Latest / Entretien avec un dentiste / L'humain à l' ADF : épisode 1 comprendre et prévenir l'épuisement professionnel
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- 0:05Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cette nouvelle série d'Entretien avec un dentiste,
- 0:09l'humain à l'ADF.
- 0:15Pendant trois épisodes,
- 0:16nous allons explorer des thèmes qui traversent la pratique dentaire au quotidien mais aussi la vie de chacun chacune de nous,
- 0:21l'épuisement professionnel,
- 0:22les compétences relationnelles et le consentement.
- 0:25L'idée de cette série est née d'une envie d'aborder des sujets qui vont au delà des gestes techniques.
- 0:30Parce que si la dentisterie repose sur un savoir-faire précis,
- 0:33elle ne peut s'épanouir sans une réflexion humaine,
- 0:35éthique et relationnelle.
- 0:37Dans le premier épisode,
- 0:38nous parlerons de l'épuisement professionnel,
- 0:40une problématique souvent taboue,
- 0:42mais malheureusement omniprésente dans les métiers de soins.
- 0:45Dans le deuxième épisode,
- 0:46nous plongerons au cœur des compétences relationnelles,
- 0:48ces savoir-être qui façonnent la qualité de nos interactions entre les patients et les équipes.
- 0:53Enfin,
- 0:54notre troisième épisode sera consacré au consentement,
- 0:57une dimension essentielle
- 0:58pour instaurer une relation de soins équilibrée et respectueuse avec la participation d'usagers du système dentaire.
- 1:05Cette série a été enregistrée lors du congrès annuel de l'Association dentaire française,
- 1:09l'ADF,
- 1:10en 2024,
- 1:11qui s'est tenue la dernière semaine de novembre.
- 1:13Un grand merci au comité de l'ADF pour m'avoir permis de mettre en lumière ces thématiques dans le cadre de conférences et tables rondes riches en échanges et en enseignements.
- 1:25Épisode 1
- 1:26comprendre et prévenir l'épuisement professionnel.
- 1:32Au départ,
- 1:33il y a le congrès annuel de l'ADF,
- 1:35point de ralliement des praticiens,
- 1:36chercheurs et industriels où les grands défis de la dentisterie sont débattus,
- 1:40les personnages,
- 1:42une présidente de séance,
- 1:43Dr Marie-Hélène Hay,
- 1:44chirurgienne dentiste à la retraite,
- 1:46engagée dans les questions de santé mentale des praticiens et invitée de l'épisode 36 de ce podcast,
- 1:51intitulé La voie du changement où elle partage son parcours et sa vision du soin.
- 1:55Deux intervenantes,
- 1:56Samah Karaki,
- 1:57neuroscientifique et autrice de plusieurs ouvrages,
- 1:59notamment Le travail en équipe,
- 2:01Le talent est une fiction et L'empathie est politique.
- 2:04Elle décryptera les mécanismes neuropsychologiques du burn-out et proposera des pistes pour repenser nos environnements de vie et de travail.
- 2:11Marie Peset,
- 2:12psychologue,
- 2:12docteur en psychologie et psychanalyste,
- 2:15créatrice du réseau Souffrance et Travail,
- 2:17qui nous éclairera sur les signes d'alerte et les stratégies pour soigner le travail.
- 2:21Un public curieux et engagé.
- 2:23Enquête d'outils pour prévenir et gérer l'épuisement professionnel.
- 2:27Le décor,
- 2:27mardi 26 novembre 2024,
- 2:3014h-15h30,
- 2:31salle 243.
- 2:32Le titre de la séance,
- 2:34l'épuisement professionnel,
- 2:35le comprendre,
- 2:36le prévenir et le gérer.
- 2:38Et enfin le thème,
- 2:39l'épuisement professionnel au-delà des chiffres,
- 2:41une réalité humaine et collective,
- 2:43souvent invisible,
- 2:44qui nécessite une approche systémique et pragmatique pour être comprise et surmontée.
- 2:52Le burn-out est un sujet que j'ai déjà exploré dans une précédente série dans laquelle intervenaient Marie Peset et Marie-Hélène Haye,
- 2:57et dans laquelle on pouvait entendre les voix de trois dentistes ayant traversé cette épreuve.
- 3:02Pour ceux qui le souhaitent,
- 3:03je vous ai mis les liens vers cette série et l'épisode La Voix du Changement dans le descriptif de l'épisode.
- 3:10Avant le début de la séance,
- 3:11j'ai eu la chance de pouvoir échanger avec Samak Haraki et Marie Peset.
- 3:15Étant des personnalités publiques et reconnues dans leur domaine,
- 3:17je leur ai demandé pourquoi venir parler de l'épuisement professionnel à l'ADF
- 3:21Et quel message clé elle souhaite transmettre à cette audience de dentistes ?
- 3:26Alors,
- 3:26le burn-out n'est même pas excluant de la vie personnelle.
- 3:31Donc,
- 3:31ça ne concerne pas que les professions.
- 3:34Et c'est vraiment avoir une vision de notre cognition,
- 3:39de notre fonctionnement cognitif qui ne sépare pas les sphères de la vie.
- 3:46Et donc,
- 3:46voilà,
- 3:47c'est un peu le point de vue que je veux présenter.
- 3:49C'est de...
- 3:50de sortir un peu des catégories,
- 3:51de l'obsession de catégoriser et de caractériser,
- 3:54et de rappeler à quel point le burn-out peut être subjectif et très unique,
- 3:59et qui se manifeste de façon très multiple.
- 4:02Venir parler du burn-out à l'ADF,
- 4:04c'est surtout essayer de pénétrer toutes les niches,
- 4:06parce que chaque professionnel est dans sa sphère.
- 4:10Il est temps de dire que le burn-out touche absolument tous les secteurs sociaux professionnels,
- 4:15et surtout,
- 4:15surtout dire qu'il y a des outils.
- 4:18pour se rétablir et pour s'arrêter avant la catastrophe.
- 4:28Pour sortir d'un burn-out,
- 4:29souvent on propose des solutions symptomatiques qui nous permettent de nous extraire de la situation,
- 4:36de distraire nos pensées.
- 4:38Alors bien sûr que ça peut être quelque chose qui peut nous aider à prendre une forme d'escale.
- 4:46Mais ça ne résout pas la source du mal.
- 4:48Et donc il est essentiel aussi de questionner quelque chose qui est en dehors du corps,
- 4:54en dehors de la personne,
- 4:54en dehors de l'individu,
- 4:56qui cause le stress ou ce manque d'alignement avec nos besoins et ce qu'on reçoit.
- 5:02Et donc il ne faut pas centrer tous nos efforts dans des solutions symptomatiques.
- 5:09Il faut assumer tout ce qui ne va pas dans les environnements de vie.
- 5:14que ce soit des environnements de travail ou même les villes que nous traversons,
- 5:18toutes les conditions de vie qui font que pour notre espèce,
- 5:22pour le fonctionnement d'un cerveau humain,
- 5:24ça ne convient pas en fait à nos besoins fondamentaux.
- 5:26Donc tant qu'on s'engouffre dans des solutions symptomatiques,
- 5:29on ne va pas poser les bonnes questions en quelque sorte.
- 5:34Je crois que les meilleurs messages à donner à des cliniciens,
- 5:39ce sont les mêmes que pour tous les patients que nous recevons dans le réseau souffrance et travail.
- 5:44D'abord,
- 5:44soigner la peur.
- 5:46La peur de s'arrêter,
- 5:47la peur de ne pas être à la hauteur,
- 5:49la peur de faire faillite si on a un cabinet.
- 5:51Et donc,
- 5:52renforcer sa prévoyance au maximum pour les mauvais jours.
- 5:56Ça,
- 5:56c'est indispensable.
- 5:58La sécurité sociale a mis en place des moyens pour s'arrêter,
- 6:01il faut avoir une prévoyance extrêmement solide,
- 6:05et puis il faut sortir de la solitude parce qu'on est souvent très seul dans un cabinet.
- 6:10Donc il faut inventer des ressources collectives,
- 6:14et puis il faut se renseigner en amont sur ce qui existe,
- 6:17et ce qui existe sont des consultations spécialisées où on ne va pas aller sur votre névrose individuelle dans un premier temps,
- 6:24ni votre DIP.
- 6:25Mais on va essayer de vous aider à mettre à plat votre organisation du travail,
- 6:30comment vous êtes soumis aussi aux organisations matricielles,
- 6:35dans lesquelles nous sommes tous pris,
- 6:37et comment vous pouvez vous en dégager.
- 6:39Et puis enfin,
- 6:40il faut se souvenir que 80% des patients que nous prenons en charge retrouvent du travail,
- 6:44quitte à rebondir sur d'autres métiers.
- 6:47Après,
- 6:47les outils pratiques qui sont sur le site Souffrance et Travail,
- 6:50nous avons un test de propagation du burnout qui est très au point.
- 6:54qui marche bien et qui aide la personne à prendre conscience de là où elle en est arrivée,
- 7:00c'est-à-dire dans la partie étroite de l'entonnoir où il n'y a plus aucune visibilité,
- 7:05dans la partie compulsive du travail où on s'auto-accélère.
- 7:09Pour nous,
- 7:10le bilan neuropsychologique et le bilan des fonctions exécutives est tout à fait central.
- 7:16Si la mémoire de travail est atteinte,
- 7:18le lien avec le travail est fait.
- 7:20Alors moi j'irais pour...
- 7:22qu'on puisse avoir un mode de vie plus sain et pas des activités saines.
- 7:28Donc ce qui fait que nous sommes en capacité de nous extraire de problèmes professionnels ou personnels,
- 7:35c'est le fait de reconnaître que nous sommes des êtres multiples et qu'il y a des sphères qui peuvent s'effondrer et d'autres qui peuvent tenir et qu'en fait en tant que mammifères sur terre il y a aussi des possibilités de retrouver un moyen de ne pas se prendre au sérieux tout le temps.
- 7:51Que la carrière...
- 7:52ne soit pas la seule façon de se définir.
- 7:55Et que la famille non plus,
- 7:57et que le couple non plus,
- 7:58et que la réussite sociale non plus.
- 8:00Et que ça soit en fait avec aisance que l'on puisse passer d'une sphère à l'autre en reconnaissant qu'on a des cerveaux dans nos crânes qui ont survécu à des conditions de vie très très difficiles et avec des ambitions beaucoup plus collectives
- 8:16aussi.
- 8:17Je pense que c'est vraiment une vision presque philosophique de la vie qu'on mène,
- 8:22qui peut faire que même avec des problèmes,
- 8:25on a une perception différente du sens qu'on met dedans.
- 8:28Quelle est l'idée essentielle que vous aimeriez que les praticiens retiennent concernant le burn-out ?
- 8:34Ce qu'il faut vraiment arriver à croire quand il s'agit de la santé mentale,
- 8:39c'est que ce qui cause un stress,
- 8:45c'est un élément qui...
- 8:46très souvent ne vient pas de l'individu et que la solution ne peut pas venir de l'individu non plus.
- 8:54Et donc que nous sommes des êtres incarnés.
- 8:56Et par incarnés,
- 8:58ça ne veut pas dire que nous avons des cerveaux incarnés dans des corps.
- 9:01Ça veut dire aussi que ces corps sont incarnés dans une société.
- 9:05Ça veut dire que pour savoir comment je peux réguler mon mode de vie ou comment je peux influer sur ma santé mentale,
- 9:14il faut que je questionne.
- 9:16Toutes les interactions que j'ai avec mes collègues,
- 9:18avec mes patients et patientes,
- 9:21avec l'espace que je traverse pour arriver à mon cabinet.
- 9:24Et en fait,
- 9:25tous ces éléments sont externes à soi.
- 9:27Donc on ne peut pas porter en tant qu'individu la responsabilité du rétablissement de la santé mentale,
- 9:32c'est un sujet social.
- 9:33C'est très important que le patient qu'on reçoit arrive à déconstruire la culpabilité judéo-chrétienne classique.
- 9:40Je ne suis pas à la hauteur.
- 9:43C'est important de lui expliquer que l'être humain était...
- 9:45extrêmement vulnérable,
- 9:46contrairement au discours d'excellence et de surperformance dont on nous bassine partout.
- 9:54C'est très important qu'ils comprennent aussi que nous sommes dans une société de surcharge cognitive en permanence,
- 10:02que gérer sa propre vie est en soi une petite entreprise.
- 10:06Donc il s'agit de faire un travail de citoyenneté,
- 10:09de rappeler aussi à ces patients qu'ils ont des droits et des devoirs.
- 10:13s'ils sont salariés et s'ils sont en libéral,
- 10:16qu'ils ont des systèmes de protection efficaces.
- 10:19En ce qui me concerne,
- 10:20je pense que le terreau du burn-out au-delà de la surcharge,
- 10:24c'est bien évidemment le travail en mode dégradé,
- 10:27c'est-à-dire ne plus pouvoir faire un travail dont on est fier,
- 10:31parce qu'on a le temps,
- 10:32les moyens et les effectifs de le faire.
- 10:35C'est ça qu'il faut soigner,
- 10:36il faut soigner le travail.
- 10:42Alors on va aller voir les gens qui viennent à la séance pour l'épuisement professionnel.
- 10:46Bonjour.
- 10:46Bonjour.
- 10:47Est-ce que vous venez à la séance sur l'épuisement professionnel ?
- 10:49Oui.
- 10:49Pourquoi vous avez choisi d'assister à cette séance sur ce thème de l'épuisement professionnel ?
- 10:54Déjà de voir en vrai sa macaraille,
- 10:57que j'ai lue mais que je n'ai jamais vue,
- 10:59et puis avoir peut-être des trucs,
- 11:00des astuces,
- 11:01des signes d'alerte qu'on n'a pas.
- 11:03Je préfère être un peu préventif,
- 11:06même si je ne ressens personnellement aucun des signes.
- 11:09Ça va plutôt bien.
- 11:11C'est pas toujours facile de concilier vie personnelle,
- 11:15vie professionnelle.
- 11:16Et je me suis dit que c'était bien d'en prendre connaissance maintenant,
- 11:20pendant que je suis encore jeune,
- 11:21pour voir les signes qui peuvent être amenés à arriver,
- 11:25tout simplement.
- 11:26Et vous,
- 11:26vous avez déjà ressenti des signes d'épuisement dans votre activité ?
- 11:30Je ne sais pas,
- 11:31peut-être que je passe à côté.
- 11:34Oui,
- 11:35avant chaque vacances à peu près.
- 11:36Il y a des périodes comme ça où c'est un peu trop.
- 11:40Et puis,
- 11:41on sait qu'il faut un peu lâcher,
- 11:44prendre un peu plus de temps off pour réussir à gérer,
- 11:49mine de rien,
- 11:50les gens qui nous en demandent quand même beaucoup.
- 11:52Vous trouvez que c'est important qu'à l'ADF,
- 11:54il y ait des séances qui soient un peu hors champ technique ?
- 11:57Oui,
- 11:58je pense,
- 11:58parce que je pense qu'on est beaucoup à se poser ce genre de questions et je trouve que ça fait du bien d'avoir des sujets comme ça,
- 12:03parce qu'on se rend compte qu'a priori,
- 12:05on n'est pas les seuls à penser ce genre de choses.
- 12:07Et du coup,
- 12:07vous attendez quoi de la séance ?
- 12:09Peut-être des pistes,
- 12:10des informations pour ne pas aller trop loin.
- 12:14J'ai l'impression de pouvoir tenir encore,
- 12:15mais peut-être que je vais aller trop loin et que je n'arriverai pas à m'en sortir si vraiment je m'effondre.
- 12:24Mais bon,
- 12:24notamment la joie.
- 12:26Burnout partout,
- 12:27burnout nulle part.
- 12:28Là aussi,
- 12:28j'aimerais avoir un peu des éclaircissements là-dessus.
- 12:31Je pense que vous allez avoir pas mal de réponses.
- 12:33J'espère.
- 12:34Bonne séance.
- 12:34Merci.
- 12:39Alors je peux vous ressouhaiter la bienvenue et vous dire combien je suis heureuse,
- 12:46honorée d'avoir avec nous aujourd'hui deux conférencières formidables qui vont nous parler de l'épuisement professionnel,
- 12:54ce qu'on désigne toujours le plus facilement par le terme de burn-out,
- 13:00en la présence de
- 13:02Samak Haraki et Marie Peset.
- 13:04Moi je suis une consoeur à la retraite qui a eu un exercice libéral,
- 13:08on va dire très banal,
- 13:10Et je suis aussi cofondatrice et coprésidente du collectif Culture Santé,
- 13:16au nom duquel je parle assez fréquemment.
- 13:18Donc nous accueillons
- 13:20Samakaraki, qui va nous parler en premier lieu.
- 13:24Samakaraki est docteur en neurosciences.
- 13:27Et puis nous entendrons ensuite Marie Peset.
- 13:31Marie Peset,
- 13:31une grande voix du travail sur le travail.
- 13:40Marie a intitulé cette conférence Burnout partout ?
- 13:44Burnout nulle part ?
- 13:46et
- 13:47Samad l'a intitulé
- 13:49A-t-on vraiment la santé mentale qu'on mérite ?
- 13:53C'est-à-dire que ce sont deux personnes qui ont des histoires différentes,
- 13:58des parcours différents,
- 13:59des formations différentes,
- 14:01mais qui ont quand même au coma d'avoir travaillé sur le travail.
- 14:05Et je suis persuadée que...
- 14:08leurs discours vont s'enrichir et nous donner beaucoup de matière à comprendre et peut-être donc à prévenir et aussi à gérer ce terrible burn-out dont on parle beaucoup et qui nous fait souvent assez peur.
- 14:22Voilà,
- 14:22donc je donne la parole à Sama.
- 14:25Merci.
- 14:27Alors,
- 14:27je suis neuroscientifique,
- 14:29comme tu l'as introduit,
- 14:31et j'aime toujours rappeler au tout début de conférences face à des personnes qui pratiquent des métiers que je ne connais absolument pas,
- 14:40que je ne suis absolument pas légitime de vous dire quoi que ce soit ou de vous donner quoi que ce soit comme recette de bien-être.
- 14:48Donc ça fera vraiment une perspective.
- 14:50Je suis consciente que les propos que je porte sur la santé mentale...
- 14:55ne sont pas ceux qui nous arrangent pour des solutions à court terme.
- 15:00Peut-être aussi il faut définir ce que sont les neurosciences pour ceux et celles qui ne savent pas de quoi il s'agit.
- 15:06C'est simplement l'étude des bases biologiques de la cognition.
- 15:10Et par cognition,
- 15:11il peut s'agir des comportements,
- 15:13des émotions,
- 15:14de la mémoire et tout le reste.
- 15:16Et c'est une vision qui est,
- 15:18selon la perspective que je souhaite défendre,
- 15:21très réductrice,
- 15:23simpliste.
- 15:24de notre fonctionnement.
- 15:26Alors il y a eu dans l'histoire beaucoup de déroutes en cherchant à savoir qu'est-ce que vaut la personne à travers l'étude de son cerveau.
- 15:35Et donc la question de la capacité de se maîtriser aussi,
- 15:40c'est un héritage de cette vision rationaliste de l'humain en capacité de s'observer,
- 15:48détecter ce qui ne va pas.
- 15:51s'arranger comme si on était un chantier qu'on maîtrise parfaitement.
- 15:55Donc voilà,
- 15:56déjà il faut savoir que là il est 14h,
- 15:58on n'est pas du tout brillant à cette heure-ci,
- 16:01que vous soyez matineux ou nocturnes d'ailleurs,
- 16:04on est censé être en train de siester en fait,
- 16:06tous et toutes.
- 16:07Donc ça c'est juste un rappel des limites de cette vision que nous avons de notre cerveau.
- 16:13Notre cerveau il n'est pas très efficace,
- 16:16et dans la journée déjà il n'est pas très efficace.
- 16:20même quand il est éveillé.
- 16:22Mais je vais quand même vous dire quelques idées optimistes sur notre fonctionnement.
- 16:30Ce que nous savons,
- 16:31c'est que nous avons un cortex préfrontal que vous voyez ici.
- 16:37Il y a d'autres choses ici en rouge,
- 16:38mais je vais centrer mon propos sur cette partie de notre cerveau qui est irriguée.
- 16:45Irriguée,
- 16:45ça veut dire qu'il y a un trafic qui lui amène oxygène et sucre quand vous êtes éveillé.
- 16:51Donc là,
- 16:51si vous êtes là,
- 16:52si vous êtes vraiment là,
- 16:53cette partie,
- 16:54elle reçoit en fait ce qu'il faut pour qu'elle puisse travailler.
- 16:57travailler plus sain que quand vous êtes endormi.
- 17:00Elle est très énergivore,
- 17:02donc elle a vraiment une toute petite fine couche,
- 17:05mais elle consomme jusqu'à 40% de l'énergie du corps quand on est en éveil exécutif.
- 17:13Et cette partie,
- 17:14elle nous permet de faire tout ce qui nous rend un peu intéressants les uns pour les autres.
- 17:18Ça veut dire,
- 17:19c'est que par exemple là,
- 17:20votre capacité à maintenir votre attention pour nous écouter à cette heure très pénible de la journée,
- 17:25elle est en fait...
- 17:27possible grâce à cette partie de votre cerveau qui vous permet de maintenir votre attention.
- 17:32Donc du coup,
- 17:33là,
- 17:33nous,
- 17:33on est en capacité d'avoir un maintien attentionnel,
- 17:37une mémoire de travail.
- 17:39Et si vous regardez en bas,
- 17:40vous allez voir la résolution de problèmes,
- 17:41la génération d'hypothèses,
- 17:42le raisonnement abstrait,
- 17:43l'estimation cognitive.
- 17:45Bon,
- 17:45ça,
- 17:45c'est ce que l'école évalue en quelque sorte.
- 17:47Si vous avez eu des beaux parcours scolaires,
- 17:50c'est que vous avez ces machines qui tournent bien en quelque sorte.
- 17:54Parce qu'en tout cas...
- 17:55C'est ce qu'on cherche à évaluer au sein du système scolaire.
- 18:00Ce qui est quand même assez drôle à retenir,
- 18:02c'est que ces compétences exécutives sont en compétition avec d'autres,
- 18:07comme par exemple celle de la flexibilité cognitive.
- 18:10Ça veut dire cette capacité à changer d'avis.
- 18:11Vous voyez,
- 18:12il n'y a pas beaucoup de gens qui changent d'avis aisément dans la société.
- 18:15Mais ça se trouve,
- 18:15ils ont été brillants à l'école.
- 18:17Donc si un jour on veut évaluer l'intelligence comme la capacité de changer d'avis,
- 18:23et de s'adapter aux changements,
- 18:25ça se trouve,
- 18:26ce serait ceux qui ont vraiment très mal vécu l'école qui seraient au top de la société.
- 18:31C'est juste pour vous dire que c'est très bien,
- 18:33c'est pour ça qu'on est plusieurs,
- 18:34c'est parce que nous avons besoin des compétences qui se complémentent bien,
- 18:38mais qui ne peuvent pas coexister,
- 18:40tout simplement parce que les fonctions que j'ai citées d'abord,
- 18:45c'est une aisance,
- 18:46une facilité,
- 18:47une rapidité de traitement de la pensée abstraite,
- 18:51et là c'est une lenteur.
- 18:52Donc vous voyez bien que c'est contradictoire.
- 19:00Alors,
- 19:01comme c'est très énergivore,
- 19:02là,
- 19:02par exemple,
- 19:03en anglais,
- 19:03on dit pay attention,
- 19:04c'est-à-dire que vous êtes en train de vraiment,
- 19:06là,
- 19:06me donner de vos ressources,
- 19:08c'est très cher,
- 19:09l'attention.
- 19:10Et vous le savez aussi,
- 19:10en tant que personne qui travaille dans le milieu du soin,
- 19:14quand vous donnez votre écoute,
- 19:16déjà,
- 19:17c'est un choix délibéré de la maintenir,
- 19:19cette écoute,
- 19:20et que c'est fatigant aussi,
- 19:22c'est pénible,
- 19:23en fait,
- 19:23d'écouter.
- 19:23Donc,
- 19:24ce n'est pas juste un choix moral d'être bon en écoute,
- 19:27ça dépense de l'énergie et c'est un choix.
- 19:30Mais en tout cas,
- 19:31c'est là où vous posez votre attention,
- 19:33que ce soit dans les yeux de votre patient ou dans sa bouche en tout cas,
- 19:37mais vous vous donnez de vos ressources énergétiques.
- 19:42Donc comme c'est très énergivore,
- 19:44il nous faut un système à qui on délègue la majorité des fonctions.
- 19:49Par exemple,
- 19:50là vous n'êtes pas conscient,
- 19:51vous êtes en train de respirer.
- 19:52En tout cas,
- 19:52vous ne le faites pas d'une manière délibérée.
- 19:56vous avez délégué à un système qu'on appelle simplement système nerveux autonome,
- 20:00le fonctionnement,
- 20:02beaucoup de critères,
- 20:03vous transpirez,
- 20:04vous brissonnez,
- 20:06tout ça c'est très complexe.
- 20:08Et si vous ratez vraiment une quantité de sucre supplémentaire à ce qu'il vous faut,
- 20:13c'est la crise,
- 20:13c'est la catastrophe.
- 20:14Donc vous voyez,
- 20:15il y a plein de choses qui fonctionnent très bien sans votre capacité exécutive.
- 20:19Et ce qui est fascinant,
- 20:20c'est que ce n'est pas juste les fonctions physiologiques que nous automatisons.
- 20:25Là,
- 20:25je suis en train de vous parler en français.
- 20:28Je ne suis pas en train de penser le choix de mots.
- 20:30Je suis en train de penser au sens que je veux vous faire.
- 20:33Parce que j'ai automatisé aussi la langue française.
- 20:36Vous avez aussi dans vos métiers rendu autonome beaucoup de compétences.
- 20:41C'est-à-dire que ça circule un peu sans vous,
- 20:43n'est-ce pas ?
- 20:44Alors l'avantage,
- 20:45ce qui est très beau et très fascinant,
- 20:47c'est que tout ce que vous avez automatisé,
- 20:49ça vous laisse disponible pour m'écouter.
- 20:51Vous voyez,
- 20:51c'est ça qui est très très beau.
- 20:54C'est comme ça qu'on apprend.
- 20:55On automatise,
- 20:56on est disponible pour apprendre.
- 20:57On automatise,
- 20:58on est disponible pour apprendre.
- 20:59Et donc,
- 21:01personne ici n'est multitâche,
- 21:02hommes et femmes confondus.
- 21:03Mais par contre,
- 21:04on est en capacité de faire deux choses à la fois si la deuxième chose est automatique.
- 21:09Voilà,
- 21:09donc c'est pour ça que vous pouvez parler au téléphone quand vous conduisez parce que vous avez automatisé la conduite.
- 21:15Et de la même façon,
- 21:16si vous avez de l'expérience dans votre métier,
- 21:19vous êtes disponible pour mener une conversation avec votre patient.
- 21:22Alors,
- 21:22vous le savez aussi que ce maintien...
- 21:24attentionnelle qui a une compétence exécutive,
- 21:26elle ne peut pas coexister avec vous qui vous questionnez est-ce que je suis en train de faire la bonne chose,
- 21:30vous voyez ?
- 21:30Donc c'est pour ça que l'expérience mène à la disponibilité qui vous laisse
- 21:37La possibilité d'être en empathie,
- 21:40parce que l'empathie ce n'est rien d'autre que d'une mémoire de travail avec un projection,
- 21:44donc un raisonnement abstrait.
- 21:46C'est une fonction exécutive comme toute autre fonction et donc elle est pénible.
- 21:50C'est pour ça aussi qu'on a besoin d'être disponible pour la réaliser.
- 22:00Ces deux visages ont la même couleur.
- 22:04De droite et de gauche,
- 22:05ils ont exactement la même couleur.
- 22:07Sauf que votre cerveau a automatisé que dans la lumière,
- 22:12il obscurcit,
- 22:13et dans l'obscurité,
- 22:14il éclaircit.
- 22:15Comme ça,
- 22:15on ne trébuche pas,
- 22:16en quelque sorte.
- 22:17Ce qui est très fascinant,
- 22:19c'est que ça ne change rien,
- 22:21la façon avec laquelle vous voyez ce qui se passe.
- 22:24C'est parce que c'est le prix qu'on paye une fois que nous avons automatisé.
- 22:28On ne peut pas venir et dire je sais que je me trompe et hop,
- 22:31ça change.
- 22:32Donc ça ne sert à rien de savoir,
- 22:34en quelque sorte.
- 22:36On le sait quand on pense au changement.
- 22:38Mais surtout,
- 22:40la seule posture humble et réaliste que nous pouvons avoir vis-à-vis de notre fonctionnement,
- 22:45c'est qu'on n'est pas si brillant qu'on pense l'être.
- 22:48Ça c'est pas mal,
- 22:50parce qu'on part du principe que quand on a appris,
- 22:55Quelque chose,
- 22:55quand on s'est habitué à une certaine posture dans le monde,
- 22:59cette posture,
- 22:59elle est tellement évidente qu'on la fait comme on respire.
- 23:03Voilà,
- 23:03donc je ne le pense pas,
- 23:04c'est très évident.
- 23:11Donc,
- 23:11le stress,
- 23:13c'est tout ce qui vient menacer un automatisme.
- 23:17Si je le pense physiologiquement,
- 23:19c'est très simple.
- 23:2037 degrés,
- 23:21c'est mon automatisme de fonctionnement cellulaire.
- 23:24Le froid,
- 23:24c'est un stress.
- 23:25Je fais une réponse au stress qui me permet de rétablir 37 degrés.
- 23:29Et si j'arrive à 37 degrés,
- 23:30on dit que j'ai été...
- 23:32Voilà,
- 23:32donc c'est ça.
- 23:33En fait,
- 23:33c'est la capacité à retrouver,
- 23:34après un stress,
- 23:35après une réponse au stress,
- 23:37une position,
- 23:37par toutes les astuces possibles.
- 23:39Comme nous n'avons pas que des automatismes physiologiques,
- 23:42nous avons aussi des automatismes psychologiques.
- 23:46C'est-à-dire que ce que nous avons appris de notre position dans le monde nous donne une forme d'évidence psychologique.
- 23:54Et toute chose qui vient menacer ce confort psychologique,
- 23:59ce 37 degrés psychologique,
- 24:01va aussi nécessiter une réponse au stress et un besoin de rétablir le confort psychologique.
- 24:07Voilà,
- 24:07donc stress,
- 24:08c'est tout ce qui m'éloigne de ce que j'ai automatisé comme une façon de voir le monde.
- 24:13Voilà,
- 24:13donc jusque-là...
- 24:15Tout va bien.
- 24:15La réponse au stress,
- 24:16c'est ce que je fais pour rétablir.
- 24:18Et cette réponse au stress,
- 24:20malheureusement pour nous,
- 24:21elle est tout le temps physique.
- 24:23Parce que comme le cerveau ne fait pas de différence entre ce qui est physiologique et ce qui est psychologique,
- 24:29si c'est une menace physique,
- 24:30je fais quoi ?
- 24:31Je me défends physiquement.
- 24:32C'est-à-dire,
- 24:33j'active mon système cardiovasculaire.
- 24:37Est-ce que je m'endors ?
- 24:38Non,
- 24:38ce n'est pas le moment,
- 24:39parce que je suis menacée physiquement.
- 24:41Et donc,
- 24:42je mets en veille tout ce qui n'est pas prioritaire.
- 24:45Parce qu'il faut survivre.
- 24:46Donc tout ce qui n'est pas prioritaire,
- 24:48ça veut dire le sommeil,
- 24:50la digestion,
- 24:51la régulation immunitaire.
- 24:53Si vous êtes blessé,
- 24:54vous ne le sentez pas.
- 24:55Par contre,
- 24:56quand c'est psychologique,
- 24:58nous répondons de la même façon.
- 24:59Nous allons mettre en veille tout ce qui ne paraît pas pour notre cerveau comme étant prioritaire.
- 25:05Donc je vais mettre ma perception de la douleur,
- 25:07je vais mettre mon métabolisme,
- 25:09mon cycle sommeil-éveil,
- 25:12ma libido.
- 25:12Tout ce qui paraît un peu comme du luxe.
- 25:14Pour le moment,
- 25:15parce qu'il faut survivre d'abord.
- 25:16Voyez ?
- 25:17Alors du coup,
- 25:18au bout d'un moment,
- 25:18un de ces systèmes peut craquer.
- 25:20Parce qu'on l'a mis en veille pendant longtemps.
- 25:23Et c'est ça qu'on appelle le burn-out,
- 25:25en tout cas de la perspective neuroscientifique.
- 25:28C'est quand un des systèmes qu'on a mis en veille,
- 25:30parce qu'on pensait être poursuivi par un prédateur,
- 25:33et que le but c'est de sauver sa peau,
- 25:36craque.
- 25:37Donc,
- 25:39vous voyez qu'il y a stress,
- 25:41réponse au stress.
- 25:42Donc la question qui m'intéresse...
- 25:43personnellement,
- 25:44c'est c'est quoi le froid psychologique en quelque sorte,
- 25:48c'est-à-dire qu'est-ce qui est à l'origine de cet écart de prédiction c'est-à-dire j'ai des attentes psychologiques et quelque chose qui vient m'éloigner je ne m'intéresse pas trop à la réponse au stress et ce qu'on va en faire,
- 26:03je pense que ça serait très complémentaire après avec ce qu'on va évoquer toutes les deux avec Marie mais ce qui m'intéresse c'est de dire mais qu'est-ce qui est à la base venu
- 26:12me retirer de mon confort psychologique ?
- 26:16C'est la question qu'on se pose peu quand on est en burn-out.
- 26:19Quand on est en burn-out,
- 26:20on vient vouloir guérir les symptômes de la réponse au stress,
- 26:25en quelque sorte.
- 26:26Alors,
- 26:26pour savoir qu'est-ce qui peut être quelque chose qui touche à nos besoins psychologiques,
- 26:32je vais aller un peu regarder dans notre système.
- 26:38Là,
- 26:39c'est juste pour vous rappeler qu'un zèbre qui court parce qu'une lionne lui court après,
- 26:44ou une personne en détresse psychologique,
- 26:45c'est exactement le même système de réponse au stress qui est activé dans le corps.
- 26:51Et donc,
- 26:52on va aller chercher qu'est-ce que nous avons comme besoins fondamentaux,
- 26:56qui sont considérés comme la température du corps,
- 26:59en quelque sorte,
- 27:00pour notre système psychologique.
- 27:09Alors,
- 27:10là,
- 27:10je vous montre des études qui ont été faites au niveau du statut social.
- 27:15C'est-à-dire,
- 27:15je prends des personnes,
- 27:17là,
- 27:17dans ce cas-là,
- 27:17ça a été fait en Inde,
- 27:19avec des personnes qui appartiennent à des castes différentes.
- 27:22Et on leur fait des tests cognitifs.
- 27:24Et on se rend compte que quand on n'évoque pas du tout la question des castes,
- 27:28vous voyez,
- 27:29low caste et high caste,
- 27:30donc les personnes issues de castes inférieures ou supérieures dans cette société,
- 27:34ont exactement la même performance cognitive.
- 27:38Et...
- 27:39ensuite,
- 27:40on leur dit.
- 27:42Donc,
- 27:42on fait intervenir les différences de statut.
- 27:46Pour les mêmes personnes,
- 27:47dès qu'elles réalisent qu'elles sont dominées dans ce contexte,
- 27:51leur performance diminue.
- 27:53Et ça,
- 27:53c'est quelque chose qui a été analysé dans beaucoup de contextes,
- 27:57de contextes entre hommes et femmes,
- 28:01entre origines ethnoraciales différentes.
- 28:04Dès que cette information est ajoutée,
- 28:07il y a comme une...
- 28:08Comme si quelque chose est venu m'éloigner de mon confort psychologique,
- 28:12qui est celui de ne pas être dominé.
- 28:15Et donc,
- 28:16le statut social est devenu un grand enjeu pour les neuroscientifiques,
- 28:20pour voir que quand on met les personnes dans des situations de domination sociale,
- 28:25il y a un niveau de cortisol qui est augmenté dans le sang,
- 28:29qui au bout d'un certain temps mène à ce qu'on caractérise comme un burn-out généralisé,
- 28:33ce qu'on appelle défaite sociale.
- 28:35C'est-à-dire une personne qui se sent dominée par les autres.
- 28:39Ça c'est quelque chose qui est aussi extrêmement caractérisé dans le milieu médical,
- 28:43dans le milieu...
- 28:44hospitalier entre différents rangs hiérarchiques de prestige et de rôle joué au sein de l'acte du soin,
- 28:54avec beaucoup de personnes qui ne sont pas considérées aussi intellectuelles ou aussi valorisées dans le geste du soin que des médecins ou qu'aussi au sein des médecins aussi il y a ceux qui sont considérés comme étant hiérarchiquement supérieurs.
- 29:12Et en fait,
- 29:12on a analysé la présence de cette culture du statut comme étant à l'origine de beaucoup de burn-out,
- 29:18qui n'a rien à voir avec la charge du travail,
- 29:20mais qui a à voir en fait avec la conscience de ne pas avoir une dignité égale à l'autre en quelque sorte,
- 29:27et donc de se sentir dévalorisé.
- 29:36Un autre besoin fondamental,
- 29:37c'est le besoin de prédire.
- 29:39On a un cerveau qui a besoin de savoir ce qui va arriver.
- 29:44C'est-à-dire le besoin de clarté,
- 29:46en quelque sorte.
- 29:47Il y a aussi des études très fascinantes,
- 29:49très amusantes,
- 29:50qui montrent que quand on est face au risque qu'il nous arrive quelque chose de négatif,
- 29:56ce n'est pas la chose négative qui provoque le stress,
- 29:59c'est l'incertitude quant à ce qu'elle va arriver ou pas.
- 30:02Et on va en fait analyser ce qui se passe dans le système physiologique,
- 30:05c'est-à-dire le niveau de cortisol est un très bon indicateur de réponse au stress.
- 30:10Et on va voir que même si l'outcome,
- 30:12même si en fait ce qui se passe est positif,
- 30:14le fait qu'on a été dans l'incertitude nous rend malades.
- 30:18Ce cortex singulaire intérieur que vous voyez ici,
- 30:21c'est une partie du circuit qu'on voit activer quand on est dans une intoxication alimentaire ou quand on exprime une nausée.
- 30:28C'est juste pour rappeler que les mêmes parties de notre système...
- 30:32cognitives qui nous alertent qu'il y a quelque chose qui ne passe pas dans le système digestif,
- 30:36et bien en fait c'est les mêmes qui nous alertent que je n'arrive pas à me situer dans ce qui va m'arriver.
- 30:42Je n'arrive pas à savoir quelle est ma carrière,
- 30:44elle va où,
- 30:45ou qu'est-ce qui va se passer avec telle personne si je fais telle erreur ou pas.
- 30:49Voilà.
- 30:49Alors si je sais,
- 30:50en fait on se dit on n'est pas si vulnérable que ça,
- 30:53quand on sait.
- 31:00Et le troisième,
- 31:01c'est le besoin d'appartenance sociale.
- 31:03Et donc là aussi,
- 31:04c'est des études qui nous montrent que exclure quelqu'un,
- 31:08même dans un contexte virtuel,
- 31:09c'est-à-dire là,
- 31:10c'est une exclusion d'un jeu avec la machine,
- 31:14on voit qu'il y a une activation de cette même zone et que la souffrance ressentie,
- 31:18elle est diminuée par administration analgésique.
- 31:22C'est-à-dire que c'est une vraie souffrance comparée à du placebo.
- 31:25Donc en fait,
- 31:25si vous voulez torturer quelqu'un,
- 31:27vous pouvez les humilier.
- 31:28au niveau de leur statut,
- 31:29vous pouvez les exclure,
- 31:31vous pouvez ne pas être clair.
- 31:32Dans les trois cas,
- 31:33vous pouvez générer des burn-out et ce qui est aussi à l'échelle universelle,
- 31:39quand on regarde les souffrances liées au travail,
- 31:42on va trouver que ce sont les conditions de travail liées à ces trois besoins fondamentaux plus que la quantité de travail réellement.
- 31:49Donc c'est les conditions dans lesquelles le travail a été fait.
- 31:57Alors,
- 31:57du coup,
- 31:58est-ce que ça veut dire que pour ces trois besoins fondamentaux,
- 32:01il faut qu'on les nourrisse ?
- 32:02C'est-à-dire,
- 32:03si je dois avoir un environnement de travail sain,
- 32:06est-ce que je dois être dominant ?
- 32:07Est-ce que je dois tout savoir ?
- 32:08Est-ce que je dois être apprécié de tous ?
- 32:11Voilà,
- 32:11c'est la question qu'on peut se poser.
- 32:13Si c'est ça nos besoins,
- 32:15alors pourquoi on ne les nourrit pas ?
- 32:16Et ça,
- 32:18c'est une perception qui est très mauvaise,
- 32:21qui a été faite aussi de ces besoins.
- 32:24C'est qu'il faut venir...
- 32:25Dire aux gens bravo,
- 32:26sans cesse,
- 32:27les reconnaître,
- 32:28et leur donner des primes,
- 32:30et leur dire que vous êtes au top.
- 32:32Ces besoins-là ne sont pas aussi capricieux qu'on l'imagine.
- 32:36Et ce n'est pas les nourrir qui va résoudre le problème,
- 32:40et c'est là que ça se complexifie,
- 32:41sauf si vous vous rappelez de 37 degrés,
- 32:4336,
- 32:4438.
- 32:4436,
- 32:4538,
- 32:45ça va,
- 32:46n'est-ce pas ?
- 32:46On frissonne,
- 32:47on transpire,
- 32:48voilà.
- 32:48C'est ça ce que l'on appelle un relief émotionnel simple,
- 32:51comme la vie d'un enfant qui...
- 32:53Il pleure et puis il passe,
- 32:54il goûte,
- 32:55il joue,
- 32:55il perd,
- 32:56il gagne,
- 32:56tout va bien.
- 32:57En fait,
- 32:57c'est la même chose pour nous.
- 32:58C'est-à-dire qu'on n'a pas besoin d'être dominant pour être bien.
- 33:02Par contre,
- 33:03on a besoin de ne pas se poser la question sur comment est-ce que je suis à dignité égale avec les autres.
- 33:10C'est-à-dire que ce n'est pas des cultures dans lesquelles vous êtes reconnus comme étant l'élite.
- 33:16C'est un endroit où vous ne vous posez pas la question.
- 33:19Vous voyez,
- 33:20c'est une tension.
- 33:21Je ne suis pas humiliée,
- 33:22je ne suis pas non plus à la tête de la chose.
- 33:25Mais je ne me pose pas la question de mon statut.
- 33:28Et pour l'appartenance,
- 33:30encore une fois,
- 33:30ce n'est pas d'être appréciée de tous et d'apprécier tout le monde,
- 33:34et d'appartenir comme si c'était la famille.
- 33:36Je trouve que c'est aussi un faux chemin qu'on prend en ce moment dans le milieu de l'entreprise,
- 33:40c'est de vouloir appartenir à l'entreprise.
- 33:43Pas besoin,
- 33:44on peut très bien travailler avec des gens qu'on n'apprécie pas.
- 33:46Je préfère qu'on parte du principe qu'on a un contrat.
- 33:49de travail avec des personnes qui peuvent très bien ne pas partager notre façon de voir les choses ni nos valeurs.
- 33:56On a besoin d'appartenir quelque part,
- 33:58mais pas nécessairement au travail.
- 33:59On peut aussi très bien avoir cette séparation des sphères de ce que nous sommes par rapport à qui nous sommes au travail.
- 34:05On peut très bien aussi vouloir exposer des parts de nous et en un visibiliser d'autres,
- 34:10et sortir toute la complexité de notre être devant nos potes.
- 34:14C'est aussi très bien de revenir à cette définition du travail comme un lieu et de se dire,
- 34:19qui n'est pas nécessairement un lieu d'appartenance.
- 34:21Et puis aussi pour le besoin de clarté,
- 34:23on n'a pas besoin de tout savoir.
- 34:25Par contre,
- 34:26le cerveau a besoin de pouvoir envisager la pire configuration.
- 34:30Et cette pire configuration nous rassure.
- 34:32Ça veut dire partir du principe que votre métier est dur et que les gens sont compliqués.
- 34:39C'est une très bonne façon d'aborder votre métier.
- 34:42Vous n'avez pas peut-être envie d'entendre ça,
- 34:44mais en fait c'est ça être épicurien,
- 34:46c'est un peu contre-intuitif,
- 34:47mais Épicure il partait du principe que le monde était pourri.
- 34:50C'est pour ça qu'il passait des bonnes journées,
- 34:52parce que tout se passait mieux que cette configuration.
- 35:02Dans son intervention,
- 35:03Sama Karaki a exploré les mécanismes du stress et du burn-out à travers le prisme des neurosciences.
- 35:08Elle a expliqué que nos automatismes,
- 35:10qu'ils soient cognitifs ou physiologiques,
- 35:12nous permettent de fonctionner efficacement au quotidien,
- 35:15mais deviennent vulnérables lorsqu'ils sont perturbés.
- 35:18Le burn-out,
- 35:18selon cette approche,
- 35:19est le résultat d'une surcharge prolongée qui épuise ces systèmes,
- 35:23qu'ils soient mentaux ou physiques.
- 35:25Sama a également identifié trois besoins fondamentaux liés à notre équilibre psychologique.
- 35:29La clarté,
- 35:30qui nous permet de savoir où nous allons.
- 35:32La dignité sociale,
- 35:33qui nous assure un respect mutuel dans nos interactions,
- 35:36et l'appartenance,
- 35:37qui nous aide à trouver notre place dans un groupe.
- 35:39Elle a toutefois souligné l'importance de ne pas surinvestir ses besoins dans le cadre du travail.
- 35:43L'équilibre,
- 35:44selon elle,
- 35:45réside dans la capacité à concilier ses attentes avec la réalité de nos environnements professionnels.
- 35:51Merci.
- 35:55Merci beaucoup,
- 35:55Sama.
- 36:00Et maintenant,
- 36:01place à Marie Peset.
- 36:07Une frénésie s'est emparée de notre époque et donc aussi du monde du travail pour satisfaire une insatiable productivité.
- 36:15Le rythme de travail,
- 36:16un peu partout,
- 36:17s'est intensifié dans tous les secteurs professionnels.
- 36:21Et nous vivons une vie d'athlète de la quantité.
- 36:24Et donc,
- 36:24il ne faut pas s'étonner de la...
- 36:26propagation de ce syndrome d'épuisement professionnel,
- 36:30de ce mot valise surutilisé de façon médiatique et par les patients qui arrivent avec leur diagnostic.
- 36:37L'obsession de la croissance exponentielle encourage,
- 36:40nous dit l'ONU,
- 36:42une économie du burn-out.
- 36:44Celui qui s'en sort dans les organisations du travail actuel n'est pas comme autrefois le plus diplômé,
- 36:50le plus intelligent ou celui qui a les skills physiques les plus poussés.
- 36:55La contrainte du corps est toujours au devant de la scène.
- 36:58Travailler de cette façon-là si vite conduit à ne pas bien travailler.
- 37:04Et le travail en mode dégradé est le terreau de ce burn-out,
- 37:08mauvaise valise et des solides travailleurs consciencieux.
- 37:11Et vous verrez que bientôt,
- 37:12on dira que la conscience professionnelle est inutile et qu'elle conduit à des pathologies.
- 37:19En tout cas,
- 37:19en 2019,
- 37:20la DARES,
- 37:21au ministère du Travail,
- 37:22la direction des statistiques,
- 37:24Au travers de l'enquête SUMER,
- 37:26qui est une enquête prédictive épidémiologique qui est faite tous les six ans,
- 37:30disait que 47% des travailleurs français étaient en souffrance éthique au travail,
- 37:36c'est-à-dire conscients de ne pas arriver à avoir le temps,
- 37:39les effectifs et les moyens de faire du beau travail,
- 37:42celui qui nous construit.
- 37:44Donc je vais essayer de vous expliquer à quel point le travail est quand même central dans la construction de notre identité,
- 37:49le temps que nous y passons.
- 37:51Le simple fait qu'en venant au monde,
- 37:53nous commençons à travailler,
- 37:54à construire un appareil psychique.
- 37:57Nous travaillons à l'école,
- 37:58nous travaillons au collège,
- 37:59au lycée,
- 38:00nous travaillons quand nous nous occupons des tâches domestiques,
- 38:03nous travaillons dans l'emploi.
- 38:04Des fois,
- 38:05on ne travaille pas dans l'emploi parce qu'on est mis au banc.
- 38:08Se lever tous les matins pour être utile au monde,
- 38:11aller apprendre la solidarité dans un collectif de travail soudé.
- 38:16Et se construire et s'élargir soi-même en apprenant de nouvelles compétences,
- 38:20c'est vraiment,
- 38:22effectivement,
- 38:22travailler pour qui et pourquoi.
- 38:24Et c'est important et personne ne peut se passer de cela.
- 38:28Et d'ailleurs,
- 38:29la plupart des patients,
- 38:30qui malheureusement,
- 38:32pour 20% d'entre eux,
- 38:33finissent en invalidité deuxième catégorie,
- 38:35n'ont plus d'emploi,
- 38:36mais retrouvent tous une activité,
- 38:38car travailler,
- 38:40c'est se travailler soi-même.
- 38:42Et surtout...
- 38:43apprendre la solidarité et travailler ensemble.
- 38:46Et pour comprendre le monde du travail,
- 38:49il faut traverser de très nombreuses disciplines.
- 38:52Ergonomie,
- 38:53psychologie du travail,
- 38:55droit,
- 38:55médecine,
- 38:57neurophysiologie.
- 38:59Sans quoi les stéréotypes font la loi et nous en sommes abreuvés tous les jours par nos ministres.
- 39:04Le salarié français ne penserait qu'à ses RTT alors que nous sommes quatrième en productivité horaire au rang mondial.
- 39:11Le travail ne serait que souffrance alors qu'il est vraiment central pour s'accomplir,
- 39:15et vous le savez,
- 39:16car votre métier a du sens.
- 39:18C'est le salarié fragile qui craque ?
- 39:20Non.
- 39:21C'est le plus investi dans l'exécution du travail et dans les règles de métier,
- 39:25et qui ne supporte pas que le productivisme abîme son geste de métier.
- 39:35Alors,
- 39:35deux courants s'affrontent depuis fort longtemps autour de la question de la souffrance au travail.
- 39:40Le premier,
- 39:41vous le savez,
- 39:42notamment autour de la publication du livre de Marie-François Riguillet,
- 39:46La violence perverse au quotidien,
- 39:49le harcèlement moral va soutenir la prolifération de pervers narcissiques,
- 39:53de personnalités toxiques,
- 39:55en allant sur ce qu'on appelle en sociologie la naturalisation.
- 39:59C'est la nature des gens qui nous pourrirait la vie et au travail.
- 40:02Et le second ?
- 40:04auquel j'appartiens,
- 40:05appuyé sur les recherches cliniques en santé au travail,
- 40:08va du côté des modèles organisationnels en expliquant que,
- 40:13effectivement,
- 40:14de nos jours,
- 40:15le travail s'est modifié,
- 40:17notamment dans sa façon de travailler.
- 40:20Est-ce que je peux dire à l'ouvrière qui visse 27 bouchons par minute et qui fait un canal carpien que son audit pillé pour quelque chose et que son hyperactivité est structurelle,
- 40:31alors que c'est...
- 40:32L'usine qui la demande,
- 40:34alors que démissionner quand on est salarié fait perdre ses droits sociaux.
- 40:38Et quand on est en libéral,
- 40:39si on n'a pas pensé,
- 40:41c'est le premier mot.
- 40:42La première graine que je veux semer,
- 40:44si on n'a pas pensé à une super prévoyance,
- 40:47c'est bien s'arrêter,
- 40:48devient une faillite programmée.
- 40:50Ou bien encore,
- 40:51peut-on dire aux femmes qu'elles consentent de façon pulsionnelle à être payées moins que les hommes,
- 40:57tout en assurant la deuxième journée trop invisibilisée.
- 41:02Alors,
- 41:02en contrepartie de ce que nous apportons tous les jours au travail,
- 41:07nous attendons une rétribution,
- 41:08pas simplement un salaire bien sûr,
- 41:10mais la reconnaissance.
- 41:12Parce que la reconnaissance de la qualité du travail accompli est la réponse à nos attentes subjectives quant à l'accomplissement de nous-mêmes.
- 41:26On peut toujours invoquer la personnalité de la personne qui craque,
- 41:29qui est en souffrance au travail.
- 41:31Pourquoi ?
- 41:32Parce que nous engageons toute notre personnalité,
- 41:35surtout quand on est soignant,
- 41:37on ne l'est pas par hasard.
- 41:39Alors si on s'investit trop au travail,
- 41:41on pourra toujours trouver l'origine du côté de la reconnaissance qui n'a pas été obtenue dans l'enfance.
- 41:47Si on a un lien un peu difficile avec l'autorité,
- 41:50on ira chercher le papa.
- 41:52C'est très très facile de psychologiser les relations au travail.
- 41:57Alors on va revenir en 2024 à la définition qu'en donne la CIM,
- 42:01la classification internationale des maladies,
- 42:04dans sa onzième version.
- 42:06Le burn-out est un syndrome,
- 42:07pas une maladie,
- 42:08un syndrome,
- 42:10résultant d'un stress chronique au travail qui n'a pas été correctement géré,
- 42:14caractérisé par trois dimensions,
- 42:16et que l'on ne doit pas utiliser ailleurs que pour la sphère professionnelle.
- 42:27Le burn-out est en fait un syndrome de désadaptation de l'être humain,
- 42:32sa vulnérabilité,
- 42:33à des organisations du travail devenues pathogènes,
- 42:37qui nous mettent dans une accélération absolument frénétique et tellement récupérée sur le plan médiatique que nous sommes à des niveaux de vocabulaire lamentables.
- 42:48Il existe bien d'autres syndromes,
- 42:51donc pourquoi va-t-on chercher toujours des syndromes ?
- 42:54anglo-saxon,
- 42:54le burn-out,
- 42:55le burn-out,
- 42:56au lieu de se pencher sur ce que reconnaît par exemple notre bonne sécurité sociale,
- 43:01qui ne va reconnaître en maladie professionnelle hors tableau que trois pathologies.
- 43:06Donc si vous devez un jour être arrêté,
- 43:09c'est parce que vous avez un TAG,
- 43:11un trouble anxieux généralisé,
- 43:12une dépression ou un syndrome post-traumatique.
- 43:15En 2019,
- 43:171475,
- 43:19burn-out reconnu en maladie professionnelle.
- 43:2130 000 accidents du travail pour lésions psychiques,
- 43:25et je vous expliquerai la ruse que nos médecins-conseils ont inventée.
- 43:35On va passer à quelques chiffres pour que vous compreniez que tous les discours sur l'absence d'objectivation de la souffrance au travail sont des mensonges.
- 43:45Par exemple,
- 43:46sur le lien entre les symptômes anxieux et ce qu'on appelle le job strain,
- 43:51vous voyez bien que dans la division sexuelle du travail,
- 43:53où les femmes occupent souvent des postes plus subordonnés,
- 43:57être sous tension et devoir exécuter des ordres multiplient par deux les symptômes anxieux.
- 44:02Tandis que le manque de reconnaissance de la carrière multiplie les symptômes dépressifs par deux chez les hommes.
- 44:09Je vais donc vous emmener aussi du côté d'une autre discipline,
- 44:13les nouvelles organisations du travail.
- 44:15Elles sont apparues dans les années 80 et ont profondément modifié le rapport de chacun d'entre nous à notre geste de métier.
- 44:24Au principe du management scientifique,
- 44:26du toyotisme,
- 44:27du fordisme,
- 44:28s'est rajouté bien...
- 44:29bientôt toutes les nouvelles technologies de l'informatique et de la communication,
- 44:33jusque dans vos cabinets privés.
- 44:36Bien évidemment,
- 44:37les trois quarts du capital des entreprises cotées dans le monde sont la propriété de fonds d'investissement.
- 44:45Nous sommes donc passés,
- 44:46dit Pierre-Yves Gomez,
- 44:47qui est professeur d'économie à l'École normale de Lyon,
- 44:50de l'argent du travail à l'argent de la rente.
- 44:54Toutes les entreprises,
- 44:55des plus grandes aux plus petites,
- 44:56sont soumises à cette financiarisation.
- 44:59Il faut donc d'abord donner des dividendes de chiffres à des actionnaires et enlever du coup du travail tout ce que le client ne va pas payer.
- 45:07Voilà pourquoi vous vous retrouvez à timbrer vos paquets tout seul devant des automates à la poste,
- 45:12pourquoi vous enregistrez vos valises dans les avions.
- 45:16On a licencié dans toutes ces entreprises tous ceux qui faisaient ce travail à votre place et la force de ce pilotage par l'aval est d'avoir transformé le consommateur.
- 45:27en travailleur sur sa propre vie,
- 45:30en organisateur de sa propre vie.
- 45:39Les corps au travail,
- 45:40vous le savez,
- 45:40ne sont plus évalués dans la plupart des entreprises que par des tableaux de bord issus des fonctions financières.
- 45:49C'est une grammaire chiffrée qui n'est absolument pas faite pour le corps humain et qui ne dit rien de ce que vous mettez dans vos gestes de métier.
- 45:56Et votre honneur ?
- 45:57Vos règles de métier,
- 45:58votre sueur,
- 45:59vos efforts,
- 46:00votre intelligence,
- 46:01votre endurance à la quantité d'heures de travail,
- 46:06tout cela n'est absolument pas mesuré.
- 46:08Donc vous voyez qu'il existe désormais un gouffre entre cette gouvernance par les nombres et le travail réel que nous devons faire sur le terrain pour y arriver.
- 46:17Vous y rajoutez la crise sanitaire qui a fait exploser la mise en place des outils,
- 46:22vous aboutissez à ce premier dégât qui est la porosité complète.
- 46:27entre notre vie privée et notre vie professionnelle.
- 46:30Il faut se souvenir qu'il faut 350 millisecondes pour cligner des yeux.
- 46:35Il faut que vous sachiez qu'un algorithme opère 7000 transactions boursières dans cette même donnée temporelle,
- 46:41et que donc l'être humain a perdu la bataille contre ces outils.
- 46:45Chez les soignants,
- 46:46vous le savez,
- 46:46c'est la tarification à l'acte,
- 46:48la chirurgie ambulatoire,
- 46:50les pôles,
- 46:50le lean management,
- 46:51la sous-traitance,
- 46:53les patients.
- 46:54Traités par le chirurgien deviennent un nombre d'actes à l'hôpital.
- 46:57Le temps passé par acte,
- 46:59la performance de tel opérateur par rapport à un autre.
- 47:03Et l'hôpital tient,
- 47:04vos cabinets tiennent,
- 47:05les usines tiennent.
- 47:07Et pendant le Covid,
- 47:08on l'a vu,
- 47:08nous avons tenu,
- 47:09grâce aux éboueurs,
- 47:10aux infirmiers,
- 47:12aux soignants et aux caissières de supermarché,
- 47:14parce que ce sont les métiers qui tiennent le monde.
- 47:17Ils tiennent,
- 47:18mais parce que nous rusons avec les normes,
- 47:20parce que nous tentons
- 47:22effectivement de nous écarter des procédures,
- 47:24des décrets,
- 47:25pour que le travail ait encore un peu d'allure et qu'il ait surtout un peu de sens.
- 47:36Nous sommes d'abord des êtres vulnérables,
- 47:39être entrepreneurs de soi-même,
- 47:41toute cette neuve langue managériale alors que l'organisme humain a des cycles,
- 47:46des alternances de veille,
- 47:48de sommeil,
- 47:48des pics de production,
- 47:50d'hormones.
- 47:51Si on soumet l'organisme à une intensification des tâches sur un temps trop prolongé,
- 47:57vous le savez,
- 47:58il va mobiliser beaucoup trop de cortisol qui ne redescendra jamais à un niveau correct.
- 48:03Et ce corps inoxydable,
- 48:04Ce corps-machine que veut notre société n'existe pas.
- 48:09Faire travailler les salariés en éliminant des temps qu'on dit morts ?
- 48:13Alors que ce sont des temps de répit,
- 48:16c'est méconnaître le fonctionnement du corps humain.
- 48:18Et faute d'écouter les spécialistes,
- 48:21les ergonomes,
- 48:22les neurophysiologistes,
- 48:23les cliniciens du travail,
- 48:25eh bien on privilégie une approche qu'on dit scientifique et chiffrée,
- 48:29mais qui ne parle que de cadence,
- 48:30de chronométrage,
- 48:32de cycle de production,
- 48:33en oubliant des chiffres tout à fait médicaux.
- 48:36Sur le versant cognitif,
- 48:38on est dans une telle accélération des tâches,
- 48:40dans une telle instantanéité d'exécution,
- 48:43Que bien évidemment,
- 48:44les e-mails,
- 48:45les appels,
- 48:45les textos,
- 48:46les patients qui s'enchaînent,
- 48:47les notifications,
- 48:49tout ceci est une charge mentale terrifiante.
- 48:52Et notre cerveau ne peut pas assumer tout ceci.
- 48:56C'est important de le rappeler parce que cela veut dire que si vous y rajoutez les objectifs inatteignables qu'on nous confie,
- 49:02chacun d'entre nous commence sa journée de travail,
- 49:05qu'il soit salarié ou en libéral,
- 49:07en faute prescrite.
- 49:09Intellectuellement,
- 49:10on le sait qu'on n'arrivera pas à voir tous ces patients.
- 49:12Mais on tente d'y arriver parce qu'on est inconscientieux et ce n'est pas pathologique.
- 49:19Va venir ensuite,
- 49:20bien sûr,
- 49:20pour les athlètes de la quantité que nous sommes,
- 49:23l'épuisement physique et moral,
- 49:25les surmenages,
- 49:26qui vont s'actualiser sous des formes extrêmement différentes.
- 49:30Du côté des décompensations psychiques,
- 49:32vous aurez d'abord le stress,
- 49:33les premiers troubles cognitifs.
- 49:35Vous allez passer assez rapidement à l'état de stress aigu,
- 49:38puis les vrais syndromes.
- 49:40ou bien les effondrements anxio-dépressifs.
- 49:43Du côté de l'isolement,
- 49:45vous aurez bien évidemment,
- 49:46si vous êtes par exemple mis au banc par votre collectif de collègues ou d'associés,
- 49:51l'état de stress post-traumatique qui est le syndrome princeps du harcèlement moral.
- 49:57Et puis ce qui m'inquiète davantage,
- 49:59c'est les suicides.
- 50:00Tous ces gens que nous voyons et qui disent moi,
- 50:03je voudrais juste que ça s'arrête
- 50:05Je ne sais pas comment faire pour faire un pas de côté par rapport à mon état et à ma situation.
- 50:10Je ne sais pas qui aller voir.
- 50:11Je veux juste que ça s'arrête.
- 50:13Faire des bilans.
- 50:21neuropsychologique,
- 50:22c'est important parce que ça vous permet de mettre en évidence l'atteinte de vos fonctions exécutives et les risques que vous prenez à vouloir à tout prix continuer à travailler.
- 50:31Donc ce soir,
- 50:32quand vous rentrez,
- 50:33vous vérifiez votre contrat de prévoyance,
- 50:35s'il vous plaît,
- 50:36et vous le blindez,
- 50:37et vous vérifiez les assurances que vous avez prises pour vos emprunts,
- 50:41et vous les blindez,
- 50:42comme ça,
- 50:43si un jour vous n'êtes pas bien,
- 50:45vous pourrez vous arrêter tranquillement.
- 50:47C'est absolument vital.
- 50:49Et nous...
- 50:50recevons un patient qui n'est pas encore arrêté,
- 50:53on lui laisse trois jours pour revoir tous ses contrats s'ils ne sont pas suffisants.
- 50:58Faites la même chose.
- 50:59Et enfin,
- 50:59surtout pour le médecin-conseil de la Sécurité sociale ou pour ceux d'entre vous qui travaillent à l'hôpital,
- 51:06l'imputabilité en tant que maladie professionnelle de vos lésions,
- 51:10de votre syndrome au travail,
- 51:12c'est votre protection sociale,
- 51:14c'est fondamental,
- 51:16vous vous en doutez.
- 51:22Aujourd'hui,
- 51:23je voudrais réhabiliter la fatigue comme mécanisme protecteur.
- 51:28La fatigue,
- 51:28elle est là pour vous dire qu'il faut préserver l'équilibre de votre vie,
- 51:33vivre des intérêts et pas de votre capital,
- 51:35et donc le discours ambiant que la fatigue,
- 51:38ça se dépasse,
- 51:39ça se surmonte,
- 51:40n'aboutit qu'à une chose,
- 51:41au dopage et à l'absorption de produits illégaux ou illégaux.
- 51:46Soyez attentifs et affichez le plus possible ces trois...
- 51:49Prémices en termes de symptômes,
- 51:52une fatigue indéracinable que le repos ne repose plus,
- 51:55la perte du plaisir à exercer ce métier pour lequel vous avez tant investi et le recours aux produits pour tenir.
- 52:03Alors,
- 52:04on va passer tout de suite à ce qu'il faut traiter,
- 52:07la peur.
- 52:08La peur de parler,
- 52:09la peur de dire qu'on ne se sent pas bien,
- 52:11la peur de passer le test de propagation du burn-out qui est en ligne sur le site Souffrance et Travail.
- 52:17peur que cela ait des conséquences sur votre cabinet et que vous fassiez faillite.
- 52:22Et puis les outils collectifs,
- 52:24parler autour de vous,
- 52:26aller voir quelqu'un,
- 52:27aller voir un psychologue du travail qui ne s'intéressera pas à votre deal mais à comment vous organisez votre travail.
- 52:34Et puis si vous avez blindé votre prévoyance,
- 52:36l'arrêt maladie.
- 52:37C'est une coordination d'acteurs qui va permettre de remettre à plat votre fonctionnement vis-à-vis du travail.
- 52:44qui va permettre surtout par l'analyse de votre travail réel de vous donner le maximum de conseils pour revoir votre organisation et surtout de pouvoir déclarer en accident du travail si vous êtes salarié un état de stress aigu.
- 52:59Bien sûr,
- 53:00avoir un médecin traitant et ne pas vous soigner vous-même.
- 53:03Et je rappellerai encore,
- 53:05parce que ça me paraît important,
- 53:06que quand un métier conforme...
- 53:09au besoin du sujet et que quand ces modalités d'exercice respectent le libre jeu du jeu psychique et du jeu corporel,
- 53:17le travail est central pour vous garder en bonne santé et que c'est la reconnaissance de la qualité de votre travail qui va protéger votre santé.
- 53:26En tout cas devenez des soignants avertis,
- 53:29apprenez à connaître les maladies du travail,
- 53:31à connaître vos droits,
- 53:32les acteurs de prévention,
- 53:34ne restez pas seuls et renseignez-vous sur le site
- 53:38Souffrance et travail,
- 53:39merci de votre attention.
- 53:42Dans son intervention,
- 53:43Marie Peset parle de l'impact de l'hyperproductivité sur la santé des travailleurs,
- 53:47décrivant une économie du burn-out favorisée par l'intensification des rythmes de travail.
- 53:53Elle insiste sur les conséquences psychiques et physiques,
- 53:55troubles cognitifs,
- 53:56épuisement et dégradation des fonctions exécutives.
- 53:59Selon elle,
- 54:00le burn-out résulte souvent d'un travail en mode dégradé,
- 54:03où le sens du métier est altéré par des contraintes excessives.
- 54:06Face à cela,
- 54:07Elle appelle à soigner la peur de l'effondrement et à rétablir des conditions de travail dignes.
- 54:12Elle plaide aussi pour des structures collectives pour briser la solitude des praticiens et promouvoir des bilans neuropsychologiques préventifs.
- 54:19Enfin,
- 54:19elle souligne l'importance de valoriser la qualité du travail accompli pour restaurer l'équilibre et prévenir l'épuisement.
- 54:25Alors,
- 54:26une première question face au sentiment d'incompréhension et d'isolement,
- 54:30de solitude.
- 54:31Comment trouver une écoute ?
- 54:33Tout groupe de...
- 54:34parole est intéressant parce que ça permet de verbaliser,
- 54:38de comprendre aussi ce qui nous arrive à travers les mots des autres.
- 54:42Mais je conseillerais aussi d'avoir des groupes d'amis extérieurs.
- 54:49du travail parce que des fois une bonne soirée avec des amis ça nous permet de relativiser l'importance qu'on donne à des sujets professionnels.
- 54:58Donc je pense qu'on n'a rien trouvé de mieux en tant qu'espèce que ces formes un peu invisibles et implicites de soins qui ne disent pas qu'ils font du soin.
- 55:08C'est-à-dire juste penser à autre chose,
- 55:11passer à autre chose,
- 55:12écouter nos amis avoir leurs problèmes qui n'ont rien à voir avec les nôtres.
- 55:15C'est aussi quelque chose qui permet de faire du bien.
- 55:18Protégez-vous pour pouvoir ralentir et faire des temps morts,
- 55:22des temps très très très vivants.
- 55:24Mais c'est vrai que planifier des temps et ne pas les appeler temps morts,
- 55:28mais les appeler temps de repos ou de répit...
- 55:31Les temps de répit,
- 55:32c'est très important.
- 55:37Au propos d'apprentissage,
- 55:38j'ai une question là,
- 55:40qui serait la question,
- 55:41comment notre formation initiale pourrait jouer un rôle préventif ?
- 55:47Moi,
- 55:48je n'y crois pas trop,
- 55:48parce que les organisations du travail changent tout le temps,
- 55:52et donc c'est un apprentissage constant.
- 55:54Si on apprenait pendant les études des mesures de prévention,
- 55:58elles seraient démolies dans ce changement perpétuel.
- 56:02C'est le danger le plus important,
- 56:04je trouve,
- 56:05de tout réapprendre sans arrêt.
- 56:07Il y a quelque chose déjà qui dépasse la formation à ce métier en particulier,
- 56:11c'est-à-dire qu'en fait on n'est pas formé à se faire attention à soi-même et aux autres.
- 56:16Donc ça c'est déjà,
- 56:17on n'a pas de formation sur ce qu'on est en train d'évoquer,
- 56:20qui est une compétence de la vie.
- 56:23Il y a aussi une pression au niveau peut-être aussi de ces métiers qui sont très valorisés dans la société,
- 56:31qui mettent une pression d'anxiété de performance qui a été caractérisée dans les...
- 56:37dans les milieux de prestige dans lesquels vous faites partie,
- 56:41ça ne vous laisse pas cet espace dans lequel vous pouvez faire votre métier dans le calme et dans son cœur qui est le soin.
- 56:50Merci beaucoup de votre écoute attentive.
- 56:56Du coup,
- 56:56les impressions à chaud de la conférence.
- 56:58Content,
- 56:59déçu ?
- 56:59Oui,
- 56:59content.
- 57:01Mais en fait,
- 57:01je ne suis pas candidat au burn-out,
- 57:03je ne pense pas.
- 57:04Donc,
- 57:04je suis rassuré quant à ma santé mentale.
- 57:07Après,
- 57:07j'ai du travail,
- 57:08j'ai beaucoup de travail.
- 57:09C'est tout,
- 57:09c'est comme ça.
- 57:09C'est clairant quand même.
- 57:10Oui,
- 57:10beaucoup.
- 57:11Oui.
- 57:12Quelle solution,
- 57:12par exemple,
- 57:13vous allez mettre en place au cabinet assez rapidement ?
- 57:15On va faire des petites réunions d'équipe,
- 57:17je pense,
- 57:18pour déjà avoir le ressenti de tous et ne plus se sentir seule.
- 57:23Et vous êtes vigilant par rapport aux autres membres de l'équipe,
- 57:26de leur état de fatigue,
- 57:28de stress ?
- 57:29Oui.
- 57:29On est très vigilants,
- 57:30mais je pense qu'on ne l'est jamais assez en fait.
- 57:32Et j'ai bien retenu l'automatisme.
- 57:34Finalement,
- 57:34on y va,
- 57:35on y va,
- 57:35on y va.
- 57:35Ce n'est pas grave,
- 57:36demain ça ira mieux,
- 57:37mais en fait,
- 57:37demain ça ne va pas du tout.
- 57:39Et vous avez quel rapport par rapport à votre métier ?
- 57:42Alors moi,
- 57:42je suis office manager,
- 57:43je ne suis pas dentiste,
- 57:44mais justement,
- 57:45il faudrait revoir peut-être l'emploi du temps.
- 57:47Qu'est-ce que tu as retenu de cette séance ?
- 57:50Eh bien,
- 57:50j'ai trouvé que c'était très intéressant avec deux éclairages.
- 57:53très différents.
- 57:54On se rend compte à quel point c'est une problématique importante,
- 57:57à quel point on est nous-mêmes dedans.
- 58:01Et comment s'en rendre compte,
- 58:04comment trouver des solutions.
- 58:06Yasmina,
- 58:06toi,
- 58:07pourquoi tu as voulu venir voir cette séance ?
- 58:09Écoute,
- 58:10j'ai d'abord beaucoup apprécié ta trilogie sur le burn-out.
- 58:15Ça a allumé des petites ampoules,
- 58:18des petites alertes,
- 58:19qui m'ont fait réaliser pas mal de choses.
- 58:21Comme elle dit,
- 58:21ça m'a carrément qui vivait,
- 58:23pas d'autre chose.
- 58:24Pour moi,
- 58:24c'est une des clés,
- 58:25c'est ce que je retiendrai en tout cas d'aujourd'hui.
- 58:27Tu as quel rapport avec ton travail aujourd'hui ?
- 58:29Compliqué,
- 58:31très compliqué.
- 58:33Je me pose beaucoup de questions depuis plusieurs mois.
- 58:36Je continue malgré tout,
- 58:40mais je suis extrêmement fatigué.
- 58:43C'est quoi que tu trouves compliqué ?
- 58:45Je n'arrive plus à suivre comme j'ai pu le faire.
- 58:48Je cherche à freiner en fait.
- 58:50Quand tu dis que tu n'arrives pas à suivre,
- 58:52c'est que tu te mets la barre haute au niveau performance,
- 58:55au niveau formation,
- 58:56au niveau technicité ?
- 58:58Oui,
- 58:58en partie,
- 58:59et au niveau exigence,
- 59:01et puis surtout pour répondre à la demande.
- 59:04C'est une deuxième partie,
- 59:05c'est un deuxième volet.
- 59:06On a un problème d'accès aux soins qui est considérable et on essaye de tenir pour répondre,
- 59:11répondre,
- 59:11répondre.
- 59:13Et aujourd'hui,
- 59:13je n'arrive plus à suivre.
- 59:14Et tu trouves quand même du sens à ce que tu fais ?
- 59:16J'adore ce que je fais.
- 59:17Oui,
- 59:17bien sûr que je trouve du sens.
- 59:18J'adore ce que je fais.
- 59:19C'est quoi que t'aimerais qui change alors fondamentalement et qui ferait que tu serais plus heureux dans ton métier ?
- 59:25C'est comme tout le monde,
- 59:26prendre le temps,
- 59:27avoir du temps,
- 59:28avoir moins de pression,
- 59:30pouvoir dire non sans sentir le reproche ou l'incompréhension dans les paroles ou dans les yeux des gens,
- 59:37pouvoir sortir,
- 59:39j'habite une petite ville sans qu'on me sollicite,
- 59:42des choses comme ça.
- 59:43Merci.
- 59:44De rien,
- 59:44avec plaisir.
- 59:51Nous arrivons à la fin de cet épisode consacré à l'épuisement professionnel des chirurgiens dentistes,
- 59:55une problématique qui touche profondément notre profession.
- 59:58A travers les éclairages de Samak Haraki et Marie Peset,
- 1:00:01et grâce à vos questions,
- 1:00:02nous avons exploré les mécanismes du burn-out,
- 1:00:05les facteurs culturels et organisationnels qui y contribuent,
- 1:00:08mais aussi les pistes pour y faire face individuellement et collectivement.
- 1:00:12Ce sujet nous rappelle une chose essentielle.
- 1:00:15Prendre soin des autres commence par apprendre à prendre soin de soi,
- 1:00:18planifier des pauses,
- 1:00:19cultiver des relations enrichissantes en dehors du cadre professionnel et se donner le droit à l'imperfection,
- 1:00:24sautant tant de moyens pour retrouver du plaisir et du sens dans notre métier.
- 1:00:28Mais ces solutions individuelles ne suffisent pas,
- 1:00:30elles doivent être accompagnées d'un changement systémique où la reconnaissance et la santé des soignants deviennent une priorité.
- 1:00:36Comme l'a dit Marie Peset,
- 1:00:37le travail c'est important,
- 1:00:39mais il ne doit jamais absorber toute notre vie.
- 1:00:46Dans le prochain épisode de cette série spéciale ADF,
- 1:00:49nous nous pencherons sur un aspect fondamental de notre métier,
- 1:00:52souvent oublié de nos formations,
- 1:00:53les compétences relationnelles.
- 1:00:55A travers une conférence animée par des experts,
- 1:00:57nous explorerons comment mieux interagir avec nos patients,
- 1:01:00nos équipes et nous-mêmes.
- 1:01:01Vous découvrirez des outils concrets pour répondre aux défis humains du quotidien en cabinet dentaire.
- 1:01:07Rendez-vous très bientôt pour ce deuxième volet,
- 1:01:09où nous continuerons à approfondir ces questions qui façonnent notre pratique.
- 1:01:13Merci à Maxime Wattieu pour la composition musicale et les ajustements sur mesure,
- 1:01:17à Jade Piolle pour les illustrations.
- 1:01:19et à Péline Bussy pour la prise de soin et le montage.