Latest / Le Café du Sport Business / AS Monaco : quand le Palais doit sauver la Roca Team
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- 0:03Le café du sport business on parle pas des scores du weekend
- 0:06hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:16Bonjour et bienvenue au café du sport business.
- 0:19Aujourd'hui, on se plonge dans une histoire qui a vraiment tout
- 0:23d'un thriller économique et sportif.
- 0:24On va parler de l'a s Monaco basket, imaginez un peu.
- 0:28Double champion de France en titre, Finaliste de l'Euro
- 0:31League, une des plus grosses équipes en Europe avec un budget
- 0:35qui fait rêver. Bonjour.
- 0:37Et pourtant, il y a quelques mois à peine, ce géant était au
- 0:40bord de l'effondrement. Pour nous aider à démêler les
- 0:43fils de cette crise spectaculaire et totalement
- 0:46paradoxale, nous avons notre expert avec nous.
- 0:49Oui, paradoxal, c'est vraiment le mot juste.
- 0:50On a rarement vu. Un tel décalage entre la
- 0:54vitrine, qui est absolument rutilante avec les succès
- 0:58sportifs, et l'arrière boutique où là, c'était le chaos
- 1:01financier le plus total. Commençons par ça justement, le
- 1:05grand public, il voit les victoires, les stars sur le
- 1:07parquet. Mais en coulisse, le vernis a
- 1:10complètement craqué. Concrètement, ça ressemblait à
- 1:13quoi cette crise ? On entend parler de cessation de
- 1:16paiement, un mot qui fait peur. C'est un mot qui fait peur parce
- 1:19que c'est le dernier arrêt avant.
- 1:21Avant la mort du club, tout simplement.
- 1:23Et oui, on en était là. Le club fonçait droit vers la
- 1:27cessation de paiement, c'est à dire l'incapacité pure et simple
- 1:30de payer ses dettes immédiates. La situation était devenue à ce
- 1:33point intenable que la direction elle même a dû le reconnaître.
- 1:36Donc quand on dit incapacité de payer, on parle bien des
- 1:40fondamentaux, les factures, les fournisseurs et surtout les
- 1:44salaires des joueurs. Surtout les salaires.
- 1:46Dans un club avec un budget de près de 40000000 d'euros.
- 1:49Ça paraît juste surréaliste. C'est pourtant exactement ce qui
- 1:52s'est passé. Le salaire, c'est le nerf de la
- 1:55guerre et c'est le premier symptôme visible quand tout va
- 1:58mal, les paiements arrivés en retard, parfois seulement en
- 2:01partie et via des circuits que les sources décrivent comme des
- 2:04montages financiers particuliers.
- 2:05Ah oui, on n'est plus dans une gestion saine.
- 2:07Là, on est dans du bricolage pour tenter de boucher les
- 2:10trous, quoi. J'imagine l'ambiance dans le
- 2:12vestiaire pour des athlètes de ce calibre.
- 2:14Le salaire, c'est aussi une forme de respect.
- 2:16Le non-paiement, c'est presque une humiliation.
- 2:19C'est ça ? Ça a créé des tensions folles,
- 2:21explosives même. On est passé à 2 doigts d'une
- 2:23grève des joueurs juste avant le match contre Gravelines le 13
- 2:26janvier. Ah oui, cette histoire.
- 2:28Pour vous donner une idée du climat, la veille de ce match,
- 2:31les joueurs ont enfin touché leur salaire.
- 2:33Du mois de novembre. De novembre, on est en janvier
- 2:36exactement et celui de décembre n'était toujours pas payé.
- 2:40La confiance était totalement rompue.
- 2:42Et cette rupture, elle est même devenue publique.
- 2:45Certains joueurs n'ont pas hésité à le montrer.
- 2:47Oui, et ces gestes sont lourds de sens, on se souvient tous de
- 2:50nemania nedovic qui, après un panier crucial, mime le geste de
- 2:54palper des billets entre ses doigts.
- 2:55Un message très clair. Un message direct envoyé devant
- 2:59les caméras du monde entier. Et puis, il y a cette anecdote,
- 3:01rapportée par plusieurs sources, d'un joueur majeur de l'équipe
- 3:04qui lance en pleine salle d'attente d'un aéroport, à la
- 3:07vue de tous, Where's my money ? Where's my money ?
- 3:10Où est mon argent ? Voilà, quand la crise déborde à
- 3:13ce point du cadre interne, c'est que la situation est vraiment,
- 3:16vraiment hors de contrôle. Et si les joueurs ne sont pas
- 3:18payés, on se doute que pour les prestataires, c'était encore
- 3:21pire. Bah c'est l'étape d'après.
- 3:23Logiquement, les huissiers ont commencé à bien connaître
- 3:26l'adresse du club. Ils étaient mandatés par des
- 3:28agents qui attendaient leurs commissions depuis des mois ou
- 3:30par des fournisseurs divers. Et la crise est devenue très
- 3:33concrète, très logistique. C'est à dire ?
- 3:36Un hôtel parisien, par exemple, a refusé d'accueillir l'équipe
- 3:39pour un déplacement en invoquant une facture impayée lors d'un
- 3:42séjour précédent. Incroyable.
- 3:44À Athènes, le club aurait quitté l'hôtel mariott en laissant une
- 3:47ardoise de 20000€. Le système était paralysé.
- 3:49Au point même que les banques monégasques qui connaissent
- 3:52pourtant bien la place. Sont devenues très réticentes à
- 3:55gérer les comptes du club. Pourquoi ?
- 3:57Bah, elles savaient pertinemment qu'ils étaient vides.
- 3:59C'est là que réside tout le mystère.
- 4:01Comment un club avec un budget officiel de 38,7 1000000
- 4:05d'euros, l'un des plus importants d'Europe, peut se
- 4:07retrouver à ne pas pouvoir payer une chambre d'hôtel ?
- 4:10L'argent est censé être là où est le.
- 4:13Blocage ? C'est la question à 38,7 1000000
- 4:16d'euros. Et la réponse, en fait, elle
- 4:18tient en un mot, géopolitique. C'est à dire ?
- 4:21Le cœur du problème se situe au niveau de l'actionnaire
- 4:23majoritaire, le président Russo hongrois Alexeï Fedorisiev et sa
- 4:28société Fed COM. La cause directe de cette crise
- 4:31de liquidité, c'est le conflit russo-ukrainien, les sanctions
- 4:34internationales, le contexte global.
- 4:37Tout ça a entraîné le gel d'une grande partie de sa trésorerie
- 4:40et de ses actifs. Donc l'argent existe sur le
- 4:43papier, mais il est inaccessible.
- 4:45Exactement, il est bloqué. Le club s'est donc retrouvé pris
- 4:48en otage, victime collatérale d'un conflit international qui
- 4:52le dépasse complètement. C'est un cas d'école de la
- 4:55nouvelle fragilité du sport business, non ?
- 4:57Tout à fait, c'est une illustration parfaite des
- 5:00nouvelles règles du jeu. Le mécénat d'un seul homme, même
- 5:03s'il est extrêmement puissant, comporte un risque systémique.
- 5:07La situation était tellement désespérée que le directeur
- 5:10exécutif du club, olexi Ephymov, a dû aller se confesser
- 5:14directement au prince Albert II. Pour lui dire quoi ?
- 5:17Pour lui avouer que le club était dans une impasse totale,
- 5:19c'est cet aveu d'impuissance qui a tout déclenché.
- 5:23Face à un mur pareil, il n'y a effectivement plus beaucoup
- 5:25d'options. Et c'est là que la principauté
- 5:28de Monaco entre en scène, pas comme un simple médiateur, mais
- 5:30comme un véritable sauveur. C'était la seule solution qui
- 5:34restait pour éviter la catastrophe.
- 5:36La principauté a décidé de prendre le contrôle direct du
- 5:39club. C'est une décision qui a été
- 5:41discutée en Conseil du gouvernement et qui devait être
- 5:44validée par le Parlement. Une intervention étatique direct
- 5:48et massive, donc. Exactement, mais.
- 5:50Est ce que c'est vraiment le rôle de l'État de sauver un club
- 5:53de sport professionnel ? On pourrait se dire que c'est
- 5:56une défaillance de la gestion privée et que le marché devrait
- 5:59suivre son cours. Dans un monde purement libéral
- 6:01peut être, mais ici, on ne parle pas que de basket.
- 6:05L'enjeu est beaucoup, beaucoup plus grand.
- 6:08Une source proche du dossier le résume parfaitement, ce qui est
- 6:11sûr, c'est que le club nous coulera pas.
- 6:13Pourquoi ? Parce que c'est une nécessité
- 6:15absolue pour l'image même de la principauté.
- 6:18Ah voilà, on y vient. Monaco, c'est une marque
- 6:21mondiale. Elle repose sur le luxe, la
- 6:24stabilité, la réussite, la solidité financière.
- 6:28Laisser son club phare, qui brille dans toute l'Europe,
- 6:31faire faillite en direct, ce. Sera une publicité désastreuse,
- 6:35une tâche immense sur l'image de marque DUROCHER.
- 6:38C'est exactement ça, donc. Sauver le club, c'est avant tout
- 6:41sauver la marque Monaco. Et cette opération de sauvetage
- 6:45d'images a un coût, j'imagine. On a une idée de la facture pour
- 6:49l'État monégasque. Le coût est très élevé.
- 6:51Oui, parce qu'il a fallu éponger un passif conséquent.
- 6:53On parle de plusieurs 1000000 d'euros pour remettre le navire
- 6:56à flot. Dans le détail, y avait des
- 6:58échéances très urgentes, par exemple la Luxury tax de la
- 7:01Ligue nationale de basket pour la saison suivante.
- 7:04D'un montant de 2 ? ,25 1000000 d'euros et ça, ça
- 7:07devait être payé avant le 31 janvier.
- 7:09C'était une Corse contre la montre.
- 7:11Une vraie course contre la montre.
- 7:13Il y avait aussi un reliquat de 340000€ sur le contrat de la
- 7:16star Mike James 300000,00€ dus à l'euro Ligue et bien sûr, il
- 7:20fallait apurer tous les salaires en retard, les charges, les
- 7:23dettes. Et en échange de cette bouée de
- 7:26sauvetage à plusieurs 1000000, qu'elle a été là contrepartie
- 7:29pour Alexeï Fedoriksev, qui était légalement toujours le
- 7:32propriétaire du club. La contrepartie, c'est qu'il a
- 7:34dû céder ses actions. Elles ont été reprises pour un
- 7:36montant symbolique. C'est le prix à payer pour son
- 7:39incapacité à assurer le financement qu'il avait promis.
- 7:42L'État sauve le projet, mais en échange, il en prend les clés.
- 7:45Face à cette situation, le club a fini par communiquer, mais
- 7:49avec une langue de bois assez spectaculaire, non ?
- 7:52Le communiqué officiel parle d'une phase de transition
- 7:55structurée d'un club stable sur le plan opérationnel.
- 7:59Ce qui est assez ironique, oui. On peut le dire.
- 8:01C'est un chef d'œuvre de communication de crise
- 8:03institutionnelle. On ne mentionné jamais les mots
- 8:06qui fâchent, dettes, salaires, impayés, faillite.
- 8:09On cherche à rassurer à tout prix.
- 8:12Mais la phrase clé, elle est ailleurs.
- 8:14Le communiqué confirme pour la toute première fois noir sur
- 8:16blanc que le gouvernement monégasque supervise la
- 8:20situation. Et ça, c'est l'aveu.
- 8:22C'est un aveu implicite mais parfaitement clair pour qui sait
- 8:25lire entre les lignes, ça veut dire l'État a repris la main,
- 8:29donc. Si je comprends bien, le but de
- 8:31l'État n'est pas de devenir le propriétaire du club de basket
- 8:33sur le long terme, c'est une intervention temporaire.
- 8:36Tout à fait, il ne faut surtout pas voir ça comme une
- 8:38nationalisation. Dans le jargon financier et
- 8:40juridique, on appelle ça une opération de portage ou un
- 8:44bridge, un pont. Un pont ?
- 8:46J'aime bien l'image. L'État assure la continuité, il
- 8:49maintient le club en vie et solvable.
- 8:51Donc, si on veut une image, l'État agit un peu comme un
- 8:54parent qui reprendrait le bail de l'appartement de son enfant
- 8:58le temps qu'il retrouvé un travail.
- 8:59C'est une excellente analogie. Le but n'est pas d'y vivre, mais
- 9:02de s'assurer que les Lumières restent allumées et que personne
- 9:05ne soit mis à la porte. C'est exactement ça.
- 9:08L'État est une solution relais, une structure de transition qui
- 9:11a pour unique objectif de trouver un nouvel actionnaire
- 9:14majoritaire, un repreneur solide et fiable pour porter le projet
- 9:18sur le long terme. Ce qui nous amène à la question
- 9:20de l'avenir. Si l'État n'est qu'un pont, ça
- 9:23veut dire qu'en coulisse, on cherche déjà activement le futur
- 9:25propriétaire. J'imagine que le téléphone doit
- 9:28sonner. On a des noms, des pistes qui
- 9:30circulent. La recherche est non seulement
- 9:32active, mais elle est aussi urgente.
- 9:36Il y a une date butoir qui met la pression à tout le monde, le
- 9:3915 mai, c'est la date limite pour présenter à la Ligue les
- 9:42budgets garantis pour la saison suivante.
- 9:44Il faut donc aller vite. Très vite et dans cette course
- 9:47contre la montre, 2 pistes principales se sont dessinées.
- 9:51La première, j'imagine, c'est la piste locale, la solution de
- 9:54sécurité. C'est ça la piste la plus
- 9:57crédible et la plus logique mène au groupe Michel Pastor.
- 10:01C'est un nom immensément important à Monaco.
- 10:03Spécialisé dans l immobilier de très haut standing.
- 10:06Une des familles les plus influentes du rocher.
- 10:08Absolument, le groupe est déjà partenaire du club et Michel
- 10:12Pastor à lui même déjà été président de la section football
- 10:15de l'a S Monaco. Donc le gouvernement se serait
- 10:18naturellement tourné vers cette option.
- 10:19C'est une solution qui a l'avantage d'être locale,
- 10:22puissante et déjà connue, voilà. Ce serait une solution
- 10:25rassurante. Et la 2e piste qui semble
- 10:27beaucoup plus exotique, voire carrément folle.
- 10:31L'idée d'un déménagement du club à Nice ?
- 10:34Oui, c'est une piste qui a circulé.
- 10:36Elle était portée par un riche financier dont le projet serait
- 10:39de reprendre le club pour le délocaliser à Nice et y
- 10:42construire une nouvelle grande Arena.
- 10:44Franchement, ça paraît difficile à avaler.
- 10:45On imagine mal là principauté dépenser des 1000000 pour sauver
- 10:49son club et son image, pour ensuite le regarder émigrer en
- 10:52France chez le grand voisin. C'est en effet très improbable.
- 10:56Pour 2 raisons majeures. La première, c'est celle que je
- 10:58viens de citer. L'intérêt stratégique, oui.
- 11:01Pourquoi Monaco sauverait le club ?
- 11:02Pour l offrir à une autre ville, ça n'a aucun sens.
- 11:05Et la 2e raison est d'ordre politique.
- 11:07C'est à dire ? Les sources décrivent le
- 11:09contexte politique niçois comme électrique, avec de fortes
- 11:13tensions entre les principaux élus locaux.
- 11:15Lancer un projet d'une telle envergure, qui nécessite des
- 11:17permis de construire, un soutien politique unanime dans un tel
- 11:20climat, ça relève de la mission impossible.
- 11:23Donc cette piste est à considérer avec d'énormes
- 11:25réserves. Je pense qu'on peut même l
- 11:27écarter. On se dirige donc, sauf
- 11:29surprise, vers une solution 100% monégasque pour pérenniser le
- 11:31club au plus haut niveau. Tout.
- 11:33Porte à le croire, l'intervention de l'État est
- 11:35elle parfum indispensable pour stopper l hémorragie.
- 11:37Maintenant, la phase de reconstruction a commencé avec
- 11:40pour objectif de trouver un propriétaire qui apporte des
- 11:42garanties de long terme. Pour que l'aventure sportive,
- 11:44elle puisse continuer sans avoir à regarder constamment
- 11:47par-dessus son épaule si les comptes sont dans le rouge.
- 11:49C'est l'objectif ? C'est une histoire absolument
- 11:52incroyable quand on y pense, le succès sportif qui masque une
- 11:56quasi faillite, la géopolitique qui s'invite sur les parquets et
- 11:59un État souverain qui doit intervenir en urgence pour
- 12:02protéger sa propre image de marque.
- 12:05Merci beaucoup pour cette analyse éclairante.
- 12:08Pour finir, une question qui reste en suspens, cette affaire
- 12:11montre à quel .1 club de sport est devenu un actif stratégique
- 12:13pour un État au même titre qu'une compagnie aérienne ou une
- 12:17grande banque. Alors que le sport business
- 12:19dépend de plus en plus d'investissements privés
- 12:21globaux, souvent liés à des individus, on se rend compte que
- 12:24c'est finalement l'entité publique qui doit parfois jouer
- 12:27les assureurs en dernier recours.
- 12:30Qu'est ce que cela nous dit sur la véritable nature du risque
- 12:32dans le sport de très haut niveau ?
- 12:33Aujourd'hui à très vite pour un nouveau podcast, du café du
- 12:36sport business.