Latest / Sources diplomatiques / Comment la Russie instille le doute sur le conflit ukrainien ?
Transcript
- 0:00Bonjour et bienvenue sur le répondeur de Sources Diplomatiques, le podcast du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.
- 0:05C'est à vous.
- 0:09Vous avez un nouveau message.
- 0:13Bonjour.
- 0:14J'ai une information qui a été relayée par des organes de propagande russe, comme quoi le conflit russo-ukrainien serait en fait un conflit par proxy.
- 0:22Et je me posais la question de est-ce qu'on peut vraiment considérer le conflit russo-ukrainien comme étant un conflit par proxy ?
- 0:28Est-ce qu'il y a des éléments explicatifs qui pourraient aller dans ce sens ou au contraire renier cette explication ?
- 0:35Merci beaucoup.
- 0:42pour cette question.
- 0:42Moi, c'est Gim Kustard, je suis directeur adjoint de la communication et de la presse au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.
- 0:48Et merci aussi d'avoir précisé la source de cette information qui vous pose question.
- 0:54Il s'agit bien de propagande russe.
- 0:56Et cette notion de guerre par proxy ou de guerre par procuration est un grand classique de la propagande russe, en tout cas depuis le début du conflit entre la Russie et l'Ukraine, de la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine.
- 1:08On est clairement dans une bataille des récits ici.
- 1:11On cherche à répéter constamment un même argument qui serait de dire que la Russie est la victime d'une manipulation de l'OTAN que l'OTAN depuis 2014 avec les révolutions de Maïdan et ensuite le conflit dans le Donbass est à la solde de l'Ouest et que l'Ouest est en train d'organiser une guerre qui n'en porterait pas le nom contre la Russie c'est évidemment pas le cas on rappelle qu'en février 2022 c'est bien la Russie qui a envahi ou tenté d'envahir l'Ukraine et c'est bien la Russie qui continue depuis presque cinq ans maintenant à porter ce conflit et qui refuse de l'arrêter donc là où c'est intéressant c'est de voir le côté insidieux de cette propagande parce qu'elle vous fait douter.
- 1:58Le message est porté depuis tant d'années qu'on se demande si finalement, est-ce que ce ne serait pas une guerre par procuration entre la Russie et l'Ouest et qu'il faut sans relâche répéter le contraire, répéter que l'Ukraine est un pays souverain, qu'il est libre de décider de son destin et qu'il a été agressé par la Russie.
- 2:19Et ça permet aussi de rappeler tout l'effort de propagande qui est mené par la Fédération de Russie, qui consacre, d'après la recherche, plus de 2 milliards de dollars par an dans cet effort-là, avec son réseau de médias d'État comme RT, Sputnik, des officines sur différents continents qui cherchent à propager les narratifs russes, notamment African Initiative, qui a fait l'objet d'un rapport en juin 2025, qui a été co-signé par le service d'action extérieure de l'Union européenne, par le ministère des Affaires étrangères britannique et par Vigilum en France, qui décrivait comment une agence médiatique diffusait, pour le coup, dans des pays tiers, des récits qui tentent à convaincre, d'une part, les populations locales de la version russe de l'histoire, mais aussi de déstabiliser ces sociétés en causant des troubles dans la perception et en organisant des manifestations où on se rend compte que les manifestants sont payés pour dire ce qu'ils disent, en payant des influenceurs pour diffuser des messages, mais ils vont beaucoup plus loin que ça, par exemple en rachetant des médias et en organisant toute une machine qui est alimentée directement depuis le Kremlin pour porter ces discours-là.
- 3:37Ils le font en Europe également, le service d'action extérieure de l'Union européennene sort tous les ans un rapport sur ce qu'on appelle les ingérences numériques étrangères.
- 3:47Et dans ce rapport-là, on voit que l'Ukraine est la première cible de ces ingérences et que la France est en deuxième position.
- 3:53Donc si vous, depuis vos réseaux sociaux français ou en regardant certaines chaînes de télévision, en écoutant certaines radios, vous commencez à douter en vous disant, tiens, mais est-ce que c'est une guerre de proxy, cette guerre en Ukraine, c'est bien parce qu'il y a un effort constant et ininterrompu de la Fédération de Russie pour porter cette thématique qui est de dire que l'OTAN est le réel agresseur dans ce conflit, alors que ce n'est évidemment pas vrai.
- 4:20L'OTAN est une organisation de défense.
- 4:23Les pays qui ont décidé de rejoindre l'OTAN, en l'occurrence les derniers, la Finlande et la Suède, l'ont fait précisément parce que la Russie a envahi l'Ukraine alors qu'ils étaient dans une position de neutralité.
- 4:32Ce sont des pays souverains qui ont décidé de rejoindre une alliance et ce n'est pas l'inverse, ce n'est pas une alliance défensive qui s'est étendue vers l'Est, contrairement à ce que prétend la Russie.
- 4:44Donc tout ça, ça permet de voir les efforts, mais on peut aller plus loin aussi en se disant, tiens, lorsqu'on voit par exemple des acteurs comme Xenia Federova, qui a récemment été expulsée par le ministère de l'Intérieur, puis a fait l'objet de sanctions européennes, qui reprennent ces éléments de langage et cette propagande russe jusque dans nos médias nationaux en France.
- 5:08On se rend compte de ce côté massif, organisé, pernicieux, qui cherche à instiller des idées jusqu'à ce que les populations soient convaincues, ce qui est le pire scénario, soit doutent.
- 5:22Et c'est vraiment ce qu'on cherche à faire.
- 5:23Donc qu'est-ce qu'on fait en parallèle, nous ?
- 5:25On essaye de démontrer ce qui se passe.
- 5:28Ce que je suis en train de faire est un exemple de ça, c'est d'expliquer en quoi ces manipulations sont des manipulations, de les caractériser, que ce soit sur le terrain numérique avec des ingérences numériques étrangères, ou que ce soit des ingérences tout court, comme on a pu l'observer avec l'insertion de Xenia Federova dans les médias français.
- 5:48C'était un épisode du répondeur de sources diplomatiques.
- 5:51Si vous avez d'autres questions sur la diplomatie ou les relations internationales, n'hésitez pas à nous appeler au 01 43 17 86 00 ou à nous envoyer un message vocal sur WhatsApp.
- 6:02A très vite.