Latest / 7H40 Martin Buxant / Chrisley Philippart, jeune professeur de sciences à la recherche d'une école secondaire
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- 0:00Speaker 2: Mais dans l'immédiat, il est 7h40. Chrysler Philippard, bonjour. Bonjour.
- 0:03Speaker 2: Un professeur de maths face à Buxan. L'invité Bel RTL
- 0:07Speaker 2: face à Buxan. Oui, Chrysler Philippard, vous êtes avec nous
- 0:11Speaker 2: parce que ce matin, vos collègues sont devant leur classe.
- 0:14Speaker 2: Vous êtes professeur de sciences, mais vous, votre réveil a
- 0:18Speaker 2: sonné sans que vous sachiez dans quelle école aller. Qu'est-ce
- 0:21Speaker 2: qu'on ressent en ce moment-là, Chrysler
- 0:22Speaker 3: Philippard? Beaucoup de frustration. Quand on se destine à ce métier-là,
- 0:26Speaker 3: on espère avoir sa classe du début à la fin
- 0:28Speaker 3: de l'année. pour les suivre du début jusqu'à la fin.
- 0:31Speaker 3: Et là, cette rentrée scolaire, ce ne sera pas le
- 0:33Speaker 3: cas pour moi cette année.
- 0:34Speaker 2: Pourquoi est-ce que vous aviez choisi de devenir professeur de
- 0:36Speaker 2: sciences à la base
- 0:39Speaker 3: Déjà parce que j'avais travaillé en pleine de jeu et
- 0:41Speaker 3: j'aimais beaucoup m'occuper des enfants. Le côté animation, le côté
- 0:44Speaker 3: pédagogique lié à ce job étudiant à l'époque. Par la suite,
- 0:48Speaker 3: j'étais également assez bon en sciences à l'école et en mathématiques.
- 0:50Speaker 3: J'ai fait un choix. Je me suis dirigé vers les
- 0:52Speaker 3: sciences assez naturellement. Et tout compte fait, c'est devenu une vocation.
- 0:55Speaker 2: Alors, vous parliez de frustration à l'instant. Vous enseignez depuis
- 0:58Speaker 2: quatre ans. Un jeune prof sur trois quitte justement le
- 1:01Speaker 2: métier au cours de ses cinq premières années, selon les stats.
- 1:04Speaker 2: Est-ce que ce matin, vous vous dites à quoi bon
- 1:07Speaker 2: continuer ou je veux absolument le faire? Je veux être professeur.
- 1:10Speaker 3: Non, je vais continuer. Je veux être professeur. Je répète,
- 1:13Speaker 3: c'est une vocation. Alors, des difficultés, je pense qu'il y
- 1:15Speaker 3: en a quand même dans tous les métiers. Donc, je
- 1:18Speaker 3: ne compte absolument pas abandonner maintenant.
- 1:20Speaker 2: Vous ne jetez
- 1:21Speaker 3: pas
- 1:21Speaker 2: l'éponge ce matin? Non,
- 1:22Speaker 3: absolument pas. Et ici, je vais attendre ma bonne étoile
- 1:25Speaker 3: pour trouver la classe, les classes tout au moins, pour
- 1:28Speaker 3: lesquelles je pourrais m'investir cette année
- 1:31Speaker 2: Pour qu'on comprenne bien, comment c'est possible qu'au jour de
- 1:33Speaker 2: la rentrée scolaire, personne ne vous ait encore attribué d'école,
- 1:36Speaker 2: d'horaire ou de classe, alors que soi-disant, on manque de professeurs,
- 1:40Speaker 2: et notamment de professeurs de sciences partout en Fédération Wallonie-Bruxelles
- 1:44Speaker 3: Parce que beaucoup d'écoles n'ont pas leur liste d'élèves définitive. Actuellement,
- 1:49Speaker 3: c'est sur les examens de passage. Les écoles ont plus
- 1:52Speaker 3: ou moins un nombre d'élèves fixe de par les inscriptions
- 1:54Speaker 3: qui se sont passées pendant les vacances. Mais actuellement, ils
- 1:57Speaker 3: attendent aussi la fin des examens de passage. Donc, ils
- 1:59Speaker 3: ne savent pas combien d'élèves ils auront. Ils ne savent
- 2:00Speaker 3: donc pas combien d'enseignants ils auront besoin. Donc, c'est le système.
- 2:03Speaker 3: Et
- 2:04Speaker 2: comment est-ce qu'on peut prétendre relever le niveau de l'enseignement
- 2:06Speaker 2: francophone si à partir du premier jour de classe, il
- 2:09Speaker 2: n'y a pas de prof devant les élèves
- 2:12Speaker 3: C'est une problématique qui dure depuis de nombreuses années. Pour l'instant,
- 2:15Speaker 3: les solutions apportées ne sont pas des solutions, elles sont
- 2:18Speaker 3: juste autour du pot. Je pense qu'on pourrait commencer par
- 2:22Speaker 3: analyser vraiment ce co-enseignement, une pédagogie qui est de plus
- 2:26Speaker 3: en plus abordée dans les groupes d'enseignants. Si jamais on
- 2:32Speaker 3: engageait trop d'enseignants, pour lesquelles je doute absolument, on pourrait
- 2:36Speaker 3: tout au moins commencer les années avec des classes où
- 2:39Speaker 3: il y aurait déjà plusieurs enseignants devant les élèves
- 2:42Speaker 2: Donc, il y a des propres à partir du premier
- 2:43Speaker 2: jour de classe. C'est ça, tout à fait. Vous, jusqu'où
- 2:46Speaker 2: est-ce que vous êtes prêt à vous déplacer pour donner cours?
- 2:47Speaker 2: Puisque vous venez de Cargnon, vous seriez prêt à aller
- 2:50Speaker 2: jusqu'où
- 2:51Speaker 3: Alors, moi, j'estime, comme je vous le disais tout à l'heure,
- 2:53Speaker 3: que pour qu'un enseignant travaille bien, il faut qu'il soit
- 2:56Speaker 3: également bien lui-même. Il faut le bien-être de l'enseignant pour
- 2:59Speaker 3: qu'il puisse traiter correctement sa classe. Et donc, pour moi,
- 3:01Speaker 3: 30-40 minutes de route... Ce sera un peu le maximum.
- 3:05Speaker 3: Parce que j'estime que 30-40 minutes de route, c'est déjà
- 3:07Speaker 3: assez fatigant en fin de journée. Le risque d'accident, je
- 3:10Speaker 3: vais vous le dire clairement, ma première année, je travaillais
- 3:12Speaker 3: à 30 minutes de route.
- 3:12Speaker 2: Et ça
- 3:13Speaker 3: ne m'empêche que j'ai failli avoir des accidents à plusieurs
- 3:15Speaker 3: reprises
- 3:15Speaker 2: Pourquoi le stress, la route? Parce que c'est
- 3:17Speaker 3: extrêmement fatigant. Après une journée de cours où vous devez
- 3:20Speaker 3: donner une attention totale à chacun de vos élèves
- 3:22Speaker 2: C'est important de le dire, c'est fatigant d'être prof. C'est
- 3:25Speaker 2: extrêmement
- 3:25Speaker 3: fatigant, bien sûr. On a tendance à dire que l'enseignant
- 3:29Speaker 3: face classe n'a que 20 ou 22 heures. ou 24 heures,
- 3:32Speaker 3: en fonction du niveau dans lequel on enseigne. Mais c'est
- 3:35Speaker 3: extrêmement fatigant. Il y a le travail à côté. Quand
- 3:37Speaker 3: je rentre chez moi, je ne suis pas tranquille. Je corrige,
- 3:39Speaker 3: je prépare mes cours. C'est extrêmement fatigant
- 3:42Speaker 2: oui. Quand vous entendez la ministre Valérie Glatine, elle était
- 3:44Speaker 2: avec nous hier soir justement sur RTL, elle promet de
- 3:46Speaker 2: lutter contre la pénurie, d'offrir davantage de stabilité aux enseignants.
- 3:50Speaker 2: Vous entendez ça depuis votre salon. Vous vous dites quoi,
- 3:54Speaker 2: Chris Léphilippe
- 3:55Speaker 3: La ministre me fait bien rire parce qu'elle a réalisé
- 3:57Speaker 3: des réunions pour parler avec les enseignants dans les différentes villes. Notamment,
- 4:01Speaker 3: je suis allé à celle de Mons, à cette réunion. Déjà, premièrement,
- 4:04Speaker 3: je n'ai pu poser aucune question et je n'ai eu
- 4:06Speaker 3: aucune réponse par rapport aux questions
- 4:07Speaker 2: posées par mes collègues. On fait des réunions, mais on
- 4:08Speaker 2: ne peut pas poser de questions
- 4:10Speaker 3: Il y a eu deux, trois questions, mais à chaque question,
- 4:11Speaker 3: ça faisait polémique. Et par une petite blague du président,
- 4:13Speaker 3: on n'avait pas vraiment de réponse à nos questions. Donc,
- 4:17Speaker 3: je me suis déplacé pour rien. Et par rapport à
- 4:19Speaker 3: son fameux CDIE, j'attends encore la liste concrète des... les
- 4:23Speaker 3: avantages que
- 4:24Speaker 2: ça va apporter aux jeunes enseignants. Alors justement, pour expliquer
- 4:26Speaker 2: aux gens qui nous écoutent, le CDIE, c'est le contrat
- 4:29Speaker 2: duré indéterminé pour l'enseignement. Ça, ça va être quoi? Ça
- 4:32Speaker 2: va être une plus-value selon vous ou pas? C'est la
- 4:35Speaker 2: fin du système des nominations notamment.
- 4:37Speaker 3: Oui, c'est ça. Moi, je vois ça comme étant un
- 4:40Speaker 3: peu un deal. Le privé paye mieux. ses employés, là
- 4:43Speaker 3: où le public va donner une meilleure sécurité à l'emploi.
- 4:45Speaker 3: La nomination garantit la sécurité à l'emploi. Le deal est
- 4:49Speaker 3: donc qu'on accepte un salaire peut-être moins important que dans
- 4:51Speaker 3: le privé. Sauf qu'ici, on veut nous retirer la sécurité
- 4:54Speaker 3: à l'emploi au profit d'un CDIE, pour lesquels nous n'avons
- 4:57Speaker 3: toujours pas l'énumération des avantages concrets que ça pourrait apporter
- 5:00Speaker 3: aux jeunes enseignants.
- 5:01Speaker 2: Donc vous êtes un jeune prof sans école, mais vous
- 5:04Speaker 2: êtes quand même pour le maintien de ce statut de nomination.
- 5:06Speaker 2: Bien sûr, bien sûr. Ça garantit la sécurité à celui
- 5:10Speaker 2: qui peut être nommé, bien sûr. Vous, on l'a dit,
- 5:12Speaker 2: vous n'êtes toujours pas désigné dans une école. Ça signifie aussi, pardon,
- 5:16Speaker 2: mais aucune visibilité sur votre salaire. C'est de la précarité.
- 5:20Speaker 2: Ça marche comment? Vous avez payé combien ce mois-ci? Est-ce
- 5:22Speaker 2: que vous le savez
- 5:23Speaker 3: Écoutez, après cette petite interview, je vais aller m'inscrire au chômage.
- 5:27Speaker 3: Au chômage? Au chômage, oui
- 5:29Speaker 2: Donc, ça veut dire qu'on manque de professeurs dans ce pays,
- 5:31Speaker 2: mais vous êtes au chômage. Exactement. Vous êtes professeur de sciences.
- 5:34Speaker 3: Exactement, je veux dire, je ne sais rien vous répondre
- 5:37Speaker 3: de plus que je vais aller m'inscrire
- 5:38Speaker 2: au chômage. Et cette situation, est-ce qu'elle pourrait vous pousser
- 5:40Speaker 2: à aller dans le privé, justement, et dire, voilà
- 5:42Speaker 3: j'en ai marre? Alors, ça peut pousser des enseignants à
- 5:44Speaker 3: le faire, et ce serait tout à fait compréhensible. Moi, pas,
- 5:46Speaker 3: parce que j'estime que chaque élève a besoin d'un enseignant
- 5:49Speaker 3: de qualité devant lui, et je suis J'espère en être
- 5:52Speaker 3: un en tout cas. Mais ma mission, c'est de pouvoir
- 5:54Speaker 3: enseigner du mieux que je peux face aux élèves. Je
- 5:57Speaker 3: ne veux pas aller dans le privé parce que c'est
- 5:58Speaker 3: encore favoriser les plus riches. Ce n'est pas ma volonté.
- 6:00Speaker 2: Donc, ce qui vous heurte finalement, c'est davantage le fait
- 6:03Speaker 2: que des élèves puissent rester sans professeur que votre situation
- 6:06Speaker 2: personnelle à vous. Exactement. Si votre téléphone, dernière question, si
- 6:09Speaker 2: votre téléphone qui n'est pas posé à côté de vous
- 6:11Speaker 2: mais qui doit être dans votre poche, s'il sonne d'ici
- 6:13Speaker 2: une heure pour vous envoyer devant une classe à 13 heures,
- 6:16Speaker 2: vous y allez
- 6:17Speaker 3: Bien sûr. Oui? Oui, ça m'est arrivé pas plus loin
- 6:19Speaker 3: que l'année passée où j'avais un rendez-vous à 7h. Et
- 6:24Speaker 3: en fait, on me disait que j'avais une classe à
- 6:25Speaker 3: 9h et je n'y étais pas prêt du tout. Mais
- 6:27Speaker 3: c'est le quotidien d'un enseignant.
- 6:28Speaker 2: Mais vous êtes prêt dans l'âme, finalement. L'âme de prof,
- 6:32Speaker 2: quoi
- 6:32Speaker 3: Bien sûr. Et on s'adapte, on fait connaissance avec les élèves.
- 6:35Speaker 3: J'énumère parce que les objectifs de l'année, je les ai.
- 6:38Speaker 3: Et on s'adapte, voilà, l'enseignant est capable de s'adapter
- 6:41Speaker 2: Merci d'être venu témoigner à ce micro-crise, Philippe. Il y
- 6:44Speaker 2: a eu volontarisme, je ne compte pas abandonner, avez-vous dit,
- 6:48Speaker 2: jeune enseignant de la région de Carnion, 30 à 40
- 6:50Speaker 2: minutes de route max, et donc vous cherchez comme quoi?
- 6:51Speaker 2: Prof de maths? Prof de sciences? Prof de sciences, ok,
- 6:54Speaker 2: c'est ce que vous prenez, appel est lancé.