Latest / Québécois et Canadien / André Pratte : Le fédéralisme n'est pas un concours de pouvoirs!
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- 0:00Bonjour et bienvenue au podcast Québécois et
- 0:03Canadien, où on discute de fédéralisme et des
- 0:05enjeux de notre pays. Aujourd 'hui, on a la chance
- 0:08de recevoir André Pratte, ex -éditorialiste en
- 0:11chef de la presse et sénateur. On a discuté notamment
- 0:14de l 'utilité du Sénat et du fédéralisme canadien.
- 0:17Bon épisode. Alors André Pratte, bonjour. Bonjour.
- 0:28Merci de vous joindre à nous aujourd 'hui. Ça
- 0:29fait grand plaisir. Ça va bien? Oui, tout à fait.
- 0:32Parfait. Alors, comme vous êtes un ancien sénateur,
- 0:34je pense qu 'on pourrait prendre une occasion
- 0:36de parler un peu du Sénat du Canada. Je pense
- 0:38qu 'on a tous notre cours d 'histoire au secondaire
- 0:41qui nous explique qu 'est -ce que c 'est en général,
- 0:44mais on n 'a pas beaucoup de détails sur ce qui
- 0:47se fait là -bas. J 'aimerais commencer par ça.
- 0:49Qu 'est -ce que le Sénat du Canada? Bien, c 'est
- 0:52une bonne question. Au Canada, il y a, contrairement
- 0:55au niveau provincial, au Québec, où il y a l
- 0:57'Assemblée nationale, qui est notre parlement.
- 0:59Au niveau fédéral, il y a deux chambres qui composent
- 1:02le Parlement, un peu comme aux États -Unis. Donc,
- 1:04il y a la Chambre des communes, qui est comme
- 1:06notre assemblée nationale, dans le fond, et le
- 1:08Sénat, qui est une deuxième chambre, qui a à
- 1:11étudier les mêmes projets de loi que la Chambre
- 1:13des communes. Et si on veut qu 'un projet de
- 1:18loi devienne une loi à Ottawa, il faut que ce
- 1:20soit prouvé par la Chambre des communes, puis
- 1:22ensuite par le Sénat. Et puis il y a une raison
- 1:24pour ça à l 'époque de la Confédération en 1867.
- 1:29En fait, c 'était le début des démocraties, puis
- 1:31les créateurs de la Confédération, les pères
- 1:33de la Confédération, à cette époque -là, surtout
- 1:37avec ce qui se passait aux États -Unis, craignait
- 1:39un peu la démocratie. Alors ils disaient, oui,
- 1:41on va être démocrate, on va avoir la Chambre
- 1:43des communes élue. Mais on va voir une autre
- 1:46chambre qui va un peu surveiller les élus pour
- 1:48être sûr qu 'ils ne font pas trop de folie. Alors
- 1:50ça c 'était le Sénat. C 'était l 'idée, c 'était
- 1:52la raison pour laquelle le Sénat était nommé
- 1:54et non pas élu. C 'était comme un chien de garde
- 1:57un peu pour être sûr qu 'il n 'y ait pas d 'excès
- 2:00de la population représentée par ces élus. Alors
- 2:04c 'est ça le Sénat dans le fond, c 'est une deuxième
- 2:05chambre et qui a comme mission d 'étudier les
- 2:10projets de loi avec ce qu 'on appelle un second
- 2:12regard attentif. et qui est censé être moins
- 2:17partisane que la Chambre des communes et où la
- 2:21représentation régionale est différente. Chaque
- 2:23région a une représentation garantie au Sénat.
- 2:27Donc, les régions moins peuplées sont surreprésentées.
- 2:31Donc, c 'est ça. C 'est ce que fait le Sénat
- 2:34en théorie puis en pratique aussi. Parfait. Et
- 2:36juste faire un petit retour à ce que vous avez
- 2:38dit. On parlait de la démocratie américaine.
- 2:40Je pense que c 'est important de se rappeler
- 2:41que dans les années qui ont précédé la Confédération,
- 2:43il y avait la guerre civile. C 'est la guerre
- 2:44civile aux États -Unis. On le sait, la Confédération,
- 2:49le Canada, c 'est beaucoup une création des colonies
- 2:52britanniques en opposition à ce qui se passait
- 2:55aux États -Unis pour éviter que toute l 'Amérique
- 2:57du Nord tombe sous le contrôle des États -Unis.
- 3:01D 'ailleurs, il y a beaucoup de dirigeants américains
- 3:02à l 'époque qui ne se cachaient pas qu 'ils voulaient
- 3:04prendre le contrôle du Canada. Ce n 'est pas
- 3:05nouveau. Et puis, donc, le Canada est écrit en
- 3:09réaction à plusieurs des choses qui se passaient
- 3:11aux États -Unis, notamment la guerre civile et
- 3:14ce qu 'on percevait à l 'époque comme les abus
- 3:16de la démocratie parlementaire. Oui, parce que
- 3:18c 'est quand même particulier, puis après ça,
- 3:19on pourra revenir rapidement sur le Sénat, mais
- 3:21c 'est particulier parce que je pense que c 'était
- 3:23un des premiers systèmes comme ça. Là, on était
- 3:25à la fois une fédération, à la fois une monarchie
- 3:28constitutionnelle, à la fois une démocratie.
- 3:31Fait qu 'on était un peu un melting pot de plein
- 3:34de choses qui venaient de différentes cultures.
- 3:36C 'est ce que ça a fait notre système politique.
- 3:38Puis les États -Unis sont la première véritable
- 3:40fédération. Nous, on a suivi le modèle, mais
- 3:42on voulait pas suivre... C 'était un modèle,
- 3:45dans le fond, qui s 'imposait pour un grand pays.
- 3:47comme le Canada, mais qui en même temps, on voulait
- 3:53que ça soit plus stable que la démocratie américaine,
- 3:56comme tu le disais, que la guerre civile, c 'était
- 3:58rien de très rassurant. Donc, on voulait s 'assurer
- 4:00que ça soit stable et que ça soit continué de
- 4:02baser sur ce qu 'on percevait à l 'époque comme
- 4:05étant de ce qu 'il y avait de mieux des institutions
- 4:07britanniques, donc un régime parlementaire avec
- 4:09une monarchie constitutionnelle. Bon, fait que
- 4:12revenons un peu au Sénat. Sénateur non élu, comment
- 4:15est -ce que vous vous jonglez avec ça? Parce
- 4:17que là, il y a les gens de la Chambre des communes
- 4:19qui votent des lois, eux autres sont élus, vous
- 4:22vous êtes nommés, vous devez réviser ces projets
- 4:24de loi -là, ça va quand même particulier votre
- 4:26rôle comme sénateur. Oui, alors ce qui est intéressant,
- 4:29c 'est que sur papier, dans la Constitution,
- 4:33le Sénat a exactement les mêmes pouvoirs que
- 4:34la Chambre des communes. Donc en théorie, un
- 4:37projet de loi pourrait être adopté à l 'unanimité
- 4:39à la Chambre des communes puis arriver au Sénat
- 4:41puis être bloqué. Si le Sénat refuse d 'adopter
- 4:43un projet de loi, le projet de loi ne deviendra
- 4:45pas une loi. Des fois, il y a de la pression
- 4:47pour faire ça. Absolument. Alors donc en théorie,
- 4:49le Sénat a le même pouvoir. Mais parce que les
- 4:52sénateurs, les sénatrices ne sont pas élus, ils
- 4:54savent qu 'ils n 'ont pas la même légitimité
- 4:57démocratique. Alors oui, ils étudient les projets
- 5:00de loi, ils suggèrent des amendements. Des fois,
- 5:03ils bloquent des projets de loi, c 'est rare,
- 5:04mais ça arrive. Mais en définitive, à la fin
- 5:08du processus, c 'est rare qu 'il y ait un blocage
- 5:11total, comme on voit parfois aux États -Unis.
- 5:14C 'est rare qu 'il y ait un blocage total parce
- 5:15que le Sénat dit bon, on a défendu notre point
- 5:19de vue, on a exprimé nos idées sur votre projet
- 5:21de loi au gouvernement, mais comme la Chambre
- 5:24des communes qui est élue l 'a adoptée, ben on
- 5:27va le laisser passer parce que nous on n 'a pas
- 5:29la même légitimité. Donc en pratique, le Sénat
- 5:32utilise rarement tous les pouvoirs constitutionnels.
- 5:35qui serait à théorie à s 'apporter parce que
- 5:37justement aujourd 'hui on est en 2026 et puis
- 5:40la légitimité d 'une chambre non élue est bien
- 5:44moins que celle d 'une chambre élue. Et je me
- 5:47rappelle que vous disiez non -partisans. Je pense
- 5:49que ça, c 'était intéressant parce que différents
- 5:52gouvernements avaient des approches différentes.
- 5:53Je pense que Stephen Harper avait fait le choix
- 5:55d 'arrêter de nommer des sénateurs pendant un
- 5:57certain temps en se disant, bon, mais on va pouvoir
- 5:59continuer cette chambre -là. Finalement, il a
- 6:02réalisé que ça n 'arriverait pas. Il a commencé
- 6:03à en nommer beaucoup. Après ça, je pense que
- 6:05Justin Trudeau est arrivé. Il a dit qu 'il voulait
- 6:07que ça soit non -partisan. Puis c 'est dans ce
- 6:08contexte -là que vous avez été nommé. Puis finalement,
- 6:11on réalisait d 'avoir des gens qui ne répondaient
- 6:14pas. Au leadership du parti de l 'autre côté,
- 6:17c 'était peut -être pas aussi pratique. Est -ce
- 6:19que c 'est vraiment non -partisans ou est -ce
- 6:21qu 'on est capable de faire du travail non -partisans?
- 6:23On est capable, c 'est moins partisan. justement
- 6:27parce que les gens, comme ils ne sont pas élus
- 6:29et qu 'ils sont nommés jusqu 'à l 'âge de 75
- 6:32ans, en principe, donc les gens peuvent prendre
- 6:37un certain recul par rapport à la partisanerie
- 6:39de tous les jours. Et ça se voit, ça se sent
- 6:42quand on est au Sénat par rapport à, ne serait
- 6:45-ce que les travaux des comités, par exemple,
- 6:47ou à la Chambre des communes, c 'est extrêmement
- 6:48partisan. L 'objectif de chacun des partis, c
- 6:51'est d 'embarrasser l 'autre plutôt que d 'interroger
- 6:53les gens qui viennent témoigner. Au Sénat, c
- 6:55'est différent, le climat est différent. Maintenant,
- 6:58M. Trudeau, Justin Trudeau voulait créer une
- 7:00chambre indépendante. Je pense que l 'intention
- 7:03était très bonne. Mais dans la pratique, ils
- 7:06ont réalisé avec le temps assez rapidement que
- 7:08c 'est compliqué une Chambre indépendante. Ça
- 7:10veut dire que le gouvernement amène pas ses affaires,
- 7:13amène pas sa barque comme il veut. Et tranquillement,
- 7:17le gouvernement a commencé à nommer des sénateurs,
- 7:19des sénatrices qui étaient plus partisanes, qui
- 7:22portent toujours le nom d 'indépendants. Et puis
- 7:25le gouvernement a accentué beaucoup la pression
- 7:27sur les membres du Sénat. pour qu 'ils et elles
- 7:31votent en faveur des projets de loi du gouvernement
- 7:33en disant, écoute, tu sais... on t 'a nommé,
- 7:37t 'es là pour nous aider, nous donner un coup
- 7:39de main. Alors, le Sénat est moins partisan,
- 7:44mais il l 'est quand même. Et je pense que là,
- 7:47actuellement, le Sénat est un peu en redéfinition
- 7:49de son rôle, justement. Bon, on sait pas comment
- 7:51M. Carney va gérer les processus de nomination.
- 7:55Si jamais les libéraux sont défaits, un jour
- 7:58dans une élection, les conservateurs se sont
- 8:00déjà engagés à revenir à la formule précédente
- 8:03de sénateur carrément partisan. Alors, il y a
- 8:06de l 'incertitude quant à la forme que prendra
- 8:08le Sénat de l 'avenir. Puis là, 105 sénateurs,
- 8:12si je me rappelle bien, trois dans les territoires,
- 8:1424 par région, sauf Terre -Neuve qui a été achetée
- 8:18par la suite, qui en a six. Vous, vous avez côtoyé
- 8:21ces gens -là. Est -ce que vous constatez vraiment
- 8:23une vision régionale différente parmi vos collègues
- 8:27au Sénat? Est -ce que ça fait vraiment le travail
- 8:29que se pose en termes de représentativité régionale?
- 8:32Je pense que oui de façon générale. C 'est -à
- 8:35-dire que, comme tu le dis, la représentation
- 8:40des régions est garantie dans la Constitution.
- 8:43Ça ne change pas selon l 'évolution de la population.
- 8:45Ça veut dire que, par exemple, on a appris récemment
- 8:48que la population du Québec par rapport à l 'ensemble
- 8:50du Canada va continuer de diminuer en pourcentage.
- 8:52Mais la représentation du Québec au Sénat va
- 8:54rester. C 'est la même chose pour les provinces
- 8:56d 'Atlantique qui sont surreprésentées compte
- 8:59tenu de leur petit nombre. Alors oui, les sénateurs
- 9:03et sénatrices ont une vision régionale. Ils considèrent
- 9:06que c 'est leur rôle de défendre leur région
- 9:08et que c 'est un rôle que la Chambre des communes
- 9:11ne joue pas beaucoup à cause de la discipline
- 9:13de parti qui impose aux membres de la Chambre
- 9:15des communes de voter toujours du côté de leur
- 9:17parti. Au Sénat, il arrive des moments où des
- 9:20sénateurs et sénatrices d 'une région, au -delà
- 9:24de leurs allégeances partisanes s 'ils en ont,
- 9:28décident de se battre pour défendre leur région.
- 9:29région. C 'est arrivé, moi, quand j 'étais là,
- 9:31on l 'a fait pour quelques dossiers où on considérait
- 9:34que les intérêts du Québec étaient mal représentés
- 9:36par un projet de loi du gouvernement et donc
- 9:38on s 'est battu comme sénateur d 'une région
- 9:40plutôt que d 'un groupe de sénateurs particuliers.
- 9:44Alors oui, le Sénat joue, c 'est un des rôles
- 9:46du Sénat et de façon générale, il le joue bien
- 9:49quand la discipline de partis ne s 'impose pas
- 9:51de façon extrêmement stricte comme c 'est le
- 9:54cas aux communes. Puis c 'est particulier parce
- 9:56qu 'un des arguments souvent que les souverainistes
- 9:57vont mettre de l 'avant pour justifier la séparation,
- 10:00c 'est le fait qu 'on est différent du reste
- 10:02des Canadiens, qu 'on n 'a rien en commun avec,
- 10:05je sais pas moi, les gens de l 'Alberta ou de
- 10:07la Saskatchewan, puis que le Québec a sa propre
- 10:10culture, son propre monde. Moi, ce que je suis
- 10:12curieux de savoir, considérant votre expérience,
- 10:16mon réflexe, ça serait de dire probablement quelqu
- 10:17'un qui vient de Montréal puis de Calgary a probablement
- 10:20des valeurs... assez similaires sur beaucoup
- 10:22d 'aspects, contrairement à quelqu 'un, par exemple,
- 10:25qui vient de la Beauce ou qui vient d 'une région
- 10:27rurale en Alberta. Est -ce que vous voyez cette
- 10:29similitude ou cette différence -là entre les
- 10:31différentes provinces, si les gens étaient nommés,
- 10:33ils venaient d 'une ville, avaient fait leur
- 10:35vie à Toronto, par exemple, ou avaient grandi
- 10:37sur une ferme en Alberta? Oui, en fait, au Sénat,
- 10:42comme à la Chambre des communes, on voit à quel
- 10:43point le Canada est un pays extrêmement diversifié
- 10:47et qu 'on ne peut pas faire d 'équation simple
- 10:50ville égale ville, campagne égale campagne. Ça
- 10:55dépend de beaucoup de choses. Il n 'y a aucun
- 10:57doute que le Québec a une culture qui est distincte,
- 11:01particulièrement distincte, mais on trouve des
- 11:03terrains d 'entente avec des gens de Colombie
- 11:05-Britannique sur certains dossiers, avec des
- 11:07gens de Terre -Neuve sur d 'autres dossiers.
- 11:12Moi je pense que c 'est ce qui fait la beauté
- 11:15du projet canadien, c 'est d 'amener des gens
- 11:17qui sont tellement différents sur certains aspects,
- 11:19mais qui par ailleurs partagent beaucoup d 'autres
- 11:22choses, qui ont des valeurs communes, à travailler
- 11:25ensemble. Et c 'est le défi évidemment, c 'est
- 11:27de travailler avec des gens qui parfois, je pense
- 11:30à des leaders autochtones par exemple, qui viennent
- 11:33du Manitoba, bien c 'est sûr que la expérience
- 11:35de vie est très différente de celle de... quelqu
- 11:38'un comme moi qui est né à Québec puis qui a
- 11:40vécu le reste de sa vie à Montréal. Mais en même
- 11:43temps, on est capable de travailler ensemble
- 11:45puis d 'arriver à des objectifs communs. Et le
- 11:48Sénat aide à ça justement parce que la politique
- 11:51est un peu moins partisane et donc ça nous force
- 11:54d 'une certaine façon, si on veut faire avancer
- 11:57des dossiers, de travailler avec des gens qui
- 12:00n 'ont pas nécessairement les mêmes horizons
- 12:02que nous, mais qui partagent sur un dossier particulier,
- 12:05qui partagent notre vision des choses. Et là,
- 12:08le Sénat, j 'ai l 'impression, est un peu entre
- 12:09deux chaises, là, parce qu 'on a le mandat de
- 12:11représentation régionale qui est là, mais en
- 12:13même temps, c 'est des gens qui sont non élus.
- 12:16C 'est quoi l 'avenir du Sénat, selon André Pratt?
- 12:19Est -ce que c 'est un modèle, je pense, c 'est
- 12:21durant Mitch, il y avait des discussions peut
- 12:22-être, arriver avec un Sénat élu, ou est -ce
- 12:24qu 'on fait comme on l 'a fait au Québec, puis
- 12:26on se débarrasse de ça entièrement? Vous en pensez
- 12:28quoi? Il y a toutes sortes d 'idées sur l 'avenir
- 12:32du Sénat, puis c 'est sûr que de nos jours, avoir
- 12:34une Chambre qui n 'est pas élue, ça paraît assez
- 12:38anachronique. Maintenant, le problème qu 'on
- 12:41a, c 'est que... toute l 'architecture du Canada,
- 12:45l 'architecture constitutionnelle du Canada,
- 12:48est bâtie avec cette idée -là qu 'il y a cette
- 12:50deuxième chambre qui représente les régions,
- 12:52qui est là, on n 'en a pas parlé, mais pour défendre
- 12:54les droits fondamentaux des Canadiens, pour donner
- 12:57une représentation plus forte à des groupes qui
- 13:00sont souvent ignorés à la Chambre des communes,
- 13:02que ce soit les Autochtones, les femmes. Maintenant,
- 13:05à la suite des nominations faites par M. Justin
- 13:07Trudeau, les femmes sont majoritaires au Sénat.
- 13:09C 'est beaucoup mieux qu 'à la Chambre des communes.
- 13:11Alors, tout ça, si on veut se défaire de ça ou
- 13:15transformer le Sénat de façon de fond en comble,
- 13:18ça va avoir des impacts sur tous les équilibres
- 13:20de la Constitution. Alors, une réforme sans aucun
- 13:24doute, par exemple, pour garantir que le Sénat
- 13:27soit moins partisan, sans aucun doute, mais...
- 13:30il faut savoir que si on touche à ça, il va falloir
- 13:33toucher à plein d 'autres aspects de la Constitution,
- 13:35et c 'est un équilibre qui est difficile. Ça
- 13:36a été difficile à l 'époque, en 1867, de bâtir
- 13:40cette architecture -là, et ça serait difficile
- 13:42de la modifier de façon fondamentale. On l 'a
- 13:44vu avec Meach, avec Charlottetown, c 'est pas
- 13:46simple. Et je pense, par exemple, à l 'idée de
- 13:49délire les sénateurs. Sur papier, on se dit,
- 13:54bien oui, c 'est plein de bon sens, on va faire
- 13:56ça, c 'est pas compliqué, on va élire. Mais après
- 13:58ça, ça pose toutes sortes de questions. Parce
- 14:00que jusqu 'ici, comme je vous disais tantôt,
- 14:02le Sénat, lorsqu 'il est dans le désaccord avec
- 14:05la Chambre des communes, il pousse son point
- 14:07de vue, pousse son point de vue, puis à un moment
- 14:08donné, quand il voit que le gouvernement ne change
- 14:10pas d 'idée, il dit, OK, c 'est correct, vas
- 14:11-y. Mais là, si les sénateurs sont élus... Ben
- 14:14là, ils ont toute la légitimité démocratique
- 14:16de bloquer le gouvernement. Il y a 24 sénateurs
- 14:18des maritimes pour bloquer un projet de loi qui
- 14:21est à 2 tiers de la Chambre des communes. Potentiellement.
- 14:24Donc, ça veut dire que là, l 'équilibre est complètement
- 14:27modifié. Alors, ça a un impact majeur, puis ils
- 14:30se posent plein de questions. OK, ils sont élus.
- 14:33Est -ce qu 'ils sont élus en même temps que la
- 14:35Chambre des communes? C 'est -tu le même jour
- 14:36qu 'on fait ça? Est -ce qu 'on fait ça à un autre
- 14:38moment? Si tu fais ça au même moment... la Chambre
- 14:41des communes et le Sénat vont se ressembler terriblement,
- 14:44mais si tu fais ça deux ans plus tard, peut -être
- 14:46que ça va être très différent. Ça aussi, ça pourrait
- 14:48entraîner des blocages. Alors, il y a toutes
- 14:50sortes de questions qu 'il faut se poser. Et
- 14:53puis, comme les réformes constitutionnelles,
- 14:55ces temps -ci au Canada ne sont pas très populaires,
- 14:58avant qu 'on arrive à se poser ces questions
- 15:00-là, je pense qu 'on n 'est pas rendu là. Oui,
- 15:03c 'est ça, parce que là, la question, c 'est
- 15:05essentiellement... la représentation des régions
- 15:07par rapport à l 'efficacité, parce que si on
- 15:09avait, disons, juste une chambre, ce serait comme
- 15:11au Québec, extrêmement efficace, le gouvernement
- 15:13passe des lois, et la seule limite que le gouvernement
- 15:16a, c 'est les lois, c 'est les chartes, essentiellement.
- 15:19Le même matin, tu peux faire n 'importe quelle
- 15:20loi, ça se fait vite, quitte à utiliser le bâillon
- 15:22ou des mécanismes équivalents pour aller plus
- 15:24vite. Mais là, si tu as une chambre élue... au
- 15:27niveau de la représentation régionale, bien là,
- 15:28c 'est de la consultation, telle région n 'est
- 15:30pas contente. Fait que là, on vient ralentir
- 15:32le processus. C 'est un peu comme on le voit
- 15:33plus en ce moment aux États -Unis, quoi que ça
- 15:36recommence tranquillement pas vite, mais on avait
- 15:38vraiment le président qui a été élu au début,
- 15:40il y a un bon mandat, la Chambre des représentants
- 15:42du Sénat appuie les projets, puis éventuellement,
- 15:45bon, on stand, on décide qu 'on n 'est plus d
- 15:47'accord avec le président, puis là, le président
- 15:48ne peut plus rien faire pendant deux ans. Mais
- 15:50il y a d 'autres modèles, t'sais, l 'Australie
- 15:53a un modèle avec deux chambres, l 'Allemagne
- 15:55en a un. qui est très différent, mais qui fonctionne
- 15:58aussi. Donc, il y a moyen de faire fonctionner
- 16:00ça, mais c 'est juste que c 'est pas simple d
- 16:02'organiser tout ça pour que ça soit efficace.
- 16:05Je pense qu 'on voit actuellement au Québec que
- 16:07quand on a un gouvernement qui a une très forte
- 16:09majorité, il n 'y a pas grand -chose qui l 'empêche
- 16:11de faire ce qu 'il veut, y compris les chartes,
- 16:13puisque avec l 'utilisation de la clause de l
- 16:15'obstin, on peut tasser une bonne partie des
- 16:17chartes. Alors, l 'idée d 'avoir une deuxième
- 16:20chambre qui, surtout dans un grand pays comme
- 16:23le Canada, qui apportent des nouvelles perspectives
- 16:27dans les différents débats, ce n 'est pas mauvais
- 16:30du tout. D 'ailleurs, on constate que malgré
- 16:33ce que beaucoup de gens disent du Sénat, quand
- 16:35le Sénat tient des audiences publiques, par exemple
- 16:37sur un projet de loi ou sur une question fondamentale,
- 16:41il y a beaucoup, beaucoup de gens qui se présentent
- 16:43parce qu 'ils veulent faire entendre leur point
- 16:45de vue. Souvent, à la Chambre des communes, à
- 16:47cause du contexte hyper partisan, les gens n
- 16:49'ont pas la capacité de vraiment s 'exprimer.
- 16:53Il y a des grands changements sociétaux. On pense
- 16:56à l 'aide médicale à mourir, par exemple. Le
- 16:59Sénat a joué un rôle fondamental parce que, justement,
- 17:02il était capable de prendre du recul, de se mettre
- 17:05à l 'écoute des gens, faire une tournée du Canada,
- 17:07écouter ce que les gens ont à dire pour contre.
- 17:09C 'est des dossiers complexes, difficiles qui
- 17:11ne se prêtent pas beaucoup à un environnement
- 17:13partisan. On l 'a vu au Québec. Ici, c 'est une
- 17:15commission spéciale qui a justement mis de côté
- 17:19la partisanerie pour arriver à encadrer l 'aide
- 17:22médicale à mourir. La même chose s 'est passé
- 17:24à Ottawa, mais c 'est le Sénat en bonne partie
- 17:25qui s 'en est occupé. OK. À court terme, disons
- 17:28garder la structure actuelle, peut -être travailler
- 17:30pour avoir quelque chose d 'un peu moins partisan.
- 17:32Exactement. Puis là, si on fait une grande réforme
- 17:35constitutionnelle, peut -être s 'inspirer d 'autres
- 17:37systèmes pour voir si on peut faire quelque chose
- 17:39de la même. Un jour, ça va arriver. C 'est -à
- 17:40-dire qu 'un jour, un moment donné, le contrat
- 17:43canadien devra être mis à jour. D 'où va venir
- 17:47la pression? Mais cette pression -là va se produire.
- 17:49Puis à ce moment -là, ce sera l 'occasion de
- 17:51regarder des choses comme la représentation,
- 17:54comme les fonctions, les pouvoirs du Sénat. Mais
- 17:56il faut faire attention. Comme je le disais tantôt,
- 17:59par exemple le Québec, peu importe l 'évolution
- 18:01de sa population par rapport à la population
- 18:03de l 'ensemble, actuellement on a une représentation
- 18:06garantie au Sénat. Si on ouvre la Constitution,
- 18:10ben là, il y a peut -être quelqu 'un qui va dire,
- 18:11ben là, vous savez, le Québec, vous êtes rendu
- 18:1219 % de la population, pourquoi vous diriez un
- 18:15quart du Sénat? Alors, faut toujours, t'sais,
- 18:18on aime bien rêver à toutes sortes de scénarios,
- 18:20mais c 'est une négociation, alors faut faire
- 18:22attention aussi. Ouais, ça, l 'Alberta veut ouvrir
- 18:24la Constitution pour les mêmes raisons que nous.
- 18:25Ben, c 'est ça. Fait qu 'on parlait justement
- 18:27du contrat qui nous unit tous. Parlons -en, c
- 18:30'est la Constitution. Qu 'est -ce que le fédéralisme,
- 18:33pour vous? Le fédéralisme, c 'est une façon pour
- 18:37des gens qui viennent de différentes régions,
- 18:41différents milieux, différentes cultures, de
- 18:43garder leur spécificité. mais de mettre leurs
- 18:48intérêts, leurs énergies en commun pour des choses
- 18:50qu 'ils partagent. Alors, dans le cas du Canada,
- 18:53par exemple, on partage un espace économique
- 18:55qui, même si on en parle peu, est extrêmement
- 18:57important. On le voit ces jours -ci, à quel point
- 19:00c 'est important pour les entreprises, par exemple,
- 19:03du Québec, d 'avoir accès à un marché beaucoup
- 19:05plus grand que le Québec. Donc, ça, c 'est quelque
- 19:09chose qu 'on partage comme intérêt commun avec
- 19:12les Albertains, avec les gens de Terre -Neuve.
- 19:15C 'est quelque chose qu 'on a en commun. Alors,
- 19:17on met nos énergies en commun dans des domaines
- 19:19comme celui -là, dans des domaines comme celui
- 19:20de la Défense nationale, par exemple, dans la
- 19:23diplomatie, où on a un avantage à parler d 'une
- 19:26voix plus forte parce qu 'on est plus nombreux,
- 19:29puis qu 'on est économiquement plus puissant,
- 19:31militairement plus puissant. Mais en même temps,
- 19:33on garde nos spécificités à nous. Donc, au Québec,
- 19:36on est capable de conserver préserver, promouvoir
- 19:38notre culture, notre langue. Il y a des zones,
- 19:41inévitablement des zones de frottement, mais
- 19:43le fédéralisme permet de régler ces conflits
- 19:46-là de façon pacifique. Et c 'est ça qui est
- 19:49souvent, à mon avis, assez négligé. On souligne
- 19:52souvent ce qui ne marche pas, parce qu 'il y
- 19:54a des choses qui ne marchent pas comme dans n
- 19:55'importe quel contrat, n 'importe quelle association.
- 19:57Il y a des zones de friction à un moment donné,
- 19:59il y a des désaccords. Mais le fédéralisme permet
- 20:01de trouver des solutions à ces désaccords -là
- 20:04de façon pacifique, raisonnable. Ce qu 'on voit
- 20:08à travers le monde est assez rare, particulièrement
- 20:10à ces années -ci. Ce qui est assez curieux dans
- 20:14notre façon au Québec de voir le fédéralisme,
- 20:17c 'est que chaque fois qu 'il y a des conflits
- 20:18avec le gouvernement du Canada, on finit par
- 20:21s 'entendre. Des fois, ça prend un an, des fois,
- 20:23ça prend six mois, des fois, ça prend dix ans.
- 20:25Mais en général, on finit par s 'entendre. Puis
- 20:28là, une fois qu 'on s 'est entendu... On devrait
- 20:31avoir une colonne d 'actifs, tous les gains qu
- 20:33'on a fait, puis une colonne de passifs, les
- 20:34désaccords qu 'on a. Mais une fois qu 'on s 'est
- 20:36entendu, on ne met pas ça dans notre colonne
- 20:38d 'actifs au Québec, on jette ça au poubelle,
- 20:39on l 'oublie. Je me souviens que quand j 'étais
- 20:42plus jeune journaliste, le gros conflit entre
- 20:44Ottawa et le Québec, c 'était la formation de
- 20:46la main -d 'œuvre. Et comment la formation de
- 20:48la main -d 'œuvre, qui était sous juridiction
- 20:49fédérale, c 'était épouvantable, puis ça empêchait
- 20:52les gens de trouver des emplois, puis c 'était
- 20:54compliqué, puis il y avait des dédoublements,
- 20:55puis tout ça. Ça a pris des années, mais finalement,
- 20:57il y a eu une entente. Et le gouvernement fédéral
- 20:59a cédé laissant... la formation de la main -d
- 21:01'oeuvre au gouvernement du Québec avec des transferts
- 21:04financiers. Il n 'y a plus jamais personne qui
- 21:06a entendu parler de la formation de la main -d
- 21:07'oeuvre. On ne sait même pas si ça se fait mieux
- 21:10aujourd 'hui qu 'autrefois. Sans doute, j 'imagine,
- 21:13mais on n 'entend plus jamais parler. C 'est
- 21:15comme ça pour plein de dossiers où il y a des
- 21:17règlements et on oublie ça et on se concentre
- 21:20sur ce qui ne marche pas. Bon, c 'est correct.
- 21:22Puis il y en a des choses qui marchent pas, puis
- 21:23il y a des choses qui devraient être réglées
- 21:25plus rapidement que c 'est le cas aujourd 'hui.
- 21:27Mais l 'important, c 'est qu 'on est capable
- 21:29de mettre nos choses en commun, puis de garder
- 21:31nos spécificités à nous. Puis là où il y a des
- 21:34zones de friction, on parvient à des règlements
- 21:36pacifiques. Puis on le fait en utilisant la politique
- 21:39plutôt que d 'autres moyens comme la force, par
- 21:42exemple, ce qui arrive dans bien des régions
- 21:44du monde. Puis... Ce qui est intéressant, c 'est
- 21:48que je pense depuis la Confédération, il y a
- 21:50une tension entre les centralisateurs et les
- 21:52décentralisateurs. Il y a des gens qui voudraient
- 21:54essentiellement qu 'on soit dans un État unitaire
- 21:56où tous les pouvoirs sont à Ottawa, c 'est plus
- 21:57simple à gérer. Il y a juste un gouvernement,
- 21:59il y a moins d 'inéfficacité. Il y a des gens
- 22:01qui sont extrêmement décentralisateurs, qui disent
- 22:03que juste l 'armée et la monnaie devraient être
- 22:05à Ottawa quasiment. Vous, dans votre travail
- 22:08au Sénat, vous avez côtoyé des gens partout à
- 22:10travers le Canada. Est -ce que vous sentiez ces
- 22:13différences d 'opinion par rapport au fédéralisme?
- 22:15Absolument. Ces tendances -là sont présentes
- 22:18probablement dans toutes les fédérations du monde
- 22:21et même dans les pays unitaires, entre les gouvernements
- 22:25régionaux et le gouvernement national. C 'est
- 22:28normal. Prenons le secteur de la santé, par exemple.
- 22:34Il y a une demande politique de la population
- 22:36très grande dans beaucoup de régions du pays
- 22:39pour que le gouvernement fédéral prenne le leadership.
- 22:41Pourquoi? Parce que ça marche mal. Alors, les
- 22:44gens se tournent vers le gouvernement du Canada
- 22:45pour dire ben, faites quelque chose parce que
- 22:47les provinces, ils parviennent pas. Alors, il
- 22:50y a des provinces qui sont très très réticentes
- 22:53à l 'implication du gouvernement fédéral, mais
- 22:56même dans la population, les gens... Ils veulent
- 22:59que ça marche. Les gens veulent que ça fonctionne.
- 23:03Et quand il y a des chicanes entre le gouvernement
- 23:04du Canada puis le gouvernement du Québec ou d
- 23:06'autres gouvernements provinciaux, la population
- 23:08n 'aime pas ça. Ils veulent que les gouvernements
- 23:10s 'entendent. On peut -tu juste s 'entendre là
- 23:12pour que ça fonctionne mieux? Alors il y a une
- 23:14demande pour que le fédéral soit plus puissant,
- 23:17plus centralisateur. Et puis dans les différentes
- 23:19provinces, puis ça varie selon les provinces,
- 23:22mais dans plusieurs provinces, il y a des courants
- 23:23autonomistes très forts. Il y en a évidemment
- 23:25au Québec. pour les raisons qu 'on sait, mais
- 23:27ce n 'est pas juste au Québec. On le voit en
- 23:29Alberta, on le voit à Terre -Neuve, il y a des
- 23:32cultures régionales ou nationales très fortes
- 23:34dans plusieurs endroits. Alors cette tension
- 23:37-là existe. Et moi je pense que c 'est une bonne
- 23:39tension. parce que ça permet justement de trouver
- 23:42les compromis nécessaires. Il y a des fois que
- 23:45c 'est une bonne chose que le gouvernement fédéral
- 23:46a le leadership dans des dossiers. Les grands
- 23:49programmes sociaux dont on se tague, notamment
- 23:51au Québec, c 'est souvent le gouvernement du
- 23:53Canada qui a pris l 'initiative parce que les
- 23:55provinces ne faisaient rien. L 'assurance chômage,
- 23:57c 'est un excellent cas. Dans la crise des années
- 24:001930, les provinces ne voulaient pas agir parce
- 24:03qu 'elles n 'avaient pas les moyens financiers
- 24:05de faire. C 'est le gouvernement fédéral qui
- 24:07est arrivé et qui a dit, nous, on propose un
- 24:08programme d 'assurance chômage. Ça a créé un
- 24:11débat monstre partout au Canada et au Québec.
- 24:14Mais finalement, ça s 'est fait, puis je pense
- 24:16qu 'on est pas mal mieux avec un régime d 'assurance
- 24:18chômage. La même chose pour l 'assurance maladie.
- 24:21Le leadership est venu d 'abord d 'une province,
- 24:23l 'Association Chouane. Ensuite, le fédéral a
- 24:25suivi en mettant ses moyens financiers considérables
- 24:28au service de ça. Puis finalement, le Québec
- 24:30et d 'autres provinces ont suivi en ajustant
- 24:32le programme à leur propre... cultueux à leur
- 24:35propre valeur. Donc tout ça, ça fait partie de
- 24:37la tension qu 'il y a entre les forces centralisatrices
- 24:41et les forces centrifuges. Mais en définitive,
- 24:44ça fonctionne bien. Puis moi, je demande toujours
- 24:47aux gens de regarder les résultats. Oui, on peut
- 24:50dire que le Québec devrait avoir plus de pouvoir
- 24:52en immigration. OK, mais regardons le résultat.
- 24:55Le résultat, c 'est que le Québec et les autres
- 24:57provinces sont parmi les régions les plus prospères
- 25:00et les plus paisibles au monde. puis on est enviés
- 25:03partout. C 'est pas une blague, c 'est vrai,
- 25:05les gens, vous vous promenez, vous dites, ah,
- 25:07vous vivez au Canada, les gens nous envient beaucoup
- 25:09de ce qu 'on a ici. Alors ça, ça a été produit
- 25:11par l 'ensemble de ce qu 'est le Canada, avec
- 25:14ses tensions, avec ses conflits et tout ça, mais
- 25:16le résultat net, il est pas mal du tout. Et moi,
- 25:20je pense que c 'est l 'avantage du système de
- 25:23permettre aux Québécois de se sentir bien, même
- 25:25si des fois, ils ont des conflits, des frustrations,
- 25:29comme les gens d 'autres parties du pays ont
- 25:30les leurs. C 'est ça, parce que ça fait 150 ans
- 25:33qu 'on a cette tension -là qui a perdu entre
- 25:35les deux. Je pense qu 'en même temps, c 'est
- 25:37sûr que les gouvernements fédéraux, quand ils
- 25:40font campagne électorale... Là, on l 'a vu exceptionnellement,
- 25:43je pense, la première fois depuis que je vote,
- 25:46que j 'ai vu une campagne qui portait sur des
- 25:47enjeux fédéraux. Là, on parlait de dépenses militaires
- 25:50puis d 'indépendance dans les relations avec
- 25:52les États -Unis. Je pense que j 'ai jamais vu
- 25:54ça. Là, on parle toujours de garderie, de soins
- 25:57dentaires. Pourquoi? Parce que c 'est les choses
- 25:59qui sont le plus proches des gens. Et le gouvernement
- 26:02fédéral, souvent, dans plusieurs de ces domaines
- 26:04-là, n 'a pas de rôle ou a un rôle essentiellement
- 26:06de transfert financier. Mais c 'est pas lui qui
- 26:09mène. Vous voyez la même chose aux États -Unis.
- 26:12quand le président fait son discours sur l 'état
- 26:14de la nation, il y a toujours un bon bout du
- 26:16discours qu 'il porte sur le système d 'éducation,
- 26:18puis que ça marche mal, puis c 'est affrayant.
- 26:20Mais c 'est les États qui s 'occupent de l 'éducation.
- 26:22Mais évidemment, le président veut être vu comme
- 26:23s 'occuper des choses qui préoccupent les gens,
- 26:26puis l 'éducation, la santé, ça préoccupe les
- 26:28gens. Alors, le fédéral ici fait des grandes
- 26:32promesses sur la santé, comment il va améliorer
- 26:34les choses, il va y avoir plus de médecins, etc.
- 26:36Mais en définitive, quand il s 'assoit avec les
- 26:39provinces, les provinces disent C 'est pas vous
- 26:41autres qui allez mener ça. Donnez -nous le cash,
- 26:43puis on va s 'occuper de ça. On aime ça. Faites
- 26:46-moi un chèque. Faites -moi un chèque. C 'est
- 26:49ça qui arrive, les trois quarts du temps. Souvent,
- 26:51les provinces disent, oui, ils nous imposent
- 26:53des conditions, puis c 'est bien épouvantable.
- 26:55Ben, les conditions, essentiellement, une fois
- 26:57que l 'argent est parti, les provinces font pas
- 26:59mal ce qu 'elles veulent. Oui, parce qu 'elles
- 27:00peuvent toujours faire de la ré -ingénierie financière,
- 27:03puis dire, OK, bon, c 'est pour la santé mentale,
- 27:05parfait, fait que j 'enlève de l 'argent en santé
- 27:06mentale, je mets de l 'argent en santé mentale.
- 27:08Tu sais, en fait, l 'imputabilité se fait vis
- 27:12-à -vis des citoyens, puis c 'est comme ça que
- 27:14ça devrait être. Mais j 'entends souvent les
- 27:17leaders souverainistes dire que le gouvernement
- 27:20fédéral ne donne pas de services directs à la
- 27:22population, donc on envoie tant de milliards
- 27:24au fédéral. puis ils ne lui donnent pas de prêt
- 27:26de service. Bien oui, mais ils nous envoient
- 27:29de l 'argent, pas à peu près par exemple. Donc
- 27:31cet argent -là sert aux services, aux provinces
- 27:34à livrer des services. Et c 'est justement une
- 27:37des revendications des autonomistes québécois,
- 27:40c 'est de dire que le fédéral ne devrait pas
- 27:41se mailer de la gestion de nos affaires, devrait
- 27:44simplement... Dans le fond, ce qu 'on veut, c
- 27:46'est profiter de la force économique et financière
- 27:48du gouvernement du Canada pour qu 'il nous transfère
- 27:51des moyens financiers qu 'on n 'aurait pas autrement,
- 27:53puis qu 'il nous laisse gérer nos affaires. Puis,
- 27:55en gros, c 'est pas mal comme ça que ça fonctionne,
- 27:57malgré les prétentions politiques du fédéral
- 28:00qui voudraient faire croire que c 'est lui qui
- 28:01règle les problèmes en santé, pour les garderies,
- 28:04etc. Il y a un rôle à jouer, surtout de financement,
- 28:07une petite influence sur ce qui se passe sur
- 28:09le terrain, mais en réalité, ce sont les provinces
- 28:11qui gèrent ce qui se passe. Oui, c 'est bien
- 28:13populaire, ça, c 'est moi qui a réglé la sanguarde
- 28:15de Salade à gagner des votes. Est -ce que vous
- 28:18pensez qu 'on a trouvé un point d 'équilibre?
- 28:19Je comprends qu 'on peut toujours avoir de l
- 28:20'amélioration, mais... centralisateurs, décentralisateurs,
- 28:24est -ce qu 'on est à peu près au point d 'équilibre
- 28:26ou est -ce qu 'on a encore beaucoup de travail
- 28:28à faire? Il va toujours y avoir une tension.
- 28:32Il n 'y aura jamais d 'équilibre parfait, je
- 28:33pense. J 'ai l 'impression que cette tension
- 28:36-là va toujours exister. Les problématiques changent
- 28:39selon les époques. À l 'époque de la Confédération,
- 28:43personne ne parlait d 'environnement. L 'environnement
- 28:45n 'est pas dans la Constitution. Alors aujourd
- 28:47'hui, les deux gouvernements... se basant sur
- 28:51certains aspects de la Constitution prétendent
- 28:53avoir une partie de la juridiction en environnement
- 28:55et les tribunaux ont décidé que par exemple en
- 28:58matière de changement climatique c 'est un enjeu.
- 29:01international, donc national, le gouvernement
- 29:03fédéral a un rôle à jouer. Les problématiques
- 29:07sont de plus en plus complexes aujourd 'hui.
- 29:09C 'est un peu normal que tous les gouvernements
- 29:12aient un rôle, pas juste le gouvernement fédéral
- 29:14et les provinces, mais les municipalités sont
- 29:16de plus en plus perçues comme étant des acteurs
- 29:18de premier plan parce qu 'elles s 'occupent,
- 29:20par exemple, de l 'itinérance, pour prendre un
- 29:24exemple, où l 'itinérance est un problème majeur
- 29:26dans les villes, pas juste à Montréal, dans toutes
- 29:29les villes d 'une moindre importance. au Québec
- 29:31et ailleurs au Canada. Donc le fédéral a un rôle
- 29:34à jouer, les provinces ont un rôle à jouer, puis
- 29:36les municipalités ont un rôle à jouer. Alors,
- 29:39je ne pense pas qu 'il n 'y aura jamais d 'équilibre
- 29:40parfait. Il va toujours y avoir cette tension
- 29:42-là. Et en autant que cette tension -là est contrôlée,
- 29:45puis ne mène pas à des débordements, puis on
- 29:47n 'a pas vraiment connu ça au Canada, je pense
- 29:49que le système va continuer de fonctionner. Parce
- 29:51qu 'il y a un sentiment d 'urgence. Je crois
- 29:53que les souverainistes essaient de mettre de
- 29:55l 'avant le comme quoi qu 'on est dans un système
- 29:56qui est brisé, qui est dans une impasse totale.
- 29:59Je pense qu 'on peut parler à la majorité des
- 30:01gens et leur dire est -ce que vous pensez que
- 30:02votre pays est totalement dysfonctionnel. On
- 30:04peut avoir des critiques comme vous dites, mais
- 30:06je ne pense pas que... d 'urgence. Demain matin,
- 30:09il faut briser le pays, sinon, il n 'y a rien
- 30:12qui fonctionne. Mais comme vous le dites, c 'est
- 30:13sûr qu 'il va y avoir des tensions. Il y a toujours
- 30:15des choses qui ne fonctionnent pas, des pouvoirs
- 30:17que Québec voudrait avoir, des pouvoirs qu 'Ottawa
- 30:19veut garder. C 'est de trouver cet équilibre
- 30:22-là globalement. Oui, puis tu sais, on mesure
- 30:23souvent le succès de la formule fédérale en disant,
- 30:27bien, est -ce que le premier ministre X, c 'est
- 30:30M. Legault maintenant, mais ça pourrait être
- 30:32un autre à d 'autres moments. Combien de pouvoirs
- 30:35avez -vous obtenu? Mais ce n 'est pas un concours
- 30:36à savoir qui gagne le plus de pouvoirs. Le concours,
- 30:38c 'est de savoir qu 'est -ce qui va mieux fonctionner
- 30:40pour l 'intérêt des citoyens. C 'est ça qui compte.
- 30:43Alors, il y a des cas où ça va être mieux. Je
- 30:45prends la défense nationale. C 'est mieux, je
- 30:47pense, d 'avoir une plus forte défense, même
- 30:49si on sera évidemment toujours plus plus faible
- 30:52que les États -Unis. Mais il reste que c 'est
- 30:54mieux de rassembler ses forces pour quelque chose
- 30:55comme ça. C 'est mieux de faire un marché commun
- 30:58qui est plus vaste. Donc, il y a des choses qui
- 31:01sont avantageuses à mettre en commun, puis donc,
- 31:04que ce soit sur juridiction fédérale. Il y a
- 31:06plein d 'autres affaires que c 'est mieux que
- 31:07ce soit les deux, puis d 'autres encore que c
- 31:10'est mieux que ce soit les provinces. Alors,
- 31:11ça dépend de ce qui est dans l 'intérêt des citoyens.
- 31:13C 'est pas un concours de qui va amener le plus
- 31:16de juridiction. Je pense qu 'actuellement, l
- 31:19'immigration est un cas important. Il y a déjà
- 31:21une entente entre le fédéral et le Québec, qui
- 31:25est une entente avantageuse pour le Québec, mais
- 31:27l 'immigration a beaucoup changé depuis les temps.
- 31:3035 ans que cette entente -là a été signée. Donc,
- 31:32il y a des choses à revoir. Mais il y a des choses
- 31:34très avantageuses pour le Québec là -dedans.
- 31:36Alors, si tu veux ouvrir le contrat, bien là,
- 31:40il faut que tu dises, il va peut -être y avoir
- 31:41des compromis de l 'autre part aussi. Alors,
- 31:42il faut faire attention. Mais je pense qu 'il
- 31:44y a eu tellement de changements dans l 'immigration
- 31:46que ce serait une bonne chose que les deux gouvernements
- 31:49s 'assoient et peut -être renégocient cette entente
- 31:52-là ou, à tout le moins, trouver des meilleurs
- 31:53terrains dans la tente. C 'est l 'immigration
- 31:57aujourd 'hui. Dans 30 ans, ça sera autre chose.
- 32:00C 'est inévitable que ça soit comme ça. Moi,
- 32:04comme personne qui regarde la politique, j 'ai
- 32:06l 'impression qu 'il y a quand même une ouverture
- 32:09de la part des gouvernements fédéraux à s 'y
- 32:12trouver des solutions quand il y a des enjeux.
- 32:13Il y a même des politiciens fédéraux qui ont
- 32:16promis dans le cadre de leur campagne électorale
- 32:17de redonner les pouvoirs d 'immigration au Québec.
- 32:20Est -ce que vous, dans votre expérience à Ottawa,
- 32:23avec toute la... la sphère politique que vous
- 32:25avez côtoie là -bas, vous avez la perception
- 32:27qu 'il y a une ouverture à Ottawa en général,
- 32:30que s 'il y a des problèmes avec les provinces
- 32:31puis qu 'il y a des ententes particulières à
- 32:33être négociés, que c 'est quelque chose qui va
- 32:34être fait. Est -ce qu 'il y a une ouverture à
- 32:36ce niveau -là? Il y a une ouverture pour régler
- 32:38les problèmes, mais il y a beaucoup de résistance
- 32:41quand il s 'agit de céder des pouvoirs. Et il
- 32:44y a plusieurs raisons pour ça, mais une des raisons,
- 32:49c 'est qu 'en réalité, le gouvernement fédéral
- 32:50n 'a pas tellement de pouvoirs. Et donc ils en
- 32:53ont quelques -uns, puis ils veulent les garder.
- 32:56Alors prenons le cas de l 'immigration dont je
- 32:57parlais tantôt. Par exemple, le gouvernement
- 33:00du Québec dit qu 'on voudrait avoir tous les
- 33:02pouvoirs. Qu 'est -ce que ça veut dire tous les
- 33:04pouvoirs? Prenons par exemple les demandeurs
- 33:06d 'asile, les gens qui arrivent au Canada et
- 33:08qui demandent d 'être protégés et réfugiés au
- 33:11Canada pour des raisons politiques essentiellement.
- 33:15Bon, bien, ça fait partie de la juridiction nationale.
- 33:19C 'est le gouvernement du Canada qui signe les
- 33:20ententes internationales sur l 'immigration.
- 33:23C 'est normal que ce soit le gouvernement fédéral
- 33:25qui gère les questions de demandeurs d 'asile.
- 33:28Bon, mais là qu 'il l 'a, alors là, les souverainesses
- 33:31disent, oui, mais si on était indépendants, on
- 33:33réglerait ça, ce problème -là, il y aurait moins
- 33:34de demandeurs d 'asile. Il faudrait en prendre
- 33:36quand même, là, c 'est ça. Ben, quand les gens
- 33:38cognent à la porte de ta frontière, t 'as une
- 33:40obligation internationale comme pays souverain
- 33:42d 'accueillir ces gens -là puis d 'avoir un processus.
- 33:44On demande aux palestiniens s 'ils parlent français
- 33:45parce que sinon, on l 'accepte pas. Ben, c 'est
- 33:48ça. Alors donc, mais c 'est normal que ça soit
- 33:50géré par le Canada. Par contre, il y a des programmes
- 33:53actuellement du gouvernement du Canada. qui jusqu
- 33:56'à récemment accueillaient un grand nombre de
- 33:58personnes, des gens sur lesquels le gouvernement
- 34:01du Québec n 'avait aucune juridiction. Et ça,
- 34:04c 'est pas normal parce que ça va à l 'encontre
- 34:05de l 'esprit de l 'entente qu 'on a signé il
- 34:07y a 35 ans à peu près. Alors là, je pense qu
- 34:10'il y aurait matière à une meilleure entente.
- 34:13Mais ça prend... il faut être sur le terrain
- 34:18à Ottawa, il faut expliquer, il faut réexpliquer,
- 34:21il faut mettre un peu de pression politique.
- 34:23C 'est pour ça qu 'il faut être présent sur la
- 34:25scène fédérale -provinciale et que la politique
- 34:28de la chaise vide ou la politique que j 'appelle,
- 34:31c 'est la politique du garachage de roches. On
- 34:33reste sur les lignes de côté et quand le fédéral
- 34:35passe, on lance des roches. C 'est toujours bien
- 34:37populaire ça au Québec et dans d 'autres provinces,
- 34:39mais ça ne produit rien ça. Alors oui, il faut
- 34:42de la pression politique parfois, souvent. Mais
- 34:45il faut aussi aller faire notre travail de pédagogie,
- 34:48puis expliquer pourquoi, puis chercher des compromis.
- 34:50C 'est ça qu 'on fait au Sénat quand j 'étais
- 34:52là et qui était une des choses intéressantes
- 34:56qui existaient quand j 'étais là, qui existent
- 34:58encore. C 'est cette obligation de trouver des
- 35:01solutions avec des gens de partout, le gouvernement
- 35:04fédéral, les provinces. Alors, il faut faire
- 35:06ce travail -là. Si on est absent comme Québécois...
- 35:10Ça ne fonctionnera pas, les intérêts du Québec
- 35:12ne seront pas bien défendus. Et si jamais le
- 35:16Québec devenait souverain demain matin, je suppose,
- 35:19là, je ne sais pas les intentions de M. Saint
- 35:21-Pierre Plamondon, mais j 'imagine qu 'on voudrait
- 35:23négocier une nouvelle association avec le Canada.
- 35:26Et il n 'y a aucune garantie, personne ne peut
- 35:30nous donner quelques garanties que ce soit que
- 35:32cette association -là serait plus avantageuse
- 35:35que l 'association actuelle. Sauf l 'espèce de
- 35:38mythe comme quoi on négocierait d 'égal à égal,
- 35:41ce qui est complètement ridicule. plus petit
- 35:46pays négocie avec les États -Unis d 'Amérique,
- 35:49ce n 'est pas vrai que c 'est égal à égal. Quand
- 35:51le Québec va négocier avec le reste du Canada,
- 35:53ce ne sera pas égal à égal. Il va y avoir éventuellement
- 35:56des compromis à faire. Est -ce que ça va être
- 35:58mieux que la situation actuelle? Il n 'y a pas
- 36:01de garantie. C 'est pour ça que je trouve que
- 36:04la situation où on est actuellement est loin
- 36:07d 'être négative, au contraire. Il y a quand
- 36:11même ça dans le projet de souveraineté. Je pense
- 36:13qu 'il y a beaucoup de... de supposition d 'hypothèses
- 36:16qui sont faites sur le jour 1 d 'un pays souverain,
- 36:20d 'un Québec souverain, sur le fait que, magiquement,
- 36:23les Canadiens vont être super. Puis j 'ai déjà
- 36:24entendu des entrevues de passer dire qu 'ils
- 36:26risquent d 'être fâchés. Moi, je le vois, alors
- 36:28on voit les Albertains. Je vous garantis que,
- 36:29si demain matin, l 'Alberta se sépare, mon premier
- 36:32réflexe comme Canadien, c 'est pas dire, donons
- 36:34-leur le meilleur deal possible pour s 'assurer
- 36:36que, tu sais, ça soit vraiment bénéfique puis
- 36:38s 'encourage toutes les autres provinces à se
- 36:40séparer. Je pense que, oui, il y aurait de la
- 36:42frustration de la part de certains Canadiens,
- 36:44puis moi... premier à le dire que si jamais il
- 36:46y a une autre province qui voulait se séparer
- 36:47puis qu 'il votait oui, je dirais au gouvernement
- 36:49fédéral qu 'il faut montrer que ce n 'était pas
- 36:52une bonne avenue dans le respect du droit international
- 36:54et tout ça. Mais je pense qu 'il y a ce mythe
- 36:57-là que suite à la séparation du Québec, mais
- 37:01là, magiquement, on serait à la fois à droite,
- 37:03à la fois à gauche, on aurait magiquement plus
- 37:05d 'argent pour tous nos services publics. Le
- 37:08Canada serait vraiment content de négocier une
- 37:11entente super avantageuse avec nous. Les États
- 37:13-Unis et l 'ensemble des autres pays seraient
- 37:14vraiment contents de négocier une entente super
- 37:15avantageuse avec nous. Mais la réalité, c 'est
- 37:17qu 'on ne le sait pas. On n 'a aucune idée de
- 37:19ce qui se passe au jour un d 'un vote sur le
- 37:21référendum. Non, mais moi, ce que je dis toujours,
- 37:23c 'est que ce qu 'on sait, c 'est ce qu 'il y
- 37:24a maintenant. On sait ça. Alors, les souverainistes
- 37:28peuvent dire... plein de désavantages, puis ils
- 37:31essaient de nous noyer avec l 'immigration et
- 37:33tout ça. En même temps, là, on dit que le fédéral
- 37:35coupe trop en immigration. Là, il coupait pas
- 37:37assez, puis là, il coupe trop. En tout cas, peu
- 37:39importe. Donc, ce qu 'on sait, c 'est ce qu 'on
- 37:42a avec les avantages et certaines frustrations
- 37:45indéniables. Mais... Dans l 'hypothèse d 'un
- 37:48Québec séparé du reste du Canada, on n 'a aucune
- 37:51idée. Il n 'y a aucune garantie possible. Et
- 37:53par exemple, dans le budget de l 'A1 que les
- 37:57souverainistes ont proposé, ils sont arrivés
- 37:59avec des chiffres qu 'on peut démontrer facilement
- 38:04qui sont absolument irréalistes. Par exemple,
- 38:07pour donner juste un exemple parmi de nombreux
- 38:10autres, il suppose que le gouvernement du Québec
- 38:13indépendant... emprunterait au même taux d 'intérêt
- 38:17que le gouvernement du Canada actuel. Ça n 'a
- 38:20aucun sens. Le gouvernement du Québec, il va
- 38:22y avoir une base d 'incertitude. Le gouvernement
- 38:24du Québec va être très endetté. Est -ce qu 'on
- 38:27va avoir un dollar québécois ou pas, on ne le
- 38:29sait pas. Il va y avoir de l 'incertitude dans
- 38:31le marché. Au -delà de ce qu 'on pense du projet
- 38:33indépendantiste, ce n 'est pas ça qui est en
- 38:35cause, il va y avoir de l 'incertitude dans le
- 38:37marché, puis on sait que l 'incertitude... entrainent
- 38:39des taux d 'intérêt plus élevés. Et le Canada
- 38:41a une des meilleures cotes de crédit au monde,
- 38:43malgré tout ce qu 'en dit M. Saint -Pierre Plamondon.
- 38:46Alors, la possibilité, la probabilité qu 'il
- 38:48y ait des taux d 'intérêt plus élevés est très
- 38:50forte. Et dans le budget de la 1, ils n 'en ont
- 38:52pas tenu compte du tout. Ça, c 'est une des nombreuses
- 38:55choses qui ne fonctionnent pas dans le budget
- 38:57de la 1. Mais alors, revenons à notre point.
- 38:59On sait ce qu 'on a aujourd 'hui, on sait ce
- 39:01qu 'on risque de perdre. Il y a des gains, indéniablement,
- 39:05il y a des gains potentiels, mais il y a beaucoup
- 39:07de pertes potentielles aussi. Puis moi, je pense
- 39:09que dans la balance des inconvénients, on est
- 39:11mieux de rester avec le système actuel. Mais
- 39:13c 'est un choix qui appartiendra aux Québécois
- 39:15si jamais on se rend à un autre référendum, ce
- 39:17que je souhaite pas, mais on sait jamais. Mais
- 39:20parlons de quelque chose de connexe, mais un
- 39:21peu différent. Parlons de la nation québécoise.
- 39:24Qu 'est -ce que la nation québécoise pose? Bien...
- 39:29Une nation, c 'est un groupe de personnes qui
- 39:34partagent une culture, une histoire, un gouvernement.
- 39:42Et c 'est le Québec. Moi, je n 'ai aucun problème.
- 39:48Je me considérais comme nationaliste quand j
- 39:50'étais à Ottawa. J 'ai défendu les intérêts du
- 39:52Québec tel que je les concevais. le Québec partage
- 39:57cette histoire, cette culture commune, cette
- 40:00langue. Et puis, on a un système de gouvernement
- 40:03qui fonctionne. Donc, on a tout ce qu 'il faut
- 40:05pour être une nation, puis reconnue comme telle.
- 40:10Et la Chambre des communes a reconnu que le Québec
- 40:13représentait une nation. M. Kearney, encore dernièrement,
- 40:16l 'a fait. Il y a quelque chose qui existe qui
- 40:21est très... qui est un mot très technique, mais
- 40:24qui est extrêmement important. Sous les gouvernements
- 40:27de M. Martin et M. Charest, le gouvernement fédéral
- 40:30a reconnu ce qu 'il appelle le fédéralisme asymétrique.
- 40:33Ça, ça veut dire que le fédéralisme s 'applique
- 40:35de façon différente selon les régions. et ça
- 40:38veut dire en particulier que le cas du Québec
- 40:40va toujours être distinct. Et depuis ce temps
- 40:42-là, puis on ne réalise pas à quel point c 'est
- 40:44une révolution pour le gouvernement du Canada,
- 40:46parce que sous Pierre -Éliott Trudeau, ça ne
- 40:49serait jamais arrivé. Mais le gouvernement du
- 40:51Canada a reconnu et les gouvernements de toutes
- 40:53les autres provinces ont reconnu que le Québec
- 40:55était un cas particulier et donc que les solutions
- 40:59adoptées au plan national, les accords... fédérales,
- 41:02provinciaux et tout ça, pourraient être distincts
- 41:05et sont dans les faits toujours distincts avec
- 41:07le cas du Québec. Alors, le Québec, c 'est une
- 41:11société qui est différente des autres, qui n
- 41:13'est pas meilleure, comme dit souvent M. Duceppe,
- 41:16c 'est bon, on n 'est pas pire, on n 'est pas
- 41:17meilleur que les autres. On est une société avec
- 41:19nos bons côtés, nos moins bons côtés, mais une
- 41:23société qui a réussi à survivre avec des... des
- 41:28probabilités très faibles contre elles après
- 41:31la conquête, notamment. Moi, je suis très fier
- 41:35d 'être Québécois, je suis fier de ce qu 'on
- 41:37a réalisé comme peuple. Les gens nous demandent
- 41:44parfois, tu sais, si le Québec devenait indépendant,
- 41:46est -ce que vous en iriez, vous iriez vivre ailleurs?
- 41:48Bien, pas du tout. Moi, je veux rester au Québec.
- 41:51Je suis né à Québec. Ma famille est une vieille
- 41:54famille du Québec canadienne -française avec
- 41:56plein de gens qui ont joué des rôles assez importants
- 41:59dans notre société. Et puis, j 'en suis très
- 42:01fier. Je suis très fier de ça et je suis très
- 42:03fier de parler français. Et je pense que c 'est
- 42:06une langue extraordinaire. Et donc... Puis on
- 42:11est une démocratie. Moi, je suis un libéral au
- 42:14sens philosophique du terme. Je suis libéral
- 42:16partisan aussi depuis peu, mais je suis surtout
- 42:18un libéral au sens philosophique du terme. Je
- 42:20crois au libéralisme, je crois qu 'on doit donner
- 42:23aux gens la possibilité de vivre leur vie comme
- 42:26ils le veulent. en autant évidemment qu 'ils
- 42:28ne nuisent pas aux autres ou qu 'ils respectent
- 42:30les lois. Puis on est une démocratie. Je me souviens
- 42:33que quand j 'étais jeune journaliste en 1980,
- 42:38j 'ai couvert le référendum puis la soirée référendaire.
- 42:41Et puis après l 'annonce du résultat, la victoire
- 42:44du nom, les souverainistes sont sortis dans les
- 42:47rues pour manifester. Et ça s 'est fait de façon
- 42:50totalement pacifique, ce qui est quand même incroyable
- 42:53parce que... ces gens -là voyaient leurs rêves
- 42:58bloqués pour un certain temps à tout le moins.
- 43:01Il y a eu zéro violence sauf de la part des policiers
- 43:04à un moment donné à la fin de la manifestation.
- 43:06Et c 'était des dérapages policiers, ça n 'avait
- 43:08rien à voir avec les gens qui manifestaient.
- 43:11Puis en 1995, ben là, ça a été encore plus serré
- 43:15et les gens sont descendus dans la rue, manifestés
- 43:19pacifiquement. Le résultat a été accepté de part
- 43:21et d 'autre. Je sais que maintenant on parle
- 43:24d 'un référendum volé et tout ça, mais il reste
- 43:26que les Québécois ont accepté le résultat tel
- 43:28qu 'il était. Et j 'ai aucun doute que si éventuellement
- 43:32il y a un autre référendum sur la souveraineté,
- 43:34les Québécois vont accepter le résultat quel
- 43:36qu 'il soit de façon pacifique. Ils vont peut
- 43:38-être se débattre politiquement de la question,
- 43:41puis qu 'est -ce que ça veut dire, puis qu 'est
- 43:42-ce qu 'on fait maintenant, mais ça va se faire
- 43:44pacifiquement. Et ça, c 'est quelque chose de...
- 43:46très québécois. On a cette valeur -là, qu 'on
- 43:48partage avec les autres Canadiens d 'ailleurs.
- 43:52Et je suis très fier de ça. Moi, je suis très
- 43:54fier de dire à l 'étranger, d 'expliquer que
- 43:57quand le Québec a tenté de se séparer, les résultats
- 44:00ont été acceptés pacifiquement par tout le monde.
- 44:02C 'est rare, ça. C 'est bien des pays où ça se
- 44:04passe pas comme ça du tout. Alors, on est privilégié.
- 44:07C 'est fascinant, même des fois, si on peut croiser
- 44:09un ministre, il va avoir un garde -du -corps.
- 44:13place dans le monde où un élu avec une fonction
- 44:16de ministre ne peut pas se promener dans des
- 44:18foules avec une seule personne pour assurer sa
- 44:20sécurité. Je pense que si on vous regarde juste
- 44:23au -dessous de la frontière, la violence en Valais
- 44:25-Politien est beaucoup plus accrue. On est quand
- 44:28même chanceux, comme vous dites, d 'être dans
- 44:29une place où la démocratie règne et où on respecte
- 44:32les résultats, peu importe quelles qu 'elles
- 44:34sont. Discutons un peu du fait canadien français
- 44:37ou du statut canadien français. Ma compréhension,
- 44:40c 'est que, bon, on était des Canadiens français
- 44:43et à travers la Révolution tranquille, quand
- 44:45on a bâti nos propres institutions au Québec,
- 44:47on est un peu devenu des Québécois, on s 'est
- 44:48un peu affranchis du statut, si je peux dire,
- 44:51de Canadien français. Est -ce que c 'est un peu
- 44:54votre compréhension? Comment on est passé de
- 44:56Canadien français, peut -être sur un pied d 'égalité
- 44:59avec un Franco -Albertain à Québécois ou la nation
- 45:02québécoise? Ben en fait, on a souvent l 'impression
- 45:05que ça a commencé avec la Révolution tranquille,
- 45:07mais ça a commencé avant ça. Il y a eu une évolution,
- 45:10je dirais, tout le long du 20e siècle où tranquillement,
- 45:14de plus en plus, on s 'identifiait non seulement
- 45:17par rapport à la langue qu 'on parlait, mais
- 45:20au territoire qu 'on habitait. Et curieusement,
- 45:24c 'est la Confédération qui a fait ça. Même si
- 45:26beaucoup de gens disent à la Confédération, c
- 45:28'est un mauvais deal, on s 'est fait avoir et
- 45:29tout ça, mais c 'est la Confédération qui a créé
- 45:32un territoire. dont le contrôle politique était
- 45:37entre les mains d 'une population très majoritairement
- 45:40francophone. Et donc cette évolution -là, c 'est
- 45:45drôle parce que j 'étudie un peu l 'histoire
- 45:47puis on voit à quel point le mot québécois remplace
- 45:51graduellement, tranquillement, le mot canadien
- 45:53français. Et c 'est ce qui fait qu 'on peut s
- 45:57'identifier maintenant comme nation parce qu
- 45:59'on n 'a pas seulement une langue, une culture,
- 46:01une histoire, mais on a aussi un territoire et
- 46:03un gouvernement. Maintenant, il y a beaucoup
- 46:07de bons là -dedans. Il y a du moins bons aussi,
- 46:10dans la mesure où pendant plusieurs années, c
- 46:12'est moins le cas aujourd 'hui, mais pendant
- 46:14plusieurs années, on a comme oublié les autres
- 46:16Canadiens français. qui eux aussi défendent leur
- 46:19langue, leur valeur, leur culture, et qui ont
- 46:22les mêmes origines que nous, qui vivent dans
- 46:24un environnement différent, qui ont développé
- 46:26des cultures légèrement différentes de la nôtre,
- 46:29qui ont des intérêts politiques qu 'ils voient
- 46:31de façon différente aussi, mais qui sont des
- 46:33francophones. Et si on veut que le français survive
- 46:38en Amérique du Nord, évidemment il faut qu 'il
- 46:40survive et qu 'il soit fort au Québec, mais idéalement
- 46:43il faudrait qu 'il survive ailleurs au Canada
- 46:45aussi. parce que chaque francophone de moins,
- 46:48c 'est une perte pour le français en Amérique
- 46:50du Nord. Et on le voit avec les dernières projections
- 46:52démographiques, le Québec et la population francophone
- 46:56vont continuer de diminuer. Alors, on a tout
- 46:58intérêt à ce qu 'on puisse s 'associer aux francophones
- 47:03ailleurs au pays. Yves Beauchemin, le romancier,
- 47:08disait qu 'ils étaient morts, c 'était fini.
- 47:10Mais ils ne sont pas morts, ils sont encore là,
- 47:12ils sont très actifs, ils se débattent pour survivre
- 47:14dans un environnement évidemment très anglophone.
- 47:18Et puis tant mieux si on peut réussir à travailler
- 47:20avec eux. pour préserver le français partout
- 47:23où c 'est possible. C 'est dur et il n 'y a aucun
- 47:26doute qu 'il y a une force assimilatrice, qui
- 47:29est la force du nombre tout simplement, qui existe
- 47:32au Québec aussi à l 'envers, qui existe aux États
- 47:35-Unis évidemment et qui existe au Canada malgré
- 47:37les lois. Mais je pense qu 'on a tout intérêt
- 47:40à travailler avec eux pour préserver le français
- 47:42le plus possible au Canada. Oui, puis si moi
- 47:44j 'ai un souhait, c 'est que nos gouvernements
- 47:46futurs passent plus de temps peut -être à tisser
- 47:49des liens avec eux. Parce que j 'ai l 'impression
- 47:51qu 'on parle beaucoup beaucoup de la protection
- 47:52du français. Surtout nous, dans les deux dernières
- 47:54années, on a beaucoup parlé de la protection
- 47:56du français au Québec. Mais on dirait que c 'est
- 48:00moins important ou on tient moins à cœur la protection
- 48:04du français au Canada. Parce que je pense qu
- 48:06'on aurait beaucoup de choses à partager avec
- 48:08les différentes communautés francophones à travers
- 48:09le pays. Absolument. Puis ce qui est intéressant
- 48:12quand même, c 'est que dans sa politique constitutionnelle,
- 48:16le gouvernement de M. Couillard avait explicitement
- 48:20dit qu 'il fallait que le gouvernement du Québec
- 48:21développe des relations plus approfondies. Et
- 48:25cet élément -là a été repris dans la loi 96 du
- 48:28gouvernement Legault, loi avec laquelle j 'ai
- 48:30plusieurs désaccords, mais ça, c 'était un bon
- 48:32côté. Donc il y a une perception, je pense, des
- 48:36élus aujourd 'hui au Québec. qu 'il y a quelque
- 48:39chose qu 'on doit faire. Ça, c 'est pas nécessairement
- 48:41traduit par des gestes concrets, mais je pense
- 48:44que ça devrait. Et idéalement, je pense que comme
- 48:47Québécois, on aurait tout intérêt, dans la mesure
- 48:49où on le peut, dans notre sphère d 'influence,
- 48:52à développer ces liens -là parce qu 'on en apprend
- 48:54beaucoup. Ils ont une perspective, une vision
- 48:56du Canada qui est très différente de la nôtre
- 48:58pour des raisons évidentes. Ils vivent dans un
- 49:00contexte différent. Mais ce sont des francophones.
- 49:03Et si on pense que nous, on se bat pour défendre
- 49:05notre langue, on a quand même un gouvernement,
- 49:08le gouvernement du Québec qui est assez puissant,
- 49:10qui a des outils pour défendre le français. Quand
- 49:13t 'es franco -albertain, quand t 'es francophone
- 49:15ou yukon, c 'est pas évident du tout de se battre
- 49:18pour préserver sa langue. Mais ils le font, ils
- 49:20ont beaucoup de mérite pour le faire et ils sont
- 49:23encore là. Ils sont pas morts du tout. Moi, c
- 49:25'est particulier parce que j 'ai vérifié vite
- 49:27-vite. Je pense qu 'en Alberta, la ministre responsable
- 49:30des affaires francophones ne parle pas français.
- 49:32Ça fait qu 'il y a quand même des réalités régionales
- 49:34différentes. Oui, c 'est sûr, défendre le français
- 49:36au Québec, c 'est une chose. Défendre le français
- 49:38en Alberta en est toute une autre. Je pense que
- 49:41c 'est un défi, justement, comme vous le mentionnez.
- 49:44Vous avez peut -être eu l 'occasion de côtoyer
- 49:45des Franco -Canadiens hors Québec au Sénat, ou
- 49:50en tout cas à Ottawa en général. Comment est
- 49:52-ce qu 'on est perçus par ces gens -là? Est -ce
- 49:54qu 'ils ont un sentiment d 'appartenance? Est
- 49:56-ce qu 'ils disent, bon, le Québec fait ses affaires?
- 49:58Ben, je peux difficilement parler en leur nom.
- 50:02L 'impression que j 'ai, puis ces gens -là me
- 50:04corrigeront si je me trompe, l 'impression que
- 50:08j 'en ai, c 'est qu 'ils considèrent que les
- 50:10Québécois sont indifférents et connaissent peu
- 50:13leur réalité. Par exemple... Ici au Québec, on
- 50:19a tendance à voir la loi sur les langues officielles,
- 50:22la loi fédérale sur les langues officielles,
- 50:25comme la loi du bilinguisme, puis le bilinguisme
- 50:27au Québec c 'est pas bon parce que c 'est menaçant
- 50:29pour le français. Mais la loi sur les langues
- 50:32officielles pour les francophones hors Québec...
- 50:35c 'est un outil saprement important parce que
- 50:37c 'est ce qui leur permet de se battre devant
- 50:39les tribunaux pour avoir des services en français
- 50:41dans différents domaines qui se battent avec
- 50:44les provinces devant les tribunaux souvent pour
- 50:46faire valoir leurs droits qui sont garantis par
- 50:49la Constitution et par la loi sur les langues
- 50:51officielles. S 'il n 'y avait pas ces outils
- 50:53-là au niveau fédéral, qui ont été créés essentiellement
- 50:57par Pierre -Éliott Trudeau et son gouvernement
- 50:59à l 'époque, les francophones seraient beaucoup
- 51:02moins bien aujourd 'hui à l 'extérieur du Canada.
- 51:04qui ne le sont. Mais nous, on a une perspective
- 51:06différente, c 'est correct, mais je pense que
- 51:09pour beaucoup de francophones, de Canadiens français
- 51:12à l 'extérieur du Québec, ils perçoivent qu 'on
- 51:15ne comprend pas du tout la réalité, ni la réalité
- 51:17politique, ni la réalité linguistique et culturelle.
- 51:21Puis c 'est vrai qu 'on a fait, je reviens à
- 51:23la déclaration de M. Beauchemin, mais il y en
- 51:24a eu d 'autres dans ce type -là, c 'est vrai
- 51:26que comme Québécois, à une certaine époque, c
- 51:28'est peut -être moins vrai maintenant, on a fait
- 51:30preuve d 'une certaine arrogance, et même encore
- 51:33aujourd 'hui. Je veux dire, les francophones
- 51:35hors Québec ont souvent un accent différent de
- 51:37l 'accent québécois et puis on se moque un peu,
- 51:40tu sais, mais je vais pas vous dire pourquoi
- 51:42on se moque là. C 'est pas plus drôle ou pas
- 51:44moins drôle. Ils parlent le français comme ils
- 51:46parlent le français. Puis l 'important, c 'est
- 51:48qu 'ils parlent le français puis qu 'ils se battent
- 51:49pour le préserver. C 'est pas... Je peux juste
- 51:52m 'imaginer, je pense. Je ne suis pas sûr des
- 51:55chiffres à 100%, mais je pense que c 'est à l
- 51:56'Île -du -Prince -Édouard, quelque chose comme
- 51:573 000 francophones. 3 000! À quel point il faut
- 52:02que tu te battes avec ton gouvernement provincial
- 52:03pour être capable d 'avoir des services dans
- 52:05ta langue pour 3 000 personnes, qui est une petite
- 52:07ville au Québec, le Fermont, je pense que c 'est
- 52:092 000, 2 800, 2 900 personnes. Alors oui, les
- 52:13outils fédéraux, je pense, peuvent être utiles
- 52:15là -dedans. Il nous reste encore un petit peu
- 52:16de temps, donc je m 'assure qu 'on parle peut
- 52:18-être de... On fait quoi maintenant avec la fédération?
- 52:20C 'est quoi les prochaines étapes? On a parlé
- 52:23de la difficulté peut -être d 'avoir une nouvelle
- 52:25convention constitutionnelle. Bon, Meach et Charlottetown
- 52:28ont mené, entre autres, au référendum de 1995
- 52:31malgré toutes les bonnes intentions, je pense,
- 52:33qui étaient derrière ça. C 'est quoi les prochaines
- 52:37étapes pour la Fédération canadienne? Est -ce
- 52:39qu 'on réessaye un Meach 2 .0 ou on se dit, bon,
- 52:42on va essayer de voir ce qu 'on peut faire dans
- 52:43le code actuel? J 'ai dit tantôt qu 'un jour
- 52:47ou l 'autre, le contrat fédératif va devoir être
- 52:51renouvelé. Si on va devoir rouvrir le contrat,
- 52:53c 'est évident. On ne peut pas garder un contrat
- 52:54dans ce domaine -là comme dans d 'autres pendant
- 52:56des centaines d 'années. Alors, à un moment donné,
- 52:59ça va arriver. Est -ce que ça va être les pressions
- 53:01des provinces? Est -ce que ça va être les leaders
- 53:03autochtones qui vont vouloir avoir plus de garanties
- 53:05pour leurs droits? Il va se passer quelque chose
- 53:08un jour, comme ça arrive dans d 'autres fédérations.
- 53:11Et à un moment donné, les gens vont s 'asseoir,
- 53:12ils vont dire, OK, faut, faut... regarder comment
- 53:15on peut régler ces enjeux constitutionnels -là.
- 53:18Quand est -ce que ça va arriver, je n 'en ai
- 53:19aucune idée. Je pense qu 'il ne faut pas se faire
- 53:21d 'illusion, ça n 'arrivera pas demain matin,
- 53:24mais ça va arriver un jour. Et je pense que notre
- 53:26défi à nous, comme Québécois, c 'est d 'être
- 53:29prêt à ce que ça arrive ce jour -là. D 'être
- 53:32prêt de deux façons. D 'une part, il faut réfléchir
- 53:34nous -mêmes à ce qu 'on voudrait dans une fédération
- 53:37renouvelée. Tu sais, on dit toujours les conditions
- 53:41de Meech, mais Meech, ça commence à être vieux,
- 53:43puis le Québec a changé beaucoup, puis le Canada
- 53:45a changé beaucoup aussi. Alors, qu 'est -ce qu
- 53:48'on voudrait? Je pense qu 'il faut continuer
- 53:49à cette réflexion -là sans cesse pour voir quelles
- 53:53seraient les conditions qui permettraient d 'améliorer
- 53:55le pacte fédératif. Et puis l 'autre chose, c
- 53:58'est qu 'il faut préparer le terrain auprès des
- 54:00autres Canadiens. Actuellement, les politiciens
- 54:04du reste du pays veulent rien savoir. Quand tu
- 54:07dis leur mot constitution, là, puis ils se mettent
- 54:09à faire du zonard tellement ça leur... T 'as
- 54:11juste Alberta, c 'est ainsi. Ouais, peut -être.
- 54:13Mais alors, donc, il faut... Il faut travailler.
- 54:17On ne peut pas juste rester sur les lignes de
- 54:19côté. Il faut travailler. Pas travailler dans
- 54:21le sens d 'arriver à Ottawa puis de dire, ça
- 54:23nous prend une nouvelle fédération, puis un nouveau
- 54:25Sénat, puis tout ça, parce qu 'on n 'en est pas
- 54:27là. Donc, il faut faire de la pédagogie, puis
- 54:29il faut, en attendant, travailler sur des dossiers,
- 54:32créer des liens. Et c 'est ça un des problèmes
- 54:34qu 'on a actuellement, c 'est que... Le nombre
- 54:36de Québécois qui sont à s 'investir au niveau
- 54:39fédéral est relativement petit. Et le gouvernement
- 54:43du Québec, souvent, ne joue pas pleinement son
- 54:46rôle au sein de la fédération avec les partenaires
- 54:48provinciaux. On le fait sur des dossiers spécifiques,
- 54:51mais c 'est tout. Quand le dossier est réglé,
- 54:53c 'est fini. Alors, je pense qu 'on a un travail
- 54:55à faire pour faire en sorte que le jour où...
- 54:59cette convention constitutionnelle pourra être
- 55:02renégociée, on sera vraiment prêt, puis on aura
- 55:04aidé à préparer le terrain. Puis en attendant
- 55:06qu 'on soit un partenaire de qualité, comme un
- 55:11partenaire fédératif de qualité, ça ne veut pas
- 55:13dire qu 'on n 'exige rien, ça veut dire qu 'on
- 55:15exige mais qu 'on le fait de façon intelligente,
- 55:18rigoureuse, respectueuse. Parfois, on est en
- 55:22choquant, sans aucun doute. Je me souviens de...
- 55:25Là, ça fait vieux quand je dis toujours « je
- 55:27me souviens », mais j 'avais été très étonné
- 55:29à un moment donné à l 'époque où Jacques Parisot
- 55:31était ministre des Finances et Marc Lalonde était
- 55:33ministre des Finances à Ottawa. Et donc, ce n
- 55:36'était pas des alliés, eux autres -là, ils ne
- 55:38partageaient pas tellement les mêmes affaires.
- 55:40Et puis, ils négociaient une nouvelle formule
- 55:42de transfert fédéraux aux provinces. Et finalement,
- 55:45ceux qui s 'entendaient le mieux dans les négociations
- 55:47fédérales -provinciales, c 'était M. Lalonde
- 55:50et M. Parisot, qui ne partageaient pas du tout
- 55:52les mêmes objectifs politiques, mais qui étaient
- 55:54deux personnes rigoureuses. connaissaient leur
- 55:57dossier à fond, faisaient leur devoir, et finalement
- 56:00ils ont trouvé un terrain d 'entente, puis les
- 56:02autres provinces ont suivi parce que le terrain
- 56:05avait été bien préparé par M. Lalonde et Pariseau.
- 56:08Et moi, j 'ai toujours gardé cet exemple -là
- 56:10en tête. Je me dis, si nous, comme Québécois,
- 56:12on arrive autour de la table, puis que les gens
- 56:14autour de la table voient, se disent, il est
- 56:17solide, le monsieur ou la madame, ils sont bien
- 56:20préparés, ils ont bien travaillé leur dossier,
- 56:21ils ont cherché des voies de passage pour trouver
- 56:24des compromis, on va faire notre marque. Si on
- 56:26reste sur les lignes de côté puis qu 'on se pointe
- 56:28une fois par année au conseil de la confédération,
- 56:30bien, au conseil de la fédération, ça convaincre
- 56:32en personne. Oui, puis je pense que c 'est des
- 56:36très bons points que vous apportez là. Et je
- 56:39pense que nous, c 'est un peu le but du podcast,
- 56:41je pense que comme fédéralistes, on a un peu
- 56:43atrophié notre musc de réflexion, surtout je
- 56:46pense depuis 95, il y a peut -être un traumatisme
- 56:49en lien avec ça. Et on a laissé la question nationale,
- 56:52la question constitutionnelle aux souverainistes.
- 56:54On s 'est désengagés de ça. Et je sais qu 'il
- 56:57y a eu des initiatives comme des fédérales, je
- 56:59pense qu 'ils visaient à... à promouvoir un nouveau
- 57:02type de fédéralisme. Mais je pense que c 'est
- 57:04notre devoir comme fédéralisme, comme personne
- 57:06qui a un minimum d 'attachement au Canada, que
- 57:08si on veut que le Canada fonctionne pour le Québec,
- 57:11qu 'on fasse l 'effort de se poser la question
- 57:13comment est -ce qu 'on pourrait l 'améliorer
- 57:14et qu 'on soit assis à la table. Je pense que
- 57:16dans les prochaines années, je nous souhaite
- 57:18collectivement... de mettre de l 'effort, puis
- 57:21même si, exemple, la menace référendaire disparaît
- 57:25parce que, bon, l 'option baisse en popularité
- 57:27où finalement il n 'y a pas de référendum, mais
- 57:28je pense qu 'il faut qu 'on continue à faire
- 57:29ce travail -là pour savoir comment est -ce qu
- 57:31'on pourrait améliorer notre fédération. Puis
- 57:33je souhaite également que les souverainistes,
- 57:36si jamais, par exemple, sont déçus, qui n 'ont
- 57:37pas leur référendum ou qui n 'ont pas leur pays,
- 57:39mais qui mettent ces énergies -là, parce qu 'il
- 57:41y en a des frustrations par rapport à la fédération
- 57:43canadienne, puis qui mettent ces énergies -là
- 57:45avec nous pour voir comment est -ce qu 'on pourrait
- 57:47pas améliorer le Canada. Je pense qu 'eux autres...
- 57:50Visiblement, s 'ils supportent l 'option souverainiste,
- 57:52c 'est des gens qui tiennent à la question constitutionnelle.
- 57:56Mais ils ont quand même des idées, ils ont des
- 57:57façons sur comment on pourrait améliorer le sort
- 57:58du Québec. Je pense que de joindre nos forces
- 58:00avec les souverainistes dans cette optique -là,
- 58:02d 'améliorer le Canada, ça serait bénéfique pour
- 58:03tout le monde. Absolument. En terminant, si vous
- 58:07vouliez inspirer les jeunes fédéralistes qui
- 58:11écoutent notre podcast aujourd 'hui, qui disent
- 58:13« OK, moi, je veux être fédéraliste, je veux
- 58:16m 'impliquer », qu 'est -ce que vous les encouragez?
- 58:19à faire pour devenir des futurs penseurs fédéralistes
- 58:22de l 'avenir? D 'abord, je pense qu 'on devrait
- 58:29tous améliorer notre compréhension de ce que
- 58:31c 'est le fédéralisme. Parce que le fédéralisme,
- 58:33ça fait très technique, constitution, puis partage
- 58:35des pouvoirs, puis les tribunaux. Dans le fond,
- 58:40le fédéralisme, ça ressemble beaucoup à ce qu
- 58:42'on vit dans la vie de tous les jours aujourd
- 58:43'hui. C 'est -à -dire que si on étudie, on va
- 58:47à l 'école, on va au cégep, on est avec des gens
- 58:51de différents horizons, différentes régions du
- 58:54Québec, différentes religions. Et puis, on travaille
- 58:59ensemble, on a des amis. Puis pour moi, le fédéralisme,
- 59:02c 'est un peu ça à sa façon la plus simple. C
- 59:04'est -à -dire qu 'on travaille avec des gens
- 59:07différents de nous pour atteindre des objectifs
- 59:09communs. Et je pense que le fédéralisme, vu sous
- 59:12cet angle -là, est une formule extrêmement moderne
- 59:15et jeune malgré l 'âge de notre système. Et donc,
- 59:19la première chose que je dirais, c 'est, informez
- 59:23-vous sur ce système de gouvernement -là, puis
- 59:27essayez de rapprocher ça de vos propres idées,
- 59:31de vos propres valeurs comme citoyen québécois
- 59:34canadien. Puis l 'autre chose, si ça vaut pour
- 59:39le Canada, c 'est de réaliser non seulement ce
- 59:43que des gens nous disent qu 'ils fonctionnent
- 59:45mal, mais de réaliser ce qui fonctionne bien.
- 59:48Puis aujourd 'hui, les gens ont la chance de
- 59:50voyager beaucoup, d 'être en contact, même s
- 59:52'ils ne voyagent pas par Internet avec des gens
- 59:55de partout dans le monde, bien, comparer un peu.
- 59:58ce qu 'on a nous, malgré les difficultés, qu
- 1:00:01'on a le coût de la vie, la crise du logement,
- 1:00:03mais comparer ce qu 'on a malgré tout à ce qui
- 1:00:07existe ailleurs dans le monde et se dire bon
- 1:00:09ben finalement peut -être que c 'est pas si mal.
- 1:00:13André Pratte, merci beaucoup. Merci, bravo pour
- 1:00:15l 'initiative. Merci, bonne journée. Merci d
- 1:00:18'avoir été avec nous cette semaine. Ça fait un
- 1:00:19plaisir d 'accueillir André Pratte. Si vous avez
- 1:00:22aimé l 'épisode, je vous encouragerais à vous
- 1:00:24abonner à la chaîne et nous laisser vos commentaires
- 1:00:26pour qu 'on puisse s 'améliorer. À la semaine
- 1:00:28prochaine!