Latest / Entretien avec un dentiste / L'humain à l' ADF : épisode 2 comprendre les compétences relationnelles
Transcript
- 0:05L'humain à l'ADF,
- 0:06une nouvelle série d'entretiens avec un dentiste.
- 0:13Épisode 2,
- 0:14comprendre les compétences relationnelles.
- 0:21Au départ il y a le congrès annuel de l'ADF,
- 0:24lieu de rencontre des praticiens,
- 0:25chercheurs et industriels où s'esquisse chaque année le futur de la dentisterie.
- 0:30Les personnages.
- 0:31Un président de séance,
- 0:32Gabriel de Minissi,
- 0:33pédodentiste.
- 0:34Vous avez pu découvrir son parcours et sa vision de la pédodentie dans l'épisode 48 d'Entretien avec un dentiste.
- 0:39Trois intervenants d'exception.
- 0:41Nicolas Dritsch,
- 0:42omnipraticien pendant 18 ans et aujourd'hui enseignant.
- 0:44Il nous expliquera pourquoi la complexité des systèmes de soins et des relations humaines exigent de dépasser les solutions simplistes.
- 0:51Il était l'invité de l'épisode 42 de ce podcast.
- 0:54Albert Moukébert,
- 0:55docteur en neurosciences et psychologue clinicien.
- 0:57qui décryptera comment nos mécanismes cognitifs influencent nos interactions et perceptions.
- 1:02Il est également l'auteur des ouvrages « Votre cerveau vous joue des tours »
- 1:05et « Neuromania » .
- 1:06Jean-Noël Vergne,
- 1:07professeur des universités et praticien hospitalier,
- 1:09qui nous offrira une perspective globale grâce au modèle biopsychosocial.
- 1:13J'ai eu l'occasion de le rencontrer à Toulouse pour l'épisode 52,
- 1:17où nous avions parlé d'empathie et de sa place centrale dans la relation soignant-soigné.
- 1:21Tous les liens de ces épisodes se trouvent dans le descriptif.
- 1:24Un public curieux,
- 1:25composé de concrétistes en quête d'outils et de réponses.
- 1:29Le décor,
- 1:30mercredi 27 novembre 2024,
- 1:3314h17,
- 1:34salle 242 AB.
- 1:36Le titre,
- 1:36améliorer vos compétences relationnelles au cabinet dentaire.
- 1:39Le thème,
- 1:40les compétences relationnelles,
- 1:41ce savoir-être essentiel,
- 1:43souvent occulté par la technicité des soins,
- 1:45qui constitue pourtant le socle d'une pratique humaine et efficace.
- 1:50Juste avant le début de la conférence,
- 1:52j'ai eu l'occasion d'aller à la rencontre des dentistes présents dans la salle pour leur poser des questions simples.
- 1:57Alors pourquoi avoir choisi cette séance ?
- 1:59Alors parce qu'on connaît certains des conférenciers et on les adore.
- 2:03Et en fait on sait que forcément ça va être que du bonus.
- 2:07Parce que c'est une conférence qui sort du scientifique pur et dur et que là c'est un thème un peu novateur donc moi ça m'intéresse.
- 2:15Moi je sors de la fac,
- 2:15donc j'aimerais bien un peu voir les situations complexes.
- 2:18Je trouve qu'on ne l'apprend peut-être pas assez à la fac d'arriver à désamorcer le conflit.
- 2:23Pourquoi avoir choisi cette séance sur les compétences relationnelles ?
- 2:26Parce que je crois que ça fait partie du début de notre consultation et qu'à mon avis,
- 2:32parfois,
- 2:33si on mettait plus de temps à se pencher sur la relation patient-praticien,
- 2:38on éviterait des soucis par la suite.
- 2:40Finalement,
- 2:40qu'à l'ADF,
- 2:41on fasse venir des intervenants hors champ dentaire,
- 2:44qu'est-ce que vous en pensez ?
- 2:46Ça me parle.
- 2:46Ça peut être que positif pour ouvrir un peu les esprits étriqués de notre profession.
- 2:51C'est pas très sympa ce que j'ai dit.
- 2:53Alors,
- 2:53c'est pas très sympa,
- 2:54mais c'est un peu ça.
- 2:55C'est-à-dire que ce soir,
- 2:56en dentisterie,
- 2:57en médecine,
- 2:58partout,
- 2:58je pense qu'il faut un peu sortir de ce qu'on nous apprend et ouvrir un peu les possibilités.
- 3:04Le corps humain,
- 3:04c'est quand même une machine qui est exceptionnelle dans tous ces espaces.
- 3:08Donc,
- 3:09on nous apprend des trucs.
- 3:10Ok,
- 3:11après il faut aussi s'adapter,
- 3:12il y a plein de choses nouvelles et c'est ça qui est intéressant.
- 3:14Et toutes ces ouvertures d'esprit sur la manière dont le corps fonctionne,
- 3:17dont le mental fonctionne,
- 3:18la communication et tout,
- 3:21c'est génial justement de s'ouvrir à ça.
- 3:22Et le côté neurosciences ?
- 3:23Moi je vais chercher le côté neurosciences et faire le lien avec un domaine hors dentisterie,
- 3:29c'est vachement intéressant.
- 3:31Vous aimeriez qu'il y en ait plus des formations,
- 3:33des conférences qui parlent de ces sujets-là,
- 3:35sur plutôt le côté humain de notre profession,
- 3:37plutôt que quand il y a une grosse lacune ?
- 3:39Dans notre formation initiale et même dans les formations continues,
- 3:44je pense qu'il y a une grosse lacune.
- 3:45La médecine de manière générale,
- 3:46pas que la médecine dentaire,
- 3:47on est trop à scinder les disciplines et à ne pas prendre le patient dans sa globale idée.
- 3:53La globalité,
- 3:54c'est que c'est un être humain avant d'être de ma choix.
- 3:56C'est super,
- 3:57merci.
- 4:02Bonjour à tous,
- 4:03félicitations,
- 4:04vous avez fait un chouette séance,
- 4:05mais excellent.
- 4:10Bonjour,
- 4:11je m'appelle Nicolas,
- 4:13j'ai été pendant 18 ans dans un cabinet en Ardèche.
- 4:17Je suis un peu impressionné parce qu'il y a presque autant de monde ici qu'en Ardèche.
- 4:22Mais je vais quand même essayer de faire quelque chose de bien,
- 4:25j'espère.
- 4:26On va parler des compétences relationnelles.
- 4:29Et il y a un truc qui est sympa quand on parle des compétences relationnelles,
- 4:34c'est que c'est le seul moment normalement,
- 4:35en théorie,
- 4:36où on peut parler de nous.
- 4:37Nous en entier,
- 4:39nous dans nos relations avec les patients,
- 4:41avec nos assistantes,
- 4:42nos prothésistes,
- 4:45nos collaborateurs,
- 4:46nos associés.
- 4:47Et c'est pas ce qu'on a envie de faire aujourd'hui.
- 4:49On a envie de parler de nous avec les autres,
- 4:53avec nous-mêmes,
- 4:54comment on se sent quand on est stressé,
- 4:57comment on se sent...
- 4:58avec les autres au sein du cabinet ou en dehors,
- 5:00et comment on se sent par rapport au monde,
- 5:02donc par rapport à notre profession,
- 5:03peut-être qu'on n'est pas à l'aise avec certaines choses,
- 5:06et donc on a envie de parler comme ça.
- 5:08Du coup,
- 5:08on a construit en fait la présentation de manière plutôt pas linéaire en tout cas.
- 5:15On pourra aller un petit peu où on veut,
- 5:17selon les questions,
- 5:19et du coup vous avez le droit de poser des questions quand vous voulez.
- 5:21On essaiera de couper un peu quand on peut,
- 5:24et on prendra en compte le maximum d'informations.
- 5:28Je me rappelle avoir vu une consœur amie pédodontiste.
- 5:34J'aime bien aller visiter les consœurs et confrères.
- 5:36Puis elle me dit,
- 5:37Nico,
- 5:38je ne comprends pas.
- 5:39On vient de faire une formation en CNV,
- 5:40il y a un mois.
- 5:42On a fait notre blason.
- 5:43On a tous écrit bienveillance,
- 5:45respect.
- 5:45Et en fait,
- 5:46avec l'assistante,
- 5:47qu'est-ce qui se passe ?
- 5:49On n'arrête pas de se prendre la tête,
- 5:50tout ça.
- 5:51Donc ce truc-là,
- 5:52ça ne marche pas.
- 5:53Malheureusement,
- 5:54on ne sera probablement jamais...
- 5:56Ce robot dentiste qui est parfait,
- 5:59qui ne fait jamais d'erreur.
- 6:01Et puis peut-être que vous avez déjà entendu que si ça ne va pas au cabinet ou si vous n'avez pas tout réussi,
- 6:08c'est parce que vous n'êtes pas sorti de votre zone de confort.
- 6:09Ça ne vous est pas arrivé ?
- 6:12Et puis pareil,
- 6:12il faut devenir la meilleure version de soi-même pour vraiment être parfait,
- 6:17ne pas se tromper.
- 6:24En fait,
- 6:25si ces personnes de génie,
- 6:27parce que je ne pense pas être à la cheville de Descartes ou de Claude Bernard,
- 6:33ont raconté n'importe quoi selon nous,
- 6:37c'est juste qu'elles raisonnaient sur un modèle qui ne pouvait pas leur permettre de faire mieux.
- 6:41Et ce que j'aimerais vous dire en intro,
- 6:43c'est qu'en fait,
- 6:44si on a tendance à mécaniser la relation avec le patient,
- 6:48en espérant qu'avec une vision linéaire,
- 6:51par exemple un patient qui a peur,
- 6:53au lieu de lui dire « n'ayez pas peur » ,
- 6:55on va juste lui dire « rassurez-vous » ,
- 6:57et là,
- 6:57pouf,
- 6:58la peur va partir.
- 7:00Pourquoi en fait quand on fait ça,
- 7:02parce qu'on fait une formation d'hypnose et on se dit ouais c'est ça qu'il faut faire et tout ça,
- 7:05puis après on est un petit peu déçu,
- 7:06alors ça marche des fois mais on sait pas trop qu'est-ce qui marche.
- 7:09En fait c'est que notre cerveau il marche pas du tout comme ça,
- 7:11et nous on marche pas du tout comme ça non plus.
- 7:17Pour illustrer l'incertitude dans nos relations,
- 7:19Nicolas prend l'exemple d'un téléphone lancé sur une personne.
- 7:23Même si toutes les conditions physiques sont connues,
- 7:25sa réaction dépend de nombreux facteurs inconnus.
- 7:28Et donc,
- 7:28pourquoi on ne peut pas prédire ?
- 7:29Parce qu'en fait,
- 7:29toutes ces informations-là,
- 7:31on ne les a pas.
- 7:31On n'a pas accès à ça.
- 7:33Et c'est ce qui se passe avec nos patients.
- 7:35Quand ils arrivent,
- 7:37on ne sait pas quelle est leur vie,
- 7:38quel est leur contexte.
- 7:40Et c'est pareil pour nos assistantes,
- 7:43pour tout ce qu'on veut.
- 7:44Et toute cette Ausha,
- 7:45en fait,
- 7:45fait qu'il y a de l'incertitude.
- 7:47Or,
- 7:47ça,
- 7:48on a tendance à ne pas trop vouloir l'accepter.
- 7:50On a tendance à vouloir réfléchir comme un dentiste,
- 7:53avec le gradient thérapeutique,
- 7:55qui est,
- 7:55par exemple,
- 7:56un truc fantastique,
- 7:57qui marche super bien avec les dents,
- 7:59mais qui marche beaucoup moins bien si on essaye juste de l'appliquer sans prendre en compte le contexte de la personne.
- 8:04Voilà.
- 8:05On dit que,
- 8:07en fait,
- 8:08toute la partie qui est à gauche est hyper fonctionnelle pour les systèmes simples ou compliqués.
- 8:13C'est-à-dire des systèmes qui fonctionnent comme ça.
- 8:15On mordance un émail,
- 8:17on va coller.
- 8:18Il n'y a pas besoin de lui dire,
- 8:19petit émail,
- 8:20sois gentil,
- 8:20colle.
- 8:21D'accord ?
- 8:21Ça va bien se passer.
- 8:22Il va coller parce qu'il est prédictible.
- 8:25Par contre,
- 8:26on peut dire ce qu'on veut à un patient,
- 8:28une assistante,
- 8:29ou eux-mêmes,
- 8:30ils peuvent nous dire ce qu'on veut.
- 8:31On ne sera pas prédictible.
- 8:32Il y a des fois où on va bien le prendre.
- 8:33Des fois,
- 8:34on est fatigué.
- 8:34On ne peut pas le bien prendre.
- 8:35bien le prendre,
- 8:35etc.
- 8:36Tout ça parce qu'il y a une notion d'information qui rentre en compte.
- 8:39Ce que je voulais vous dire,
- 8:41c'est que si on veut aborder scientifiquement la relation,
- 8:44on ne peut pas faire comme si ce truc à droite,
- 8:46il n'existe pas.
- 8:47Et donc,
- 8:47c'est ce qu'on veut faire aujourd'hui.
- 8:49On veut vous donner une approche scientifique de la relation.
- 8:54Cette Ausha,
- 8:55elle s'intéresse au système complexe adaptatif.
- 8:59Quand on le présente comme ça,
- 9:00on a l'impression peut-être qu'il y en a une qui n'est pas bonne,
- 9:02une qui est bonne.
- 9:03En fait,
- 9:03non.
- 9:04En permanence,
- 9:05les scientifiques font interagir les deux.
- 9:08Et il y a un truc qui s'appelle l'intelligence artificielle.
- 9:10C'est l'émergence de ces deux mouvements-là qui a permis de faire qu'il y en a partout et que toute information est partout.
- 9:22Par exemple,
- 9:23il y a un patient qui vient,
- 9:24il veut un détartrage,
- 9:26vous regardez,
- 9:28tout est ok,
- 9:28il y a juste besoin d'un détartrage.
- 9:30Tout le monde est d'accord sur la représentation du réel.
- 9:33Un détartrage,
- 9:34il n'y a aucune incertitude.
- 9:36Vous prenez votre incertitude,
- 9:37vous regardez,
- 9:37tout est ok.
- 9:37à détartrer,
- 9:38vous enlevez le tartre,
- 9:38il n'y a plus de tartre,
- 9:39c'est fini,
- 9:39au revoir monsieur,
- 9:40c'était simple.
- 9:41Il y a des fois où on peut avoir des désaccords plus ou moins importants.
- 9:45Puis il y a des fois où ça peut être plus ou moins incertain sur les résultats.
- 9:49Donc on appelle ça compliqué.
- 9:50S'il y a de l'incertitude sur toute la partie que vous voyez,
- 9:53sur les représentations de la situation,
- 9:56par exemple,
- 9:56il y a un patient qui a besoin de mettre un implant,
- 10:00mais en fait,
- 10:00il a déjà eu un implant avant et ça ne s'est pas très bien passé.
- 10:03Nous,
- 10:03notre représentation,
- 10:04c'est que c'est une situation simple,
- 10:05tout est ok.
- 10:06On a un os parfait,
- 10:08la densité est bonne,
- 10:09le parodont aussi,
- 10:10tout est bien.
- 10:11Donc on sait qu'en fait,
- 10:12ça va être très...
- 10:13le résultat espéré va être très bon.
- 10:15Mais lui,
- 10:15sa représentation,
- 10:16c'est quand même,
- 10:17j'ai peur.
- 10:18Quand c'est des situations comme ça,
- 10:19on peut tout à fait mettre en place des techniques.
- 10:23Donc des techniques comme de l'hypnose,
- 10:25de la communication,
- 10:26ce que vous pouvez déjà apprendre,
- 10:27je pense,
- 10:29dans des formations qui existent.
- 10:31Parfois...
- 10:32On peut avoir de l'incertitude qui est sur le résultat.
- 10:36Admettons qu'on a une carie parapulpaire,
- 10:39on est en hyperhémipulpaire,
- 10:41on sait que maintenant si on a un protocole qui est quand même très bon avec des biocéramiques et qu'on met la digue et tout ce que vous voulez,
- 10:48on va avoir un résultat qui va être globalement plutôt bon,
- 10:52mais il y a une part d'incertitude.
- 10:54Si le patient qui vient...
- 10:55est d'accord pour faire ça,
- 10:58et il sait que peut-être ça ne se passera pas super bien,
- 11:02ça va aller.
- 11:03Et dans ces cas-là,
- 11:05on dit que dans les systèmes compliqués comme ça,
- 11:08on dit qu'on a juste besoin d'avoir des bons protocoles,
- 11:10de la bonne connaissance et tout ça.
- 11:11Et en fait,
- 11:13la partie compliquée,
- 11:13c'est plutôt du domaine de l'expertise.
- 11:16Sauf qu'en fait,
- 11:16il y a toute la partie relationnelle,
- 11:18dont on va parler aujourd'hui,
- 11:20qu'on appelle complexe.
- 11:22On peut par exemple avoir une situation où le patient et nous-mêmes,
- 11:27on est d'accord pour essayer de sauver une dent qui a une petite fêlure.
- 11:32Pour autant,
- 11:32on voit qu'il y a une lésion en dos par haut et que la probabilité pour qu'on la sauve est vraiment très faible.
- 11:38Dans ces cas-là...
- 11:39Il n'y a pas qu'une histoire de procédure,
- 11:41de checklist et tout ça.
- 11:42On va avoir besoin de penser en processus.
- 11:45On va avoir besoin que ce soit une décision partagée et on va avoir besoin de s'adapter.
- 11:50S'adapter c'est quoi ?
- 11:51C'est de se dire ok,
- 11:52si jamais ça ne fonctionne pas,
- 11:54je m'engage à...
- 11:54faire en sorte de vous voir le plus vite possible si ça part en abcès,
- 11:57par exemple.
- 11:58Parce que si jamais on décide de faire un truc et que ça ne fonctionne pas et qu'on ne le voit pas en urgence,
- 12:03là ça peut devenir complexe.
- 12:05C'est-à-dire qu'on peut commencer à avoir des conflits avec le patient.
- 12:09Et puis sur un...
- 12:09un autre niveau,
- 12:10c'est peut-être des choses que vous connaissez.
- 12:13Un enfant,
- 12:13par exemple,
- 12:14qui est allaité,
- 12:15qui a deux ans et demi,
- 12:17et vous voyez qu'il a pas mal de caries,
- 12:20et vous parlez aux parents du fait que peut-être que l'allaitement participe au problème.
- 12:27Et eux,
- 12:28ils ont lu sur la ligue du lait que non,
- 12:30le lait,
- 12:30ça protège des caries,
- 12:32et du coup,
- 12:32on n'est pas du tout d'accord sur la représentation du réel.
- 12:37Dans ces cas-là,
- 12:39L'une des erreurs qu'on a tendance à faire,
- 12:40ça s'appelle le réflexe correcteur.
- 12:42On veut essayer de convaincre les gens.
- 12:45Et ça,
- 12:45en général,
- 12:46ça ne marche pas bien.
- 12:47En fait,
- 12:47dans ces cas-là,
- 12:49il faut essayer de dézoomer un peu de l'individu et plus de s'intéresser à la qualité relationnelle.
- 12:54qu'on a avec le patient,
- 12:56à travailler sur le contexte,
- 12:57s'intéresser à leur contexte de vie,
- 12:59ou de se demander c'est quoi la finalité,
- 13:01de revenir à la finalité.
- 13:03Tout ça pour vous dire que si vous voyez des situations dans le cabinet où...
- 13:09Là,
- 13:09je vous ai parlé des patients,
- 13:11mais vous avez l'impression qu'on est plus dans la partie complexe.
- 13:14C'est-à-dire que vous avez beau essayer la communication,
- 13:17puis ça ne marche pas,
- 13:18puis vous n'entendez pas,
- 13:19toujours pas avec votre associé ou je ne sais quoi.
- 13:21Ou vous êtes mal à l'aise avec l'argent,
- 13:23par exemple.
- 13:23Ou il y a des conflits assez souvent entre les assistantes et les patients qui sont agressifs.
- 13:31Toutes ces situations-là sont des situations complexes et on a des manières particulières de s'y intéresser.
- 13:36Et donc si vous y pensez pendant la séance...
- 13:38on sera vraiment intéressé d'en parler.
- 13:49Bonjour à tous et à toutes.
- 13:51Je ne suis pas du tout dentiste.
- 13:53Pour moi,
- 13:53la pulpe,
- 13:54c'est les oranges.
- 13:56Je suis chercheur en neurosciences et psychologue.
- 13:58Je vais vous parler un peu de quelques présupposés qu'on a un peu sur notre fonctionnement et qui ne sont pas tout à fait exacts et qui,
- 14:06souvent,
- 14:06causent des soucis.
- 14:08dans la prise en charge
- 14:10La première chose que je veux vous dire,
- 14:12c'est qu'aujourd'hui,
- 14:13on a un peu abandonné l'espoir de comprendre notre fonctionnement à partir du cerveau seulement.
- 14:20Aujourd'hui,
- 14:21quand je me présente,
- 14:22je vais me présenter comme une personne appartenant à la discipline des sciences cognitives.
- 14:25Quand on fait de la recherche,
- 14:26le but,
- 14:26c'est de développer des modèles théoriques.
- 14:28Et quand on s'est intéressé aux humains,
- 14:30on avait différentes disciplines qui se sont intéressées au même sujet d'étude.
- 14:34Et chaque discipline était en train de développer leur propre modèle théorique.
- 14:38Et dans les années 60,
- 14:39on a essayé de mettre ces modèles-là.
- 14:40ces modèles théoriques ensemble,
- 14:41et on a découvert qu'il y avait plein de modèles théoriques qui étaient en contradiction les uns avec les autres,
- 14:44alors que ça ne devrait pas être le cas,
- 14:46vu que c'est le même sujet d'étude.
- 14:49Donc on a dû développer une nouvelle discipline qui va être interdisciplinaire et transdisciplinaire,
- 14:54donc qu'on appelle les sciences cognitives,
- 14:56dont le but c'est de comprendre les mécanismes qui façonnent le comportement,
- 14:59individuel et collectif,
- 15:00parce qu'on est des animaux sociaux,
- 15:02et on fait ça à différentes échelles,
- 15:04à différents niveaux explicatifs,
- 15:05comme on dit.
- 15:06L'échelle la plus petite,
- 15:07l'échelle micro,
- 15:08c'est l'échelle physique,
- 15:09c'est moi et mon cerveau,
- 15:10une échelle plus moyenne qu'on appelle l'échelle meso,
- 15:12c'est l'échelle sociale,
- 15:13moi et les autres,
- 15:14et enfin une échelle plus large,
- 15:15l'échelle macro,
- 15:17ma ville,
- 15:17mon quartier,
- 15:18ma culture.
- 15:20Et aujourd'hui,
- 15:21on va un peu se focaliser,
- 15:22souvent,
- 15:23quand on est dans la prise en charge médicale,
- 15:25on va dire,
- 15:26on est souvent sur le niveau micro,
- 15:28on va commencer par notre perception,
- 15:29parce que pour interagir avec le monde,
- 15:32tout commence par la perception.
- 15:33Comment est-ce qu'on passe de la perception à nos interprétations ?
- 15:36Qu'est-ce qu'on se dit dans notre tête ?
- 15:37Et comment nos représentations sont influées par autre chose que juste nos processus mentaux ?
- 15:41Et pourquoi est-ce que prendre en compte ces choses,
- 15:44c'est important dans la prise en charge,
- 15:46que ce soit en psychologie ou en dentisterie ou dans n'importe quelle prise en charge d'une personne qui vient ?
- 15:52pour du soin.
- 15:54Et donc la perception c'est nos sens,
- 15:56on n'en a pas 5,
- 15:57on en a 9,
- 15:58c'est une sorte de combat personnel que je mène pour réhabiliter les 4 autres sens qui restent.
- 16:02Notre proprioception,
- 16:03notre thermoception,
- 16:04notre capacité à sentir la chaleur,
- 16:06interoception,
- 16:07notre capacité à ressentir le corps de l'intérieur,
- 16:09et on a notre nociception,
- 16:11qui est à la base un peu de ce qu'on appelle la douleur.
- 16:14Et pendant longtemps,
- 16:15on pensait que notre perception c'est quelque chose qui est un chemin à sens unique.
- 16:20On appelle cette approche en anglais
- 16:23L'approche bottom-up,
- 16:24c'est-à-dire de l'extérieur vers l'intérieur.
- 16:26Récemment,
- 16:27dans les
- 16:2810-15 dernières années,
- 16:30on a réalisé que ce n'est pas vraiment comme ça que ça marche.
- 16:33Et donc on a découvert que notre perception,
- 16:34c'était plutôt un chemin à double sens.
- 16:37Je peux vous montrer comment ce n'est pas juste du bottom-up.
- 16:42Si vous regardez par exemple cette illusion,
- 16:43vous regardez ces voitures et vous voyez sans doute la voiture du haut comme plus grande que celle qui est au milieu,
- 16:48qui est plus grande que celle qui est en bas.
- 16:50Mais parce que je vous ai dit que c'est une illusion d'optique,
- 16:53vous vous doutez bien que ces trois voitures font exactement la même taille.
- 16:56Et si notre perception c'était juste du bottom-up,
- 16:59il n'y a aucune raison que cette illusion d'optique fonctionne.
- 17:02Ce qui est en train de se passer ici,
- 17:03c'est que votre cerveau,
- 17:04dans votre champ perceptif,
- 17:06n'est pas juste en train de recevoir de manière passive des informations du monde extérieur,
- 17:10mais en train de mélanger cette image avec nos connaissances,
- 17:14nos attentes,
- 17:15nos prédictions.
- 17:15Donc nos cerveaux sont en train d'essayer de prédire le réel,
- 17:18et on les prédit avec des règles qu'on a apprises au cours de notre vie.
- 17:21Par exemple,
- 17:22la règle qui est en train d'être appliquée ici à cette illusion d'optique.
- 17:26C'est la perspective,
- 17:27c'est une règle que vous apprenez entre 5 mois et 18 mois de vie,
- 17:31un truc par là,
- 17:32et qui dit que les objets qui sont plus proches de moi apparaissent plus grands que les objets qui sont plus loin que moi.
- 17:37On a tendance à croire qu'au moins notre perception est isolée de tout ça,
- 17:41mais en fait c'est pas du tout vrai.
- 17:42Chaque champ perceptif que vous recevez,
- 17:45que ce soit votre champ visuel,
- 17:46votre champ auditif ou n'importe quoi,
- 17:48en fait c'est le mélange de deux processus qui sont en train d'avoir lieu tout le temps en même temps.
- 17:53Des processus bottom-up qu'on a vus,
- 17:55mais qui sont en train de se faire.
- 17:55Mais c'est incomplet,
- 17:56et il y a d'autres mécanismes qui sont aussi en jeu,
- 17:58qu'on appelle les mécanismes top-down.
- 18:01Et c'est des modèles,
- 18:02des attentes,
- 18:03des connaissances qu'on a,
- 18:04qui vont venir colorer ce que vous êtes en train de voir.
- 18:08Donc ça c'est pour notre perception,
- 18:09et on va utiliser une dernière tâche perceptive pour faire le saut entre notre perception et nos cognitions.
- 18:15L'illusion est la suivante.
- 18:17Ma question pour vous est très simple.
- 18:18Je veux que les personnes qui voient cette danseuse tourner dans le sens inverse des aiguilles d'une montre,
- 18:22lèvent la main.
- 18:23Les personnes qui la voient tourner dans le sens des aiguilles d'une montre,
- 18:26les gens qui la voient changer.
- 18:27Donc déjà on a un premier problème,
- 18:29c'est que vous êtes en train de regarder la même chose,
- 18:31mais vous n'êtes pas en train de voir la même chose.
- 18:33Si vous regardez à droite puis au centre,
- 18:34elles tournent dans un sens,
- 18:35si vous regardez à gauche puis au centre,
- 18:36elles tournent dans un autre sens,
- 18:37et chacun et chacune d'entre vous peuvent la faire changer de sens,
- 18:40comme ils veulent,
- 18:41quand elles veulent,
- 18:42il suffit juste de regarder à Ausha droite,
- 18:45puis au centre.
- 18:46Si vous regardez quelques millisecondes à gauche,
- 18:47vous allez faire former ce qu'on appelle un a priori visuel,
- 18:51et votre cerveau va stabiliser l'ambiguïté de la danseuse du centre avec l'a priori visuel.
- 18:55que vous venez de voir.
- 18:56Si vous regardez un peu à droite,
- 18:57vous allez former un autre a priori visuel et vous allez stabiliser avec l'a priori que vous venez de voir.
- 19:01Il y a même certains philosophes qui disent qu'il y a autant de manières de stabiliser l'ambiguïté du réel qu'il y a d'individus.
- 19:07C'est ça qui vous rend unique.
- 19:09Vous êtes unique dans la manière dont vous complétez les informations du monde.
- 19:13Plus une situation est ambiguë à incertaine et plus je peux lui attribuer le sens que je veux.
- 19:18Par exemple,
- 19:18moi j'ai fait ma thèse sur l'anxiété,
- 19:20sur l'anxiété sociale.
- 19:22Et on peut dire que les troubles psychologiques...
- 19:25mais aussi nos personnalités.
- 19:27Quand on parle de la personnalité d'une personne,
- 19:29en fait on est en train de décrire comment elle aura tendance à stabiliser une ambiguïté.
- 19:34Avant d'arriver à l'anxiété sociale,
- 19:35on peut prendre des exemples beaucoup plus simples.
- 19:38Par exemple,
- 19:39une personne optimiste,
- 19:40c'est quoi l'optimisme ?
- 19:41C'est une description de comment une personne stabilise l'ambiguïté du futur.
- 19:44Le futur par définition est ambigu parce qu'il est incertain,
- 19:47parce qu'il n'est pas encore là.
- 19:48Une personne optimiste,
- 19:49c'est quelqu'un qui va se dire ça va bien se passer.
- 19:51Une personne pessimiste,
- 19:52c'est quelqu'un qui va se dire ça va mal se passer.
- 19:55Une personne jalouse,
- 19:55c'est quoi une personne jalouse ?
- 19:57Je prends mon téléphone,
- 19:57j'appelle la personne avec qui je suis en couple et je suis quelqu'un de jaloux.
- 20:00La personne ne répond pas,
- 20:02c'est un stimuli ambigu.
- 20:03Je ne sais pas pourquoi elle ne répond pas.
- 20:05Je vais me dire,
- 20:05elle ne répond pas parce qu'elle me trompe.
- 20:07C'est ça être jaloux.
- 20:08Ne pas être jaloux,
- 20:09c'est stabiliser cette ambiguïté en disant,
- 20:11elle ne répond pas parce qu'elle est occupée,
- 20:12elle me rappellera après.
- 20:14Et ça,
- 20:14c'est en train de se passer tout le temps,
- 20:16avec tout le monde.
- 20:17Moi,
- 20:17je vais voir mon dentiste.
- 20:20qui me donne des instructions,
- 20:22et qui me dit peut-être que tu vas avoir ça,
- 20:24je rentre chez moi,
- 20:24j'ai un nouveau truc,
- 20:26je sais pas c'est quoi,
- 20:26peut-être que je vais me dire que c'est très très grave,
- 20:29alors que peut-être ça l'est pas.
- 20:30Ça dépend de combien je suis stressé.
- 20:32Mais cette manière de stabiliser l'ambiguïté ne dépend pas juste de...
- 20:35de moi.
- 20:36Par exemple,
- 20:36dans la communication,
- 20:38et une grande partie de la prise en charge médicale,
- 20:40c'est de la communication,
- 20:41mais dans la communication,
- 20:42on peut avoir beaucoup d'incertitudes,
- 20:44beaucoup d'ambiguïtés.
- 20:45Je fais un implant et mon dentiste me donne une feuille d'instruction de ce que je dois faire.
- 20:50C'est très ambigu pour moi.
- 20:52Pour mon dentiste,
- 20:53c'est hyper clair parce que lui,
- 20:54il s'y connaît.
- 20:54Mais moi,
- 20:55je ne m'y connais pas.
- 20:55Il y a plein d'informations que je n'ai pas.
- 20:57En fait,
- 20:58le problème,
- 20:58c'est qu'on a tendance à ne pas voir l'ambiguïté.
- 21:00On a tendance,
- 21:01notre cerveau fait tout pour qu'on ait l'impression que tout est stable.
- 21:10Le comportement d'un patient qui vient vous voir ne dépend pas juste de sa personnalité.
- 21:14Ça dépend d'une interaction permanente entre trois choses.
- 21:17Ses pensées,
- 21:18sa personnalité,
- 21:18tout ça reste dans l'équation.
- 21:20Mais en plus,
- 21:21il y a son corps et il y a le contexte dans lequel il baigne.
- 21:25Et quand on n'est plus dans une vision cérébro-centrée de l'individu où je pense,
- 21:29que mon patient est en train d'agir de cette manière juste à cause de lui mais qui a une sorte de système dynamique d'interaction entre le cerveau le corps et l'environnement et là ça change beaucoup comment on prend en charge les gens donc on appelle ça la cognition incarnée un patient qui vient me voir parce qu'il a fait un burn out alors que sa vie c'était une sorte de tgv qui va à 450 km heure j'ai pas essayé de le rendre plus résilient serait
- 21:52un non sens total
- 21:54Je vais essayer de faire en sorte que son environnement aille moins vite pour qu'il puisse récupérer.
- 22:00Donc ça devient,
- 22:00est-ce que je dois tout le temps agir sur le patient,
- 22:02ou est-ce que je dois parfois agir sur l'environnement ?
- 22:05Parfois on doit prendre en charge l'individu,
- 22:07parfois on doit prendre en charge son...
- 22:09corps.
- 22:09Si quelqu'un a des algies faciales ou a des douleurs,
- 22:13a des rages de dents très souvent,
- 22:15elle devient très colérique.
- 22:16Je peux faire de la thérapie pendant des années,
- 22:18ça va rien faire.
- 22:19Il faut qu'il aille voir un dentiste.
- 22:21Et parfois,
- 22:22on doit prendre l'environnement en compte.
- 22:25Le problème du système biomédical,
- 22:27c'est que très souvent,
- 22:28derrière,
- 22:29il y a une sorte de surresponsabilisation de l'individu et une invisibilisation du contexte.
- 22:33Le contexte étant aussi les autres individus.
- 22:36Quand on étend ça à la médecine...
- 22:38Le médecin,
- 22:39il n'est plus en train de prendre en charge un patient,
- 22:41il est en train de prendre en charge des symptômes.
- 22:43On ne réalise pas qu'on a une part de responsabilité assez importante dans ça,
- 22:47parce qu'on va sur-responsabiliser l'individu et invisibiliser le contexte.
- 22:51Par exemple,
- 22:52un des exemples qui je pense vous parlera,
- 22:55où on sait et on réalise très vite qu'on n'est pas juste des cerveaux,
- 22:59c'est avec la douleur.
- 23:00La douleur,
- 23:01comme je vous ai dit,
- 23:01c'est une sorte de mélange entre un signal perceptif qu'on appelle la nociception et le ressenti de j'ai mal.
- 23:08On n'a pas de dolorimètre,
- 23:10on ne sait pas comment mesurer la douleur.
- 23:12Et on a des mesures des nerfs nociceptifs.
- 23:15On peut mesurer combien est-ce qu'un nerf de la douleur est en train de s'activer.
- 23:19Et bien quand on mesure un nerf nociceptif et on essaye de l'appareiller avec le ressenti subjectif de la personne,
- 23:24parfois ils marchent ensemble,
- 23:25parfois le nerf nociceptif est en train de péter des câbles et la personne n'a pas mal,
- 23:30parfois le nerf nociceptif est complètement...
- 23:32endormi,
- 23:33mais la personne est en train d'hurler de douleur.
- 23:35On ne sait pas comment objectiver le ressenti subjectif des gens.
- 23:39Notre gold standard,
- 23:41le nec plus ultra de la technologie pour mesurer la douleur,
- 23:44c'est combien est-ce que vous avez mal entre 0 et 10 ?
- 23:47Mais le problème avec les échelles visuelles de la douleur,
- 23:52c'est que c'est très simple pour le soignant de ne pas croire.
- 23:55Parce que si vous avez une douleur que vous n'avez pas connue,
- 23:57que vous n'avez pas vécue,
- 23:59c'est très simple de l'éviter,
- 24:01de dire,
- 24:01pfff,
- 24:02une rage dedans,
- 24:03ça va.
- 24:04Mais on ne va pas s'amuser à faire en sorte que tous les médecins et toutes les douleurs...
- 24:09Que ça marche !
- 24:10Ou bien on se retrouve avec le fameux douleur psychosomatique.
- 24:14Où en creux,
- 24:14on est en train de dire à la personne,
- 24:15en fait,
- 24:16t'as rien.
- 24:17C'est dans ta tête.
- 24:18Alors que toutes les douleurs,
- 24:19quand on n'a pas une vision réductionniste de l'humain,
- 24:21toutes les douleurs sont psychosomatiques.
- 24:23Vu que tout ce qu'on ressent est une interaction entre le corps,
- 24:27l'esprit,
- 24:27le cerveau,
- 24:28et l'environnement.
- 24:29Et ça,
- 24:30ça m'amène à ma conclusion qu'aujourd'hui,
- 24:32on a besoin d'une sorte de science de la subjectivité.
- 24:35On ne peut plus faire comme si la subjectivité de l'individu n'est pas importante parce que je suis en train de soigner une carie,
- 24:42ou parce que je suis en train de soigner un cancer,
- 24:45ou parce que je suis en train de soigner une dépression.
- 24:49La subjectivité devrait faire partie...
- 24:52une partie presque centrale dans la prise en charge médicale,
- 24:56parce que c'est elle qui peut expliquer le mieux pourquoi des gens n'adhèrent pas parfois au traitement,
- 25:02pourquoi parfois les gens ont des comportements qui peuvent paraître hyper bizarres.
- 25:06Et quand on change un peu,
- 25:07quand on inverse un peu la focale,
- 25:09on n'est plus en train de se dire un comportement,
- 25:11c'est le résultat des processus mentaux de la personne qui vient d'avoir ce comportement.
- 25:16Beaucoup de choses deviennent plus simples.
- 25:19Merci beaucoup,
- 25:19Edouard.
- 25:26C'est super intéressant.
- 25:27Vous avez compris que notre cerveau,
- 25:29dès qu'on reçoit une information,
- 25:30on l'interprète.
- 25:32Et notre patient,
- 25:33pareil.
- 25:33Du coup,
- 25:33il va falloir voir comment on concilie nos deux interprétations en tant que praticien,
- 25:37en tant que patient.
- 25:38Et peut-être pas trop se projeter non plus dans le patient,
- 25:40mais en tout cas,
- 25:41l'autre écueil,
- 25:42ce serait de ne pas du tout se projeter dans le patient.
- 25:44Donc il faut tenir compte de la spécificité,
- 25:46de la subjectivité du patient.
- 25:48Mais des fois,
- 25:49c'est difficile à doser.
- 25:50Puis il y a aussi une notion horaire qu'on a tous en libéral,
- 25:53que c'est plus rapide de se couper un peu du patient.
- 25:56Et quand on est dans l'empathie,
- 25:57ça prend un peu de temps aussi.
- 25:59Et puis en même temps,
- 25:59ça peut faire un peu plus souffrir.
- 26:01Et il y a une balance à trouver entre être un peu automatique,
- 26:04un peu script,
- 26:05un peu se projeter dans la subjectivité.
- 26:10À partir de maintenant,
- 26:11on va rentrer dans,
- 26:12espérons-t-on,
- 26:13des échanges pratiques à partir de vos expériences.
- 26:18peut-être d'expériences que vous avez eues,
- 26:20de situations complexes avec des patients ou avec des confrères ou avec votre équipe.
- 26:24Et nous irons de temps en temps,
- 26:27à la lumière de vos questions et de nos réponses et surtout de nos échanges,
- 26:31présenter d'autres petites mini-présentations qui feront l'appui,
- 26:35parce que dans cette conférence sur les compétences relationnelles,
- 26:39il est important de centrer notre présentation sur nos échanges.
- 26:45Oui,
- 26:46alors on a...
- 26:47Aurélie,
- 26:47tu vas répondre à une question.
- 26:49Moi,
- 26:49j'aurais une question.
- 26:50Nous,
- 26:50on veut être parfaits et réussir tout et tout,
- 26:54mais on a aussi en face de nous des patients qui,
- 26:57maintenant,
- 26:59laissent peu de place quand même au fait que nous,
- 27:02on ne soit pas parfaits.
- 27:03C'est-à-dire qu'ils nous demandent que la carie qu'on va soigner,
- 27:06elle dure toute la vie.
- 27:08Alors,
- 27:08moi,
- 27:08je ne pose pas d'implant,
- 27:09je ne fais que des petits mignons.
- 27:10Mais quand ils posent des implants,
- 27:12que l'implant dure toute la vie,
- 27:14que...
- 27:14Et puis,
- 27:15oui,
- 27:15mais alors là,
- 27:16vous avez fait un soin,
- 27:17il y a un bout qui a cassé.
- 27:18Ce n'est pas normal que ça soit cassé.
- 27:19Pourquoi c'est cassé ?
- 27:20Alors,
- 27:21on peut expliquer certaines choses,
- 27:23mais du coup,
- 27:23on ne peut pas tout expliquer aussi,
- 27:25tout ce qui peut arriver.
- 27:26Donc,
- 27:27c'est un peu compliqué.
- 27:29C'est vraiment ça qui est compliqué.
- 27:30Il y a le relationnel.
- 27:30Mais comment on fait pour gérer ces patients qui nous demandent à nous aussi d'être parfaits,
- 27:35alors que même sinon,
- 27:36on a compris qu'on ne pouvait pas l'être ?
- 27:38Comment on fait ?
- 27:39Je ne vais pas donner de réponse,
- 27:40mais c'est une question qu'on retrouve plusieurs fois.
- 27:42C'est un petit peu l'asymétrie qu'il y a entre...
- 27:44Les efforts que nous devons faire pour être dans de la subjectivité,
- 27:46l'individualité,
- 27:47les attentes du patient.
- 27:48Et en retour,
- 27:49on a parfois l'impression que les patients pourraient être un peu ingrats et qu'on fait beaucoup d'efforts et qu'eux,
- 27:54on peut s'adapter dans l'autre sens.
- 27:57Et donc,
- 27:57on a beaucoup de questions sur...
- 28:00Le processus d'empathie que le soignant peut avoir avec son patient pour s'adapter,
- 28:03pour répondre à ses attentes et comment faire pour ne pas en être en souffrance.
- 28:07Ce n'est pas tant de la gratification,
- 28:08c'est d'essayer de leur faire comprendre qu'il ne faut pas qu'ils s'attendent à des miracles quand c'est pas possible.
- 28:14Je vais donner un premier élément de réponse plus général et après...
- 28:19Je suis sûr que Nicolas et Jean-Noël ont des choses plus spécifiques aux soins dentaires.
- 28:23Ma réponse est très simple,
- 28:24c'est qu'il faut apprendre à partager l'incertitude.
- 28:27Le problème du modèle biomédical,
- 28:28c'est qu'on a créé une illusion qu'on a tout résolu dans le corps humain.
- 28:34Et donc les gens ne sont pas...
- 28:37ouverts à l'incertitude,
- 28:39donc ils pensent que le médecin n'est pas bon.
- 28:42Moi souvent,
- 28:43quand des personnes viennent me voir,
- 28:44des patients viennent me voir en consulte,
- 28:45la première chose presque que je leur dis,
- 28:47c'est que la psychologie moderne aujourd'hui n'est pas encore assez bonne pour avoir une prise en charge.
- 28:52efficace tout le temps et qu'il y a des chances que ça marche pas,
- 28:56qu'on doit faire autre chose etc par exemple une branche de la médecine où les patients acceptent très facilement on va dire l'incertitude alors que le diagnostic est beaucoup plus lourd c'est en oncologie avec les cancers vous acceptez qu'il y a des chances
- 29:12que vous en sortiez pas.
- 29:13Et tout le monde l'accepte,
- 29:14c'est difficile,
- 29:15et on prend en charge et tout,
- 29:16mais on l'accepte parce que,
- 29:18dans cette branche de la médecine,
- 29:20il y a cette croyance que tout ne va pas être parfait.
- 29:23Alors que dans les soins dentaires,
- 29:25en tout cas moi,
- 29:25en tant que patient,
- 29:26on va dire,
- 29:26parce qu'encore une fois,
- 29:27je ne suis pas dentiste.
- 29:29Je me dis,
- 29:29si j'ai une carie,
- 29:30si mon dentiste est bon,
- 29:32il faudrait qu'il me résolve le truc et que ma dent,
- 29:34après,
- 29:35n'ait plus de problème.
- 29:36Et je pense que ça,
- 29:37ça vient,
- 29:37c'est une responsabilité partagée.
- 29:39C'est ce qu'on dit,
- 29:40ne vous inquiétez pas,
- 29:40ça va aller.
- 29:41Et après,
- 29:41quand ça ne va pas,
- 29:43le médecin m'a dit que ça va aller et ce n'est pas en train d'aller,
- 29:45donc le médecin est mauvais.
- 29:47Quand vous,
- 29:48vous allez voir votre médecin,
- 29:50qui soit dentiste ou autre chose,
- 29:51etc.,
- 29:51vous ne voulez pas être rassuré,
- 29:53vous voulez comprendre.
- 29:55Ce n'est pas la même chose.
- 29:56Moi,
- 29:56je vais voir mon dentiste qui me dit,
- 29:57écoute Albert,
- 29:58tu as un problème là,
- 29:59et en fait,
- 30:00nos connaissances actuelles font que les taux de réussite sont de 70%.
- 30:04Si après,
- 30:04ma dent,
- 30:04elle pète,
- 30:06je me dis,
- 30:07c'est normal,
- 30:07il m'a prévenu.
- 30:08Le problème,
- 30:09c'est qu'on veut infantiliser les gens,
- 30:10et après,
- 30:11on veut qu'ils agissent comme des adultes.
- 30:13C'est comment on l'apporte ?
- 30:14Plus que le contenu.
- 30:16De ce qu'on est en train de dire aussi.
- 30:18Et ça ne veut pas dire qu'il faut avoir de l'empathie.
- 30:19Souvent,
- 30:20je dis,
- 30:20c'est l'empathie,
- 30:21c'est l'empathie.
- 30:22Je ne m'attends pas à une empathie de fou de la part de mon dentiste si je dois faire une couronne.
- 30:29Mais qu'on m'explique.
- 30:31Je suis la voix des patients.
- 30:33Et puis,
- 30:33juste pour se souvenir que la communication,
- 30:36ce n'est pas que des mots.
- 30:37Ce n'est pas juste,
- 30:38voilà,
- 30:38il y a 80%
- 30:39et tout ça.
- 30:40Il y a aussi le positionnement relationnel qu'on va...
- 30:44prendre et aider le départ.
- 30:45Et bon,
- 30:46ça vous arrive peut-être qu'il y ait des patients qui arrivent et qui disent je viens pour la première fois et on m'a dit que vous étiez le meilleur.
- 30:53C'est vrai que ça fait plaisir,
- 30:55quelques fois où on l'entend,
- 30:56alors que des fois il y en a qui disent je vous aime pas,
- 30:58vous les dentistes.
- 30:59c'est cool il y en a un en fait ça moi je prends plus je sais pas ce que je dis mais soit je dis faut pas croire tout ce que disent les autres ou alors ouais bah je fais de mon mieux et puis des fois il y en a qui sont contents ça c'est pas une histoire de communication c'est juste de
- 31:16se mettre en position basse et d'être conscient qu'on connait pas tout donc ça c'est sur la position à partir du moment où on sait ça bah en fait perso ce que je communique c'est que je ne sais pas
- 31:28ne sais pas,
- 31:29des fois.
- 31:30Ça,
- 31:30il y a des études scientifiques qui disent qu'on a plus confiance dans le praticien qui dit qu'il est vulnérable que dans le praticien qui est parfait.
- 31:37Donc ça,
- 31:37c'est la première chose.
- 31:38Et donc,
- 31:39qu'est-ce que c'est la conséquence concrète pour nous,
- 31:41cliniciens ?
- 31:42En fait,
- 31:42c'est du coup de donner le choix,
- 31:44de faire une décision partagée avec le patient.
- 31:47Je ne donne absolument jamais qu'une seule solution au patient.
- 31:50Jamais.
- 31:51Je lui dis,
- 31:51ben,
- 31:52voilà,
- 31:52là,
- 31:53par rapport à,
- 31:54je sais pas,
- 31:55votre dent absente,
- 31:56on a quatre solutions.
- 31:57La première,
- 31:58c'est rien
- 31:58faire,
- 31:59avec des avantages et inconvénients.
- 32:01Si vous ne faites rien,
- 32:01l'avantage,
- 32:02c'est que pendant un temps,
- 32:03vous ne viendrez pas me voir,
- 32:04vous ne passerez pas de temps ici,
- 32:05c'est cool.
- 32:06L'inconvénient,
- 32:07c'est que c'est possible que du coup,
- 32:08ça s'abîme ailleurs et qu'il faudra passer plus de temps après.
- 32:11En fait,
- 32:11ce que je fais,
- 32:12c'est que j'essaye de partager la responsabilité de la réussite du parcours de soins.
- 32:19On a une question sur l'ingénieur comportemental,
- 32:21la médication,
- 32:22est-ce une solution ?
- 32:24La question,
- 32:25c'est mais alors,
- 32:25la médication chimique n'est pas toujours la solution.
- 32:29Je ne sais pas si c'est pour la santé mentale ou dans les soins dentaires,
- 32:33mais dans la santé mentale,
- 32:35clairement,
- 32:36la médication n'est pas toujours la solution.
- 32:40Voire parfois,
- 32:42on préfère ne pas donner selon la représentation des patients.
- 32:45C'est-à-dire,
- 32:45si j'ai un patient qui est un peu,
- 32:47ou même très déprimé,
- 32:49mais qui est complètement réfractaire aux antidépresseurs,
- 32:51je ne vais jamais lui dire,
- 32:54soit c'est les antidépresseurs,
- 32:55soit tu vas souffrir toute ta vie.
- 32:57On va essayer de travailler ensemble pour éviter l'antidépresseur.
- 33:01Et lui,
- 33:01tout seul,
- 33:02il va réaliser que si ce n'est pas en train de marcher,
- 33:04il sait qu'il y a cette option.
- 33:06Il sait qu'il est réfractaire.
- 33:08On va attendre et voir.
- 33:09De toute façon,
- 33:09c'est lui qui est en train de souffrir.
- 33:11Moi,
- 33:11je vais un peu...
- 33:12comme ce que dit
- 33:13Nicolas. Je vais expliquer que,
- 33:15voilà,
- 33:15juste sache que cet outil existe,
- 33:17je comprends tes réticences,
- 33:19je vais essayer de te persuader de le faire,
- 33:21juste que si la souffrance devient très importante,
- 33:23peut-être que ça vaut le coup.
- 33:24Mais je ne vais pas te mettre la pression,
- 33:26c'est toi qui souffres,
- 33:26pas moi.
- 33:28Un peu comme le patient qui ne veut pas arranger sa dent,
- 33:32il faut juste qu'on lui explique l'enjeu.
- 33:40Je trouve qu'à un moment donné,
- 33:43quand ça devient très complexe,
- 33:46c'est important aussi que nous,
- 33:48on dise,
- 33:49là,
- 33:50je décide qu'on fasse comme ça.
- 33:53Parce que par rapport aux accompagnants,
- 33:55par rapport aux parents,
- 33:57ils peuvent être,
- 33:59eux,
- 33:59dans une grande difficulté de se dire...
- 34:01Si c'est moi qui prends la décision,
- 34:03est-ce que je prends vraiment la bonne décision ?
- 34:05Et comme ensuite ils repartent avec leur enfant,
- 34:09la personne à qui ils accompagnent,
- 34:11nous quelque part on fait autre chose,
- 34:13on passe à autre chose.
- 34:15Alors qu'eux ils repartent avec cette éventuellement forme de culpabilité de dire est-ce que j'ai pris la bonne décision ?
- 34:21Donc je pense que c'est important aussi qu'à un moment donné je suis tout à fait d'accord sur le partage de la décision.
- 34:27Mais à un moment donné parfois c'est moi qui décide.
- 34:30Et je prends la charge de la décision.
- 34:33Grève,
- 34:34merci.
- 34:35Ça fait partie aussi des trucs.
- 34:37C'était 14h,
- 34:38c'était pas super sympa de vous faire de la philo des sciences.
- 34:40Mais c'est pour ça que je disais tout à l'heure que ce qui comptait,
- 34:45c'est un processus.
- 34:46Il n'y a pas de procédure là.
- 34:48Est-ce qu'à chaque fois,
- 34:50je laisse les parents dehors ou est-ce que je les mets dedans ?
- 34:52En fait,
- 34:53ça dépend.
- 34:53Il n'y a pas besoin d'être un expert en communication,
- 34:55juste communiquer sur pourquoi on est ensemble.
- 34:57En fait,
- 34:58on est ensemble là pour soigner l'enfant.
- 35:00Pour soigner votre enfant,
- 35:01j'ai besoin de...
- 35:03Dès que ça commence à être ambigu aussi,
- 35:04je reviens sur ça.
- 35:05C'est pourquoi on est là.
- 35:06Pourquoi moi je suis là...
- 35:07Pourquoi vous,
- 35:07vous venez ?
- 35:09Je ne suis pas là pour vous faire la morale,
- 35:10vous n'êtes pas là non plus pour m'expliquer la vie ou je ne sais pas quoi.
- 35:14On est là juste pour soigner votre enfant.
- 35:15En fait,
- 35:16plus c'est complexe et plus il faut agir en conscience des conséquences.
- 35:20Au lieu d'agir en connaissance de cause.
- 35:22agissez en connaissance des conséquences.
- 35:26J'assume la conséquence de choisir ça.
- 35:30En fait,
- 35:31l'incertitude,
- 35:31on la partage avec les patients.
- 35:33On ne prend pas tout le poids sur nos épaules.
- 35:36Mais le patient,
- 35:37il veut être certain d'une chose,
- 35:38c'est qu'on soit là pour lui.
- 35:40L'incertitude,
- 35:42c'est celle-là qu'il faut forger.
- 35:44C'est-à-dire qu'on prenne des décisions avec lui ou que parfois on s'impose parce que dans la finalité,
- 35:50on est là pour lui.
- 35:51La certitude,
- 35:52c'est que le patient comprenne qu'on est là,
- 35:54qu'on fait ce métier et qu'on l'accueille parce qu'on est là pour lui.
- 35:58Et ça,
- 36:00il faut qu'on se crée les conditions,
- 36:02que ce soit évident.
- 36:12Alors je vais vous embêter,
- 36:13mais on a vraiment 3-4 questions sur l'empathie,
- 36:16comment bien se positionner pour qu'il n'y en ait pas trop pour ne pas souffrir,
- 36:19et en même temps il y a même une question sur comment on fait ça en 30 minutes vu le tarif horaire,
- 36:24et donc comment se positionner la quantité d'empathie sans en souffrir tout en étant efficient et faire ressentir aux patients qu'on est vraiment là pour lui personnellement,
- 36:32donc comment doser l'empathie ?
- 36:34Je pense que le problème vient du mot empathie,
- 36:36c'est à dire quand on imagine l'empathie,
- 36:38on imagine qu'on est en train de pleurer ensemble et...
- 36:42Moi aussi j'ai mal.
- 36:44Ma prochaine phrase va être bizarre,
- 36:45mais on n'a pas particulièrement besoin d'empathie.
- 36:48On a besoin de comprendre.
- 36:50Il est parfois pesant d'être empathique avec nos patients.
- 36:52Ils ne peuvent pas se contenter qu'on soit juste sympathique ?
- 36:56Si,
- 36:56on peut se contenter d'être sympathique,
- 36:58mais au-delà de la sympathie et de l'empathie,
- 37:00c'est d'essayer de voir comment ils sont en train de voir le truc.
- 37:04C'est un peu cette notion de premier ordre,
- 37:05second ordre,
- 37:06troisième ordre.
- 37:06C'est comment est-ce que la personne me représente ?
- 37:09Comment est-ce que je la représente ?
- 37:11Et l'empathie,
- 37:13pour moi,
- 37:13c'est plus dans des maladies chroniques,
- 37:16des choses comme ça.
- 37:17Mais je pense que très peu de gens vont chez leur dentiste et s'attendent à pleurer dans leurs bras.
- 37:22C'est plus,
- 37:23j'ai besoin de sentir qu'on n'est pas en train d'essayer de maximiser la vitesse avec laquelle je ne devais pas repartir.
- 37:30Si on peut juste faire sentir à la personne,
- 37:32moi parfois j'ai des journées hyper chargées,
- 37:35c'est plus dans mon attitude,
- 37:37la journée chargée c'est mon problème,
- 37:38c'est pas le problème des gens qui viennent me voir,
- 37:40donc même si j'ai,
- 37:41c'est vraiment genre le rush où j'ai été en retard à un rendez-vous,
- 37:43donc mes rendez-vous sont en train de s'en gêner,
- 37:45je vais prendre le temps,
- 37:47et dès que je ferme la porte...
- 37:49Je suis comme en train de courir partout pour avoir le temps de boire un verre d'eau avant le rendez-vous d'après.
- 37:57Le but,
- 37:57c'est de donner l'illusion,
- 37:59s'il le faut,
- 38:00c'est pas très grave,
- 38:02que...
- 38:03je suis là présent avec la personne et que je vais prendre en charge autre chose que juste son symptôme.
- 38:10Jean-Noël va nous présenter quelques notions sur cette thématique.
- 38:13Pour répondre à la question,
- 38:15comment je fais pour déployer l'empathie dans ma pratique,
- 38:18on n'a pas de recette et on s'est promis de ne pas donner de recette et de ne pas simplifier le message.
- 38:23Par contre,
- 38:23on peut élaborer des cadres,
- 38:26cadres d'organisation.
- 38:29Par exemple,
- 38:29la structuration d'une consultation qui nous permet de faire émerger ce qu'on peut appeler l'empathie.
- 38:34Mais en fait,
- 38:34c'est la démonstration,
- 38:35comme je l'ai dit tout à l'heure,
- 38:37qu'on est là pour le patient.
- 38:38Il n'attend que ça.
- 38:39Quand vous,
- 38:40en tant que patient,
- 38:41vous allez voir un soignant,
- 38:42vous attendez juste qu'il vous écoute et qu'il soit là dans le lieu où vous vous rencontrez pour vous.
- 38:48Eh bien,
- 38:49on peut structurer une consultation de cette manière en faisant de temps en temps des recadrages.
- 38:55Bien sûr,
- 38:55ce n'est pas une recette.
- 38:57Bien sûr,
- 38:57c'est adaptatif.
- 38:59Mais quand même,
- 38:59ça aide.
- 39:01Cette structuration de la consultation,
- 39:03elle a fait l'objet d'une publication avec nos confrères et amis canadiens.
- 39:07Je suis super content qu'il y ait dans la salle Christophe Bedos,
- 39:10qui est la personne qui a décrit le modèle biopsychosocial en antisterie,
- 39:15sur lequel je reviendrai peut-être tout à l'heure.
- 39:17Et donc,
- 39:18cette approche clinique,
- 39:20c'est cinq étapes qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre.
- 39:24Encore une fois,
- 39:24on peut toujours revenir en arrière,
- 39:25on peut en zapper une,
- 39:26mais au départ,
- 39:27quand on veut favoriser une structuration qui fasse émerger cette...
- 39:31évidence qu'on est là pour le patient c'est un cadre qui aide beaucoup qui personnellement moi dans mon exercice aux urgences dentaires à l'hôpital dans les premières années m'a aidé beaucoup la première étape d'une approche clinique dite centré sur la personne c'est
- 39:46d'écouter d'écouter attentivement non pas en mode anamnèse mais en mode curiosité qui êtes vous qu'est ce qui se passe pourquoi vous venez aujourd'hui quand c'est la première fois que je rencontre un patient
- 39:59On a avec lui une conversation franche et naturelle,
- 40:01on ne va pas essayer dans cette phase d'exploration d'aller chercher le diagnostic de la pulpite irréversible,
- 40:07même si ça crie aux yeux.
- 40:09Je ne parle pas de pratique hospitalière mais de pratique en privé puisque cette étude,
- 40:14on a testé cette approche en pratique libérale.
- 40:17Et cette première étape,
- 40:18juste d'écouter,
- 40:20non pas pour manipuler le patient,
- 40:21pour lui montrer qu'on écoute,
- 40:23mais vraiment pour s'intéresser à lui,
- 40:24parce que ça va pouvoir influencer notre démarche diagnostique et thérapeutique,
- 40:28on l'a chronométré,
- 40:28c'est entre 2 et 3 minutes.
- 40:30Et puis des fois c'est 5 secondes.
- 40:32C'est qu'est-ce qui vous emmène,
- 40:33j'ai très mal,
- 40:34ok,
- 40:35donc on s'occupe de la douleur aujourd'hui,
- 40:36oui,
- 40:36ok.
- 40:37Mais néanmoins,
- 40:38on pose la question...
- 40:40Qu'est-ce qui vous emmène aujourd'hui ?
- 40:41Et puis on peut être amené à développer un peu plus dans les situations où de la complexité émerge de ce ou de ces motifs de consultation.
- 40:48Donc dans cette étape,
- 40:49on va valider émotionnellement ce que dit le patient.
- 40:53S'il dit qu'il vient parce qu'il a des caries à cause des extraterrestres,
- 40:55on va dire que c'est d'accord.
- 40:58Non pas pour le manipuler,
- 40:59mais parce que c'est intéressant de rentrer dans sa vie et dans ses représentations.
- 41:02Vous avez vu tout à l'heure,
- 41:03les représentations constituent notre construction du réel.
- 41:06Comment il construit ce réel-là ?
- 41:08C'est intéressant en plus d'être sincèrement curieux de sa vision du monde.
- 41:12Donc il est important d'adopter une position basse de Palo Alto.
- 41:15Je ne suis pas l'expert qui va répondre avec certitude à ton problème.
- 41:19Je suis le soignant qui va essayer de faire quelque chose pour répondre à ton problème.
- 41:23Ça me permettra ensuite de partager mes incertitudes.
- 41:27À ce moment-là,
- 41:27je ne suis pas légitime pour aller contredire la représentation du patient.
- 41:32Je l'écoute,
- 41:32je le respecte,
- 41:33je valide tout.
- 41:34Parce que je ne suis pas légitime,
- 41:35je n'ai pas fait l'examen clinique.
- 41:38Une fois qu'on a exploré la personne et sa singularité,
- 41:43on va passer à une étape,
- 41:44quand on est dans une situation d'urgence ou de première consultation,
- 41:47de diagnostic que vous connaissez bien et ce n'est pas l'enjeu d'aujourd'hui,
- 41:50de faire la synthèse des tests paracliniques,
- 41:53etc.
- 41:53Néanmoins,
- 41:54c'est une phase super importante,
- 41:56cette phase qu'on pourrait assimiler à la phase cartésienne de la consultation.
- 41:59Quels sont les signes décrits par la science que l'on va pouvoir lister ?
- 42:04Et à ce stade,
- 42:05un autre recadrage fréquent,
- 42:07c'est d'éviter d'anticiper sur la notion de traitement.
- 42:10Le recadrage que l'on fait souvent avec les patients à ce moment-là,
- 42:13c'est qu'on a une liste de diagnostics.
- 42:17Vous avez trois lésions carieuses,
- 42:19une maladie parodontale et deux édentements.
- 42:22Et là,
- 42:23le patient va nous demander combien ça coûte.
- 42:26C'est un peu tôt pour répondre à cette question,
- 42:28dans la mesure où on ne sait pas encore dans quelle direction on va aller.
- 42:31On va peut-être aller vers des abstentions thérapeutiques.
- 42:33Parce qu'on n'a pas encore pris le temps de partager ces diagnostics,
- 42:37de discuter un tout petit peu des incertitudes liées à chacun des traitements.
- 42:41Et quelque chose d'important aussi,
- 42:43qu'il faut je pense définitivement assumer de notre part,
- 42:46c'est qu'on ne liste pas avec nos patients l'ensemble des pathologies de sa bouche.
- 42:50Dans une bouche,
- 42:51il y a beaucoup de diagnostics que vous assumez ne pas être un problème,
- 42:55parce que vous sentez bien que c'est...
- 42:56Ça ne correspond pas aux attentes du patient.
- 42:59Et ça,
- 42:59c'est normal.
- 43:00C'est normal parce que ça n'a pas émergé de la discussion et de la compréhension des motifs et des besoins du patient.
- 43:07Et donc ensuite vient cette phase importante de quelques instants,
- 43:11où avant de parler de plan de traitement,
- 43:14on va parler de qu'est-ce qui se passe en termes de besoins.
- 43:17Quels sont vos besoins par rapport au diagnostic que je comprends être important pour vous ?
- 43:21On parle de plus en plus de co-diagnostic,
- 43:23on fait beaucoup de co en ce moment.
- 43:25Cette notion de co-diagnostic est quand même très intéressante.
- 43:28On va discuter,
- 43:29prendre un peu de temps pour être ouvert aux questions sur la maladie et sur les besoins.
- 43:35Et ensuite,
- 43:36on a l'autoroute pour la prise de décision partagée.
- 43:39Vous savez,
- 43:40la prise de décision partagée,
- 43:41c'est une discipline à part entière.
- 43:42Il y a des congrès de prise de décision partagée.
- 43:45Ça a du sens que si ça s'inscrit,
- 43:48c'est important,
- 43:48mais ce n'est pas central de partager les décisions.
- 43:50Il y a tout le reste qui va avec.
- 43:52Il y a la compréhension et l'attitude générale et l'organisation de la structure de soins pour qu'émerge cette prise de décision partagée.
- 44:00On va éviter,
- 44:01par exemple,
- 44:02quand on a une approche centrée sur la personne,
- 44:04la notion de soin sous condition.
- 44:06C'est-à-dire,
- 44:07je te fais un soin si tu me prouves que tu te brosses les dents.
- 44:11Et on ne prend pas donc sur soi le poids de la responsabilité d'un événement indésirable ensuite.
- 44:16Pas seul.
- 44:16On l'a partagé avec le patient.
- 44:18On a été ce qu'on appelle assertif dans certains courants de pensée.
- 44:22On a pu exprimer nos doutes.
- 44:26Et donc,
- 44:26on fait souvent un dentaire.
- 44:27Vous voyez bien du temps notre allié.
- 44:30C'est-à-dire,
- 44:30là,
- 44:30je ne suis pas certain du diagnostic.
- 44:32Je ne sais pas si c'est un aft ou une lésion.
- 44:35Revenez dans une semaine.
- 44:36Si c'est un aft,
- 44:37il n'y sera plus.
- 44:38Dans une semaine,
- 44:39on pourra éventuellement faire...
- 44:41à des explorations plus poussées.
- 44:44Donc en termes de diagnostic et thérapeutique,
- 44:46c'est important aussi de considérer le temps pour in fine envisager en cinquième temps le stade de l'intervention où là on va aussi adapter nos interventions à nos patients.
- 44:57On va essayer d'adapter nos actions,
- 45:00non pas à ce qu'on fait uniquement dans la bouche,
- 45:01même si c'est notre corps de métier,
- 45:03le temps principal que l'on y passe,
- 45:05mais aussi à envisager des actions sur les déterminants de santé.
- 45:09Au-delà de la sphère dentaire,
- 45:10on s'adapte au contexte du patient pour façonner,
- 45:14confectionner notre phase d'intervention,
- 45:19considérant bien sûr qu'il y a toute cette dimension d'anxiété et de douleur dont il va falloir pousser la curiosité dans notre attitude pour savoir comment on s'adapte au patient vis-à-vis de l'anxiété que représentent nos actes.
- 45:39Donc ce que je veux dire c'est que être un praticien au niveau méso-systémique,
- 45:44avoir dans son dans son calepin concrètement des confrères à qui on va pouvoir facilement adresser des patients au delà de la sphère dentaire.
- 45:54est quelque chose qui permet beaucoup de réduire le stress professionnel.
- 45:59Voilà pour la structuration de la consultation,
- 46:02qui permet donc,
- 46:03si je synthétise,
- 46:05de créer le cadre de l'éclosion d'une empathie qui n'a même pas besoin d'être exprimée,
- 46:11ni d'être forcée.
- 46:12Merci infiniment,
- 46:14parce que je trouve que ça répondait parfaitement à cette question qui revenait beaucoup sur l'empathie.
- 46:18Merci beaucoup,
- 46:18Jean-Nel.
- 46:25Donc la prévention est-elle un traitement de l'environnement du patient ?
- 46:29Si on a un modèle biomédical en tête,
- 46:32non.
- 46:33Si on a un modèle biopsychosocial en tête,
- 46:35oui.
- 46:36Je vais aller vite,
- 46:38parce que ce qui va répondre directement à la question,
- 46:41c'est plutôt la fin de cette mini-présentation.
- 46:45Juste,
- 46:45si on s'ancre sur la philosophie des sciences,
- 46:48j'appuie ce que j'ai dit tout à l'heure.
- 46:50En modèle biomédical,
- 46:51la prévention ne s'adapte pas trop dans le contexte dentaire.
- 46:55parce que ça n'intéresse pas trop la recherche,
- 46:57parce qu'on ne va pas s'intéresser à des maladies mais à leur prévention.
- 47:01Donc on n'a pas tout le continuum science-industrie qui va s'intéresser et faire de la recherche dans de la prévention.
- 47:07Donc ça ne marche pas très bien.
- 47:09Par contre,
- 47:09si on s'intéresse à des philosophies plus constructivistes,
- 47:12sur des finalités,
- 47:13la finalité de notre profession c'est que les gens soient en meilleure santé buccodentaire,
- 47:17alors on va adopter des modèles dits biopsychosociaux.
- 47:21Et donc dans les modèles biopsychosociaux,
- 47:23Ce que j'ai évoqué tout à l'heure,
- 47:26la structuration d'une consultation est une conséquence de l'adoption d'un modèle biopsychosocial,
- 47:31où on va vouloir comprendre le patient,
- 47:33vous retrouvez les différentes phases de tout à l'heure,
- 47:35envisager des possibilités et co-décider,
- 47:37et co-intervenir.
- 47:39Ça c'est ce que j'ai décrit tout à l'heure avec la structuration d'une consultation.
- 47:43C'est la conséquence directe de ce socle théorique.
- 47:47Quand on l'étend,
- 47:48À ce qu'Albert a décrit tout à l'heure,
- 47:50que la vie et la santé en particulier,
- 47:53il est bon de l'envisager selon un prisme allant du microsystème de l'individu au méso-système.
- 47:59Un de vos méso-systèmes,
- 48:00c'est votre cabinet dentaire,
- 48:01l'organisation à l'échelle de votre structure de soins.
- 48:05Et si on l'élargit au macrosystème,
- 48:07à la société,
- 48:08au programme de santé publique par exemple,
- 48:11ce qui est intéressant c'est qu'on va pouvoir avoir la même approche de vouloir comprendre les choses.
- 48:17décider des choses et intervenir.
- 48:20Ce socle de comprendre,
- 48:22décision,
- 48:22intervention a constitué ce qu'on a écrit avec Christophe et
- 48:27Narek, le modèle Montréal-Toulouse,
- 48:30où on va trouver comme super important pour la profession,
- 48:34individuellement et collectivement,
- 48:36de s'intéresser à comprendre la population.
- 48:39C'est ce qu'on fait quand on fait des études épidémiologiques,
- 48:41par exemple.
- 48:42Donc c'est important d'essayer de comprendre ce que veulent les gens aujourd'hui.
- 48:46Et parce que ça va pouvoir avoir une influence sur l'évolution de notre profession.
- 48:50Quelques petites conséquences,
- 48:51là j'ai parlé de choses théoriques,
- 48:53mais les conséquences d'avoir un modèle biopsychosocial en tête,
- 48:55ça va être par exemple qu'on ne va plus considérer l'anamnèse mais la conversation.
- 48:59à l'échelle clinique.
- 49:01Si l'objectif c'est la santé des gens,
- 49:03la prévention est quelque chose de naturellement à exercer en cabinet et à l'échelle sociétale.
- 49:09On va éviter dans un modèle biopsychosocial de considérer la santé générale comme étant disjointe de la santé orale.
- 49:17Et donc qu'est-ce que ça veut dire ouvrir les rôles des chirurgiens dentistes,
- 49:23ouvrir l'action des soins dentaires à d'autres professions ?
- 49:28Dans une approche biopsychosociale,
- 49:30au niveau individuel,
- 49:31en clinique,
- 49:32on va mettre en œuvre tout ce qu'il faut pour que cette empathie puisse émerger du soin.
- 49:37Il faut aussi s'investir à l'échelle pas que individuelle,
- 49:40mais aussi méso-systémique et macro-systémique pour que le métier évolue et les partenariats avec d'autres métiers de la santé puissent émerger.
- 49:54On a plusieurs questions qui reviennent sur la même thématique.
- 49:57Comment réagir face à un patient qui arrive avec ses idées préconçues,
- 50:01de type « je et le dentiste » ,
- 50:03ou ses dogmes qui seraient en opposition avec les données scientifiques ?
- 50:07Jean-Lune,
- 50:07par exemple.
- 50:08Auriez-vous des conseils sur la gestion des personnes à qui la relation est difficile,
- 50:11avec un a priori d'emblée négatif sur la profession,
- 50:14parfois très exigeant,
- 50:15quelqu'un qui n'est pas dans l'écoute du diagnostic et dans la méfiance ?
- 50:19Nicolas,
- 50:20Jean-Noël,
- 50:20quelqu'un ?
- 50:21Pour moi,
- 50:21un qui est vraiment important.
- 50:23Avec le patient,
- 50:24c'est de réduire l'ambiguïté.
- 50:25Quand un patient arrive et il dit « je vous hais,
- 50:28vous voulez dentiste » ,
- 50:30en fait,
- 50:30c'est hyper ambigu,
- 50:31on ne sait pas de quoi il parle.
- 50:32Donc la première chose que je lui demande,
- 50:34et trouvez vos propres trucs,
- 50:35je ne suis pas en train de dire « il faut que vous disiez ça » .
- 50:38Moi,
- 50:38je lui dis « mais qu'est-ce que vous n'aimez pas quand vous consultez chez le dentiste ? »
- 50:42Je veux juste savoir de quoi il parle,
- 50:43en fait.
- 50:44Ou « qu'est-ce qui ne s'est pas bien passé quand vous avez… »
- 50:47consulter les dernières fois.
- 50:48Et là,
- 50:49en fait,
- 50:49en général,
- 50:50ça redevient beaucoup plus concret.
- 50:52Merci Nicolas.
- 50:59Nicolas,
- 50:59tu parlais de culture de cabinet,
- 51:01je crois.
- 51:01Avez-vous des conseils pour former nos assistantes,
- 51:04surtout les jeunes,
- 51:04qui n'ont pas forcément le vécu nécessaire aux relations humaines ?
- 51:07Est-ce que nos assistantes,
- 51:08elles s'auto-forment,
- 51:09ou est-ce que tu les formes ?
- 51:11J'ai vraiment plein plein plein de formations sur ça et je pense que pour nous,
- 51:16ce qui me semble le plus intéressant,
- 51:17c'est de se former à l'entretien motivationnel.
- 51:21Pourquoi je pense que c'est intéressant ?
- 51:22D'abord parce qu'il publie énormément.
- 51:24Ensuite,
- 51:25c'est dans le domaine de la santé.
- 51:26C'est pas du marketing,
- 51:27c'est pas essayer de manipuler les patients et tout ça.
- 51:29D'accord.
- 51:30Comme ils publient beaucoup scientifiquement,
- 51:32j'ai pu voir en 15 ans une grosse évolution.
- 51:35Donc,
- 51:37il y a un truc sain.
- 51:38L'entretien motivationnel,
- 51:39ça existe depuis maintenant 40 ans et ils publient énormément.
- 51:43Et ils ont beaucoup changé.
- 51:44Et ce qui est cool,
- 51:45c'est qu'avant,
- 51:46c'était vraiment sûr.
- 51:47Ça a été créé pour faire face aux gens qui étaient addicts à l'alcool,
- 51:51au tabac et tout ça.
- 51:53Et en fait,
- 51:53maintenant,
- 51:53il y a tout un champ qui étudie vraiment les trucs pour nous.
- 51:56Et il y a un bouquin qui s'appelle...
- 51:59pratique de l'entretien motivationnel communiqué en consultation avec le patient.
- 52:05Et c'est vraiment hyper concret pour nous.
- 52:07Perso,
- 52:08les formations relationnelles,
- 52:09je les fais tout le temps avec les assistantes.
- 52:16À quel moment est-il légitime de mettre fin à un acte voire au suivi du patient ?
- 52:22En fait,
- 52:23je ne sais pas en soins dentaires c'est comment,
- 52:25mais en psychologie,
- 52:27au début de la thérapie,
- 52:30on est assez clair,
- 52:31aussi bien moi que la personne qui vient me consulter,
- 52:33sur quelles sont les conditions pour que la thérapie s'arrête.
- 52:37Je ne sais pas si un patient commence à me tabasser,
- 52:39je ne vais pas lui dire on se voit la semaine prochaine.
- 52:43Je vais avoir peur.
- 52:44Et si moi je commence à tabasser le patient,
- 52:46je ne suis pas sûr qu'il va revenir la semaine d'après.
- 52:48Il faut qu'il y ait des sortes de limites.
- 52:51C'est pas parce que vous êtes...
- 52:52En fait,
- 52:52ça,
- 52:52le truc de l'empathie et tout,
- 52:53ça revient un peu autour de la même chose.
- 52:56C'est pas parce que vous êtes soignant que vous êtes soudainement plus humain.
- 53:00Vous devez accepter tout et jamais rien dire et tout accepter et être tout le temps dans...
- 53:06le contrôle,
- 53:06etc.
- 53:07Parfois,
- 53:08on s'énerve.
- 53:09C'est comme dans tous les métiers.
- 53:10Je sais pas,
- 53:10c'est un peu le truc de le client et roi qui est en train d'être étendu à tous les domaines de la société et qui est néfaste dans tous les domaines de la société.
- 53:17C'est pas parce que je vais dans un hôtel que je veux parler comme de la merde aux réceptionnistes.
- 53:21Il faut qu'ils me supportent.
- 53:22Vous savez ce que je vous ai dit par rapport à mes associés ou collaborateurs ou assistantes et tout ça ?
- 53:28On l'a fait en équipe avec les patients.
- 53:30C'est-à-dire,
- 53:31pour nous,
- 53:32qu'est-ce qui serait indispensable pour que ça marche bien avec les patients ?
- 53:36Qu'est-ce qui serait inacceptable ?
- 53:37Et on est tous d'accord en fait.
- 53:38Et c'est très contextuel parce que,
- 53:40par exemple,
- 53:40à l'hôpital,
- 53:41quand les patients viennent et qu'ils cherchent une réponse et qu'ils ne trouvent pas de dentiste et qu'on est la dernière roue de leur charrette,
- 53:50et qui commencent en entrant dans la porte à nous insulter,
- 53:53on a une autre vision.
- 53:55On les accueille et on voit ce qu'on peut faire.
- 53:57S'ils continuent après,
- 53:58ok,
- 53:58on appelle la sécurité.
- 54:00Et voilà,
- 54:00c'est des cadres à poser selon les contextes de lieu d'exercice.
- 54:04Merci beaucoup à tous pour votre participation.
- 54:12Je voulais savoir ce que vous avez retenu de la séance.
- 54:15C'est parlé.
- 54:16parler avec le patient,
- 54:17parler avec ses associés,
- 54:18parler avec son assistante et puis s'exprimer de façon simple et de façon entière et naturelle.
- 54:24Qu'est-ce qui va vous rester le plus et vous êtes le plus utile dans votre pratique en rentrant au cabinet ?
- 54:28Ce que j'ai compris,
- 54:29c'est qu'il faut peut-être être un peu plus gentil aussi avec nous les dentistes parce que peut-être que parfois il y a des situations conflictuelles qu'on craigne nous dentistes.
- 54:39Et ça,
- 54:40il y a plusieurs choses là,
- 54:41Albert qui en a parlé.
- 54:44Je me suis vu parfois me dire,
- 54:45peut-être que là,
- 54:46je suis peut-être montée un peu en pression.
- 54:47Pas forcément,
- 54:48je n'ai peut-être pas forcément verbalisé avec le patient,
- 54:50mais en moi,
- 54:51j'ai senti quelque chose monter,
- 54:53pas une colère,
- 54:54mais là,
- 54:55je n'aime pas le patient,
- 54:56comment il a réagi.
- 54:56En fait,
- 54:57peut-être ça va me permettre de redescendre ça en me disant,
- 54:59ouais,
- 54:59non,
- 54:59mais en fait,
- 55:00là,
- 55:00ouais.
- 55:01Je pense qu'on a tellement l'habitude dans notre formation initiale et dans les formations post-universitaires d'avoir des protocoles que là,
- 55:06en fait,
- 55:07ils ne nous donnent pas un protocole.
- 55:08Non,
- 55:08non.
- 55:09Ils nous donnent des pistes de réflexion.
- 55:10De réflexion,
- 55:11ouais.
- 55:11En tout cas,
- 55:11moi,
- 55:12j'arrive à un moment de ma pratique où
- 55:13La technique,
- 55:14c'est facile.
- 55:15Mais par contre,
- 55:15gérer l'évolution de la population et avoir des outils supplémentaires pour communiquer.
- 55:26Moi,
- 55:26ce que je retiens de cette séance,
- 55:28c'est qu'il y a un côté très déculpabilisant et en même temps,
- 55:34prise de conscience de la responsabilité qu'on a.
- 55:37C'est toujours un petit peu ambivalent,
- 55:39mais à la fois,
- 55:40on n'a pas toutes les clés en main.
- 55:42Donc on ne peut pas se responsabiliser de tout.
- 55:45Mais par contre,
- 55:47je ne suis pas non plus à dire qu'il faut que les patients portent leurs responsabilités,
- 55:51leurs problèmes ou leurs douleurs.
- 55:53Je pense que c'est ce que disait Nicolas,
- 55:55c'est un dialogue permanent et c'est oser peut-être aussi exprimer certaines choses,
- 56:01comme dire que là on ne sait pas,
- 56:03ou de dire que là on n'est pas à l'aise avec la façon dont la personne s'exprime ou dit les choses.
- 56:09Donc j'ai trouvé que c'était une séance qui...
- 56:10faisait du bien en fait.
- 56:18Ce que j'ai perçu aussi,
- 56:19c'est beaucoup de liens avec la séance d'hier sur l'épuisement professionnel,
- 56:25parce que je pense que c'est aussi ces problèmes de communication qui souvent conduisent à des problèmes d'épuisement,
- 56:31et ça fait beaucoup écho aussi à la conférence que je vais présider vendredi,
- 56:37sur le consentement,
- 56:38parce que je pense que c'est un peu tout lié.
- 56:45Alors là où je suis vraiment content,
- 56:47c'est qu'on ait abordé cette thématique de la communication,
- 56:49qui reste quand même super rare dans les formations des dentistes en général,
- 56:53et même encore un petit peu au sein du congrès de l'ADF,
- 56:56parce que cette notion de communication,
- 56:57les mots,
- 56:58ils sont encore plus importants que nos gestes techniques et nos matériaux.
- 57:06Je pense que les sciences cognitives peuvent apporter une autre vision que le modèle biomédical et contribuer à montrer pourquoi on ne peut pas réduire un humain ni à son cerveau ni à ses symptômes.
- 57:19Parce que par définition,
- 57:20les sciences cognitives sont interdisciplinaires et transdisciplinaires.
- 57:23Donc on va essayer d'allier des connaissances de la philosophie,
- 57:26de l'anthropologie,
- 57:26de la sociologie,
- 57:27de la neurosciences,
- 57:28de la neurologie,
- 57:29pour essayer d'avoir une vision plus complète de notre fonctionnement.
- 57:32En fait,
- 57:32aujourd'hui,
- 57:32on ne sait pas comment on fonctionne.
- 57:34Clairement,
- 57:34on sait comment fonctionnent certaines parties,
- 57:36on sait comment fonctionne une synapse,
- 57:37comment fonctionne un neurone,
- 57:38comment pousse une dent,
- 57:39etc.
- 57:40Mais l'humain,
- 57:40dans son expérience subjective,
- 57:42on ne sait pas encore,
- 57:43et les sciences cognitives peuvent avoir un rôle important,
- 57:47j'espère,
- 57:47ou je pense,
- 57:48pour développer une science de la subjectivité.
- 57:50En fait,
- 57:50pendant trop longtemps,
- 57:51on a mis de côté la subjectivité des humains en se disant que ce qui compte,
- 57:54c'est l'objectivation.
- 57:55Aujourd'hui,
- 57:56on est en train de réaliser qu'il y a des choses qu'on n'arrive pas à objectiver,
- 57:59comme la douleur,
- 58:00par exemple.
- 58:01Je pense que cette science de la subjectivité peut très bien venir des sciences cognitives.
- 58:10C'est quoi l'essence de ce que vous avez dit,
- 58:11le plus important à retenir,
- 58:13qui leur sera le plus utile ?
- 58:16En fait,
- 58:16d'appliquer ce qu'on a fait avec la salle.
- 58:19C'est-à-dire que les choses les plus intéressantes ne sortent pas spécialement du contenu de ce qu'on a mis,
- 58:25mais de l'interaction avec eux,
- 58:26le fait d'avoir écouté leurs problématiques,
- 58:28puis après de faire rebondir avec ce qu'on a mis.
- 58:30qu'on avait à dire,
- 58:31là ça a créé quelque chose de beaucoup plus intéressant et il me semble que faire ça avec les patients souvent ça fonctionne comme ça aussi de les écouter juste en fait ça fait émerger plein de trucs qu'on n'imaginait pas et on peut comprendre du coup pourquoi ça ne fonctionnait pas avec d'autres patients voilà
- 58:53Je dirais avec d'autres mots à peu près la même chose,
- 58:55c'est-à-dire que l'ancrage scientifique des principes de communication pour nourrir des relations est quelque chose qui est récent dans l'histoire des sciences et qu'il est important de ne pas tomber dans les dérives que l'on peut avoir sur des approches de communication avec des étiquetages de patients,
- 59:13de s'ouvrir à la créativité,
- 59:14à la curiosité pour adapter nos thérapeutiques mais aussi nos diagnostics à l'individualité de chaque patient.
- 59:27Je dirais de sortir de cette notion qu'une personne saine,
- 59:32c'est une personne sans pathologie et qu'il faut plus de conditions pour arriver à être bien.
- 59:38C'est pas parce que je sais pas quelqu'un a mal à la dent et quand il ressort du cabinet,
- 59:41il a la plus mal à la dent que c'est assez pour dire ok j'ai prise en charge.
- 59:45Que la prise en charge,
- 59:46c'est une prise en charge d'un agent humain qui a des potes,
- 59:51qui a une vie et que c'est pas juste la prise en charge d'un symptôme ou d'un problème.
- 1:00:00J'espère que cet échange vous a permis de découvrir des perspectives intéressantes,
- 1:00:04des outils concrets et peut-être même des pistes de réflexion pour vos pratiques quotidiennes.
- 1:00:08Une chose est certaine,
- 1:00:09dans notre métier,
- 1:00:10humain et complexe,
- 1:00:11nous apprenons autant des autres que de nous-mêmes.
- 1:00:14Un grand merci à nos intervenants,
- 1:00:15Nicolas,
- 1:00:16Albert et Jean-Noël,
- 1:00:17pour leur générosité et leur expertise,
- 1:00:19ainsi qu'au public pour ces questions toujours pertinentes.
- 1:00:27Dans le prochain et dernier épisode de cette série spéciale ADF,
- 1:00:30nous poursuivrons cette exploration des enjeux humains de la pratique dentaire,
- 1:00:33mais cette fois-ci avec un focus tout particulier sur un sujet encore peu abordé,
- 1:00:37le consentement du patient.
- 1:00:39Cette table ronde,
- 1:00:40que j'ai eu l'honneur de présider,
- 1:00:41réunit des intervenants venant d'horizons différents,
- 1:00:44deux dentistes,
- 1:00:45deux représentants du dentaire,
- 1:00:46une première à l'ADF,
- 1:00:48et une parfaite parité avec deux hommes et deux femmes.
- 1:00:51Préparez-vous à un échange riche et équilibré autour de ce thème incontournable entre points de vue diversifiés et réflexions partagées.
- 1:00:59Merci à l'ADF,
- 1:01:00à Maxime Wattieu pour la composition musicale et les ajustements sur mesure,
- 1:01:03à Jade Piolle pour les illustrations et à Pauline Bussy pour la prise de son et le montage.