Latest / Chroniques étranges - Histoires d'Horreur & Mystères / Cassettes 1 à 3 | Les cassettes de l’accident : 6 bandes audio retrouvées (1/2) [THRILLER]
Transcript
- 0:01Chroniques étranges. Le port des.
- 0:10Écouteurs est fortement conseillé.
- 0:18Bon voilà, je crois que ça enregistre.
- 0:22On m'a dit de de parler normalement comme si j'avais
- 0:25quelqu'un en face de moi. Alors Bonjour.
- 0:30Je m'appelle Marc Marc Delorme, j'ai 28 ans.
- 0:33Et si vous écoutez ça, c'est que vous faites partie de ceux qui
- 0:37essaient de comprendre ce qui se passe depuis l'accident.
- 0:39On dit souvent ça, non. L'accident, comme si un seul
- 0:44moment suffisait à casser une vie entière.
- 0:46Dans mon cas, c'est assez vrai. Avant, j'avais une vie banale,
- 0:52pas malheureuse, pas extraordinaire non plus, mais
- 0:55banale. Et récemment, je me suis rendu
- 0:58compte à quel point tout ce qui nous paraît banal nous manquait,
- 1:01prend de la valeur une fois que ce n'est plus là.
- 1:04Enfin bon, c'est pas le sujet. Je bossais comme responsable
- 1:08logistique dans une boîte de pièce automobile.
- 1:10Ironique, non ? Je bossais mes journées à
- 1:13optimiser des trajets, des flux, des camions et à dire aux autres
- 1:16comment éviter les retards, les embouteillages, le stress sur la
- 1:19route. Et puis.
- 1:22Et puis il y avait Élise. Élise, c'était ma femme.
- 1:26On était ensemble depuis 10 ans, on avait nos engueulades, nos
- 1:30silences, comme tout le monde, mais mais on s'aimait, on avait
- 1:35nos rituels, le café le matin dans la petite cuisine, la série
- 1:38que regardait en mangeant, les vacances qu'on planifiait
- 1:41toujours au dernier moment. Je vous raconte ça parce que
- 1:44j'ai l'impression que plus le temps passe, plus ces détails
- 1:47s'effacent ou se mélangent et ça m'angoisse.
- 1:51Je veux pas les perdre, alors autant les poser quelque part.
- 1:55Bref. Le soir de l'accident, rien
- 1:57n'avait mal commencé. C'était un vendredi, j'avais
- 2:01quitté le boulot un peu plus tard que d'habitude.
- 2:03On avait un dîner chez des amis à l'autre bout de la ville et
- 2:06comme d'habitude, j'étais en retard.
- 2:08Mon boulot de responsable me prenait pas mal de temps.
- 2:11Trop sans doute, mais Élise, elle, détestait être en retard.
- 2:16Je la vois encore. Enfin, je la revois dans ma
- 2:18tête, assise côté passager, manteau sur les genoux,
- 2:22téléphone dans la main. À actualiser leur sur le groupe
- 2:25WhatsApp toutes les 2 Min on va arriver, tu peux leur dire qu'on
- 2:28va arriver que je répétais. Mais ça ne l'empêchait pas de
- 2:31souffler. Vous savez, les petits soupirs
- 2:33que font nos petites amies qui veulent clairement dire c'est
- 2:36pas grave et c'est complètement de ta faute en même temps.
- 2:39Et ce soir-là, il y avait Emma aussi, ma grande sœur, elle
- 2:43avait insisté pour venir avec nous au dîner, elle disait qu'on
- 2:46sortait jamais assez tous les 3, elle s'entendait super bien avec
- 2:49Élise, elle, elle était assise à l'arrière.
- 2:52À faire défiler les messages sur son téléphone, à commenter la
- 2:54météo et l'heure. Comme d'habitude, il pleuvait.
- 2:58Ce n'était même pas une averse violentement, c'était plutôt de
- 3:01la pluie fine, celle qui recouvre le pare-brise en voile
- 3:04et obligeait à mettre les essuie glaces en vitesse intermédiaire.
- 3:07Vous voyez, on roulait sur la départementale avec ses grandes
- 3:11lignes droites bordées d'arbres, les phares des voitures en face
- 3:14qui s'écrasent sur la route humide.
- 3:16Je me souviens même de la radio. Cette chanson restera gravée
- 3:20dans ma tête. En même temps, c'était notre
- 3:22préférée. Et moi qui essayais de
- 3:26plaisanter pour détendre l'atmosphère, je me rappelle
- 3:29plus de ce que j'ai dit. Par contre, je me souviens juste
- 3:32du ton d'élise quand elle m'a répondu, elle a dit, Tu
- 3:34pourrais ? Vraiment regarder la route.
- 3:37C'est ce que je faisais, sauf à ce moment précis, mon téléphone
- 3:41a vibré dans le porte gobelet et il a suffi d'un réflexe idiot
- 3:45qu'on fait tous. J'ai baissé les yeux une 2nde
- 3:48pour voir le nom s'afficher et dans cette 2nde là quelqu'un,
- 3:53quelque chose, j'en sais rien s'est trouvé là où il devait pas
- 3:56être, je sais même pas ce que c'était.
- 3:59Au final, ça va trop vite quand ça arrive, on croit qu'on va
- 4:03pouvoir corriger et que le cerveau va réagir.
- 4:05Attends, je me rappelle le volant qui m'échappe des mains,
- 4:08la voiture qui tire sur la droite, le bruit SEC du choc, la
- 4:12ceinture qui vous scie la poitrine, le monde qui bascule
- 4:16en diagonale. Et plus rien noir, pas ce noir
- 4:20quand on ferme les yeux dans un noir sans profondeur.
- 4:26La dernière chose que j'ai vu ce jour-là, ce n'est même pas le
- 4:29visage de la femme que j'ai épousé, c'est ce foutu
- 4:33téléphone. La suite, je la connais que
- 4:36parce qu'on me l'a raconté. On m'a dit que les pompiers sont
- 4:39arrivés vite, qu'on nous a désincarcéré.
- 4:42Ils m'ont sorti par le pare-brise ou la portière, j'en
- 4:45sais rien. Et qu'élise qu'élise n'a pas
- 4:50survécu à cause de moi, Monsieur Delorme, prenez votre temps, je
- 4:58n'ai pas vu son corps, je n'ai pas vu la voiture après le choc
- 5:02et je n'ai pas vu la route, les gyrophares, rien.
- 5:05Ah au moins Emma s'en est miraculeusement bien sorti,
- 5:11quelques contusions, rien de grave, c'est comme ça qu'elle me
- 5:14l'a formulé, rien de grave. Je le sais car c'était la
- 5:18première personne que j'ai vu en ouvrant les yeux.
- 5:23Et c'est après que que commencent les choses étranges.
- 5:26Je suppose, parce que je me suis réveillé chez moi après mon
- 5:30séjour à l'hôpital pendant quelques jours, que j'ai
- 5:32d'ailleurs passé inconscient. Une fois de plus, c'est elle qui
- 5:36me l'a dit, juste un clignement de paupière.
- 5:39Et je suis passé de la nuit sous la pluie à ma chambre.
- 5:42Le matin, je me suis réveillé sur mon lit.
- 5:45Sur son côté à elle, avec cette impression que quelqu'un avait
- 5:48posé un bloc de béton sur ma poitrine.
- 5:51Tout était flou, comme quand on ressort d'une anesthésie
- 5:54générale. Mais j'avais la certitude d'être
- 5:57chez moi. Il faut dire que le choc était
- 6:00plutôt violent de ce qu'ont dit les médecins.
- 6:02Du moins, je reconnaissais l'odeur, le parfum du linge de
- 6:05lit, la légère odeur de poussière dans le couloir, même
- 6:09ce bruit au loin de cette vieille horloge numérique du
- 6:12salon qui rend l'âme. J'ai essayé de bouger et une
- 6:15douleur m'a traversé la cage thoracique, comme un coup de
- 6:18poignard. J'ai gémi, je crois.
- 6:20La 2nde après, j'ai entendu des pas précipités dans le couloir
- 6:23qui se trouvent à droite de mon lit.
- 6:27Marc. Oh la vache, t'es réveillé, ne
- 6:30bouge pas. Surtout t'es enfin de retour,
- 6:33t'inquiète pas. C'était la voix de ma sœur, elle
- 6:37me paraissait si nette, sûrement parce que la dernière chose que
- 6:40j'ai entendu, ce sont des acouphènes.
- 6:43Les premiers jours, c'était ça, je me réveillais, j'avais mal
- 6:46partout, quelqu'un venait ouvrir la porte de la Chambre, ma sœur
- 6:49me disait de ne pas bouger, de me reposer.
- 6:51On ouvrait les volets le matin, je distinguais la lumière entrée
- 6:55et les ombres bougeaient sur le mur des formes d'arbres et de
- 6:57branches. Tout avait l'air banal jusqu'au
- 7:02moment où ça ne l'a plus été, mais ça, je vous le raconterai.
- 7:05Après, si je fais cet enregistrement, c'est pour tout
- 7:08mettre dans l'ordre, pour vous montrer à quel point, au début,
- 7:11tout paraissait normal. Je n'avais aucune idée à ce
- 7:14moment-là que le cauchemar ne faisait que commencer.
- 7:30Bon, on reprend, je suis désolé si je tourne autour du pot, mais
- 7:34on m'a dit de raconter les choses dans l'ordre.
- 7:36Mais dans ma tête, tout se mélange un peu après le réveil.
- 7:40Les jours suivants ont tous eu la même couleur, une sorte de
- 7:43gris pâle déprimant. Je ne me levais pas, de toute
- 7:47façon j'en étais incapable. Mes 2 jambes me faisaient
- 7:51horriblement mal, alors je restais allongé dans le lit du
- 7:54côté ou dans mes hélices. D'habitude cet idiot, mais
- 7:58j'avais l'impression d'être plus proche d'elle comme ça.
- 8:01Les matinées se ressemblaient toutes, ma sœur venait ouvrir
- 8:04les volets, je sentais la chaleur sur mon visage.
- 8:06Parfois, je distinguais les carrés de lumière se découper
- 8:09sur le mur et les ombres des branches qui balançaient
- 8:12doucement. Qu'est ce qu'on s'ennuie quand
- 8:14on ne peut pas bouger ? Le silence d'une maison est
- 8:17terriblement ennuyeux. Je n'entendais que ce petit
- 8:20bruit en fond. La première chose que je ferai
- 8:23une fois rétablie, ce sera de changer cette foutue horloge
- 8:26numérique. Ma sœur venait me voir souvent,
- 8:29elle arrivait, la porte s'ouvrait.
- 8:31Je voyais sa silhouette se découper dans l'embrasure, elle
- 8:34posait quelque chose sur la table de nuit et elle me
- 8:36demandait comment je me sentais. Elle avait toujours la même
- 8:39façon de me parler, douce et calme.
- 8:43Ça va un peu mieux aujourd'hui. Ça va, je crois ?
- 8:47Il faut du temps. Tu vas récupérer ?
- 8:51Tu vas récupérer ? Je m'accrochais à cette phrase
- 8:54comme à une promesse, un des premiers trucs bizarre, je me
- 8:57rends compte maintenant, c'est le verre d'eau.
- 9:00Je sais, ça a l'air ridicule dit comme ça, mais pour moi ça a été
- 9:04le début de quelque chose. Je me souviens très bien de la
- 9:08scène, il devait être, je sais pas, la fin de matinée, le
- 9:13soleil était déjà haut, c'était lumineux dans la Chambre, ma
- 9:16sœur venait de sortir. Elle m'avait laissé un verre
- 9:19d'eau sur la table, juste à côté du lit.
- 9:21Je l'ai vu clairement, un verre transparent rempli à moitié avec
- 9:25des reflets sur les bords. J'avais la gorge en feu, alors
- 9:28j'ai pris mon temps, j'ai attrapé le drap et je me suis
- 9:32tiré un peu. Ça m'a arraché une grimace, mais
- 9:34j'avais l'impression de faire un truc important, bouger.
- 9:38Pour la première fois depuis longtemps, je voyais le verre
- 9:41là, à portée de main, j'ai tendu le bras et ma main est passée à
- 9:46côté. Pas juste à côté, non, c'est
- 9:49comme si ma main avait traversé l'endroit où il aurait dû être
- 9:51sans rencontrer la moindre résistance.
- 9:54J'ai senti la surface froide de la table, mais pas de verre,
- 9:58rien. J'ai cru que j'avais mal visé,
- 10:02ma vision n'était pas encore tout à fait bonne.
- 10:04Alors j'ai recommencé, je regardais le verre, je voyais la
- 10:08lumière jouer dedans, j'ai tendu la main une 2e fois en suivant
- 10:11son contour des yeux, rien. Ma main a heurté le bord de la
- 10:15table. Puis quelque chose en plastique
- 10:18léger qui est tombé par terre avec un petit bruit sec.
- 10:22Je suis resté comme un idiot. Le bras en suspens a fixé un
- 10:26verre qui n'existait pas. Je me souviens, maître dit, tu
- 10:29es plus sonné que tu le crois à Marc, Tu dois halluciner, c'est
- 10:33tout. J'ai appelé Emma, personne n'a
- 10:37répondu. Le couloir était silencieux, je
- 10:41me suis rassis, j'ai glissé jusqu'à retrouver l'oreiller en
- 10:43pestant contre moi même. Quand elle est revenue plus
- 10:46tard, elle a ramassé l'objet par terre.
- 10:49T'as fait tomber la télécommande on ?
- 10:52Dirait le le verre. Quel verre ?
- 10:56J'ai rien dit. Je voyais très bien le verre
- 10:59posé sur la table à cet instant précis.
- 11:01Je voyais même sa main passer à côté sans le toucher.
- 11:05En y repensant, c'est c'est là que j'aurais dû comprendre qu'il
- 11:08y avait un problème. Mais sur le moment, j'ai juste
- 11:11mis ça sur le compte des médicaments, du choc, de la
- 11:13fatigue. De ma vision trouble ce jour-là.
- 11:17Avant de partir, elle m'a tendu un verre d'eau, un vrai.
- 11:20Cette fois, je l'ai senti contre ma paume avant de le voir.
- 11:24Qu'est ce que tu es vrai sans moi ?
- 11:26Je t'ai toujours dit que j'étais ton ange gardien, non ?
- 11:28Je lui ai répondu que j'aurais préféré qu'elle ne soit pas sur
- 11:31ce foutu siège arrière ce soir-là, elle a détourné les
- 11:35yeux, puis elle a posé le verre sur la table de nuit, tout près
- 11:38de ma main. Je reviendrai demain, de toute
- 11:40façon je te lâcherai pas. Les jours suivants, il y a eu
- 11:45d'autres petites choses que je n'expliquais pas vraiment.
- 11:48Une fois, j'ai entendu la porte d'entrée s'ouvrir dans ma tête,
- 11:52la porte donne sur le couloir à droite.
- 11:55Chez nous, ça a toujours été comme ça.
- 11:58Là, j'ai entendu des pas venir de l'autre côté, sur ma gauche,
- 12:04des pas lents, prudents, comme si la personne comptait chaque
- 12:07mouvement. Marc, il faut prendre les
- 12:10cachets. Ce n'était pas la voix de ma
- 12:13sœur cette fois. C'était une voix d'homme plus
- 12:16grave, plus hésitante. Je l'ai vu se découper dans
- 12:19l'encadrement comme si un type s'était planté là sans trop
- 12:22savoir quoi dire. Je ne le connaissais pas.
- 12:25Je me suis dit que c'était un ami, un voisin ou quelqu'un
- 12:28auquel ils auraient prévenu avant avant de mourir.
- 12:32Je n'ai pas répondu, je ne sais pas pourquoi.
- 12:35Enfin si sûrement parce qu'un type que je connaissais ni
- 12:38d'Adam ni d'ève était chez moi. Bref, il est resté là un moment
- 12:42sans rien dire. Jusqu'à ce que je ferme les
- 12:44yeux, puis j'ai entendu les pas repartir.
- 12:48Quand je les ai rouverts, ils n'étaient plus là.
- 12:51C'est surtout à partir de ce moment-là que j'ai commencé à
- 12:54flipper. Je me suis dit que l'accident
- 12:56avait peut être heurté. Mon cerveau, je ne pouvais même
- 12:59pas dire s'il était réel dans son visage m'avait paru flou.
- 13:02C'est dérangeant comme sentiment.
- 13:05Et puis il y a eu la nuit où quelqu'un m'a touché, je ne
- 13:08dormais pas vraiment. Depuis l'accident, je dors mal.
- 13:11Dès que je ferme les yeux, je revois les phares, l'écran du
- 13:15téléphone, le volant qui tourne trop vite.
- 13:18Je regardais le plafond quand j'ai senti une main se poser sur
- 13:20mon avant bras légère, une main froide qui a serré doucement,
- 13:26comme pour dire je suis là, j'ai sursauté.
- 13:30Emma ai-je dit, mais quand j'ai baissé mes yeux à ma droite,
- 13:35dans la direction où se trouvait cette main, il n'y avait
- 13:38strictement rien. J'ai alors reculé mon bras de
- 13:42peur d'un coup sec, la main a lâché, peu importe si on me
- 13:47prend pour un fou, mais. Et je dis une main car je suis
- 13:48persuadé d'avoir senti une paume contre ma peau.
- 13:52J'ai entendu un froissement de tissu comme si quelqu'un se
- 13:55penchait en arrière. Puis comme un murmure, mais pas
- 14:00très humain. Je me souviens m'être
- 14:04recroquevillé sous le drap comme un gamin en me disant que
- 14:07c'était forcément ma sœur. Qu'elle n'avait pas voulu
- 14:10m'effrayer qu'elle reviendrait m'expliquer le lendemain.
- 14:14Écoutez, j'ai tenté de rationaliser comme j'ai pu.
- 14:18Le lendemain. Elle m'a parlé de la pluie, de
- 14:20la météo du médecin qui était passé la veille et du temps que
- 14:24ça prendrait avant que je puisse revivre normalement.
- 14:27Le type d'hier était donc un médecin.
- 14:30Voilà une nouvelle plutôt rassurante.
- 14:32Sauf qu'elle m'a affirmé que, comme d'habitude, il s'assurait
- 14:35de passer quand je dormais pour ne pas me déranger.
- 14:38Plutôt dérangeant comme situation.
- 14:41Je n'ai pas trop osé lui parler de ce type dans un premier
- 14:43temps. Ne me demandez pas pourquoi j'en
- 14:46sais rien. Peut être par peur que ma propre
- 14:49sœur me prenne pour un fou. À ce moment-là.
- 14:52J'ai surtout commencé à me dire qu'il y avait peut être
- 14:54quelqu'un d'autre dans la maison, une espèce de présence,
- 14:58quelqu'un qui venait seulement quand les autres avaient le dos
- 15:00tourné et qui profitait de mon État et de ma vue encore
- 15:02troublée pour me jouer des tours.
- 15:04Quelqu'un qui entrait sans faire de bruit et qui se tenait là.
- 15:08À côté de mon lit. Mais le pire, ce n'était pas
- 15:11l'idée qu'il y ait quelqu'un. Le pire, c'est que je n'arrivais
- 15:15jamais à réellement voir son visage.
- 15:27Je me rends compte en me réécoutant que dit comme ça, on
- 15:30pourrait se dire que je suis fou ?
- 15:32Ou encore complètement sous le choc.
- 15:34Un accident, une convalescence, une sœur qui veille, un médecin
- 15:37un peu bizarre. J'aimerais que ce soit juste ça.
- 15:41Le problème, c'est que les choses ont commencé à déraper,
- 15:44encore plus au moment où j'ai essayé de me convaincre que tout
- 15:46était normal. Je crois que la première fois où
- 15:50j'ai vraiment flippé, c'est à cause de la télé.
- 15:54Chez nous, la télé est dans le salon, un vieux truc à moitié
- 15:57cassé et qui met 3 plombes à s'allumer avec l'écran qui
- 16:01grésille avant de mettre une image claire.
- 16:03On regardait des séries dessus avec Élise, on dînait sur le
- 16:07canapé en se promettant à chaque fois.
- 16:10Qu'on arrêterait de manger devant la télé un jour ?
- 16:13Bref, ce soir-là, je n'arrivais pas à dormir, je tournais dans
- 16:17le lit, je fixais le plafond, j'essayais de me concentrer sur
- 16:20la respiration, sur le fameux bruit de l'horloge qui
- 16:23n'arrêtait jamais. Et puis il y a eu un clic, un de
- 16:27ces petits bruits secs qu'on connaît tous, l'interrupteur de
- 16:31veille de la télé et juste après, le bourdonnement très
- 16:35léger d'un appareil qui se réveille.
- 16:37Au début, j'ai cru avoir rêvé. Mais le son, lui, il était bien
- 16:41réel sur le moment. J'ai juste pensé, ils ont laissé
- 16:45la télé allumée dans le salon. Voilà pourquoi j'entends tout.
- 16:49Sauf que la télé n'était pas dans la bonne pièce.
- 16:53Je l'entendais si proche de moi que j'étais persuadé qu'elle
- 16:55était à quelques mètres à peine. Et là, la télé s'est arrêté de
- 17:00zapper pour arrêter sur une chaîne qui passait notre chanson
- 17:04préférée. Le son ne venait pas de devant
- 17:08moi. Là où devait être le salon, mais
- 17:12sur ma gauche, comme si quelqu'un avait déplacé la télé
- 17:16dans le couloir derrière la porte.
- 17:18Je me suis redressé un peu en retenant ma respiration.
- 17:22La chanson continuait. J'ai entendu le bruit des pas et
- 17:27des petits bruits d'ustensiles plus loin dans le couloir,
- 17:30sûrement dans la cuisine. Je suis sûr qu'il y avait
- 17:34quelqu'un chez moi et ce n'était pas ma sœur.
- 17:37Mais après ça. Il n'y a eu que ce son là
- 17:40obsédant, la télé allumée dans une pièce où normalement il n'y
- 17:45a pas de télé. Et puis le volume s'est baissé
- 17:49comme si quelqu'un était là. Il voulait que je continue
- 17:51d'entendre, mais pas trop, comme si on réglait le volume juste
- 17:55assez fort pour que ça me garde éveillé.
- 17:59J'ai fini par fermer les yeux en me répétant que c'était juste
- 18:01ça, un vieux poste trop fort dans une maison trop
- 18:04silencieuse. Mais pourquoi est ce notre
- 18:07chanson ? Et surtout qu'est ce que fout
- 18:10cette foutue télé dans le couloir ?
- 18:12Je me devais de rationaliser mais j'avoue qu'à partir d'ici
- 18:15c'est devenu de plus en plus compliqué parce que c'est à
- 18:18partir de là que la présence a commencé à se montrer plus
- 18:22souvent. Je sais que je vais passer point
- 18:26taré à partir de maintenant, mais vous vouliez que je vous
- 18:29raconte tout ? Alors je vous raconte tout.
- 18:32La nuit suivante, j'ai commencé à entendre des pas qui
- 18:34ressemblaient pas à ceux de ma sœur.
- 18:37Ma sœur marche toujours vite. Sur d'elle, avec ce petit
- 18:39claquement sec, quand elle s'arrête brusquement, l'autre,
- 18:43c'était différent. Ça commençait toujours pareil,
- 18:47le silence. Et puis un pied qui traîne
- 18:50légèrement, un pas, puis une petite pause, puis un autre,
- 18:56comme si cette présence comptait chaque mouvement, je les
- 19:00entendais dans couloir, je voyais la lumière changer sous
- 19:03la porte, comme si une ombre passait devant.
- 19:07Parfois, je retenais ma respiration pour savoir si si ce
- 19:11n'était pas mon propre cœur que j'entendais.
- 19:14Mais non, les pas continuaient. Au fil des jours, c'est devenu
- 19:18un rituel. La porte s'ouvrait en grinçant,
- 19:22j'entendais des pas se déplacer. Là, juste dans la Chambre, il
- 19:28entrait. Je savais que ma vision était
- 19:30encore troublée à ce moment-là, mais s'il y avait quelqu'un en
- 19:33face de moi, je l'aurais vu. Il s'arrêtait toujours au même
- 19:37endroit, les pas s'arrêtaient au pied de mon lit.
- 19:41Une fois, j'ai pris mon courage à 2 mains, je sais que tu es là,
- 19:44lui ai-je dit, ma voix a sonné ridicule dans le silence.
- 19:48J'ai attendu une réponse, mais il n'y en a pas eu.
- 19:51Je ne voyais toujours pas son visage, je ne l'ai jamais vu
- 19:54quand la porte était ouverte, je pouvais parfois le percevoir
- 19:57dans l'obscurité du couloir qui mène au salon.
- 19:59Je suis sûr que c'était lui, c'était toujours la même
- 20:01démarche, les mêmes que l'autre fois, je voyais juste.
- 20:06Une silhouette, un volume sombre, indistinct troué par la
- 20:10lumière du salon derrière. Et puis, les pares repartaient à
- 20:15force. J'ai commencé à me demander si
- 20:16j'étais vraiment réveillé, si ce n'était pas une espèce de
- 20:18prolongement du cauchemar de l'accident.
- 20:21Vous savez, ce moment où on est entre 2 eaux, pas tout à fait
- 20:24endormi et pas tout à fait conscient.
- 20:27C'est aussi à cette période que j'ai commencé à me lever
- 20:29réellement. Je dis me lever, mais c'est un
- 20:32grand mot. Disons me laisser glisser hors
- 20:35du lit en priant que mes jambes tiennent un matin ou une fin
- 20:39d'après 12h00, je n'en sais rien, les Lumières se
- 20:41ressemblaient, j'ai entendu les fameux pas dans le couloir
- 20:45encore. Ma sœur n'était pas là, le
- 20:48médecin non plus, du moins je n'avais entendu personne entrer,
- 20:52les pas se sont arrêtés devant la porte, puis plus rien.
- 20:57J'ai eu un déclic idiot, si c'est quelqu'un qui se cache
- 21:00toujours quand les autres sont là.
- 21:02Je dois en profiter maintenant, je dois voir qui c'est.
- 21:05Je me suis alors assis. Le simple fait de redresser le
- 21:09dos m'a donné la nausée. Je me suis accroché au droit et
- 21:12surtout à l'idée que je devais me prouver à moi même que je
- 21:14n'étais pas fou et j'ai basculé les gens en bord du lit.
- 21:17Je ne savais même pas si je tenais debout.
- 21:19À partir de là, j'ai fixé le couloir sans détourner le
- 21:22regard. Un seul instant, il était là, il
- 21:26était hors de question que cette présence me file entre les
- 21:28doigts. Pour être honnête, je me
- 21:31souviens pas avoir vraiment vu mes pieds toucher le sol.
- 21:34Je sentais juste la froideur sous mon orteil, une surface
- 21:37lisse et glacée. Je me suis levé, j'ai failli
- 21:41retomber tout de suite, mais il y avait quelque chose à ma
- 21:43droite, une sorte de barre ou de montant sur lequel j'ai pu
- 21:46m'appuyer. J'ai avancé, non sans mal, mais
- 21:49j'avançais, les jambes tremblantes, comme des feuilles,
- 21:53un pas, puis un autre, et encore un.
- 21:57Je ne sais pas si on peut appeler ça du courage, car mon
- 22:00cœur battait à 100 à l'heure, mais j'étais déterminé à mettre
- 22:02un visage sur cette présence. Je n'y pense que maintenant en
- 22:05le racontant, mais je ne regardais pas où je mettais les
- 22:07pieds. C'était plus comme si mon corps
- 22:10devinait. Je contournais quelque chose,
- 22:12puis une autre, sans les regarder vraiment.
- 22:15Il y avait des bruits, un froissement de plastique, un
- 22:18roulis de petits trous, quelque chose qui cliquetait doucement.
- 22:21Plus loin dans le couloir, sûrement dans la cuisine, je me
- 22:24disais, tu connais ta maison par cœur ?
- 22:27Tu peux le faire, la chambre, le couloir, le salon, puis la
- 22:31cuisine. Mais plus j'avançais, plus
- 22:34j'avais l'impression que le couloir était trop long.
- 22:36Chez nous, il y A quoi, 3 M entre la Chambre et le salon.
- 22:39Là, j'avais l'impression de marcher beaucoup plus.
- 22:42Chaque pas me faisait terriblement mal.
- 22:44Et puis j'ai entendu d'autres sons plus loin, des voix
- 22:50plusieurs à la fois, des portes qui claquent, un chariot je
- 22:54crois, ou un bruit du genre. Je me suis arrêté net, je me
- 22:59suis collé contre ce que j'ai cru être un mur, le cœur qui
- 23:02battait à tout rompre. Tu délires Marc, t'es chez toi,
- 23:05les voisins font du bruit, c'est tout.
- 23:07Je me répétais ça en boucle comme une prière, et puis je
- 23:11l'ai senti, lui, la présence juste derrière moi, ce n'était
- 23:17pas un bruit, cette fois, c'était un poids dans l'air.
- 23:21Vous allez dire que ça ne veut rien dire, mais je ne sais pas
- 23:23Comment expliquer autrement, comme quand quelqu'un se poste
- 23:25dans votre dos sans parler. Vous savez qu'il est là, même
- 23:29s'il ne bouge pas, il était tout près, à tel point que je suis
- 23:32certain d'avoir senti un souffle sur ma nuque.
- 23:35Je n'osais pas me retourner, je ne voulais pas voir, je ne
- 23:39voulais pas découvrir un visage qui ne devait pas être là.
- 23:43Qu'est ce que tu veux ? Ma voix a tremblé, je m'en
- 23:46souviens très bien parce que c'est la première fois que je
- 23:48lui ai parlé, comme comme à quelque chose de réel, pas un
- 23:51cauchemar, pas un souvenir, pas ça.
- 23:54Et là il a répondu. Comme un marmonnement
- 24:01incompréhensible à mon oreille. Mais sa main s'est posée sur mon
- 24:04épaule. Elle m'a semblé familière.
- 24:08C'était la même pression légère que sur mon avant bras.
- 24:10L'autre nuit froide, patiente, je me suis raidi.
- 24:15Je crois que j'ai fermé les yeux, comme si ça pouvait
- 24:17changer quoi que ce soit. Quand j'ai rouvert les yeux,
- 24:24j'étais dans mon lit, chez moi. Dans ma chambre, je n'ai rien
- 24:29compris. Alors quand ma sœur est venue me
- 24:31voir, car oui, elle venait quotidiennement voir si j'allais
- 24:34bien, elle m'a dit m'avoir retrouvé dans le couloir,
- 24:37inconscient. Selon le médecin, la douleur aux
- 24:40jambes était si forte que je me serais effondré.
- 24:42Il a dit que j'étais désorienté et que j'avais des propos
- 24:45incohérents et surtout que je devais impérativement rester
- 24:48dans ma chambre. Sauf que j'en étais sûr.
- 24:51Ce qui s'était passé n'était pas un rêve ou une hallucination.
- 24:55Je l'ai vécu. Je me souviens avoir pensé très
- 24:58clairement, soit je suis devenu fou, soit le monde qui m'entoure
- 25:02n'est pas celui que je crois et je ne sais pas ce qui me fait le
- 25:05plus peur. Chaque épisode me demande des
- 25:12dizaines d'heures de travail en dehors de mon activité.
- 25:14Salariée et les revenus publicitaires couvrent.
- 25:17À peine les frais. Structurels du Podcast, C'est
- 25:19pourquoi j'ai. Créé un petit abonnement qui
- 25:21vous permettrait de soutenir la chaîne pour moins de 3€ par
- 25:24mois, il vous permet d'avoir accès à tous les épisodes sans
- 25:26pub. En sont haute définition et en
- 25:28avant première la veille de leurs.
- 25:29Sorties, c'est ce qui. Va permettre aux chroniques.
- 25:31Étranges d'exister alors. Merci infiniment pour votre.
- 25:34Soutien abonné ou non ?