Latest / À propos / Quand la presse fait et défait une élection (avec Fabrice Arfi de Mediapart et Christophe Nobili du Canard enchaîné) - « À propos », le podcast du Soir (1/2)
Transcript
- 0:00Le soir,
- 0:04repensons notre
- 0:05quotidien. Bonjour,
- 0:10vous écoutez " À propos" le podcast d'actualité du journal Le Soir.
- 0:13Tous les jours,
- 0:14c'est l'expertise
- 0:15de notre rédaction dans vos
- 0:16oreilles. Depuis fin septembre,
- 0:25les révélations du journal Mediapart sur le
- 0:27passé de Jordan Bardella,
- 0:28le président du Rassemblement national,
- 0:30agitent la sphère française.
- 0:32Jordan Bardella a démenti,
- 0:34Mediapart a contre-attaqué.
- 0:36C'est un épisode qui rappelle les révélations du Canard
- 0:38enchaîné sur François Fillon pendant la campagne de 2017.
- 0:41On vous propose donc un épisode un peu particulier d'À propos ce matin,
- 0:45autour du rôle que la presse peut jouer dans des campagnes électorales.
- 0:49Je m'appelle Pierre Fagnard,
- 0:50À propos,
- 0:51voici l'actualité comme vous l'entendez.
- 0:55Grand angle.
- 0:56Fin septembre,
- 0:57coup de tonnerre sur la campagne de Marine
- 0:59Le Pen.
- 1:00Mediapart publie une enquête selon laquelle Jordan Bardella aurait tenu en 2013
- 1:04des propos antisémites sur une messagerie Facebook quand il avait 17 ans.
- 1:08Le président du RN,
- 1:09promis à Matignon en cas de victoire présidentielle de Marine Le Pen,
- 1:13nie en bloc.
- 1:14Dix ans plus tôt,
- 1:15c'est par le Canard enchaîné que se produit une déflagration sur la campagne présidentielle.
- 1:19François Fillon,
- 1:20candidat de droite et favori à l'heure de l'élection et dans la tourmente,
- 1:24sa Pénélope a bénéficié de
- 1:26plusieurs emplois fictifs.
- 1:27Les affaires le poursuivent
- 1:29et c'est finalement Emmanuel Macron qui s'installe à l'Élysée.
- 1:32Joël Meskens,
- 1:33notre envoyée permanente à Paris,
- 1:34a réuni 2 acteurs clés de ces affaires.
- 1:37Fabrice Arfi,
- 1:38coresponsable du pôle enquête de Mediapart,
- 1:41et Christophe Nobili,
- 1:42journaliste au Canard enchaîné et co-auteur des révélations sur François Fillon en 2017.
- 1:46De cette
- 1:47conversation, on a tiré un podcast en deux épisodes avec une question centrale :
- 1:51la presse dispose-t-elle du pouvoir de faire ou de défaire
- 1:55une élection présidentielle ?
- 1:57Bonjour Fabrice Arfi.
- 1:58Bonjour. Bonjour Christophe Nobili.
- 2:00Bonjour. Christophe Nobili,
- 2:02quand vous avez découvert l'enquête
- 2:03de Mediapart
- 2:04sur Jordan Bardella récemment,
- 2:07Est-ce que vous avez eu l'impression de
- 2:08revivre ce que vous aviez vécu il y a 10 ans ?
- 2:11Eh bien,
- 2:12écoutez, complètement.
- 2:16C'est effectivement
- 2:19le sentiment que j'ai eu.
- 2:22Et surtout,
- 2:22j'ai très rapidement
- 2:24pu constater qu'on allait un petit peu revivre
- 2:27cette même histoire
- 2:29de ces hommes politiques
- 2:30qui n'assument pas le
- 2:32la divergence entre leurs discours et leurs
- 2:34actes. Qu'on allait assister à
- 2:36une déflagration
- 2:38médiatique d'un côté,
- 2:40et de l'autre à une,
- 2:42comment dire,
- 2:42un à
- 2:43un tombereau
- 2:45d'insultes, de menaces,
- 2:48de création d'un complot
- 2:49ourdi contre
- 2:50un candidat,
- 2:52et qu'on allait évidemment
- 2:53mettre en accusation Mediapart
- 2:55et dénigrer leur travail
- 2:57de la même manière qu'on l'a vécu
- 2:58y a 10 ans.
- 2:59C'est à dire que
- 3:00tout consiste
- 3:02pour le
- 3:02l'homme politique pris en défaut.
- 3:05A détourné le débat
- 3:07vers le messager,
- 3:08finalement vers celui qui a révélé
- 3:11cette turpitude.
- 3:13La seule différence
- 3:14avec ce qu'on a vécu nous en 2017,
- 3:16et on va en reparler,
- 3:17c'est que il y a une caisse de résonance effectivement aujourd'hui,
- 3:19qui sont les médias Bolloré ?
- 3:21Et que dans cette affaire qui concerne le RN et Jordan Bardella,
- 3:24bien plus que ce que nous avions vécu,
- 3:26c'est à dire quelque chose de très violent
- 3:27que je
- 3:28que je pourrais vous détailler
- 3:29avec les partisans de
- 3:30François Fillon,
- 3:31avec les
- 3:32le clan.
- 3:34François Fillon,
- 3:35là, vous avez en plus
- 3:38les médias Bolloré
- 3:40qui viennent
- 3:41en renfort,
- 3:42qui viennent
- 3:44participer à la meute
- 3:47ou qui vivent dans
- 3:48un dans un déni exceptionnel.
- 3:50Pas plus tard que ce weekend,
- 3:50on a pu voir le Journal du dimanche,
- 3:53qui publie vraiment un journal mais qui paraît toujours le dimanche,
- 3:56passer complètement sous silence
- 3:57l'affaire Bardella.
- 3:58C'est à dire que c'est on n'attend pas d'eux,
- 4:01évidemment. Qui viennent
- 4:03la faire
- 4:04résonner plus qu'elle ne résonne déjà.
- 4:08Ils ont le droit de dire ce qu'ils veulent de cette affaire,
- 4:09mais la passer complètement sous silence,
- 4:11ça en dit quand même long.
- 4:13Fabrice Arfi,
- 4:14Christophe vient de le dire,
- 4:15on met en cause la fiabilité du média qui fait ces révélations.
- 4:19Ça a été le cas pour Mediapart.
- 4:22Au départ,
- 4:22il y a toujours une source,
- 4:23évidemment, un informateur qui est au départ de ces
- 4:26enquêtes. Et comment est-ce qu'on fait pour ne
- 4:28pas être justement manipulé,
- 4:30pour être sûr de sa source?
- 4:32? Parce que évidemment,
- 4:33cette source,
- 4:33elle a toujours un intérêt évidemment à vous contacter.
- 4:35Alors, c'est une question
- 4:37vieille comme le journalisme.
- 4:38Mais je ne dirais pas qu au début,
- 4:39il y a toujours une source.
- 4:40Au début,
- 4:40il y a toujours des journalistes qui font un travail salon,
- 4:42une méthode et des règles
- 4:44qui sont même encadrées par la loi française et une très belle loi
- 4:48de 1881 qui consacré la liberté de la presse mais aussi sa responsabilité.
- 4:53Devant le juge pénal,
- 4:55et il y a pas une source,
- 4:56il y a des sources.
- 4:57Le travail que les 2 journalistes de Mediapart,
- 4:59comme Christophe Nobili et ses confrères et consœurs du Canard Enchaîné,
- 5:03ont fait
- 5:03avec François Fillon,
- 5:05c'est de récolter
- 5:07auprès de sources humaines.
- 5:08Dans le cas de l'enquête Bardella,
- 5:09c'est 18 témoins de l'époque qui ont été rencontrés,
- 5:12des dizaines d'entretiens,
- 5:13mais aussi.
- 5:14Des sources documentaires et c'est comme ça qu'ils ont eu accès,
- 5:17grâce à des sources humaines,
- 5:19à des documents,
- 5:20notamment des conversations Messenger sur l'appli
- 5:23Facebook. À
- 5:24l'époque où Jordan Bardella,
- 5:24on dit tout le temps qu'il avait 17 ans.
- 5:27Il avait 17 ans et 11 mois,
- 5:28puis 18 ans au moment de ses écrits antisémites.
- 5:31Et il a toujours fait de sa précocité
- 5:34un un une identité politique.
- 5:36Et lui-même a écrit sur cette période de sa vie,
- 5:38sur son autobiographie,
- 5:38ce qui le rendait légitime nous
- 5:40de vérifier ce qu'il en
- 5:41était vraiment.
- 5:43Et en plus des conversations,
- 5:45des fameuses désormais conversations Messenger sur lesquelles il y a
- 5:48ces écrits d'un
- 5:49d'un d'un antisémitisme qu'on peut qualifier vraiment d'obsessionnel.
- 5:53De compulsif de la part de Jordan Beda,
- 5:55y a aussi des boîtes mails
- 5:57différentes qui montrent
- 5:58le bain négationniste,
- 6:00antisémite, raciste,
- 6:01dans lequel
- 6:02le Jordan Bardella,
- 6:03devenu dès 2014
- 6:05le président d'une fédération départementale de son parti,
- 6:08juste avant
- 6:09de devenir
- 6:10élu, puis d'avoir cette carrière
- 6:12fulgurante dans lequel
- 6:13il baignait
- 6:14Jordan Bardella.
- 6:15Alors évidemment,
- 6:16dans ce que vous dites,
- 6:17y a 2 points fondamentaux.
- 6:20Le premier,
- 6:20c'est que
- 6:22nous, les journalistes qui faisons des enquêtes,
- 6:24de la formation,
- 6:25c'est-à-dire qu'on on n'est pas des éditorialistes,
- 6:27on s'autorise pas nos opinions pour
- 6:28écrire et
- 6:29j'ai pas de jugement de valeur par rapport à ça.
- 6:30Mais nous,
- 6:30on essaie de produire des faits
- 6:32pour montrer une réalité telle qu'elle est et donc
- 6:34nous, on n'est rien sans source.
- 6:36Si on n'a pas de source,
- 6:37Ben on peut pas travailler.
- 6:40Et je ne surprendrai personne en disant que si on veut des bonnes infos sur
- 6:44la gauche,
- 6:44c'est pas à droite qu'on va trouver les bonnes sources.
- 6:46Si on veut des bonnes infos sur la droite,
- 6:48c'est pas à gauche.
- 6:49Qu'on va,
- 6:49qu'on va,
- 6:50Qu'on va les trouver.
- 6:50Donc bien sûr
- 6:51qu'on rentre à l'intérieur de notre
- 6:53sujet. Bien sûr que
- 6:55des sources peuvent être
- 6:57mues par des
- 6:57intérêts. Bien entendu,
- 6:59l'âme humaine est ainsi faite qu'une source qui parle à un journaliste
- 7:02parfois est habitée
- 7:04de l'esprit du bien commun.
- 7:06Et il y en a plus qu'on ne le croit
- 7:07dans cette
- 7:08affaire Bardella.
- 7:10Mais il y a aussi des gens qui peuvent avoir
- 7:13différents intérêts.
- 7:14Nous, journalistes,
- 7:15on doit circonscrire ces
- 7:16intérêts, les comprendre et ne pas en être otage
- 7:19ni de leur calendrier,
- 7:20ni faire le
- 7:21jeu d'une source.
- 7:22Ce qu'on veut,
- 7:23c'est avoir accès à des informations
- 7:25vérifiées et des informations d'intérêt général pour les rendre.
- 7:28En fait,
- 7:29notre métier,
- 7:29c'est de les rendre au public.
- 7:30C'est pour ça que j'aime bien,
- 7:31moi, cette expression
- 7:32de rendre publique une information parce qu'on on rend au public.
- 7:35ce qui lui appartient et après ça fait débat.
- 7:37Et le deuxième point
- 7:38fondamentaux, c'est que les sources,
- 7:39on doit les protéger.
- 7:41Et c'est pas un plaisir de journaliste,
- 7:43c'est pas une lâcheté de journaliste.
- 7:45C'est la loi qui le dit,
- 7:47c'est la loi française
- 7:48et c'est la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme.
- 7:51Et je peux vous dire,
- 7:52dans l'affaire Fillon
- 7:53du Canard enchaîné comme dans l'affaire
- 7:55Bardella avec Mediapart,
- 7:57il y a des sources qui sont
- 7:59En danger et sous pression,
- 8:00justement, c'est ce qu'on voit aujourd'hui.
- 8:03Et Christophe,
- 8:04vous l'avez sans doute connu aussi avec l'affaire
- 8:06l'affaire Fillon.
- 8:07Comment encore aujourd'hui maintenir cette protection absolue des sources ?
- 8:11On voit que certains médias,
- 8:13je pense à l'infiltré dans l'affaire
- 8:15Bardella, un média d'extrême droite.
- 8:17Menace de révéler le nom de la taupe qui informe Libération.
- 8:22Il y a aussi d'autres médias
- 8:24qui prétendent avoir identifié
- 8:26une source de Mediapart.
- 8:28Est-ce qu'il y a aujourd'hui péril
- 8:29sur les sources ?
- 8:31Alors, il faut d'abord voir qu'il y a un glissement sémantique
- 8:34qui est fondamental.
- 8:35C'est que
- 8:36c'était une source
- 8:38dont nous parlions hier
- 8:41entre journalistes et,
- 8:42j'ai envie de dire,
- 8:43entre démocrates.
- 8:43Aujourd'hui, on parle de taupes.
- 8:46Et ce glissement là,
- 8:47il est fondamentalement grave,
- 8:50c'est à dire que
- 8:52j'ai vous parliez tout à l'heure d'être
- 8:53de ce fantasme d'être manipulé par des sources.
- 8:56J'ai un peu cette
- 8:56expression qui est toujours
- 8:58provocante volontairement,
- 9:00c'est de dire
- 9:01une source,
- 9:01elle a pas d'odeur.
- 9:02En fait,
- 9:04c'est le travail qu'on fait derrière qui compte.
- 9:06Évidemment, quand on enquête sur des voyous,
- 9:08on est informé par des
- 9:09voyous. Évidemment,
- 9:10quand on travaille sur le RN,
- 9:11on est informé par des gens du RN,
- 9:13ils ont des comptes à
- 9:14régler, pourquoi pas ?
- 9:15La question c'est ensuite.
- 9:16Dans notre travail de vérification,
- 9:17est ce qu'on le fait honnêtement,
- 9:18est ce qu'on le fait bien ?
- 9:19Si une information vient d'une source qui n'est pas
- 9:21recommandable, ce qui compte c'est si l'information est vraie et si
- 9:24on peut la vérifier,
- 9:25si notre enquête est sérieuse
- 9:27et qu'on peut en rendre compte.
- 9:28C'est ça le sujet.
- 9:29On est manipulé lorsqu'on nous donne une information qui est fausse,
- 9:32qu'on ne la vérifie pas,
- 9:33qu'on la vérifie mal
- 9:34ou qu'on est complice du fait qu'elle soit
- 9:36fausse. Et on le sait,
- 9:37c'est ça la manipulation,
- 9:39c'est ça la manipulation.
- 9:40Le reste n'est pas de la manipulation,
- 9:42c'est un travail effectivement d'enquête,
- 9:44c'est de la vérification.
- 9:46Et oui,
- 9:46les sources sont menacées aujourd'hui.
- 9:48D'abord parce qu'y a ce
- 9:48tintamarre odieux,
- 9:50violent autour d'une révélation.
- 9:53Quand vous avez des médias qui viennent menacer directement des journalistes,
- 9:56quand vous avez
- 9:57des médias
- 9:58qui parlent de
- 9:59taupes, mais imaginez un petit peu la source qui effectivement elle est dans son coin,
- 10:04ou même si elles sont plusieurs,
- 10:05elles ne se connaissent pas forcément.
- 10:06C'est pas
- 10:07c'est pas une communauté,
- 10:08c'est pas,
- 10:09c'est pas un groupe qui a une force.
- 10:11La source,
- 10:11ce sont des gens isolés qui,
- 10:12à un moment donné,
- 10:13ont pris un risque considérable.
- 10:16Effectivement, Fabrice a raison de le dire,
- 10:17pour des raisons citoyennes aussi,
- 10:18on en a,
- 10:19on en a plus que effectivement on le pense.
- 10:22Et il se trouve que,
- 10:22en l'occurrence,
- 10:23dans l'affaire Fillon,
- 10:23c'est un
- 10:24un petit peu ça,
- 10:24c'est même complètement ça,
- 10:25et c'est pour ça que c'est une
- 10:26aide qui a été apportée à ma demande.
- 10:29Mais c'est pour ça que c'est intéressant,
- 10:31parce que
- 10:32on fait croire,
- 10:34et c'est le jeu de l'homme politique,
- 10:36que forcément la source non seulement elle a un intérêt,
- 10:38mais elle est perverse.
- 10:39Et finalement,
- 10:40il faut un peu qu'on lui fasse la peau.
- 10:41quoi. Il faut qu'on lui fasse rendre gorge
- 10:43pour qu'elle ne revienne pas.
- 10:44Et pour que d'autres surtout soient terrorisés,
- 10:46ne fassent pas la même chose.
- 10:47Parce que c'est ça la chasse à la source.
- 10:49Voilà. En revanche,
- 10:50quand une source va
- 10:52révéler quelque chose sur LFI,
- 10:53sur le PS,
- 10:53tout ça va pas les déranger.
- 10:54Warren, vous
- 10:55voyez ? Et les sources des autres sont toujours plus
- 10:59propres que celles qui vous
- 11:00qui vous endommagent.
- 11:01Par définition,
- 11:02Fabrice, un média d'enquête enquête toute l'année,
- 11:05à tout à tout moment.
- 11:06Mais l'agenda n'est évidemment pas anodin.
- 11:09Publier en pleine campagne présidentielle,
- 11:12comme ça avait été le cas au moment
- 11:13de la de l'affaire Fillon aussi,
- 11:15c'est pas anodin.
- 11:16Est-ce qu'on a conscience de la responsabilité qu'on porte
- 11:19vis-à-vis de l'électeur et vis-à-vis d'un moment démocratique aussi fort que celui-là ?
- 11:22Alors moi là-dessus,
- 11:23j'ai une Une approche
- 11:25très tranquille.
- 11:26D'abord, on est dans un pays où il y a toujours des élections,
- 11:30où la vie publique est saturée par
- 11:32le débat
- 11:32politique, et c'est en fait
- 11:34jamais le bon moment
- 11:36de publier des informations qui dérangent.
- 11:38Je Élection présidentielle ou pas,
- 11:40je crois que c'est pas
- 11:41pour Jordan Bardella.
- 11:42Ce ne sera jamais le bon moment qu'on révèle ses écrits antisémites
- 11:45qui s'inscrivent dans un parcours politique de lien
- 11:49avec les négationnistes et l'antisémitisme qui a duré très longtemps,
- 11:51très longtemps.
- 11:52On pourra peut-être y revenir.
- 11:54Ça que
- 11:54l'idée de l'erreur de jeunesse pour moi
- 11:57ne tient pas factuellement
- 11:58la route,
- 11:59mais que dans un calendrier électoral,
- 12:03la presse s'intéresse
- 12:04à ceux qui ont le désir
- 12:06de présider aux destinées du pays.
- 12:08Mais c'est le rôle
- 12:09fondamental du journalisme.
- 12:12On a fait le procès pendant longtemps,
- 12:14y compris sur des plateaux télé,
- 12:15à la radio du Canard Enchaîné.
- 12:16Ah bah comme par hasard,
- 12:17ils sortent l'affaire Fillon
- 12:18pendant l'élection présidentielle,
- 12:20mais encore heureux.
- 12:21Encore heureux,
- 12:21on préfère savoir avant de voter plutôt qu'après.
- 12:24Enfin, c'est bien normal.
- 12:25Donc la responsabilité,
- 12:27la nôtre de responsabilité,
- 12:29c'est de publier et d'assumer ce que nous publions,
- 12:32y compris devant la
- 12:33devant la justice.
- 12:34La responsabilité des politiques,
- 12:36c'est d'assumer
- 12:37ce qu'ils ont fait.
- 12:38C'est Faudrait quand même pas renverser
- 12:41le la réalité en faisant peser
- 12:44sur les journalistes
- 12:46la faute parce qu'on la révèle.
- 12:49Christophe, justement,
- 12:50est-ce que vous avez parfois éprouvé le sentiment,
- 12:52en regardant ces 10 dernières années le mandat d'Emmanuel Macron,
- 12:55de vous dire que peut être que c'était vous
- 12:57qui aviez fait l'élection d'Emmanuel Macron ?
- 12:59Alors c'est pas moi qui l'ai ressenti,
- 13:01c'est qu'on me l'a,
- 13:02on me l'a suffisamment
- 13:04dit au départ,
- 13:05en me remerciant finalement de nous avoir invité l'ultra catholique François Fillon.
- 13:08Puis avec les années passant,
- 13:09maintenant on me reproche d'avoir fait élire Macron.
- 13:12Je croise régulièrement des potes encore qui me disent "Ah ben on te remercie,
- 13:15c'est sympa,
- 13:15merci ce que tu as fait."
- 13:16Bon voilà.
- 13:16Donc effectivement,
- 13:17oui, on
- 13:18est, on est.
- 13:19on est conscient de cette responsabilité.
- 13:21On l'est d'autant plus que je ne sais pas si c'est le cas pour Fabrice,
- 13:24mais je pense que oui.
- 13:24Moi, à l'époque,
- 13:25j'ai même vécu en direct dans mes rapports avec des proches,
- 13:30même avec mon médecin.
- 13:31Ça m'est arrivé
- 13:34des conversations
- 13:35très embarrassantes,
- 13:37une forme de pression finalement,
- 13:39où on me reprochait
- 13:41avant, avant l'échéance électorale.
- 13:45Finalement, de favoriser
- 13:46potentiellement l'élection de Marine Le Pen.
- 13:49Tu vas éliminer
- 13:50avec ton travail
- 13:52François Fillon
- 13:53et donc tu vas
- 13:54favoriser Marine Le Pen.
- 13:56C'est pas mon sujet.
- 13:56Quand je travaille,
- 13:58c'est pas mon sujet.
- 13:59Mon sujet,
- 13:59c'est effectivement,
- 13:59comme vient de le dire Fabrice,
- 14:01vous allez
- 14:02voter pour un candidat.
- 14:03C'est quand même bien de savoir avant
- 14:06qui c'est.
- 14:06Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle,
- 14:07à l'époque,
- 14:07quand le
- 14:08parquet national financier s'est empressé d'ouvrir
- 14:10une information judiciaire.
- 14:11Il y
- 14:12en a qui ont crié au
- 14:12complot. Bon,
- 14:13accessoirement, Fillon l'avait demandé parce qu'il voulait un juge indépendant,
- 14:15mais passons.
- 14:16Mais encore heureux
- 14:18qu'on a essayé d'aller un peu vite,
- 14:19surtout que ce monsieur disait à l'époque,
- 14:21imagine t on le général De Gaulle mis en examen?
- 14:24? Bah
- 14:25voilà, est ce qu'on imagine François Fillon mis en examen?
- 14:27? Oui,
- 14:27et il avait aussi dit,
- 14:28si je suis mis en examen,
- 14:29je me retirerai.
- 14:29Bon, donc voilà,
- 14:31il est évident que
- 14:32cette nécessité.
- 14:35Avant une élection,
- 14:36de savoir pour qui on vote,
- 14:38elle est indispensable et a fortiori dans notre pays quand même.
- 14:40Je rappelle que
- 14:40une fois qu'il est élu,
- 14:41il a la dignité présidentielle.
- 14:42On n'est pas forcément là
- 14:43pour élire des voyous et des criminels.
- 14:45Voilà, ou des criminels.
- 14:47Fabrice, ce n'est pas votre sujet non plus.
- 14:48Quand entre les 2 tours de la présidentielle de 2012,
- 14:51cette fois,
- 14:51c'est pas votre sujet de faire élire François Hollande
- 14:54quand vous publiez cette enquête qui incrimine la Nicolas Sarkozy.
- 14:57Cette fameuse note
- 14:59des anciens dignitaires libyens
- 15:02qui parle d'un financement occulte de la campagne de 2007 par Kadhafi,
- 15:05c'est pas notre,
- 15:07c'est pas notre sujet dans la mesure où ça faisait déjà plus d'un an
- 15:10que nous révélions
- 15:11des informations
- 15:12sur ce qui va devenir l'affaire des financements libyens
- 15:15et causer une condamnation de Nicolas Sarkozy en première instance.
- 15:18Et on verra ce que la Cour d'appel
- 15:20dira le 30 novembre prochain.
- 15:21Est-ce que c'est quand
- 15:22on est dans l'entre 2 tours d'une élection présidentielle encombrant ?
- 15:26D'avoir à révéler une information comme celle-là quand on est journaliste,
- 15:29c'est certain,
- 15:30c'est certain.
- 15:30On aurait préféré être dans un
- 15:32autre calendrier,
- 15:33mais je crois qu'il faut prendre la question dans l'autre sens.
- 15:37Imagine-t-on que
- 15:39parce qu'il y
- 15:40avait le calendrier électoral,
- 15:41on cache cette information et qu'on apprenne après coup ou qu'on la révèle après coup
- 15:47et qu'on l'ait retenue,
- 15:48c'eût été
- 15:50un crime journalistique.
- 15:51Donc on aurait préféré que ce soit un autre moment.
- 15:53Mais on publie une information quand elle est mûre,
- 15:55quand elle est
- 15:56prête, et
- 15:57on les assume.
- 15:58Et dans cette
- 15:59dans cette affaire-là,
- 16:00nous avons gagné
- 16:01tous nos procès
- 16:02face à Nicolas Sarkozy ou ses amis.
- 16:04Il y a quelque chose de
- 16:04fondamental dans ce qu'a dit Christophe
- 16:07et qui était déjà combattu
- 16:09dans les années
- 16:1120, 30,
- 16:1240 par un immense journaliste et écrivain qui s'appelle George Orwell.
- 16:17C'est combattre cette idée de
- 16:19faire le
- 16:19jeu de.
- 16:21Faire le jeu de
- 16:22c'est. Il ne faut pas tomber dans ce piège rhétorique-là.
- 16:26Nous ne sommes pas responsables des fautes des
- 16:29autres et on ne peut pas réduire quelqu'un
- 16:31à ses fautes.
- 16:32Mais quand on
- 16:34révèle au Canard Enchaîné l'affaire Fillon ou l'affaire Bardella,
- 16:37ou plein d'autres dans d'autres médias,
- 16:39en fait,
- 16:39on met sous les
- 16:40yeux non seulement du grand public,
- 16:42nos créanciers d'une certaine manière en termes d'informations,
- 16:44mais vis-à-vis des responsables politiques
- 16:46eux-mêmes, la possibilité de regarder les faits.
- 16:49De regarder l'histoire,
- 16:50on peut avoir été antisémite et ne plus l'être,
- 16:53mais ça implique
- 16:55sur le chemin,
- 16:55ça implique dire voilà,
- 16:57oui, j'ai fait ça,
- 16:58je m'en repens,
- 16:59je m'en veux,
- 17:00et cetera.
- 17:00Dans le cas de Jordan Bardet,
- 17:01je pense que c'est
- 17:02impossible pour des raisons que je
- 17:04pourrais expliciter.
- 17:05François Fillon,
- 17:06mais c'est ce qu'il a dit Christophe,
- 17:07c'est. C'est un moment de
- 17:09post-vérité extraordinaire.
- 17:11Un candidat qui dit si je suis mis en examen,
- 17:13je ne me présente pas,
- 17:14il est mis en examen,
- 17:15il crie au complot,
- 17:16les mêmes qui demandent le respect de la
- 17:18justice et de l'autorité toute toute la journée.
- 17:20Donc voilà,
- 17:21en fait,
- 17:21c'est vrai que nos révélations
- 17:23elles viennent
- 17:25mordre au visage la perception du réel.
- 17:27Voilà. Et donc ce qui est ce qui est terrible,
- 17:29c'est que dans notre époque.
- 17:32De trumpisme exacerbé,
- 17:34de post-vérité qui confine à la post-réalité et de la caisse de résonance
- 17:39de médias qui ont récupéré
- 17:42l'histoire de médias respectables,
- 17:44le nom de médias respectables
- 17:46dans la galaxie Bolloré,
- 17:48mais qui sont dans une entreprise
- 17:50que Hannah Arendt
- 17:51a déjà très bien décrit,
- 17:53de l'effacement de la frontière entre le vrai et le faux.
- 17:56Ça crée des gouffres
- 17:58où. Tout devient possible,
- 18:00comme c'était le
- 18:01cas avec la presse d'extrême droite dans les années 30.
- 18:03Et donc,
- 18:04il faut quand même
- 18:05mesurer le fait
- 18:07que aujourd'hui,
- 18:07un journal comme Mediapart,
- 18:09par des gens
- 18:10qui veulent prendre l'Élysée et Matignon,
- 18:12nous traite de
- 18:12terroristes dans l'espace public,
- 18:15qui nous qui demande à ce que nous mettions des gilets pare-balles,
- 18:18que il va
- 18:19y avoir une guerre totale.
- 18:21Bon, Ben je peux vous dire que c'est
- 18:22entendu et ça allume
- 18:24des choses
- 18:25dans des cerveaux très mal intentionnés.
- 18:28Dangereux vis-à-vis du journal.
- 18:30Et bien sûr,
- 18:31moi je suis pas pour qu'on prenne pour parole d'évangile une enquête de Mediapart,
- 18:35c'est pas c'est pas la messe du pape,
- 18:36une enquête de Mediapart.
- 18:38Et d'ailleurs c'est marrant parce que souvent,
- 18:39et c'était pareil avec l'affaire Fillon,
- 18:41il y a toujours cette expression qui revient chez les incrédules,
- 18:44j'y crois pas,
- 18:45c'est pas une croyance.
- 18:46Voilà, bien sûr qu'on peut,
- 18:47ce sont des faits et bien sûr on peut dire ah bah là
- 18:49ils ont mal enquêté et puis nous on répond
- 18:51si on nous met en cause et d'ailleurs on le fait,
- 18:54on le fait là cette semaine,
- 18:55nous ne cessons.
- 18:56De le faire vis-à-vis des manipulations qui nous visent,
- 18:59qui crient elles-mêmes à la manipulation.
- 19:00Mais c'est
- 19:01une manipulation
- 19:02de dire
- 19:02que nous avons été manipulés.
- 19:04Voilà, donc
- 19:04nous rendons des comptes
- 19:06face à des gens qui refusent de rendre des comptes
- 19:08et c'est
- 19:09ce qu'a dit Christophe
- 19:10qui veulent tuer le messager en pensant tuer
- 19:13le message.
- 19:14Et ben non,
- 19:14ça marche pas comme
- 19:15ça. Vous rendez compte le travail qu'il faut faire,
- 19:16c'est à dire que eux ils vont passer tout
- 19:17un temps maintenant,
- 19:18non pas
- 19:19à continuer à protéger leurs sources parce que elles
- 19:21en ont besoin.
- 19:23À approfondir leur travail d'enquête,
- 19:25ils vont passer du temps
- 19:27à répondre à la campagne de décrédibilisation qui s'est mise en place.
- 19:31Ça vous rappelle des choses ?
- 19:32Évidemment. Alors nous,
- 19:33alors nous,
- 19:33c'était, on était manipulés par des officines,
- 19:37on avait fomenté un assassinat politique.
- 19:39Le cabinet noir,
- 19:41on va en parler un peu.
- 19:43Oui, le cabinet noir,
- 19:43une période douloureuse.
- 19:46On avait même,
- 19:47et c'est ça qui est terrible,
- 19:48on avait des
- 19:49confrères qui venaient nous interviewer.
- 19:50En nous demandant,
- 19:51mais est-ce que vous avez pas l'impression un petit peu
- 19:52de faire le jeu d'un tel ou d'un tel ?
- 19:54Est-ce que vous avez pas le sentiment
- 19:56d'être le bras armé d'un tel ou d'un tel ?
- 19:59On avait François Fillon,
- 20:00c'était surréaliste,
- 20:01qui disait,
- 20:02mais j'ai les noms,
- 20:04j'ai les dates,
- 20:05j'ai les documents,
- 20:06je les montrerai.
- 20:07On l'attend toujours,
- 20:08mais et vous aviez,
- 20:10parallèlement à ça,
- 20:11une vague de menaces
- 20:12très fortes.
- 20:14Je J'en ai amené quelques des
- 20:17exemples, on
- 20:19va vous faire comme à Charlie Hebdo,
- 20:20vous voyez,
- 20:21c'est ça qu'on recevait quand même.
- 20:22Dernier avertissement,
- 20:23il y aura pas de survivants,
- 20:24vos jours sont comptés.
- 20:25On a reçu des
- 20:27balles dans des enveloppes,
- 20:28on a reçu
- 20:29des colis avec des excréments dedans.
- 20:32Et alors,
- 20:34à l'époque,
- 20:35le choix de
- 20:37la direction du Canard Encher,
- 20:37ça a été de
- 20:38ne pas porter plainte et de taire un peu ça
- 20:40parce qu'on disait qu'on voulait pas nourrir la bête.
- 20:42Je n'étais pas forcément moi partisan de ça.
- 20:44Je pense que les gens doivent savoir aussi ça,
- 20:46ce qu'il y a derrière,
- 20:48savoir que même dans notre vie au quotidien,
- 20:50on peut être impacté
- 20:52tout le temps.
- 20:53Moi, j'ai été
- 20:54régulièrement pris à partie.
- 20:55J'ai régulièrement dû
- 20:57justifier, même des années après encore,
- 20:58dans des repas,
- 20:59dans des déjeuners,
- 21:01dans des rencontres.
- 21:03Finalement, davantage
- 21:06la raison pour laquelle j'avais sorti cette enquête
- 21:08que l'enquête en elle-même,
- 21:09alors qu'en plus le temps a quand même passé.
- 21:12Que les gens qui n'étaient pas forcément convaincus au départ,
- 21:14et ça m'est arrivé.
- 21:15Donc ils disaient:
- 21:16Ah, vous êtes complètement
- 21:17fous, vous êtes des salauds,
- 21:18vous voulez faire élire Marine Le Pen,
- 21:19vous avez tué Fillon,
- 21:20et cetera.
- 21:21Voyant quand même,
- 21:21avec le fil du temps,
- 21:23la progression de l'enquête,
- 21:24ils ont un peu changé d'avis.
- 21:25Mais ça n'empêche que
- 21:27même après les condamnations de François Fillon,
- 21:29y a encore des gens qui viennent vous dire vous
- 21:31m'envolerez quand même pas de la tête que c'est
- 21:32la gauche qui a fomenté le truc et tout.
- 21:34J'ai même eu chez moi dans ma boîte,
- 21:36je ne peux pas citer de noms parce que
- 21:38ce serait terrible.
- 21:39Une ou 2 personnes qui ont mis
- 21:40en cause un
- 21:41petit peu le travail
- 21:42en disant
- 21:43mais quand même,
- 21:43finalement, est-ce que
- 21:44c'est pas un peu la gauche qui vous a aidé?
- 21:45? Et donc
- 21:47on est on est j'ai une anecdote comme ça je
- 21:49que je vais raconter,
- 21:50c'est très rapidement.
- 21:54On est à la campagne y a quelques années avec une bande d'amis,
- 21:57un repas
- 21:57un un peu
- 21:57un peu arrosé qui se termine
- 21:59et à un moment donné,
- 22:00y a un copain qui me dit mais quand même,
- 22:01avec cette histoire Fillon,
- 22:02tout ce que vous avez vécu,
- 22:03moi j'ai vraiment une question à te poser.
- 22:05Bon, imagine,
- 22:06t'as un entre 2 tours,
- 22:07là, t'as Marine Le Pen face à Emmanuel Macron et tu découvres,
- 22:10et t'en es sûr,
- 22:10et tu peux le publier,
- 22:11que Macron est un pédophile.
- 22:13Tout le monde se marre,
- 22:13puis il dit qu'est-ce que tu fais ?
- 22:15Je dis,
- 22:15ben je publie.
- 22:16Bon, je vous dis pas la suite du repas,
- 22:18ça a été,
- 22:19c'était un repas de fin de l'album d'Astérix,
- 22:23mais évidemment,
- 22:25et après le libre arbitre,
- 22:26il existe quand même
- 22:27chez le
- 22:27chez le
- 22:28chez le citoyen.
- 22:30Effectivement, le pire c'est de le dissimuler.
- 22:32On peut pas nous avec les leçons qu'on donne.
- 22:35De transparence et de probité.
- 22:36Dissimuler nous-mêmes
- 22:38ce qui se passe.
- 22:38Si on a une information,
- 22:41comment on va les justifier ensuite
- 22:43qu'effectivement on la tue
- 22:46parce qu'on a pensé que
- 22:47ça pourrait avoir un impact sur la présidentielle?
- 22:49? Bah,
- 22:49si y a un impact sur la présidentielle,
- 22:51tant mieux.
- 22:52J'ai envie de vous dire
- 22:52tant mieux.
- 22:54Un Un journal se
- 22:54se se juge à l'épreuve des faits.
- 22:57À l'épreuve de ses archives,
- 22:58poser la question tout à l'heure sur
- 23:00les révélations de Mediapart
- 23:03sur Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle.
- 23:06Et c'est
- 23:07François Hollande qui va,
- 23:08qui va,
- 23:08qui va gagner.
- 23:09Mais si on a une lecture
- 23:11partisane de ça,
- 23:12on a été très ingrat.
- 23:146 mois plus tard,
- 23:14nous révélons l'affaire Cahuzac.
- 23:16Absolument. Le ministre
- 23:17de François Hollande,
- 23:19ministre du Budget,
- 23:20qui devait lutter contre la fraude fiscale,
- 23:22qui était en fait lui-même un fraudeur fiscal.
- 23:23Et d'ailleurs,
- 23:23on avait vécu pendant 4 mois
- 23:26une bataille.
- 23:27De récit incroyable,
- 23:28c'était devenu l'affaire Mediapart contre
- 23:30Jérôme Cahuzac.
- 23:31Et je
- 23:31lis ce matin dans le
- 23:33Canard Enchaîné
- 23:34que Jérôme Cahuzac dit Bardella
- 23:36devrait reconnaître les faits,
- 23:38il est dans la spirale du mensonge.
- 23:40Voilà, c'est une sorte d'hommage un peu inattendu.
- 23:42C'est sa part d'ombre,
- 23:43je dois dire,
- 23:44c'est sa part d'ombre.
- 23:46Peut-être qu'il y a un sous-texte d'ailleurs,
- 23:47parce que l'homme qui avait ouvert le compte de
- 23:50Jérôme Cahuzac,
- 23:51un avocat qui s'appelle Philippe Penninck,
- 23:53est très proche de
- 23:54toute la
- 23:54mouvance d'extrême droite et notamment.
- 23:57De l'un de ceux qui étaient un mentor dans ces années-là,
- 24:00de Jordan Bardella,
- 24:01du jeune Jordan Bardella au moment de ses écrits antisémites.
- 24:05Enfin, tout ça pour dire que,
- 24:06en fait,
- 24:07c'est, mais c'est une vieille tradition française,
- 24:09ça. Edwy Plenel,
- 24:10le fondateur de Mediapart,
- 24:12m'a souvent raconté que quand il avait révélé l'affaire
- 24:15du Rainbow Warrior qui va faire tomber un ministre
- 24:17de la défense de François Mitterrand,
- 24:19mettre en difficulté la présidence socialiste de l'époque.
- 24:22Dans la presse,
- 24:23pendant un an,
- 24:24un an et demi,
- 24:242 ans,
- 24:25le débat c'était
- 24:26qui est la source?
- 24:28? Le Figaro cherchait,
- 24:29mais qui a informé,
- 24:30et cetera.
- 24:31Voilà, et c'est vrai que
- 24:32cette façon de,
- 24:33c'est vraiment l'expression tarte à la crème,
- 24:35quoi de quand on monte la lune,
- 24:37on regarde le doigt.
- 24:38C'est vrai qu'il y a une espèce de névrose française médiatique
- 24:41par rapport à ça,
- 24:42mais je crois que
- 24:43en fait,
- 24:43c'est la culture du déni.
- 24:45C'est confortable de ne
- 24:46pas regarder
- 24:47ce qui dérange.
- 24:48ce qui.
- 24:50Met en difficulté ses propres convictions.
- 24:52Parce que
- 24:53c'est vrai que dès le journalisme,
- 24:54c'est dur.
- 24:55Ça vous met
- 24:56en difficulté parfois
- 24:57face à ce que vous croyez être juste,
- 24:59beau, vrai,
- 25:00et cetera.
- 25:01Mais c'est ça qui est beau.
- 25:02C'est ça qui est fort dans le journalisme,
- 25:03c'est l'intranquillité que ça,
- 25:05que ça que ça provoque.
- 25:06L'histoire politique vous a quand même rendu grâce,
- 25:08si l'on peut dire,
- 25:09parce que vous parliez de l'affaire Cahuzac,
- 25:11donc la révélation d'un compte caché en Suisse par
- 25:13celui qui était ministre du Budget à l'époque.
- 25:15Cela va déboucher non seulement sur la mise
- 25:17à l'écart de Cahuzac après un long feuilleton,
- 25:20mais aussi
- 25:21ça va déboucher sur la création de nouvelles
- 25:23instances, un parquet national financier,
- 25:26une haute autorité de la transparence pour la vie publique.
- 25:29Ça, c'est quand même
- 25:30de des bénéfices qui sont.
- 25:32Tirer de ces de ces révélations.
- 25:33Alors moi,
- 25:33ce qui me,
- 25:34ce qui me,
- 25:34ce qui me
- 25:35plaît avec le recul
- 25:37de tout ça,
- 25:39c'est que
- 25:39d'abord ça montre une chose,
- 25:40c'est que les journalistes,
- 25:41ça peut être de bons réformateurs
- 25:43plus que les politiques.
- 25:44En effet,
- 25:45l'affaire Cahuzac,
- 25:46parce que il y a eu
- 25:48l'épée de l'émotion populaire dans les reins du pouvoir,
- 25:50a généré ce
- 25:51le parquet national financier,
- 25:53la HATVP,
- 25:54vous l'avez dit,
- 25:54mais d'autres choses,
- 25:55un office central de lutte contre la corruption et les infractions financières
- 25:58et fiscales au sein de la police et des nouvelles lois.
- 26:00De moralisation,
- 26:01comme on dit,
- 26:02de la vie publique.
- 26:03Ce qui Ce qui m'intéresse,
- 26:04c'est que
- 26:05ces 5
- 26:06bouleversements institutionnels n'étaient pas dans le programme de François Hollande,
- 26:10le candidat,
- 26:11c'est-à-dire que
- 26:12c'était pas prévu.
- 26:13C'est parce qu'il y a eu les révélations de la presse,
- 26:15parce que il y a eu
- 26:17la gravité des faits et le mensonge
- 26:19de Jérôme Cahuzac pendant
- 26:21plusieurs semaines.
- 26:22C'est en ça que ça ressemble d'ailleurs beaucoup.
- 26:24À Jordan Bardella aujourd'hui et que le fantôme de Cahuzac est très convoqué,
- 26:29je trouve,
- 26:29dans le
- 26:30débat public
- 26:31par rapport à par rapport à ça.
- 26:33Mais tout ça n'était pas n'était pas prévu.
- 26:35Et donc,
- 26:35bah c'est vrai que
- 26:36nous sommes des perturbateurs,
- 26:38voilà, de la vie publique,
- 26:40mais c'est pas moi qui le dis.
- 26:42C'est la Cour européenne des droits de l'homme,
- 26:43la justice supranationale
- 26:45à laquelle tous les pays signataires de la Convention
- 26:48européenne des droits de l'homme.
- 26:49C'est bien plus que les 27
- 26:50de l'Union
- 26:51européenne doivent se conformer.
- 26:53Depuis 1900,
- 26:5476976. La CEDH nous dit que
- 26:57dans le cas de la liberté d'informer,
- 26:59le journaliste peut publier
- 27:00des informations,
- 27:01je cite,
- 27:01qui heurtent,
- 27:03qui choquent,
- 27:03voire qui inquiètent
- 27:05tout ou partie
- 27:06d'une population.
- 27:07Ben oui,
- 27:07la démocratie
- 27:08c'est pas que le vote.
- 27:10La démocratie
- 27:11c'est pas
- 27:11que. Que chacun dans son couloir avec ses convictions,
- 27:14on verra qui gagne.
- 27:15C'est aussi des informations
- 27:17qui remplissent Voilà cette condition
- 27:20de civilisation qui est que des sociétés,
- 27:22pour être éclairées,
- 27:23elles ont besoin d'être informées.
- 27:24Alors moi
- 27:25je dois dire qu'on n'a pas tout à fait la même chose
- 27:26parce que précisément après l'affaire Fillon,
- 27:28il y a une loi qui est venue réduire
- 27:31la prescription
- 27:32sur les délits financiers et raccourcir le
- 27:34temps. Donc bon,
- 27:35ça marche pas à tous les coups.
- 27:36Mais ce qui manque encore,
- 27:38c'est un travail sur les sources,
- 27:39c'est un travail sur la protection des sources.
- 27:41C'est ça qui manque.
- 27:43Après l'affaire Fillon,
- 27:43on a quand même eu,
- 27:45une fois que Macron avait été élu,
- 27:46on le sait,
- 27:47on a vécu une enquête
- 27:49des services
- 27:51parce qu'ils avaient considéré que
- 27:53cette puissance
- 27:54médiatique pouvait atteindre l'État en son cœur.
- 27:56Il y a eu un
- 27:58travail des services
- 27:59qui ont enquêté
- 28:00pour savoir
- 28:01s'ils pouvaient,
- 28:01parce qu'ils pensaient que c'était une source administrative,
- 28:03la remonter.
- 28:05C'est quand même.
- 28:06C'est-à-dire qu'Emmanuel Macron,
- 28:07après son élection,
- 28:09Vous rendez compte,
- 28:09c'est quand même c'est quand même complètement dingue.
- 28:10Mais il faut aussi dire qu'il y
- 28:11a effectivement
- 28:12Fabrice dit très bien dans ce pays
- 28:13une idée que
- 28:14il y a pas de fumée sans feu.
- 28:16Il peut pas y avoir
- 28:17une information qui vient soit de la recherche
- 28:19décidée par des journalistes,
- 28:21soit d'une
- 28:21une volonté citoyenne effectivement
- 28:23de faire quelque chose d'un d'un petit peu bien.
- 28:25Il y
- 28:25a forcément une explication,
- 28:27elle est forcément tordue,
- 28:28y a forcément un règlement de compte et
- 28:29il faut pas qu'on oublie une chose,
- 28:30c'est que les confrères eux-mêmes
- 28:32sont parfois dans cette disposition à l'époque.
- 28:34On a eu après l'affaire Fillon,
- 28:361£ de
- 28:372 confrères
- 28:38qui s'appelait Apocalypse,
- 28:39les années Fillon,
- 28:40où ils ont et
- 28:41ils ont cherché,
- 28:41ils ont fait
- 28:428 ou 10 chapitres.
- 28:43Chaque chapitre c'est un scénario,
- 28:45où est la source,
- 28:45est-ce qu'elle est à l'Assemblée nationale,
- 28:47est-ce que c'est Madame Rachida Dati,
- 28:48est-ce que c'est le camp Sarkozy ?
- 28:49C'est à dire qu'on a des propres confrères du monde.
- 28:51C'était l'homme et Davé qui avaient fait ce bouquin
- 28:53dans lequel il y avait
- 28:54une forme,
- 28:55sous prétexte de raconter un peu l'histoire,
- 28:57une chasse à la source
- 28:58quand vous avez
- 28:59des médias eux-mêmes
- 29:00qui vont chercher
- 29:01une explication au travail de confrères.
- 29:04autre que celle de l'enquête,
- 29:06et effectivement d'aller vérifier
- 29:08si celui qui fait campagne sur la probité est bien un
- 29:10impôt de la probité,
- 29:11si celui qui fait la campagne sur la
- 29:13transparence est bien un impôt de la transparence.
- 29:15En fait,
- 29:16il faut accepter cette idée-là.
- 29:17Il n'y a pas derrière,
- 29:19à chaque fois,
- 29:20un travail qui vise à atteindre un but précis,
- 29:23autre, en tout cas pour nous,
- 29:25que celui d'informer
- 29:27le citoyen.
- 29:31À propos,
- 29:32c'est fini pour aujourd'hui,
- 29:33mais on revient demain matin.
- 29:35Merci de votre écoute.
- 29:36Si vous en voulez encore,
- 29:37tous nos podcasts sont disponibles dans l'application du soir.
- 29:41Rendez-vous dans le store de votre smartphone
- 29:43ou de votre tablette pour la télécharger.
- 29:45À demain.