Latest / Le Café du Sport Business / La troisième division du rugby français au bord de l'implosion
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- 0:03Le café du sport business on parle pas des scores du weekend
- 0:06hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:18Bonjour, bienvenue au café du sport business.
- 0:21Bonjour à tous aujourd'hui. On va faire une analyse clinique
- 0:24et détaillée de la crise financière qui frappe de plein
- 0:27fouet la nationale. La 3e division du rugby
- 0:30français. C'est un sujet lourd, oui.
- 0:32Très lourd parce que 4 clubs ont récemment déposé le bilan.
- 0:35On parle de Blagnac, de hier Carqueiranne, de Tarbes puis de
- 0:38Niort. Le but de cette exploration,
- 0:41c'est vraiment de comprendre les rouages économiques et
- 0:43défaillants de ce championnat. Et il y a.
- 0:45Beaucoup à dire. Pour décortiquer cette situation
- 0:47complexe, notre expert est avec nous et va tout nous expliquer.
- 0:51Oui, alors pour poser le cadre tout de suite, on assisté à la
- 0:54collision violente entre l'ambition sportive et la
- 0:56réalité financière. Ce qui est fascinant ici, c'est
- 0:59l'irrationalité de chefs d'entreprise, pourtant très
- 1:01compétents dans leurs propres affaires.
- 1:02Mais avant d'analyser les bilans comptables ou la gestion de ces
- 1:06chefs d'entreprise, il faut comprendre ce que signifie un
- 1:08dépôt de bilan sur le terrain, l'impact immédiat.
- 1:11Le coût humain en fait. Exactement.
- 1:14Parlons de la réalité sociale des joueurs.
- 1:16Prenons l'histoire factuelle de Corentin chabaudy.
- 1:19Le Talonneur de Niort. C'est ça, un joueur de 29 ans
- 1:22devenu papa récemment. Et le 3 mars dernier, il perd
- 1:26son travail comme ça d'un coup. Lors d'une convocation soudaine
- 1:30par le président, oui. Par le président Gilbert
- 1:32Nassard. Il convoqué tout le monde et
- 1:34annonce la fin. Et là, c'est le drame parce
- 1:37qu'il faut parler des salaires réels.
- 1:38On n'est pas en Top 14. Ah Ben non, pas du tout, on est
- 1:42sur des salaires qui oscillent entre 1500 et 4000€ maximum.
- 1:45Et Didier Cazadei, l'entraîneur de Périgueux, fait un constat
- 1:49glacial, là-dessus, il dit que ce sont des joueurs.
- 1:51Je Site pro à 2000 balles par mois.
- 1:55C'est la réalité. Et à 2000€, quand le club dépose
- 1:58du bilan, bah les joueurs n'ont plus de quoi payer leur logement
- 2:01ou même se nourrir. Ils sont pris en otage.
- 2:03C'est le terme utilisé par Casa Day.
- 2:05Oui, pris en otage. C'est d'ailleurs pour ça qu'on a
- 2:08vu l'intervention d'urgence du syndicat Provale.
- 2:10Oui, avec Raphaël Vorringer et Malika Madash qui sont montés au
- 2:14créneau. Ils ont dû mettre en place un
- 2:15fond de solidarité parce. Qu'il y a la perte du salaire,
- 2:18mais il y a aussi la gestion de tous les avantages en nature qui
- 2:21sont perdus du jour au lendemain.
- 2:23Les appartements de fonction. Les appartements, les voitures
- 2:26prêtées par les sponsors, tout s'arrête.
- 2:28Bon, décortiquons ça, c'est le fonctionnement classique d'une
- 2:32PME qui fait faillite du jour au lendemain.
- 2:34Sauf qu'ici, l'outil de production, c'est le corps et la
- 2:37vie des athlètes. C'est une excellente analogie et
- 2:40d'un point de vue juridique, il y a une différence majeure pour
- 2:43ces joueurs selon la façon dont la faillite est prononcée.
- 2:45Entre la liquidation et le redressement.
- 2:47Voilà une liquidation pure et simple.
- 2:50Bah ça libère immédiatement les contrats le.
- 2:52Joueur peut signer ailleurs. Où il se retrouve au chômage,
- 2:54mais il est libre alors qu'un redressement judiciaire ça les
- 2:57mentir dans le flout tapal. Comme ce qui s'est passé à Niort
- 2:59justement. Exactement, le club a été
- 3:02relégué administrativement en Fédérale 3.
- 3:04Et survie pour payer ses dettes. Mais les joueurs restent bloqués
- 3:07contractuellement sans être payés.
- 3:09C'est terrible mais du coup pourquoi des sportifs
- 3:12acceptent-ils une telle précarité ?
- 3:14C'est une question d'offre et de demande en fait.
- 3:16C'est là qu'on doit parler du modèle de formation, parce que
- 3:19c'est une véritable usine qui alimente ce système économique
- 3:22complètement déséquilibré. Didier Casadei a fait une
- 3:25analyse mathématique très éclairante là-dessus.
- 3:27Il rappelle qu'il y a environ 30 joueurs dans chaque centre de
- 3:30formation de pro d 2 et de Top 14. 30 jeunes par club oui et.
- 3:33Quand on arrive à la tranche d'âge des 21202 ans, bah cela
- 3:37représente près de 400 jeunes sur le marché. 400 joueurs qui
- 3:40cherchent un contrat pro pour. Seulement une centaine de places
- 3:43viables en fait. C'est un entonnoir bouché.
- 3:45La citation de Casadei est un vrai coup de poing, on forme des
- 3:49joueurs à être chômeurs à 23 ans.
- 3:51Surtout qu'il YA1 vrai décalage de perception sur ces divisions,
- 3:54on ment à ces jeunes sur la dureté de ce championnat.
- 3:57Totalement. Val national est d'un excellent
- 3:59niveau sportif, c'est très dur physiquement.
- 4:02Mais elle est sous cotée par les joueurs des divisions
- 4:04supérieures. Oui, les jeunes de Top 14 ou de
- 4:07pro D 2 pensent que ça va être une balade de santé alors que
- 4:09pas du tout. Je me permets une objection, ici
- 4:13on vend un mirage professionnel, ne demande t on pas à ces jeunes
- 4:16de subventionner l'économie de ce championnat avec leur propre
- 4:19sacrifice financier sous couvert de passion pour le rugby ?
- 4:23Si on replace ça dans un contexte plus large, on comprend
- 4:26très vite pourquoi les clubs font ça.
- 4:28C'est à dire ? Cette offre excédentaire de
- 4:30joueurs, c'est 400 gamins pour 100 place, Bah ça fait
- 4:33mécaniquement baisser les salaires.
- 4:35Le fameux SMIC en National. C'est ça, ça permet au club de
- 4:39bâtir des effectifs très compétitifs, à très bas coût.
- 4:42Mais ça fragilise l'ensemble du système à long terme.
- 4:45Évidemment, puisque c'est basé sur de la précarité.
- 4:48Si la main d'œuvre n'est finalement pas si chère avec ses
- 4:51salaires au plancher ? Comment explique t on que les
- 4:54clubs s'effondrent avec de tels déficits ?
- 4:56Ah ça, c'est le cœur du problème, c'est la construction
- 5:00même des budgets. L'illusion budgétaire ?
- 5:02Oui, les clubs dépensent en fait de l'argent qu'ils n'ont pas, en
- 5:06espérant le récupérer plus tard dans la saison.
- 5:08C'est de la cavalerie financière.
- 5:09Exactement. Et ça crée des gouffres
- 5:11financiers abyssaux. Pour Niort, on parle d'un
- 5:14déficit entre 600000 et 800000€. Et un peu plus de 600000€ pour
- 5:19Tarbes. Et tout ça sur des budgets
- 5:20moyens qui tournent autour de 4,3 1000000 d'euros pour les
- 5:23règles économiques actuelles de la nationale.
- 5:25C'est énorme proportionnellement, surtout
- 5:27qu'il y a pas de salariés cap strict dans cette division.
- 5:30Non, c'est une masse salariale plafonnée à 50% des produits
- 5:32consolidés. Sauf que ça dérape tout le
- 5:35temps, bah oui. Parce que quand on inclut le
- 5:37staff technique, l'encadrement, ça grimpe très vite à 70% du
- 5:41budget total. Il ne reste plus rien pour les
- 5:43frais de fonctionnement. C'est la stratégie du joueur de
- 5:45casino, on mise l'argent du loyer sur le prochain match ou
- 5:48le prochain sponsor en espérant se refaire.
- 5:50Olivier Poulinier, le vice-président de la FFR, fait
- 5:52d'ailleurs un constat accablant sur ses dirigeants d'entreprise.
- 5:55Qui deviennent complètement irrationnels.
- 5:57Voilà, une fois qu'il met un pied dans le monde du rugby, il
- 5:59perd de tout bon sens économique.
- 6:01Et le modèle est souvent basé sur un seul homme.
- 6:03Le mécénat pur et dur, Regardez Tarbes.
- 6:05Oui, Tarbes a coulé après le départ de son président et
- 6:08principal mécène, Lionel. Terray.
- 6:10C'est faux, il est parti à Auch et tout s'est effondré.
- 6:12Ça met bien en lumière la. Qualité d'un modèle économique
- 6:15qui repose sur une seule personne plutôt que sur des
- 6:18revenus structurels viables. Face à ce casino financier,
- 6:21quelles sont les actions des régulateurs et surtout, quel est
- 6:24le prix à payer pour les clubs qui eux sont les bons élèves ?
- 6:27Du côté de la FFR, c'est l'arrêt total de l indulgence.
- 6:30Olivier Polony l'a dit, le règlement, c'est le règlement.
- 6:32Il. Y a des appels en cours
- 6:33pourtant. Oui, Niort et bourg en Bresse
- 6:36ont fait appel de leurs sanctions, mais la fédération
- 6:38veut rester ferme. Et au-delà des sanctions, est ce
- 6:40qu'il y a des pistes de réforme pour anticiper ?
- 6:42Plusieurs oui. Jean Baptiste Aldigé, du côté de
- 6:45Nice, propose par exemple l'obligation de déposer une
- 6:48caution financière en début de saison.
- 6:50Une garantie solide quoi. Exactement de son côté, Jacques
- 6:53Delmas, à Narbonne, réclame un alignement pur et simple des
- 6:56règles de la nationale avec le Top 14 et là Pro 2.
- 7:00Donc des audits systématiques et beaucoup plus poussés.
- 7:02C'est ça pour éviter les mauvaises surprises en cours
- 7:05d'année. Parce qu'en attendant, il y a
- 7:06une vraie iniquité sportive. Prenons le pas de Massy.
- 7:09Ah oui, Massy, c'est l'exemple parfait des dommages
- 7:12collatéraux. Ils ont dépensé plus de 20000€
- 7:14pour se déplacer à Tarbes et à Niort.
- 7:16Des frais de déplacement totalement perdus puisque ces
- 7:18clubs ont déposé le bilan peu après. 20000€ jetés par la
- 7:22fenêtre pour un club de national et sportivement, ça n'a aucun
- 7:26sens. Les cartons jaunes pris lors de
- 7:28ces matchs restent valables pour les joueurs de Massy.
- 7:30Alors que les points et le classement sont complètement
- 7:32chamboulés. Même si bon, on précise qu Albi
- 7:35et Nice restent logiquement en tête pour les demi finales.
- 7:37Nos. Leaders ne sont pas menacés mais
- 7:40casadei rappelle d'ailleurs la situation de Blagnac lors de la
- 7:44saison précédente en 2023200024. Où des victoires 25 à 0 sur
- 7:48tapis vert avaient été distribuées.
- 7:50Ce qui avait totalement faussé la course à la qualification
- 7:53pour les autres clubs. C'est là que ça devient vraiment
- 7:55intéressant. Punir est une chose, mais
- 7:58sanctionner un club en faillite n'est ce pas simplement acter
- 8:01l'échec d'un système de contrôle qui intervient toujours trop
- 8:03tard ? Cela soulève une question
- 8:05importante, effectivement. Parce qu'on tape sur une
- 8:07structure qui est déjà morte économiquement.
- 8:10Et ça valide totalement la philosophie de Didier Casadei.
- 8:12Lui, il préfère être 10e du championnat mais l'être
- 8:15financièrement sain. Plutôt que de jouer les premiers
- 8:17rôles à crédit. Voilà alors que le système
- 8:20actuel récompense presque la prise de risque suicidaire à
- 8:23court terme au détriment de la stabilité.
- 8:25En résumé, on a un championnat passionnant sur le terrain, ça
- 8:28c'est indéniable. Mais il est bâti sur un volcan
- 8:32économique. Un volcan alimenté par
- 8:34l'illusion des jeunes joueurs, oui.
- 8:36Et par les Paris financiers de dirigeants complètement
- 8:39irrationnels, ce qui M amène à une ultime réflexion.
- 8:42Je vous écoute. Sachant que le professionnalisme
- 8:44exige des budgets colossaux, que le staff, les déplacements, tout
- 8:47ça coûte très cher et que les droits TV de la 3e division ne
- 8:51couvrent absolument pas ces frais.
- 8:53Ils sont même inexistants. Exactement alors ne devrait-on
- 8:56pas accepter que la nationale redevienne un championnat assumé
- 8:59comme 100% semi professionnelle ?
- 9:01Plutôt que de s acharner à maintenir un professionnalisme
- 9:04artificiel sous perfusion. C'est la grande question
- 9:07existentielle pour l'avenir de ce championnat, oui.
- 9:09Une réflexion qu'il va falloir mener rapidement si on ne veut
- 9:12pas voir d'autres clubs exploser en vol.
- 9:14À très vite pour un nouveau podcast du café du sport
- 9:17business.