
- 44:25C'est bien,
- 44:26ça m'a vachement plaire.
- 44:28Franchement,
- 44:28c'est super bien.
- 44:29Vas-y,
- 44:29continue.
- 44:30Et donc,
- 44:34l'eau est complètement polluée,
- 44:36les gens ne peuvent plus l'utiliser,
- 44:38les animaux ne peuvent plus boire l'eau,
- 44:41enfin,
- 44:42on ne peut plus rien faire.
- 44:43Les brasseries,
- 44:44et Dieu sait s'il y a des brasseries à Bruxelles,
- 44:47en Belgique,
- 44:47au Sénit.
- 44:50Donc,
- 44:50ils empoisonnent vraiment la vie de tout le monde.
- 44:53Mais en même temps,
- 44:54ils sont tellement riches,
- 44:55ils ont tellement de pouvoirs que la commune a vraiment du mal à gérer tout ça.
- 44:59Et en plus,
- 45:00ils utilisent quand même beaucoup de personnel.
- 45:05quand petit à petit la garance,
- 45:09quand on arrive petit à petit aux nouvelles couleurs et qu'on abandonne un peu la garance,
- 45:15le vieux monsieur môme dit Non,
- 45:17non,
- 45:17moi je suis bien trop vieux pour changer et je reste avec ma garance.
- 45:23Bien trop vieux,
- 45:24j'ai calculé à l'époque qu'il avait 50 ans.
- 45:28Mais la durée de vie n'était pas la même.
- 45:30Non,
- 45:30c'est vrai.
- 45:32Et ce qu'il y a d'incroyable,
- 45:35c'est qu'il y a eu la guerre 14-18,
- 45:39ils sont partis de forêt,
- 45:41ils sont retournés en Allemagne,
- 45:44et tous les noms de rues,
- 45:47tous les sites qui portaient le nom Mom,
- 45:51ont été débaptisés.
- 45:54Et en 1930,
- 45:56on a entièrement rasé cette manufacture,
- 46:00qui était immense.
- 46:02Il reste,
- 46:03je crois,
- 46:04deux cheminées à un endroit,
- 46:07comme ça,
- 46:07dans un pâté de maison.
- 46:08C'est assez drôle.
- 46:10Et ils ont tout,
- 46:11tout,
- 46:11tout rasé.
- 46:14Et pas loin de mon jardin,
- 46:16de mon terrain,
- 46:19c'est vraiment un hasard.
- 46:20Qu'est-ce que j'ai été contente quand je me suis rendue compte que je travaillais au milieu d'anciens teinturiers.
- 46:27Il y avait Séraphin Fortin.
- 46:29Et alors,
- 46:29Séraphin Fortin,
- 46:30lui,
- 46:30c'est aussi au début du
- 46:3219e, il était aussi spécialisé dans la garance et il a travaillé,
- 46:39mais un peu plus loin,
- 46:40près de l'abbaye de Forêt.
- 46:42Et lui,
- 46:43il disait que l'eau de Forêt était là si belle que c'était grâce à ça qu'il avait ces beaux rouges.
- 46:52Et lors du passage vers les nouvelles couleurs,
- 46:56il a été un des premiers…
- 47:00à faire des couleurs de fantaisie.
- 47:02Lui,
- 47:02il a tout de suite passé le cas.
- 47:04Et alors,
- 47:05à propos de ces couleurs de fantaisie,
- 47:07bon,
- 47:08là,
- 47:08on sort un peu du cadre de Bruxelles,
- 47:10mais j'ai toujours été frappée,
- 47:14oui,
- 47:14de l'époque où ça devait quand même être très déstabilisant pour les teinturiers,
- 47:19quand ils ont vu venir de l'ancien monde,
- 47:23du nouveau monde,
- 47:25les couleurs,
- 47:26le bois de campèche,
- 47:27le rouge.
- 47:28le bois rouge,
- 47:28etc.,
- 47:29le caire citron.
- 47:30Alors que dans la tapisserie,
- 47:33il y avait un maximum de dix ingrédients,
- 47:35dix matières tinctoriales qu'il pouvait utiliser.
- 47:40Grosso modo,
- 47:41il y avait le pastel,
- 47:43les teinturiers.
- 47:46Ça a été la guerre pour que,
- 47:48petit à petit,
- 47:50ce soit remplacé par un indigo.
- 47:52Ça,
- 47:53Michel en parle bien.
- 47:54Ça,
- 47:54c'est...
- 47:54Il connaît vraiment bien.
- 47:56Il y avait le pastel des teinturiers,
- 47:58il y avait la garance,
- 48:00il y avait le kermès,
- 48:02la goutte,
- 48:04qui pouvaient être remplacées par la sératule des teinturiers,
- 48:11dont on ne parle jamais.
- 48:13Jamais.
- 48:15C'est une plante merveilleuse,
- 48:16la sarrette des teinturiers.
- 48:17La seule fois où je l'ai vue mentionner,
- 48:19c'est dans le livre de Marie Marquet,
- 48:22où elle en parle justement comme anecdote.
- 48:25C'est là où j'ai découvert ce nom de plante-là,
- 48:27grâce à Marie-Marie.
- 48:28Oui,
- 48:29c'est une plante extraordinaire qui donne des jaunes fabuleux et des jaunes qu'on peut très facilement transformer en superposition en vert.
- 48:40C'est vraiment une plante qui est très inspirante.
- 48:44Alors curieusement,
- 48:45à l'époque de la draperie et de la tapisserie,
- 48:49on pouvait utiliser du bois de Brésil.
- 48:53qui ne venait pas de Brésil,
- 48:55mais qui venait d'Inde.
- 48:58Et celui-là,
- 49:00on ne pouvait l'utiliser que pour donner de la lumière à une autre couleur.
- 49:06Mais on ne pouvait pas l'utiliser seul,
- 49:09car trop fragile à la lumière.
- 49:13Et alors,
- 49:13il y avait les racines de noyer et d'aune.
- 49:21On ne pouvait pas...
- 49:21pas utiliser de fer parce que ça abîme la laine,
- 49:26évidemment.
- 49:27Donc,
- 49:28tout ça,
- 49:29c'est d'une complexité folle.
- 49:31Et je me dis toujours,
- 49:32quand ces nouveaux ingrédients sont venus,
- 49:35ça a dû être...
- 49:37On voit aussi les dégâts sur les tapisseries parce que les tapisseries du XVIIIe sont beaucoup plus décolorées que les tapisseries du XVIe.
- 49:49Parce que les teinturiers utilisaient des nouvelles matières tinctoriales.
- 49:53Qui ne maîtrisaient pas.
- 49:54Qui ne maîtrisaient pas.
- 49:55Et la deuxième raison,
- 49:58c'est qu'à partir de Rubens,
- 49:59vers le XVIIe siècle,
- 50:03les peintres...
- 50:04ont exigé,
- 50:06et la clientèle,
- 50:08que de plus en plus,
- 50:11les tapisseries ressemblent à des tableaux.
- 50:14Alors qu'avant,
- 50:15il y avait une liberté incroyable.
- 50:17Le cartonnier faisait la mise en place,
- 50:20les personnages,
- 50:21etc.
- 50:22Mais le tapissier pouvait très bien faire un paysage de ville,
- 50:28alors que c'était un paysage de campagne.
- 50:31Donc,
- 50:31il y avait vraiment...
- 50:33C'était l'art de la tapisserie.
- 50:36Et puis,
- 50:36au 17e et puis au
- 50:3818e, là,
- 50:39on commence à copier les tableaux.
- 50:43Mais qui dit copie de tableau dit une gamme de couleurs,
- 50:47mais
- 50:4820 fois,
- 50:4940 fois plus grande.
- 50:52Et des douze tons par couleur,
- 50:56comme notre Jan Pring qui devait faire douze tons.
- 50:59Eh bien,
- 51:00des douze tons,
- 51:02c'est passé à...
- 51:0330 tons par couleur,
- 51:06absolument ingérable.
- 51:11À tel point que j'ai lu,
- 51:12je ne sais plus où,
- 51:13à quelqu'un qui disait j'aimais bien en parlant des tapisseries du
- 51:19XVIIIe, je ne vais pas me faire des amis en tapant autant sur les tapisseries du XVIIIe,
- 51:25que c'est l'imitation servile de la peinture.
- 51:28Et c'est vraiment ça.
- 51:30Et c'est à ce moment-là qu'une tapisserie,
- 51:33il y a des grands dégradés,
- 51:36il y a des grandes zones assez vides.
- 51:38Mais chose qu'on ne faisait absolument pas avant.
- 51:41Avant,
- 51:42on utilisait le moindre centimètre carré.
- 51:46Et donc,
- 51:46voilà.
- 51:48Ça,
- 51:48c'est quand même très intéressant.
- 51:50Et Sylvie,
- 51:51avant de parler des couleurs fantaisies,
- 51:53comme tu dis,
- 51:53qui sont arrivées,
- 51:55les couleurs d'avant,
- 51:57par exemple la garance,
- 51:58le pastel,
- 51:59etc.,
- 51:59ils étaient produits où ?
- 52:01Parce qu'en fait,
- 52:01où ?
- 52:02où est-ce que ces gens,
- 52:03ces teinturiers,
- 52:04se procuraient la matière première ?
- 52:07Oui.
- 52:09Mais ils n'hésitaient pas à importer ça de toute façon.
- 52:14Et comme,
- 52:14bon,
- 52:14en Belgique,
- 52:17par exemple,
- 52:19autour de la ville de Gans,
- 52:23Gans se trouve quand même près de la mer.
- 52:28Ils ont beaucoup cultivé la garance.
- 52:31Mais ils n'avaient pas une production,
- 52:33même pour assouvir le besoin de Gans,
- 52:36qui était une grande ville drapière,
- 52:38ils n'en avaient pas assez.
- 52:39Donc ils n'ont pas hésité à l'importer,
- 52:42souvent de France.
- 52:45Et le bleu,
- 52:47je me demande si ce n'était pas aussi fort importé de Allemagne.
- 52:52Et en Belgique,
- 52:54la garance a été plutôt cultivée.
- 52:59en Flandre,
- 52:59vers la mer,
- 53:00vers Rigan,
- 53:01etc.
- 53:02Le pastel des teinturiers,
- 53:05on a retrouvé quand même des traces dans les écrits de 60 moulins à pastel.
- 53:12Donc,
- 53:13dans la région de Namur,
- 53:15la gaude,
- 53:16c'est un peu une mauvaise herbe.
- 53:19On la trouve un peu partout.
- 53:21Donc ça,
- 53:21à mon avis,
- 53:23ce n'est pas vraiment ma spécialité.
- 53:25Mais donc,
- 53:25voilà,
- 53:25on n'hésitait pas à importer et à produire du local.
- 53:29Et ceci dit,
- 53:31moi,
- 53:31je n'ai trouvé des documents que concernant la draperie et la tapisserie.
- 53:38Mais la teinture que j'appelle domestique,
- 53:43je ne sais pas.
- 53:44Vraiment,
- 53:45là,
- 53:46je n'ai rien trouvé pour la teinture domestique.
- 53:50Quand tu dis domestique,
- 53:50c'est faites à la maison des gens qui teignaient eux-mêmes leurs vêtements ?
- 53:53C'est ça que tu veux dire ?
- 53:54Oui,
- 53:55ou alors,
- 53:59ici à Bruxelles,
- 54:00on les appelait les ziders
- 54:02Les ziders c'était les débouilleurs qui mordançaient certains tissus et qui étaient chargés des teintures de moindre importance.
- 54:16Mais à part le nom,
- 54:18le ziders moi je n'ai rien trouvé comme document.
- 54:23Et évidemment que toutes ces plantes et toutes ces teintures étaient très très réglementées.
- 54:30Et c'est pour ça qu'au
- 54:3214e, à la fin du
- 54:3414e, et les tisserands et les draps et les teinturiers ont commencé quand même à faire beaucoup de...
- 54:41à faire n'importe quoi.
- 54:42Et donc la qualité a chuté.
- 54:45Malgré ça,
- 54:46ils essayaient quand même de fort surveiller.
- 54:49Quand tu dis qu'ils faisaient n'importe quoi,
- 54:50c'est-à-dire qu'ils s'ouvraient à d'autres couleurs ?
- 54:55Oui.
- 54:55Ils trichaient dans la quantité de mordant sage,
- 55:01dans la quantité d'alors.
- 55:04À Bruxelles,
- 55:06c'était le drapier qui était chargé de toutes les étapes.
- 55:12Non,
- 55:12je m'exprime mal.
- 55:16Il payait tout et le drap était envoyé,
- 55:21la laine d'abord pour être filée,
- 55:24et puis pour être tissée,
- 55:25et puis pour être foulée,
- 55:27et puis chez le teinturier et les jurés de la corporation.
- 55:33pouvaient venir à tout instant voir s'il n'y avait pas trop de draps dans la cuve.
- 55:40Tout ça a été réglementé.
- 55:42S'il y avait assez de pierres d'alun pour le mordant sage,
- 55:49tout ça a été très,
- 55:49très surveillé.
- 55:50Oui,
- 55:51mon grand désespoir,
- 55:52c'est quand j'ai lu dans un travail universitaire qu'il existait à Bruxelles un document du
- 56:00XIVe qui s'appelait
- 56:02comment et avec quelle matière on est obligé de teindre les draps,
- 56:08et que ce document a disparu.
- 56:11Donc,
- 56:11voilà,
- 56:12ça,
- 56:12ça a été ma grande déception.
- 56:15Pour en revenir aux couleurs du
- 56:18XVIe, XVIIe,
- 56:19quand les nouvelles couleurs sont venues du Nouveau Monde,
- 56:23et la surprise que ça a dû être pour les teinturiers,
- 56:28et bien au milieu et à la fin du XXe siècle,
- 56:33Il s'est reproduit un peu la même chose avec les nouvelles couleurs et toutes les trouvailles qu'on a faites dans l'industrie chimique.
- 56:41Et ça,
- 56:42ça a dû être quand même un moment assez merveilleux parce que tout à coup sont apparues des couleurs comme toute une gamme de roses,
- 56:51de violets,
- 56:53de rouges,
- 56:54de bleus.
- 56:56Et je me dis toujours que ça a dû être magique pour les teinturiers et les chercheurs à ce moment-là.
- 57:03Et ce qui me fait beaucoup rire,
- 57:05c'est que dans le compte-rendu de l'exposition Inversel à Londres en 1862,
- 57:12dans le compte-rendu,
- 57:14l'auteur est tellement époustouflé par ces couleurs qu'il dit Oh,
- 57:19ça c'est vraiment la plus belle invention dans l'industrie chimique,
- 57:22c'est révolutionnaire !
- 57:25et tellement enthousiaste qu'il conclut en disant
- 57:29Bon, les couleurs sont vraiment fragiles à la lumière.
- 57:32Mais elles sont tellement belles,
- 57:34on va les utiliser pour les effets de mode et pour les vêtements de mode.
- 57:40Ça n'a pas beaucoup d'importance.
- 57:42Et moi,
- 57:42ça m'a fait rire parce que depuis la nuit des temps,
- 57:46les teinturiers essayent d'obtenir des couleurs solides et pérennes.
- 57:51Et là,
- 57:51tout à coup,
- 57:52devant la magie de l'instant et la magie des couleurs,
- 57:56il y a des priorités qui,
- 57:57tout à coup,
- 57:58ne sont plus tout à fait les mêmes.
- 58:00Et au fond,
- 58:00ce bouleversement,
- 58:02Ils ont aussi beaucoup tâté pour la solidité des couleurs.
- 58:07Ça,
- 58:07on n'en parle peu.
- 58:09Et là,
- 58:09voilà,
- 58:10je m'avis en Turc,
- 58:11dans un domaine que je connais moins.
- 58:14Mais j'ai deux questions,
- 58:15du coup,
- 58:15Sylvie.
- 58:16Donc,
- 58:16c'est marrant de l'aborder comme ça,
- 58:18historiquement,
- 58:18avec vous.
- 58:19Aujourd'hui,
- 58:20on essaye de faire coexister des couleurs synthétiques avec des couleurs végétales.
- 58:24C'est-à-dire qu'on essaye de faire des recettes hybrides pour réintroduire des colorants végétaux dans des teintures...
- 58:31pour textile.
- 58:32Est-ce que vous pensez qu'à l'époque,
- 58:34ils ont eu l'idée de mixer les deux ?
- 58:36Et des colorants venant de synthèse et des colorants venant de plantes ?
- 58:41Oui.
- 58:42Il y a eu des étapes différentes.
- 58:45Entre autres avec le tannin.
- 58:47Mais je n'ose pas trop m'aventurer sur le sujet.
- 58:50D'accord.
- 58:50Donc ça,
- 58:51c'est intéressant.
- 58:51Deux nouvelles types de vagues de couleurs.
- 58:54Des couleurs qui viennent d'ailleurs.
- 58:56D'autres continents qu'on découvre.
- 58:59Qu'est-ce qu'on peut citer comme couleurs qui sont arrivées à un moment ?
- 59:04Il y a deux grandes étapes.
- 59:05Il y a les nouvelles couleurs d'autres mondes et il y a les couleurs synthétiques qui sont arrivées au XIXe siècle.
- 59:09Et dans les nouvelles couleurs d'autres mondes,
- 59:11c'est quoi ?
- 59:12L'indigo,
- 59:12on se doute que ça s'est arrivé,
- 59:15mais le bois de campèche ?
- 59:17Le coercitron,
- 59:20tous les bois rouges,
- 59:21il y en a encore d'autres,
- 59:23mais ce sont les principaux.
- 59:25Les principaux,
- 59:26d'accord.
- 59:27Oui,
- 59:28ça a aussi coexisté pendant longtemps.
- 59:33Donc voilà,
- 59:34je trouve quand même que ce sont deux époques formidables.
- 59:38J'aimerais parler avec vous,
- 59:39Sylvie,
- 59:39de votre jardin.
- 59:41Ça m'intéresse beaucoup que vous puissiez nous raconter ce que vous y faites,
- 59:44quel est votre projet,
- 59:46est-ce qu'on peut aller le voir et qu'est-ce qui s'y passe ?
- 59:48Oui.
- 59:49Donc,
- 59:50il y a quelques années,
- 59:51j'ai été demandée à la commune de Forêt un espace pour pouvoir faire…
- 59:56et créer un jardin de plantes sectorielles.
- 1:00:00Nous avons eu un budget de la Fondation Roi Baudouin pour y mettre dans le sous-bois qu'il m'avait octroyé,
- 1:00:09pour y mettre trois sculptures de Tatiana Baum,
- 1:00:13qui est une artiste contemporaine,
- 1:00:15française qui vit en Belgique.
- 1:00:18Et autour de ces sculptures et dans ce sous-bois,
- 1:00:23ce n'est pas un jardin botanique,
- 1:00:25j'en ai plutôt fait un parcours végétal.
- 1:00:29où il y a une trentaine d'espèces de plantes territoriales,
- 1:00:34principalement des plantes indigènes.
- 1:00:37Mais j'ai le bassel,
- 1:00:38la garance,
- 1:00:39la gaude,
- 1:00:39évidemment.
- 1:00:41Mais à côté de ça,
- 1:00:42j'ai l'aigre moineux patoir,
- 1:00:43j'ai l'aubépine,
- 1:00:44j'ai la tanésie,
- 1:00:47la bistorte.
- 1:00:48Et pour chaque plante,
- 1:00:52j'ai fait un panneau,
- 1:00:54quand même assez grand,
- 1:00:55en bois.
- 1:00:58illustré par un détail d'une tapisserie bruxelloise du XVIe siècle,
- 1:01:04pour un peu les faire connaître,
- 1:01:05c'était l'occasion de les faire connaître,
- 1:01:08et chaque fois une petite anecdote et un échantillon de couleurs.
- 1:01:13Et donc c'est un sous-bois à l'entrée d'un parc,
- 1:01:17qui est accessible au public,
- 1:01:18tout le monde peut venir s'y promener.
- 1:01:21Bon,
- 1:01:22maintenant ça fait quand même cinq ans que je l'ai,
- 1:01:24je crois.
- 1:01:25Et je gère ça vaille que vaille.
- 1:01:27Bon,
- 1:01:27c'est assez sauvage.
- 1:01:29C'est un sous-bois,
- 1:01:30donc on ne peut pas dire que les plantes soient magnifiques.
- 1:01:34Mais elles stagnent.
- 1:01:36Elles sont très dociles,
- 1:01:37elles ne meurent pas.
- 1:01:38Mais bon,
- 1:01:39voilà,
- 1:01:40ce n'est pas fantastique.
- 1:01:43Mais ça me sert vraiment d'outil.
- 1:01:46C'est vraiment un outil pour moi,
- 1:01:49pour y faire des visites d'idées,
- 1:01:51de temps en temps une démonstration.
- 1:01:53Et dans le sous-bois,
- 1:01:55j'ai mis vraiment beaucoup de panneaux à lire où je retrace une partie de ce que je vous ai raconté depuis tout à l'heure.
- 1:02:08D'accord.
- 1:02:08Je m'amuse fort bien.
- 1:02:11C'est peu connu,
- 1:02:13mais pour vivre heureux,
- 1:02:16vivons cachés.
- 1:02:18Et finalement,
- 1:02:19ce sont vraiment les gens qui s'y intéressent qui viennent.
- 1:02:23Je redoutais un peu le vandalisme,
- 1:02:27etc.
- 1:02:29Mais j'ai une chance extraordinaire,
- 1:02:31c'est que jusqu'à présent,
- 1:02:32je n'ai pas vraiment eu de choses graves.
- 1:02:35Et donc voilà,
- 1:02:36ça c'est vraiment ma passion.
- 1:02:38Et du coup,
- 1:02:39ça m'incite et ça me pousse à écrire des petites chroniques,
- 1:02:44assez légères,
- 1:02:45assez rapides,
- 1:02:46que j'ai commencé pendant le confinement,
- 1:02:49évidemment.
- 1:02:50Ça c'était quand même le temps béni pour faire ce que je faisais.
- 1:02:53et que j'ai publié régulièrement sur ma page.
- 1:02:57Maintenant,
- 1:02:57le confinement est fini et je continue de temps en temps,
- 1:03:02quand je suis inspirée,
- 1:03:03à écrire une chronique et à la publier.
- 1:03:09Donc,
- 1:03:09vos chroniques,
- 1:03:09on peut les retrouver où,
- 1:03:10Sylvie ?
- 1:03:12Sur ma page qui s'appelle,
- 1:03:13en peu pompeusement,
- 1:03:15Une vision de la couleur végétale par Sylvie Lechat.
- 1:03:19D'accord.
- 1:03:19Donc ça,
- 1:03:20je la mettrai en descriptif d'épisode pour que les gens puissent aller lire les chroniques,
- 1:03:24les personnes qui sont intéressées par ça.
- 1:03:26Du coup,
- 1:03:26Sylvie,
- 1:03:27moi,
- 1:03:27je voulais vous amener maintenant vers des questions d'inspiration pour les auditeurs.
- 1:03:33Je voulais savoir qui,
- 1:03:34pour vous,
- 1:03:35ont été ou sont des personnes d'inspiration qui vous Ausha encore aujourd'hui,
- 1:03:40qui vous motivent,
- 1:03:41qui vous inspirent encore aujourd'hui ?
- 1:03:46Mais personne.
- 1:03:49Personne,
- 1:03:49parce que ce sont plutôt des rencontres que j'ai faites pendant ces 20 ans ou 25 ans.
- 1:03:58Oui,
- 1:03:58ce sont plutôt des rencontres.
- 1:04:00Et quelquefois des rencontres avec des gens qui faisaient une découverte et qui m'ont fait réfléchir aussi sur une façon d'aborder certaines choses ou d'en parler,
- 1:04:15de me rendre compte que...
- 1:04:17Maintenant,
- 1:04:17ça a un peu changé,
- 1:04:18mais il y a quelques années,
- 1:04:19quand on disait teinture végétale,
- 1:04:22il y a des gens qui croyaient que je peignais des fleurs.
- 1:04:25Donc,
- 1:04:26voilà.
- 1:04:26Et ça me permet de tout le temps me remettre en question.
- 1:04:31Et bien sûr que j'ai rencontré des grandes personnes,
- 1:04:33etc.
- 1:04:34Mais je dirais plutôt des rencontres.
- 1:04:37Si vous deviez être une plante tinctoriale,
- 1:04:40laquelle vous seriez et pourquoi ?
- 1:04:43Moi,
- 1:04:43j'irais la bourdaine.
- 1:04:45La bourdaine,
- 1:04:45c'est un arbre.
- 1:04:47dont on utilise tout.
- 1:04:49On utilise les feuilles,
- 1:04:52les baies mûres,
- 1:04:53les baies pas mûres,
- 1:04:55les baies vertes.
- 1:04:57On utilise les rameaux.
- 1:05:00Vraiment,
- 1:05:01on utilise tout.
- 1:05:03Et on utilise même le charbon de son bois pour en faire de la poudre à canon,
- 1:05:09à déflagration légère,
- 1:05:12qu'on utilisait dans le temps,
- 1:05:14dans les marbreries,
- 1:05:16quand il fallait juste faire sauter des choses très précises,
- 1:05:20et les faire sauter très légèrement.
- 1:05:22Eh bien,
- 1:05:23on utilisait du bois de bourdaine,
- 1:05:26du charbon de bourdaine.
- 1:05:27Incroyable !
- 1:05:28Et on en trouve encore sur Internet.
- 1:05:30Je me suis dit qu'un jour,
- 1:05:32je m'en achèterai.
- 1:05:35Vous avez envie de faire exploser quelque chose.
- 1:05:37Voilà.
- 1:05:39Alors Sylvie,
- 1:05:40est-ce que vous auriez des livres à recommander à nos auditeurs qui vous ont accompagnés dans votre chemin ou qui vous ont fait avoir des déclics,
- 1:05:49des livres que vous adorez refeuilleter ?
- 1:05:52Qu'est-ce que vous aimeriez partager ?
- 1:05:54Du temps où Michel Garcia travaillait à Couleur Garance,
- 1:05:57il écrivait des petits fascicules à thème où il mélangeait technique,
- 1:06:03historique,
- 1:06:03enfin bon,
- 1:06:04à la Michel.
- 1:06:05Je crois qu'ils sont devenus difficiles à trouver,
- 1:06:08mais à l'époque,
- 1:06:09j'en avais acheté quelques-uns et j'ai regretté par la suite de ne pas en avoir acquis plus.
- 1:06:16Et aussi,
- 1:06:17non,
- 1:06:17ceux qui m'ont vraiment accompagnée,
- 1:06:21c'est
- 1:06:22Leutsch, qui est un écrivain allemand.
- 1:06:27du XVIIIe siècle,
- 1:06:29qui lui a fait l'inventaire de toutes les plantes qu'on considérait comme tinctoriales,
- 1:06:36avec des expériences,
- 1:06:38et il a publié également dans son recueil des recettes et des expériences d'autres personnes.
- 1:06:49Et donc il fait un panel et il est très très très inspirant.
- 1:06:57Mais il va dans tous les sens.
- 1:06:59Par exemple,
- 1:07:00il parle des plantes,
- 1:07:01mais il dit au teinturier,
- 1:07:05eh bien,
- 1:07:05on a remarqué que les teignes,
- 1:07:08quand elles mangent les tissus,
- 1:07:10les mites,
- 1:07:11quand elles mangent les tissus rouges,
- 1:07:14on pourrait prendre les teignes pour en faire de la matière première rouge.
- 1:07:22Et il dit,
- 1:07:23eh bien...
- 1:07:25C'est au teinturier maintenant d'expérimenter.
- 1:07:27Donc,
- 1:07:27il ouvre toutes les portes.
- 1:07:30Et une histoire qui m'a fait vraiment beaucoup rire,
- 1:07:33il y a quelques mois,
- 1:07:34j'ai eu quelques mythes dans mon atelier.
- 1:07:38C'est la première fois de ma vie.
- 1:07:40Dans mon stock d'étoiles en laine,
- 1:07:43mais peintes avec des colorants de synthèse.
- 1:07:45Et donc,
- 1:07:46j'ai commencé à tout ouvrir,
- 1:07:49à tout regarder.
- 1:07:50Et les deux seuls tissus qui étaient attaqués,
- 1:07:54C'était deux étoiles de couleur rouge.
- 1:07:58Et donc,
- 1:07:59ça n'a vraiment toujours,
- 1:08:00enfin bon,
- 1:08:00ça n'a absolument aucune valeur scientifique,
- 1:08:03mais j'ai adoré ce genre de coïncidence.
- 1:08:07Et alors,
- 1:08:07il y en a un autre,
- 1:08:08aussi 17e,
- 1:08:0918e,
- 1:08:10qui est d'Ambournay.
- 1:08:12Celui-là,
- 1:08:12c'était un droguiste de Rouen qui a aussi passé toute sa vie à faire des expériences pour voir ce qui était unctorial.
- 1:08:24Il a même essayé les paquerettes et il a essayé les péaches et des recettes différentes.
- 1:08:31Et il a mis tout ça par écrit.
- 1:08:33Et c'est vraiment,
- 1:08:34ça donne une ouverture d'esprit,
- 1:08:36une imagination.
- 1:08:38C'est vraiment très,
- 1:08:39très,
- 1:08:39très magique.
- 1:08:44Et ces deux livres-là sont en lecture gratuite sur Google
- 1:08:48Books. Ah génial !
- 1:08:49Donc c'est pas mal quand même.
- 1:08:52Oui,
- 1:08:52accessible à tout le monde,
- 1:08:53ça c'est génial.
- 1:08:54Et Leutch était plutôt un cuisinier.
- 1:08:57Enfin,
- 1:08:57il écrivait des livres sur la cuisine,
- 1:09:01comment conserver les aliments.
- 1:09:04Donc c'était un scientifique,
- 1:09:06mais qui mettait vraiment son art à la disposition des artisans.
- 1:09:12Top !
- 1:09:13Bon,
- 1:09:13donc ça donne de la lecture et ça donne,
- 1:09:16si j'entends bien,
- 1:09:17ça donne de l'ouverture.
- 1:09:18à l'expérimentation pour les gens qui vont écouter.
- 1:09:21C'est-à-dire,
- 1:09:22s'ils vont aller lire ces livres-là,
- 1:09:23Dambourné et
- 1:09:24Lutch, ça leur donnera des envies d'expérimenter d'autres sources tectoriales et des expériences un peu sympas.
- 1:09:31Vous savez qu'un petit bémol,
- 1:09:34c'est qu'il ne faut quand même pas suivre leur recette à la lettre,
- 1:09:38parce qu'ils utilisent du chrome,
- 1:09:41du plomb,
- 1:09:42enfin bon,
- 1:09:43voilà.
- 1:09:44Essayons de faire une architecture écologique quand même.
- 1:09:47Oui.
- 1:09:47C'est bien de le rappeler.
- 1:09:49Est-ce que Sylvie,
- 1:09:50vous avez quelqu'un à qui vous pensez pour poursuivre cette chaîne de podcast ?
- 1:09:55Quelqu'un qui suivrait le fil de l'histoire dans une autre région que
- 1:10:00Bruxelles ? Ou un historien,
- 1:10:03une historienne ?
- 1:10:05Est-ce que vous avez quelqu'un à qui vous pensez qui pourrait être intéressante pour ce podcast ?
- 1:10:11Pour ce qui est de l'histoire,
- 1:10:14à part Michel,
- 1:10:15si vous le mettez sur cette trace-là,
- 1:10:20il est follement intéressant.
- 1:10:23Et je ne pense vraiment...
- 1:10:25qu'à Michel pour transmettre ça.
- 1:10:31Qu'est-ce que vous souhaitez à cette filière de la couleur végétale aujourd'hui,
- 1:10:34Sylvie ?
- 1:10:36Que les gens vivent de plus en plus la passion et de voir la teinture végétale comme un outil et pas une finalité.
- 1:10:49Ce n'est pas parce que c'est de la couleur végétale que...
- 1:10:53qui a une échelle de valeur,
- 1:10:55que c'est mieux ou moins bien,
- 1:10:56etc.
- 1:10:57Et d'aller au-delà de la teinture végétale.
- 1:11:02Une aquarelle,
- 1:11:03que ce soit en encre normale,
- 1:11:06on va dire,
- 1:11:06ou en couleur végétale,
- 1:11:07pour moi,
- 1:11:08il n'y a pas de jugement de valeur.
- 1:11:10Donc,
- 1:11:10il faut aller plus loin que de s'arrêter en disant Ah,
- 1:11:14chouette,
- 1:11:14je fais de la teinture végétale,
- 1:11:16je vais teindre de la laine ou un morceau de soie.
- 1:11:20Pour moi,
- 1:11:20ça ne me...
- 1:11:22Voilà.
- 1:11:23Ça ne m'impressionne pas.
- 1:11:24Mais comme outil et comme outil d'inspiration,
- 1:11:28ça,
- 1:11:29c'est vraiment bien.
- 1:11:31Ok,
- 1:11:31super.
- 1:11:32Est-ce que,
- 1:11:33Sylvie,
- 1:11:33il y a une question que je ne vous ai pas posée durant notre échange que vous auriez aimé que je vous pose ?
- 1:11:38Un sujet que vous aimeriez aborder avant qu'on ne se quitte.
- 1:11:45J'avais pensé passer le micro et ça n'a rien d'historique.
- 1:11:52à Ludovic de Vallon,
- 1:11:54qui est français.
- 1:11:55Je ne sais pas du tout où il vit en France,
- 1:11:56je ne l'ai croisé qu'une fois.
- 1:11:58Mais lui,
- 1:11:59il est un artiste et justement,
- 1:12:02il fabrique ses encres et il fait des tableaux,
- 1:12:06entre autres.
- 1:12:08Et je suis simplement son travail sur Facebook.
- 1:12:12Voilà,
- 1:12:13je ne vais pas plus loin,
- 1:12:15mais j'aime vraiment beaucoup,
- 1:12:17beaucoup son travail.
- 1:12:19Il fait ça depuis très,
- 1:12:20très longtemps.
- 1:12:22Et il a aussi une vision qui est très particulière.
- 1:12:26Et c'est également son univers.
- 1:12:29Moi,
- 1:12:30j'aime bien les gens qui ont leur univers en couleur végétale.
- 1:12:35Super.
- 1:12:36Je ne le connais pas.
- 1:12:37Je suis contente d'avoir un artiste en plus sur les encres.
- 1:12:41Je vais essayer de le contacter,
- 1:12:43Sylvie,
- 1:12:43et essayer de poursuivre ce podcast avec eux.
- 1:12:46Merci beaucoup,
- 1:12:47Sylvie,
- 1:12:48pour cet échange.
- 1:12:48Avec plaisir.
- 1:12:49C'était hyper intéressant.
- 1:12:51Je pense qu'il y en a beaucoup d'auditeurs qui vont me dire Est-ce qu'on peut faire ça pour d'autres villes de France ou d'autres villes de Europe ?
- 1:12:57Donc,
- 1:12:57je lance la perche aux auditeurs qui se sont,
- 1:13:01comme vous,
- 1:13:01intéressés.
- 1:13:02Et merci d'avoir fait l'exercice.
- 1:13:04Et j'espère que toutes vos recherches,
- 1:13:07vous arriveriez à les publier.
- 1:13:09Ce serait vraiment chouette.
- 1:13:10Je pense que ça intéresserait.
- 1:13:12Là,
- 1:13:12je sais que déjà...
- 1:13:14Les Bruxellois,
- 1:13:15les Belges vont être intéressés,
- 1:13:16mais je me dis que ce serait vraiment bien de le sortir physiquement dans quelque chose,
- 1:13:23de le publier.
- 1:13:24En tout cas,
- 1:13:24je pense que ce serait intéressant.
- 1:13:25Voilà,
- 1:13:26avec plaisir.
- 1:13:27Je vous invite à me rejoindre sur ma page Instagram ArtEcoVert,
- 1:13:31A-R-T-E-C-O-V-E-R-T,
- 1:13:34pour y découvrir le nom des prochains invités.
- 1:13:38Je me permets de vous rappeler que la seule manière de soutenir ce podcast est de le noter et le commenter.
- 1:13:43sur la plateforme d'écoute de votre choix.
- 1:13:45C'est ainsi qu'on arrivera à faire porter la voix de ces passionnés de la couleur végétale.
- 1:13:51Merci à tous ! Savoir si vous allez aimer, les mots clés du podcast ArtEcoVert : teinture végétale plantes tinctoriales indigo garance encre végétale couleur végétale colorants végétaux pigments végétaux coloration capillaire végétale fibres naturelles colorants biosourcés tanins teinture naturelle plantes artecovert couleurs de plantes design végétal couleur jardin agriculture tinctoriale indigo