Latest / Africa Fashion Tour / Sofia Essaied, créatrice de la marque de bijoux et d'accessoires Yasss Hand made
Transcript
- 0:01Alors franchement moi je dirais pas une mode africaine,
- 0:03je dirais plutôt des créateurs africains talentueux chacun dans son domaine que ce soit le tissage,
- 0:08la broderie ou la couture.
- 0:12Je trouve que notre point fort c'est vraiment d'avoir des produits handmade qu'on peut pas développer partout dans le monde mais nous on a le savoir-faire,
- 0:23on a la chance d'avoir des artisans et des artisanes qu'on peut former à notre technique que ce soit celle du tissage ou autre.
- 0:30Et ça,
- 0:30je trouve que c'est notre point fort.
- 0:33Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour.
- 0:36Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain.
- 0:40Je vous invite à voyager à Abidjan,
- 0:43Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux,
- 0:47responsables et ambitieux.
- 0:49Au fil des interviews,
- 0:50je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement de la créativité africaine sur le continent et au-delà.
- 0:58Ce podcast est un moyen de sortir des clichés,
- 1:01du boubou et du wax,
- 1:02pour présenter un éventail de tissus,
- 1:04de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés.
- 1:09Je suis Ranata Diallo,
- 1:10je suis professeure de marketing dans des écoles de mode parisiennes et je suis également consultante spécialisée dans l'accompagnement de porteurs de projets qui veulent lancer leur marque de mode.
- 1:20En 2017,
- 1:21j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique et depuis,
- 1:25je voyage régulièrement
- 1:26sur le continent pour aller à la rencontre de ceux qui font la mode en Afrique.
- 1:31Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision de la mode africaine.
- 1:42Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour.
- 1:44Aujourd'hui,
- 1:45je suis en compagnie de Sophia Essaen.
- 1:48Sophia est la fondatrice de la marque Yassshandmade qui est spécialisée dans le tissage à la main d'accessoires et de bijoux.
- 1:55Sophia est basée en Tunisie et elle a eu l'opportunité de distribuer sa marque à la Saint-Maritaine et au Bon Marché à Paris.
- 2:03Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous raconter son parcours et partager ses ambitions pour les années à venir.
- 2:09Bienvenue Sophia,
- 2:10je suis ravie de te retrouver pour enregistrer cet épisode.
- 2:13Comment vas-tu ?
- 2:14Bonjour Amata,
- 2:15merci beaucoup pour l'invitation et merci de me donner l'opportunité de présenter ma marque à tes followers et à toutes les personnes qui vont écouter ce podcast.
- 2:25Écoute,
- 2:25c'est moi qui suis ravie que tu aies accepté mon invitation et c'est moi qui te remercie.
- 2:30Donc on va commencer en fait cet épisode comme je le fais toujours.
- 2:34Je vais te demander de te présenter.
- 2:37Je suis maman d'un garçon qui a 18 ans.
- 2:40J'ai 45 ans et j'étais enseignante.
- 2:44Je vais vous parler un petit peu de mon parcours.
- 2:47La marque a été créée il y a deux ans et pendant 15 ans,
- 2:52j'ai enseigné l'éducation musica dans le système français.
- 2:55Je suis musicologue et sociologue.
- 2:58J'ai également un master en anthropologie sociale et culturelle.
- 3:01C'est ce qui m'a amenée à enseigner l'éducation musicale.
- 3:05Et j'ai toujours aimé la mode aussi.
- 3:07Donc,
- 3:08il y a trois ans,
- 3:09trois ou quatre ans plutôt,
- 3:12j'ai essayé de faire un petit bracelet pour moi.
- 3:16J'ai créé le premier bracelet que j'ai montré à la propriétaire d'une très jolie boutique en Tunisie.
- 3:22En fait,
- 3:23je lui ai montré,
- 3:23moi j'étais cliente chez elle,
- 3:24et je lui ai montré ce bracelet pour avoir son avis,
- 3:29si vous voulez.
- 3:30Et elle a adoré cette pièce.
- 3:31Elle m'a dit,
- 3:31moi j'aimerais bien,
- 3:33si tu en fais d'autres,
- 3:34j'aimerais bien les vendre dans ma boutique.
- 3:37Et puis c'est comme ça que ça a commencé,
- 3:39et j'ai continué à enseigner en parallèle.
- 3:42Donc ça,
- 3:42c'était vraiment le début.
- 3:44Très bien,
- 3:45je te remercie de nous partager un petit peu la genèse de la marque et ton parcours.
- 3:51Donc tu évoques le fait que toi tu as fait des études en anthropologie,
- 3:57en musique et que tu étais enseignante.
- 3:59Du coup tu étais dans un secteur d'activité qui était totalement éloigné et différent de la mode mais qui avait quand même un côté artistique.
- 4:06Exactement.
- 4:07J'ai toujours aimé ça,
- 4:09comme je vous l'ai dit,
- 4:10la mode,
- 4:10la déco aussi.
- 4:12Mais le métier d'enseignant comme vous pouvez l'imaginer n'a strictement rien à voir avec celui d'entrepreneur déjà.
- 4:17Donc je n'ai jamais étudié la gestion ni le marketing.
- 4:21Voilà,
- 4:21tout ça c'est vraiment nouveau pour moi.
- 4:24J'ai complètement changé de voie après 15 ans.
- 4:30Est-ce que tu peux expliquer ce qui fait qu'à un moment donné,
- 4:33tu as fait un premier bracelet,
- 4:35tu as pu en discuter avec la gérante d'un concept store et puis tu as pu lui proposer une collection à la vente.
- 4:44Mais qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné,
- 4:48tu bascules de
- 4:5015 ans dans l'enseignement à devenir entrepreneur et créatrice d'une marque de mode ?
- 4:56Alors je vais vous l'expliquer,
- 4:57franchement ça s'est fait très naturellement.
- 5:00Et le passage s'est fait en douceur.
- 5:02Ensuite,
- 5:02j'ai décidé d'arrêter l'enseignement complètement.
- 5:04Mais quand j'ai créé ce premier bracelet que je l'ai montré à Adrienne,
- 5:09que je remercie d'ailleurs pour sa confiance,
- 5:12parce que je suis certaine que si elle ne m'avait pas encouragée au début,
- 5:16si elle ne m'avait pas dit « j'aime beaucoup ce produit et si tu en fais d'autres,
- 5:20j'aimerais bien les vendre dans ma boutique » ,
- 5:21je n'aurais peut-être pas continué.
- 5:24J'en aurais peut-être fait d'autres pour moi seulement,
- 5:26mais je n'en aurais pas fait une marque ni un projet.
- 5:29Et donc,
- 5:31je ne sais pas comment vous l'expliquer,
- 5:32mais les choses se sont vraiment faites naturellement.
- 5:35Et j'ai commencé à y croire.
- 5:37Mais sinon,
- 5:38mon entourage,
- 5:39même ma sœur,
- 5:40mes parents et tout,
- 5:40personne n'y croyait.
- 5:41Pour eux,
- 5:42voilà,
- 5:42j'ai toujours été rêveuse.
- 5:45On va dire que c'est un bon passe-temps,
- 5:46mais certainement pas un projet.
- 5:49Donc,
- 5:49j'étais la seule à y croire.
- 5:51Et j'ai continué.
- 5:53Après,
- 5:53j'ai dit à mon mari,
- 5:54voilà,
- 5:55je suis certaine que d'ici quelques mois,
- 5:56je vais arrêter l'enseignement.
- 5:58pour me consacrer pleinement au développement du projet.
- 6:01Et lui m'a beaucoup,
- 6:02beaucoup encouragée,
- 6:03curieusement,
- 6:03même si au départ,
- 6:05vraiment,
- 6:05je n'avais que deux points de vente.
- 6:09Mais il y a cru comme moi et il m'a vraiment poussée à continuer parce qu'il sait que je suis bosseuse aussi par ailleurs,
- 6:15parce qu'il faut le dire aussi que pour monter un projet,
- 6:18il faut s'investir,
- 6:19mais à
- 6:20100%, ne pas compter les heures.
- 6:23Voilà.
- 6:24Et donc...
- 6:25Comme il sait que j'ai cette qualité-là,
- 6:26on va dire que je suis quelqu'un de très rigoureux,
- 6:32voilà,
- 6:32il m'a vraiment encouragée.
- 6:33C'est comme ça que j'ai continué.
- 6:35Très bien.
- 6:36Écoute,
- 6:36c'est intéressant que tu partages ça,
- 6:39le fait que la détermination,
- 6:41la rigueur,
- 6:42finalement,
- 6:44ce sont des qualités dont tu as besoin en tant qu'enseignante.
- 6:48Et finalement,
- 6:49même si tu n'avais pas été entrepreneur jusqu'ici,
- 6:52il y avait forcément…
- 6:54des compétences et des qualités que tu avais,
- 6:57que tu as pu utiliser dans ta nouvelle carrière de créatrice.
- 7:04Au niveau de cette première création,
- 7:07parce qu'il y a des gens qui se lancent dans l'entrepreneuriat,
- 7:10mais toi,
- 7:11ça part de vraiment un travail fait à la main que tu fais toi-même,
- 7:16j'imagine,
- 7:16chez toi.
- 7:18Comment ça t'est venu,
- 7:20cette idée de créer un premier objet ?
- 7:24et puis ensuite d'envisager de le vendre.
- 7:27Alors,
- 7:28pareil,
- 7:28vraiment,
- 7:28ça a été quelque chose d'assez incroyable parce que tout s'est fait naturellement.
- 7:33Même moi,
- 7:33quand j'y repense,
- 7:33des fois,
- 7:34je me dis,
- 7:34c'est incroyable quand même d'y avoir cru au début,
- 7:36enfin,
- 7:37même pour moi.
- 7:40Alors,
- 7:40un jour,
- 7:40j'ai acheté,
- 7:41mais dans une mercerie,
- 7:42deux mètres de cordons,
- 7:43les cordons que j'utilise actuellement,
- 7:45mais bien sûr,
- 7:46j'achète des bovines maintenant.
- 7:47J'ai acheté deux mètres parce que j'aime beaucoup tout ce qui est irisé,
- 7:51nacré.
- 7:51Et j'ai acheté deux couleurs,
- 7:53c'était deux tons de rose.
- 7:56Et puis j'ai essayé d'en faire un bracelet.
- 7:58Donc je l'ai gardé jusqu'à aujourd'hui.
- 8:00C'était vraiment la première pièce.
- 8:02Et dès que j'ai fini ce bracelet,
- 8:04je l'ai montré à ma mère.
- 8:04Elle m'a dit « Ah,
- 8:05c'est super joli ! »
- 8:06Et tout de suite,
- 8:08j'ai dit à mon mari « Tu sais quoi,
- 8:09je vais le montrer à Adrienne,
- 8:11qui a cette très jolie boutique en Tunisie.
- 8:15Et si le produit lui plaît,
- 8:17je suis certaine que je vais en faire quelque chose. »
- 8:18C'est vraiment ça que je lui ai dit.
- 8:20Et le lendemain,
- 8:21c'était en juillet,
- 8:22donc en juillet 2020,
- 8:24quand je l'ai montré à Adrienne,
- 8:25donc je vous ai raconté la suite tout à l'heure,
- 8:28elle a adoré le produit.
- 8:31Et voilà,
- 8:31c'est comme ça que ça a commencé.
- 8:34D'accord.
- 8:34Et toi,
- 8:35tu avais l'habitude avant d'aller dans des merceries,
- 8:38d'acheter des fils ou autre ?
- 8:43Non,
- 8:44non,
- 8:44pas du tout.
- 8:45Justement,
- 8:45c'est ça qui a étonné tout le monde,
- 8:46c'est que je ne suis pas du tout manuelle,
- 8:48même si je suis pianiste.
- 8:50Mais sinon je ne sais ni broder,
- 8:51ni coudre,
- 8:52alors là pas du tout.
- 8:54Donc ça a étonné tout le monde que j'arrive quand même à tisser ces bracelets.
- 9:00Parce que c'est moi-même qui les tissais les deux premières années,
- 9:04je vais vous en parler après peut-être.
- 9:06Je n'avais pas encore d'atelier,
- 9:07donc c'était moi qui tissais toutes les pièces,
- 9:11qui mettait les perles aussi aux extrémités,
- 9:14donc il y avait tout un travail que je faisais seule.
- 9:16Alors que je ne maîtrisais pas du tout,
- 9:19je ne maîtrise pas encore aujourd'hui,
- 9:20ni la couture,
- 9:21ni la broderie.
- 9:23Et je ne suis pas,
- 9:24enfin,
- 9:24je n'étais pas manuelle,
- 9:25on va dire jusque-là.
- 9:26Et ensuite,
- 9:27j'ai découvert que j'étais capable de faire pas mal de choses dans ce domaine.
- 9:32Ok,
- 9:33très bien.
- 9:34En tout cas,
- 9:34c'est très inspirant de se dire comme ça,
- 9:36qu'on se découvre une vocation après 15 ans dans un domaine.
- 9:41et que du coup...
- 9:42Ce n'est pas seulement se découvrir une vocation,
- 9:44c'est d'en faire finalement son activité à temps plein.
- 9:46Du coup,
- 9:46toi,
- 9:47tu t'es orientée d'abord par les premières pièces que tu as créées.
- 9:50Il me semble que ce sont des accessoires,
- 9:51ce sont des bijoux.
- 9:52Toi,
- 9:53tu étais une consommatrice de bijoux peut-être ?
- 9:57J'aime beaucoup certaines pièces.
- 10:02J'aime ce qui est intemporel.
- 10:05Et donc c'est vrai que ce que j'ai créé,
- 10:07comme vous avez pu le voir,
- 10:08ce sont vraiment des accessoires,
- 10:11on va dire indémodables,
- 10:12des pièces qu'on peut garder et qui se marient facilement avec tout,
- 10:15qu'on peut porter été comme hiver.
- 10:20Voilà,
- 10:22j'aime bien ce côté intemporel.
- 10:25D'accord,
- 10:26très bien.
- 10:26Et toi,
- 10:27tu aimes bien ça pour la marque que tu as développée.
- 10:30Mais toi,
- 10:31à la base,
- 10:32est-ce que finalement,
- 10:33le fait de créer ces objets-là,
- 10:34c'est parce que tu ne voyais pas de choses similaires sur le marché et tu te disais,
- 10:38tiens,
- 10:38moi,
- 10:38j'aurais envie de quelque chose comme ça ou ça a vraiment été quelque chose,
- 10:41comme tu l'expliques tout à l'heure,
- 10:42de très spontané,
- 10:43finalement,
- 10:44il n'y a pas eu de…
- 10:44Parce que parfois,
- 10:47il y a certains entrepreneurs que je peux rencontrer ou certains créateurs,
- 10:52vraiment,
- 10:53cette idée de créer,
- 10:54elle vient de,
- 10:55moi,
- 10:55j'avais envie de ça pour moi,
- 10:56je ne le trouvais pas sur le marché,
- 10:58donc j'ai décidé de le créer.
- 11:01Est-ce que toi,
- 11:01il y avait quelque chose qui était de l'ordre de,
- 11:03tu avais l'habitude de fréquenter peut-être des boutiques,
- 11:06de faire des achats et tu avais un sentiment qu'il manquait quelque chose ?
- 11:09Est-ce qu'il y avait quelque chose un petit peu comme ça lors d'une espèce d'étude de marché que tu aurais faite de façon inconsciente ou pas vraiment ?
- 11:15Alors justement,
- 11:16encore une fois,
- 11:17pas du tout.
- 11:17Les choses se sont vraiment faites naturellement.
- 11:19Quand j'ai créé le premier bracelet en essayant plusieurs nœuds,
- 11:21parce que je ne pars pas d'un dessin encore aujourd'hui,
- 11:24je fais toujours pas mal d'essais sur les nœuds,
- 11:28les combinaisons de couleurs.
- 11:29Et à partir de là,
- 11:30je crée les modèles.
- 11:31Même là,
- 11:31pour les ceintures,
- 11:32les chaînes de téléphone,
- 11:34ça fonctionne de la même manière.
- 11:36Et du coup,
- 11:36pour ce premier bracelet,
- 11:37je ne me suis pas dit,
- 11:38finalement,
- 11:40je ne trouve pas ce genre de produit,
- 11:41alors je vais essayer d'en faire.
- 11:43Non,
- 11:44mais j'ai tout de suite aimé le rendu,
- 11:47la première création.
- 11:49Et voilà,
- 11:50c'est comme ça que ça a démarré.
- 11:52OK,
- 11:52donc c'est vraiment une intuition forte.
- 11:56Et voilà un désir de créer qui t'a menée vers après en faire un concept de marque.
- 12:02Oui,
- 12:02est-ce que je peux dire quelque chose Ramatha ?
- 12:03Je viens de me souvenir d'un détail hyper important dans cette histoire.
- 12:07C'est que quand j'ai créé la page Instagram en fait,
- 12:11et j'ai posté quelques photos des trois premiers bracelets,
- 12:14dans la semaine où j'ai créé le modèle,
- 12:17et j'ai tout de suite choisi le nom de la marque,
- 12:19qui est As Handmade.
- 12:21Et là,
- 12:21j'ai une copine,
- 12:22je ne l'ai dit à personne,
- 12:23à part mon mari,
- 12:24ma soeur et mes parents qui le savaient,
- 12:25je n'en ai pas parlé autour de moi.
- 12:28Et là,
- 12:28j'ai une amie qui like la photo sans savoir que c'est moi.
- 12:33Et elle m'envoie un message et elle me dit
- 12:37« j'aime beaucoup vos bracelets » .
- 12:38Donc du coup,
- 12:39je lui ai répondu,
- 12:39j'ai dit « Nadia,
- 12:40c'est Sophia » .
- 12:41Elle m'a dit « c'est pas vrai,
- 12:42c'est incroyable,
- 12:42c'est super joli et tout,
- 12:43mais tu devrais déposer tes modèles,
- 12:45j'ai jamais vu ces cordons-là utilisés de cette manière et tissés » .
- 12:51Et je voudrais la remercier parce que Nadia,
- 12:53vraiment,
- 12:53ça a été incroyable le fait qu'elle m'ait fait cette remarque.
- 12:58Ça m'a poussée évidemment à continuer et à déposer les modèles à l'INORPI.
- 13:03Et Nadia a une très jolie marque de vêtements et un family store en Tunisie.
- 13:07Donc je la remercie vraiment pour son compliment puisque ça a été hyper important à ce moment-là.
- 13:16Très bien,
- 13:16je te remercie de partager cette anecdote parce qu'en fait c'est assez…
- 13:20C'est vraiment important.
- 13:22Il y a toutes ces personnes qui m'ont encouragée et je pense que c'est ce qui m'a permis de développer et ne pas me dire non,
- 13:28finalement je suis enseignante,
- 13:29je garde ça comme un passe-temps pour moi et on ne peut pas comme ça changer de métier,
- 13:34se reconvertir à plus de 40 ans.
- 13:38Donc c'est important je trouve.
- 13:39Oui,
- 13:40complètement.
- 13:40Je trouve ça vraiment très intéressant que tu partages ces deux anecdotes entre…
- 13:45Adrienne qui était la patronne d'un concept store et cette amie Nadia,
- 13:48il y a vraiment ce côté effectivement d'être soutenue.
- 13:51Ce n'est pas tellement le nombre de personnes,
- 13:53mais c'est plutôt d'avoir un retour positif.
- 13:55Ce qui est intéressant dans ce que tu dis,
- 13:57c'est que tu crées ce premier bracelet et tout de suite,
- 14:00tu es dans une dynamique quand même de ne pas en faire juste un passe-temps et de se dire,
- 14:04je vais faire des bracelets chez moi le week-end.
- 14:08Tout de suite,
- 14:09je crée un compte Instagram.
- 14:10J'imagine que tu as fait des photos,
- 14:11que tu as publié.
- 14:13tu avais tout de suite quand même une volonté d'en faire une entreprise.
- 14:17Exactement.
- 14:18Ça me fait rire là maintenant parce que tous ceux qui me connaissent bien savent que je suis très rêveuse,
- 14:22c'est vrai.
- 14:22Mais bon,
- 14:23je suis aussi assez réaliste.
- 14:25Et comme je l'ai dit tout à l'heure,
- 14:26je suis assez bosseuse également.
- 14:28Donc,
- 14:28ce n'est pas j'aime ça,
- 14:29je vais faire ce projet,
- 14:30mais je ne me donne pas à fond.
- 14:32Non,
- 14:32c'est vrai que quand j'aime quelque chose,
- 14:34j'aime bien aller jusqu'au bout et je suis dans la rigueur,
- 14:38quel que soit le domaine.
- 14:40Et donc…
- 14:41J'étais pratiquement la seule à y croire,
- 14:43il n'y a que mon mari et moi,
- 14:44on va dire.
- 14:46Et donc c'est vrai que c'est assez incroyable quand j'y repense.
- 14:51Et voilà,
- 14:52je suis vraiment contente aujourd'hui d'avoir pu réaliser mon rêve,
- 14:57même s'il y a beaucoup à faire encore.
- 15:00Mais je trouve que c'est plutôt pas mal pour un début.
- 15:03Très bien.
- 15:04Et donc,
- 15:04du coup,
- 15:05quelles sont les premières étapes,
- 15:08en fait,
- 15:08après ce premier produit,
- 15:12des retours positifs,
- 15:14quelques posts sur Instagram ?
- 15:16Ça a été quoi,
- 15:17en fait,
- 15:18les étapes qui ont suivi pour consolider la création de cette marque ?
- 15:22Alors,
- 15:23je vais vous dire tout de suite,
- 15:24ça a commencé en juillet 2020.
- 15:27En septembre,
- 15:27c'était la rentrée,
- 15:28comme d'habitude,
- 15:29et moi j'avais mon bureau à la maison,
- 15:31où d'habitude je n'ai que les copies des élèves à corriger,
- 15:35les cours,
- 15:36vous imaginez un petit peu à quoi peut ressembler un bureau de prof.
- 15:40Et là,
- 15:41petit à petit,
- 15:41je n'ai commencé à n'avoir sur mon bureau que des cordons,
- 15:47des pochons,
- 15:48ça ne ressemblait plus du tout à un bureau de prof.
- 15:50J'avais comme un mini-atelier à la maison.
- 15:54Et vraiment j'étais encore une fois persuadée que j'allais en faire quelque chose,
- 15:57que j'allais développer ce projet.
- 15:59Alors j'ai été voir le proviseur du lycée,
- 16:03quelques mois après la rentrée,
- 16:05pour lui dire que j'allais prendre une année de mise en disponibilité parce que j'allais lancer ce projet.
- 16:11Et là,
- 16:12vraiment il était surpris parce que moi j'étais coordinatrice,
- 16:15professeure principale,
- 16:17j'étais très investie au sein de l'établissement.
- 16:19Et comme je l'ai dit tout à l'heure,
- 16:21après une carrière de 15 ans,
- 16:22c'est difficile,
- 16:24même pour l'entourage,
- 16:25de se dire qu'on va arrêter et passer à autre chose,
- 16:28surtout quand on est dans l'enseignement.
- 16:29Généralement,
- 16:30on commence à 20-25 ans et on s'arrête à l'âge de la retraite.
- 16:34C'est rare de démissionner et de faire tout à fait autre chose.
- 16:38Et donc,
- 16:40pendant une année,
- 16:41j'ai continué à enseigner cette année-là,
- 16:43et l'année d'après,
- 16:44j'ai pris l'année de mise en dispo.
- 16:47Et bien avant le mois de juin,
- 16:49moi je devais répondre au proviseur en juin,
- 16:53je crois qu'au mois d'avril,
- 16:54mars-avril,
- 16:56j'ai envoyé le courrier pour dire que je comptais démissionner carrément.
- 17:00Voilà,
- 17:00c'est comme ça que j'ai arrêté l'enseignement.
- 17:02J'ai ouvert l'atelier,
- 17:04j'ai formé des artisanes,
- 17:06parce que j'ai compris qu'il fallait produire plus pour commencer l'export déjà.
- 17:13Et voilà,
- 17:14après plusieurs choses se sont enchaînées.
- 17:17dans le développement.
- 17:20Très bien.
- 17:23Je mets ça assez rapidement.
- 17:26Voilà.
- 17:27OK.
- 17:28Et ce qui est assez intéressant,
- 17:29c'est qu'en fait,
- 17:29tu as été assez audacieuse,
- 17:30en fait,
- 17:31parce que...
- 17:32C'est ce qu'il m'a dit,
- 17:33oui.
- 17:33Effectivement,
- 17:34tu as eu cette année de cette possibilité,
- 17:37en fait,
- 17:37de prendre un congé vis-à-vis de ton travail et de ne pas te retrouver,
- 17:40finalement,
- 17:41sans rien.
- 17:42Donc ça,
- 17:42c'était intéressant de faire ça comme ça.
- 17:43Ce n'est pas comme si,
- 17:44du jour au lendemain,
- 17:45tu avais arrêté.
- 17:46Tu as eu une phase de transition,
- 17:48mais c'est vrai qu'après,
- 17:50qu'est-ce que tu as mis en place pendant cette année où tu as eu du temps pour pouvoir développer ta marque ?
- 17:56Alors déjà,
- 17:57avant d'arrêter l'enseignement,
- 17:58c'est-à-dire la dernière année d'enseignement,
- 18:00je me suis adressée à une très bonne agence de com en Tunisie pour refaire le logo.
- 18:05Parce que je me suis dit,
- 18:06là,
- 18:06c'est hyper important et que ça doit être un joli logo.
- 18:11Voilà.
- 18:12Donc,
- 18:12j'ai refait le logo.
- 18:14J'ai refait les pochons également.
- 18:17Et je me suis dit maintenant il faut vraiment développer les choses,
- 18:19je n'ai plus de temps à perdre parce que j'avais peur en fait,
- 18:22je vous le dis maintenant,
- 18:23qu'on me pique mon idée,
- 18:24mes créations.
- 18:25Je me suis dit ça peut plaire à certaines personnes qui vont être plus structurées que moi et qui peuvent me piquer cette idée et développer le produit.
- 18:34Et j'avais tellement peur de ça que je me suis dit il faut vraiment que j'investisse,
- 18:37c'est le moment ou jamais.
- 18:39de bien démarrer et de ne faire que ça mais tous les jours quoi il faut il faut que je bosse du matin au soir pas de vacances et c'est ce que j'ai fait pendant plusieurs mois c'est pour ça que j'ai dit je suis plutôt contente des résultats et
- 18:54donc ramata je te le dis sincèrement je suis très très contente aujourd'hui parce que j'ai créé la société en septembre donc septembre d'après en février
- 19:06la Samaritaine,
- 19:08une acheteuse de la Samaritaine m'a contactée.
- 19:10Super !
- 19:11Oui,
- 19:12ça veut dire que je pense que ce que j'ai fait déjà tenait la route.
- 19:18Et donc,
- 19:20ce que tu expliques,
- 19:20c'est que dès le départ,
- 19:22on va revenir un peu préciser ce qui fait qu'à un moment donné,
- 19:27tu as pu être découverte par une acheteuse de la Samaritaine.
- 19:30C'est que toi,
- 19:31ce que tu fais dès le départ,
- 19:32c'est que tu vas développer...
- 19:34Est-ce que tu développes une collection ?
- 19:36Au départ,
- 19:36tu commences par un bracelet.
- 19:37Est-ce qu'ensuite,
- 19:38tu complètes la collection avec d'autres produits ?
- 19:41Oui.
- 19:41Et quels sont les produits que tu intègres dans la première collection ou les premières collections de Yes Unmade ?
- 19:47Alors,
- 19:47je vais t'expliquer.
- 19:48Donc,
- 19:48il y a eu le fameux premier bracelet que j'ai appelé le marshmallow.
- 19:51Pourquoi ?
- 19:51Parce que dès que j'ai commencé à le tisser à la maison,
- 19:54quand j'ai regardé la forme que ça a donné avec ses cordons épais,
- 19:57Ça m'a tout de suite fait penser au bonbon.
- 19:59Je me suis dit,
- 20:00c'est incroyable,
- 20:01on dirait un marshmallow.
- 20:02J'ai choisi ça comme nom pour cette première création.
- 20:06Ensuite,
- 20:06j'en ai fait un plus fin.
- 20:08Et pareil,
- 20:08ça m'a fait penser au berlingot,
- 20:12donc ça a été le berlingot.
- 20:14Et puis après quelques mois,
- 20:16au mois de novembre,
- 20:17même une année après,
- 20:20je me suis dit,
- 20:20j'aimerais essayer le premier collier.
- 20:22Et là,
- 20:23ça a été très difficile de trouver la bonne forme,
- 20:26parce que c'est moi-même qui l'ai tissé,
- 20:28et que comme je vous l'ai dit tout à l'heure,
- 20:29je n'ai jamais fait de formation dans ce domaine.
- 20:33Et j'ai créé donc la première pièce.
- 20:36le premier collier en novembre d'après.
- 20:39Après,
- 20:40j'ai adoré la brillance des cordons,
- 20:43les combinaisons des couleurs,
- 20:45et je me suis dit,
- 20:45il faudrait que je teste d'autres produits.
- 20:47Et j'ai créé la hanse de sac,
- 20:50qui a eu beaucoup de succès d'ailleurs dans les grands magasins parisiens.
- 20:55Et donc,
- 20:57j'ai créé la hanse.
- 20:58Après la hanse,
- 20:58je me suis dit,
- 20:59pourquoi pas la ceinture ?
- 21:01Ensuite,
- 21:02un autre modèle de collier,
- 21:03un autre modèle de bracelet,
- 21:04le bon Bologna.
- 21:06Et puis là,
- 21:06récemment,
- 21:07la ceinture et la chaîne de téléphone.
- 21:13Très bien.
- 21:13Donc là,
- 21:13c'est un processus où ce qu'on comprend,
- 21:16c'est que tu vas tester un petit peu.
- 21:19Je ne pars jamais d'un dessin,
- 21:20en fait.
- 21:21Je fais plusieurs essais pour les nœuds,
- 21:23les combinaisons des couleurs.
- 21:25C'est vraiment le moment que j'aime le plus,
- 21:26d'ailleurs,
- 21:27le choix des couleurs pour chaque pièce.
- 21:30D'accord.
- 21:30Et tu fais tout ça ?
- 21:32Au départ,
- 21:32tu fais tout ça toute seule.
- 21:33C'est toi qui développes cette technique de tissage à la main.
- 21:36D'ailleurs,
- 21:37je vous parlerai après,
- 21:38si vous voulez,
- 21:40des artisanes que j'ai formées et qui travaillent avec moi aujourd'hui à l'atelier et qui ne sont ni couturières,
- 21:50ni...
- 21:51Elles n'étaient pas artisanes,
- 21:52on va dire,
- 21:52à la base.
- 21:54Elles avaient toutes un métier qui n'a rien à voir avec la mode,
- 21:58ni le handmade.
- 22:00Mais je les ai formées à cette technique.
- 22:02Très bien.
- 22:03Écoute,
- 22:03on peut en parler maintenant,
- 22:04en fait.
- 22:05Comment est-ce que...
- 22:06Comment dire...
- 22:07Je vais rebondir sur ce que tu dis là.
- 22:10Donc,
- 22:10tu fais toutes tes premières questions,
- 22:12comment dire,
- 22:13tes premières collections,
- 22:14tes premières idées,
- 22:15tu les développes toi-même à la main.
- 22:17Et à un moment donné,
- 22:19j'imagine que toute seule,
- 22:21tu ne peux pas réussir à honorer toutes les commandes et tu as besoin,
- 22:25en fait,
- 22:27d'embaucher.
- 22:29Exactement.
- 22:30Alors,
- 22:30il faut plusieurs heures pour créer une pièce,
- 22:32pour vous donner une petite idée,
- 22:34c'est ça.
- 22:35Donc je me suis dit,
- 22:35si j'ai envie de développer,
- 22:36que ce soit à l'export ou même sur le marché tunisien,
- 22:39il faut que j'ai plusieurs pièces.
- 22:41Et donc,
- 22:42une ou deux personnes ne peuvent pas tisser autant de colliers,
- 22:45de bracelets,
- 22:47les hanses,
- 22:48les ceintures,
- 22:48ce n'est pas possible.
- 22:49Il faut vraiment que je forme plusieurs personnes.
- 22:52Donc aujourd'hui,
- 22:53Yassin Med,
- 22:53c'est une équipe de quatre,
- 22:55quatre personnes,
- 22:56donc je voudrais vraiment remercier Leïla,
- 22:59Edia.
- 23:00Ausha,
- 23:01Serida,
- 23:01elles sont formidables parce qu'elles ont voulu apprendre en fait cette technique et chacune apporte sa petite touche personnelle si vous voulez.
- 23:14Et puis il y en a une qui est plus douée pour le tissage,
- 23:16l'autre pour les finitions,
- 23:17la pose des perles.
- 23:20Voilà,
- 23:20puis j'aime beaucoup travailler en équipe avec elles.
- 23:23Voilà,
- 23:23donc j'ai développé l'atelier avec mes artisanes.
- 23:26Ce qui m'a permis de faire le salon,
- 23:29là où on s'est rencontrés d'ailleurs à Matta,
- 23:32et de pouvoir répondre à toutes ces commandes.
- 23:37D'accord,
- 23:37donc du coup c'est intéressant.
- 23:38Et aujourd'hui en fait cet atelier,
- 23:40chacune travaille chez elle ou tu as vraiment un atelier dans lequel vous vous retrouvez et vous travaillez ensemble ?
- 23:45Alors au départ,
- 23:46quand j'avais une seule personne qui travaillait,
- 23:48donc c'était Leïla,
- 23:50la première.
- 23:52Elle travaillait à partir de la maison et moi je corrigeais à chaque fois en allant la voir,
- 23:55etc.
- 23:57Après,
- 23:58quand j'ai créé la société,
- 24:00au moment où j'ai arrêté l'enseignement,
- 24:02j'ai compris qu'il fallait que j'ai un local,
- 24:06un atelier avec un bureau pour moi et que mes artisanes travaillent sur place.
- 24:12C'est hyper important.
- 24:15Donc voilà,
- 24:15elles travaillent toutes à l'atelier.
- 24:19C'est une ambiance plutôt agréable pour elles.
- 24:23Les horaires de travail sont aménagés aussi.
- 24:25Donc,
- 24:26elles se sentent vraiment à l'aise.
- 24:28D'accord,
- 24:28très bien.
- 24:29Et donc,
- 24:30du coup,
- 24:31c'est intéressant de voir en fait comment cette transition,
- 24:36elle se fait et comment très rapidement,
- 24:38en fait,
- 24:38tu as des ambitions pour ta marque et pour son développement.
- 24:43Alors,
- 24:43est-ce que ce sont…
- 24:44Les premières commandes que tu reçois,
- 24:46et notamment cet appel d'une acheteuse d'un grand magasin parisien qui te donne confiance et qui font que tu te dis,
- 24:52il faut vraiment que j'ai un atelier,
- 24:53il faut vraiment que j'ai une équipe parce que je vais en avoir besoin pour honorer des commandes.
- 25:01C'est vraiment ça,
- 25:02en fait,
- 25:02le point de départ.
- 25:03C'est le fait,
- 25:04finalement,
- 25:04de voir l'intérêt qu'ont les gens et de se dire,
- 25:07je vais avoir besoin,
- 25:08en fait,
- 25:09de structurer pour pouvoir répondre à des commandes.
- 25:13Alors oui,
- 25:13en fait j'y pensais avant même d'avoir été contactée par l'acheteuse.
- 25:19Et encore une fois mon mari qui me soutient beaucoup dans cette aventure,
- 25:24je lui ai dit voilà il faut vraiment que j'ai mon atelier,
- 25:27maintenant c'est le moment ou jamais parce que j'ai pris cette décision d'arrêter l'enseignement et de me consacrer au développement de la marque.
- 25:35Et on ne peut pas développer une marque si on n'a pas d'atelier,
- 25:39en tout cas pour ma marque,
- 25:40si on n'a pas plusieurs artisanes qui vont tisser.
- 25:43Ça serait dommage quand même de s'arrêter là alors qu'il y a de la demande,
- 25:45parce que j'avais déjà testé les produits auprès de plusieurs personnes qui ont aimé ça au Maroc,
- 25:51à Dubaï,
- 25:52voilà,
- 25:53je me suis dit il y a du potentiel.
- 25:54Et comme je l'ai dit tout à l'heure à Mata,
- 25:58j'avais même peur qu'on me vole mes idées et qu'on développe mon produit parce que je n'ai pas fait ce qu'il fallait pour structurer ce projet.
- 26:10Donc avoir un atelier,
- 26:11c'était hyper important dès le départ.
- 26:14J'ai compris que si on voulait développer,
- 26:15il fallait avoir un lieu de travail et qu'on ne peut pas travailler correctement à partir de la maison.
- 26:22Il faut réunir déjà tout le monde dans un même lieu.
- 26:27Surtout quand c'est du handmade,
- 26:28on a besoin quelquefois de revoir les finitions,
- 26:30de peaufiner certains détails.
- 26:32On ne peut pas le faire à distance et on doit avoir tout le monde réuni dans un même espace.
- 26:40Ok,
- 26:41je comprends.
- 26:41Du coup,
- 26:41il y avait vraiment une ambition forte de ton côté à réussir le développement de cette marque,
- 26:46à ne pas te faire voler ton idée,
- 26:47qui faisait que tout de suite,
- 26:50quand tu dis que tu es allée faire tester ton produit au Maroc,
- 26:54à Dubaï,
- 26:55est-ce que tu peux nous expliquer ce que tu veux dire par là ?
- 26:57C'est-à-dire que tu as fait des rencontres avec des patrons de concept stores ou c'était plutôt avec des clients en direct ?
- 27:05Alors,
- 27:05j'ai envoyé des échantillons,
- 27:06même quand j'étais enseignante,
- 27:07la première année donc,
- 27:08j'ai envoyé des échantillons.
- 27:11C'était dans un très joli concept store à Tangier au Maroc donc.
- 27:16Ensuite je me suis dit pourquoi pas une autre ville du Maroc et j'ai essayé Kaza.
- 27:22Ensuite après Kaza il y a eu Marrakech,
- 27:25après Marrakech il y a eu Dubaï et après voilà il y a eu tout de suite le grand magasin parisien.
- 27:33Et quand tu dis que tu as envoyé des échantillons à des boutiques,
- 27:37c'est-à-dire qu'ensuite,
- 27:38ils les ont mis en vente et vous aviez un contrat de collaboration ?
- 27:41En fait,
- 27:42j'ai oublié de le préciser.
- 27:44Donc,
- 27:44au départ,
- 27:44c'était un ou deux échantillons.
- 27:47Et je me souviens très bien que,
- 27:50surtout à Marrakech,
- 27:52c'est un concept store,
- 27:54une très jolie boutique qui appartient à un Belge et à un Marocain.
- 27:57Moi,
- 27:58j'étais en contact avec le patron belge.
- 28:01Et je me souviens au départ c'était pour son concept store de Bruges.
- 28:06Et après il m'avait dit qu'il allait ouvrir un concept store au Maroc,
- 28:08donc il a testé les produits au Maroc.
- 28:11Et là quand j'ai vu que ça avait plu à la clientèle de ce concept store,
- 28:16je me suis dit il faut vraiment que j'ai confiance en moi et que je développe.
- 28:21Je sais que j'ai pris un risque,
- 28:23mais bon,
- 28:24je ne sais pas comment l'expliquer maintenant avec du recul,
- 28:26mais j'y croyais,
- 28:28j'avais confiance.
- 28:29Ce projet,
- 28:32et de toute façon je me dis toujours que si on va jusqu'au bout,
- 28:36qu'on est persévérant,
- 28:38on n'a aucune raison de ne pas y arriver.
- 28:42Et c'est comme ça que j'ai continué à développer.
- 28:45Et aujourd'hui encore je réfléchis de cette manière,
- 28:47quand j'ai des moments de doute,
- 28:48parce que j'en ai des fois,
- 28:51j'essaie d'y croire et d'être toujours dans la rigueur.
- 28:58D'accord.
- 28:59Du coup,
- 29:00c'est super intéressant que tu expliques que toi,
- 29:01dès le départ,
- 29:02tu as cette volonté de développer ton business.
- 29:04Et donc,
- 29:05tu oses de manière assez directe présenter tes collections à des concept stores.
- 29:10Et tu as des retours positifs qui te donnent confiance et potentiellement,
- 29:15ta présence dans ces différents concept stores et peut-être ta communication sur les réseaux sociaux ont pu faire que tu as été remarqué par des acheteurs de grands magasins.
- 29:25Merci.
- 29:26Et toi,
- 29:26à ce moment-là,
- 29:27tu fais cette démarche,
- 29:28effectivement,
- 29:29ce que tu évoquais de tu as une équipe,
- 29:32tu as ton atelier,
- 29:33tu envoies des échantillons dans différentes boutiques,
- 29:36donc tu fais de la prospection.
- 29:37En fait,
- 29:37tu as vraiment une casquette de commercial,
- 29:39en réalité.
- 29:40Et au niveau de la communication,
- 29:42parce que quand tu dis que tu as une acheteuse qui te contacte,
- 29:45elle te contacte sur Instagram,
- 29:46elle te contacte par mail,
- 29:47c'est par un intermédiaire ?
- 29:49Par mail.
- 29:50Alors,
- 29:50je vais vous dire,
- 29:51je n'oublierai jamais ce jour-là,
- 29:53en fait.
- 29:54où je venais de commencer,
- 29:55ça faisait à peine six mois que j'avais structuré,
- 29:57on va dire,
- 29:58le truc.
- 29:59Et là,
- 29:59je reçois un mail,
- 30:01Sophia,
- 30:01nous pensons que vos produits ont un réel potentiel chez nous.
- 30:06Et là,
- 30:06quand même,
- 30:07recevoir ce mail d'une acheteuse d'un grand magasin sans avoir fait de salon,
- 30:10maintenant,
- 30:10avec du recul,
- 30:11je me dis,
- 30:11c'est quand même assez incroyable.
- 30:13Et là,
- 30:14elle me dit,
- 30:16vos produits sont…
- 30:17Elle m'a proposé une visio,
- 30:18voilà,
- 30:18on a fait la visio.
- 30:19Et là,
- 30:19elle m'a dit,
- 30:20vos produits seraient vraiment parfaits pour…
- 30:22le prochain thème du magasin,
- 30:24mais qu'elle ne m'a pas dévoilé.
- 30:26Elle m'a dit que le thème est toujours confidentiel.
- 30:29Donc c'est vrai qu'on a passé la commande,
- 30:32mais on ne m'a pas dit quel était le thème.
- 30:35En tout cas,
- 30:36ce qui était important pour moi,
- 30:37c'était le fait d'avoir été choisie par cette acheteuse.
- 30:41Je trouvais que c'était plutôt pas mal pour un début,
- 30:43un premier vrai contrat.
- 30:46Et donc,
- 30:49les produits ont beaucoup plu à la clientèle de ce grand magasin.
- 30:52Et du coup,
- 30:54j'ai eu la chance d'avoir mes produits dans le concept store de ce grand magasin,
- 30:59mais aussi dans la boutique éphémère.
- 31:00Donc les produits étaient placés à deux endroits différents pendant ces six mois d'exposition.
- 31:05C'était quand même pas mal pour un début.
- 31:08Et ensuite,
- 31:09le deuxième grand magasin parisien m'a contactée dès qu'il a vu,
- 31:12je pense,
- 31:13oui c'est ça,
- 31:14c'est ce que l'acheteuse m'avait dit,
- 31:15dès qu'ils ont vu que les produits étaient exposés dans le premier grand magasin.
- 31:20Donc ça,
- 31:21c'était très important.
- 31:23Et ensuite,
- 31:24les choses se sont enchaînées.
- 31:25D'accord,
- 31:26donc il y a eu une forme d'effet boule de neige vertueux où on te voit à la Saint-Maritaine et forcément,
- 31:33ça interpelle.
- 31:34Je peux donner le nom du magasin,
- 31:35oui.
- 31:35Ah bah oui,
- 31:36tout à fait.
- 31:36C'est l'acheteuse de la Saint-Maritaine qui m'a contactée parce que ça allait bien avec le thème Paris Magic City.
- 31:42D'ailleurs,
- 31:42ce que j'ai apprécié,
- 31:43c'est que les deux acheteuses,
- 31:44en fait,
- 31:44il y a eu après une deuxième acheteuse qui m'a contactée,
- 31:46toujours de la Saint-Maritaine pour la Visio.
- 31:50Et là,
- 31:51elles m'ont laissé la liberté totale au niveau des couleurs.
- 31:55Elles m'ont dit,
- 31:56vous nous faites...
- 31:59Au niveau des créations,
- 32:00elles ont choisi les modèles collier et brassé.
- 32:01Elles m'ont dit,
- 32:02on vous fait confiance pour les couleurs.
- 32:03Vous faites de jolies combinaisons et c'est votre point fort.
- 32:06Donc,
- 32:08on vous laisse la liberté de choisir les couleurs qui vous plaisent.
- 32:12Et on veut tant de pièces.
- 32:15Et à la fin,
- 32:15j'ai vu que ça allait super bien avec le thème du magasin,
- 32:18que je ne connaissais pas à l'avance.
- 32:19Donc c'est ça qui est assez incroyable.
- 32:21Et je pense que quand ça leur a plu,
- 32:23elles ont proposé ça à la boutique de Loulou,
- 32:25qui est le concepteur du magasin,
- 32:27et dans l'espace éphémère,
- 32:29la Paris Magic City.
- 32:32Voilà,
- 32:32donc c'était vraiment bien d'avoir les produits dans ces deux magasins,
- 32:38si vous voulez.
- 32:39Ok,
- 32:40dans les deux espaces de la Saint-Marie.
- 32:43En tout cas,
- 32:44dans ta manière de raconter les choses,
- 32:45c'est un petit peu...
- 32:46Le conte de fées de la créatrice de mode,
- 32:49c'est vraiment…
- 32:51D'ailleurs,
- 32:51ce qui est assez incroyable,
- 32:52c'est que tout le monde me dit après,
- 32:53mais c'est incroyable,
- 32:54tu n'as jamais fait de salon,
- 32:55mais comment ils t'ont repéré ?
- 32:58Et l'une des responsables de la boutique de Loulou,
- 33:02donc toujours à la Samaritaine,
- 33:03m'a dit,
- 33:03Sophia,
- 33:04c'est incroyable parce que je peux vous dire qu'il y a plein de créateurs qui passent nous voir carrément à la Samaritaine en donnant les lookbooks,
- 33:12les company profiles,
- 33:13les line sheets.
- 33:14en espérant être repérée par une acheteuse.
- 33:17Moi,
- 33:17je ne l'ai pas réalisé,
- 33:19même au départ.
- 33:19Quand j'ai compris le fonctionnement,
- 33:21en fait,
- 33:22je trouve ça assez drôle,
- 33:25mais c'est vrai que c'est plutôt pas mal pour un début.
- 33:30Ah oui,
- 33:31c'est carrément pas mal.
- 33:33Toi,
- 33:33est-ce que du coup,
- 33:34à ce moment-là,
- 33:35donc tu dis qu'elle te contacte par mail,
- 33:36tu as un site internet,
- 33:38tu as des réseaux sociaux ?
- 33:40Non,
- 33:40je n'avais pas encore de site.
- 33:42Mais sur la page
- 33:44Insta, vous savez,
- 33:44dans Contact,
- 33:45là,
- 33:45on peut ajouter une page,
- 33:47pardon,
- 33:48une adresse mail.
- 33:50Et donc moi j'avais déjà mon adresse mail qui était sur ma page,
- 33:53c'est comme ça qu'elle m'a contactée.
- 33:54Mais le site,
- 33:55je l'ai créé après avoir signé le contrat avec la Samaritaine.
- 34:00J'ai commencé à travailler sur le site,
- 34:02mais qui n'était pas prêt d'ailleurs pendant l'exposition là-bas,
- 34:05puisqu'il était prêt,
- 34:08j'ai démarré le travail sur le site en avril.
- 34:12Le site était prêt en septembre et moi j'ai exposé jusqu'en septembre à la Samaritaine.
- 34:21Donc,
- 34:21c'est vraiment via ta communication sur Instagram et peut-être les boutiques dans lesquelles tu étais présente.
- 34:27Ça peut être les billets par lesquels ton produit a été découvert.
- 34:31Pardon,
- 34:32elle m'a dit que c'était par les hashtags,
- 34:33d'ailleurs,
- 34:35sur Instagram.
- 34:37Elle avait vu ça en story.
- 34:39Mais parce que même encore aujourd'hui,
- 34:41je n'ai pas sponsorisé.
- 34:43Le compte n'est pas sponsorisé.
- 34:46OK,
- 34:46donc c'est vraiment finalement la...
- 34:49particularité de tes produits,
- 34:51le fait que ça apporte quelque chose de nouveau,
- 34:53de différent,
- 34:53c'est ce qui a pu interpeller et plaire,
- 34:56parce que c'est vrai que les acheteurs,
- 34:58pour le coup,
- 34:59ils font de la veille et de la prospection sur les réseaux sociaux pour pouvoir trouver des nouvelles idées,
- 35:06des choses qui sont,
- 35:08comment dire,
- 35:10qui sont vues nulle part ailleurs.
- 35:11Ça fait partie de leur travail,
- 35:13notamment les acheteurs de ces grands magasins-là à Paris.
- 35:16Certes,
- 35:17d'avoir des grandes marques très connues,
- 35:18mais aussi d'avoir des jeunes créateurs,
- 35:21des nouvelles marques qui apportent quelque chose de différent.
- 35:25Donc là,
- 35:26effectivement,
- 35:27toi,
- 35:27tu étais sur le créneau qui fonctionne bien par rapport à ça.
- 35:33Ensuite,
- 35:34dans le développement de ta marque,
- 35:36quand,
- 35:36dès le départ comme ça,
- 35:38tu accèdes à des grands magasins,
- 35:41quelles sont les étapes de développement que tu envisages ?
- 35:44Parce que toi,
- 35:44finalement,
- 35:45dès le début,
- 35:45tu commences par…
- 35:47Il y a des gens,
- 35:47ils vont me dire,
- 35:48nous,
- 35:48c'est au bout de trois ans,
- 35:48au bout de quatre ans qu'on a pu avoir accès aux grands magasins.
- 35:52Toi,
- 35:52ça a commencé comme ça.
- 35:54Quels ont été après tes objectifs de développement ?
- 35:56Alors,
- 35:57je vais vous raconter ce qui s'est passé tout de suite après.
- 35:59Donc,
- 36:00la marque était présente à la Samaritaine de avril à septembre.
- 36:06Et le Bon Marché,
- 36:08la directrice du bureau de style du Bon Marché m'a envoyé un message sur Instagram pour me proposer un rendez-vous parce qu'elle pensait que la marque...
- 36:16que la société et l'atelier étaient à Paris.
- 36:21Et là,
- 36:21je lui ai dit,
- 36:22non,
- 36:22je suis en Tunisie actuellement,
- 36:23mais je peux venir pour un rendez-vous,
- 36:26parce que je n'allais pas,
- 36:26évidemment,
- 36:27rater l'opportunité d'être au Bon Marché.
- 36:30Et là,
- 36:30elle m'a dit,
- 36:30non,
- 36:30non,
- 36:30il n'y a pas de souci,
- 36:32on peut faire une visio.
- 36:33Donc là,
- 36:35j'ai fait la visio avec le Bon Marché,
- 36:37et je ne vous cache pas que j'étais un petit peu angoissée par rapport à ça.
- 36:40Je me suis dit,
- 36:40j'espère que ça va marcher,
- 36:41j'espère que ça va leur plaire,
- 36:43etc.
- 36:44Et là,
- 36:44du coup...
- 36:47Elles avaient déjà fait leur choix,
- 36:50les deux acheteuses,
- 36:52la directrice du bureau de style et l'acheteuse qui était avec elles,
- 36:56elles avaient déjà fait leur choix par rapport aux hances de sacs qu'elles allaient prendre,
- 37:00et elles voulaient juste faire une visio pour valider les couleurs,
- 37:04etc.
- 37:04Donc là,
- 37:04j'étais vraiment contente.
- 37:08Ensuite,
- 37:08elles m'ont reçue au bureau de style,
- 37:10et là,
- 37:10c'était vraiment le rêve pour moi,
- 37:13aller au bon marché,
- 37:14être reçue dans ces...
- 37:16locaux avec des acheteuses que je connaissais mais de noms seulement donc c'était vraiment un rêve pour moi et tout de suite donc elles ont passé la commande pour le mois d'août donc j'ai enchaîné le travail sur la commande du bon marché qui a pris quand même pas mal de temps et
- 37:35tout de suite après j'ai été contacté par deux autres concept stores et voilà les choses se sont enchaînées naturellement
- 37:43Je veux dire,
- 37:44je n'ai pas tellement réfléchi.
- 37:45Je n'ai pas eu le temps de réfléchir,
- 37:47en fait.
- 37:47Il fallait à chaque fois que la commande soit finie à temps parce qu'il faut un délai de livraison.
- 37:56En fait,
- 37:56il fallait livrer les grands magasins un mois avant l'exposition en magasin.
- 38:02Donc,
- 38:04ce qu'il fallait gérer,
- 38:05c'était la production.
- 38:08Et du coup,
- 38:09je n'ai pas eu le temps de réfléchir à un plan pour...
- 38:12Qu'est-ce qui va se passer après la présence dans les grands magasins ?
- 38:17Le compte de fait de la créatrice de mode,
- 38:19ce dont tout le monde rêve,
- 38:20c'est-à-dire je crée ma marque,
- 38:22je suis repérée,
- 38:23puis ensuite je produis pour pouvoir répondre à des commandes fermes de grands magasins.
- 38:30Ce que tu évoquais tout à l'heure,
- 38:31c'est que nous,
- 38:31on s'est rencontrés lors du salon
- 38:33Who's Next,
- 38:35début 2024.
- 38:36Donc finalement,
- 38:37toi,
- 38:37tu avais déjà eu,
- 38:38en général,
- 38:39c'est ce que tu disais,
- 38:39en général,
- 38:40on fait un salon avec l'espoir de rencontrer des acheteurs de grands magasins.
- 38:45Voilà,
- 38:46toi en fait les choses se font,
- 38:48on va dire à l'envers,
- 38:48mais c'est jamais perdu.
- 38:50Du coup,
- 38:51quand tu fais ce salon-là,
- 38:54comment ça se passe pour toi,
- 38:55sachant que voilà,
- 38:55toi tu as une perspective peut-être un peu différente parce que tu as déjà répondu à des commandes,
- 39:00tu as déjà créé ta société,
- 39:01elle est structurée,
- 39:03tu as ton atelier,
- 39:04donc tu as une forme de maturité peut-être par rapport à certains autres jeunes créateurs qui n'ont pas encore eu finalement de commandes officielles d'un grand magasin.
- 39:13Alors j'ai fait le salon Who's Next.
- 39:15grâce à Creative Tunisia.
- 39:18C'est un programme de l'ONUDI en Tunisie et qui accompagne les jeunes créateurs.
- 39:25Je vous explique rapidement.
- 39:26Je devais faire le Who's Next toute seule et le Who's Next a validé mon inscription.
- 39:32À peine dix jours après avoir validé cette inscription,
- 39:37j'étais très contente.
- 39:38J'ai commencé à travailler sur le corner,
- 39:41comment j'allais faire la déco et tout.
- 39:43Et là,
- 39:44la responsable du cluster mode de Creative Tunisia me contacte pour me dire « Sophia,
- 39:49est-ce que tu veux faire le Who's Next avec nous ? »
- 39:51Et là,
- 39:51je lui dis « Ah,
- 39:52c'est vraiment dommage,
- 39:53je viens à peine de m'inscrire et tout. »
- 39:55Elle m'a dit « Pas de souci,
- 39:55on va régler ça avec les responsables du salon.
- 39:59Et si tu veux,
- 40:00tu feras le salon avec Creative. »
- 40:02Et donc là,
- 40:03je suis très contente et je remercie encore une fois
- 40:05Abir de Creative Tunisia qui m'a proposé de faire le salon avec eux.
- 40:13Et grâce à ce salon,
- 40:14j'ai eu encore plus d'acheteurs.
- 40:16J'ai eu des acheteurs de différents pays,
- 40:21donc
- 40:21Dubaï, le Congo,
- 40:23la France,
- 40:25les Pays-Bas et la Suisse.
- 40:28Ce qui est plutôt pas mal,
- 40:29je trouve,
- 40:29pour un premier salon.
- 40:30Parce qu'on m'a dit,
- 40:31attends-toi à ne pas avoir d'acheteurs,
- 40:32c'est pas grave,
- 40:33c'est ta première participation,
- 40:35tu peux ne pas avoir de commandes et tout.
- 40:36Donc je trouvais que c'était plutôt pas mal d'avoir...
- 40:40ne serait-ce que quelques commandes pour cette première participation.
- 40:46Effectivement,
- 40:47c'est une belle réussite parce qu'effectivement,
- 40:48les premiers salons,
- 40:50les premières fois,
- 40:50c'est souvent des premières fois où on te découvre.
- 40:54Maintenant,
- 40:54toi,
- 40:55la particularité,
- 40:55c'est qu'on te découvre,
- 40:56mais tu étais déjà à la Saint-Maritaine,
- 40:58tu étais déjà au Bon Marché.
- 41:00Et en général,
- 41:01les acheteurs qui fréquentent ce genre de salon,
- 41:03ils aiment bien regarder les sélections des grands magasins.
- 41:06Ça les rassure aussi pour se dire quelles sont les nouvelles marques.
- 41:10qu'eux,
- 41:10ils peuvent intégrer.
- 41:11Donc,
- 41:11je pense que toi,
- 41:12tu as un parcours vraiment de compte de fées,
- 41:15success story de marque parce que tu as un certain nombre d'éléments qui rassurent en fait.
- 41:23Surtout,
- 41:24les acheteurs,
- 41:24parfois,
- 41:24ils vont hésiter à passer des premières commandes à des jeunes créateurs parce qu'ils ne savent pas si le créateur va être capable d'honorer la commande.
- 41:33Le fait que toi,
- 41:34tu aies déjà travaillé avec la Saint-Maritain et le Bon Marché,
- 41:36que tu les aies déjà livrés,
- 41:38c'est encore un élément qui rassure en fait.
- 41:40Et donc,
- 41:42de ce point de vue-là,
- 41:43je pense que tu fais partie des créateurs qui ont pu générer des commandes auprès de plusieurs acheteurs différents lors d'un salon,
- 41:51mais parce que tu as un parcours qui est assez atypique en fait,
- 41:56dans la manière dont tu as pu avoir accès à des opportunités.
- 42:01Toi aujourd'hui,
- 42:02vu comment ça s'est passé le démarrage de ton activité,
- 42:06est-ce que tu as pris un peu ce que tu disais tout à l'heure,
- 42:08c'est que tout s'est enchaîné très vite,
- 42:10tu as créé,
- 42:11tu as eu des opportunités de finalement honorer des commandes pour des grands magasins,
- 42:17ensuite tu enchaînes avec un salon quelques temps plus tard.
- 42:20Toi aujourd'hui,
- 42:20est-ce que tu as un peu pris un temps de recul,
- 42:23de réflexion,
- 42:24pour te dire voilà,
- 42:26moi mon ambition pour les années à venir,
- 42:28c'est ça ?
- 42:30Est-ce que tu as déjà commencé à définir un petit peu une feuille de route pour les mois ou les années à venir ?
- 42:37Alors,
- 42:37c'est vrai que je fonctionne beaucoup au feeling.
- 42:40Et je pense qu'il faut écouter sa voix intérieure.
- 42:44Parce que,
- 42:45évidemment,
- 42:46quand on est structuré et assez rigoureux,
- 42:48encore une fois,
- 42:49et on sait si on est vraiment capable de travailler,
- 42:53d'être dans la persévérance,
- 42:55je pense que...
- 42:59Comme j'ai dit,
- 42:59je fonctionne au feeling,
- 43:00donc je crois que j'ai cette capacité à développer la marque,
- 43:05enfin j'espère pouvoir y arriver,
- 43:07à l'étranger.
- 43:09C'est-à-dire que là,
- 43:10j'ai un seul point de vente à Dubaï,
- 43:12mais qui est au salon.
- 43:15J'ai été contactée par les acheteuses de Tasha Group,
- 43:20qui a les concept stores collectives Africa,
- 43:22les restaurants qui sont juste à côté.
- 43:28le resto concept store Bangalow 34 je ne sais pas si vous connaissez c'est au Niki Beach à Dubaï et j'espère avoir la possibilité de vendre mes produits rien que pour ce groupe
- 43:40Ausha Group qui ont des concept stores un peu partout dans le monde à Riyadh à Abu Dhabi voilà j'espère pouvoir développer la marque
- 43:52que ce soit aux Émirats ou aux États-Unis,
- 43:57ça,
- 43:57ce serait vraiment le rêve pour moi d'avoir un point de vente là-bas,
- 44:02développer encore plus en France,
- 44:03faire de belles collaborations.
- 44:04D'ailleurs,
- 44:05là,
- 44:05j'ai oublié de vous parler de ce détail quand j'ai enchaîné tout à l'heure sur la Samaritaine et le Bon Marché.
- 44:12Tout de suite après le Bon Marché,
- 44:13j'ai eu l'opportunité de faire une belle collaboration avec une marque de vêtements en Cachemire,
- 44:19Oscar & Valentine.
- 44:21Oscar et Valentine,
- 44:22et là on a fait une collab sur le bracelet mère et fille.
- 44:25Voilà,
- 44:26donc les choses sont en train d'évoluer,
- 44:28on va dire positivement,
- 44:29et j'espère que ça va continuer.
- 44:31Mais je dois dire que je n'ai pas deux feuilles de route,
- 44:34et je ne sais pas précisément ce que je vais faire là dans les mois à venir,
- 44:40mais ce qui est sûr c'est que j'ai vraiment envie de développer l'export,
- 44:45et j'espère que ça continuera,
- 44:46on va dire,
- 44:47comme j'ai pu le développer jusque-là.
- 44:50Très bien,
- 44:50donc il y a une forme de spontanéité dans ta manière d'appréhender le développement de ton activité,
- 44:56avec en fait finalement,
- 44:57bien sûr tu es présente à des rendez-vous clés comme un salon par exemple,
- 45:01en essayant de développer des partenariats avec soit des marques,
- 45:05soit des concept stores,
- 45:07mais tu es plutôt assez opportuniste en fait dans la manière dont tu développes ce business,
- 45:14et quelque part c'est ce qui t'a réussi jusqu'ici,
- 45:16donc il n'y a pas de raison finalement de…
- 45:19de changer.
- 45:21Est-ce que toi,
- 45:23aujourd'hui,
- 45:24tu as le sentiment que ce que tu fais,
- 45:26c'est du fait main,
- 45:31tu vas travailler finalement de l'artisanat ?
- 45:34Est-ce que tu penses que ce sont ces éléments-là qui font aussi le succès de ta marque,
- 45:38le fait aussi que ce soit fabriqué en Tunisie ?
- 45:41Est-ce que tu penses que ce sont des facteurs qui font l'intérêt de la marque ?
- 45:47Je pense que c'est très important,
- 45:48oui,
- 45:48le fait que ce soit du handmade,
- 45:50sans l'intervention d'une machine,
- 45:51ça je le dis toujours,
- 45:54tout est fait à la main entièrement,
- 45:56que ce soit la pose des perles aux extrémités,
- 45:59le tissage,
- 45:59tout,
- 46:00Donc c'est fait à la main.
- 46:02Ensuite,
- 46:04c'est une marque éthique,
- 46:05puisque comme je l'ai dit tout à l'heure,
- 46:06mais assez brièvement,
- 46:08mes artisanes travaillent dans une très bonne ambiance à l'atelier,
- 46:12elles ont des horaires aménagés également.
- 46:16L'atelier,
- 46:18je l'ai choisi exprès à cet endroit-là où je suis,
- 46:23l'atelier est à La Marsa,
- 46:26une ville qui est à 30 minutes du centre-ville de Tunis.
- 46:32Et j'ai fait en sorte que les artisanes puissent venir ou à pied,
- 46:38ou en prenant un bus,
- 46:40c'est-à-dire un seul moyen de transport.
- 46:44Donc j'ai choisi un endroit,
- 46:45on va dire,
- 46:45accessible.
- 46:47Et ça,
- 46:48c'est important pour qu'elles puissent travailler dans une bonne ambiance,
- 46:52qu'elles ne soient pas fatiguées quand elles arrivent le matin ou qu'elles ne rentrent pas fatiguées chez elles le soir.
- 46:58Elles terminent le travail à 15h,
- 47:00elles font ce qu'on appelle la séance unique de 8h à 15h,
- 47:02au lieu d'avoir une journée
- 47:058h, 12h,
- 47:0614h,
- 47:0617h.
- 47:08Et d'ailleurs,
- 47:09elles apprécient beaucoup le fait d'avoir ces horaires aménagés,
- 47:12chose qui ne se fait pas en Tunisie.
- 47:13Quand on travaille dans un atelier ou dans une usine,
- 47:15malheureusement,
- 47:16c'est toujours une journée,
- 47:18pas qu'en Tunisie,
- 47:19mais on va dire partout dans le monde,
- 47:21c'est une journée de travail,
- 47:22une journée complète,
- 47:23de 8h à 17h.
- 47:28Très bien,
- 47:28écoute,
- 47:28c'est intéressant que tu partages ça et que tu partages finalement ces horaires aménagés et la manière dont tu as cherché à développer.
- 47:36ton activité et ton business avec le fait de travailler avec des femmes et de chercher à créer en fait une ambiance et une dynamique de travail qui soit agréable.
- 47:47Effectivement ce sont des valeurs qu'aujourd'hui des acheteurs,
- 47:51que ce soit des acheteurs de grands magasins ou alors des clients,
- 47:53ce sont des valeurs qu'on va regarder et qui peuvent nous toucher.
- 47:59Toi aujourd'hui en termes de développement de collections,
- 48:03de nouveaux produits,
- 48:05Tu nous citais tout à l'heure une liste assez longue d'accessoires sur lesquels tu travaillais.
- 48:12Quelles sont les pistes créatives de réflexion que tu as aujourd'hui,
- 48:17toujours dans ce côté artisanal,
- 48:19fait main ?
- 48:21Est-ce que tu es en train de réfléchir à des nouvelles pistes ?
- 48:25C'est quoi la suite du rêve pour toi ?
- 48:27Il y a effectivement toujours du nouveau,
- 48:29et c'est ce qui me stimule et c'est ce qui me permet d'avancer,
- 48:31de créer de nouvelles choses.
- 48:34Il va y avoir une autre matière,
- 48:37c'est-à-dire que je ne vais pas utiliser ces cordons-là en satin pour développer une autre gamme,
- 48:44mais qui ne se verra pas le jour tout de suite parce qu'il faut beaucoup de temps pour produire ces articles que j'ai envie,
- 48:49j'espère que ça va se concrétiser,
- 48:51donc ces articles que j'ai envie de développer.
- 48:53Et ça sera avec d'autres cordons,
- 48:59ça sera quelque chose de nouveau,
- 49:00mais toujours tissé,
- 49:02puisque l'ADN de la marque c'est ça en fait.
- 49:04Ce sont des accessoires tissés.
- 49:08Très bien,
- 49:09on a hâte de découvrir les nouvelles collections et l'évolution créative que tu vas apporter à la marque et nul doute que ce sera un succès comme ça l'a été jusqu'ici.
- 49:24Moi,
- 49:24j'aime bien terminer les interviews avec une question sur la place de la mode dite africaine.
- 49:33Toi,
- 49:33tu es basée en Tunisie,
- 49:35tu développes des choses depuis la Tunisie,
- 49:36donc un petit peu.
- 49:37La place de la mode africaine dans finalement l'univers de la mode mondiale.
- 49:43C'est vrai qu'on a tendance à envisager la mode avec un regard souvent occidental,
- 49:48envisager Paris comme étant la capitale de la mode mondiale.
- 49:53Toi,
- 49:54si tu devais un peu chercher à définir une mode africaine,
- 49:57qu'est-ce que tu dirais ?
- 50:00Alors,
- 50:01franchement,
- 50:01moi je ne dirais pas une mode africaine,
- 50:03mais je dirais plutôt des créateurs africains talentueux,
- 50:06chacun dans son domaine,
- 50:07que ce soit le tissage,
- 50:08la broderie ou la couture.
- 50:13Je trouve que notre point fort,
- 50:14c'est vraiment d'avoir des produits handmade,
- 50:19qu'on ne peut pas développer partout dans le monde,
- 50:21mais nous on a le savoir-faire,
- 50:24on a la chance d'avoir des artisans et des artisanes qu'on peut former à notre technique,
- 50:28que ce soit le
- 50:29du tissage ou autre.
- 50:31Et ça,
- 50:31je trouve que c'est notre point fort.
- 50:35Je suis assez d'accord avec ça,
- 50:37avec ce point de l'artisanat,
- 50:40du fait main et du fait qu'on a encore des personnes qui sont intéressées par ces métiers,
- 50:48par la maîtrise d'un savoir-faire et d'une technique et par la volonté de prolonger des traditions.
- 50:54Donc effectivement,
- 50:55c'est ce qui va faire la différence par rapport à...
- 50:58ce qu'on peut envisager ailleurs que sur le continent africain.
- 51:04Et je dirais avoir aussi des produits de qualité,
- 51:06ce n'est pas seulement du handmade.
- 51:10C'est qu'on arrive quand même à avoir des produits qui ont la qualité et aussi qui sont faits main.
- 51:19Donc ça,
- 51:19c'est hyper important.
- 51:21Donc c'est vraiment un savoir-faire de qualité avec une forme de tradition.
- 51:27et aussi une certaine modernité j'ai envie de dire pour conclure qu'il ne faut pas avoir l'impression que quand on parle de savoir-faire artisanal parfois ça peut être associé à quelque chose d'un peu vieux,
- 51:37d'un peu ancien qui ne serait pas contemporain or toi quand on regarde tes collections il y a vraiment quelque chose de très contemporain et même les premiers produits avec ce côté un thème un peu marshmallow,
- 51:54berlingo bonbon
- 51:55on sent qu'il y a une vraie modernité et qu'on est sur des techniques de tissage à la main qui peuvent être associées à quelque chose de traditionnel et d'ancien.
- 52:04C'est ça qui est intéressant dans ton concept.
- 52:08Merci.
- 52:10J'étais ravie d'avoir pu échanger avec toi pour le podcast Africa Fashion Tour et d'avoir découvert un petit peu ce conte de fées.
- 52:19C'est vrai qu'on avait déjà eu l'occasion de parler,
- 52:21mais pas aussi longuement.
- 52:23Et c'est vrai que c'est assez intéressant d'avoir...
- 52:25un retour d'expérience comme ça,
- 52:27où finalement,
- 52:29parfois on parle souvent de tous les défis et les challenges difficiles que rencontrent les entrepreneurs,
- 52:34mais c'est aussi bien de raconter des histoires où finalement,
- 52:38il y a eu un enchaînement de bonnes nouvelles,
- 52:41de bonnes surprises qui t'ont permis de développer
- 52:44Yes, I'm Made.
- 52:45Merci beaucoup Ramata.
- 52:47Je suis contente d'avoir échangé avec toi,
- 52:49moi aussi.
- 52:50Et je voudrais dire quelque chose juste pour finir.
- 52:52Il faut toujours y croire,
- 52:53toujours rêver,
- 52:54c'est ce qui permet d'avancer.
- 52:55Je pense qu'en travaillant dur,
- 52:57si on ne fait que ça pendant un certain temps,
- 53:01c'est-à-dire au moins une année ou deux,
- 53:04quand il y a la rigueur et la persévérance,
- 53:07je pense que ça finit par payer.
- 53:10Ce sera le mot de la fin,
- 53:11je suis assez d'accord avec toi.
- 53:12Effectivement,
- 53:13la réussite,
- 53:14c'est pas...
- 53:15Mais bon,
- 53:16je pense qu'en travaillant dur,
- 53:18on obtient des résultats,
- 53:19forcément.
- 53:20Complètement,
- 53:21complètement.
- 53:22Merci beaucoup.
- 53:23Merci beaucoup,
- 53:24Toramata.
- 53:25Je te dis à bientôt en Afrique ou ailleurs.
- 53:29Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout.
- 53:32J'espère que cette interview vous a plu.
- 53:34Pour soutenir mon initiative et donner de la portée au message des créateurs du continent,
- 53:38je vous propose trois actions.
- 53:41Abonnez-vous sur Spotify ou Apple,
- 53:43partagez l'épisode à trois de vos amis,
- 53:46prenez le temps d'évaluer le podcast et de mettre 5 étoiles.
- 53:51Merci encore et à très vite,
- 53:53en Afrique ou ailleurs.