Latest / Le centre de gravité / IA et emploi : pas l'apocalypse, la bascule
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- 0:00Épisode IA et emploi pas l'apocalypse, la bascule.
- 0:05Chapitre un, le faux duel. On nous propose 2 récits trop
- 0:10simples, soit l'i a va supprimer le travail, soit elle ne
- 0:14changera presque rien. Le vrai mouvement est plus
- 0:17discret et plus profond. Si l'on écoute le débat public,
- 0:202 scénarios reviennent en boucle, le premier, la machine
- 0:23arrive, les postes tombent, le travail humain recule d'un coup.
- 0:26Le 2nd, rien de très grave, juste un outil de plus, un
- 0:29logiciel plus pratique que les précédents.
- 0:32Les 2 scénarios sont trop simples, car ce que montrent
- 0:35déjà les données européennes, ce n'est ni une hécatombe, ni une
- 0:37stabilité tranquille. C'est un déplacement.
- 0:40Imaginez une direction d'entreprise.
- 0:42Personne ne dit, nous allons remplacer 100 personnes demain
- 0:45matin, ce serait trop brutal, trop visible, trop faux aussi.
- 0:48En revanche, on peut très bien dire autre chose, nous allons
- 0:51investir, gagner du temps, automatiser une partie des
- 0:54tâches. Et réévaluer nos besoins de
- 0:56recrutement. C'est ainsi que la bascule
- 0:59commence en mars 2026. Une note de blog publiée par la
- 1:02Banque centrale européenne, signée Laura Lebastard et David
- 1:06Sanderman, s'appuie sur l'enquête SAFE menée en 2025
- 1:09auprès d'environ 5000 entreprises.
- 1:12Leur conclusion, à première vue, paraît presque anti climatique.
- 1:16En termes globaux de création et de destruction d'emplois, il n'y
- 1:19a pas encore de différence significative entre les
- 1:21entreprises qui déclarent utiliser l'i a.
- 1:24Et celle qui ne l'utilise pas. Mais il faut rester une 2nde de
- 1:27plus dans le texte. Les entreprises qui utilisent
- 1:30fréquemment l'i a ont environ 4% de chances en plus d'embaucher.
- 1:33Celles qui investissent dans l'i a ont environ 2% de probabilité
- 1:37supplémentaire d'embaucher. Et l'effet est particulièrement
- 1:40liés aux usages de recherche, d'innovation, de déploiement à
- 1:43court terme. Donc l'i a peut très bien
- 1:47coexister avec davantage d'embauches.
- 1:48Le problème, c'est qu'on confond souvent 2 questions.
- 1:53La première est ce que l'i a détruit déjà massivement des
- 1:56postes visibles dans les statistiques.
- 1:58La 2nde est ce qu'elle commence à modifier la structure du
- 2:01travail, les profils recherchés, la forme des postes, la valeur
- 2:05des tâches. À la première, la réponse
- 2:08européenne est pour l'instant pas vraiment.
- 2:10À la 2nde, la réponse est déjà oui.
- 2:13Une entreprise peut embaucher davantage tout en rendant
- 2:16certaines fonctions plus fragiles.
- 2:18Elle peut croître tout en fermant certaines portes
- 2:20d'entrée. Elle peut gagner en productivité
- 2:23sans provoquer tout de suite de chômage massif, mais en
- 2:26changeant déjà la hiérarchie entre ce qui compte, ce qui se
- 2:29paie, ce qui forme et ce qui devient remplaçable.
- 2:32C'est cela le point de départ de cet épisode.
- 2:35Ce qui bouge n'est pas seulement le nombre d'emplois, c'est leur
- 2:38centre de gravité. Chapitre 2, les chiffres ne
- 2:42disent pas la même chose les études s'accumulent, les
- 2:46chiffres circulent et le débat se brouille.
- 2:49Pourtant, une fois remis dans le bon ordre, ils décrivent moins
- 2:53une contradiction qu'un changement d'échelle.
- 2:56Pour parler sérieusement dia de l'emploi, il faut d'abord faire
- 2:58un geste très simple, séparer les questions.
- 3:01La BCE regarde l'effet observé à court terme dans les entreprises
- 3:03européennes. Le Forum économique mondial,
- 3:05dans son future of jobs Report 2025, travaille à l'échelle
- 3:07mondiale sur un horizon plus long et projette d'ici 2030
- 3:1092000000 d'emplois supprimés et 170000000 créés.
- 3:11Le solde net est positif, mais un solde positif ne veut pas
- 3:15dire transition douce. Il peut décrire un système qui
- 3:17crée plus qu'il ne détruit tout en détruisant énormément.
- 3:20Ajoutons PwC, son global AI jobs Barometer 2025 montre une montée
- 3:22rapide de la demande de compétences liées à l'i a.
- 3:31Une prime salariale très forte sur ces postes en France, le
- 3:34pays ressort même comme l'un des marchés européens les plus
- 3:36dynamiques sur ce terrain. Ce signal là ne parle pas
- 3:39d'emploi détruit, il parle de rareté, donc de valeur.
- 3:41Ajoutons encore les travaux qui raisonnent en exposition ou en
- 3:44automatisation potentielle des tâches, là le tableau devient
- 3:47plus dur. Une partie significative des
- 3:49emplois est exposée, surtout dans les économies avancées, et
- 3:52une part non négligeable des compétences actuelles pourrait
- 3:54devenir obsolète ou perdre de la valeur dans les prochaines
- 3:57années. On comprend alors pourquoi les
- 3:58chiffres donnent parfois l'impression de se contredire.
- 4:01En réalité, ils regardent des couches différentes du même
- 4:03phénomène, l'un mesure le stock d'emploi, l'autre mesure les
- 4:06flux de création et de destruction, un 3e mesure
- 4:09l'exposition des tâches, un 4e mesure la prime accordée aux
- 4:12nouvelles compétences. 1/5 mesure la perception des
- 4:15employeurs. Ce n'est pas la même chose de
- 4:17demander combien de postes ont disparu, combien de profils sont
- 4:20recherchés, quelles tâches sont automatisables, quelles
- 4:22compétences deviennent plus rentables.
- 4:24Et c'est précisément parce qu'on mélange ces niveaux qu'on
- 4:26fabrique de faux paradoxes. À court terme, l'emploi global
- 4:29peut tenir pendant que les tâches changent.
- 4:31Une entreprise peut embaucher davantage tout en dévalorisant
- 4:34certaines fonctions. Le chômage peut ne pas bondir
- 4:36pendant que les seuils d'entrée, eux, se referment.
- 4:39La bonne lecture est donc la suivante, le court terme rassure
- 4:42sur les volumes, le moyen terme inquiète sur la composition et
- 4:45le long terme pose une question plus difficile encore, une
- 4:48économie peut-elle rester solide si elle change trop vite les
- 4:50règles par lesquelles on apprend, on progresse et on
- 4:54accède à la valeur. Le stock rassure, le flux
- 4:55raconte autre chose, et c'est dans ce flux que l'i a commence
- 4:58déjà à redessiner le marché du. Travail, chapitre 3.
- 5:01L'i a avance par les tâches, elle ne remplace pas un métier
- 5:04d'un seul coup. Elle commence plus bas, plus
- 5:06finement en retirant morceau par morceau, ce qui était assez
- 5:10standard pour être formalisée. Voilà sans doute l'erreur la
- 5:13plus répandue dans ce débat, imaginez que l'automatisation
- 5:15frappe des professions entières comme un marteau.
- 5:18En réalité, l'i a avance autrement, elle entre par les
- 5:20tâches. Imaginez une journée de travail
- 5:22ordinaire dans une équipe support marketing ou juridique,
- 5:25une recherche à faire, une note à résumer, un premier mail à
- 5:28rédiger, un tableau à qualifier, une demande client à reformuler.
- 5:32Pris séparément, rien d'extraordinaire, mais mis bout
- 5:35à bout, ces gestes occupent déjà une large part des journées.
- 5:37Et ce sont précisément eux que l'i a s'est absorbé le plus
- 5:40vite. Une recherche documentaire, une
- 5:42première synthèse, une reformulation, une réponse
- 5:45standardisée, un tri, une qualification, une vérification
- 5:48simple. Pris isolément, cela paraît
- 5:51modeste. Additionné, ces gestes forment
- 5:52déjà une grande partie du travail quotidien, dans
- 5:54l'administratif, le juridique standardisé, la comptabilité, le
- 5:58marketing, le support, l'analyse de premier niveau.
- 6:01Cela change profondément la carte des vulnérabilités.
- 6:04Pendant longtemps, l'imaginaire de l'automatisation a surtout
- 6:07visé le travail Manuel répétitif.
- 6:09Avec l'i a générative, ce sont des tâches cognitives bien
- 6:12installées dans les bureaux qui deviennent plus facilement
- 6:14compressibles. Pas parce qu'elles seraient sans
- 6:16valeur, mais parce qu'elles sont assez codifiables pour être
- 6:18reproduites à bas coût. Il faut insister ici sur un
- 6:22point essentiel, ce n'est pas le prestige d'un métier qui le
- 6:24protège, ce n'est même pas toujours son niveau de
- 6:26qualification. Ce qui protège, c'est
- 6:28l'incertitude réelle de la tâche, la nécessité du jugement,
- 6:31l'ambiguïté du contexte. La responsabilité, l'interaction
- 6:35avec un réel mal structuré. Autrement dit, le diplôme ne
- 6:38protège pas une tâche standardisable.
- 6:40Une fonction très diplômée mais très formalisée peut être plus
- 6:43exposée qu'un métier, moins valorisé socialement mais ancrée
- 6:46dans le monde physique, l'adaptation, l'improvisation
- 6:49située la ligne de fracture ne passe donc plus proprement entre
- 6:52cols blancs et cols Bleus, entre intellectuels et manuels.
- 6:55Elle passe entre ce qui peut être converti en procédure et ce
- 6:58qui résiste encore à cette conversion.
- 6:59Cela explique pourquoi les fonctions support sont déjà sous
- 7:03tension, ce que l'i a ne fait pas parfaitement.
- 7:05Elle le fait souvent assez bien pour transformer l'équation
- 7:08économique. Et dans beaucoup
- 7:09d'organisations, assez bien suffit déjà pour redéfinir un
- 7:12poste, rétrécir un périmètre ou modifier une fiche de fonction.
- 7:16Le grand déplacement est là. L'i a ne remplace pas encore des
- 7:19métiers dans bloc. Elle les désosse tâche par tâche
- 7:22et quand assez de morceaux deviennent automatisables, le
- 7:24poste ne disparaît pas toujours, mais il change de nature, de
- 7:28prix, de statut. Chapitre 4, les débuts de
- 7:31carrière. Une économie peut absorber une
- 7:33technologie nouvelle sans licencier massivement.
- 7:35Elle peut aussi plus discrètement cesser d'ouvrir
- 7:38certaines portes. Et ce sont souvent les plus
- 7:40jeunes qui s'en aperçoivent d'abord.
- 7:42Le point de rupture le plus sous-estimé est peut être là,
- 7:44pas au sommet des organisations, pas dans les postes les plus
- 7:47expérimentés, mais à l'entrée. Imaginez une équipe qui hier
- 7:50encore, embauchait un junior pour faire les premières
- 7:53recherches, préparer une note, assembler une première version.
- 7:56Aujourd'hui, ce travail passe d'abord par un outil, le manager
- 7:59relie, corrige, arbitre et finit par se.
- 8:01Demander s'il a encore besoin d'ouvrir le poste, c'est souvent
- 8:04comme cela que la porte se referme, sans grand plan social,
- 8:07sans annonce spectaculaire, juste parce que le calcul
- 8:09change. Pendant longtemps, les juniors
- 8:11ont servi de variable d'apprentissage.
- 8:13Il coûtait moins cher bien sûr, mais surtout, ils prenaient en
- 8:16charge le travail préparatoire, collecte, tri, recherche
- 8:19première version, exécution encadrée, tâches intermédiaires.
- 8:23Ce travail n'était pas seulement utile à l'organisation, ils
- 8:25fabriquaient aussi lentement les professionnels de demain.
- 8:28Or, c'est précisément cette couche de travail que l'i a.
- 8:31Le plus vite, une première note, une synthèse, un brouillon, une
- 8:35réponse standard. Tout ce qui servait de SAS
- 8:37d'entrée devient plus facile à produire sans embauche
- 8:40supplémentaire. Et quand cette couche devient
- 8:42moins coûteuse à automatiser, l'intérêt économique d'ouvrir un
- 8:45poste junior recule. C'est là que le sujet devient
- 8:48sérieux. Une entreprise peut continuer à
- 8:50avoir besoin d'expertise senior tout en ayant moins de raisons
- 8:53d'embaucher des profils débutants.
- 8:54Elle peut vouloir des gens capables d'arbitrer, de valider,
- 8:57de piloter, sans vouloir financer autant de phases
- 9:00d'apprentissage. Le marché.
- 9:01Peut alors rester globalement stable tout en se fermant par le
- 9:04bas. Le risque ici n'est pas
- 9:06seulement qu'un poste disparaisse, c'est que la
- 9:08machine retire une partie des tâches qui servaient de marche
- 9:10d'accès vers les postes plus qualifiés.
- 9:12Si ces étapes disparaissent, alors la production future
- 9:15d'expertises humaines devient elle même plus fragile.
- 9:18On ne remplace pas seulement du travail, on fragilise aussi les
- 9:21conditions dans lesquelles on apprenait à bien travailler.
- 9:23Plusieurs signaux venus du marché du travail pointent déjà
- 9:26dans cette direction. Davantage d'entreprises hésitent
- 9:29à ouvrir des postes très junior quand l'i a peut absorber.
- 9:31Une partie du travail initial et certaines catégories de diplômés
- 9:35rencontrent un marché plus difficile, non parce qu'elles
- 9:37seraient devenues inutiles, mais parce que leur point d'entrée
- 9:40est devenu moins évident économiquement.
- 9:42C'est peut être là le vrai choc. Il y a non pas la fin du travail
- 9:45en général, mais là fragilisation des débuts de
- 9:47carrière. Une économie peut sembler saine
- 9:49tout en rendant l'accès à l'expérience plus rare.
- 9:52Et si l'entrée devient plus étroite, alors l'inégalité ne se
- 9:55joue plus seulement dans les salaires, elle se joue dans
- 9:57l'accès même à la trajectoire chapitre 5.
- 10:00La valeur remonte quand certaines ?
- 10:01Les tâches deviennent abondantes, elles se paie moins.
- 10:04Ce qui reste rare n'est plus simplement le savoir, c'est le
- 10:06jugement, le contexte, la responsabilité.
- 10:09Il faut finir par la question décisive.
- 10:11Le vrai enjeu de l'i a n'est pas seulement de savoir combien
- 10:14d'emplois restent, c'est de savoir ce qui garde de la
- 10:16valeur. Imaginez maintenant la scène
- 10:18inverse, le poste existe toujours, la personne aussi.
- 10:21Officiellement rien n'a disparu, mais la tâche qui prenait hier
- 10:24une journée n'en prend plus que 2 h.
- 10:26Le travail reste là mais il ne vaut plus la même chose.
- 10:28C'est souvent ainsi que commencé la dévalorisation sans
- 10:31suppression. Visible avec une lente baisse du
- 10:33prix du périmètre, du poids dans l'organisation.
- 10:36Car un poste peut très bien survivre tout en perdant ce qui
- 10:39faisait sa force économique, son prix, son autonomie, son pouvoir
- 10:42de négociation, sa rareté. Une tâche qui prend 2 h au lieu
- 10:46d'une journée grâce à l'i a ne disparaît pas forcément, mais
- 10:49elle n'est plus rémunérée. De la même manière, elle cesse
- 10:51d'être un centre de valeur pour devenir une commodité.
- 10:54C'est ainsi que le marché du travail peut changer sans
- 10:56s'effondrer. Le travail reste, mais sa
- 10:58hiérarchie se déplace, ce qui devient abondant se paie moins.
- 11:01Ce qui résiste reste cher, et ce qui résiste dans beaucoup de cas
- 11:05n'est pas l'information brute, ni même la compétence générale,
- 11:08c'est le jugement, la capacité à trier, à vérifier, à arbitrer
- 11:12dans un contexte imparfait, à engager sa responsabilité, à
- 11:15comprendre non seulement ce qui est plausible, mais ce qui est
- 11:18juste, utile, applicable. Voilà pourquoi la valeur
- 11:21remonte, elle se déplace des couches d'exécution vers les
- 11:24couches d'arbitrage des tâches intermédiaires, vers les
- 11:26fonctions qui gardent le contexte de la production
- 11:29standard vers la décision située.
- 11:30Cela a 2. La première est individuelle, le
- 11:34vrai risque n'est pas toujours de perdre son poste, mais de
- 11:36voir son travail devenir interchangeable.
- 11:38La 2nde est collective. Une économie qui laisse trop
- 11:41vite s'effondrer la valeur des tâches intermédiaires prend le
- 11:44risque d élargir l'écart entre une petite élite très productive
- 11:47très outillée et une masse de fonctions appauvries, pilotées,
- 11:50comprimées. Il ne s'agit donc pas seulement
- 11:52d'apprendre à utiliser l'i a, il s'agit de savoir ce qui en vous
- 11:56reste décisif quand l'exécution devient abondante.
- 11:59Dans ce nouveau régime, la compétence n'est plus
- 12:01simplement. De faire, c'est de faire faire,
- 12:03de contrôler, de reprendre la main au bon moment.
- 12:06Le sujet n'est pas la fin du travail, c'est la nouvelle
- 12:08hiérarchie du travail. Et cette hiérarchie se
- 12:10réorganise déjà sous nos yeux à bas bruit, sans grand scène
- 12:13spectaculaire, mais avec des effets très concrets sur
- 12:16l'entrée, la progression et la valeur de chacun.
- 12:19Vous écoutiez I à et emploi pas l'apocalypse, la bascule.
- 12:22Merci de votre écoute.