Latest / Africa Fashion Tour / Justine Sow, l'autrice de Wax Paradoxe
Transcript
- 0:00J'ai découvert le mouvement Nowax,
- 0:02dont j'ignorais l'existence,
- 0:04dans des livres écrits par des historiennes de l'art.
- 0:07Et je me suis dit,
- 0:08c'est super intéressant,
- 0:09ce sera ma façon,
- 0:13en incarnant ce mouvement Nowax dans un personnage,
- 0:15ce sera ma façon d'aborder la question de l'appropriation culturelle,
- 0:18mais sous un autre angle.
- 0:20Parce que je me suis clairement questionnée sur,
- 0:24est-ce que je vais parler d'appropriation culturelle,
- 0:27et comment ?
- 0:28Est-ce que je suis capable,
- 0:29moi,
- 0:30d'apporter quelque chose de pertinent à ce débat à propos duquel j'ai l'impression que tout a déjà été dit ?
- 0:39Est-ce qu'il n'y a pas un risque là d'apporter du bruit au bruit,
- 0:46d'alimenter potentiellement les polémiques en fait ?
- 0:48Et ça,
- 0:48je ne voulais vraiment pas.
- 0:49Ça,
- 0:49c'est un truc que je ne supporte pas.
- 0:51Je ne veux pas alimenter les polémiques.
- 0:52Moi,
- 0:52je veux nourrir le débat.
- 0:54Je veux potentiellement...
- 0:57nourrir les lecteurs et lectrices qui,
- 0:59après,
- 0:59peut-être,
- 1:00dans le meilleur des cas,
- 1:03pourront porter un regard peut-être un peu plus éclairé sur les questions et se positionner.
- 1:11Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour.
- 1:14Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain.
- 1:19Je vous invite à voyager à Abidjan,
- 1:21Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux,
- 1:25responsables
- 1:26et ambitieux.
- 1:27Au fil des interviews,
- 1:28je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement de la créativité africaine sur le continent et au-delà.
- 1:35Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour représenter un éventail de tissus,
- 1:42de savoir-faire et de créativité,
- 1:44souvent sous-représentés.
- 1:46Je suis Ramata Diallo,
- 1:47je suis professeure de marketing dans des écoles de mode parisiennes et je suis également consultante spécialisée dans l'accompagnement de porteurs de projets
- 1:55qui veulent lancer leur marque de mode.
- 1:56En 2017,
- 1:57j'ai hésité à ma première Fashion Week en Afrique.
- 2:00Et depuis,
- 2:01je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique.
- 2:07Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision de la mode africaine.
- 2:16Aujourd'hui,
- 2:16je suis en compagnie de Justine So,
- 2:18l'autrice de la bande dessinée Wax Paradox.
- 2:20Justine est journaliste à la télévision belge et diplômée de l'école Saint-Luc de Bruxelles en bande dessinée.
- 2:26Wax Paradox est son premier album publié en tant que scénariste et dessinatrice.
- 2:31Son album a été présenté lors du lancement de l'exposition Wax au Musée de l'Homme à Paris.
- 2:36Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous parler de son parcours,
- 2:39de sa BD et de sa vision du wax.
- 2:41Bienvenue Justine,
- 2:43comment vas-tu ?
- 2:44Merci.
- 2:45Merci,
- 2:45bonjour Amata,
- 2:46ça va très bien,
- 2:47merci pour l'invitation.
- 2:48Écoute,
- 2:49c'est moi qui te remercie de l'avoir accepté.
- 2:51On s'est rencontré au Musée de l'Homme lors de l'avant-première de la présentation de l'exposition Wax.
- 3:00Et du coup,
- 3:01on se retrouve aujourd'hui pour pouvoir discuter du cas des Wax Paradox.
- 3:05Donc on va commencer cette interview comme je le fais toujours,
- 3:08je vais te demander de te présenter.
- 3:10Moi,
- 3:10je m'appelle Justine Saut.
- 3:12Je suis née à Bruxelles,
- 3:14où j'ai grandi.
- 3:16Mon père vient de Guinée-Conakry.
- 3:19Il est né dans les montagnes du Fouta,
- 3:21des Peules.
- 3:22Et ma maman était belge,
- 3:23donc je suis issue de ce métissage.
- 3:25J'utilise le terme métissage parce qu'il n'y a pas encore,
- 3:28je trouve,
- 3:28d'autres mots qui peuvent décrire mieux ce qu'on vit.
- 3:31Même si le métissage,
- 3:32il peut être culturel,
- 3:34il peut être social,
- 3:34il peut être économique,
- 3:35il peut être de plein de genres différents.
- 3:37Et donc moi,
- 3:38ma famille,
- 3:39elle est comme ça,
- 3:40elle est considérée comme mixte.
- 3:42Et moi,
- 3:43je n'ai jamais vécu en Afrique.
- 3:45Je suis allée seulement trois fois dans le cadre de vacances.
- 3:48Donc la Guinée,
- 3:49c'est un pays que je connais peu.
- 3:51Et ayant évolué et grandi à Bruxelles,
- 3:54c'est ici que j'ai fait mes études.
- 3:56Donc je suis diplômée de journalisme en 2008.
- 3:59J'ai commencé à travailler en tant que journaliste directement.
- 4:02Donc ça fait 15 ans que je suis journaliste maintenant.
- 4:04Et j'ai aussi un diplôme en migration,
- 4:10relations interculturelles et diversité ethnique que j'ai fait à l'Université libre de Bruxelles,
- 4:16en collaboration avec l'Université de Liège,
- 4:19en Wallonie,
- 4:20en Belgique,
- 4:22parce que c'est des questions qui m'intéressent beaucoup et que j'avais envie de creuser.
- 4:25Donc,
- 4:25j'ai fait ça en 2016.
- 4:27Et puis,
- 4:28après,
- 4:28encore sur le tard,
- 4:30j'ai eu envie de...
- 4:31De revenir au dessin,
- 4:32de découvrir ce que c'était que de créer une œuvre d'art.
- 4:38J'ai entrepris des études en bande dessinée à Saint-Luc,
- 4:41qui est une école d'art assez réputée ici à Bruxelles.
- 4:44On a de la chance de l'avoir.
- 4:45Je ne savais pas qu'on pouvait apprendre à faire de la bande dessinée dans une école.
- 4:49Et quand j'ai découvert ça,
- 4:50je me suis inscrite,
- 4:50donc je suis passée à mi-temps.
- 4:54pour avoir plus de temps,
- 4:55pour pouvoir suivre les cours en cours du jour,
- 4:59et pas en cours du soir.
- 5:00C'était quelque chose d'assez intéressant,
- 5:02parce que je me suis retrouvée avec des jeunes de 18 ans qui commençaient leur cursus en école supérieure.
- 5:09Et moi,
- 5:09j'arrivais au milieu de tous ces jeunes pour apprendre à dessiner,
- 5:13pour apprendre à scénariser,
- 5:14pour apprendre à raconter des histoires en cours de dessiné.
- 5:18Ok,
- 5:18super intéressant.
- 5:19Ce que j'aime bien dans ce que tu expliques là,
- 5:21c'est que tu retournais à l'école en fait.
- 5:26Après avoir eu ton premier diplôme de journaliste,
- 5:29tu as travaillé,
- 5:30et puis à un moment donné,
- 5:32tu reprends des études.
- 5:33Comment ça s'est fait ce cheminement-là ?
- 5:37J'ai dit retourner à l'école.
- 5:39Ça a été très long.
- 5:40J'identifie deux ou trois périodes de ma vie qui ont...
- 5:44qui ont vraiment joué,
- 5:45et notamment mon mariage.
- 5:46Je me suis mariée en 2017,
- 5:50ici à Bruxelles,
- 5:50avec mon mari.
- 5:51Mon mari est artiste peintre.
- 5:54Dans leur discours de mariage,
- 5:56je fais vraiment une petite parenthèse perso,
- 5:58mais c'est vrai que ça explique comment j'en suis arrivée là.
- 6:01Et dans leur discours de mariage,
- 6:02mon père et ma sœur ont tous les deux répété que ça ne les étonnait pas,
- 6:07que j'épouse un artiste,
- 6:08et rappelle-toi,
- 6:09tu dessinais tout le temps,
- 6:10quand tu étais petite,
- 6:11souviens-toi,
- 6:12tu faisais ça du matin au soir.
- 6:15Et puis ma sœur a beaucoup parlé de la présence de l'art visuel à la maison,
- 6:19ou d'instruments de musique qui traînaient un peu à gauche,
- 6:21à droite.
- 6:23Mon père,
- 6:23il ne fait pas de musique,
- 6:25mais il nous a par exemple...
- 6:26beaucoup parlé de l'importance de la flûte traversière chez les Peules.
- 6:32Et du côté de ma mère,
- 6:33j'avais une grand-mère qui dessinait,
- 6:36qui faisait de la sculpture,
- 6:37qui faisait de la peinture,
- 6:38qui faisait du piano,
- 6:39qui m'a appris tout ça.
- 6:40J'ai eu beaucoup de chance à ce niveau-là.
- 6:42Et donc,
- 6:43l'art était quand même présent un peu comme un terrain de jeu,
- 6:46en fait,
- 6:47pour ma sœur et moi.
- 6:48On jouait avec les vinyles de nos parents qu'on mettait sur le tournevisque,
- 6:51on regardait les pochettes,
- 6:54on s'amusait avec tout ça.
- 6:55Et tout d'un coup,
- 6:56en fait,
- 6:57ça m'a rappelé que ça a toujours été très important pour moi.
- 7:01Et je ne sais pas très bien pourquoi j'ai arrêté de dessiner à un moment.
- 7:05J'étais ado,
- 7:05je passais à autre chose.
- 7:07Je me suis éloignée de tout ça.
- 7:08Et là,
- 7:09je ne sais pas très bien expliquer pourquoi ni comment,
- 7:11mais en tout cas,
- 7:11c'est devenu une obsession à partir de ce moment-là.
- 7:13Je me suis dit,
- 7:13il faut absolument que je me reconnecte au dessin,
- 7:16à qui j'étais quand j'étais enfant,
- 7:17à ce qui me faisait vibrer quand j'étais plus petite.
- 7:20Et donc,
- 7:21à partir de ce moment-là,
- 7:22j'ai cherché des cours du soir en dessin,
- 7:24en modèle vivant.
- 7:25Donc,
- 7:26je n'avais jamais fait ça de ma vie.
- 7:29Donc,
- 7:29le modèle vivant,
- 7:30c'est vous entrez dans une classe et il y a une personne qui retire ses vêtements et qui pose pour vous.
- 7:36Donc,
- 7:36c'est quand même pas rien comme exercice quand on n'a jamais fait ça.
- 7:39Moi,
- 7:39je ne me suis jamais retrouvée dans cette situation-là avant de reprendre des cours.
- 7:43J'étais très impressionnée et j'ai pris des cours de modèle vivant pour apprendre à dessiner le corps humain.
- 7:50Et ensuite,
- 7:51il y a d'autres exercices qui vous apprennent à dessiner la perspective,
- 7:55les immeubles,
- 7:55les choses en mouvement,
- 7:57qui nous apprennent à voir le monde différemment.
- 8:00Donc,
- 8:01apprendre le dessin,
- 8:03ou en tout cas réapprendre le dessin à 35 ans,
- 8:05ça a été un bouleversement dans ma vie parce que vous voyez la réalité différemment en termes de masse,
- 8:11en termes de couleurs,
- 8:12de valeurs,
- 8:12de teintes.
- 8:14Vous comprenez le rythme,
- 8:15le mouvement dans les choses.
- 8:16Vous comprenez pourquoi un paysage vous semble beau.
- 8:19Alors qu'avant,
- 8:20vous regardez,
- 8:20vous dites « oui,
- 8:21c'est beau » ,
- 8:21mais quand vous avez cet enseignement artistique,
- 8:24vous comprenez ce qui crée en fait cette sensation de beauté.
- 8:28Et ça,
- 8:30je trouve très précieux d'avoir cette chance de voir la réalité qui est sous nos yeux d'une autre façon.
- 8:36Et puis,
- 8:36j'en voulais plus,
- 8:37je dessinais tout le temps,
- 8:38tout le temps,
- 8:38tout le temps.
- 8:39Il y a eu une période où je n'ai même plus vu mes amis parce que je restais chez moi à dessiner,
- 8:44dessiner,
- 8:45dessiner parce que ça me procurait vraiment une sensation très agréable parce que...
- 8:49On est un peu dans une forme de méditation aussi quand on dessine.
- 8:53Et donc,
- 8:55puisque j'adorais le dessin,
- 8:57que j'ai toujours adoré le cinéma,
- 8:58que j'adore la narration,
- 8:59que j'adore le scénario,
- 9:01quand je regarde un film,
- 9:02je m'amuse toujours à analyser un petit peu,
- 9:04à me dire « Ah,
- 9:04mais pourquoi ils ont fait faire cette action-là à ce personnage ?
- 9:09Est-ce qu'ils auraient pas pu mieux faire,
- 9:12de présenter des choses autrement ?
- 9:13Ou alors je vais être attentive à la façon dont on présente un personnage féminin ? »
- 9:18dont on le met en scène,
- 9:19est-ce que c'est pas stéréotypé ?
- 9:21Et ce personnage afro-descendant,
- 9:23pourquoi on lui fait faire ça ?
- 9:26Quel rôle il a dans l'histoire ?
- 9:28Je me suis dit,
- 9:29si je fais le résumé de tout ça,
- 9:31le dessin,
- 9:32le scénario,
- 9:32la narration,
- 9:33la mise en scène,
- 9:35et le fait de vouloir raconter des histoires,
- 9:37le rêve enfui de devenir autrice,
- 9:39je me suis dit,
- 9:40c'est la BD qui rassemble tout ça.
- 9:42Et c'est comme ça que je me suis renseignée,
- 9:44que j'ai découvert qu'on pouvait apprendre à faire de la bande dessinée dans une école et que donc j'ai entrepris à 35 ans de retourner sur les bancs de l'école.
- 9:52Donc il a fallu calculer un budget,
- 9:54passer à mi-temps,
- 9:55s'assurer qu'on ait suffisamment d'argent pour payer les frais scolaires,
- 9:59pour subir une baisse de salaire,
- 10:03de revenu.
- 10:03Donc c'est bien bien organisé avec mon mari et si je n'avais pas eu son soutien,
- 10:08je pense que je ne serais pas arrivée.
- 10:09parce que je suis devenue maman aussi entre temps avec tout ça.
- 10:12Donc,
- 10:14ça a été de l'organisation,
- 10:15vraiment.
- 10:17Mais je ne regrette rien.
- 10:19Je suis très,
- 10:20très contente,
- 10:21même s'il y a eu des moments difficiles,
- 10:22faire un master quand on est en train de travailler,
- 10:26qu'on va bientôt coucher.
- 10:28Il y a eu des moments plus difficiles,
- 10:29effectivement,
- 10:30mais je me suis accrochée.
- 10:31Et il n'y a pas que ça,
- 10:32il n'y a pas que la volonté personnelle,
- 10:34il y a aussi un contexte favorable qui est autour,
- 10:37c'est-à-dire une famille aimante,
- 10:39soutenante,
- 10:41qui a été là pour moi.
- 10:42Super intéressant et super inspirant comme parcours.
- 10:47Vraiment,
- 10:48ce côté détermination et comment on t'explique,
- 10:50en fait,
- 10:51comment est-ce que tu en es venue à réaliser...
- 10:55à tous les lieux,
- 10:56à réaliser.
- 10:57Je pense que c'est un rêve d'étudiant,
- 10:58mais en tout cas,
- 10:59aller au bout de cette forme d'intuition et de cette passion que tu as pour le dessin et de le concrétiser comme ça avec ses études.
- 11:09Et du coup,
- 11:10dans ton parcours,
- 11:11ce qui va être intéressant,
- 11:12c'est que là,
- 11:12du coup,
- 11:13on va évoquer la BDWAC,
- 11:15c'est-à-dire que très peu de temps après ton diplôme,
- 11:20à partir du moment où est-ce que tu commences à envisager des échanges
- 11:25l'écriture en fait,
- 11:27ou la réalisation d'une BD,
- 11:29et comment t'en es venue dans la web ?
- 11:32Alors,
- 11:33là il y a différentes personnes qui sont intervenues.
- 11:35Donc il faut savoir que moi je suis très contente d'avoir fait ces 5 ans d'études.
- 11:40A l'origine les gens me disaient « non mais t'as pas besoin,
- 11:42toi t'es journaliste,
- 11:42tu sais raconter des histoires etc. »
- 11:45Et moi en tout cas je ressentais le...
- 11:48J'estimais qu'il était indispensable que j'apprenne ça,
- 11:51qu'on me l'enseigne.
- 11:53Je voulais que quelqu'un me transmette les choses et je pense que j'ai bien fait.
- 11:57Parce que la narration,
- 11:58le scénario et tout ça,
- 11:59c'est des choses qui s'apprennent.
- 12:03Et donc,
- 12:05moi,
- 12:06quand j'ai repris ces études,
- 12:07d'abord,
- 12:07tu sais,
- 12:08tu as des petits exercices à faire.
- 12:09On commence par devoir faire une BD de quatre planches.
- 12:14Et ça semble rien comme ça,
- 12:15mais quand t'as jamais fait ça de ta vie,
- 12:17rien qu'une planche,
- 12:19c'est super compliqué à faire.
- 12:21Ça prend des jours et des jours,
- 12:24inventer des histoires,
- 12:25faire un découpage cohérent,
- 12:26et puis le dessin,
- 12:27etc.
- 12:28Et donc j'ai fait petit à petit des exercices,
- 12:30et je les ai tous faits jusqu'au bout.
- 12:32Et c'est ça que je regrette vraiment pas,
- 12:33parce que je les fais sérieusement.
- 12:35J'ai auto-édité mes petites bandes dessinées,
- 12:37donc une fois que je les avais faites,
- 12:39je les imprimais correctement,
- 12:40je les agrafais,
- 12:41ça faisait comme un petit livret à chaque fois.
- 12:43Et chaque année,
- 12:44elle faisait plus de pages,
- 12:45jusqu'à ce que je parvienne à faire une BD de 36 ou 40 pages,
- 12:49je ne sais plus,
- 12:49plus ou moins une quarantaine de pages.
- 12:52Et quand je suis arrivée en fin de Master 1,
- 12:55donc il ne me reste plus qu'un an,
- 12:56il ne me reste plus que le Master 2,
- 12:58j'ai une de mes profs de scénario qui s'appelle Lou Weefang,
- 13:03qui est scénariste de bande dessinée,
- 13:04qui me dit « Écoute,
- 13:05j'ai parlé de toi à un éditeur,
- 13:06il va prendre contact avec toi,
- 13:08je vous mets juste en contact,
- 13:10je n'ai pas d'autre rôle là-dedans. »
- 13:11Donc maintenant,
- 13:13si tu me l'autorises,
- 13:14je donne tes coordonnées.
- 13:15Et puis,
- 13:16vous faites un bout de chemin ensemble si vous le souhaitez.
- 13:22Son rôle s'arrêtait là.
- 13:24Et donc,
- 13:24en fait,
- 13:25on a été mis en contact comme ça.
- 13:27Donc c'est elle qui,
- 13:28dans une grande générosité,
- 13:29et je la remercie encore,
- 13:31a créé le contact.
- 13:33Et c'est à ce moment-là que j'apprends que le musée de l'Homme à Paris...
- 13:37veut organiser une exposition sur le wax dans le cadre de leur grande exposition sur les migrations,
- 13:44qu'ils ont l'idée non pas de proposer un livre d'exposition comme habituellement,
- 13:48mais de proposer une bande dessinée à leur public,
- 13:53en collaboration avec Bayard Graphique,
- 13:55parce qu'il y a des contacts qui préexistaient entre
- 13:58Bayard et le Musée de l'Homme.
- 14:01Et donc Bayard est à la recherche d'une personne avec qui collaborer pour créer cette bande dessinée.
- 14:06Et donc,
- 14:07quand Louis Fang a parlé de moi à Bayard,
- 14:09Bayard m'a contactée.
- 14:11On a fait des zooms,
- 14:13on s'est rencontrés.
- 14:16J'ai envoyé mes petites bandes dessinées que j'avais faites soigneusement et sérieusement dans le cadre de mes études.
- 14:22Et c'est ça qui a tout fait,
- 14:24parce qu'ils ont adoré.
- 14:25Ils ont fait « Ok,
- 14:26on aime ton style,
- 14:27on aime ton univers,
- 14:28on aime la nuance que tu mets dans tes bandes dessinées.
- 14:31On part avec toi sur un projet de BD. »
- 14:33Et c'est comme ça qu'en fait,
- 14:35tout a commencé.
- 14:36Et à l'origine,
- 14:37il m'avait dit,
- 14:38tu sais,
- 14:38il y a cette super expo sur le wax en février.
- 14:41C'est vraiment dommage,
- 14:42on n'aura pas le temps.
- 14:44Le délai est trop court.
- 14:44Et c'est vrai que le délai était vraiment court.
- 14:46Une bande dessinée,
- 14:47normalement,
- 14:47c'est au moins deux ans.
- 14:48Donc,
- 14:48il y a un an qui sert à faire des recherches,
- 14:54le scénario,
- 14:55le découpage.
- 14:56Le découpage,
- 14:57c'est vraiment les dessins en brouillon.
- 15:00Comment on va découper l'histoire ?
- 15:01Comment on va la raconter ?
- 15:03Et puis après,
- 15:04encore un an pour finaliser tous les dessins,
- 15:06mettre les couleurs,
- 15:07faire les corrections,
- 15:09le texte,
- 15:10etc.
- 15:11Et souvent,
- 15:11on rajoute quelques mois parce qu'on n'est pas prêt.
- 15:14Et là,
- 15:14cette bande dessinée,
- 15:15on l'a faite en 15 mois.
- 15:16Pourquoi ?
- 15:16Parce qu'il y avait cette date fixe qui ne bougeait pas,
- 15:21qui était le vernissage de l'Expo Wax à Paris.
- 15:24Il fallait que cette bande dessinée soit prête,
- 15:27parce que d'une part,
- 15:28certaines planches étaient exposées dans l'exposition.
- 15:31Mais en plus,
- 15:32il fallait que la BD soit disponible pour le public qui allait se rendre au musée et qui peut-être allait vouloir en savoir plus sur le wax ou en savoir différemment,
- 15:40puisque cette BD,
- 15:41elle ne fait pas doublon avec l'expo.
- 15:43Ce n'est pas l'expo sur le wax que vous retrouvez dans la bande dessinée.
- 15:47Le musée n'est pas intervenu dans la confection de la BD.
- 15:51Le musée nous a fait totale confiance,
- 15:54ce qui est très étonnant.
- 15:55Et moi,
- 15:55je me sens vraiment très honorée de ça.
- 16:00La bande dessinée,
- 16:01c'est quoi ?
- 16:01C'est une série de problématiques que j'ai listées en me documentant beaucoup sur le wax,
- 16:06dans des livres,
- 16:07mais aussi en procédant à des interviews,
- 16:09que j'ai incarnées dans des personnages sensibles,
- 16:12attachants,
- 16:13pour qu'on puisse en apprendre sur le wax,
- 16:16mais sans que ce soit trop explicatif,
- 16:19sans avoir l'impression que quelqu'un est en train de nous expliquer quelque chose.
- 16:23Et donc,
- 16:23on apprend des choses sur le wax en étant initié à ce tissu,
- 16:27en même temps que le personnage principal qui n'y connaît pas.
- 16:30pas grand-chose et qui doit apprendre et qui doit explorer ce tissu.
- 16:33Ça,
- 16:33c'était vraiment le point de vue que je voulais adopter.
- 16:38C'était celui-là,
- 16:38celui d'un personnage métissé comme moi,
- 16:41dont on a l'impression que peut-être elle s'y connaît sur le wax,
- 16:45parce qu'on imagine qu'elle est proche de ses racines africaines et en fait,
- 16:49ce n'est pas le cas.
- 16:50Et ça crée un malaise chez elle et on va comprendre au fil des pages pourquoi.
- 16:54Voilà,
- 16:54j'ai un peu parlé d'autre chose,
- 16:56je me suis éloignée de ta question.
- 16:59Non,
- 16:59non,
- 16:59mais c'est parfait.
- 17:00En tout cas,
- 17:01on a compris le point.
- 17:02C'est super intéressant.
- 17:04Moi,
- 17:04j'aime bien qu'on prenne le temps de raconter comment l'histoire se crée,
- 17:10quels sont les points de départ.
- 17:11Et là,
- 17:11c'est intéressant de voir comment cette opportunité est venue par une discussion de tes professeurs qui a amené quelque chose,
- 17:20qui a pris une vie.
- 17:21Toi,
- 17:21les premières BD que tu avais faites étant étudiante,
- 17:23ce n'était pas lié au sujet du wax.
- 17:25C'est vraiment ce que tu as pris par rapport à une commande de...
- 17:31Et c'est un sujet,
- 17:32du coup,
- 17:33qui,
- 17:34toi,
- 17:35te paraît,
- 17:35dès le départ,
- 17:36avec lequel tu étais confort,
- 17:39c'était quelque chose qui a nécessité pour toi un temps d'appréhension,
- 17:44peut-être,
- 17:44ou de réflexion,
- 17:45avant de te dire « Ok,
- 17:46let's go,
- 17:47j'y vais » .
- 17:48Oui,
- 17:48bien sûr.
- 17:49Déjà,
- 17:50il y a cette question perpétuelle,
- 17:53j'ai l'impression,
- 17:54de légitimité qui revient régulièrement dans ma vie ou dans mon travail.
- 17:59je vais me demander,
- 18:00tiens,
- 18:00mais est-ce que je suis légitime,
- 18:02moi,
- 18:02à m'emparer de ce sujet,
- 18:04en tant que personne métissée ?
- 18:05Ça,
- 18:05c'est une question qui revient souvent.
- 18:07Et la solution,
- 18:10quand on ne se sent pas légitime,
- 18:11c'est de voir s'il est possible que l'on s'imprègne des choses suffisamment longtemps et de manière suffisamment authentique pour pouvoir produire une œuvre sensible,
- 18:26qui va toucher les gens et qui va...
- 18:28pas être à côté de la plaque.
- 18:31Et l'autre solution aussi que j'ai trouvée,
- 18:36en fait,
- 18:37pour régler ce petit problème de légitimité,
- 18:40puisque moi,
- 18:40je m'y connaissais à ce moment-là très très peu,
- 18:44en wax,
- 18:45c'était d'assumer le point de vue qui est le mien.
- 18:47Donc,
- 18:47de mettre en scène un personnage métissé qui est très ignorante sur la question et qui va devoir aller au-delà de ça.
- 18:58et qui va en fait proposer au lecteur,
- 19:02si tu veux,
- 19:04un moment où l'exploration du tissu se mue en exploration d'elle-même et en quête identitaire.
- 19:10Et donc moi j'ai proposé à l'éditeur de croiser ces deux thématiques,
- 19:14c'est-à-dire la complexité culturelle du wax.
- 19:17avec cet apport des colons hollandais,
- 19:21avec cette technique indonésienne dont on s'est emparé sans demander l'autorisation.
- 19:26Et puis on arrive à un produit finalement qu'on...
- 19:30propose à une clientèle africaine et puis les africaines vont investir ce produit de toute leur culture,
- 19:37elles vont suggérer des couleurs,
- 19:39des motifs et elles vont réellement participer à l'essor et au succès du wax.
- 19:44Je trouve qu'il y a déjà là une très très belle complexité quand même et déjà de belles contradictions.
- 19:50Et je me suis dit mais ça,
- 19:51ça fait quand même écho aux contradictions qu'on peut aussi ressentir ou vivre en étant une personne métissée.
- 19:58Et donc,
- 19:58j'ai décidé de croiser ces deux thématiques-là.
- 20:01Mais c'est vrai que si je n'avais pas fait ces petits exercices à l'école,
- 20:08disons,
- 20:09je ne m'en serais jamais sentie capable.
- 20:11Qui peut se lever un matin et dire,
- 20:13« Ouais,
- 20:13mais moi,
- 20:13je vais faire une bourse dessinée.
- 20:14Ah oui,
- 20:15mais moi,
- 20:15je vais faire une œuvre d'art.
- 20:16Ah oui,
- 20:16mais moi,
- 20:16je vais être journaliste. »
- 20:18Je pense que c'est en faisant qu'on...
- 20:20En tout cas,
- 20:21dans mon cas,
- 20:22c'est ça.
- 20:22C'est en faisant que je découvre que je suis capable de faire.
- 20:26Et donc...
- 20:28Comment je suis devenue journaliste ?
- 20:29Déjà à la base,
- 20:30c'est aussi un petit peu par un concours de circonstances.
- 20:32C'est pour ça qu'il n'y a pas que le travail.
- 20:36Ce n'est pas du tout une question de mérite.
- 20:38Ce n'est pas qu'une question de volonté.
- 20:41Pas du tout.
- 20:41C'est aussi une question de rencontre,
- 20:43de chance et d'environnement favorable.
- 20:46Moi,
- 20:46je n'étais pas encore diplômée.
- 20:48J'allais l'être que j'ai reçu un coup de fils d'un gars qui était dans ma classe.
- 20:53de journalisme et qui m'a dit « Ah,
- 20:55excuse-moi,
- 20:55je fais quelques piges. »
- 20:56Donc,
- 20:56les piges,
- 20:57ce sont des petites journées de travail qu'on fait dans la presse.
- 21:00« Ah,
- 21:00je fais quelques piges dans telle rédaction. »
- 21:03On cherche quelqu'un.
- 21:05J'ai appelé quelqu'un avant toi,
- 21:06la personne n'a pas décroché son téléphone,
- 21:07t'étais la prochaine dans la liste,
- 21:09est-ce que ça t'intéresse ?
- 21:10C'est comme ça que j'ai commencé à faire ce qu'on appelle des piges dans une rédaction.
- 21:14Et encore une fois,
- 21:15je l'ai fait sérieusement en me disant que...
- 21:21De toute façon,
- 21:21ça,
- 21:21c'est ma façon d'être.
- 21:24C'est-à-dire que le travail doit être bien fait.
- 21:27J'ai été caissière quand j'étais étudiante.
- 21:30Je faisais correctement mon travail.
- 21:32Je veux que les choses soient bien faites,
- 21:34que ça soit bien fait,
- 21:35que les gens qui viennent soient contents.
- 21:37Et donc,
- 21:37j'ai travaillé sérieusement et ça a plu.
- 21:41Et donc,
- 21:41c'est comme ça que j'ai eu plus de journées de travail.
- 21:43Et puis finalement,
- 21:43je suis devenue journaliste avec un contrat à la clé.
- 21:47Donc il y a déjà toujours ce concours de circonstances en début de carrière.
- 21:51Et puis ici,
- 21:53cette prof,
- 21:54mon nom qui sort,
- 21:55c'est aussi une chance.
- 21:58Et si mon nom est sorti,
- 21:59c'est parce qu'évidemment,
- 22:00elle connaissait bien mon travail et qu'elle a vu qu'elle pouvait se porter garante de moi parce que je faisais les choses sérieusement.
- 22:06Mais encore une fois,
- 22:07si elle n'avait pas pensé à moi à ce moment-là,
- 22:09si elle avait pensé à quelqu'un d'autre,
- 22:12on ne serait pas en train de discuter de cette bande dessinée,
- 22:14vous et moi,
- 22:14aujourd'hui.
- 22:15Très bien.
- 22:16En tout cas,
- 22:16il y a,
- 22:17comment dire,
- 22:18un travail de la détermination,
- 22:20et puis après,
- 22:20il y a des opportunités qu'on saisit et qui fonctionnent pas,
- 22:26mais en tout cas,
- 22:27il y a au préalable un travail qui a été fait,
- 22:31qui a permis que ce soit possible.
- 22:33Oui,
- 22:34et si je n'avais pas fait ces exercices,
- 22:37si je n'avais pas été journaliste avant,
- 22:38peut-être que je ne me serais jamais sentie capable,
- 22:43parce que...
- 22:44Je suppose qu'il y a des gens qui ont vraiment beaucoup d'estime d'eux-mêmes et qui se considèrent capables de tout faire.
- 22:52Moi,
- 22:52ce n'est pas mon cas.
- 22:53J'ai vraiment besoin de collaborer et d'être dans le fait pour avoir après le résultat sous mes yeux et me dire « Ok,
- 23:02j'étais capable,
- 23:03j'ai beaucoup douté,
- 23:04mais finalement,
- 23:05ça s'est fait. »
- 23:06Et puis,
- 23:07il y a la question du plaisir aussi.
- 23:08Pour moi,
- 23:09c'est...
- 23:10Ça a été un très très très grand plaisir de faire cette bande dessinée.
- 23:14D'abord de chercher les infos,
- 23:16d'en apprendre énormément,
- 23:17de chercher les intervenants,
- 23:19d'avoir la chance de rencontrer des personnes très qualifiées,
- 23:22des historiennes de l'art.
- 23:23Je pense à une historienne de l'art belge,
- 23:24Anne-Marie Bloutiot,
- 23:25qui a écrit un super bouquin sur le wax,
- 23:27qui a répondu vraiment aussi très généreusement à mes questions.
- 23:32Des afrodescendants qui portent du wax,
- 23:34qui n'en portent pas,
- 23:35qui vivent en Occident,
- 23:36qui vivent...
- 23:37en Afrique,
- 23:37ou les deux,
- 23:38qui partagent leur vie entre les deux,
- 23:40qui me parlent de leur relation au wax.
- 23:42C'est une chance aussi de pouvoir réceptionner,
- 23:45de pouvoir les écouter.
- 23:48On vous raconte du vécu,
- 23:50on vous parle d'émotions,
- 23:52on vous parle d'histoires familiales,
- 23:55c'est une grande chance aussi.
- 23:56Donc toute cette partie-là était vraiment très agréable,
- 23:58et puis comment je vais incarner les problématiques dans des personnages,
- 24:01ça aussi j'ai trouvé ça passionnant.
- 24:03Après,
- 24:04il y a la partie plus fastidieuse,
- 24:06en tout cas pour moi,
- 24:06qui est la partie dessin.
- 24:09Là,
- 24:10c'est des heures tout seul devant sa tablette graphique,
- 24:13parce que moi,
- 24:14j'ai fait cette BDA à la tablette graphique,
- 24:16à dessiner,
- 24:16dessiner,
- 24:16dessiner,
- 24:17dessiner,
- 24:17puis se rendre compte qu'en fait,
- 24:19ça fait sept heures qu'on dessine et qu'il faut faire une pause.
- 24:24Donc,
- 24:24c'était aussi une organisation personnelle.
- 24:27Trouver des espaces de coworking pour pouvoir travailler le soir,
- 24:30parce qu'avec un enfant en bas âge,
- 24:31ce n'est pas possible de travailler à la maison.
- 24:33On se rappelle tous très bien ce que les employeurs ont demandé de faire aux parents qui avaient des enfants en bas âge durant le Covid,
- 24:41de travailler en présence de leurs enfants en bas âge.
- 24:43Je veux dire,
- 24:44pour moi,
- 24:44ce n'est pas possible.
- 24:47Donc,
- 24:47il faut trouver d'autres...
- 24:49d'autres lieux pour pouvoir travailler,
- 24:52s'organiser,
- 24:53qui va garder l'enfant,
- 24:54jusqu'à quelle heure.
- 24:56On n'a plus le temps parfois de gérer les aspects très banals du quotidien,
- 25:03faire les courses,
- 25:03le nettoyage.
- 25:04Donc j'ai eu énormément de chance d'avoir un partenaire sur qui compter.
- 25:09Mon mari a été très présent pour tout ça.
- 25:12Très bien.
- 25:13Donc il y a vraiment ce côté support système,
- 25:16organisation qui a été...
- 25:18très important dans la réalisation de cette BD.
- 25:22Et puis après,
- 25:23il y a en termes de compétences,
- 25:25ce que j'entends,
- 25:25parce que...
- 25:27Alors moi,
- 25:27je ne connais pas bien l'univers de la BD,
- 25:28mais moi,
- 25:30j'avais l'impression qu'il y avait quelqu'un qui décidait à quel point je suivais,
- 25:34et que c'était parfois la même personne,
- 25:37mais que ce n'était pas toujours le cas.
- 25:39Il y avait vraiment une distanciation,
- 25:41et toi,
- 25:41avec ton parcours,
- 25:43il y a vraiment ce que tu fais les temps.
- 25:47qui fait tout le scénario,
- 25:48qui fait tout un travail comme si on recherche au préalable pour pouvoir raconter une histoire.
- 25:55Et c'est ma première bédé,
- 25:57finalement.
- 25:59Oui,
- 25:59c'est ma première bédé publiée chez un éditeur.
- 26:03Et effectivement,
- 26:03c'est souvent comme ça.
- 26:04Il y a souvent un dessinateur ou une dessinatrice et un ou une scénariste.
- 26:08Mais pas toujours.
- 26:09Parfois,
- 26:10il y a une seule personne qui fait tout.
- 26:13Et en fait,
- 26:14petite parenthèse à propos de Saint-Luc,
- 26:15le projet pédagogique de Saint-Luc s'articule autour de cette notion d'auteur complet.
- 26:22Ce qu'on va faire à Saint-Luc,
- 26:23c'est vous former à tout,
- 26:25au dessin,
- 26:26au scénario,
- 26:26et puis après,
- 26:27vous choisissez ce que vous faites.
- 26:28En tout cas,
- 26:29quand vous sortez du master,
- 26:30vous êtes capable de faire des oeufs.
- 26:32Ce qui est évidemment génial,
- 26:33parce qu'on est autonome.
- 26:36Là,
- 26:36je peux m'asseoir sur le coin d'une table et imaginer ma prochaine BD,
- 26:40commencer mes dessins,
- 26:41commencer mon scénario,
- 26:42mon décor.
- 26:43on ne dépend pas de quelqu'un d'autre.
- 26:46Très bien.
- 26:48Du coup,
- 26:50cette BD,
- 26:50en fait,
- 26:51moi je l'ai connue à l'heure du Musée de l'Homme,
- 26:54il me semble qu'elle a été présentée avant au Festival d'Angoulême.
- 26:59Du coup,
- 26:59tu peux un petit peu expliquer qu'elles ont été les étapes,
- 27:03en fait,
- 27:03une fois que,
- 27:04effectivement,
- 27:06que ce soit avec la maison d'édition ou avec le Musée de l'Homme,
- 27:09vous m'étiez d'accord et que tu commences à travailler.
- 27:12participation au Festival Langoulême,
- 27:14comment ça se passe ensemble ?
- 27:16Alors,
- 27:16tout ça est décidé par l'éditeur.
- 27:19Donc,
- 27:19c'est l'éditeur qui va choisir quel BD il va mettre en avant,
- 27:24à quel moment,
- 27:25à quel festival,
- 27:26parce que le travail d'un éditeur,
- 27:28c'est évidemment d'accompagner l'auteur,
- 27:30l'autrice dans son travail,
- 27:32mais il y a aussi toute une question de marketing,
- 27:35toute une question commerciale qui,
- 27:36nous,
- 27:37nous échappe en tant qu'auteurs et autrices totalement.
- 27:39On n'est pas du tout dans ces discussions-là.
- 27:41Et donc à un moment donné,
- 27:42ils m'ont annoncé qu'ils voulaient faire de Wax Paradox leur BD événement à Angoulême,
- 27:46c'est-à-dire qu'on va la mettre un peu plus en avant que les autres,
- 27:49avec notamment un grand panneau.
- 27:53C'est la couverture de la BD,
- 27:54mais qui est imprimée sur un grand panneau lumineux,
- 27:59devant les tables de dédicaces,
- 28:01et comme ça,
- 28:02ça attire le regard,
- 28:02etc.
- 28:03Au début,
- 28:04quand ils m'ont annoncé ça,
- 28:05je me suis dit « ils sont complètement fous,
- 28:06il n'y a personne qui me connaît parce que dans le milieu,
- 28:08c'est ma première bande dessinée. »
- 28:10Et personne ne connaît la bande dessinée puisqu'elle n'est même pas encore en librairie.
- 28:13On la présente en avant-première au festival d'Angoulême.
- 28:16Et je pense qu'à un moment donné,
- 28:19c'est pour ça que je me dis que j'arrive vraiment en profane.
- 28:20Moi,
- 28:21je ne connais pas le milieu de l'édition.
- 28:23Et en fait,
- 28:24l'éditeur sait très bien ce qu'il fait.
- 28:26Il sent les choses.
- 28:27Il sait que le thème du wax,
- 28:29c'est un thème qui est très porteur.
- 28:30Les gens sont curieux.
- 28:32Ils ont envie d'en savoir plus,
- 28:34peu importe leur profil,
- 28:35que ce soit des personnes qui ont vécu en Afrique,
- 28:37qui ont du wax chez elles ou pas du tout,
- 28:39qui s'en tiennent éloignées,
- 28:41qui ne me connaissent pas.
- 28:42Il y a des personnes qui veulent s'intéresser à l'histoire.
- 28:44Il y a des personnes qui sont intéressées par le tissu,
- 28:46qui font de la couture.
- 28:47Il y a des personnes qui sont plus attirées.
- 28:50Je vous dis ça parce que c'est ce que les gens me disent quand ils viennent en dédicace,
- 28:53qu'ils sont plus attirés par exemple par la question identitaire.
- 28:55Ils ont lu ce qu'on appelle la quatrième de couverture.
- 28:58C'est quand on retourne la BD,
- 28:59qu'est-ce qui est écrit au dos de la BD ?
- 29:02ils voient un petit peu l'histoire,
- 29:04ils constatent,
- 29:04tiens,
- 29:04on parle d'un personnage métissé,
- 29:06tiens,
- 29:06on parle d'un personnage métissé qui mène une quête identitaire,
- 29:11pour qui c'est pas facile,
- 29:12etc.
- 29:13Ils se reconnaissent dedans,
- 29:14ils achètent la BD pour ça,
- 29:15ils ont envie d'en savoir plus à ce sujet-là.
- 29:18Il y a tout ce retour déjà qui était arrivé à ce moment-là et ils ont eu raison de mettre en avant la BD parce que le public d'Angoulême,
- 29:26c'est un public qui est très particulier.
- 29:29En fait,
- 29:29ce sont des gens qui sont très curieux.
- 29:31Il y a ce qu'on appelle les chasseurs de dédicaces,
- 29:34donc c'est des personnes qui vont courir et qui vont faire la file pendant quatre heures pour avoir une dédicace de telle ou telle star de la bande dessinée.
- 29:42Il y a aussi beaucoup de gens qui flânent,
- 29:44qui marchent dans les rayons,
- 29:45qui regardent...
- 29:47les tables de dédicaces,
- 29:48qui regardent les stands et puis qui sont attirés par la couleur,
- 29:52par un motif,
- 29:52par une couverture,
- 29:54et qui viennent vous parler comme ça et on papote et puis finalement ils demandent une dédicace et ils repartent avec votre BD sous le bras.
- 30:00Et donc l'éditeur je pense savait très bien ça,
- 30:02savait que le public d'Angoulême est un public curieux,
- 30:05et donc on a eu un super retour,
- 30:08très accueillant,
- 30:09on a eu des super ventes,
- 30:10donc ça c'était déjà un bel encouragement en tout cas pour la suite.
- 30:17Et puis cette collaboration avec le musée,
- 30:19bien évidemment que ça met en avant la bande dessinée aussi.
- 30:22Et donc il y a des invitations qui arrivent au compte-gouttes,
- 30:26il y a le bouche-à-oreille,
- 30:28il y a telle librairie qui veut mettre en avant votre BD,
- 30:31on organise une séance de dédicaces.
- 30:33Donc tout ça est géré avec une personne,
- 30:35en particulier chez Bayard,
- 30:37qui gère le lien avec les festivals littéraires,
- 30:41le lien avec les libraires,
- 30:43le lien avec...
- 30:45Même,
- 30:45je ne sais pas moi,
- 30:46par exemple,
- 30:46les écoles qui organisent un petit festival de bande dessinée.
- 30:51Il y a une personne qui gère tout ça,
- 30:52qui gère un agenda,
- 30:53qui après vous propose à l'auteur ou l'autrice une feuille de route,
- 30:58donc un récapitulatif de toutes les dates,
- 31:01avec tous les lieux,
- 31:02on réserve votre train,
- 31:03etc.
- 31:04Donc moi,
- 31:05je suis en train de découvrir ce que c'est que la vie d'autrice quand on a la chance,
- 31:11parce que pour moi,
- 31:11c'est une grande chance.
- 31:13de travailler avec une maison d'édition qui est importante,
- 31:18parce qu'en fait,
- 31:18Bayard,
- 31:19c'est une maison d'édition qui est spécialisée en jeunesse,
- 31:22qui a énormément d'expérience,
- 31:24et ils ont créé Bayard Graphique,
- 31:26qui est leur label long jeunesse,
- 31:28dans lequel on va retrouver des bandes dessinées plutôt sociales,
- 31:31qui parlent de faits de société,
- 31:33très très proches du réel,
- 31:34avec peu de fiction.
- 31:36Et si on utilise la fiction,
- 31:38comme c'est mon cas dans Wax Paradox,
- 31:39c'est toujours pour éclairer le réel.
- 31:42d'une façon ou d'une autre.
- 31:44Et donc,
- 31:44ça,
- 31:45c'est vraiment le job de l'éditeur.
- 31:46Il va chercher à mettre en avant la bande dessinée le plus possible parce que ça va très vite.
- 31:51Il y a énormément de nouveautés qui sortent chaque semaine.
- 31:55Et donc,
- 31:56l'occasion que vous avez de mettre en avant la BD et qu'elle soit vue par des potentiels lecteurs et lectrices qui puissent l'acheter et la lire,
- 32:08ça passe très vite.
- 32:09C'est...
- 32:10Je ne sais plus quels sont les chiffres,
- 32:12mais je veux dire,
- 32:12on a déjà rien qu'en France,
- 32:14il y a à peu près
- 32:155000 titres littéraires,
- 32:17je pense,
- 32:18qui sont publiés par an pour une des plus grandes maisons d'édition.
- 32:23Donc après,
- 32:24il y a toutes les autres.
- 32:25Il faut imaginer que les rayons sont inondés de nouveautés non-stop.
- 32:29Et donc,
- 32:30si vous ratez le coche,
- 32:31si vous arrivez trop tard,
- 32:33si vous ne faites pas bien votre promo,
- 32:38c'est factuel,
- 32:39les gens ne le verront pas.
- 32:40la bande dessinée,
- 32:41ils ne la liront pas et tout ce travail aboutira à la poubelle.
- 32:46Donc l'éditeur a une grande responsabilité à ce niveau-là et je dois dire que moi en tout cas je m'estime super bien suivie chez Bayard Graphique je les trouve adorables,
- 32:55ils sont juste super gentils ils sont très respectueux de mon travail la collaboration se passe super bien c'est ma première expérience et elle se passe super bien donc j'ai...
- 33:07Ça fait un peu Fayotte qui dit qu'elle est contente de son éditeur,
- 33:10mais honnêtement,
- 33:11je suis juste super contente.
- 33:14Si tout s'est bien passé,
- 33:16tu vas bien.
- 33:16Ben voilà,
- 33:17tant mieux.
- 33:18Déjà,
- 33:18il faut le dire,
- 33:18en fait.
- 33:19Ben oui,
- 33:20parce qu'on entend plein de gens qui se plaignent.
- 33:22Ils ont tellement raison de se plaindre.
- 33:24Il y a beaucoup de choses à dénoncer dans le milieu du travail.
- 33:26Il y a des choses qui sont pas correctes.
- 33:29Il y a des auteurs qui sont pas payés.
- 33:30Il y a des auteurs qui sont payés en retard.
- 33:33Il y a des personnes...
- 33:35à qui on laisse plus la liberté de travailler avec un autre éditeur,
- 33:39on leur fait comprendre que c'est un problème et tout ça.
- 33:41Donc moi,
- 33:42j'ai entendu plein,
- 33:42plein,
- 33:43plein d'histoires en ce sens.
- 33:44Donc c'est vrai qu'il faut pouvoir dire aussi quand ça se passe bien.
- 33:47Et de toute façon,
- 33:48ma prof,
- 33:48donc Louis Fang,
- 33:49ma prof de scénario,
- 33:50m'avait présenté Bayard comme étant un éditeur sérieux et elle ne m'aurait pas envoyée non plus n'importe où.
- 33:57En tout cas,
- 33:59après,
- 33:59c'est vrai que c'est un peu la success story où tout s'est bien passé,
- 34:02quoi.
- 34:04où vraiment jusqu'à la sortie peut-être que la ménée soit sélectionnée pour être mise en avant c'est des choses que toi
- 34:15Comment dire ?
- 34:15Parce que le projet,
- 34:16ce que tu dis,
- 34:16c'est que tu n'avais pas encore fini tes études.
- 34:19Oui,
- 34:19effectivement,
- 34:19je n'ai pas fini cette idée-là.
- 34:20Tu veux bien te revenir là-dessus.
- 34:21Donc,
- 34:22quand il y a ce projet qui arrive,
- 34:24qui me tombe un peu dessus,
- 34:25entre guillemets,
- 34:26je dois faire un choix.
- 34:27Et je me dis,
- 34:28cette opportunité-là,
- 34:30c'est une fois dans ma vie.
- 34:32Il faut que je la saisisse.
- 34:33Je n'aurai jamais une autre opportunité telle que celle-là qui va arriver.
- 34:37Et donc,
- 34:38qu'est-ce que je fais ?
- 34:39Je le fais,
- 34:40j'abandonne les études,
- 34:41j'ai organisé toute ma vie.
- 34:44pour avoir ce diplôme qui compte pour moi.
- 34:47Et avant la dernière année,
- 34:48je décide de ne pas le faire.
- 34:49Et si je ne le fais pas,
- 34:50je ne l'aurai jamais,
- 34:51parce que j'arrivais au bout de ce qu'on appelle le créditant.
- 34:54Donc c'est une possibilité en Belgique de vous absenter temporairement de votre lieu de travail pour pouvoir faire une autre activité.
- 35:03Donc par exemple,
- 35:04reprendre des études.
- 35:05À l'issue du créditant,
- 35:07votre temps plein reprend.
- 35:08Vous devez retourner travailler.
- 35:11et reprendre votre contrat de travail tel qu'il était au préalable.
- 35:14Et donc moi,
- 35:15j'arrivais au bout de ça.
- 35:16Donc,
- 35:16je n'avais plus la possibilité de m'absenter pour pouvoir assister aux cours,
- 35:19pour pouvoir terminer mes études.
- 35:22Et donc,
- 35:22j'ai décidé de faire d'une pierre deux coups,
- 35:23parce que c'est vraiment ce que nos profs veulent.
- 35:25Ils veulent une mise à l'emploi.
- 35:26S'ils forment des jeunes,
- 35:28et moi,
- 35:29j'avais déjà 35 ans quand j'ai repris le master,
- 35:33à la bande dessinée,
- 35:34c'est parce qu'ils veulent qu'après,
- 35:35ces personnes publient des bandes dessinées.
- 35:37Ils ne veulent pas que ça reste un peu comme ça,
- 35:39un hobby,
- 35:39un truc.
- 35:40En tout cas,
- 35:40ce serait dommage.
- 35:41Et donc,
- 35:42j'ai proposé que cette bande dessinée soit en fait mon travail d'atelier de mon master 2.
- 35:49C'est comme ça que j'ai réussi à faire d'une pierre deux coups.
- 35:51Et que là,
- 35:52je viens d'être diplômée,
- 35:53j'ai dû postposer de six mois parce qu'il fallait aussi faire un mémoire théorique et j'ai bossé sur un autre thème.
- 35:57Il fallait faire un stade,
- 35:59des rapports de stade et tout ça.
- 36:00Enfin,
- 36:00tout ce qu'on connaît quand on termine les études.
- 36:02Même si ça faisait 15 ans que j'étais déjà insérée dans le milieu professionnel,
- 36:06j'ai quand même dû faire un stade et un rapport de stade.
- 36:09Il faut se plier quand même aux exercices.
- 36:11Et donc,
- 36:12c'est comme ça que j'ai pu faire les deux.
- 36:14Mais c'est vrai qu'on parle,
- 36:15oui,
- 36:16on peut,
- 36:16je pense,
- 36:17parler de successory parce qu'il y a un concours de circonstances ultra favorable,
- 36:21mais il y a aussi derrière énormément de travail.
- 36:24Moi,
- 36:24je ne vais pas m'étendre là-dessus parce que,
- 36:27déjà,
- 36:27ce n'est pas la question,
- 36:29mais ça a été très,
- 36:31très,
- 36:31très,
- 36:31très,
- 36:31très dur de travailler jusqu'à 2h du matin,
- 36:34tout seul,
- 36:34dans un espace de coworking,
- 36:36de ne plus voir mon enfant pendant...
- 36:39qui a commencé à développer des problèmes de sommeil,
- 36:41qui commençait à se réveiller quatre fois par nuit.
- 36:43Donc en plus de travailler jusqu'à pas d'heure,
- 36:48de devoir être près de mon enfant qui sentait que j'étais moins là,
- 36:52qui je pense à un âge où on est parfois très fusionnel avec sa mère,
- 36:58en dessous de trois ans,
- 36:59c'est quand même...
- 37:00Quand on a un enfant qui a moins de trois ans,
- 37:01c'est difficile de s'absenter de chez soi,
- 37:05de faire ma journée de travail de 6h à
- 37:0714h.
- 37:08pour pouvoir après aller en cours jusqu'à 18 heures,
- 37:10pour pouvoir encore après travailler sur ma bande dessinée dans un espace de coworking,
- 37:14pour rentrer chez moi tard,
- 37:16à peine voir mon mari et tout ça,
- 37:18ne plus voir vraiment ma famille,
- 37:19ne plus voir mes amis.
- 37:20Donc voilà,
- 37:20je ne vais pas m'étendre là-dessus,
- 37:21parce que je ne veux pas faire ma malheureuse.
- 37:23Évidemment que j'ai énormément de chance dans tout ça,
- 37:25mais c'est vrai que ça a été très,
- 37:27très,
- 37:27très difficile avec des moments de privation de sommeil.
- 37:32J'ai considéré que ça valait la peine.
- 37:35Je me suis dit,
- 37:36ça aura une fin.
- 37:37je sais que c'est temporaire,
- 37:39à un moment ce sera fini,
- 37:40la BD sera publiée,
- 37:42je vais pouvoir souffler,
- 37:43et c'est ça qui a fait que j'ai réussi à tenir.
- 37:45Vous voyez,
- 37:47ce qui est très difficile,
- 37:48c'est quand ce n'est pas temporaire,
- 37:50quand on doit jongler avec beaucoup de choses difficiles dans la vie et qu'on ne voit pas le bout.
- 37:57Ça c'est très difficile,
- 37:58je pense notamment,
- 37:59c'est l'exemple qui me vient là,
- 38:00mais aux mères célibataires qui doivent tout gérer toutes seules,
- 38:03qui ont des soucis d'argent.
- 38:05qui doivent s'occuper de leurs gosses,
- 38:07qui doivent les confier,
- 38:09pour pouvoir travailler,
- 38:10pour pouvoir amener des sous,
- 38:12qui doivent gérer toute l'éducation,
- 38:14etc.
- 38:14Je prends l'exemple des mères célibataires,
- 38:16mais évidemment,
- 38:17il y en a plein d'autres à donner.
- 38:19Mais celui-là,
- 38:19quand même,
- 38:20est très présent dans notre société.
- 38:23Il n'y a pas un moment où on se dit,
- 38:24OK,
- 38:25bon,
- 38:25après,
- 38:26je vais pouvoir souffler.
- 38:27Non,
- 38:27il faut tenir,
- 38:28c'est comme un marathon sur le long terme.
- 38:30Moi,
- 38:31ici,
- 38:31je savais qu'il allait y avoir une fin,
- 38:32où j'allais finir ces études.
- 38:35finir la bande dessinée et reprendre un rythme de vie un peu plus normal.
- 38:40Mais évidemment que ça a été énormément,
- 38:42énormément,
- 38:42énormément d'efforts et que c'est parce que j'ai fait ces petites BD sérieusement que j'ai pu les envoyer,
- 38:48qu'elles étaient qualitatives et que ça a plu parce que Bayard aurait pu me contacter.
- 38:51OK,
- 38:52ils sont contents,
- 38:53ils trouvent que...
- 38:54Ils sont entrés en contact avec une journaliste qui fait aussi de la BD.
- 38:57Le profil les intéresse puisqu'ils sont dans une ligne éditoriale très proche du réel.
- 39:01Et puis j'envoie mes BD et ça ne leur parle pas.
- 39:04le graphisme ne leur parle pas,
- 39:05ou alors ma narration ne leur parle pas,
- 39:08et puis ça s'arrête là.
- 39:09Ça aurait pu aussi se passer comme ça.
- 39:13Après,
- 39:13je pense que c'est important que tu parles du contexte,
- 39:17parce que parfois,
- 39:17on n'a que la petite-chasse pour rire,
- 39:19et après,
- 39:19on a l'impression que c'est facile,
- 39:21en fait.
- 39:22Donc,
- 39:23c'est important aussi de mettre en avant la forme de sacrifice des difficultés rencontrées,
- 39:29sans forcément être dans une forme de victimisation,
- 39:32mais juste de dire l'idée de ce que ça représente comme investissement et comme travail,
- 39:38d'arriver à ce niveau-là de réussite.
- 39:41Merci,
- 39:41Pac.
- 39:42tout est gros et tout a été facile et fluide.
- 39:45Donc,
- 39:45c'est important aussi de le partager parce que parfois,
- 39:49on a trop souvent,
- 39:50sur les réseaux sociaux,
- 39:51on a une erreur,
- 39:52on a trop souvent la belle image.
- 39:54On voit que la fin des livres,
- 39:55en fait.
- 39:56Donc,
- 39:56on se dit,
- 39:58ça a l'air facile,
- 39:59en fait.
- 40:00Donc,
- 40:00je pense que c'est important que tu partages ces éléments-là.
- 40:04Toi,
- 40:04aujourd'hui,
- 40:04par rapport à cette BD,
- 40:06qu'est-ce que tu imagines pour la suite,
- 40:08en fait ?
- 40:09Pour cette BD-là,
- 40:10tu veux dire,
- 40:10ou pour une autre ?
- 40:12ou cette psychédé en tout cas,
- 40:14vu que c'est allé assez vite avec le festival d'Angoulême et aujourd'hui le musée de l'homme,
- 40:22c'est quoi le parcours ?
- 40:23Parce que là,
- 40:23j'ai envie de dire,
- 40:24ce n'est pas vraiment un parcours classique de BD.
- 40:29Oui,
- 40:29oui,
- 40:29et la thématique aussi fait qu'on intéresse un public et potentiellement des événements en plus,
- 40:36c'est-à-dire que...
- 40:38Je vous donne un exemple,
- 40:39il y a une libraire à Angoulême qui vient de Martinique,
- 40:43qui est venue nous trouver en disant « moi j'ai un festival de BD,
- 40:45est-ce que vous accepteriez de venir ? »
- 40:46Je lui ai dit « mais madame,
- 40:48moi je signe maintenant,
- 40:49donnez-moi le papier,
- 40:50je vais le remplir tout de suite.
- 40:52Mon rêve d'aller en Martinique à votre festival de BD,
- 40:54malheureusement je n'ai plus une nouvelle de cette dame.
- 40:56Donc si elle nous écoute,
- 40:57madame,
- 40:58je suis toujours disponible pour venir vous rendre visite en Martinique,
- 41:00avec grand plaisir. »
- 41:02Et donc voilà,
- 41:03c'est le wax,
- 41:03c'est la thématique qui a fait que cette dame est venue nous parler.
- 41:06Si j'avais fait une BD sur autre chose,
- 41:08c'est un autre type de personne qui serait venue nous trouver.
- 41:11Donc moi j'espère en tout cas que cette BD,
- 41:14elle va potentiellement nous faire voyager,
- 41:16on ne sait pas peut-être.
- 41:20Et c'est vrai que là,
- 41:22le festival de la BD en Goulême,
- 41:24ça parle de BD,
- 41:26mais ici on a une date au Pop Roman Festival,
- 41:28ici le 8 mars.
- 41:30Il y a un aspect féministe aussi,
- 41:32parce que je suis une femme autrice,
- 41:35parce que le personnage principal qui est mis en scène est un personnage féminin,
- 41:38parce que je suis très sensible aux questions de female gaze,
- 41:41donc de la façon dont on va mettre en scène un personnage féminin,
- 41:46de ne pas le morceler,
- 41:47le découper,
- 41:48de ne pas le présenter comme un objet qui sert à l'histoire principale,
- 41:54qui sert à mettre en avant un personnage masculin principal,
- 41:58de...
- 41:59de présenter le personnage féminin comme un sujet pensant et agissant qui est moteur de l'histoire.
- 42:05Tout ça,
- 42:05c'était des questions très importantes pour moi.
- 42:07Donc,
- 42:08il y a aussi des interventions possibles grâce à cette BD en ce qui concerne ce Ausha de la narration,
- 42:15le féminisme.
- 42:16Et puis,
- 42:17après,
- 42:18moi,
- 42:18j'ai l'impression...
- 42:19Il y a peut-être des surprises qui vont arriver.
- 42:21On a quelques dates en France,
- 42:23ça c'est très sympa.
- 42:24On en a une au Luxembourg,
- 42:25il y a deux ou trois dates comme ça en Europe,
- 42:27en plus de celles qui sont en Belgique.
- 42:29Mais pourquoi pas aller plus loin,
- 42:30moi j'adorerais.
- 42:32Très bien,
- 42:32donc le champ des possibles est ouvert pour l'exposition et la promotion de cette BD.
- 42:38Est-ce que tu peux parler un peu de la couverture et du format de la BD,
- 42:43puisqu'il y a eu un travail d'effet aussi ?
- 42:46pouvoir faire référence au wax,
- 42:49ça va être une expérience on va dire auditive pour les auditeurs,
- 42:53mais en tout cas,
- 42:54il y a un sujet là-dessus que j'aimerais bien que tu abordes.
- 42:59Donc,
- 42:59la BD,
- 43:01c'est plus ou moins un format A4 avec une couverture cartonnée.
- 43:06Et la couverture,
- 43:08on voit les motifs d'un wax qui s'intitule Cosmic,
- 43:13qui est le motif que je préfère.
- 43:15dans tout ce que j'ai vu,
- 43:17que je voulais mettre sur la couverture.
- 43:19Je l'adore,
- 43:19je le trouve trop beau,
- 43:20les couleurs et tout ça.
- 43:22Et on a donc le personnage principal de Sophia qui semble sortir d'un lieu,
- 43:33pousser un peu un rideau comme ça et elle regarde sur le côté et je voulais ce regard-là,
- 43:37je voulais une forme de curiosité dans le personnage de Sophia.
- 43:43Donc...
- 43:44Sur cette couverture,
- 43:45le personnage principal de Sophia apparaît avec un regard un peu curieux.
- 43:49Et moi,
- 43:49je voulais ça,
- 43:50je voulais qu'on voit la curiosité.
- 43:55Parce que cette histoire-là,
- 43:57elle est d'abord un peu réfractaire,
- 43:58à l'idée de travailler sur le wax.
- 44:00On va comprendre au fil des pages pourquoi,
- 44:02ce que ça vient faire résonner,
- 44:06en tout cas chez elle.
- 44:08Et petit à petit,
- 44:09elle va laisser place à une forme de curiosité.
- 44:11Et c'est comme ça que cette exploration de tissus se met en exploration d'elle-même.
- 44:15Et donc,
- 44:15je voulais ce regard un peu curieux sur la couverture.
- 44:19On a créé un effet sur la couverture,
- 44:21sur le papier,
- 44:22pour rappeler la sensation du tissu.
- 44:24Donc quand on touche la couverture,
- 44:28c'est un effet qui est particulier,
- 44:29ce n'est pas tout à fait lisse,
- 44:30ça rappelle un peu le tissu.
- 44:32Et puis on a une grande bande sur le côté d'un rouge-orange un peu coquelicot,
- 44:38assez flash,
- 44:41avec le titre qui apparaît en très grand,
- 44:44d'une typo.
- 44:46assez bold,
- 44:47comme ça,
- 44:47assez grasse et en jaune un peu flash et on a fait plusieurs tests avec une bande couleur un peu plus sobre,
- 44:58on va dire,
- 44:59une sorte de taupe un peu gris,
- 45:01un peu brun et moi je voulais ce rouge-là et on a fait un test et ça a super bien fonctionné donc c'est comme ça qu'on l'a gardé et je pense qu'on a bien fait parce que
- 45:13Ce que m'ont dit les gens en Angoulême,
- 45:15c'est qu'on est venus parce qu'on a vu les couleurs,
- 45:18on a vu les motifs,
- 45:19on a envie de couleurs,
- 45:20on a envie de gaieté.
- 45:22Les temps en ce moment sont durs,
- 45:24ils sont tristes,
- 45:24ils sont stressants,
- 45:25ils sont anxiogènes,
- 45:26avec tout ce qui se passe dans le monde,
- 45:28avec tout ce qui se passe en politique,
- 45:30on a envie de couleurs,
- 45:31on a envie de gaieté visuelle,
- 45:34et on a envie de thématiques qui montrent que nos cultures,
- 45:38nos pays,
- 45:38nos histoires sont entrelacées,
- 45:40et que c'est très bien comme ça.
- 45:42et qu'on n'est pas chacun chez soi,
- 45:43et que c'est illusoire de considérer nos histoires de façon parallèle,
- 45:48de considérer qu'on va rester chacun chez soi,
- 45:51de considérer les choses en termes de nous et eux.
- 45:56Et ça,
- 45:57c'est quelque chose que j'ai fort senti chez les personnes qui sont intéressées par cette bande dessinée,
- 46:01c'est le soulagement aussi,
- 46:02la joie de lire des histoires qui montrent les choses différemment,
- 46:07qui montrent un entrelacement.
- 46:09pas toujours facile,
- 46:10mais en tout cas très fécond dans les histoires et plus proche en fait de la réalité.
- 46:16C'est plus proche de la réalité plutôt que de nous faire croire que,
- 46:20ouais,
- 46:20qu'on peut considérer les histoires de façon parallèle.
- 46:23Très intéressant,
- 46:23tu nous dévoiles là un petit peu,
- 46:25on va dire,
- 46:26le parti pris,
- 46:27en tout cas la ligne directrice que tu prends avec la BD et ce que,
- 46:33comment on dirait,
- 46:33cette histoire du wax.
- 46:36Le wax,
- 46:36il fait souvent l'objet de... ...
- 46:38polémique en fait questionnement de la loi que c'est il africain ou pas et c'est vrai que moi dans des interviews que je peux faire avec un designer il y en a qui rejette en loi que c'est qu'ils refusent de l'utiliser dans leur collection c'est
- 46:55un tissu africain et que ce qu'ils veulent c'est mettre en avant des vrais ça ce qu'il considère comme étant de vrais savoir faire
- 47:04avec du tissu comme le boulon,
- 47:05le caneté ou autre.
- 47:07Et puis,
- 47:07il y en a d'autres,
- 47:08par contre,
- 47:09qui vont vraiment mettre le wax avant parce qu'ils adorent ce tissu,
- 47:15qu'ils ont toujours vu leur maman ou leur grand-mère et qu'ils portent à la mort.
- 47:19Et donc,
- 47:19ça leur paraît complètement naturel et normal de l'utiliser.
- 47:25Toi,
- 47:25par rapport à ça,
- 47:26est-ce que c'est quelque chose qui a fait partie de ta réflexion par rapport à justement...
- 47:31l'écriture de cette BD Wax Paradox,
- 47:33est-ce que cette question-là ça a été quelque chose auquel tu as pu réfléchir ?
- 47:39Oui,
- 47:40donc déjà moi j'ai découvert le mouvement No Wax dont j'ignorais l'existence dans des livres écrits par des historiennes de l'art et je me suis dit c'est super intéressant ce sera ma façon en incarnant ce mouvement No Wax dans un personnage ce sera ma façon d'aborder la question de l'appropriation culturelle mais sous un autre angle.
- 48:00Parce que je me suis clairement questionnée sur,
- 48:04est-ce que je vais parler d'appropriation culturelle et comment ?
- 48:08Est-ce que je suis capable,
- 48:09moi,
- 48:10d'apporter quelque chose de pertinent à ce débat à propos duquel j'ai l'impression que tout a déjà été dit ?
- 48:19Est-ce qu'il n'y a pas un risque là d'apporter du bruit au bruit,
- 48:26d'alimenter potentiellement les polémiques en fait ?
- 48:28Et ça,
- 48:28je ne voulais vraiment pas.
- 48:29Ça,
- 48:29c'est un truc que je ne supporte pas.
- 48:31Je ne veux pas alimenter des polémiques.
- 48:33Moi,
- 48:33je veux nourrir le débat.
- 48:34Je veux potentiellement nourrir les lecteurs et lectrices qui,
- 48:39après,
- 48:39peut-être,
- 48:41dans le meilleur des cas,
- 48:43pourront porter un regard peut-être un peu plus éclairé sur les questions et se positionner de façon neuve sur ces questions-là,
- 48:52ou peut-être se positionner de façon plus circonstanciée en se disant,
- 48:56tiens,
- 48:56mais...
- 48:57Mais grâce à ce que j'ai appris là,
- 48:59ça me permet de voir les choses différemment,
- 49:01ça me permet d'être plus apaisée sur ce genre de débat.
- 49:04Je trouve aussi que la question de l'appropriation culturelle prend énormément de place en ce qui concerne le wax,
- 49:08et donc va...
- 49:12faire de l'ombre à plein d'autres thématiques qui sont très intéressantes,
- 49:17et notamment ce mouvement Noax.
- 49:20Ce que je voulais aussi,
- 49:21en incarnant ces problématiques dans des personnages,
- 49:23c'est que cette scène de Noax,
- 49:26c'est quoi ?
- 49:28On est dans un...
- 49:30En fait,
- 49:30le personnage principal rencontre les membres d'un collectif décolonial,
- 49:34et l'un d'eux se dit Noax et dit « voilà,
- 49:37moi je porte » .
- 49:38Pas de wax,
- 49:39moi je mets en avant
- 49:41Là je porte du lépi
- 49:42C'est un tissu traditionnel D'ailleurs j'ai des guinéens dans la bande dessinée Mais certains diront que non c'est un tissu traditionnel Peul et que j'aurais mieux fait De l'écrire comme ça
- 49:52Il y a des débats sur tout ce qui concerne les tissus
- 49:56Et
- 49:57Et je voulais qu'on le comprenne en fait,
- 49:58je voulais qu'on comprenne son raisonnement,
- 50:00qu'on se dise « bah oui,
- 50:00je comprends ce qu'il dit en fait,
- 50:02je comprends qu'il ait envie de mettre en avant les tissus traditionnels,
- 50:05je comprends qu'il considère que c'est difficile pour les tisserands de certains pays de rivaliser avec des tissus imprimés tels que le wax,
- 50:13qui sont issus d'un processus industriel.
- 50:17Je voulais que ce personnage soit attachant,
- 50:19sensible et qu'on le comprenne.
- 50:20Et en même temps,
- 50:21je voulais qu'on comprenne aussi...
- 50:22L'autre membre du collectif qui dit « Non mais attends,
- 50:25moi le Ouak c'est ma grand-mère,
- 50:27qui est dans l'affectif,
- 50:29dans l'émotion,
- 50:30qui adore ce tissu parce que ça lui rappelle son enfance,
- 50:33parce que pour elle c'est typiquement africain,
- 50:35et qui vit pas bien le fait qu'on remette en question le fait que ce soit typiquement africain.
- 50:39Je voulais qu'on la comprenne aussi. »
- 50:40Et je trouvais intéressant de faire naître ce débat au sein même d'un collectif décolonial,
- 50:45pour montrer qu'en fait,
- 50:46même au sein d'un collectif décolonial,
- 50:48les avis sont divergents.
- 50:51Pourquoi ?
- 50:51Parce qu'un collectif décolonial,
- 50:52ça rassemble des personnes qui ont des vécus différents et qui sont issues de générations différentes.
- 50:57Et donc,
- 50:57vous n'allez pas porter le même regard sur le wax quand vous êtes né en Afrique,
- 51:00que vous avez grandi là-bas,
- 51:02et que vous,
- 51:03peut-être,
- 51:04poursuivez une partie de votre vie en Occident,
- 51:06que si vous êtes né en Occident,
- 51:09et que vous avez grandi en Occident,
- 51:11que peut-être vous n'avez jamais mis les pieds en Afrique.
- 51:14Vous n'allez pas porter le même regard sur le wax si vous avez 70 ans que si vous en avez 20.
- 51:19Donc...
- 51:20Il y a une richesse là,
- 51:21dans ces collectifs décoloniaux,
- 51:22que je trouvais très chouette et que j'ai eu envie aussi de mettre en scène.
- 51:25Et puis,
- 51:26il y a ce personnage de Sophia qui se demande pourquoi elle ne porte pas de wax.
- 51:31Qu'est-ce que ça vient faire résonner chez elle ?
- 51:34Mais donc,
- 51:35j'ai aussi eu en dédicace des personnes,
- 51:39disons,
- 51:40on va parler comme les Américains,
- 51:41blancs,
- 51:41on va parler en termes de blancs et de noirs.
- 51:44Comme ça,
- 51:44c'est plus simple.
- 51:45Mais donc,
- 51:45des personnes,
- 51:46oui,
- 51:46caucasiennes à la peau claire,
- 51:48qui viennent me dire,
- 51:49moi,
- 51:49je ne sais toujours pas quoi en penser.
- 51:51J'ai eu des débats dans ma famille sur l'appropriation culturelle parce qu'ils ont vu que j'avais utilisé du wax.
- 51:56On me dit que je ne peux pas et je ne sais toujours pas en quoi en penser,
- 51:58etc.
- 51:59Et donc,
- 52:01elles viennent acheter la BD en ayant l'espoir de trouver peut-être éventuellement quelques réponses.
- 52:06Et c'est chouette de pouvoir échanger parce que de leur rappeler que le wax,
- 52:11on est dans le à la fois,
- 52:12c'est à la fois un produit.
- 52:14culturelles avec une charge identitaire très importante.
- 52:18Ce sont des motifs qui veulent dire quelque chose,
- 52:21qui sont parfois utilisés dans des périodes très particulières de la vie.
- 52:24Je pense notamment au wax qui sont utilisés dans les périodes de deuil.
- 52:28Il est clair que si on n'est pas informé et que on va se faire une petite pochette avec un wax qui est normalement,
- 52:34dans certains pays,
- 52:35réservé aux périodes de deuil,
- 52:37ça ne le fait pas trop.
- 52:38Mais en même temps,
- 52:39cette petite personne qui,
- 52:40je ne sais pas moi,
- 52:41aime bien la couture,
- 52:42qui n'a rien à voir avec l'Afrique et qui trouve des motifs de wax super beaux et qui a envie d'en porter.
- 52:47Moi,
- 52:48personnellement,
- 52:48je ne vois pas où est le problème,
- 52:49parce qu'effectivement,
- 52:51c'est un article culturel,
- 52:53mais c'est aussi un produit commercial,
- 52:56dont le but est de générer du profit de manière totalement désincarnée.
- 52:59Ceux qui ont créé le wax à l'origine,
- 53:01ils n'étaient pas dans la culture.
- 53:03Ils se sont emparés d'une technique indonésienne sans demander l'autorisation et leur objectif,
- 53:08c'était de vendre.
- 53:09Et donc...
- 53:10Le wax est très particulier parce qu'il y a ces contradictions qui font que le wax est le wax.
- 53:15Et il y en a pour qui ça pose problème,
- 53:18il y en a pour qui ça ne pose pas de problème.
- 53:20Mais en tout cas,
- 53:21je trouve que la critique sociale qui dit que le capitalisme vampirise parfois des cultures pour générer du profit est une critique tout à fait pertinente,
- 53:31légitime.
- 53:32Je trouve qu'il est très important d'aller dénicher ça et d'essayer de...
- 53:40En tout cas,
- 53:40de porter un regard critique là-dessus,
- 53:42bien sûr.
- 53:44Mais je pense aussi que les personnes qui n'ont rien à voir avec l'Afrique ou qui sont métissées,
- 53:48par exemple,
- 53:49ou qui sont afrodescendants mais qui n'ont jamais mis les pieds en Afrique et qui veulent s'emparer du wax,
- 53:53doivent le faire de manière libre et ne doivent pas culpabiliser.
- 53:58Tout le monde a le droit de porter du wax.
- 54:02C'est aussi comme une veste en jean.
- 54:04C'est aussi juste un problème.
- 54:07Ah oui,
- 54:07voilà,
- 54:07un produit commercial ou quelque chose qu'on trouve joli et dont on a envie de s'emparer,
- 54:13et pourquoi pas ?
- 54:14Ouais,
- 54:14intéressant.
- 54:15Je ne sais pas ce que toi,
- 54:16tu en penses ?
- 54:20Moi,
- 54:22je pense que quand le point de vue économique,
- 54:26effectivement,
- 54:27ça a été importé,
- 54:28et je te rejoins sur le côté à la fois,
- 54:30parce que quand on a des générations,
- 54:33des générations de familles africaines,
- 54:36du nord au sud,
- 54:37d'est en ouest,
- 54:39qui portent ce tissu,
- 54:41il y a un moment où,
- 54:42ouais.
- 54:42Elles se sont empruntées le tissu,
- 54:44il fait partie de l'histoire de la famille.
- 54:46Et aujourd'hui,
- 54:48et pendant des années,
- 54:50au moment de doter une femme,
- 54:51quand on est encore dans ces contextes-là de tradition,
- 54:56pendant la valise,
- 54:57il y a du wax plombé en fait.
- 54:59C'est partie de la culture et de la tradition.
- 55:02Du coup,
- 55:03je trouve ça difficile.
- 55:04Enfin,
- 55:04je trouve ça difficile.
- 55:06Je trouve qu'en tout cas,
- 55:07c'est pas une réponse aussi simple.
- 55:10Oui.
- 55:10C'est africain ou non,
- 55:11ce n'est pas africain.
- 55:13Et qu'il y a des tissus wax qu'on m'a offerts et que je garde précieusement parce que c'est vraiment quelque chose qui fait partie de l'histoire de ma famille.
- 55:28Et le tissu wax ou pas,
- 55:34pour beaucoup de familles africaines,
- 55:36c'est chargé de l'histoire.
- 55:38C'est chargé de l'histoire.
- 55:39Donc pour moi,
- 55:43je vais te rejoindre sur...
- 55:45Pour faire des politiques,
- 55:47c'est bien de sortir un petit truc comme ça.
- 55:48Je veux savoir,
- 55:49le wax n'est pas africain,
- 55:51le wax...
- 55:52Mais quand on creuse un peu,
- 55:55est-ce qu'à un moment donné,
- 55:56quelqu'un qui dit,
- 55:57moi je ne porte jamais de wax,
- 55:58il ne se coupe pas d'une partie de son histoire ?
- 56:02Parce que sa mère s'en remportait probablement.
- 56:05Oui,
- 56:08C'est vraiment super complexe,
- 56:10moi j'aime bien ça,
- 56:11ça me passionne,
- 56:12mais je pense que l'esprit humain a un peu du mal avec ce genre de complexité,
- 56:16ou alors à admettre que parfois il n'y a pas de réponse.
- 56:18C'est-à-dire à qui appartient le wax ?
- 56:21Il est indéniable,
- 56:22aujourd'hui je veux dire,
- 56:24la personne qui dirait que ce n'est pas africain,
- 56:28et uniquement pas africain,
- 56:30on dirait mais attendez,
- 56:31il faut ouvrir les yeux,
- 56:32la porte de l'Afrique dans le wax c'est indissociable,
- 56:35le wax il est aujourd'hui.
- 56:36Enfin,
- 56:37indéniable,
- 56:37je dirais,
- 56:38et le wax,
- 56:38il est indissociable de ce continent.
- 56:39Vous voyez bien l'apport des femmes,
- 56:41je dis les femmes,
- 56:42mais il y a eu des hommes,
- 56:43mais des femmes africaines dans ce que le wax est aujourd'hui.
- 56:47C'est elles qui le rendent vivant,
- 56:48qui l'ont rendu vivant,
- 56:49qui l'ont intégré dans des rituels,
- 56:51etc.,
- 56:51et qui fait que le wax est le wax aujourd'hui.
- 56:55Mais c'est surtout à certains égards qu'il n'est pas africain,
- 57:00et à d'autres égards,
- 57:01il est totalement africain.
- 57:02Et comme on est dans le « à la fois »
- 57:04et que ça semble être une contradiction,
- 57:06L'esprit humain a du mal à le considérer.
- 57:08Et je pense aussi que si on doit se poser la question de à qui il appartient,
- 57:13il y a peut-être aussi parfois pas de réponse.
- 57:16Et on doit pouvoir parfois accepter qu'il n'y a pas toujours de réponse à cette question.
- 57:21C'est-à-dire que pour certains,
- 57:23il va appartenir au continent africain.
- 57:25Pour d'autres,
- 57:26il va appartenir au continent européen.
- 57:29Pour d'autres,
- 57:30il va encore appartenir au continent,
- 57:32en tout cas à l'Indonésie par exemple.
- 57:34Et il faut accepter que chacun ait une vision différente des choses et que c'est comme ça.
- 57:39Il y a aussi effectivement,
- 57:41comment dire,
- 57:43ce côté accepter de ne pas être...
- 57:45On ne doit pas tous être d'accord.
- 57:47C'est un sujet sur lequel il y a une vérité absolue,
- 57:49sur lequel on va tous s'entendre.
- 57:50À un moment donné,
- 57:52on va tous se dire,
- 57:52effectivement,
- 57:53on est tous d'accord.
- 57:54On a trouvé le résumé du WAP.
- 57:55Oui,
- 57:56voilà.
- 57:56Ça a été une manière à partir de Tentac,
- 57:59et maintenant,
- 58:00le débat est là.
- 58:01Voilà,
- 58:01c'est ça.
- 58:02Je crois qu'on n'a pas fini d'en débattre,
- 58:03en tout cas.
- 58:04Effectivement,
- 58:05comme tu le dis,
- 58:06il y a plusieurs angles,
- 58:07en fait.
- 58:08Si on parle d'un côté purement,
- 58:11où est-ce que c'est fabriqué,
- 58:13et par rapport à de l'argent,
- 58:15par cet angle-là,
- 58:16effectivement,
- 58:16on peut dire que ce n'est pas africain.
- 58:21Maintenant,
- 58:22c'est une histoire.
- 58:23Je pense que dans,
- 58:24en tout cas,
- 58:24ce questionnement sur le wax,
- 58:26il y a aussi une volonté de se réapproprier sa propre histoire et de se dire...
- 58:31L'hégémonie du wax vient aussi perturber un cours de l'histoire qui aurait pu être différent.
- 58:39Et il y a des savoir-faire,
- 58:41on va dire typiquement africains,
- 58:42qui n'ont pas la même force et la même visibilité parce que le wax,
- 58:47quelque part,
- 58:48il est venu prendre une place très très forte et il s'est un peu imposé,
- 58:52en fait.
- 58:53Donc il y a ça aussi,
- 58:54je pense,
- 58:55dans les revendications de certains sur le...
- 58:58On ne doit pas le considérer comme étant africain.
- 59:01Il a
- 59:01Il a volé en place de guerre.
- 59:04Oui,
- 59:04bien sûr.
- 59:05Le sujet de l'histoire de l'Afrique,
- 59:08c'est là qu'elle est complexe.
- 59:09Mais c'est pour ça que j'aime bien engager ces conversations-là.
- 59:13Pas pour avoir...
- 59:14C'est pour ouvrir la discussion.
- 59:15Et parfois,
- 59:16effectivement,
- 59:16je te rejoins,
- 59:17laisser un point d'interrogation,
- 59:18en fait,
- 59:19et se dire,
- 59:20on ne va pas forcément avoir de réponse.
- 59:22Ça rappelle les exercices de philo au bac.
- 59:25Et puis à la fin,
- 59:27tu fais...
- 59:28En fait,
- 59:29les deux sont possibles.
- 59:32Je ne sais pas vraiment quoi.
- 59:33Oui,
- 59:33voilà.
- 59:35Je crois qu'en tout cas,
- 59:36chacun est libre de mettre du sens là où il veut.
- 59:40Parce que,
- 59:40par exemple,
- 59:41moi,
- 59:41je ne porte pas de wax.
- 59:42J'en ai porté qu'une fois dans ma vie parce qu'une amie angolaise se mariait.
- 59:47Et donc,
- 59:47on nous a demandé de nous procurer un wax très précis,
- 59:50etc.
- 59:51C'est petit à l'exercice,
- 59:52on le rafait,
- 59:52c'était très chouette.
- 59:53Mais je n'en ai pas chez moi et ma grand-mère paternelle m'en a offert un,
- 59:56alors que c'est quand même moins présent en Guinée qu'en Acre.
- 1:00:00mais elle m'en a offert un,
- 1:00:01je ne mets plus la main dessus,
- 1:00:02mais j'ai bon espoir de le retrouver,
- 1:00:03parce que je suis assez abandonnique comme personne,
- 1:00:05et donc je pense qu'il doit être quelque part.
- 1:00:08Mais j'ai du lépi que mon père m'a offert,
- 1:00:11et là,
- 1:00:11pour moi,
- 1:00:12ça ferait sens d'emporter,
- 1:00:14parce que c'est du lépi,
- 1:00:15parce que c'est typiquement peu slash guinéen,
- 1:00:18parce que c'est mon père qui me l'a offert,
- 1:00:20et ça,
- 1:00:20ça fait sens,
- 1:00:22tu vois.
- 1:00:23Mais le wax,
- 1:00:24beaucoup moins.
- 1:00:25Oui,
- 1:00:25mais c'est sûr pareil,
- 1:00:27comme tu l'as dit là,
- 1:00:27tu as cité deux exemples personnels et précis.
- 1:00:30Tu l'as porté une fois dans le cadre d'un mariage,
- 1:00:33c'était où tu...
- 1:00:34Et par rapport au dépit,
- 1:00:35pareil,
- 1:00:35il y a une histoire derrière.
- 1:00:37Donc c'est plus ça,
- 1:00:38c'est vraiment lié à l'histoire de chacun,
- 1:00:40en fait.
- 1:00:40C'est ça,
- 1:00:42comment tu vives de tel ou tel produit,
- 1:00:45quoi.
- 1:00:45C'est vraiment l'histoire qu'il y a derrière.
- 1:00:47Moi,
- 1:00:48j'avais fait un voyage en Côte d'Ivoire et j'étais...
- 1:00:51Je ne suis pas allée dans l'usine,
- 1:00:51mais j'étais allée chez des revendeurs de tissus wax fabriqués en Côte d'Ivoire.
- 1:00:57Et du coup,
- 1:00:58c'est pas les tissus...
- 1:00:59mais c'est des tissus que j'ai achetés.
- 1:01:01On me dit,
- 1:01:01voilà,
- 1:01:02ce n'est pas du wax made in China,
- 1:01:05c'est du wax made in Hollande,
- 1:01:07c'est un wax made in Africa.
- 1:01:08Du coup,
- 1:01:08ça a du présent même si tu nous dises qui appartient à une entreprise occidentale.
- 1:01:17Il n'en reste pas moins que c'est du made in Africa.
- 1:01:20Mais voilà,
- 1:01:21chacun peut poser un peu son...
- 1:01:24Pour moi,
- 1:01:25c'est bien une histoire.
- 1:01:26Chacun doit répondre.
- 1:01:28Je pense à un petit exemple pour qu'on prenne la perspective des uns et des autres.
- 1:01:35On arrive à la fin de cette interview.
- 1:01:36Je vais poser toutes les questions que je voulais te poser.
- 1:01:41Est-ce que tu as des prochaines dates,
- 1:01:44des signatures,
- 1:01:45des événements que tu peux nous partager ?
- 1:01:48Ou est-ce qu'on se dit que tu es au Musée de l'Homme pour trouver ta BD ?
- 1:01:52Alors effectivement,
- 1:01:52la BD est au Musée de l'Homme dans la librairie du musée.
- 1:01:57J'ai quelques dates là,
- 1:01:58mais il faudrait que je retrouve le mail.
- 1:02:01En tout cas,
- 1:02:01les principales dates,
- 1:02:02c'est le
- 1:02:056 mars,
- 1:02:05on fait le lancement officiel de la BD,
- 1:02:07mais en France.
- 1:02:08On l'a déjà fait à Bruxelles.
- 1:02:09Là,
- 1:02:09on le fait à Paris,
- 1:02:11à la librairie Les Traversés.
- 1:02:14Le 8 mars,
- 1:02:14il y a donc cette rencontre dédicace au Pop Women Festival à Reims.
- 1:02:19En avril,
- 1:02:20début avril,
- 1:02:21il y a les escales du Livre de Bordeaux,
- 1:02:23où là aussi,
- 1:02:23on fera des rencontres dédicaces.
- 1:02:27Il y a encore des choses à confirmer au mois de mai,
- 1:02:29donc là je ne vais pas encore m'avancer,
- 1:02:30mais il y a potentiellement deux dates en mai encore en France.
- 1:02:34Il y a la Foire du Livre à Bruxelles,
- 1:02:36mi-mars aussi.
- 1:02:37Et puis au mois de juin,
- 1:02:39il y a le
- 1:02:39Festival de la BD d'Amiens.
- 1:02:41En octobre,
- 1:02:42il y a encore le Quai des Bulles à Saint-Malo.
- 1:02:44Et puis là,
- 1:02:44il y a encore des dates qui sont en train d'être fixées,
- 1:02:48donc entre Bayard et certaines librairies ou certains festivals littéraires.
- 1:02:52Moi,
- 1:02:53je n'ai pas de site internet,
- 1:02:54alors ça,
- 1:02:54ce n'est pas du tout professionnel.
- 1:02:55Donc,
- 1:02:55c'est en totale contradiction avec tout ce que j'ai raconté tout à l'heure,
- 1:02:58sur quoi il faut faire les choses sérieusement,
- 1:03:00etc.
- 1:03:01Mais donc,
- 1:03:02j'ai mon compte Instagram où j'essaie de poster quand même un peu l'agenda.
- 1:03:06C'est parfois difficile à suivre.
- 1:03:07On ne sait plus à qui on a dit quoi,
- 1:03:09qui veut aller où.
- 1:03:10Mais j'espère que quand même,
- 1:03:12dans les prochains mois,
- 1:03:12j'aurai un site web où je vais pouvoir mettre un calendrier digne de ce nom.
- 1:03:17Très bien.
- 1:03:18De toute façon,
- 1:03:19les dates que tu m'as partagées là,
- 1:03:22je les mettrai en note de ma page de l'épisode.
- 1:03:24Elles seront aussi accessibles sur l'article que je vais écrire en parallèle de l'épisode.
- 1:03:31Et puis après,
- 1:03:31je mettrai aussi le lien vers ton compte Instagram de façon à ce qu'on puisse être au courant de l'actualité et savoir si tu seras présent dans le rire près de chez nous.
- 1:03:42En tout cas,
- 1:03:42je te remercie beaucoup d'avoir été là.
- 1:03:44disponible pour cet échange et toute ta générosité dans le partage de ton histoire et l'histoire de l'université.
- 1:03:52Merci beaucoup,
- 1:03:53Ramatha.
- 1:03:53Merci pour l'invitation.
- 1:03:54Je passe un bon moment.
- 1:03:56Merci.
- 1:03:57À très vite en Astrid Weyer.
- 1:04:00Merci.
- 1:04:04Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout.
- 1:04:06Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast.
- 1:04:12Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis.
- 1:04:15Vous pouvez laisser un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify.
- 1:04:19Je vous invite également à cliquer sur les cinq étoiles pour donner de la force.
- 1:04:23Je vous dis à très vite en Afrique ou ailleurs.