Latest / Québécois et Canadien / Le populisme au Canada - Frédéric Boily
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- 0:00Bonjour et bienvenue au podcast Québécois et
- 0:02Canadien. On discute des enjeux de notre pays.
- 0:04Aujourd 'hui, on reçoit Frédéric Boilly, professeur
- 0:06en sciences politiques au campus Saint -Jean
- 0:08de l 'Université d 'Alberta. On a discuté de
- 0:10l 'histoire du populisme au Canada et du mouvement
- 0:13secessioniste albertain. On a également parlé
- 0:15de Lionel Groulx et de Mathieu Boccauté. Je suis
- 0:18Alexandre Tremblay -Michaud. Bonne émission.
- 0:32Alors Frédéric Boilé, bonjour, merci d 'avoir
- 0:34accepté l 'invitation. Bonjour et merci pour
- 0:36l 'invitation. C 'est bien, je suis content de
- 0:38vous avoir attrapé pendant votre passage à Montréal.
- 0:42J 'aimerais qu 'on commence par parler du populisme.
- 0:44Je pense que c 'est un terme qui recommence à
- 0:46être utilisé à toutes les sources un peu dans
- 0:49différents contextes. Alors j 'aimerais ça, comme
- 0:52expert un peu sur le domaine, que vous me dites,
- 0:54c 'est quoi le populisme pour vous? Oui, comme
- 0:57vous l 'avez mentionné, c 'est un terme qui est
- 0:59devenu très populaire, peut -être même un peu
- 1:01trop populaire. Pourtant, le populisme existe
- 1:04depuis longtemps, et on pourrait même dire que
- 1:06le populisme accompagne la démocratie d 'une
- 1:09certaine façon. Lorsque la démocratie se grippe,
- 1:12lorsqu 'il y a des problèmes dans un système
- 1:14politique commun, lorsqu 'un système politique
- 1:17apparaît bloqué, là, il y a comme une sorte de
- 1:19protestation du peuple qui est... et cette protestation
- 1:25-là du peuple... est monopolisé par des chefs
- 1:29charismatiques, des leaders charismatiques qui
- 1:32prétendent ou qui parlent au nom du peuple en
- 1:35disant que le peuple est méprisé par les élites,
- 1:38que le peuple est volé par les élites. Donc ça
- 1:40c 'est vraiment important dès le départ de bien
- 1:43voir cet aspect -là de la critique. des élites
- 1:46par les populistes qui va plus loin que la simple
- 1:49critique qu 'on peut faire des élites politiques
- 1:52d 'un système ou d 'un pays donné en disant que
- 1:55parfois les élites, effectivement, ont adopté
- 1:59des mauvaises politiques. Mais là, de l 'empart
- 2:02des populistes, c 'est pas simplement de dire
- 2:04que les élites ont adopté de mauvaises politiques
- 2:07qui ont donné de mauvais résultats, c 'est qu
- 2:10'elles ont adopté sciemment des mauvaises politiques
- 2:13pour voler le peuple. et donc qu 'elles méprisent
- 2:17le peuple et que les élites protègent leurs intérêts
- 2:22au détriment du peuple. Et donc c 'est pourquoi
- 2:25le populisme peut être à la fois... de gauche
- 2:28ou de droite. Aujourd 'hui, la forme de droite
- 2:31est dominante, mais dans le passé, on s 'est
- 2:33aperçu qu 'il y avait aussi des populismes de
- 2:36gauche et parfois même que la frontière entre
- 2:39gauche et droite est difficile à tracer lorsqu
- 2:42'on parle du populisme. Donc, un phénomène ancien
- 2:45qui ne cesse de se réincarner sous de nouvelles
- 2:48formes. Auparavant, c 'était surtout des chefs
- 2:52masculins. Maintenant, c 'est moins masculin,
- 2:55c 'est davantage féminin. C 'est une adaptation
- 2:58du populisme. Et donc, ça montre que le populisme
- 3:05a une capacité d 'adaptation très forte, qui
- 3:08s 'adapte à beaucoup de contextes, mais qui n
- 3:11'est pas toujours présent, mais qui est pratiquement
- 3:13toujours plus ou moins présent dans l 'espace
- 3:17politique, avec des présences et à des moments
- 3:19beaucoup plus forts. Je vous dirais, présentement,
- 3:22on est peut -être dans un moment populiste depuis
- 3:25au moins une bonne décennie. c 'est -à -dire
- 3:27depuis l 'élection de Donald Trump, la première
- 3:29élection de Donald Trump. Oui, parce que c 'est
- 3:32intéressant ce que vous êtes au niveau de la
- 3:33gauche et de la droite, parce que si je regarde
- 3:35vite le paysage politique canadien ou américain,
- 3:39mais tu sais, on peut avoir des gens comme à
- 3:41droite, je pense que Pierre Poliev se définirait
- 3:43probablement comme un populisme, Maxime Bernier
- 3:45se définit ouvertement comme un populisme. Plus
- 3:47à droite, leur solution c 'est... pour régler
- 3:49ces problèmes d 'élite un peu ou de mondialiser,
- 3:52c 'est de réduire la taille de l 'État puis d
- 3:54'être un peu moins engagé au niveau international.
- 3:57Puis de l 'autre côté, on a des élites plus...
- 3:59Là, on est au niveau chef du NPD, on ne sait
- 4:00pas de où est -ce qu 'il va loger exactement,
- 4:01mais Jack Mead Singh, qui parlait des élites,
- 4:04a nécessité d 'augmenter les impôts. On le voit
- 4:06un peu au provincial, à Québec solidaire, augmenter
- 4:08les impôts sur les riches parce qu 'ils ne paient
- 4:10pas leur support. Puis aux États -Unis, évidemment,
- 4:12avec M. Trump, peut -être plus un peu plus à
- 4:15droite, puis M. et même Danny à New York, un
- 4:17peu plus à gauche. Ça peut vraiment être fait
- 4:19à toutes les choses. de ce que je comprends essentiellement,
- 4:22ce qui les distingue, c 'est pas tant leur méthode,
- 4:24mais c 'est leur solution, ce qui est proposé.
- 4:26Oui, leur solution. Du côté gauche, on va rester
- 4:29attaché, même lorsqu 'on est populiste, on va
- 4:31rester attaché à l 'idée que l 'État doit avoir
- 4:34une place plus importante, une place prépondérante
- 4:38dans l 'espace public et que l 'État, par exemple,
- 4:41doit diriger encore le développement économique,
- 4:43alors que du côté des populistes de droite, souvent
- 4:46on va préférer que l 'État soit en retrait. Et
- 4:49encore là, il faut attention parce qu 'il suffit
- 4:52de regarder le discours des populistes de droite
- 4:55qui eux aussi maintenant luttent contre la mondialisation
- 4:58économique et qui eux aussi veulent élever des
- 5:01murs tarifaires alors que la droite néolibérale
- 5:04des années 80 parlait d 'abaisser les mesures
- 5:09tarifaires, parlait d 'abaisser les murs tarifaires,
- 5:12on était pour le libre échangisme et là donc
- 5:15on a changé, on n 'est plus dans la logique du
- 5:18libre -échange néo... libérales qui s 'étaient
- 5:22implantées dans les années 80 et 90 avec Ronald
- 5:25Reagan, Margaret Thatcher ou Brian Mulroney au
- 5:28Canada. Et ça, ce discours -là a changé. Donc
- 5:32la droite et la gauche se rejoignent sur certains
- 5:34éléments comme quoi l 'État doit protéger maintenant
- 5:38les frontières nationales, ou bien par des tarifs,
- 5:42ou bien par des mesures pour, comme vous l 'avez
- 5:44mentionné, faire payer le juste part aux élites.
- 5:48qui, les élites mondialisées, qui pouvaient mettre
- 5:52leur capitaux dans des paradis fiscaux, par exemple.
- 5:55Intéressant. Puis avant qu 'on aille vers l 'Ouest,
- 5:57puisque vous êtes quand même... vous êtes rendu
- 5:59en Alberta, ça fait que vous avez une vue de
- 6:02proche de ce qui se passe là -bas. J 'aimerais,
- 6:05parce que vous avez étudié, disons, on va dire
- 6:06deux penseurs québécois, vous avez étudié Lionel
- 6:09Groulx, vous avez étudié Mathieu Bocquauté, je
- 6:11pense les deux assez partisans d 'une certaine...
- 6:14d 'un certain conservatisme culturel ou identitaire.
- 6:18Est -ce que vous voyez, de Mathieu Boccauté à
- 6:22Lionel Groulx, ou plutôt de l 'inverse de Lionel
- 6:24Groulx à Mathieu Boccauté, une certaine évolution
- 6:26dans le message culturel, puis la place que le
- 6:29populisme peut jouer dans ce message -là? On
- 6:31va commencer par la place du populisme. Je pense
- 6:33que... du côté de Lionel Groulx et même du côté
- 6:36de Mathieu Boccauté, on n 'est pas forcément
- 6:38des populistes. Certainement pas la droite canadienne
- 6:42-française, la droite culturelle et identitaire
- 6:44à la Lionel Groulx, tout simplement parce que
- 6:46la source de légitimité n 'est pas le peuple,
- 6:49mais elle est ultimement Dieu. Et ça, du côté
- 6:52des nationalistes canadiens -français d 'avant
- 6:551960, il y a clairement cette idée que le peuple
- 7:01canadien -français a une mission à accomplir.
- 7:03sur le continent nord -américain, celle de propager
- 7:08la foi catholique. Et propager la foi catholique,
- 7:12c 'était aussi défendre la langue française.
- 7:14Donc, pour les nociélistes canadiens -français,
- 7:17c 'était inextricablement lié à la foi et la
- 7:22protection de la foi catholique. et la protection
- 7:24de la langue française. Et c 'est là que l 'évolution
- 7:27des années 60 du côté de la société québécoise
- 7:29avec le retrait dans l 'espace public du catholicisme,
- 7:34ça en fait en sorte que le conservatisme identitaire,
- 7:37le conservatisme culturel tel que représenté
- 7:40par Mathieu Bocquauté s 'est éloigné de cette
- 7:44définition religieuse du nationalisme et donc
- 7:50le nationalisme québécois d 'aujourd 'hui. composantes
- 7:53culturelles et identitaires, mais qu 'elle est
- 7:55liée surtout à la langue et à la culture francophone
- 7:59qu 'il faut préserver. Donc, de ce point de vue
- 8:01-là, il y a comme une continuité, la continuité...
- 8:03On a remplacé la suprématie de l 'Église par
- 8:06la suprématie de la langue de la culture québécoise.
- 8:08Exactement, oui. Et donc, cette suprématie -là
- 8:11de la langue et de la culture québécoise, ça
- 8:14fait en sorte que, du côté des intellectuels
- 8:17conservateurs québécois d 'aujourd 'hui, on ne
- 8:21veut plus revenir... à l 'époque d 'antan où
- 8:23la religion était au coeur de l 'espace public,
- 8:26mais on veut protéger une sorte de mémoire des
- 8:29luttes passées et dont on peut remonter jusqu
- 8:32'à la conquête et revenir jusqu 'à aujourd 'hui
- 8:35en disant que c 'est cette lutte -là qu 'il faut
- 8:36poursuivre parce que les Québécois, les Canadiens
- 8:40français à l 'époque, les Québécois aujourd 'hui,
- 8:42Québécois francophones ont toujours été menacés.
- 8:45par le fait qu 'on vit dans une mer canadienne
- 8:50-anglaise ou d 'une mer anglophone, si on pense
- 8:54également aux États -Unis. Est -ce que vous ressentez
- 8:57que malgré ce changement -là, encore aujourd
- 8:59'hui au Québec, l 'héritage de Lionel Gros au
- 9:01niveau culturel et du conservatisme culturel
- 9:04est encore bien présent? Moi, je dirais oui.
- 9:08Ça peut paraître peut -être... Ça pourrait être
- 9:11débattu, mais jusqu 'à les années 90, on peut
- 9:15trouver beaucoup de penseurs québécois qui exprimaient
- 9:21leur reconnaissance d 'une certaine façon en
- 9:25vert gros. C 'est -à -dire la reconnaissance
- 9:27d 'avoir maintenu vivant l 'idée d 'une nation
- 9:33qui doit... poursuivre sa vie sur... dans un
- 9:38continent nord -américain qui est anglophone.
- 9:41Et je pense que ça, cet aspect -là, on le retrouvait
- 9:44longtemps chez des penseurs ou des hommes politiques
- 9:48comme Claude Ryan, même en éveil qui avait publié
- 9:51un texte des années 70 pour dire qu 'il ne se
- 9:54reconnaissait pas d 'angrou comme tel, mais l
- 9:58'idée... que Groulx avait défendu d 'une nation
- 10:01qui doit survivre dans un continent nord -américain,
- 10:07un continent anglophone, ça c 'était une idée
- 10:09qu 'il fallait préserver. Et ça je pense qu 'on
- 10:12retrouve ça encore aujourd 'hui, même si c 'est
- 10:14pas exprimé de la même façon, même si les débats
- 10:17autour de Donald Groulx ne sont plus ce qu 'ils
- 10:19ont été comme ceux de la fin des années 90 et
- 10:23du début des années 2000, mais il en demeure
- 10:25pas moins que l 'idée d 'une nation Québécoise,
- 10:29francophone, qui doit survivre dans un continent
- 10:35anglophone, ça reste quand même une défense.
- 10:38Et là, sur ce plan -là, les intellectuels conservateurs
- 10:42québécois vont dire, on ira devant, qu 'on le
- 10:45veuille ou non, de nos devanciers. Nos devanciers,
- 10:50c 'est Lionel Gros. Et si on parle de populisme,
- 10:53spécifiquement au Québec, Je crois que, de ce
- 10:57que je comprends, qu 'on parle d 'un discours
- 10:59avec une élite, il y avait sûrement un discours
- 11:01canadien -français -nationaliste anti -élite
- 11:04anglaise ou britannique. C 'est probablement
- 11:08transformé progressivement vers un discours anti
- 11:10-Canada, si je peux dire, à un certain niveau.
- 11:12Est -ce qu 'aujourd 'hui, la représentation populiste
- 11:15du nationalisme québécois, c 'est un peu l 'image
- 11:19de la domination canadienne, c 'est un peu...
- 11:23comme un message, une façon qu 'on a trouvé de
- 11:27refraiser le message populiste au Québec? Oui,
- 11:31ce refraisage -là qui s 'est effectué en fonction,
- 11:35justement, de ce déplacement -là, de la définition
- 11:38de la nation. C 'est -à -dire que lorsque c 'était
- 11:41le nationalisme canadien -français, les élites
- 11:43étaient importantes. On a parlé de Lionel Groulx
- 11:45tout ça, mais pour Lionel Groulx, les élites
- 11:47canadien -français devaient jouer leur rôle.
- 11:49Les élites devaient guider le peuple. À partir
- 11:52d 'un certain moment, le nationalisme québécois
- 11:55s 'est éloigné de cette idée que les élites devaient
- 12:00mener le peuple à bon port, notamment parce qu
- 12:03'on s 'est doté d 'un parti politique, le Parti
- 12:05québécois, qui a pu porter l 'idée de la nation
- 12:10québécoise. Par conséquent, ça fait en sorte
- 12:13que le discours populiste qui aurait pu être
- 12:15très présent, notamment au sein du Parti québécois,
- 12:17ne l 'a pas été. Et ça, je pense qu 'il faut
- 12:20reconnaître le rôle de René Levesque particulièrement
- 12:23sur ça. Il voulait garder une certaine légitimité
- 12:25au nationalisme québécois, donc éviter le radicalisme,
- 12:30par exemple, du Front de libération du Québec.
- 12:32Éviter également les appels populistes qui auraient
- 12:34été de dire que les Anglais détestent forcément
- 12:38le Québec, qu 'ils veulent détruire le Québec.
- 12:40Ça, ça... c 'était un discours de nature purement
- 12:44populiste. Et René Lévesque disait justement,
- 12:46le Canada, ce n 'est pas de goulag. Laissez entendre
- 12:48que le Canada, on peut vouloir s 'en séparer,
- 12:51mais qu 'on n 'est pas dans une situation où
- 12:54on fait face à un pays autoritaire ou radical.
- 12:58malgré tous les désaccords qu 'il peut y avoir.
- 13:00Donc, de ce point de vue -là, je pense qu 'il
- 13:02y a eu des leaders souverainistes qui ont su
- 13:04trouver le ton juste pour éviter qu 'il y ait
- 13:07une dérive vers le populisme. Cela dit, c 'est
- 13:10certain qu 'à la périphérie du mouvement nationaliste
- 13:13québécois, on peut trouver une droite identitaire
- 13:15plus dure. On peut trouver aussi une droite populiste
- 13:18ou trouver des intellectuels qui vont aller beaucoup
- 13:21plus loin dans le discours, qui vont aller jusqu
- 13:24'à dire que, justement, les Canadiens anglais
- 13:26ne veulent pas que les Québécois... qu 'on existe,
- 13:28ce qui nous éradique et ça, ça nous rentroche
- 13:32d 'un discours populiste. Et si on fait le parallèle
- 13:35avec ce qui s 'est passé au Québec où vous êtes
- 13:39à travers la création du Parti québécois et une
- 13:41certaine élite politique a eu la volonté de garder
- 13:44une légitimité à ce mouvement -là en justement
- 13:46n 'allant pas vers le populisme, qu 'est -ce
- 13:49qui s 'est passé dans l 'Ouest canadien? Est
- 13:52-ce qu 'il y a eu une assez bonne présence du
- 13:55populisme dans l 'Ouest? très bonne présence
- 13:57du populisme blanche -ouest, et tout particulièrement
- 13:59en Alberta et en Saskatchewan. Pourquoi? Ce sont
- 14:01des provinces qui ont été créées plus récemment.
- 14:041905 pour ces deux provinces, ils auraient même
- 14:05pu avoir une seule province à un moment donné,
- 14:07c 'était une idée qui était sur la table. c 'est
- 14:12qu 'il y a une culture politique différente du
- 14:15côté notamment de l 'Alberta, de la Saskatchewan,
- 14:17parce qu 'on partage beaucoup de caractéristiques,
- 14:21je dirais, économiques et culturelles avec l
- 14:24'Ouest américain. C 'est le même type d 'agriculture,
- 14:29culture intensive, large, de grande surface avec
- 14:34le blé, par exemple. Et ça, ça a fait en sorte
- 14:37qu 'on se retrouve avec des provinces canadiennes
- 14:40comme comme l 'Alberta et la Saskatchewan, qui
- 14:43partagent un peu la même situation sur le plan,
- 14:46disons, économique, mais aussi sur le plan géographique
- 14:50que les États du Midwest américain. C 'est -à
- 14:52-dire qu 'on est éloigné des grands centres.
- 14:55Et par conséquent, on a besoin du train, on a
- 14:58besoin des élévateurs à grains pour être capable
- 15:00d 'exporter la production agricole vers les grands
- 15:04centres urbains. Et là, il y avait des grandes
- 15:07compagnies ferroviaires qui pouvaient exploiter
- 15:12le peuple d 'une certaine façon. Et c 'est ce
- 15:14qui a créé, tant du côté des États -Unis, un
- 15:17peu... plus tardivement du côté de l 'Alberta,
- 15:20de la Saskatchewan, une sorte de protestation
- 15:22populaire qui pouvait être capitalisée, qui pouvait,
- 15:29disons, être reprise par des chefs politiques
- 15:33qui disaient que justement le peuple des campagnes,
- 15:38et donc c 'est pourquoi on appelle ça du populisme
- 15:40agraire, que le peuple des campagnes devait résister.
- 15:44contre ces grands barons des chemins de fer et
- 15:50ceux qui monopolisaient les élévateurs à grains.
- 15:55Et ça, on retrouve cette même structure -là,
- 15:58cette même structure économique du côté de la
- 16:01Saskatchewan et du côté de l 'Alberta, surtout
- 16:03qu 'en 1905. autour de 1900, la frontière canado
- 16:08-américaine dans l 'ouest canadien. Ça n 'était
- 16:10pas la frontière la mieux protégée du monde et
- 16:12donc les fermiers qui avaient eu parfois des
- 16:15difficultés du côté américain t 'aient passé
- 16:17du côté canadien. Et par la suite, c 'est l 'industrie
- 16:21pétrolière aussi. Encore dans les années 70,
- 16:24on estimait qu 'à Calgary, il y avait peut -être
- 16:26jusqu 'à 30 000 Américains qui étaient là pour
- 16:28participer. à l 'industrie pétrolière, que ce
- 16:32soit dans des grandes banques, ou même s 'ils
- 16:36n 'étaient pas des citoyens canadiens, mais c
- 16:39'était des Américains qui travaillaient à Calgary.
- 16:41Donc, il y a toujours eu, du côté notamment de
- 16:43l 'Alberta, des liens plus importants avec la
- 16:48culture politique américaine des États des Grandes
- 16:54Plaines. J 'ai reçu Valérie Lapoint -Gagnon qui
- 16:58a écrit différents articles là -dessus aussi.
- 17:00Vous parlez de la révolte du mouvement populaire
- 17:04contre les chemins de fer. Il y a eu aussi un
- 17:07certain mouvement populaire contre le français
- 17:09dans l 'Ouest qui était vu comme un outil de
- 17:14coercition économique du Québec. Est -ce que
- 17:19éventuellement toute cette frustration populaire
- 17:21en est devenue... à cultiver une frustration
- 17:24envers le Canada Centre? Oui. C 'est ce qu 'on
- 17:27appelle communément la Western Alienation, l
- 17:30'aliénation de l 'Ouest, qui est présente depuis
- 17:34la création de l 'Alberta de la Saskatchewan,
- 17:37surtout du côté albertain, cette alienation de
- 17:41l 'Ouest, comme quoi les provinces de l 'Ouest
- 17:44ont été créées pour le bénéfice des provinces
- 17:47du santé. Donc, l 'Ouest est un réceptacle ou
- 17:51un réservoir plutôt de matières premières qui
- 17:54servent aux intérêts économiques de l 'Axe Toronto
- 17:59-Québec. avec Ottawa, qui est la nouvelle Romme,
- 18:02d 'une certaine façon, parce que les provinces,
- 18:05il faut entendre, provinces de l 'Ouest, ont
- 18:07presque au sens premier du terme, au sens romain
- 18:11du terme, c 'est -à -dire des réservoirs de ressources
- 18:14primaires, et politiquement, donc, on leur accorde
- 18:17peu d 'importance. Donc ça, cette idée -là, c
- 18:20'est très présente, et c 'est là que ça peut
- 18:22devenir anti -francophone. notamment autour des
- 18:27années 60 -70, lorsque le bilinguisme a été promulgué
- 18:31par le gouvernement fédéral et que là, du côté
- 18:36de l 'Ouest, certains, du côté albertain ont
- 18:38réagi en disant que dans les provinces de l 'Ouest,
- 18:41le français est minoritaire. Il y a d 'autres
- 18:42groupes, même comme les Ukrainiens, qui sont
- 18:44plus importants. Alors pourquoi leur langue n
- 18:48'est -elle pas reconnue et que c 'est le français
- 18:51qui est minoritaire, ultra minoritaire, vont
- 18:53-ils dire? du côté de l 'Alberta qui est reconnue
- 18:58et donc c 'est là où le ressentiment, l 'antibilinguisme
- 19:01a été particulièrement présent à certains moments.
- 19:04Et comment ce mouvement populiste là en vient
- 19:07à aujourd 'hui est essentiellement un mouvement
- 19:11cessionniste? Est -ce que c 'est nouveau l 'idée
- 19:13de se séparer du Canada? On la retrouve même
- 19:18présente au début des années 30, mais vraiment
- 19:21pas très au milieu des années 30, mais vraiment
- 19:23très peu organisée de mon point de vue autour
- 19:26du crédit social. Certains ont évoqué l 'idée
- 19:29que puisque le crédit social de William Aberrant
- 19:33qui était un parti politique qu 'on ne connaissait
- 19:35pas et qu 'il y avait des solutions politiques
- 19:38qui n 'étaient pas forcément juste de droite,
- 19:40mais qui pouvaient même apparaître aujourd 'hui
- 19:42de gauche comme avec une sorte de revenu. minimum
- 19:47pour certains, donc un chèque à tous les Albertains,
- 19:52mais on s 'est aperçu que les mesures, notamment
- 19:54que William Aberhart voulait imposer, à ce moment
- 19:57-là, au milieu des années 30, lorsqu 'il prend
- 20:00le pouvoir, étaient anticonstitutionnelles, parce
- 20:03qu 'il aurait fallu que le gouvernement provincial
- 20:05ait le contrôle des banques, ait le contrôle
- 20:06des banques. Bien, c 'est le gouvernement fédéral.
- 20:09Et donc, à ce moment -là, ça, il y a eu peut
- 20:11-être un premier épisode très fort de lutte.
- 20:16contre le gouvernement fédéral, mais qui prenait
- 20:18pas forcément, disons, une approche séparative
- 20:22ou cessationniste. Je vous dirais, c 'est surtout
- 20:25à la fin des années 60, où là, fin des années
- 20:2860, début des années 70, là, du côté de l 'Ouest,
- 20:32on voit le mouvement québécois aussi se développer,
- 20:35mais on se dit que, du côté de l 'Ouest aussi,
- 20:38on a des récriminations, des récriminations profondes,
- 20:42des insatisfactions profondes contre le gouvernement
- 20:44fédéral. notamment en matière énergétique, et
- 20:47que lorsque la crise pétrolière arrive en 1973
- 20:51et que le gouvernement fédéral veut s 'immiscer
- 20:54davantage dans le développement pétrolier au
- 20:57Canada et donc tout particulièrement en Alberta,
- 21:00réaction. très fort du gouvernement conservateur
- 21:02de Peter Lloyd, qui là se dit que le gouvernement
- 21:07fédéral va trop vite, va trop loin, veut s 'accaparer
- 21:12de la ressource pétrolière, de la ressource énergétique
- 21:15de l 'Alberta. Et là, à ce moment -là, même Peter
- 21:18Lloyd se voit disons débordé sur sa droite. par
- 21:21un mouvement secessioniste qui affirme qu 'on
- 21:24ne peut pas continuer à exister à l 'intérieur
- 21:28du Canada parce que le Canada, le gouvernement
- 21:30fédéral, l 'Ontario, le Québec, les Maritimes,
- 21:34tout ce qu 'ils ont dans l 'esprit, c 'est de
- 21:35s 'emparer des ressources financières de l 'Alberta
- 21:40pour leurs propres bénéfices. Et donc, c 'est
- 21:43là que dans les années 70, il y a eu un contexte
- 21:45particulièrement porteur. pour des mouvements
- 21:48sécessionnistes qui se sont organisés, surtout
- 21:51au tournant des années 80, lorsque le gouvernement
- 21:54fédéral, en 1980, avec Pierre -Éliott Trudeau,
- 21:58imposait le programme énergétique national. Est
- 22:01-ce qu 'on peut faire juste une parenthèse? Est
- 22:03-ce que vous pouvez l 'expliquer, ce programme
- 22:04-là, puis après on pourra poursuivre, s 'il vous
- 22:06plaît? Justement parce que le programme énergétique
- 22:08national s 'inscrivait dans la crise pétrolière
- 22:11qui avait commencé au début des années 70 et
- 22:14le gouvernement fédéral trouvait que du côté
- 22:17albertain et que pour l 'ensemble du Canada,
- 22:21il fallait guider. le développement pétrolier
- 22:27et donc en créant Petro -Canada, en s 'assurant
- 22:30qu 'il n 'y ait pas une différence de prix trop
- 22:34grande aussi pour l 'ensemble du Canada et que
- 22:36les producteurs albertains ne reçoivent pas simplement
- 22:39le prix du marché mondial et qu 'eux engrangent
- 22:43des profits et donc ça aurait créé un déséquilibre
- 22:45à l 'intérieur de la fédération. Et du côté du
- 22:47gouvernement fédéral, on craignait qu 'il y ait
- 22:50des pénuries, notamment du côté de l 'Ontario,
- 22:55du Québec et des provinces maritimes, des pénuries
- 22:58pour l 'huile à chauffage, par exemple. Et donc,
- 23:01on voulait s 'assurer d 'un développement, disons...
- 23:04qui était vu du côté du gouvernement fédéral
- 23:07plus harmonieux... Plus structuré, oui. Oui,
- 23:10plus structuré, alors que du côté albertain,
- 23:13on recevait ça comme étant une approche socialiste
- 23:18et qu 'on ne voulait pas simplement canadianiser
- 23:21le secteur pétrolier comme le prétendait le gouvernement
- 23:23fédéral, mais qu 'on voulait le socialiser. Donc
- 23:27là, il y a eu un choc important à ce moment -là
- 23:29et c 'est dans ce contexte -là que certains ont
- 23:31dit avec le programme énergétique... bien, tout
- 23:35ce qu 'il nous reste à faire, c 'est quitter
- 23:37le Canada et que là, il y a des différents mouvements,
- 23:39dont le Western Canada Concept qui s 'est organisé
- 23:43en Alberta, mais aussi dans les quatre provinces
- 23:46de l 'Ouest. Et là, arrive cet événement -clé
- 23:50-là. Comment ça se passe dans les années 90?
- 23:53J 'imagine qu 'il y a Mitch, il y a Charlottetown,
- 23:55ça doit avoir un certain impact là -dessus. Comment
- 23:57on se rend à la situation où on est aujourd 'hui?
- 23:59d 'abord, juste pour terminer avec le début des
- 24:01années 80, le Western Canada concept réussit
- 24:04à faire élire lors d 'une élection partielle
- 24:06un candidat. Et ça, ça avait créé une espèce
- 24:08de coup de tonnerre parce que le conservateur
- 24:10était même arrivé en troisième position. Mais
- 24:13Peter Lloyd réussit à s 'entendre avec Pierre
- 24:16-Éliott Trudeau et surtout les conservateurs
- 24:19de Brian de Moloney, lorsqu 'ils se font élire
- 24:22en 1984, font la promesse que le programme énergétique
- 24:25national va être mis de côté. Donc, il y a comme
- 24:27une sorte d 'embêtement. pour quelques années
- 24:29qui se produit entre l 'Ouest canadien et tout
- 24:34particulièrement l 'Alberta, mais aussi avec
- 24:37Brian Mulroney qui arrive avec un message de
- 24:39renouveau. Pour les premières années du premier
- 24:47mandat de Brian Mulroney en 1984, la classe politique
- 24:52Albertaine est satisfaite. On fait d 'ailleurs
- 24:54élire des conservateurs. Sauf que, vous l 'avez
- 24:56mentionné, il y avait Mitch. Il y avait aussi
- 24:58la promesse de Brian Maloney de réconcilier le
- 25:03Québec avec le Canada anglais, donc avec honneur
- 25:07et enthousiasme, comme il le disait, donc de
- 25:09rouvrir la Constitution et donc d 'entamer des
- 25:11pourparlers avec les accords du lac Mitch. Et
- 25:17c 'est là que la situation s 'est dégradée. du
- 25:19côté des conservateurs albertains, tout particulièrement
- 25:22sur la scène provinciale et là du parti réformiste
- 25:25qui va prendre son envol, on va dire la même
- 25:28vieille dynamique est en train de se rejouer.
- 25:30On redonne tout au Québec. Le disque est rayé
- 25:34et donc on ne peut rien faire. C 'est toujours
- 25:36la même chanson qu 'on entend. Et c 'est là que
- 25:40Preston Manning va monter un mouvement, partir
- 25:43de la Colombie -Britannique et de l 'Alberta,
- 25:45donc le parti réformiste, pour lutter. D 'abord,
- 25:48comme les conservateurs de l 'Ontario, on dit
- 25:50que l 'Ontario est encore aux ordres du Québec
- 25:54et c 'est là que la situation va se dégrader
- 25:57à nouveau et que ça va nous amener jusqu 'à Stephen
- 26:02Harper lorsque Harper va parvenir avec la fusion
- 26:08entre le parti conservateur et le parti progressiste
- 26:12conservateur. Et les réformistes, qui étaient
- 26:16l 'Alliance canadienne à ce moment -là, a formé
- 26:18une nouvelle, en guillemets, formation, le Parti
- 26:21conservateur du Canada, et a prendre le pouvoir
- 26:23en 2006. Donc de 2006 jusqu 'à 2015, je vous
- 26:26dirais que c 'était plutôt calme sur le plan
- 26:28politique et constitutionnel entre l 'Alberta
- 26:31et le gouvernement fédéral. Et, bon, Stephen,
- 26:34un peu être au gouvernement. le mouvement actuel,
- 26:42ceux qu 'on connaît qui ont organisé le fameux
- 26:44référendum, comment est -ce que ces groupes -ci
- 26:47là prennent forme essentiellement? Prennent forme
- 26:51autour de la fin de l 'année 2018 et lors de
- 26:54l 'élection 2019. C 'est là que les mesures apportées
- 27:00par le gouvernement Trudeau, notamment en matière
- 27:04de lutte contre les changements climatiques,
- 27:06mesures plus restrictives aussi pour le développement
- 27:09des sables bitumineux de l 'industrie énergétique.
- 27:12La COVID aussi qui... Ça, c 'est 2021. Oui, c
- 27:15'est même avant la COVID. Tout a commencé avant
- 27:17la COVID et donc l 'échec aussi de certains projets
- 27:22de pipeline. Bon, il y a eu le question d 'Excel,
- 27:24mais ça, c 'était Amérique. mais l 'oléoduc Energiest
- 27:29également qui est mis de côté. Tout juste avant
- 27:33la COVID, un gros projet d 'une mine tech -ressource
- 27:37dans le nord de l 'Alberta. C 'était un projet
- 27:39de 20 milliards et plus. Et là, l 'entreprise
- 27:44avait retiré elle -même le projet parce qu 'elle
- 27:46pensait, selon toute vraie semblance, que le
- 27:49gouvernement fédéral n 'approuverait pas le projet.
- 27:52Et donc, tout ça a créé des conditions propices.
- 27:55pour qu 'on se dise, finalement, Justin Trudeau
- 27:58est bel et bien le fils de son père. Il est là
- 28:01pour... C 'est vrai, par un Trudeau en plus.
- 28:03Oui, par un Trudeau en plus. Il est là pour tuer,
- 28:07comment on disait, pour reprendre cette mauvaise
- 28:09traduction, le secteur énergétique albertain.
- 28:14toutes les politiques en matière de lutte contre
- 28:16les changements climatiques pointent dans cette
- 28:18direction, les politiques plus restrictives.
- 28:21Et c 'est là qu 'on voit s 'organiser, plus ou
- 28:25moins organiser, il faut bien dire, c 'est plutôt
- 28:27des mouvements. Moi, ce que j 'appelais à ce
- 28:30moment -là, il y avait comme une sorte de mouvement,
- 28:33moment sécessionniste ou indépendantiste, parce
- 28:36qu 'il n 'y a pas vraiment de parti politique
- 28:37qui portait cette idée -là. Mais là, on a vu
- 28:40qu 'on voit de camionneurs, dès la fin de 2018.
- 28:44commençait à sillonner l 'Alberta un peu du côté
- 28:46aussi des autres provinces de l 'Ouest pour exprimer
- 28:50leurs désaveux des politiques en matière de lutte
- 28:54contre les changements climatiques et celles
- 28:58ayant trait au développement des sables bitumineux.
- 29:01Et donc c 'est là que ça a commencé. D 'une certaine
- 29:03façon, la COVID est venue ajouter une autre dimension
- 29:07à ça lorsqu 'il y a eu le fameux convoi de la
- 29:10liberté qui est parti de l 'Ouest canadien, qui
- 29:12est parti... de la Colombie -Britannique, mais
- 29:15qui a vu d 'autres convois se joindre pour atterrir
- 29:19ou pour arriver en février 2022. Et tout ce mouvement
- 29:26-là, je me jure, on pourrait le qualifier de
- 29:28populiste à un certain niveau. Est -ce qu 'il
- 29:32y a quand même des franges conspirationnistes
- 29:34ou plus marginales qui se joignent à ce mouvement
- 29:37global -là? Oui, absolument, parce que c 'est
- 29:41des mouvances conspirationnistes qui se sont
- 29:43développées, notamment pendant la COVID. Parce
- 29:47que là, c 'était un moment qui était très proprice.
- 29:49La COVID et le convoi des camionneurs en février
- 29:532022, le convoi de la liberté en février 2022
- 29:57à Ottawa, comme on l 'a appelé, était justement
- 30:00un moment très proprice pour une convergence
- 30:03de toutes les théories conspirationnistes où
- 30:07là, on pouvait... On pouvait annoncer tout plein
- 30:14de choses. qui veut s 'emparer du développement
- 30:20du secteur énergétique en le réduisant à rien
- 30:23avec la COVID qui vient justement permettre de
- 30:26tracer les individus. Donc on s 'est retrouvé
- 30:29avec, si j 'en crois cette expression, une sorte
- 30:32de melting pot de toutes sortes de théories conspirationnistes
- 30:36qui là pouvaient être utilisées justement par
- 30:43des entrepreneurs politiques. et eux pouvaient
- 30:46mousser également leur propre programme politique.
- 30:51C 'est pour ça que durant la COVID, ça a créé
- 30:53une sorte de convergence de toutes les luttes,
- 30:55mais en même temps, ça a créé aussi, pour l 'analyse,
- 30:59une difficulté à y voir plus clair. Parce qu
- 31:02'il y avait même des francophones. C 'est rare
- 31:05de voir des francophones un peu plus extrémistes,
- 31:08conspirationnistes, être dans les mêmes manifestations,
- 31:13se retrouver dans les mêmes manifestations. que
- 31:15des conspirationnistes canadiens -anglais. Là,
- 31:17pour une fois, la barrière de la langue ne semblait
- 31:19plus jouer à ce moment -là. Tout le monde naît
- 31:20ça à Ottawa pour des raisons de faire. Oui, exactement.
- 31:23Et donc, c 'est dans ce contexte -là que ça a
- 31:25été un moment propice pour mousser certaines
- 31:30idées. Quand la COVID s 'est terminée, les libéraux
- 31:35sont quand même restés au pouvoir. C 'est là
- 31:37que le ressentiment très profond contre le gouvernement
- 31:42de Justin Trudeau s 'est développé. tout particulièrement
- 31:47si je m 'arrête au cas Albertain et jusqu 'à
- 31:51un certain point de la Saskatchewan contre le
- 31:54ministre de l 'Environnement, Stephen Guilbault,
- 31:56qui était, je vous dirais, là, peut -être celui
- 31:59qui était le réceptacle de tous les réceptuaires.
- 32:03Oui, effectivement, c 'est... Mais M. Guilbault
- 32:07avait été conséquent avec lui -même pendant toute
- 32:09sa carrière et donc... trois, quatre mois, une
- 32:14entrevue avec Daniel Smith qui affirmait que
- 32:17Stephen Guilbault a été une des personnes les
- 32:20plus polarisantes dans l 'histoire canadienne,
- 32:22puis a contribué à la division. On peut être
- 32:26d 'accord ou pas avec ses politiques, mais c
- 32:27'était quand même assez intense d 'affirmer qu
- 32:30'il y a un écologiste qui vient au pays et qui
- 32:34essaie de faire avancer un agenda écologique
- 32:36et la personne a plus divisé. C 'était un peu
- 32:41fort de café, comme on dit, mais c 'était rendu
- 32:43à ce point -là avec Stephen Guilbault, qui était
- 32:46une figure qui était extrêmement pas à l 'horizontal,
- 32:51du côté albertain. Est -ce qu 'il y a un aspect
- 32:53identitaire dans le mouvement secessioniste albertain
- 32:57ou c 'est purement économique? Essentiellement,
- 32:59c 'est économique. C 'est l 'idée que Ottawa
- 33:02veut s 'accaparer des richesses de l 'Alberta
- 33:06et par conséquent, il faut résister à ça parce
- 33:07que c 'est une tendance de fond qui a commencé
- 33:09depuis que l 'Alberta a été créée comme province.
- 33:16Ce qu 'on voit là présentement, c 'est, je dirais,
- 33:19dans les deux, trois dernières années, c 'est
- 33:21des tentatives pour donner une dimension identitaire
- 33:26et même culturelle à ça. Ça reste difficile.
- 33:30parce que, d 'abord, il n 'y a pas la barrière
- 33:33ou l 'élément distinctif de la langue. Je dis
- 33:36barrière parce que ça serait effectivement une
- 33:38barrière. On pourrait dire, par exemple, du côté
- 33:40albertain, on parle une autre langue sur le plan
- 33:44culturel que le reste du continent. Comme au
- 33:46Québec, on dit protéger le français, par exemple.
- 33:48C 'est comme un lien. Et donc, il n 'y a pas
- 33:50cet aspect identitaire du côté albertain. Ce
- 33:55qu 'on essaie de faire, c 'est de montrer...
- 33:57Si on le voit dans le discours, c 'est de montrer
- 34:00qu 'il y a quand même une culture politique qui
- 34:02est distincte en Alberta, et notamment que le...
- 34:07toute la question de l 'exploitation des centres
- 34:10bitumineux et des recettes énergétiques, ça a
- 34:12comme donné une identité économique et politique
- 34:16à l 'Alberta qui est différente du reste du Canada,
- 34:21qui est similaire à celle de Saskatchewan, mais
- 34:24ça serait sur ce plan -là qu 'on essaie de jouer,
- 34:27comme si l 'exploitation des centres bitumineux
- 34:31devenait une sorte de marque identitaire de la
- 34:35culture en politique albertaine. Mais je dirais
- 34:38que ça reste quand même difficile de prouver
- 34:41ça, de mettre de la chair autour de cette idée
- 34:45-là. Tout à l 'heure, on a parlé de Yonel Groulx,
- 34:48mais souvent en blague, je dis à mes étudiants,
- 34:50ben... Il n 'y a pas de Lionel Groulx en Alberta.
- 34:53Si on avait un Lionel Groulx qui avait donné
- 34:55une histoire particulière, je ne sais pas qu
- 34:57'il n 'y a pas des historiens, mais on n 'a pas
- 34:59ce type d 'historien en Alberta qui aurait pu
- 35:01donner une identité particulière à l 'Alberta.
- 35:06Et ça, je pense que c 'est un élément centralement
- 35:10vraiment important qui fait que du côté albertain,
- 35:13il y a toujours un peu ce déficit sur le plan
- 35:15culturel identitaire, déficit en termes d 'efficacité
- 35:18politique, en termes de rendement politique.
- 35:20Et donc c 'est pourquoi présentement on voit
- 35:22beaucoup Daniel Smith essayer de développer un
- 35:26projet de pipeline avec Marc Arnée pour pipeline
- 35:29vers la côte ouest justement pour faire baisser
- 35:32la pression en matière économique et en ce qui
- 35:36concerne le développement des sables bitumineux
- 35:38en espérant que ça va faire taire ou que ça va
- 35:43calmer ceux qui ont des volontés sécessionnistes
- 35:47ou séparatistes. Parce que là, le parti au pouvoir,
- 35:52qui est le parti uni conservateur, avait Jason
- 35:55Kenney. Jason Kenney s 'est fait mettre d 'art
- 35:57par son propre parti suite à la COVID. Il reprochait
- 36:03à la fois de ne pas avoir fait assez pour protéger
- 36:05la santé publique et d 'en avoir fait trop, dépendant
- 36:08de qui. Il était comme pris un peu là -dedans.
- 36:11Daniel Smith, qui est l 'ancienne leader du Wild
- 36:13Rose Party, je me souviens bien, qui est un petit
- 36:15peu plus de droite. déjà que le parti conservateur
- 36:18était déjà assez populiste de droite aussi. arrive
- 36:21au pouvoir. Là, aujourd 'hui, elle est à la tête
- 36:23d 'un parti dont la moitié est séparatiste. Selon
- 36:28les sondages, oui. Certains sondages s 'entendent
- 36:31que c 'était 57 % des partisans conservateurs
- 36:33unis qui s 'enjaient à la séparation. Je dis
- 36:36s 'enjaient, cependant. On va le voir. Lorsque
- 36:38la question va être posée, ça va être le temps
- 36:40de mettre le X. Parce que tant qu 'on ne met
- 36:42pas le X, on peut toujours répondre oui, oui,
- 36:44j 'y songe. Envoyer un message. Envoyer un message,
- 36:47mettre la pression sur le gouvernement. C 'est
- 36:50d 'ailleurs ce dont se plaint d 'une certaine
- 36:53façon le premier ministre canadien Mark Cardin
- 36:54en disant, oui, des fois, on envoie un message,
- 36:57mais le message va plus loin qu 'on le pensait.
- 36:59Et là, il a évidemment l 'esprit, tout ce qui
- 37:02s 'est passé du côté de la Grande -Bretagne avec
- 37:05le Brexit. Et donc, c 'est dans ce contexte -là
- 37:07aussi que toutes les choses évoluent présentement.
- 37:13Et donc, du côté du Parti conservateur uni, c
- 37:17'est clair qu 'il y a des partisans... pour une
- 37:20approche plus musclée, et une approche plus musclée,
- 37:23c 'est l 'approche séparatiste. Il y a probablement
- 37:26même un certain nombre de partisans, certains
- 37:28pourcentages de partisans qui eux, sont même
- 37:31une solution annexionniste. Mais ça, je pense
- 37:34que c 'est quand même minoritaire. L 'avantage...
- 37:39que Daniel Smith a, c 'est que ce n 'est pas
- 37:41un parti concurrent qui est bel et bien organisé.
- 37:45On ne fait pas face, par exemple, à un nouveau
- 37:48parti, le Republican Party of Alberta, mais qui
- 37:52est mal organisé, qui a un chef. Ce ne sont pas
- 37:55eux autres qui sont prêts à donner une liste
- 37:58électorale. Exactement. Donc, on n 'a pas un
- 38:01parti politique qui est bien organisé. Ce qui
- 38:03est un avantage. Désavantage, c 'est que ces
- 38:05partisans -là, pour le séparatisme, se retrouvent
- 38:08à l 'intérieur du Parti conservateur uni. Et
- 38:10donc, c 'est le défi auquel a fait face Jason
- 38:13Kenney. Mais en raison de la COVID, il n 'est
- 38:17pas parvenu à trouver la solution d 'équilibre
- 38:20qui lui aurait permis de rester à l 'intérieur
- 38:22du Parti. Comme je l 'ai mentionné, il se faisait
- 38:24reprocher par les deux côtés d 'en faire ou bien
- 38:27en faire trop ou bien ne pas en faire assez.
- 38:30Daniel Smith navigue dans les mêmes eaux. Elle
- 38:32doit donc trouver un équilibre entre ceux qui
- 38:36sont pour une approche plus décisive et ceux
- 38:41qui sont encore prêts à rester au Canada, mais
- 38:43qui veulent de ce qu 'on appelle en Alberta,
- 38:44un nouveau dîne, un nouveau marché avec le gouvernement.
- 38:47un nouveau marché, une nouvelle entente, disons.
- 38:52Ça ne passe pas forcément par l 'ouverture de
- 38:56nouvelles discussions constitutionnelles, mais
- 38:59ça passe, et c 'est l 'approche de Daniel Smith
- 39:02et c 'est l 'approche du premier ministre Mark
- 39:05Carney également, ça passe par l 'ajout d 'un
- 39:08nouveau pipeline. Ce qui est particulier, et
- 39:11j 'aimerais ça vous entendre là -dessus, parce
- 39:13que, disons qu 'on regarde le Parti québécois
- 39:14qui est notre exemple d 'avoir un parti, disons,
- 39:16souverainiste. Moi, j 'ai aucun doute que tous
- 39:19les chefs du Parti québécois étaient souverainistes.
- 39:21C 'était clair, c 'était leur projet. Il y en
- 39:22a qui ont décidé de ne pas faire de référendum
- 39:24ou ils se sont dit que c 'était pas le bon temps
- 39:25de le faire. Il y en a d 'autres qui ont promis
- 39:26des référendums comme le fait en ce moment M.
- 39:28St -Pierre Plamondon. Mais je suis convaincu,
- 39:31dans leur cœur, ils sont souverainistes et ils
- 39:33voudraient que le Québec soit un pays souverain.
- 39:35l 'évaluer. Je ne sais plus trop où elle est
- 39:37rendue idéologiquement parlant parce qu 'on dirait
- 39:39qu 'elle fait tout pour faciliter la situation
- 39:42aux souverainistes qui sont sa base, pour permettre
- 39:45au mouvement d 'évoluer et de faire des gains
- 39:47politiques. Mais de l 'autre côté, elle se dit
- 39:49fédéraliste. Est -ce qu 'elle est où idéologiquement,
- 39:53Daniel Smith? C 'est là qu 'il faut revenir à
- 39:55la situation de son parti. On l 'a beaucoup soupçonné
- 39:59d 'être une crypto -séparatiste, c 'est -à -dire
- 40:01de favoriser les conditions pour la tenue d 'un
- 40:04référendum, d 'abaisser les seuils permettant
- 40:08d 'avoir une pétition qui serait, qui rencontrait
- 40:14assez de succès pour qu 'on puisse avoir une
- 40:17question référendaire. Puis en même temps...
- 40:20Personnellement, à l 'avoir allé, moi je pense
- 40:23plutôt qu 'aider pour le Canada, aider pour une
- 40:26situation fédérale, mais ce que j 'appelle avec
- 40:30une approche néo -étonomiste, c 'est -à -dire
- 40:32qu 'elle va beaucoup plus loin. que Jason Kenney,
- 40:35et que ça s 'inscrit dans la logique du Parti
- 40:37conservateur uni, c 'est -à -dire d 'être un
- 40:39parti fortement autonomiste, ce qu 'était Jason
- 40:42Kenney aussi. Il faut se souvenir que là, on
- 40:43parle beaucoup des multiples questions référendaires
- 40:47pour cet automne, mais qu 'il y a quand même
- 40:50eu un référendum sur la péréquation en 2021,
- 40:55en octobre 2021 en Alberta, et que c 'est lui,
- 40:58d 'une certaine façon, Jason Kenney, qui a ouvert
- 41:00la porte pour la tenue de référendum. lui aussi,
- 41:04j 'ai aucun doute, il est Canadien, il est pour
- 41:07la solution canadienne. Mais en même temps, c
- 41:11'est lui qui a ouvert cette porte -là pour le
- 41:13référendum. Et donc c 'est pourquoi on a pu,
- 41:16je pense qu 'on a pu légitimement douter des
- 41:18intentions, des véritables intentions de Daniel
- 41:21Smith à un certain moment. Mais je vous dirais
- 41:24que maintenant, j 'en doute beaucoup moins que
- 41:27là, il n 'est plus fermement. qui a été engagée
- 41:29du côté fédéraliste, mais qu 'elle s 'est servie
- 41:33de cette énergie séparatiste pour essayer de
- 41:37s 'en faire une sorte de levier ou d 'instrument
- 41:40pour amener le gouvernement fédéral à bout de
- 41:42jeu. Si on regarde ça en thème strictement, disons,
- 41:46politique, je pense qu 'on pourrait dire que
- 41:50jusqu 'à maintenant, c 'est une stratégie qui
- 41:52est gagnante pour elle. On voit le résultat du
- 41:55référendum, mais pour le moment, ça semblait
- 41:57être gagnant. Et si on compare l 'approche autonomiste
- 42:00Albertaine à celle au Québec qui aurait pu avoir
- 42:03le rapport à l 'air, l 'ADQ, la CAQ à rigueur
- 42:07ou le Parti conservateur, est -ce que c 'est
- 42:09une approche qui est assez similaire ou c 'est
- 42:11une approche autonomiste qui va encore plus loin
- 42:13que la position historique des autonomistes québécois?
- 42:16Je pense que du côté albertain, à un moment donné,
- 42:19on a rattrapé la position autonomiste de l 'ADQ
- 42:23et celle de la CAQ, parce que la CAQ aussi s
- 42:25'est faillée en 2018 en disant que... Les positions
- 42:27autonomistes. Des positions autonomistes. Mais
- 42:30à un moment donné, je pense que du côté albertain,
- 42:33on regarde intensément, et je dis bien intensément,
- 42:36ce qui se passe du côté du Québec, à la fois
- 42:38pour décrire ce que le Québec... du gouvernement
- 42:42fédéral, mais aussi pour dire, bien, c 'est la
- 42:44stratégie gagnante. Il faut agir comme le Québec.
- 42:46Et donc, à un moment donné, avec notamment la
- 42:49loi sur la souveraineté de l 'Alberta dans un
- 42:52Canada uni, ça, je pense que là, on a dépassé
- 42:55le Québec et que là, c 'est le Québec qui a regardé...
- 42:58C 'est comme une loi qui décrète qu 'il pourrait
- 43:00refuser d 'appliquer les lois fédérales, disons,
- 43:02là, si ça faisait... Par exemple, le gouvernement
- 43:04fédéral veut accorder des subventions à l 'Université
- 43:08Albertaine et l 'Université... d 'avoir demandé
- 43:10la permission au gouvernement albertain. Et donc
- 43:14ça limiterait la marge de manoeuvre des universités
- 43:19albertaines à recevoir du financement fédéral.
- 43:21C 'est le principe de la loi, mais... C 'est
- 43:25une loi qui n 'aurait probablement pas vraiment
- 43:26de chance de succéder devant les tribunaux. Non,
- 43:27je pense que devant les tribunaux, ça risquerait
- 43:29d 'être invalidé et que ça serait jugé un anti
- 43:34-constitutionnel. Mais ce qu 'on voit, c 'est
- 43:36justement, c 'est un gouvernement albertain qui
- 43:38va plus loin que les autres gouvernements autonomistes,
- 43:43notamment du côté du Québec. C 'est -à -dire
- 43:45qu 'on ne fait pas simplement protéger les sphères
- 43:47de compétences du gouvernement provincial. On
- 43:50m 'empiète sur les fédérales. On veut empiété
- 43:52sur le fédéral. qui a une différence importante.
- 43:56Il faut dire aussi que c 'est dans un contexte
- 43:58qui est particulier où le gouvernement fédéral
- 44:01a besoin des provinces présentement dans son
- 44:04combat contre les mesures tarifaires du président
- 44:09américain. Donc on est dans un moment qui est
- 44:13vraiment particulier sur le plan politique où
- 44:16là on a ce balai -là entre les différentes provinces
- 44:19où vous avez des provinces qui sont plus proches
- 44:21des États -Unis pour toutes sortes de... de raison,
- 44:23Alberta et Saskatchewan et d 'autres provinces
- 44:25qui ne sont pas, ce qui fait que le gouvernement
- 44:27fédéral se retrouve peut -être dans une position
- 44:29où il n 'est plus en clé à négocier avec les
- 44:31provinces de l 'Ouest. Et disons qu 'on ne fait
- 44:35pas le parallèle, mais j 'imagine qu 'on fasse
- 44:37un petit croche puis qu 'on parle un peu plus
- 44:39de droite -gauche au Canada parce que je pense
- 44:41que... Je ne veux pas qu 'il y ait une certaine
- 44:43similitude sans nécessairement dire que le populisme
- 44:46est à droite ou est à gauche. Je pense qu 'il
- 44:47y a quand même une évolution. Moi, dans les dernières
- 44:49semaines, tu sais, des fois, je ne sais pas,
- 44:51j 'aime ça, assez de voir, tu sais, ce que quelqu
- 44:53'un me demande politiquement, tu es comment?
- 44:54Puis là, tu regardes qu 'est -ce que tu es plus
- 44:56conservateur, plus libéral. Tu sais, mais c 'est...
- 44:58Dans le contexte canadien, c 'est vraiment, vraiment
- 45:00difficile de distinguer, je trouve, les conservateurs
- 45:02des libéraux. C 'est des mouvements qui ont énormément
- 45:05évolué dans les 150 dernières années. C 'est
- 45:08quoi être libéral et être conservateur au Canada
- 45:11aujourd 'hui? Ça dépend de son situ de base sur
- 45:14le plan politique ou le plan intellectuel. Si
- 45:15on se situe sur le plan intellectuel, on peut
- 45:17arriver à définir le libéralisme comme étant
- 45:20la primauté de l 'individu. C 'est l 'individu
- 45:22qui vient en premier. Et du côté conservateur,
- 45:25ce serait plutôt la collectivité qui vient en
- 45:28premier. Si on retourne au 19e siècle chez les
- 45:30intellectuels libéraux et intellectuels conservateurs,
- 45:33je pense qu 'il y avait une ligne de démarcation
- 45:34très nette. Mais ce qui se passe sur la scène
- 45:36intellectuelle, ce n 'est pas ce qui se passe
- 45:37sur la scène politique. Sur la scène politique,
- 45:40on n 'est pas obligé d 'avoir des définitions
- 45:41qui cadrent très bien avec ce qu 'on veut retrouver
- 45:44dans un dictionnaire de philosophie politique.
- 45:47Par conséquent... On a des partis politiques
- 45:49qui, souvent, sont dans des logiques où on emprunte
- 45:53l 'un à l 'autre, où on peut vouloir, par exemple,
- 45:56du côté libéral et conservateur, lutter contre
- 45:59la gauche. Par conséquent, il y a eu des rapprochements,
- 46:02notamment après 1945 entre libéraux et conservateurs.
- 46:06La grande particularité canadienne, c 'est qu
- 46:09'on a un parti libéral du Canada qui est là depuis
- 46:11le début de la Confédération, qui est très fort
- 46:14et qui a su s 'adapter. comparativement au Parti
- 46:18conservateur qui a toujours rencontré des difficultés
- 46:21à s 'adapter, notamment avec l 'électorat francophone,
- 46:25qui était l 'électorat catholique et francophone
- 46:27jusqu 'à très récemment, mais avec le Québec.
- 46:31Et donc là -dessus, le Parti libéral du Canada
- 46:33a un avantage considérable sur les conservateurs,
- 46:37ce qui fait que les libéraux peuvent se déplacer
- 46:40sur l 'axe gauche -droite plus facilement. Actuellement,
- 46:44Marc Arnée ressemble davantage à un libéral de
- 46:49droite, tel que l 'aurait été Jean Chrétien,
- 46:51par exemple. Le fait, par exemple, qu 'il ait
- 46:53aboli immédiatement la taxe carbone, l 'a amené
- 46:56à zéro, tout de suite, après avoir été lui chef
- 46:58du Parti libéral, ça montre que Marc Arnée a
- 47:02amené le Parti libéral davantage vers la droite,
- 47:05alors que sous Justin Trudeau, il était davantage
- 47:07vers la gauche. Et ça fait en sorte que l 'espace
- 47:10politique, lorsque le Parti libéral du Canada
- 47:14se déplace vers la droite, l 'espace politique
- 47:16pour les conservateurs devient d 'autant plus
- 47:19de trois. Ça devient plus difficile d 'exister
- 47:23politiquement. Et donc c 'est là où on a, c 'est
- 47:27surtout en temps de campagne électorale, souvent
- 47:29avec un parti libéral du Canada, qui peut aller
- 47:31davantage à gauche quand il sent que c 'est la
- 47:33pression de gauche qui est plus forte, comme
- 47:36c 'était le cas en 2015. Tormé Mulcair, lorsqu
- 47:38'il menait les néo -démocrates en 2015 à l 'élection,
- 47:41on le donnait gagné en mois d 'août. Il y avait
- 47:43une potentialité que les néo -démocrates forment
- 47:46le gouvernement. Donc Justin Trudeau, un petit
- 47:48peu plus à gauche, avec un État prévoyant que
- 47:52le gouvernement fera des déficits modestes. Oui,
- 47:54c 'est ça. Lui, on ne balance pas le budget,
- 47:56on fait des déficits. Et là, quand on a vu du
- 48:04côté libéral, avec l 'arrivée de Marc Carné,
- 48:07que c 'était plus en droite, que c 'était...
- 48:10que l 'espace politique était le plus rentable
- 48:12sur le plan électoral... on s 'est déplacé vers
- 48:15la droite. Et c 'est là qu 'on peut comprendre
- 48:17le désarroi, et j 'emploie le mot, le désarroi
- 48:20de Pierre Poilier, qui s 'est plus quoi vraiment
- 48:22proposer, parce que les libéraux, d 'une certaine
- 48:25façon, occupent l 'espace politique ou une partie
- 48:28de l 'espace politique qui était celui des conservateurs
- 48:32quand Justin Trudeau était encore le chef du
- 48:35Parti libéral. Parce que... On parle libéral
- 48:39ou conservateur, je pense que c 'est vrai au
- 48:41Canada, c 'est vrai ailleurs dans le monde aussi.
- 48:43Les partis représentent leur temps à un certain
- 48:47niveau, dans le sens que je mène le parti conservateur
- 48:50de Johnny MacDonald puis le parti libéral de
- 48:541867. des partis conservateurs. Puis personne
- 49:02ne regarderait ce que le Parti libéral de l 'époque.
- 49:03Je n 'ai pas vu leur plateforme, mais je veux
- 49:05dire, c 'était sûrement pas très progressiste
- 49:07comme message. de la religion, très progressiste,
- 49:14ça continue jusqu 'à la Deuxième Guerre mondiale,
- 49:17peut -être il y a un changement dans l 'après
- 49:19-guerre, révolution tranquille, tout ça, est
- 49:20-ce qu 'il y a une évolution au Canada des orientations
- 49:23politiques? On pourrait dire que l 'après -guerre,
- 49:25après 1945, après le second conflit mondial,
- 49:28là on a une approche qui va varier selon les
- 49:32gouvernements provinciaux, mais du gouvernement
- 49:33fédéral, c 'est -à -dire le gouvernement fédéral
- 49:35est sur l 'approche canadienne. la fédérale doit
- 49:39piloter le développement économique et social.
- 49:43Justement, on est au sortir de la guerre, même
- 49:45si le Canada n 'a pas vu d 'affrontement comme
- 49:48c 'était le cas sur le continent européen. On
- 49:50avait besoin d 'États qui étaient dans une approche
- 49:53de reconstruction. Ramener, par exemple, les
- 49:55anciens combattants, il y avait été nombreux,
- 49:58les réinsérer dans la vie politique et sociale
- 50:03et économique. C 'était crucial pour... le Canada
- 50:08et construire l 'infrastructure économique. Les
- 50:12provinces ont adopté ça à des réponses invariables.
- 50:14Par exemple, au Québec, c 'est avec la révolution
- 50:16tranquille, pardon, au début des années 60. En
- 50:21Alberta, ça s 'est fait aussi au milieu des années
- 50:2370 avec Peter. Donc, à des règles variables,
- 50:27à peu près tout le monde a adopté l 'idée que
- 50:30l 'État devait être présent dans l 'économie
- 50:32et dans le développement social -économique avec
- 50:34des variations quand même selon les provinces.
- 50:37Certaines étaient plus loin. Le Québec allait
- 50:40plus loin, par exemple, que l 'Alberta. Ça, ça
- 50:43fait aucun doute. C 'est dans les années 80 que
- 50:45ce modèle -là a commencé à changer, que là, Johnny
- 50:48McDonald s 'était revenu dans les années 80.
- 50:51C 'était réincarné à un moment donné pour être
- 50:54un partisan conservateur. trouver l 'approche
- 50:56de Bryan Mulroney, surtout lorsqu 'il adopte
- 50:59l 'idée de libre -échange. parce que pour lui,
- 51:02à l 'époque, il fallait protéger l 'économie
- 51:05nationale canadienne. Le conservateur était pour
- 51:08le protectionnisme. Il était pour le protectionnisme.
- 51:11Et donc, il voulait protéger l 'économie canadienne,
- 51:13les influences américaines, on voulait développer
- 51:15le marché intérieur. Et donc là, on s 'est mis
- 51:19au milieu des années 80 plutôt à prôner le libre
- 51:22-échange avec les États -Unis, l 'abaissement
- 51:25des frontières d 'une certaine façon. Et c 'était
- 51:30une idée qui n 'était pas populaire du côté du
- 51:32Parti libéral du Canada. Mais le Parti libéral
- 51:34du Canada, par la suite, s 'est réconcilié aussi
- 51:36avec le libre -échange. Donc c 'est pourquoi,
- 51:40du côté canadien, si on prend l 'exemple canadien,
- 51:43on a souvent eu ces chaussées croisées entre
- 51:45libéraux et conservateurs. Une idée qui est très
- 51:49populaire au moment donné chez les conservateurs
- 51:51combattue par les libéraux. On va se retrouver
- 51:54quelques décennies plus tard avec cette même
- 51:56idée -là défendue par... Et donc, c 'est pour
- 52:02ça qu 'il faut toujours distinguer, disons, les
- 52:04tendances de fond aussi, des tendances électorales
- 52:08du court terme, qui, elles, amènent souvent des
- 52:11changements stratégiques et des changements de
- 52:13positionnement politique chez les partis politiques,
- 52:18qui s 'adaptent aussi à l 'humeur électoral du
- 52:20moment. Par exemple, le nationalisme au Canada
- 52:23anglais s 'était décrié jusqu 'autant que Donald
- 52:27Trump se mette à dire qu 'il veut annexer le
- 52:30Canada et que le Canada devienne un 51e état.
- 52:32Là, on a vu une montée du nationalisme canadien
- 52:34anglais et tout à coup, si on n 'est pas nationaliste
- 52:37canadien anglais ou nationaliste canadien tout
- 52:40simplement, on est mal... un parti politique
- 52:44est mal vu et les conservateurs de Pierre Poilier
- 52:47se sont fait prendre justement à ce jeu -là lors
- 52:50de la dernière élection fédérale en n 'ayant
- 52:53pas un message assez nationaliste. Si je comprends
- 52:57bien ce que vous dites, essentiellement, au niveau
- 52:59économique, au niveau... dans beaucoup de termes
- 53:02de l 'idéologie, conservateur, libéral, ça se
- 53:04ressemble puis ça évolue beaucoup à travers le
- 53:06temps en fonction des besoins, surtout en raison
- 53:09du fait que le Parti libéral du Canada a une
- 53:11certaine flexibilité, disons, idéologique, puis
- 53:13le Parti conservateur doit s 'adapter. mais c
- 53:17'est ça, c 'est vraiment la notion de liberté
- 53:19individuelle ou liberté collective qui, à travers
- 53:22le temps, les distingue. Oui, la question de
- 53:24la liberté individuelle, sur le plan, disons,
- 53:27de la philosophie politique libérale, c 'est
- 53:30le coeur du libéralisme. C 'est l 'individu qui
- 53:33est l 'atome promis, alors que du côté des conservateurs,
- 53:36c 'était plutôt la collectivité. Et donc, c 'est
- 53:41cette collectivité -là qu 'il faut protéger.
- 53:43Puis en même temps, en disant ça, On voit bien
- 53:45que le Parti libéral actuel, ce n 'est pas simplement
- 53:49la protection individuelle qui lui est importante,
- 53:52c 'est aussi l 'intérêt national. On n 'arrête
- 53:55pas de parler d 'intérêt national pour le développement,
- 53:57par exemple, d 'un nouveau pipeline ou de nouveaux
- 54:03pipelines. Un discours plus collectiviste. Un
- 54:06discours plus collectiviste qui s 'est développé
- 54:08notamment lors de la COVID. Lors de la pandémie
- 54:12de COVID, on entendait dire... C 'est pas simplement
- 54:14l 'individu qui doit choisir pour lui -même,
- 54:17l 'individu doit penser également pour le bien
- 54:20de la collectivité. C 'est dans des moments de
- 54:22crise comme ça, souvent, que ces grandes valeurs
- 54:25-là ressortent le plus nettement. Et de l 'autre
- 54:28côté, Pierre Poilier avait très, très attaché
- 54:30aux libertés individuelles. Attaché aux libertés
- 54:33individuelles, effectivement. Donc c 'est pourquoi
- 54:35les conservateurs de droite d 'aujourd 'hui,
- 54:38certains vont dire qu 'ils ont trahi le conservatisme.
- 54:40C 'est plus des conservateurs, c 'est la droite
- 54:43néolibérale. D 'ailleurs, Pierre Poilier a dit
- 54:46qu 'un de ses ouvrages préférés, c 'est de Milton
- 54:48Friedman. Milton Friedman, l 'économiste, qui
- 54:52est associé au développement du néolibéralisme.
- 54:56Donc c 'est en ce sens -là. le conservatisme
- 54:58fiscal. Exactement, le conservatisme fiscal et
- 55:01donc c 'est pourquoi, je reviens à ce que je
- 55:03disais tout à l 'heure, les conservateurs, les
- 55:05pures conservateurs de la fin du 19e siècle auraient
- 55:08de la difficulté à se retrouver dans le parti
- 55:10conservateur d 'aujourd 'hui. En terminant, est
- 55:13-ce que le libéralisme, le conservatisme à travers
- 55:18le pays... est quelque chose de régional? Est
- 55:22-ce que c 'est quelque chose de rural contre
- 55:23ville? Comment est -ce que, historiquement, c
- 55:25'est réparti ces idéologies -là à travers le
- 55:27Canada? Oui, vous faites bien de poser la question
- 55:29parce que je pense qu 'il y a encore cette distinction
- 55:32-là entre les régions rurales et les grands centres
- 55:35urbains qui sont fondamentales. On le voit même
- 55:37en Alberta également. Edmonton est maintenant
- 55:40une ville sur le plan provincial qui vote à gauche.
- 55:44Sur le plan fédéral, c 'est moins clair, au plan
- 55:47fédéral. Et du côté de Calgary, ça peut voter
- 55:51à gauche ou à droite, c 'est -à -dire pour les
- 55:52néo -démocrates ou pour les conservateurs. Et
- 55:58il y a un autre phénomène aussi maintenant, c
- 56:01'est toutes les grandes couronnes périurbaines,
- 56:05qui maintenant, ce n 'est pas tout à fait des
- 56:07régions. On ne peut pas dire que c 'est des régions
- 56:09rurales, c 'est très urbanisé, puis en même temps,
- 56:12ça n 'a pas la même structure urbanisée que les
- 56:14centres -villes. Et eux, souvent, ces grandes
- 56:17couronnes périurbaines, qu 'on pense à Toronto,
- 56:19qu 'on pense à Montréal ou Vancouver, ça peut
- 56:22voter conservateur ou libéral, et c 'est beaucoup
- 56:26plus difficile à prédire. Et ça, je pense que
- 56:30c 'est encore... Ça vient ajouter un élément
- 56:34de complexité au discours des partis politiques.
- 56:37et au discours des analyses politiques aussi.
- 56:40Par exemple, il y a les questions de sécurité
- 56:42qui est importante dans les centres -villes,
- 56:44mais aussi dans les grandes couronnes périurbaines,
- 56:46puis pas avec la même dimension et pas forcément
- 56:51avec la même intensité, centre -villes versus
- 56:56régions. Mais il y a ces distinctions -là régionales
- 57:00sur un pays aussi vaste que le Canada. qui viennent
- 57:05aussi colorer l 'offre des partis politiques,
- 57:07colorer également les idéologies des partis.
- 57:10Puis je pourrais terminer avec ça en disant aussi
- 57:12que la gauche, par exemple, dans les provinces
- 57:15de l 'Ouest, c 'est différent de la gauche, je
- 57:17dirais, de l 'Ontario et du Québec. C 'est -à
- 57:20-dire, c 'est une gauche qui se dit un peu plus
- 57:22pragmatique. En tout cas, celle qui a pris le
- 57:24pouvoir. Et donc, c 'est une gauche qui peut
- 57:26accepter de construire un pipeline. Alors qu
- 57:29'une gauche au Québec peut pas accepter de construire
- 57:32un pipeline. Ça, c 'est des... Ça, c 'est aussi
- 57:36une distinction régionale, mais une distinction
- 57:39provinciale de grande région. d 'avoir été avec
- 58:07nous. Si vous avez apprécié l 'épisode,