Latest / Entretien avec un dentiste / Mon voyage à travers l' argent en dentisterie - 5/8 Les règles du jeu de la convention
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- 0:03Bienvenue dans le cinquième épisode de la série Mon voyage à travers l'argent en dentisterie Je suis Florence Echeverry,
- 0:09votre hôte et créatrice de ce podcast.
- 0:11Aujourd'hui,
- 0:12nous allons examiner les enjeux légaux et les obligations réglementaires qui façonnent notre pratique quotidienne.
- 0:18Pour explorer ces questions délicates,
- 0:19je reçois Anne-Catherine Gallou,
- 0:21chirurgienne dentiste et experte reconnue en droit dentaire.
- 0:27Avant de démarrer notre conversation,
- 0:28je tiens à remercier toutes les personnes qui ont déjà contribué à la cagnotte Tipeee.
- 0:32Émilie,
- 0:33Marie,
- 0:33Ronan,
- 0:34Joy,
- 0:34Marie-Hélène,
- 0:35Antonin,
- 0:35Arnaud,
- 0:36Aurore,
- 0:36Nicolas.
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- 0:53Épisode 5,
- 0:54les règles du jeu de la Convention.
- 1:01Aujourd'hui,
- 1:01nous allons explorer les règles du jeu pour les dentistes conventionnés,
- 1:04les risques juridiques liés au non-respect des conventions et les implications des contrôles de la sécurité sociale.
- 1:10Sans plus tarder,
- 1:11écoutons l'expertise d'Anne-Catherine.
- 1:13Les devoirs et les obligations des chirurgiens dentistes en matière d'argent dans la relation de soins sont nombreux.
- 1:19En premier lieu,
- 1:20comme tous les professionnels de santé,
- 1:22avant la réalisation d'un acte.
- 1:24Nous avons l'obligation d'informer notre patient sur le coût de cet acte et sur les conditions de sa prise en charge.
- 1:31Chez nous,
- 1:31dentiste,
- 1:31ça va se traduire par deux choses.
- 1:34L'affichage obligatoire de quelques-uns de nos principaux tarifs de soins et de prothèses,
- 1:38que ce soit dans la salle d'attente ou dans la salle d'accueil,
- 1:42ça c'est depuis 2009.
- 1:43Et puis,
- 1:44bien évidemment,
- 1:45de délivrer un devis,
- 1:46devis qui est surtout sur la prothèse,
- 1:50dès lors qu'il y a du reste à charge au niveau d'un soin.
- 1:54devis qui est en fait rendu obligatoire chez nous par le code de santé publique,
- 1:58le code de déontologie et la convention nationale si nous sommes signataires.
- 2:03Donc ce devis on va le conseiller à partir de 75 euros mais attention il est aussi obligatoire pour des bénéficiaires de la solidarité nationale,
- 2:12les ADC2S,
- 2:13les anciens CMU,
- 2:15même si on va leur faire des traitements sans reste à charge qui vont être honorés en tiers payant intégral.
- 2:21On a un devoir d'information,
- 2:22ça c'est la loi Kouchner,
- 2:23la loi du 4 mars 2002 qui nous y oblige,
- 2:26et donc on doit leur proposer tous les traitements possibles,
- 2:29et c'est in fine le patient qui va décider.
- 2:32Anne-Catherine débute par rappeler les obligations des chirurgiens dentistes concernant la transparence financière dans la relation de soins.
- 2:38Premièrement,
- 2:39elle souligne l'importance de l'information préalable du patient sur les coûts des interventions et leur modalité de prise en charge.
- 2:45Cela se manifeste par l'affichage des tarifs dans les zones visibles du cabinet,
- 2:49Une pratique réglementée depuis l'introduction de la loi HPTS,
- 2:52Hôpital,
- 2:53Patients,
- 2:53Santé et Territoire,
- 2:54en 2009,
- 2:55visant à améliorer l'accès aux soins et à coordonner les acteurs de santé à travers la création des agences régionales de santé.
- 3:02De plus,
- 3:02la délivrance d'un devis détaillé devient impérative dès que le soin propose un reste à charge,
- 3:07et ce,
- 3:08dès un seuil de 75 euros.
- 3:10Anne-Catherine rappelle également que cette exigence s'étend aux bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire,
- 3:16comme stipulée par la loi Kouchner de 2002.
- 3:19Selon l'article L.1111.2 du Code de la santé publique,
- 3:23issu de cette loi,
- 3:25toute personne a le droit d'être informée par son état de santé.
- 3:28Cette information porte sur les différents traitements et actes médicaux qui lui sont proposés,
- 3:32ainsi que sur leurs coûts et les conditions de remboursement par les régimes obligatoires d'assurance maladie et complémentaires.
- 3:38Cette loi insiste sur le droit du patient à être informé de toutes les options de son traitement disponible,
- 3:43renforçant ainsi son pouvoir de décision dans le parcours de soins.
- 3:47Pour ce qui est de la forme du devis,
- 3:49elle est décidée par la Convention nationale si nous sommes signataires.
- 3:52Et donc,
- 3:52on va bien sûr décrire le traitement.
- 3:55On va mettre les matériaux,
- 3:56les normes ISO.
- 3:58On va préciser l'origine européenne ou hors Union européenne de nos prothèses.
- 4:02Et puis,
- 4:03bien sûr,
- 4:03on va parler argent.
- 4:04Donc,
- 4:04on va noter les honoraires,
- 4:06indiquer le panier de soins auxquels ces actes appartiennent,
- 4:09définir la base de remboursement.
- 4:12la participation du régime obligatoire et indiquer le reste à charge pour le patient,
- 4:16en dehors de toute prise en charge mutuelle.
- 4:23Le panier 3,
- 4:24qui est le panier à honoraires libres,
- 4:26par définition,
- 4:27nous fixons librement nos honoraires,
- 4:29mais il faut respecter le sacro-saint d'actes et mesures.
- 4:32Et puis,
- 4:33nouveauté avec la dernière convention qui est en train de renégocier,
- 4:35donc 2019,
- 4:37la mise en place de la réforme 100% santé,
- 4:39qui nous impose...
- 4:41de proposer une alternative thérapeutique qui est en fait une alternative économique à nos traitements,
- 4:48dès lors que cela est possible.
- 4:51Anne-Catherine nous explique la rigueur nécessaire dans la rédaction des devis,
- 4:55dictée par la Convention nationale,
- 4:57qui exige une transparence totale sur les traitements,
- 4:59les matériaux utilisés et les coûts.
- 5:01Toutes ces obligations,
- 5:02qui ont été renforcées par les lois de 2002,
- 5:042009 et 2019,
- 5:06ont certes amélioré la transparence financière et l'accès aux soins,
- 5:09Mais il faut le dire,
- 5:10elles ont aussi contribué à augmenter la complexité administrative et aussi apporter des contraintes financières.
- 5:16Anne-Charlotte Bas a notamment souligné dans le deuxième épisode de cette série que ces décisions de loi laissent souvent les dentistes se justifier face à des patients mécontents,
- 5:25mal informés,
- 5:26par des annonces politiques et médiatiques promettant des remboursements intégraux non réalisés,
- 5:31ajoutant ainsi un fardeau de justification sur les dentistes.
- 5:34Au niveau des obligations des chirurgiens dentistes,
- 5:35le deuxième volet c'est après le soin,
- 5:38au niveau de la facturation.
- 5:40Nous devons permettre à nos patients...
- 5:42de bénéficier des avantages sociaux auxquels son État lui donnera sans céder à aucune demande abusive.
- 5:48Ça,
- 5:48c'est le texte de notre Code de déontologie,
- 5:50l'article 41.27.234.
- 5:53Ça veut dire qu'après l'exécution d'un acte,
- 5:55nous devons délivrer deux choses.
- 5:56D'abord,
- 5:57la première,
- 5:57c'est la feuille de soin.
- 5:59Et puis,
- 5:59pour tous les actes non codés,
- 6:01il y en a très peu puisque le système se veut exhaustif.
- 6:04Et en tout cas,
- 6:05les actes qui ne sont pas remboursables puisque l'hormonclature n'existe plus,
- 6:09donc on parle d'actes non remboursables.
- 6:11nous avons obligation de délivrer une note d'honoraire.
- 6:16Bien évidemment,
- 6:16la facturation doit être conforme à ce qu'on a réalisé.
- 6:19Si on a posé un stellite 7 dents,
- 6:21ce n'est pas un stellite 8 dents.
- 6:22Il faut absolument indiquer les actes que nous avons réalisés et les dates qui figurent selon les dates réelles d'exécution des actes.
- 6:32Donc cette facturation,
- 6:34il ne faut pas qu'elle soit post-datée,
- 6:36tout comme il ne faut pas qu'elle soit anti-daptée,
- 6:38qu'elle ne soit pas anticipée.
- 6:40Permettre à un patient de toucher le remboursement avant la pose de la prothèse,
- 6:43ce n'est pas non plus autorisé par le Code de sécurité sociale.
- 6:47La validation par la signature de la feuille papier ou de la feuille de soins électroniques atteste l'exécution de notre acte et son paiement.
- 6:56On ne doit pas procurer à un patient un avantage qui serait injustifié ou illicite et on ne peut pas accorder non plus de retour en argent,
- 7:05ni en nature.
- 7:05D'ailleurs,
- 7:06tout ça,
- 7:06c'est clairement...
- 7:07interdits par notre code de déontologie.
- 7:09Cette fois-ci,
- 7:09c'est l'article 221,
- 7:11l'article 4127-221 du code de déontologie.
- 7:14Anne-Catherine nous rappelle qu'après les soins,
- 7:16les dentistes doivent être très précis dans leur facturation et éviter toute manipulation des dates.
- 7:21Mais souvent,
- 7:21dans la pratique,
- 7:22nous,
- 7:23les dentistes,
- 7:24nous avançons les frais pour les prothèses,
- 7:26car la plupart des patients sont réticents à payer par avance.
- 7:29Ce qui ajoute du stress,
- 7:30surtout quand les paiements sont retardés ou échelonnés.
- 7:33Combien de fois ai-je dû régler une facture conséquente aux prothésistes ?
- 7:36alors que mon tiroir débordait de chèques en attente.
- 7:43En miroir,
- 7:44quels sont finalement nos droits ?
- 7:47Ça se résume à celui,
- 7:50tout comme professionnel,
- 7:51de percevoir des zones horaires qui lui sont dues pour les actes qu'il a réalisés.
- 7:56C'est pour ça que la signature vaut contrat au sens civil du terme.
- 8:00Le problème,
- 8:00c'est que depuis la loi Kouchner,
- 8:01la loi du 4 mars 2002,
- 8:03le patient peut retirer son consentement.
- 8:06en soins à tout moment,
- 8:08même le dernier jour.
- 8:10Et donc dans cette situation se pose en fait raisonnablement la question de la prise d'acompte,
- 8:16au moins pour nous garantir des frais engagés si jamais le patient ne vient pas à son dernier rendez-vous.
- 8:21On parle bien d'acompte,
- 8:22on ne parle pas d'art parce que les arts ne sont pas autorisés chez nous ça.
- 8:26Ça suppose un doublement des sommes perçues je crois en cas de non réalisation.
- 8:31Et donc en cas d'arrêt du traitement,
- 8:33est-ce qu'il faut rembourser cet accompte ?
- 8:35Est-ce qu'on peut en conserver une partie ?
- 8:38Aucun texte nous impose de rembourser la compte.
- 8:42Mais le chirurgien dentiste,
- 8:44lui,
- 8:44n'a le droit de percevoir des honoraires que pour des actes qu'il aura réalisés.
- 8:48Donc une prothèse qui est livrée par le laboratoire,
- 8:50mais qui n'est pas posée en bouche,
- 8:51ce n'est pas un acte exécuté,
- 8:53et donc on ne peut pas le facturer.
- 8:56Si le patient ne vient pas à son dernier rendez-vous,
- 8:58c'est parfaitement son droit.
- 9:00Et nous,
- 9:01le seul droit que nous ayons,
- 9:02c'est finalement d'aller rester en justice,
- 9:04c'est d'aller demander l'application stricte du contrat,
- 9:07éventuellement de demander des dommages et intérêts,
- 9:10d'où l'importance du devis en bonne et due forme et signé.
- 9:12On va dire que c'est à chacun d'évaluer le coût de sa tranquillité.
- 9:16Si on décide en tout cas de conserver la compte,
- 9:18il faudra délivrer une note d'honoraire avec le détail des frais engagés,
- 9:24le temps qui est passé et...
- 9:25On oublie aussi l'informer des risques qu'il encourt s'il ne vient pas achever son traitement.
- 9:29Ça fait partie de nos obligations d'information.
- 9:32Selon la loi Kouchner de 2002,
- 9:34le patient a le droit de retirer son consentement à tout moment,
- 9:37ce qui implique que le dentiste doit s'assurer que les engagements financiers pris par le patient,
- 9:41comme les accomptes,
- 9:42soient bien clarifiés dès le début.
- 9:44Le devis signé joue ici un rôle crucial,
- 9:46car il sert de contrat confirmant l'accord du patient sur les traitements et les coûts y afférents.
- 9:52Si un patient choisit de ne pas terminer un traitement après avoir payé un accompte,
- 9:55la situation peut nécessiter une négociation pour déterminer si une partie de cet accompte peut être conservée par le dentiste en compensation des coûts déjà engagés.
- 10:07Suite à notre conversation et aux explications d'Anne-Catherine sur les exigences réglementaires et déontologiques,
- 10:12je me pose une question,
- 10:14un peu par intérêt je l'avoue,
- 10:15mais peut-être vous l'êtes-vous déjà aussi posée,
- 10:18si un patient nécessite un traitement parodontal non remboursé avant une prothèse,
- 10:22ou un implant aussi,
- 10:24mais qu'il refuse ce soin initial pour des raisons financières,
- 10:27est-ce que j'ai le droit de refuser de procéder directement au plan de traitement prothétique ?
- 10:31C'est même ton devoir !
- 10:33C'est même ton devoir,
- 10:34c'est-à-dire que tu as défini un plan de traitement et tu considères que les fondations ne sont pas saines.
- 10:39On te reprocherait d'avoir passé outre le problème paro et d'avoir posé un implant ou une couronne,
- 10:44peu importe la situation clinique,
- 10:45sans avoir assaini le terrain parodental que tu as toi-même diagnostiqué.
- 10:49Donc,
- 10:50si le patient n'est pas d'accord avec ton plan de traitement,
- 10:53libre à lui d'aller consulter un autre praticien.
- 10:57Mais je pense qu'il faut rester droit dans ses bottes.
- 10:59Tu as un plan de traitement qui est…
- 11:02chiffré,
- 11:03on est d'accord,
- 11:03tu l'as expliqué,
- 11:04tu as fait un consentement et tu as fait un devis,
- 11:06mais si le patient,
- 11:10il n'est pas au supermarché,
- 11:11il ne va pas choisir dans la liste de course.
- 11:14Si tu estimes que les fondations,
- 11:16le traitement parodontal doit être fait,
- 11:19il faut le faire,
- 11:20ou alors il faut arrêter le plan de traitement,
- 11:24et adresser à quelqu'un d'autre.
- 11:25L'averse sera reproché.
- 11:27Et si,
- 11:28économiquement,
- 11:29le patient
- 11:30ne peut pas accéder au traitement parodontal ?
- 11:33Je pense qu'il faut à ce moment-là l'adresser vers quelqu'un qui est susceptible de le prendre en charge,
- 11:37peut-être à moindre coût.
- 11:38Ou alors tu décides de le soigner gratuitement.
- 11:41Ou faire une demande d'aide exceptionnelle.
- 11:43Ou faire une demande d'aide exceptionnelle,
- 11:45effectivement.
- 11:46On peut trouver des arrangements peut-être financiers.
- 11:49Mais voilà,
- 11:52le traitement parodontal,
- 11:53c'est vrai que souvent il est coûteux et que c'est à la base de tout et c'est un obstacle pour les patients.
- 11:59C'est vraiment l'exemple typique.
- 12:01Mais on ne pose pas des implants sur un terrain parodental qui n'est pas stabilisé.
- 12:07Après,
- 12:08libre à toi,
- 12:08si tu veux vraiment faire le traitement,
- 12:10à la rigueur de lui prodiguer des actes gratuits.
- 12:14Mais par contre,
- 12:16ne pas le traiter et poser les implants derrière,
- 12:18non.
- 12:19La réponse d'Anne-Catherine,
- 12:20qui insiste sur le devoir professionnel de refuser de traiter si les conditions préalables médicalement nécessaires ne sont pas remplies.
- 12:27résonne évidemment avec mes propres convictions professionnelles.
- 12:30Mais encore une fois,
- 12:31je trouve que la réalité du terrain est bien plus complexe.
- 12:34Déjà,
- 12:35concernant la maladie parodontale,
- 12:36il faut reconnaître qu'elle n'est pas toujours bien comprise par les patients.
- 12:39D'autre part,
- 12:40la situation des déserts médicaux complique la décision de ne plus suivre un patient qui ne peut pas ou ne veut pas financer les soins non remboursés.
- 12:48Concernant ces questionnements qui relèvent davantage de l'éthique,
- 12:51nous y reviendrons plus tard lorsque nous aborderons plus spécifiquement ce sujet.
- 12:54Je vais te donner un autre exemple qui est la fameuse couronne chrome-cobalt de la réforme 100% Santé.
- 13:00La Convention nationale des chirurgiens dentistes prévoit sa prise en charge intégrale,
- 13:05quel que soit le traitement,
- 13:08dès qu'on propose une couronne,
- 13:10et nous oblige à le faire figurer comme alternative.
- 13:14Le problème,
- 13:14c'est que le cobalt a été classé CMR en 2020 par le Comité d'évaluation des risques de l'Agence européenne des produits chimiques.
- 13:21Donc CMR,
- 13:22c'est cancérigène,
- 13:23mutagène et toxique.
- 13:25Donc cette classification déjà nous oblige à prévenir le patient que dans la proposition,
- 13:30la couronne chrome-cobalt,
- 13:31le cobalt est cancérigène.
- 13:34Et du coup,
- 13:35notre conscience nous autorise à ne pas réaliser cet acte-là.
- 13:39Mais toujours pareil,
- 13:39il faut adresser le patient.
- 13:41C'est-à-dire qu'il fait une couronne zircone,
- 13:43une couronne céramique classique.
- 13:46S'il veut véritablement,
- 13:47pour des raisons idéologiques ou en tout cas financières,
- 13:51faire du chrome-cobalt et que nous......
- 13:54Là,
- 13:55nous avons le droit de refuser.
- 13:57Nous avons une vraie raison.
- 13:59Anne-Catherine soulève le cas de la couronne chrome-cobalt,
- 14:02récemment classée comme substance CMR,
- 14:04cancérigène mutagène et toxique.
- 14:06Anne-Catherine nous explique qu'il est de notre devoir d'informer le patient de ces risques,
- 14:10et même que nous pouvons refuser de réaliser de telles couronnes,
- 14:13qui,
- 14:13je le rappelle,
- 14:14sont intégralement remboursées.
- 14:16Personnellement,
- 14:17cette situation me gêne.
- 14:18Si un patient bien informé des risques choisit cette option,
- 14:22pourquoi devrais-je le refuser ?
- 14:23Ne continuons-nous pas de soigner des personnes exposées à d'autres risques comme le tabagisme ou l'alcool ?
- 14:29Je trouve paradoxal de placer les dentistes face à ce type de dilemme éthique.
- 14:33Pourquoi ne pas simplement interdire le cobalt dans les traitements dentaires ?
- 14:40Après avoir discuté des droits et devoirs des dentistes en termes d'argent,
- 14:43nous allons maintenant aborder la question qui fâche,
- 14:46celle des contrôles de la sécurité sociale.
- 14:49Concernant ce point,
- 14:50je me demande comment ces mécanismes s'activent,
- 14:52particulièrement quels éléments attirent l'attention des autorités et déclenchent une inspection.
- 14:57De plus,
- 14:58quels sont les outils et technologies modernes dont dispose la Sécurité sociale aujourd'hui pour identifier et prévenir les fraudes potentielles ?
- 15:05Concernant le contrôle d'activité,
- 15:07qu'est-ce qui alerte le service médical ?
- 15:10En se conventionnant avec la Sécurité sociale,
- 15:13avec l'assurance maladie,
- 15:14le chirurgien dentiste s'engage à appliquer les tarifs,
- 15:17les dispositions de la Convention et aussi tous les textes qui régissent l'exercice de la profession.
- 15:23C'est l'article 2 de la Convention nationale.
- 15:25Il faut avoir à l'esprit que le contrôle d'activité des professionnels de santé en général fait partie des missions de base.
- 15:32des praticiens conseil qui depuis la fin de l'entente préalable,
- 15:35ça doit dater de 2003,
- 15:37doivent contrôler le bien fondé des prestations individuelles qu'ils distribuent et puis de la fraude en général.
- 15:41Donc ils ont deux fils conducteurs,
- 15:44l'application de la CCAM et les données acquises de la science.
- 15:49Les services de contrôle médical ne disposent pas de moyens humains suffisants pour assurer le contrôle de 46 000 chirurgiens dentistes au moins une fois dans leur carrière.
- 15:58Donc ils sont obligés.
- 16:00de cibler des exercices qu'ils vont qualifier de déviants.
- 16:04Pour ce faire,
- 16:05ils ont développé des technologies qui sont extrêmement performantes,
- 16:09avec de l'intelligence artificielle,
- 16:11avec des algorithmes de données de masse,
- 16:12on appelle ça le data mining,
- 16:14et qui vont à ce moment-là détecter des praticiens qui ont des données statistiques qui contrastent avec les référentiels qui peuvent être locaux,
- 16:25régionaux ou nationaux.
- 16:26Ce sont des praticiens qui vont avoir
- 16:28des quotations,
- 16:29par exemple,
- 16:29aberrantes ou alors des quotations systématiques.
- 16:33La Caisse nationale d'assurance maladie fait aussi des thèmes,
- 16:37des thématiques de contrôle et va lancer les algorithmes,
- 16:41savoir quels sont les plus gros prescripteurs,
- 16:44par exemple,
- 16:44par rapport à un acte.
- 16:45Ça a été le cas pour les conbines,
- 16:46ça a été le cas pour certains actes.
- 16:50Ce qui permet,
- 16:51à ce moment-là,
- 16:51de révéler plutôt un profil de chirurgien lentiste qui sont poursuivis par les caisses,
- 16:57ça va être
- 16:58un praticien conventionné bien entendu avec la sécurité sociale.
- 17:02Il va réaliser un chiffre d'affaires qui est beaucoup plus important que son voisin,
- 17:06en tout cas que le référentiel local.
- 17:09Il va avoir des données statistiques totalement atypiques,
- 17:13qui dit très souvent un très fort taux de tiers payants.
- 17:18Et puis plus récemment,
- 17:19les praticiens qui ont un très fort taux de prothèses en panier 1,
- 17:23restent à charge zéro.
- 17:25Tout ça,
- 17:25c'est suspect.
- 17:27Ça me laisse perplexe parce qu'on met justement en place le reste à charge zéro pour que les gens aient plus facilement accès aux soins et ça devient suspicieux d'en faire trop.
- 17:37Bien sûr,
- 17:38de même qu'on essaye de mettre en place le tiers payant généralisé,
- 17:41donc ça va être compliqué.
- 17:42Mais là,
- 17:42à l'heure actuelle,
- 17:43ce sont véritablement tiers payants généralisés avec des taux à 90% et puis des forts taux de reste à charge zéro.
- 17:51Bien sûr que ça apparaît en alerte et que c'est contrôlé en priorité.
- 17:56En tout cas,
- 17:56moi,
- 17:56c'est ce que je vois dans les dossiers que j'ai en contrôle actuellement.
- 18:00Couplé avec des chiffres d'affaires élevés ?
- 18:04Oui,
- 18:04en général,
- 18:04les praticiens,
- 18:05vraiment,
- 18:06ce n'est pas le cabinet avec des petits chiffres d'affaires.
- 18:11En général,
- 18:12ce sont des gros chiffres d'affaires.
- 18:14C'est cool parce que moi,
- 18:15je ne me sens pas du tout inquiétée du coup.
- 18:23On l'a dit,
- 18:24la CCAM ne souffre d'aucune interprétation.
- 18:26Par contre,
- 18:26il y a plein de griefs qui reviennent dans les dossiers qu'on retrouve fréquemment dans les contrôles.
- 18:31Le premier des griefs,
- 18:32je dirais,
- 18:32c'est le fameux bug informatique.
- 18:35Attention,
- 18:37c'est l'argument numéro un qui est avancé lorsqu'on ne veut pas fournir des clichés radiographiques qui seraient un peu compromettants.
- 18:45Et donc,
- 18:45le fait de ne pas pouvoir fournir des clichés,
- 18:47notamment pré-opératoire en endodoncie,
- 18:51d'une dent qui sera couronnée ou qui servira de pied de bridge,
- 18:57ça entraîne automatiquement l'impossibilité pour le service médical de remplir sa mission de contrôle.
- 19:03Il n'y a pas de justification médicale.
- 19:06La radiopanoramique est insuppisante,
- 19:08rappelons-le.
- 19:09Dans ces situations,
- 19:11c'est l'ensemble du traitement qui va être compté en induit.
- 19:14La dévitalisation,
- 19:14l'inlécore éventuellement,
- 19:15la couronne,
- 19:16voire même le bridge.
- 19:17Donc le bug informatique...
- 19:18Ça,
- 19:19c'est griffe numéro un.
- 19:21Il faut fournir les radiographies,
- 19:24et toutes les radiographies,
- 19:25pré,
- 19:25post,
- 19:26en dos,
- 19:27voire pair,
- 19:28si on l'a faite.
- 19:29Parmi les exemples les plus fréquents,
- 19:31effectivement,
- 19:33l'évacuation d'abcès parodontale.
- 19:35C'est un acte isolé qui a été créé pour répondre à l'urgence.
- 19:41C'est totalement anormal de le retrouver plusieurs fois dans un dossier patient.
- 19:47sans qu'il soit suivi de thérapeutiques parodentales ou de le retrouver couplé avec des cotations d'extraction.
- 19:55L'abcès parodontal répond à une définition,
- 19:58même si elle est un petit peu floue,
- 20:00mais ça c'est source de contrôle d'activité.
- 20:03Le coiffage pulpaire,
- 20:04pareil,
- 20:05s'il n'y a pas les radiographies qui sont imposées par les textes de suivi,
- 20:09on doit,
- 20:09après un coiffage pulpaire,
- 20:10s'assurer de la bonne réaction pulpaire avec l'édification de la barrière dentinaire.
- 20:18Donc ça doit être suivi de contrôle radio,
- 20:20et ces contrôles radio,
- 20:21c'est le service médical qui les demande,
- 20:22il faut pouvoir les fournir.
- 20:25Nous avons aussi tout ce qui est radiologie,
- 20:28réaliser des panoramiques et surtout des connebines en première intention ou alors sans justification médicale et sans compte rendu.
- 20:36Ça fait partie des griefs les plus fréquents.
- 20:39Les consultations,
- 20:40consultations répétitives.
- 20:42Nous ne sommes pas des médecins généralistes.
- 20:43La consultation,
- 20:44c'est la première consultation où on fait un plan de traitement,
- 20:47où on fait un diagnostic.
- 20:50a prouvé qu'il y a eu une consultation,
- 20:52on appelle ça intercurrente,
- 20:53c'est-à-dire pour un motif autre que le traitement actuel.
- 20:56Mais normalement,
- 20:58il doit y avoir une seule consultation pour un patient,
- 21:01pas plusieurs dans une suite de soins en tout cas.
- 21:04Et actuellement,
- 21:05on trouve aussi par exemple les couronnes provisoires qui sont facturées sur des dents,
- 21:09mais qui sont préparées pour être piliées de bridge et non pas pour couronne unitaire.
- 21:14Donc ça,
- 21:15ce sont des cotations.
- 21:16qui reviennent de manière très fréquente dans les dossiers et qui ne sont pas licites.
- 21:22Alors,
- 21:22si l'erreur est ponctuelle,
- 21:24il y aura juste une récupération d'indus.
- 21:26Par contre,
- 21:26si effectivement le service médical arrive à systématiser cette erreur,
- 21:30les conséquences vont être beaucoup plus lourdes.
- 21:32Juste peut-être une petite précision sur les connebimes.
- 21:36Globalement,
- 21:36on le sait qu'il doit y avoir un compte rendu de fait systématiquement.
- 21:40Ce compte-rendu,
- 21:41il est très standardisé sur une feuille particulière où il peut se faire dans les notes de notre logiciel,
- 21:50l'objet pour lequel on a fait un CBCT pris en charge.
- 21:55Alors,
- 21:56je ne sais pas exactement si les textes prévoient qu'ils doivent être à part.
- 22:02Je pense qu'ils peuvent être intégrés à notre logiciel.
- 22:03Ce qui est sûr,
- 22:04c'est qu'on doit pouvoir le communiquer au service médical.
- 22:08Il doit comporter les doses de rayonnement,
- 22:11la justification médicale.
- 22:12Il y a un certain nombre d'éléments qui doivent être inscrits sur ce compte-rendu.
- 22:17Je pense qu'ils peuvent être intégrés directement à notre logiciel,
- 22:19mais si le service médical demande le compte-rendu,
- 22:23il faut pouvoir l'éditer.
- 22:25Et tu disais la même chose pour les panoramiques.
- 22:27Oui,
- 22:27les panoramiques doivent être commentées,
- 22:29elles doivent être datées,
- 22:30elles doivent être commentées.
- 22:31Oui,
- 22:32il y a un compte-rendu à faire sur les panoramiques également.
- 22:34Par exemple ?
- 22:35Pourquoi on a fait une panoramique ?
- 22:37Qu'est-ce qu'on y voit dessus ?
- 22:39C'est ça,
- 22:39il faut toujours pouvoir fournir deux choses,
- 22:42la justification médicale et le diagnostic,
- 22:45ce qu'on a détecté sur cette radiopanoramique.
- 22:48Quel que soit le cliché radiologique,
- 22:50également sur les rétroalvéolaires.
- 22:52Les rétroalvéolaires,
- 22:53pour être facturables au service à la caisse,
- 22:56il faut qu'elles soient bien cadrées,
- 22:58elles doivent comprendre trois dents et on doit avoir l'apexe,
- 23:01il faut que ce soit vraiment bien cadré.
- 23:04Elles doivent être localisées,
- 23:05il faut qu'il y ait le numéro de la dent.
- 23:08Normalement,
- 23:09on fait une radio si on cherche quelque chose,
- 23:12donc la justification médicale ne soit peut-être pas forcément notée sur le cliché,
- 23:16mais en tout cas dans le dossier patient.
- 23:18C'est-à-dire qu'on a fait une radio,
- 23:20c'est bien parce que,
- 23:21ou on cherchait à vérifier la profondeur d'une carie,
- 23:24ou l'atteinte pulpaire,
- 23:26mais il y a une justification médicale à tout acte de radiologie.
- 23:29Si je résume ce que vient de dire Anne-Catherine sur la régulation et le contrôle des pratiques dentaires.
- 23:34Premièrement,
- 23:35en adhérant à la Convention nationale,
- 23:36les chirurgiens dentistes s'engagent à respecter les tarifs et règles établis,
- 23:40assurant ainsi la transparence et le contrôle des pratiques.
- 23:43Deuxièmement,
- 23:44l'utilisation de technologies avancées comme l'intelligence artificielle et le data mining permet au service de contrôle de détecter les pratiques déviantes en comparant les données des praticiens avec les référentiels locaux,
- 23:54régionaux ou nationaux.
- 23:56Troisièmement,
- 23:57il est crucial de fournir des comptes-rendus détaillés pour chaque radiographie pour démontrer la justification médicale des actes.
- 24:03Anne-Catherine a raison d'insister sur certaines règles,
- 24:06celles notamment qui concernent les consultations,
- 24:08les drainages d'abcès parodontales ou les coiffages pulpaires par exemple.
- 24:12Mais je dois dire que parfois,
- 24:13ça peut être vraiment frustrant.
- 24:15Prenons l'exemple d'une extraction complexe qui dure plus longtemps que prévu,
- 24:19ou le cas d'une urgence où on ouvre une dent pour soulager le patient,
- 24:22mais sans pouvoir finir le travail.
- 24:24Dans ces cas-là,
- 24:25on est peu rémunéré,
- 24:26voire pas du tout.
- 24:27Et là,
- 24:27ça peut être tentant de facturer un petit quelque chose de plus pour sentir que ton effort est un peu plus reconnu.
- 24:33Pourtant,
- 24:34il est essentiel de rester vigilant sur les conséquences d'un contrôle de la sécurité sociale,
- 24:38qui peuvent être très lourdes,
- 24:39affectant non seulement notre activité professionnelle,
- 24:42mais aussi d'autres aspects de notre vie.
- 24:43D'où l'importance de bien connaître la nomenclature,
- 24:46même si cela peut paraître rébarbatif,
- 24:48et aussi de faire preuve de sagesse et de lucidité quand de telles situations arrivent.
- 24:55Le profil des dentistes qui commettent des abus fraude,
- 24:57est-ce qu'il y a quelque chose qui ressort de manière récurrente ?
- 25:00Je vais donner deux exemples de dossiers qui sont,
- 25:02je pense,
- 25:03les plus courants,
- 25:05des dossiers que j'ai été amené à accompagner.
- 25:08Le premier,
- 25:09c'était un praticien salarié de Mutuelle,
- 25:13très gentil garçon,
- 25:14qui réalisait systématiquement des bridges céramiques à ses patients en facturant tout en reste à charge zéro.
- 25:25Il était salarié,
- 25:26donc il ne payait pas la prothèse.
- 25:27Il ne voyait pas où était le problème,
- 25:29parce que de toute manière,
- 25:30il considérait que le reste à charge zéro,
- 25:31c'était au minimum ce qu'il aurait facturé s'il l'avait réalisé.
- 25:36Et en plus,
- 25:36les patients n'étaient même pas au courant des cadeaux qu'il leur faisait.
- 25:40C'est toujours pareil.
- 25:41Le fait de facturer des traitements qui ont un reste à charge en le faisant financer par la solidarité nationale,
- 25:49ce n'est pas légal,
- 25:50puisque nous ne pouvons...
- 25:53procurer à un patient tout acte de nature à procurer un avantage injustifié et illicite,
- 25:59dit le texte.
- 26:00Donc,
- 26:00c'est pas légal.
- 26:01Et ces praticiens voient pas le mal,
- 26:03parce que ils estiment que la caisse n'est pas lésée.
- 26:06Or,
- 26:07la prise en charge,
- 26:08par exemple,
- 26:08d'une couronne unitaire comparée à une dent qui serait rajoutée à un pilier de bridge,
- 26:13c'est pas du tout le même financement.
- 26:15Le pilier de bridge,
- 26:16c'est 10 centimes là où on a une prise en charge pour une couronne unitaire.
- 26:20Donc,
- 26:20oui,
- 26:21la caisse peut...
- 26:22et lésés de toute manière.
- 26:24Deuxième exemple,
- 26:26beaucoup plus frauduleux,
- 26:29cette fois-ci,
- 26:29c'est le praticien qui est révolté face au système.
- 26:32Il estime qu'il n'est pas honoré à sa juste valeur,
- 26:35alors il reste conventionné pour autant,
- 26:37mais il va facturer des actes en plus,
- 26:39des actes fictifs,
- 26:40des actes qu'il n'a pas réalisés.
- 26:41Ainsi,
- 26:41il va augmenter artificiellement la rentabilité de ses patients.
- 26:45Donc,
- 26:46il faut bien comprendre que,
- 26:47dès lors qu'une facturation ne correspond pas à ce qui a été réalisé,
- 26:51dès lors que les...
- 26:51dates de réalisation ont été modifiées,
- 26:54c'est une anomalie pour le service médical qui va la qualifier alors c'est variable suivant la sensibilité du chirurgien dentiste de conseil,
- 27:01mais ça va être ou des quotations erronées,
- 27:03quotations non conformes,
- 27:05actes non conformes aux données acquises de la science,
- 27:07actes fictifs,
- 27:08ça va être qualifié de faux en écriture,
- 27:11donc de fraude,
- 27:12attention au risque pénal,
- 27:13les qualifications sont très nombreuses et variées.
- 27:17Et donc,
- 27:18on en arrive à la question 1.
- 27:20quelles sont les conséquences d'un contrôle sécu ?
- 27:24Les conséquences d'un contrôle sécu sont extrêmement lourdes d'emblée.
- 27:29D'abord parce que c'est extrêmement stressant,
- 27:31c'est une procédure qui va durer plusieurs mois voire années,
- 27:34donc c'est très chronophage,
- 27:37ça mobilise des ressources importantes,
- 27:39ça bouscule l'équilibre de vie et ça a des répercussions dans la vie privée.
- 27:43Financièrement,
- 27:44C'est peut-être la conséquence la plus immédiate.
- 27:46Déjà,
- 27:46il y a une baisse du chiffre d'affaires,
- 27:47parce qu'il faut libérer du temps pour se défendre.
- 27:51Ensuite,
- 27:52il faut financer sa défense,
- 27:53parce qu'un conseiller technique ou un avocat,
- 27:55ce n'est pas gratuit.
- 27:56Et il faut rappeler que l'assurance responsabilité civile du praticien,
- 28:00RCP,
- 28:00ne fonctionne pas.
- 28:02On est dans une juridiction punitive.
- 28:04Il faut se préparer à affronter une récupération d'indus qui peut être majorée de pénalités financières.
- 28:13Le problème de l'analyse d'activité,
- 28:14c'est que c'est une...
- 28:17Elle est souhaitable,
- 28:17bien entendu,
- 28:18mais elle est disproportionnée dans les moyens mis en œuvre.
- 28:21Elle est très inégalitaire dans les forces.
- 28:25Et la moindre petite erreur de cotation,
- 28:28si anodine soit-elle,
- 28:29va venir gonfler un dossier qui est à charge et on va diaboliser un chirurgien dentiste qui est pourtant de bonne foi.
- 28:37Il faut savoir quand même que la sécurité sociale se trompe peu.
- 28:42Leurs moyens techniques sont extrêmement performants.
- 28:45Quand ils font une analyse d'activité et qu'ils vont jusqu'au bout,
- 28:48en général,
- 28:50ils ont de quoi poursuivre.
- 28:52Ce n'est pas pour une petite erreur comme ça en passant.
- 28:59Ils sont capables d'envoyer un courrier de rappel à la réglementation ou de faire éventuellement juste une procédure de récupération d'indus simple,
- 29:07rapide.
- 29:09Il n'engage pas forcément tout de suite l'artillerie lourde.
- 29:13Anne-Catherine évoque les conséquences des fraudes et des contrôles de la sécurité sociale en donnant des exemples concrets de situations rencontrées par des nantistes.
- 29:21Elle décrit les répercussions lourdes d'un contrôle,
- 29:24qui peut être extrêmement stressant et chronophage,
- 29:26affectant non seulement l'équilibre professionnel,
- 29:29mais aussi la vie privée des praticiens.
- 29:31Les erreurs,
- 29:32même minimes,
- 29:32peuvent entraîner de sévères conséquences financières comme juridiques.
- 29:36Donc à l'issue de l'analyse d'activité,
- 29:38si des anomalies en nombre ont été relevées,
- 29:40le service médical et donc la caisse vont avoir la possibilité soit de faire un rappel à la réglementation,
- 29:46et la procédure s'arrête là,
- 29:48soit ils vont actionner plusieurs leviers qui peuvent être simultanés,
- 29:51ils peuvent faire plusieurs procédures en même temps.
- 29:53Procédure de récupération d'indus.
- 29:55La pénalité financière qui peut s'appliquer et qui peut aller jusqu'à 70% de l'indu,
- 29:59donc ça double déjà la sanction.
- 30:03Déposer une plainte en section d'assurance sociale,
- 30:06la section d'assurance sociale de la chambre disciplinaire de première instance du conseil régional de l'ordre,
- 30:10donc la juridiction dédiée aux plaintes du service médical.
- 30:14Et ça peut aller au pénal aussi dès lors qu'il y a mutilation ou véritablement fraude caractérisée.
- 30:20Alors concernant les sanctions qui sont prononcées en SAS,
- 30:24Il y a l'avertissement,
- 30:26le blâme.
- 30:27Très sincèrement,
- 30:27on les voit extrêmement rarement.
- 30:31La plupart du temps,
- 30:31il y a une sanction d'interdiction de donner des soins aux assurés sociaux.
- 30:36Ce n'est pas une sanction,
- 30:37ce n'est pas une interdiction d'exercer,
- 30:39mais c'est tout comme,
- 30:40c'est que vous n'avez pas le droit de soigner les gens qui relèvent de la sécurité sociale.
- 30:45Vous pouvez être présent dans votre cabinet,
- 30:46mais vous n'avez pas le droit de travailler.
- 30:48Cette sanction,
- 30:49elle sera ou temporaire ou définitive.
- 30:51Le définitif,
- 30:52c'est maximum trois ans.
- 30:54Après,
- 30:54il faut redemander son inscription et ça peut être assorti du sursis.
- 30:58Vous pouvez être condamné,
- 31:00alors c'est assez fréquent d'avoir trois mois d'interdiction pour des sommes de récupération d'indus faibles,
- 31:07de quelques milliers d'euros.
- 31:08S'il y a du sursis,
- 31:10en général,
- 31:10c'est qu'il y aura un deuxième contrôle,
- 31:12de toute manière.
- 31:13Et si le service médical retrouve des anomalies,
- 31:18et en général,
- 31:18il en trouve,
- 31:19il y aura application du sursis.
- 31:21Donc si par exemple,
- 31:22tu es condamné à...
- 31:233 mois avec sursis,
- 31:253 mois dont
- 31:2615 jours fermes.
- 31:28Lors de la deuxième condamnation,
- 31:29tu auras ta deuxième condamnation,
- 31:30plus le sursis à effectuer.
- 31:32Il y a d'autres sanctions.
- 31:33L'arsenal répressif s'est enrichi ces 2-3 dernières années.
- 31:39Novembre 2020,
- 31:40la procédure de déconventionnement d'urgence qui a été mise en application pour la première fois cette année.
- 31:46Il y a 2 centres,
- 31:48je crois même un troisième,
- 31:49qui ont été déconventionnés en urgence.
- 31:51Ça veut dire que du...
- 31:52le jour ou l'endemain,
- 31:54le centre peut rester ouvert,
- 31:55mais par contre les patients ne sont plus remboursés du tout.
- 31:58Donc ça fait partie de l'arsenal.
- 32:01La deuxième,
- 32:01c'est cette année,
- 32:03c'est dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 qui a été votée,
- 32:08le principe d'extrapolation de l'indu.
- 32:09Ça veut dire que la caisse,
- 32:11sur la base d'un échantillonnage,
- 32:13détermine un indu,
- 32:15et bien elle va pouvoir,
- 32:16par une règle de trois,
- 32:17l'appliquer à l'ensemble de la période contrôlée en tout cas.
- 32:21Je trouve ça un peu énigme parce qu'il faut savoir que l'échantillonnage qui est fait par la Sécurité sociale n'en est pas un.
- 32:26Ce n'est pas je prends au hasard 20 dossiers ou 40 dossiers dans l'exercice 2022 du praticien et je regarde si je retrouve des anomalies
- 32:36C'est l'inverse,
- 32:37c'est je examine la totalité de l'exercice,
- 32:40je vais sélectionner 20 ou 40 dossiers où il y a un maximum d'anomalies et ce sont ces dossiers-là qui me servent à traduire le praticien en SAS
- 32:50Et donc,
- 32:51ça veut dire qu'ils vont faire une règle de trois par rapport à ces dossiers qui peuvent être,
- 32:55si ça se trouve,
- 32:55c'est les seuls 20 dossiers de l'exercice.
- 32:58Et bien là,
- 32:58ils vont faire une règle de trois et l'appliquer à l'ensemble du chiffre d'affaires de la période contrôlée.
- 33:03Et,
- 33:04petite nouveauté qui est dans les cartons 2024,
- 33:06c'est pas encore voté,
- 33:07mais on en parle très fortement,
- 33:08c'est la suppression de la participation financière aux cotisations obligatoires.
- 33:14En étant signataire de la Convention,
- 33:16en fait,
- 33:16on a une participation de la caisse à nos propres cotisations sociales.
- 33:19il y aurait suppression de cette participation financière dans le cadre d'un praticien qui serait condamné.
- 33:26On voit bien qu'il y a une volonté manifeste,
- 33:30non pas d'augmenter les contrôles,
- 33:31mais d'augmenter les sommes d'argent à récupérer.
- 33:35La Caisse nationale d'assurance maladie veut récupérer des fonds.
- 33:38Elle l'a dit très clairement par la voix de son directeur général,
- 33:42Thomas Fautome,
- 33:42il y a quelques temps,
- 33:44qui,
- 33:44d'une manière totalement décomplexée,
- 33:46a annoncé que...
- 33:49l'ambition pour 2024,
- 33:50c'était de récupérer 500 millions d'euros.
- 33:53Il faut savoir qu'en 2022,
- 33:55ils ont récupéré 315,8 millions d'euros sur les professionnels de santé,
- 33:59ce qui représentait déjà une hausse de 44% par rapport à 2021.
- 34:03Là,
- 34:04clairement,
- 34:04il faut s'attendre à une multiplication des contrôles pour atteindre ces objectifs.
- 34:08Anne-Catherine nous offre un aperçu des mécanismes de contrôle et des sanctions que la Sécurité sociale peut imposer aux chirurgiens dentistes.
- 34:15Pour bien clarifier les choses,
- 34:16retenons quelques points essentiels.
- 34:19Premièrement,
- 34:19la SAS ou section des assurances sociales est l'organe décisionnel pour les sanctions liées aux pratiques non conformes.
- 34:27Les sanctions varient,
- 34:28elles peuvent aller d'un simple avertissement à une interdiction de soigner les assurés sociaux avec des durées qui peuvent être temporaires ou définitives.
- 34:35De nouvelles mesures ont été mises en place en 2023 permettant d'extrapoler les montants dus à partir d'échantillons d'activité,
- 34:41augmentant ainsi les sommes récupérées lors de contrôles.
- 34:44Pour 2024,
- 34:45il est prévu de supprimer la contribution de la Sécurité sociale aux cotisations des praticiens qui auraient été sanctionnés.
- 34:52Étant en 2024,
- 34:53puisque l'enregistrement a eu lieu en juin 2023,
- 34:57ça vaudrait le coup d'aller regarder.
- 34:59Enfin,
- 34:59il est important de souligner que la sécurité sociale a des objectifs financiers très ambitieux pour les prochaines années,
- 35:05avec un but clair de récupérer 500 millions d'euros en 2024,
- 35:10marquant une augmentation significative par rapport au recouvrement des années précédentes.
- 35:15Ces points soulignent l'importance pour nous,
- 35:17praticiens,
- 35:18de rester vigilants et en conformité avec la réglementation.
- 35:21Il est essentiel de comprendre ces enjeux pour éviter les conséquences financières et professionnelles qui peuvent être sévères.
- 35:28Petite précision,
- 35:29est-ce que les chirurgiens dentistes sont globalement plus inquiétés par ces contrôles que les autres professionnels de santé ?
- 35:38Je n'ai pas la réponse.
- 35:40On a une émission télévisée d'Élise Lucet qui est passée en début d'année 2023,
- 35:46qui a bien tapé sur les professionnels de santé et sur les problèmes d'analyse d'activité.
- 35:51Apparemment,
- 35:52les infirmiers ont fait les frais de cette émission.
- 35:56Ils sont montrés comme étant les plus fraudeurs,
- 36:01mais je pense que c'est du coup les plus analysés.
- 36:04Donc,
- 36:04est-ce que nous sommes les plus analysés ?
- 36:06Non,
- 36:06je ne pense pas.
- 36:07Ce qui est sûr,
- 36:08c'est que les chirurges à Nanty sont les plus condamnés.
- 36:13La MSSF a sorti les chiffres de 2021 qui sont relativement stables par rapport à 2019.
- 36:20mais qui montre qu'on a un taux de condamnation à 78%,
- 36:24je crois qu'il y a eu 8800 condamnations en 2021,
- 36:27et là on ne parle que des litiges assurés,
- 36:32je ne parle pas de la SAS,
- 36:33je ne parle que des litiges où la RCP intervient.
- 36:37C'est beaucoup.
- 36:44Alors,
- 36:44est-ce que les patients sont devenus plus procéduriers ?
- 36:47Il est certain que ça faisait quand même...
- 36:49Il y a quelques temps que les professionnels de santé étaient démystifiés,
- 36:54mais la loi Kouchner,
- 36:55il y a 20 ans,
- 36:564 mars 2002,
- 36:57a vraiment marqué un tournant dans la relation soignant-soigné.
- 37:00Le patient est devenu acteur de sa santé.
- 37:04C'est lui qui décide de sa thérapeutique et il est devenu consommateur de soins.
- 37:08Et à côté de ça,
- 37:09le professionnel de santé,
- 37:11qui s'est démystifié,
- 37:13s'est devenu un simple prestataire de service.
- 37:16Et maintenant ça s'aggrave puisqu'on va même le consulter parce qu'il a des avis Google positifs ou alors il a un créneau disponible sur une célèbre plateforme de rendez-vous.
- 37:26Donc il y a vraiment un changement,
- 37:28il n'y a plus de paternalisme,
- 37:31ça c'est clair,
- 37:32médical.
- 37:33Et quand il y a échec thérapeutique,
- 37:35même si les soins ont été attentifs,
- 37:38consciencieux,
- 37:38etc.
- 37:39et encore plus fortes raisons dans le cas contraire,
- 37:41s'il y a échec,
- 37:43dans la tête du patient,
- 37:43c'est qu'il y a eu faute médicale.
- 37:46On est dans une société de droit,
- 37:47le droit est partout et tous les risques de la vie sont assurés.
- 37:52Maladie,
- 37:53chômage,
- 37:54les animaux,
- 37:55l'assurance-vie.
- 37:56Et donc en matière médicale,
- 37:57dès lors qu'il y a un échec,
- 37:59le patient devient une victime.
- 38:01Et s'il y a victime,
- 38:02il va demander réparation.
- 38:04Et comme en droit,
- 38:05on dit que tout dommage doit être réparé par celui qui l'a commis,
- 38:09le patient va automatiquement se retourner contre nous.
- 38:13soit en nous demandant de refaire gratuitement ou de prendre à charge la suite du traitement gratuitement,
- 38:18soit si nous refusons,
- 38:19il va solliciter la RCP ou pour saisir les tribunaux.
- 38:23Est-ce qu'il est plus procédurier ?
- 38:25Disons qu'il a plus facilement accès à tous ces éléments-là.
- 38:29Anne-Catherine vient de le mettre le doigt sur un changement dans la relation soignant-soigné que j'ai moi-même observé tout au long de ma carrière.
- 38:35La loi Kouchner de 2002 a vraiment transformé la relation de soins
- 38:39en faisant du patient un acteur clé de sa santé et en quelque sorte un consommateur de soins.
- 38:44Les professionnels comme moi ne sont plus vus uniquement comme des autorités incontestées,
- 38:48mais comme des prestataires de services choisis parfois sur la base d'avis Google ou de disponibilité sur des plateformes de rendez-vous.
- 38:55Cela a sans doute ses aspects négatifs,
- 38:57comme le soulignait Catherine.
- 38:59Les patients peuvent être plus méfiants,
- 39:00plus exigeants sur les coûts et parfois prêts à contester notre expertise.
- 39:04Cependant,
- 39:05j'y vois aussi des avantages indéniables.
- 39:07Les patients...
- 39:08mieux informés sont plus impliqués dans leur santé et dans la prévention.
- 39:11Cette ouverture permet également de remettre en question des pratiques anciennes et de dénoncer certains abus,
- 39:17contribuant aussi à une évolution positive de notre profession.
- 39:21En cas d'échec thérapeutique,
- 39:22la situation peut rapidement devenir complexe.
- 39:25Comme le dit Anne-Catherine,
- 39:26le patient,
- 39:27se percevant comme une victime,
- 39:28peut exiger des réparations,
- 39:30ce qui peut conduire à des demandes de refaire le traitement gratuitement,
- 39:33ou pire,
- 39:33à des litiges juridiques.
- 39:35Si d'un côté cette pression peut être pesante,
- 39:37elle réaffirme la nécessité d'une communication claire et transparente entre le soignant et le soigné,
- 39:43et d'une pratique aussi rigoureuse.
- 39:45Ainsi,
- 39:46la relation entre médecin ou dentiste et patient évolue constamment,
- 39:50reflétant les changements de notre société.
- 39:53Cette évolution,
- 39:54parfois délicate,
- 39:56est aussi une opportunité de renforcer la confiance et l'efficacité des soins que nous dispensons,
- 40:02nous rappelant aussi que tout n'est jamais noir ou blanc.
- 40:04dans la complexité des soins de santé.
- 40:11Dans notre pratique quotidienne,
- 40:13nous faisons face à des situations qui peuvent vraiment nous mettre dans l'embarras,
- 40:16surtout quand nous sommes de jeunes praticiens.
- 40:18Un exemple typique,
- 40:19c'est la fracture d'un instrument canalère lors d'un traitement endodontique.
- 40:23C'est un risque qui est connu et quelque chose que nous devons donc expliquer aux patients avant le traitement,
- 40:28mais quand ça arrive,
- 40:29la réaction à avoir n'est pas toujours évidente.
- 40:32On pourrait être tenté de ne rien dire,
- 40:34espérant qu'il n'y aura pas de complications comme une infection ou que le problème ne sera pas découvert par un confrère.
- 40:40Cependant,
- 40:40à mon avis,
- 40:41ce n'est pas la meilleure approche.
- 40:42Si un an plus tard une infection se développe et qu'il faut référer le patient à un endodentiste pour un traitement plus poussé,
- 40:48qui ne sera peut-être pas entièrement couvert par l'assurance,
- 40:52la situation devient alors plus compliquée.
- 40:54Et que faire quand le problème tant redouté arrive ?
- 40:57Comment assurer que le patient comprend les risques sans paniquer et sans ressentir de l'animosité en cas de complication ?
- 41:04Nous avons des assurances qui sont faites pour ça.
- 41:05Nous avons des assurances qui sont faites pour ça.
- 41:07Là,
- 41:07on est dans la situation où il y a un risque qui s'est matérialisé et nous avons des assurances responsabilité civile qui sont faites pour couvrir ce risque-là.
- 41:15Alors,
- 41:16certains vont adresser à l'endodontiste et vont prendre en charge eux-mêmes,
- 41:19ils vont s'auto-assurer,
- 41:20ils vont prendre en charge eux-mêmes la facture de l'endodontiste.
- 41:23D'autres vont faire une déclaration de sinistre auprès de leur assureur,
- 41:26c'est l'assureur qui va éventuellement prendre en charge cette facture.
- 41:30Mais précédemment,
- 41:32je parlais du devoir d'information.
- 41:33Et effectivement,
- 41:34c'est ce qui mène au litige,
- 41:36très souvent au litige judiciaire,
- 41:37c'est le défaut d'information.
- 41:38Mais là,
- 41:40effectivement,
- 41:40le patient est au courant qu'il y a eu un problème et finalement,
- 41:45tu assumes le problème.
- 41:46C'est-à-dire que tu l'orientes,
- 41:49tu as une obligation de suivi.
- 41:51Tu dois adresser ton patient,
- 41:52il ne faut pas le laisser dans la nature.
- 41:54L'idée finalement,
- 41:55c'est d'éviter les bras de fer,
- 41:57que ce soit bras de fer avec nos patients et bras de fer avec l'administration,
- 42:02parce que c'est perdu.
- 42:04Tout à fait.
- 42:04La gestion,
- 42:05vraiment,
- 42:06c'est tout l'art de gérer et de prévenir les conflits.
- 42:10Et l'argent est toujours au cœur du problème chez nous.
- 42:16On n'a pas de problème d'égo.
- 42:19Ça m'a coûté tant ou Ça va me coûter tant Le patient,
- 42:22c'est la première chose qu'il demande,
- 42:23c'est combien ça va lui coûter.
- 42:29Donc,
- 42:29question importante,
- 42:30puisque c'est un peu le cœur du...
- 42:32du sujet.
- 42:34Pourquoi c'est important de parler d'argent dans le soin et comment le faire ?
- 42:38Alors,
- 42:39juste petite précision,
- 42:40c'est vrai que moi,
- 42:41c'est un sujet qui revient souvent quand on se retrouve entre dentistes et copains dentistes.
- 42:46Il y a quand même beaucoup de personnes qui te disent Moi,
- 42:48je ne parle pas d'argent avec mes patients,
- 42:50je délègue ça à la secrétaire et quand la question arrive sur le tapis,
- 42:56j'élude,
- 42:57je contourne le sujet pour tout de suite l'éviter.
- 43:01Bonne ou mauvaise idée ?
- 43:03Je vais déjà faire une petite aparté un peu polémique.
- 43:06Il y a une vieille boutade qui dit la santé n'a pas de prix mais elle a un coût
- 43:11Et depuis quelques années,
- 43:12on a quand même la société qui essaie de faire croire au grand public que la santé,
- 43:17c'est tellement inestimable qu'elle doit être prise en charge par l'État jusqu'à devenir gratuite pour le patient.
- 43:23Donc on a eu avec Martine Aubry en 1999 la mise en place de la CMU pour avoir une couverture sociale des patients les plus...
- 43:29les plus défavorisés.
- 43:31Et puis,
- 43:31c'est devenu l'ACS.
- 43:33Les employeurs,
- 43:34on leur a demandé gentiment après de mettre en charge une mutuelle pour leurs salariés et puis de participer bien sûr au financement.
- 43:42Cette FEMU,
- 43:43elle tombe maintenant un peu à s'élargir,
- 43:46à se généraliser à l'ensemble des assurés sociaux avec la réforme 100% santé.
- 43:51Et puis très bientôt,
- 43:53ça va être la gratuité qui va être mise en place,
- 43:55en tout cas un semblant de gratuité,
- 43:56avec le tiers payant généralisé.
- 43:58Donc,
- 43:58on a une volu...
- 43:59qui est idéologique,
- 44:01politique,
- 44:01que de chercher un peu à gommer la valeur monétaire de l'argent,
- 44:06de la santé pardon,
- 44:07et du coup de gommer aussi la valeur de notre travail.
- 44:10Donc je pense que oui,
- 44:12nous devons parler absolument argent avec nos patients et pas par le biais de l'assistant.
- 44:17C'est nous qui réalisons le travail pour qu'ils comprennent la valeur de notre traitement.
- 44:22Et c'est pour ça que c'est aussi important de donner des devis aux gens qui relèvent de la solidarité nationale.
- 44:29Il faut qu'ils sachent quel est le coût des prestations dont ils vont bénéficier.
- 44:34Donc parler à l'argent,
- 44:35c'est vrai que c'est compliqué,
- 44:36c'est compliqué pour nous Français.
- 44:38Je pense que ça devrait être enseigné dans notre cursus.
- 44:41Certains sont plus à l'aise que d'autres,
- 44:43mais il faut absolument en parler pour pouvoir garder une juste distance.
- 44:49Je m'explique,
- 44:50dans nos cabinets dentaires,
- 44:51nous sommes en colloque singulier avec le patient,
- 44:55mais nous ne sommes pas les rédacteurs de la convention.
- 44:58Nous ne sommes pas les rédacteurs de la loi de finances de santé,
- 45:01nous ne sommes pas responsables de tout ça,
- 45:04nous ne sommes pas non plus dans la tête du patient et encore moins dans son portefeuille.
- 45:09Notre devoir de professionnel,
- 45:10c'est de poser un diagnostic,
- 45:12de présenter le plus simplement possible les différentes options thérapeutiques,
- 45:17leur coût,
- 45:18leur prise en charge.
- 45:19Mais in fine,
- 45:20c'est le patient qui décide.
- 45:22Et nous n'avons pas à nous mettre à la place du patient,
- 45:25ni à le sous-estimer.
- 45:26La seule chose,
- 45:26c'est qu'on doit respecter le tact et les mesures,
- 45:28et puis expliquer simplement les choses.
- 45:29Donc voilà,
- 45:30savoir parler d'argent,
- 45:31c'est fondamental,
- 45:33et c'est d'autant plus fondamental quand il y a un échec thérapeutique.
- 45:37C'est tout l'art de désamorcer les conflits,
- 45:39justement.
- 45:40Nous,
- 45:41nous travaillons sur le corps humain,
- 45:42nous savons qu'il y a une part d'imprévu,
- 45:45mais cette part d'imprévu,
- 45:46elle n'est pas vraiment acceptée par le patient et elle n'est pas toujours assumée par le chirurgien dentiste,
- 45:51surtout s'il n'a pas commis de fautes.
- 45:55Et ça devient compliqué quand il y a une thérapeutique qui doit être mise en place qui n'est pas prévue et qui est plus coûteuse.
- 46:05Après l'intervention d'Anne-Catherine,
- 46:06je ne peux m'empêcher de penser à ce que Léna,
- 46:08ma collaboratrice,
- 46:09disait dans le premier épisode.
- 46:11Elle mentionnait combien il lui était difficile de parler d'argent avec ses patients,
- 46:15une gêne que je ressens aussi profondément.
- 46:17Même aujourd'hui,
- 46:18je trouve cela pénible.
- 46:20Par exemple,
- 46:20lorsque j'établis un devis pour un traitement parodontal,
- 46:23j'ai tendance à sous-estimer le temps nécessaire pour proposer le tarif le plus bas possible.
- 46:27Et pour mes patients souffrant de maladies chroniques,
- 46:29comme le diabète ou les maladies cardiaques par exemple,
- 46:32je ne leur montre pas le cours réel des traitements.
- 46:35Et suite à ce que vient de dire Anne-Catherine,
- 46:37je pense effectivement que c'est un tort.
- 46:43Ce que dit Anne-Catherine résonne particulièrement en moi.
- 46:45Nous devrions être capables de discuter ouvertement des coûts avec nos patients,
- 46:49de valoriser notre travail sans honte.
- 46:51Elle rappelle l'importance de cette transparence pour maintenir une distance professionnelle appropriée,
- 46:56en soulignant que nous ne sommes pas responsables des structures tarifaires imposées par la loi et la Convention.
- 47:01Nous diagnostiquons,
- 47:02nous proposons,
- 47:03mais in fine...
- 47:04c'est le patient qui décide.
- 47:10Reconnaître l'importance de parler d'argent est important,
- 47:13surtout lorsqu'un traitement ne se passe pas comme prévu.
- 47:16Cela aide à prévenir les conflits,
- 47:18en rappelant que même si nous oeuvrons avec soin,
- 47:20le corps humain peut réserver des surprises,
- 47:23et ces imprévus ne sont souvent ni acceptés par le patient,
- 47:25ni pleinement assumés par nous,
- 47:27les dentistes,
- 47:28surtout si nous n'avons commis aucune faute.
- 47:31Cette discussion
- 47:32m'incite à réfléchir sur mon propre malaise face à l'argent.
- 47:35Peut-être est-il temps pour moi d'apprendre à être fière du travail que je fais et de reconnaître sa valeur financière comme un aspect légitime de ma profession.
- 47:47C'est déjà la fin de notre épisode avec la docteure Anne-Catherine Gallou.
- 47:51Aujourd'hui,
- 47:51nous avons continué ce voyage sur le sujet de l'argent qui reste,
- 47:54comme le souligne Anne-Catherine,
- 47:56souvent au cœur des problèmes dans notre pratique.
- 47:59Elle nous a rappelé...
- 48:00combien il est crucial de comprendre les règles du jeu de la Convention avec la Sécurité sociale et les conséquences de ne pas les suivre.
- 48:07En plus de discuter des aspects financiers,
- 48:09nous avons exploré l'importance de la transparence avec nos patients,
- 48:13surtout en ce qui concerne les risques des traitements et la gestion des complications.
- 48:17Comme l'argent est souvent la première préoccupation de nos patients,
- 48:20il est essentiel de discuter ouvertement des coûts pour maintenir une relation de confiance et prévenir les conflits.
- 48:28Un grand merci à Anne-Catherine pour ses précieux conseils,
- 48:31également à Pauline Bussy pour le montage,
- 48:33à Maxime Wattieu pour la musique et à Camille Covez pour l'illustration de cet épisode.
- 48:38Si vous appréciez mon travail,
- 48:39pensez à soutenir le podcast sur la cagnotte Tipeee,
- 48:41ça m'aide énormément.
- 48:43Ne manquez pas le prochain épisode où nous aborderons le sujet du déconventionnement avec la docteure Pauline Chardron-Mazière.
- 48:49A très bientôt pour continuer cette exploration ensemble.