Latest / Les invités de Radio des Ballons / 15 ans pour l'association des sites le Corbusier à la Chapelle de Ronchamp
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- Jean-Jacques Virault, quels sont les objectifs de l'Association ? Alors les objectifs, alors là vous me posez une question qui est un peu compliquée, parce que notre Association, elle se veut très vivante, donc elle se veut en observation de la situation mondiale. Elle est née dans tout ce giron de culture paysanne, encore dans le terroir paysan qui caractérise la Haute-Saône, mais ce monde paysan a disparu dans les années 70, et donc on est obligé de constamment définir notre mission, et cette mission, pour faire simple, maintenant qu'on a beaucoup travaillé sur cette question là, c'est d'inspirer la paix, et c'est pour cette raison que par exemple dimanche on a une rencontre interreligieuse, où on aura des interventions d'une personne de confession juive, de confession musulmane, bouddhiste, chrétienne, etc. Donc pour nous, inspirer la paix, et comment, et bien c'est de faire ce site, le conserver extrêmement dépouillé, à l'abri de tout événement de divertissement, donc on est très à l'affût, on doit résister à des fortes pressions, puisque vous savez que c'est le lieu le plus touristique, le plus connu avec Arkesnan, mais il est hors de question qu'on fasse ici ce qui se passe à Arkesnan, parce qu'on est dans un lieu marial, un lieu religieux, qui poursuit sa mission qui a été évidemment proposée à Le Corbusier, Le Corbusier a proposé une œuvre qui lui a échappé complètement, parce qu'elle est hors du temps, donc ça nous inspire pour assurer cette capacité à accueillir le monde entier, puisque le monde entier vient ici, en acceptant que tout le monde ait la parole, et qu'il n'y ait aucune appropriation par qui que ce soit, mais au contraire car c'est une ouverture complètement universelle des gens qui se racontent ici, c'est ce qu'on essaie de tenir, donc ça suppose de l'invention permanente. Le Corbusier était athée, est-ce que c'est pour ça que vous voulez aujourd'hui imposer une religion ici et c'est libre ? Non, ça n'a rien du tout à voir avec ça, ici c'est un lieu religieux très populaire, il faut garder ça, je peux même préciser les choses, ici l'objet de dévotion c'est une vierge à l'enfant, et vierge à l'enfant ça veut dire la vierge qui porte l'enfant, et donc elle est le trône de la sagesse, c'est-à-dire l'enfant c'est le centre, c'est pas la vierge, ça n'a rien à voir avec la dévotion mariale qui s'est développée au 19e avec les ex-votos pour couper la choléra, c'est quelque chose qui est très profond, qui va très loin, et le Corbusier qui se déclarait agnostique, ça ne posait pas de problème, qui était de culture calviniste, donc il n'a aucune sensibilité, aucune approche de cette dévotion mariale, son père qui était ouvert à la nature, donc c'était autre chose, mais là la grande leçon pour l'architecture, c'est qu'on a un architecte qui s'approprie, qui écoute, qui s'approprie une commande, et qui répond de façon la plus pertinente, qu'il soit indépendamment de sa croyance, c'est ça qu'il faut comprendre, et en fait c'est ce qui fait la force de cette œuvre, c'est que d'une part elle est extrêmement traditionnelle, puisque tout y est, l'hôtel, la chambre, elle est extrêmement traditionnelle dans sa réponse, mais en même temps il n'y a aucune référence de quoi que ce soit d'une époque, donc elle est complètement hors sol, hors du temps, et ça, ça a dépassé le Corbusier lui-même, et il le disait, il disait où est-ce que je suis allé chercher ça, donc là on a cette œuvre-là qui est complètement exceptionnelle, on en a la responsabilité, et au-delà, s'il y a des baisses de pratiques, tout ça, ça c'est pas un problème, le monde change, mais le besoin, le besoin d'universel, de cette spiritualité, de comprendre ce qu'on est, qui est la chose la plus, les questionnements les plus intimes de la personne, et bien c'est ça qui est là, et ça, ça ne changera pas, et donc nous on garantit ça, on protège ça. Laurent Séguin, président, tout nouveau président du département de Haute Saône, Laurent, te voici à Ronchamps, parce que Ronchamps, c'est un site qui est quand même symbolique du tourisme, notamment, et de la culture du département. C'est un site sur lequel on trouve la chapelle Le Corbusier, sur la colline de Bourg-les-Monts, et donc c'est un site qui est classé depuis 2016 au patrimoine de l'UNESCO, donc c'est effectivement un incontournable du patrimoine haussonois aujourd'hui. C'est le site principal ? C'est un des sites phares, évidemment, moi qui suis d'à côté le plateau du Militant, bien connu du côté Vosgien également, je dirais qu'on se partage la course en tête. Il y a d'autres phares comme ça ? Le département dispose de 370 édifices, monuments, qui sont classés ou inscrits au titre des monuments historiques, donc il y en a forcément d'autres. Il y a un petit peu de chauvinisme. Après, il faut mettre tout ça en réseau, parce que ce qui compte, c'est l'attractivité globale du territoire et se renvoyer les publics. J'ai entendu un petit peu te plaindre du fait que la Haute Saône était un département où l'on passe, mais où on ne s'arrête pas suffisamment. Mais ça, c'est du passé, Raymond ! La Haute Saône, maintenant, on y va. C'est une destination. On y va, et on s'y arrête, et on y passe du temps. On s'amuse, on découvre des choses, on fait du sport, on fait de la découverte du patrimoine naturel également. Donc les choses évoluent et changent. La Chapelle du Corbusier, ce n'est pas rien, parce que je crois qu'on n'est pas loin des 100.000 personnes tous les ans. C'est 55 à 65.000 personnes qui défilent chaque année, effectivement, sur ce site. Je pense que les chiffres ont un petit peu augmenté, d'ailleurs, depuis ce classement au titre du patrimoine UNESCO. On a aujourd'hui sur le site une belle délégation qui est très hétéroclite, cosmopolite, je dirais même. Et donc, on a même des Japonais parmi nous qui militent pour la même cause. Alors, qu'apporte le département, du coup, à cette chapelle, aujourd'hui ? Des sous, évidemment. Alors, on ne met pas nos sous n'importe où et n'importe comment. Donc, ici, déjà, il faut savoir que nous sommes à l'extrémité de la seule départementale du département qui se termine en cul-de-sac. La départementale 264. Et donc, on a déjà mis 750.000 euros. Le cul-de-sac, c'est la chapelle, ce n'est pas rien. C'est la chapelle, effectivement. Et ça valait le coup d'y mettre trois quarts de millions d'euros pour aménager cette route, en faire quelque chose qui assure la sécurité, qui permette d'ailleurs les travaux qui ont été entrepris ici, tout en respectant le site, le paysage et en respectant, y compris, la végétation et les arbres qui se trouvaient le long de ce parcours sinueux. Et ensuite, on a aussi participé à la restauration de la chapelle. Là aussi, on a mis 450.000 euros sur un budget de 2,2 millions. Bien évidemment, comme ce site est classé, inscrit au patrimoine mondial, donc la DRAC est le principal financeur. Mais nous avons voulu manifester notre volonté d'accompagner ce projet. Pour élargir un peu le champ dans cette interview, comment se passent les premiers mois du nouveau président du département ? Eh bien, je crois que j'approche les 100 jours, puisque ça fait trois mois et cinq jours aujourd'hui, donc je dois être à peu près à 95 jours. Je dirais que je ne les ai pas vus passer, ces 100 jours. Et donc, c'est une mission que je découvre. Bien sûr, je resterai humble, j'ai beaucoup de choses à apprendre. On n'apprend pas tout en trois mois. Mais voilà, je pense qu'il faut demander à d'autres personnes comment ils ressentent mon action au bout de 100 jours. Benoît Cornu, maire de Ronchamps, président de l'association aussi. Mais quand on a un tel événement, un tel monument chez soi, c'est le pied. Bien sûr, on est content de recevoir des amis du bout du monde, comme nos voisins proches de Saint-Dié-des-Vosges, par exemple, pour l'anniversaire de notre association, l'association des sites Le Corbusier, qui fête ses 15 ans cette année, et en même temps que les 70 ans de la chapelle et la fin des travaux. Saint-Dié, c'est le site industriel que l'on connaît bien. Oui, la famille Duval, avec Rémy, qui est toujours aux manettes de l'usine. Et en effet, c'est aussi un site emblématique de Le Corbusier, puisqu'il fait partie de la liste du patrimoine mondial. Le textile pour nos confrères de Belfort à Montbéliard. Exactement, pour de grandes marques de luxe. C'est pour ça d'ailleurs qu'on ne peut pas visiter, parce qu'il y a un secret professionnel à préserver à l'usine Duval de Saint-Dié. Mais pas de secret arronchant ? Aucun secret arronchant, à part peut-être les secrets des dieux, puisque les voies du Seigneur sont impénétrables, et qu'à la chapelle, nous avons quand même ici aussi un phare de Le Corbusier, et on en est fier. Mais il a fallu la restaurer. Il a fallu la restaurer, oui, parce qu'elle a quand même 70 ans, et dans l'état où elle est maintenant, je veux dire que le lifting a bien fonctionné. Mais ça a coûté. Ça a coûté, oui, ça a coûté un peu moins de 3 millions d'euros, largement subventionnés par l'État, la région et le département de la Haute-Saône. Mais quand on aime les choses, qu'on veut les préserver et les transmettre, il faut mettre le prix. Quand on veut, on peut. Quand on veut, on peut, exactement. À quoi ? À quelle fonction exacte de l'association que tu présides ? Alors, l'association des sites Le Corbusier est là pour vocation de fédérer les communes, les départements, les régions qui ont sur leur territoire un site de Le Corbusier. Bon, à Ronchamps, c'est le cas. Saint-Dier est adhérent à notre association, puisqu'il y a l'usine Duval, par exemple. On a comme adhérent une toute petite commune qui s'appelle Eveux, sur laquelle on a le couvent de la Tourette. Voilà, et donc on a aussi une ville un petit peu plus grande qui s'appelle Tokyo, et sur laquelle on trouve le musée d'art occidental construit par Le Corbusier. Voilà, donc on va de la petite commune à la grande métropole en passant par Ronchamps. On est assez représentatif de l'œuvre du grand maître de l'architecture moderne. Ça nécessite des déplacements sympas, ça. C'est des déplacements sympas, mais aussi on fait des visios quand même, parce qu'on a quand même la technologie entre les mains. Mais il y a des moments où il faut qu'on soit ensemble, parce qu'il faut qu'on échange, il faut qu'on partage, et en visio ce n'est pas toujours possible. Donc aujourd'hui à Ronchamps, on a nos amis japonais qui sont présents, des amis de Suisse, des amis de Saint-Dier, des amis de Pessac. Alors Pessac, c'est près de Bordeaux. Il y a des bons vins à Pessac. Il n'y a pas que des quartiers Le Corbusier. Mais voilà, on a aussi demain Laurent Vizio, quelqu'un de La Plata qui sera en visio, parce qu'il y a une toute petite maison à La Plata qui a été construite par Le Corbusier et qui fait partie de la liste du patrimoine mondial. C'est quand même quelque chose d'un grand personnage. Le Corbusier, on ne peut pas passer à côté. On ne peut pas passer à côté. Et ce qu'il est, c'est surtout incommensurable et difficile à quantifier quelque part, parce que beaucoup d'architectes, même encore maintenant, prétendent avoir été influencés par le grand maître, que ce soit sur une technique de pilotis, de fenêtres en bandeau, de plans libres. Enfin, tout ce qui fait les cinq points de l'architecture moderne de Le Corbusier, chacun s'y retrouve.