Latest / 7H40 Martin Buxant / Baudouin Régout, commissaire au Plan
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- 0:00Speaker 2: Il est 7h40, à la chasse aux 10 milliards, le
- 0:03Speaker 2: commissaire au plan Baudouin-Régout est notre invité. Bonjour. Bonjour. Vous
- 0:07Speaker 2: êtes face à Buxan.
- 0:12Speaker 4: Oui, Baudouin-Rougou, alors le bureau du plan que vous dirigez,
- 0:16Speaker 4: question un peu directe, à quoi ça sert? Quel est
- 0:17Speaker 4: votre rôle dans les discussions budgétaires actuelles? Alors,
- 0:21Speaker 3: quelquefois, on nous appelle la calculatrice du gouvernement. Nous sommes
- 0:24Speaker 3: un service fédéral, public. C'est vrai qu'on travaille principalement pour
- 0:28Speaker 3: le gouvernement, mais évidemment pour le citoyen et le Parlement,
- 0:30Speaker 3: dont le rôle est de fournir en chiffres objectifs... non partisans, neutres,
- 0:36Speaker 3: sur des choix et des décisions à prendre de nature socio-économique.
- 0:39Speaker 3: Donc vous
- 0:40Speaker 4: n'êtes pas politisé, vous êtes indépendant, vous donnez des conseils
- 0:43Speaker 4: indépendants au gouvernement fédéral, c'est ça
- 0:45Speaker 3: C'est correct, et c'est une des valeurs ajoutées qu'on a
- 0:47Speaker 3: dans notre démocratie.
- 0:48Speaker 4: Alors quelle est l'ampleur du problème, Baudouin-Rougou? Avant de parler
- 0:51Speaker 4: des économies à faire, combien manque-t-il aujourd'hui dans nos finances
- 0:54Speaker 4: publiques belges sur une année
- 0:56Speaker 3: Alors là, prenons 2027 par exemple, sur toute la Belgique,
- 1:00Speaker 3: le déficit est de l'ordre de 36 milliards. Si on
- 1:04Speaker 3: se limite qu'à l'entité fédérale dont la sécurité sociale, on
- 1:07Speaker 3: est de l'ordre de 31 milliards. Alors
- 1:09Speaker 4: l'effort qu'on nous demande de faire aujourd'hui, que notre Premier
- 1:12Speaker 4: ministre a chiffré à hauteur de 10 milliards, est-ce que
- 1:14Speaker 4: c'est un effort? Historique, 10 milliards d'euros. Alors
- 1:18Speaker 3: si on compare au fameux gouvernement de Han il y
- 1:20Speaker 3: a longtemps, on avait eu vraiment un gros effort budgétaire
- 1:23Speaker 3: qui avait été fait. On est plus ou moins du
- 1:25Speaker 3: même ordre de grandeur. Pas de chance, il y a
- 1:28Speaker 3: des vents contraires, qu'il n'y avait pas à l'époque. Donc
- 1:31Speaker 3: Jean-Luc Dehaene, c'était plus facile pour lui de rassembler? Il
- 1:47Speaker 3: y avait aussi des taux d'intérêt qui, à l'époque, étaient
- 1:50Speaker 3: en diminution. Maintenant, ils sont repartis à la hausse. Il
- 1:52Speaker 3: y avait une croissance économique qui était encore forte à
- 1:54Speaker 3: l'époque et qu'on a vu diminuer progressivement depuis lors. Et
- 2:01Speaker 3: il y a encore une fois... Encore un facteur, vous
- 2:04Speaker 3: en avez cité
- 2:04Speaker 4: trois
- 2:05Speaker 3: Oui, tout à fait.
- 2:08Speaker 4: Il y a trois facteurs qui compliquent les choses par
- 2:11Speaker 4: rapport à
- 2:11Speaker 3: l'époque. Le dernier
- 2:12Speaker 4: évidemment, c'est qu'à l'époque, il y avait les dividendes de
- 2:14Speaker 4: la paix. Oui, on n'investissait
- 2:16Speaker 3: pas dans la défense. Alors que maintenant, il faut réaugmenter
- 2:18Speaker 3: les dépenses de défense
- 2:19Speaker 4: Et donc, ça rend plus compliqué aujourd'hui l'effort à réaliser
- 2:22Speaker 4: pour le gouvernement de Bardo-Weaver. À quel point est-ce qu'il
- 2:25Speaker 4: y a urgence de faire ces efforts-là, Baudouin-Regout
- 2:28Speaker 3: Alors, vous savez, c'est comme les examens. Si on attend
- 2:32Speaker 3: la veille de l'examen ou la semaine avant l'examen pour étudier,
- 2:35Speaker 3: ça va être vraiment compliqué. Si par contre, on s'y
- 2:38Speaker 3: prend très à l'avance, il n'y a pas de raison
- 2:41Speaker 3: que ça n'aille pas. Alors, en termes d'urgence... C'est clair
- 2:46Speaker 3: qu'on n'est pas dans une situation qui quelquefois est dite
- 2:49Speaker 3: de nous comparer à la Grèce.
- 2:50Speaker 2: On
- 2:51Speaker 3: en a encore très loin, on a vraiment le temps
- 2:53Speaker 3: de redresser la situation et de prendre des mesures qui s'imposent.
- 2:56Speaker 3: Donc vous êtes plutôt rassurant
- 2:57Speaker 4: parce que c'est vrai qu'on a plusieurs responsables politiques qui
- 2:59Speaker 4: défilent à ce micro et qui nous disent« Attention, c'est
- 3:01Speaker 4: la Grèce, c'est la Grèce des années 2010, 2015, ça
- 3:05Speaker 4: va être terrible la catastrophe». C'est pas vrai ça
- 3:06Speaker 3: On n'y est pas encore, mais évidemment, à force d'attendre
- 3:09Speaker 3: et d'attendre, la situation continue de se dégrader. La charge,
- 3:13Speaker 3: il faut continuer à s'endetter tant et plus parce que
- 3:16Speaker 3: chaque année, évidemment, on a un déficit, donc on a
- 3:17Speaker 3: un trou dans notre budget. Donc chaque année, il faut
- 3:20Speaker 3: s'endetter plus pour pouvoir faire face à nos dépenses. Plus
- 3:24Speaker 3: de dettes, ça veut dire aussi plus de charges d'intérêt.
- 3:27Speaker 3: Et donc, il y a un effet d'entraînement qu'il faut
- 3:30Speaker 3: enrayer tôt ou
- 3:30Speaker 4: tard. Donc si on attend encore avant de faire cet
- 3:33Speaker 4: effort budgétaire, ça va être quoi la conséquence concrète pour nous,
- 3:36Speaker 4: les citoyens
- 3:37Speaker 3: Alors, inévitablement, plus on attend, on peut parler d'une conséquence. Alors,
- 3:40Speaker 3: la conséquence extrême dans laquelle on n'est pas, c'est qu'à
- 3:42Speaker 3: un moment donné, tout à coup, les banques se disent«
- 3:44Speaker 3: on arrête de vous prêter» ou les marchés financiers« on
- 3:46Speaker 3: arrête de vous prêter». Mais là, on en est encore loin. Là,
- 3:47Speaker 3: on en est encore loin. Avant ça, qu'est-ce qui se passe?
- 3:51Speaker 3: Les marchés financiers vont dire« il faut payer des taux
- 3:53Speaker 3: d'intérêt plus élevés». qui dit des taux d'intérêt plus élevés,
- 3:57Speaker 3: c'est de l'argent qu'on va payer du... À rembourser, en fait, oui.
- 4:00Speaker 3: À rembourser, ou même rien qu'à payer les intérêts, déjà,
- 4:02Speaker 3: rien que cela, qui va être utilisé pour les données
- 4:05Speaker 3: au marché financier, plutôt qu'aux politiques économiques, sociales, ou en
- 4:08Speaker 3: retour d'impôts, ou en diminution d'impôts pour les contribuables.
- 4:11Speaker 4: Donc le message que vous nous délivrez ce matin, c'est
- 4:13Speaker 4: de dire... Il n'y a pas d'urgence, mais il y
- 4:15Speaker 4: a urgence quand même. L'effort, il doit être fait maintenant.
- 4:17Speaker 3: L'effort, il doit être fait maintenant
- 4:18Speaker 4: Alors, ça, c'est une question à caractère politique. Je sais
- 4:20Speaker 4: bien que vous n'êtes pas politisé, mais Baudouin-Recoux, quelles solutions
- 4:23Speaker 4: vont faire le moins de dégâts? Est-ce que c'est réduire
- 4:25Speaker 4: les dépenses ou est-ce que c'est augmenter les impôts?
- 4:28Speaker 3: Alors ça c'est un débat qui existe, c'est un débat
- 4:31Speaker 3: qui est classé, qui est effectivement politique. On s'en rend
- 4:33Speaker 3: bien compte. Ça divise le gouvernement. Mais l'un comme l'autre,
- 4:35Speaker 3: il faut se rendre compte, tout à fait, l'un comme l'autre,
- 4:38Speaker 3: il faut se rendre compte que ça va diminuer le
- 4:40Speaker 3: pouvoir d'achat de tout un chacun. L'argent, il faut bien
- 4:42Speaker 3: qu'il vienne quelque part. Soit c'est plus d'impôts, soit c'est
- 4:45Speaker 3: moins d'allocations. sociale, soit céder son index qui touche aussi
- 4:49Speaker 3: tous les gens, quelles que soient les solutions à court terme,
- 4:52Speaker 3: elles ont cet effet. Mais il existe deux autres leviers
- 4:55Speaker 3: qui font moins mal. Le premier, c'est la croissance. Comment
- 4:58Speaker 3: est-ce qu'on peut faire pour croître plus vite? C'est un
- 5:00Speaker 3: levier important. Petit bémol, hélas, ça met souvent du temps
- 5:05Speaker 3: avant d'arriver. Donc c'est bien, il faut le mettre en œuvre,
- 5:07Speaker 3: mais dans les trois années à venir, il ne faut
- 5:10Speaker 3: pas espérer trop de dividendes de cette mesure-là. Le quatrième levier,
- 5:14Speaker 3: j'en ai un peu fait allusion, c'est le temps. Plus
- 5:16Speaker 3: on commence tôt à mettre en place certaines mesures, plus
- 5:21Speaker 3: elles rapporteront, plus efficaces
- 5:23Speaker 4: elles seront. Donc il faut commencer maintenant, c'est ça? Essayer
- 5:26Speaker 4: de créer de la croissance et un équilibre entre impôts
- 5:29Speaker 4: et économie, si je vous résume
- 5:31Speaker 3: L'équilibre entre impôts et économie, ça c'est un choix politique
- 5:37Speaker 3: que le gouvernement doit devoir faire. Alors
- 5:40Speaker 4: Benjamin, on a parlé juste à l'instant, le diesel, le
- 5:43Speaker 4: prix du diesel, est-ce que ça complique les choses? Il
- 5:45Speaker 4: y a un prix maximum du diesel qui dépasse les...
- 5:47Speaker 4: Les 2,50 euros le litre, est-ce qu'il faut craindre un
- 5:49Speaker 4: nouveau coup de frein pour notre économie?
- 5:51Speaker 3: Alors, c'était déjà largement anticipé, dans la mesure où la
- 5:55Speaker 3: guerre en Iran, on sait qu'elle existe depuis longtemps. Le
- 5:58Speaker 3: bureau du plan a évidemment pris compte de cela dans
- 6:01Speaker 3: l'évolution attendue de l'inflation. Donc c'est déjà intégré dans les
- 6:05Speaker 3: chiffres que vous nous donnez? C'est largement intégré. Maintenant, il
- 6:07Speaker 3: faut reconnaître que depuis l'été, date de nos dernières prévisions,
- 6:11Speaker 3: les choses se sont un peu compliquées. On n'a pas
- 6:13Speaker 3: encore fait de remise à jour. On le fera l'année prochaine,
- 6:16Speaker 3: en début d'année prochaine. Et pour ceux qui doivent absolument
- 6:18Speaker 4: prendre leur voiture pour aller travailler, la facture devient super lourde.
- 6:23Speaker 4: Est-ce que l'État peut encore les aider ou pas
- 6:25Speaker 3: Alors, ça c'est une question plus, je dirais, de sociale,
- 6:29Speaker 3: par rapport à ceux qui en ont vraiment besoin. D'un
- 6:32Speaker 3: point de vue macroéconomique, il faut savoir qu'à partir du
- 6:34Speaker 3: moment où il faut payer de l'énergie plus chère à l'étranger,
- 6:37Speaker 3: c'est un appauvrissement, d'une manière ou d'une autre, de l'économie belge.
- 6:41Speaker 3: Et donc il faut qu'en général, l'économie belge, dans son ensemble,
- 6:45Speaker 3: fasse des économies. Mais ça ne veut pas dire qu'elle
- 6:48Speaker 3: peut décider de se répartir différemment et d'aider l'un ou
- 6:51Speaker 3: l'autre groupe qui est plus touché. Donc vous dites
- 6:54Speaker 4: plutôt non, si je vous comprends, ou si j'essaye de
- 6:55Speaker 4: comprendre votre réponse
- 6:59Speaker 3: D'un point de vue macroéconomique, il faut faire attention de
- 7:02Speaker 3: ne pas vivre au-dessus de ses moyens, or nos moyens
- 7:04Speaker 3: sont diminués. Tout à coup, vous devez payer plus en
- 7:06Speaker 3: tant que ménage, vous êtes appauvris, il faut faire cela. Maintenant, effectivement,
- 7:09Speaker 3: vous pouvez décider dans votre économie de venir peut-être plus
- 7:13Speaker 3: en aide à certains, mais il faut le financer ailleurs.
- 7:15Speaker 3: En gros, il n'y a plus d'argent, mais ce serait
- 7:16Speaker 3: un choix de
- 7:16Speaker 4: politique d'aider ces personnes-là, c'est ça
- 7:18Speaker 3: Mais ça
- 7:19Speaker 4: devrait être compensé par ailleurs. Ailleurs. Bon, à un coup,
- 7:20Speaker 4: je vais terminer avec cette question. Est-ce que cette fois,
- 7:22Speaker 4: les efforts budgétaires suffiront? Je veux dire, si le gouvernement
- 7:25Speaker 4: fédéral trouve ces fameux 10 milliards d'euros... est-ce qu'on aura
- 7:28Speaker 4: durablement amélioré la situation et qu'on pourra se frotter les
- 7:31Speaker 4: mains et dire« voilà, on est sortis du guet
- 7:33Speaker 3: Important de le dire, ça ne suffira pas. C'est sympa ça.
- 7:36Speaker 3: Donc ça veut dire quoi? Pourquoi? Parce que les efforts
- 7:38Speaker 3: qui sont actuels ne vont pas nous ramener à ce
- 7:41Speaker 3: chiffre de 3% dont on entend souvent parler. C'est la
- 7:43Speaker 3: règle européenne. C'est la règle européenne, mais c'est aussi le
- 7:46Speaker 3: chiffre qu'il faut atteindre pour que la dette ne soit
- 7:49Speaker 3: pas en augmentation, on peut boule de neige sans être contrôlé.
- 7:52Speaker 3: Donc de toute façon, il va falloir faire cet effort.
- 7:55Speaker 3: On s'attend à ce qu'à la fin de ce mandat-ci,
- 7:57Speaker 3: la Commission européenne refasse un calcul de trajectoire pour tous
- 8:01Speaker 3: les pays, mais aussi pour l'Europe, et qu'elle dise, vous
- 8:03Speaker 3: n'êtes pas encore au 3%, il va falloir faire des
- 8:05Speaker 3: efforts supplémentaires. On ne peut pas faire tout l'effort d'un coup?
- 8:08Speaker 3: On peut commencer plus tôt, je pense que vous avoir
- 8:10Speaker 3: dit que commencer tôt, c'était toujours une bonne idée. Bon,
- 8:12Speaker 3: merci Benoît Rougoudet de passer dans le studio ce mardi matin.
- 8:14Speaker 2: Ah ben j'ai cru à un moment à une lueur d'espoir,
- 8:16Speaker 2: quand vous avez dit on n'est pas la Grèce, on
- 8:18Speaker 2: a encore le temps, mais ça a fini par si
- 8:20Speaker 2: on a les 10 milliards, ça ne suffira pas. Il
- 8:22Speaker 2: y a eu un ascenseur émotionnel léger dans les vents
- 8:25Speaker 2: contraires de ce matin, vous pointez le coût du vieillissement,
- 8:28Speaker 2: les taux d'intérêt à la hausse, la croissance économique et
- 8:30Speaker 2: pas de dividende de la paix. puisqu'on doit investir dans
- 8:32Speaker 2: les dépenses pour remilitariser la Belgique. Voilà pour l'analyse de
- 8:37Speaker 2: ce matin.