Latest / BOUGIES / RAPHAËLE BILLETDOUX - Chère Madame, ma fille cadette
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- 0:08Bougie,
- 0:14fragment littéraire d'auteur,
- 0:17d'autrice dont c'est l'anniversaire par
- 0:20Alice Dobelcourt.
- 0:29Mon père se fichait des dépouilles,
- 0:38j'y songe avec un sourire intérieur,
- 0:41lorsque de passage au cimetière Montparnasse où il repose,
- 0:45en union avec le vent tiède,
- 0:47l'animal et le végétal,
- 0:51j'entends soudain derrière une tombe s'élever,
- 0:53pleine de dynamisme,
- 0:54une voix de vieille dame.
- 0:56On va lui mettre un beau pot !
- 1:01L'affection et l'usage veulent qu'on témoigne par la présence lors des obsèques et des inhumations.
- 1:08On y a rarement vu mon père,
- 1:10mais sa pensée accompagnait les défunts dans leur trajectoire comme personne.
- 1:15Entre ceux qui marchent à petits pas dans le cortège de l'esprit ailleurs,
- 1:19et ceux qui,
- 1:20où qu'ils soient,
- 1:21les voient et les sentent rien qu'en fermant les yeux,
- 1:24les défunts,
- 1:24eux,
- 1:25font le tri,
- 1:26et c'est ce qui compte.
- 1:37Naturellement,
- 1:37j'ai guetté des signes.
- 1:40Aux oiseaux qui remontent du fond du quatorzième,
- 1:42par-delà les arbres du cimetière jusqu'à mon balcon et me tiennent l'engage,
- 1:47aux objets qui se fracassent tout seuls dans la cuisine,
- 1:51aux papiers qui se défroissent bruyamment au fond de ma corbeille,
- 1:54j'ai toujours répondu présente,
- 1:56accordé mon attention émue,
- 1:59chuchoté à tout hasard moi aussi quelques paroles affectueuses.
- 2:06Si demain pourtant,
- 2:08on me disait qu'il est de retour dans sa maison,
- 2:12qu'il me suffit de prendre le 38 jusqu'à la porte d'Orléans pour le retrouver assis au premier étage devant son bureau.
- 2:19La grosse veste de laine pendant de chaque côté du fauteuil,
- 2:22la toque en laine noire et rose des carpates sur la tête et ses doigts de fumée occupés à bourrer encore la petite pipe en peau de porc.
- 2:33Et comment alors reprendre la vie ?
- 2:37et ne pas faire état de ce que sa si longue absence a permis à chacun de comprendre,
- 2:41de soi,
- 2:43de lui,
- 2:45de la terre et du ciel.
- 2:56Mais pour moi,
- 2:58on me pardonnera l'aveu d'un phénomène qui m'étonne moi-même,
- 3:02mon père est devenu plus présent mort que vivant.
- 3:07léger,
- 3:08intéressé,
- 3:10calme,
- 3:11puissant,
- 3:12démultiplié,
- 3:13n'en finit pas de se lever en moi ce père intérieur qui chuchote à nouveau dans le noir.
- 3:20La mort n'est pas grave,
- 3:23va-t'en chez moi,
- 3:26va-t'en chez moi.
- 3:49Raphaël Billet-Doux,
- 3:50chère madame,
- 3:51ma fille cadette.
- 3:59Raphaël,
- 4:00alias Marie,
- 4:01est né dans une maison à étage qu'elle partageait avec sa sœur et ses parents.
- 4:05Sa mère était affairée un livre à la main à son deuxième niveau.
- 4:09Au dernier,
- 4:09il y avait sa sœur,
- 4:11Virginie,
- 4:12et c'est vers le premier qu'il lui arrivait parfois de croiser son père.
- 4:15Elle le rencontrait aussi sous forme de lettres ou de mots qu'il lui laissait dans la salle de bain.
- 4:21Traversant la vie et devenant autrice à son tour,
- 4:24gratifiée de prix et de félicitations pour ses différents romans,
- 4:27elle décida,
- 4:28à la suite du décès de son paternel,
- 4:30d'entreprendre cette fois-ci ce livre de mémoire.
- 4:33Dans Chère Madame,
- 4:34ma fille cadette elle entrepose ses souvenirs comme un deuil de papier.
- 4:40Elle nous offre ce qui lui reste à elle de cet homme,
- 4:42ce monsieur mystérieux.
- 4:45Ce mois-ci,
- 4:46c'est l'anniversaire de Raphaël,
- 4:48le bon moment pour lui rafraîchir la mémoire,
- 4:50le temps d'un câlin.
- 4:53Lorsqu'il prenait dans ses bras,
- 4:56il prenait comme peu d'hommes.
- 4:58Largement et sans réserve,
- 5:00toute sa poitrine telle la coque d'un bateau vous enveloppait.
- 5:05Raphaël,
- 5:07joyeux anniversaire.