Latest / Africa Fashion Tour / Estelle Ndjandjo, co-réalisatrice de la série Peaux Noires
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- 0:00Si
- 0:01Issa Rae et Si Ava DuVernay veulent produire des films avec moi,
- 0:05ramada,
- 0:05je ne dirais pas non.
- 0:07Voilà,
- 0:08que ça soit clair.
- 0:09Par contre,
- 0:11je pense qu'il faut arrêter de regarder Outre-Atlantique.
- 0:13Ça a été l'erreur qu'on a faite pendant beaucoup d'années.
- 0:16On a énormément été forgés par la culture noire américaine,
- 0:19que je respecte énormément.
- 0:20Évidemment,
- 0:21ils nous ont apporté à tellement de générations différentes,
- 0:24que ce soit au niveau du jazz,
- 0:27quand je pense à...
- 0:28à Billy Holiday,
- 0:29quand je pense évidemment à Tina Turner,
- 0:32toutes ces femmes qui m'ont inspirée,
- 0:34qui ont inspiré déjà la génération de mes parents,
- 0:36de mes grands-parents,
- 0:38ils ont été des modèles,
- 0:39effectivement,
- 0:40je pense,
- 0:41surtout pour la génération des indépendances,
- 0:44de se battre pour sa liberté,
- 0:45etc.
- 0:46Maintenant,
- 0:47je suis moins fan,
- 0:48effectivement,
- 0:48d'une culture aussi très capitaliste américaine,
- 0:53et je pense que l'arrivée de Donald Trump nous montre aussi les limites,
- 0:56évidemment,
- 0:57de ce système-là.
- 1:00qui ne peut pas être viable,
- 1:01surtout pour une population diasporique noire comme la nôtre,
- 1:05où le système capitaliste ne fonctionne pas dans notre sens,
- 1:11pas systématiquement du moins.
- 1:15Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour.
- 1:18Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain et d'experts qui contribuent au développement d'une économie africaine solide.
- 1:26Je vous invite à voyager à Abidjan,
- 1:28Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux,
- 1:32responsables et ambitieux.
- 1:34Au fil des interviews,
- 1:35je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement des industries culturelles et créatives sur le continent et au-delà.
- 1:42Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour promouvoir un éventail de tissus,
- 1:48de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés.
- 1:53C'est aussi une opportunité de découvrir des business models made in Africa,
- 1:58éthiques et performants.
- 1:59Je suis Ramata Dialo,
- 2:01je suis professeure de marketing dans les écoles de mode parisiennes.
- 2:04Je suis également consultante en marketing et communication.
- 2:07J'accompagne des dirigeants dans leur personal branding sur LinkedIn.
- 2:11En 2017,
- 2:12j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique.
- 2:15Et depuis,
- 2:15je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique.
- 2:22Au-delà de la mode,
- 2:23je m'intéresse aussi à tout l'écosystème de l'entrepreneuriat africain.
- 2:27Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision du business en Afrique.
- 2:35Aujourd'hui,
- 2:36je suis en compagnie d'Estelle Ndjanjo,
- 2:37la co-réalisatrice de la série documentaire Peaux Noires qui est actuellement disponible sur TV5Monde.
- 2:43Elle a créé ce format de 5 épisodes de 15 minutes avec la réalisatrice Johanna Boyer-Dilolo.
- 2:49Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle nous parle de son parcours de journaliste engagée
- 2:53et de la genèse de la série Peau Noire.
- 2:55Bienvenue Estelle,
- 2:56comment vas-tu ?
- 2:57Merci beaucoup Ramata,
- 2:59je vais très bien.
- 3:00Merci pour cette introduction.
- 3:02Ça fait presque une semaine maintenant,
- 3:05un peu plus d'une semaine que le documentaire est sorti et c'est vrai qu'on est très heureuse avec Johanna de pouvoir écouter les premiers retours des spectateurs.
- 3:14Ça fait un an qu'on a le projet en tête et qu'on n'a qu'une seule hâte,
- 3:20c'est que les gens puissent...
- 3:22nous dire ce qu'ils en pensent.
- 3:23Très bien.
- 3:24Écoute,
- 3:25on va commencer cette interview avant de rentrer dans le cœur du sujet qui est ce documentaire.
- 3:30Je vais commencer cette interview comme je le fais toujours.
- 3:32Je vais te demander de te présenter.
- 3:34Très bien.
- 3:34Je m'appelle Estelle Ndjanjo.
- 3:35Je suis journaliste,
- 3:37réalisatrice,
- 3:38autrice,
- 3:40enseignante aussi.
- 3:40J'enseigne le podcast.
- 3:41Donc moi,
- 3:43c'est un secteur de création sonore
- 3:49qui me passionne et pour lequel je me suis totalement dédiée depuis cinq ans.
- 3:57Et donc ça,
- 3:57c'est le premier film documentaire que je réalise et que j'écris avec Johanna Voilidilolo,
- 4:04qui,
- 4:04elle,
- 4:04pour le coup,
- 4:05est chef lumière et donc qui est vraiment une excellente technicienne du théâtre.
- 4:12Et en fait,
- 4:13J.S.
- 4:13Lalois,
- 4:14qui est notre productrice pour...
- 4:16La Félicité a eu l'excellente idée de nous réunir toutes les deux parce qu'elle avait vu qu'il y avait un super match à faire et qu'elle avait ce projet depuis très longtemps parce que J-US et moi,
- 4:28on bosse ensemble sur différents projets de films et on a pu enfin concrétiser cette collaboration qu'on voulait faire depuis des années en rencontrant Johanna,
- 4:39qu'elle avait rencontrée à un festival aussi et ce projet est né de nos...
- 4:43multiples conversations autour de la peau noire.
- 4:46On est toutes les trois des femmes noires.
- 4:49Respectivement,
- 4:51les parents de Jius sont originaires du Congo.
- 4:54Johanna est née et a grandi en Côte d'Ivoire.
- 4:56Et mes parents sont originaires du Cameroun.
- 4:58Donc,
- 4:58on peut dire qu'on est trois femmes afrodescendantes,
- 5:01afropéennes.
- 5:01Et on avait énormément de...
- 5:04de réflexion,
- 5:05de questions autour de notre peau noire.
- 5:06On était déjà très inspirés par le documentaire « Cheveux afro »
- 5:11qui avait été produit par Guisse
- 5:12à l'époque où elle était à BKE Productions.
- 5:15Et là,
- 5:16aujourd'hui,
- 5:16c'est elle qui est aussi à la manette.
- 5:17Et je trouve qu'on voit à quel point ça a évolué aussi dans le style.
- 5:22C'est-à-dire qu'à la fois,
- 5:23c'est toujours très pédagogique.
- 5:25C'est à l'image de la chaîne TV5Monde qui se veut à la pédagogue,
- 5:30vraiment tournée vers la francophonie.
- 5:32Et en même temps,
- 5:32on avait un parti de prix très fort qu'on voulait mettre en avant avec Johanna.
- 5:36C'était un point de vue très artistique.
- 5:41C'est les premiers retours qu'on a,
- 5:42notamment sur le documentaire.
- 5:43C'est que la manière d'exprimer toute la souffrance et la joie,
- 5:50tous ces différents sentiments qui nous traversent en tant que personnes noires et le rapport intime qu'on a avec notre peau,
- 5:56on a essayé de le mettre en avant à travers des séquences de danse,
- 5:59à travers des témoignages intimes.
- 6:02matures,
- 6:03qui sortent un peu de l'ordinaire,
- 6:05c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de rock,
- 6:06il y a beaucoup de danse contemporaine,
- 6:08il y a des musiques qu'on n'a pas l'habitude d'écouter,
- 6:11des corps qu'on n'a pas l'habitude de voir aussi.
- 6:13C'était important pour nous d'arriver à pousser toujours la conversation plus loin sur ce sujet.
- 6:19Merci pour cette introduction.
- 6:20Tu t'es effectivement là dans cette intro,
- 6:22pas mal concentrée sur l'explication de la genèse de Peau Noire.
- 6:27J'ai envie de revenir un petit peu sur ton parcours.
- 6:29Je sais que tu es journaliste et que notamment,
- 6:31il y a une partie de ton parcours que tu as fait à Dakar.
- 6:34Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de cette période-là et de pourquoi le choix,
- 6:39à un moment donné,
- 6:40de partir et de partir sur le continent ?
- 6:43Alors,
- 6:43le choix pour moi de partir,
- 6:45de quitter la France,
- 6:46effectivement,
- 6:48pour le Sénégal,
- 6:49ça s'est fait en 2019.
- 6:50À l'époque,
- 6:52je travaillais pour les chaînes de télévision Publique en en France et j'ai eu
- 6:59L'opportunité de faire une carrière à Dakar,
- 7:01pour moi,
- 7:03c'était le moment pour moi de partir.
- 7:04J'avais envie de comprendre ce qu'était la vie sur le continent africain.
- 7:11Et Dakar,
- 7:11pour moi,
- 7:12était la meilleure ville parce que ma maman y avait déjà vécu.
- 7:16Et donc,
- 7:16je suis allée là-bas.
- 7:19J'ai adoré le Sénégal.
- 7:21C'est très bateau de dire ça,
- 7:22mais je me suis sentie à l'aise.
- 7:24Je me suis toujours sentie accueillie.
- 7:25Ce qui n'a pas toujours été le cas de toutes les personnes que j'ai rencontrées.
- 7:28Il y a beaucoup de personnes qui m'ont dit que les Sénégalais les avaient rejetées parce que blanc,
- 7:33parce que XY.
- 7:34Et moi,
- 7:36ça n'a pas été le cas,
- 7:36donc je suis assez contente de ça.
- 7:39Je travaillais pour Reuters en tant que productrice audiovisuelle,
- 7:41donc en agence internationale,
- 7:44donc en anglais aussi,
- 7:46avec différentes nationalités.
- 7:48Et à chaque fois,
- 7:50c'était effectivement des reportages du terrain.
- 7:53où j'ai découvert la culture sénégalaise.
- 7:54Et j'ai surtout compris une chose,
- 7:56c'est que les Sénégalais sont très pudiques.
- 7:58Moi,
- 7:58je suis d'origine camerounaise,
- 8:00comme j'ai dit tantôt,
- 8:01et on n'a pas du tout la même culture.
- 8:03C'est-à-dire que moi,
- 8:03je viens d'une culture où les gens sont très frontales,
- 8:08ils vont aller au contact,
- 8:09ils ne vont pas avoir peur du conflit,
- 8:11ils ne vont pas avoir peur de se mettre en avant.
- 8:14Ils vont aimer se mettre en avant,
- 8:15avec un orgueil parfois très mal placé de camerounais.
- 8:20Et au contraire,
- 8:21au Sénégal,
- 8:21c'était...
- 8:21beaucoup plus de politesse.
- 8:22Moi,
- 8:23j'ai été très étonnée de la gentillesse et de l'égard qu'on pouvait avoir envers moi.
- 8:29Et surtout,
- 8:30ils n'étaient pas à l'aise avec la caméra.
- 8:31Donc,
- 8:31c'est comme ça que je me suis tournée vers la radio et la création sonore.
- 8:34C'est-à-dire que j'ai commencé à faire des sujets pour RFI,
- 8:37notamment là-bas où je travaillais pour RFI depuis que j'étais stagiaire où je connaissais bien la maison.
- 8:45Et donc,
- 8:45c'est comme ça que je suis tombée aussi dans la radio.
- 8:47C'est à travers l'Afrique,
- 8:48c'est-à-dire que la radio est partout sur le continent.
- 8:51dans les taxis,
- 8:51dans les maquilles,
- 8:53dans les petites boutiques,
- 8:54dans les kiosques.
- 8:56La parole est plus facile à transmettre que l'écrit,
- 8:59parce que tout le monde ne sait pas forcément lire.
- 9:01Et je trouvais ça beaucoup plus beau,
- 9:03beaucoup plus intime,
- 9:04mais aussi paradoxalement moins vulgaire.
- 9:07Alors c'est une femme qui vient de sortir un documentaire télé qui vous dit ça,
- 9:11mais c'est vrai que pour moi le son a une importance cruciale.
- 9:13C'est d'ailleurs pour ça que la musique dans le documentaire « Peau noire,
- 9:17quel héritage »
- 9:18a une très grande place.
- 9:20toute l'atmosphère sauveur est aussi importante que l'image.
- 9:23Mais oui,
- 9:24j'ai passé le Covid là-bas au Sénégal et j'ai pu voir le courage des Sénégalais qui ont affronté ça avec énormément de professionnalisme et un sens de la communauté auquel je n'étais pas habituée aussi en tant qu'Amronnaise où on est dans une société au Cameroun particulièrement individualiste du
- 9:42fait qu'on a eu deux présidents depuis notre indépendance et que c'est chacun pour soi si on veut survivre.
- 9:48ce qui est assez différent au Sénégal où ils ont respecté leur processus démocratique jusque-là,
- 9:52pour l'instant.
- 9:55Et oui,
- 9:55ça m'a fait beaucoup de bien aussi de la culture.
- 9:57Je pense que quand on est
- 9:59Africain et qu'on a soif de culture,
- 10:01il faut aller au Sénégal,
- 10:01il faut aller à Dakar,
- 10:02il faut aller à la Biennale,
- 10:05il faut aller au musée des civilisations noires,
- 10:06il faut aller à la Médina pour voir tous les quartiers.
- 10:10d'artisan.
- 10:11Et je pense que c'est une période qui m'a énormément inspirée,
- 10:13où je me suis sentie très libre de visiter mon africanité,
- 10:17d'être amoureuse aussi de la peau noire.
- 10:20Tous les Sénégalais autour de moi avaient un beau noir.
- 10:23Je me suis sentie pour la première fois être une norme.
- 10:26Alors,
- 10:27je suis légèrement plus claire qu'une Sénégalaise lambda,
- 10:30ce qui fait que les gens ont pensé que j'étais un peu toute couleur.
- 10:35Donc,
- 10:35j'étais ivoirienne parfois.
- 10:36Enfin,
- 10:36voilà.
- 10:36Mais ça n'a pas changé grand-chose.
- 10:38Peut-être que si.
- 10:39Pour être honnête,
- 10:40si,
- 10:40parce que mon expérience a forcément été différente en tant que personne un peu plus claire que le reste de la population,
- 10:45ça c'est clair,
- 10:45parce que le colorisme est réel.
- 10:47Surtout le fait que je ne parlais pas,
- 10:49je sentais que je venais de France,
- 10:50il suffit que j'ouvre la bouche,
- 10:51même au début quand je marchais,
- 10:54ma démarche me trahissait,
- 10:55mes habits me trahissaient.
- 10:57Tout ça,
- 10:58pour moi,
- 10:58ça a enrichi mon expérience aussi d'Afropéenne.
- 11:02Je me sentais bien,
- 11:03je me sentais bien là-bas.
- 11:04Et c'est vrai qu'ensuite,
- 11:06j'ai eu la chance de faire des reportages en Centrafrique.
- 11:09pour Médecins Sans Frontières.
- 11:11Donc là,
- 11:11c'est encore autre chose.
- 11:13Je suis allée en Côte d'Ivoire pour la Cannes aussi,
- 11:15pour couvrir la CAN 2023.
- 11:16Donc moi,
- 11:17à chaque fois qu'on me dit d'aller sur le continent pour travailler ou pour y vivre,
- 11:21je ne dirai jamais non.
- 11:23J'attends.
- 11:24Moi,
- 11:24je vis en France aujourd'hui en attendant de repartir sur le continent.
- 11:27C'est plutôt comme ça que je vois ma vie maintenant aujourd'hui.
- 11:30Très bien.
- 11:30Et tu dirais qu'en fait,
- 11:32ce passage sur le continent et le fait d'avoir envie d'y retourner régulièrement,
- 11:35ça a un impact du coup dans...
- 11:37les choix de sujets que tu peux faire ou la manière dont tu vas te positionner avec certains producteurs ?
- 11:44Est-ce que vraiment,
- 11:45ça fait partie,
- 11:46toi,
- 11:46quelque part,
- 11:47de ton identité et tu cherches à le faire transparaître dans les sujets sur lesquels tu travailles ?
- 11:53Oui,
- 11:53bien sûr.
- 11:54Mais je dirais que ce besoin,
- 11:57il était présent bien avant mon départ à Dakar.
- 12:01Le tournoi,
- 12:02en fait,
- 12:03si tu veux,
- 12:03ça a été des circonstances hasardeuses.
- 12:07même si je ne crois pas au hasard,
- 12:08mais au moment où je suis à Dakar,
- 12:10je suis encore à Dakar au moment du Covid,
- 12:14et qu'est-ce qui se passe ?
- 12:15George Floyd meurt.
- 12:17Le mouvement Black Lives Matter 2 s'enclenche après le premier de 2014.
- 12:21Et là,
- 12:22moi,
- 12:22je vis dans un pays entièrement noir,
- 12:24où je n'ai pas à côtoyer des Blancs,
- 12:27ou très peu,
- 12:29et où il y a des manifestations Black Lives Matter qui sont organisées,
- 12:33des rassemblements plutôt.
- 12:35Parce qu'effectivement,
- 12:36les gens se sentent concernés.
- 12:38Et on voit de loin,
- 12:40effectivement,
- 12:40moi,
- 12:40je vois de loin toutes ces manifestations en France,
- 12:43aux États-Unis,
- 12:44dans le monde.
- 12:45Ça me fait du bien.
- 12:46Et d'ailleurs,
- 12:46c'est vraiment,
- 12:48encore une fois,
- 12:48c'est une succession de circonstances où pendant le Covid,
- 12:52j'ai eu le temps,
- 12:54comme beaucoup de personnes,
- 12:55d'avoir le temps de pouvoir se recentrer sur soi-même.
- 13:01Et j'en ai profité.
- 13:04pour regarder de plus en plus de films noirs.
- 13:06C'est-à-dire qu'il y avait un groupe Facebook à l'époque qui s'appelait Cinéma Noir,
- 13:09où chacun envoyait des références de films pas forcément pointus,
- 13:17mais des références de films à la fois caribéens,
- 13:20africains,
- 13:21noirs américains,
- 13:23du XXe siècle,
- 13:25contemporains,
- 13:26qui n'avaient pas assez de lumière.
- 13:29Et c'est comme ça que j'ai commencé à vraiment faire ma culture aussi.
- 13:35énormément,
- 13:35une culture cinématographique.
- 13:37Je pense que j'ai regardé,
- 13:37par exemple,
- 13:38Daughters of the Dust de Julie Dash,
- 13:42qui est un film de 91,
- 13:43qui a beaucoup inspiré l'album aussi Les Monnaies de Beyoncé.
- 13:47Dans le visuel,
- 13:48j'entends qui,
- 13:48moi,
- 13:49m'a beaucoup inspiré.
- 13:52J'ai regardé
- 13:54Le Quartier Mozart,
- 13:56qui est un film...
- 13:58de 92 aussi.
- 14:00Je cite beaucoup les films de 92,
- 14:01de Jean-Pierre Bécolo,
- 14:02mais c'est aussi parce que c'est toute une culture.
- 14:04Moi,
- 14:04je suis une fille des années 90,
- 14:06donc ce que j'ai raté,
- 14:07évidemment,
- 14:07parce que j'étais trop jeune,
- 14:09que je n'ai pas vu.
- 14:10Et je m'en inspire énormément pour...
- 14:13Ça me fait du bien de voir tous ces récits-là,
- 14:15et je me dis,
- 14:16en fait,
- 14:16j'ai envie de faire des films.
- 14:18Et c'est à ce moment-là,
- 14:18avec J.U.S.,
- 14:19qu'on s'était déjà rencontrés avant,
- 14:21et on échange énormément.
- 14:23On échange,
- 14:23on échange,
- 14:25et on commence à écrire des idées de films.
- 14:28Donc,
- 14:28on en a plein en réserve qu'on n'a pas encore montré.
- 14:31Mais oui,
- 14:33c'est-à-dire que c'était déjà avant là,
- 14:36avant Dakar,
- 14:37mais il y a eu une bascule 2020 qui aussi a permis à ce que les institutions et le monde de la culture s'obligent littéralement à faire attention aux arts noirs,
- 14:49à faire attention...
- 14:51Au niveau de la diversité,
- 14:52c'est ce que Tiah Beye,
- 14:54qui est mannequin,
- 14:55dans le documentaire raconte.
- 14:57C'est-à-dire qu'elle a vu un immense shift entre le avant-après Black Lives Matter,
- 15:02où les marques de mode ont dû se mettre au diapason.
- 15:05Et aujourd'hui,
- 15:06il y a beaucoup plus de mannequins noirs sur les défilés.
- 15:09Même si,
- 15:10c'est important de le préciser,
- 15:11certains défilés font encore des défilés 100%
- 15:14blancs.
- 15:14Je pense que ça a été le cas il n'y a pas longtemps avec Dolce & Gabbana,
- 15:16si je ne dis pas de bêtises.
- 15:19D'ailleurs,
- 15:19ça a été dénoncé sur les plateaux télé aussi,
- 15:23cette manière de reculer finalement.
- 15:25On recule aussi parce qu'on est dans un monde trumpiste,
- 15:27conservateur,
- 15:28qui n'aime pas l'avancée de la tolérance et des corps non blancs et des expériences qui ne sont pas normées.
- 15:41Donc oui,
- 15:42je ne sais pas si j'ai répondu à ta question,
- 15:43Ramata.
- 15:44Tu as complètement répondu à ma question,
- 15:45merci beaucoup.
- 15:47Ça me donne une transition sur un sujet qui est lié à un manque de visibilité,
- 15:52de sujets qui vont être liés à l'Afrique,
- 15:54de sujets qui vont parler à des afrodescendants.
- 15:56Le point que tu évoques,
- 15:57c'est que tu t'es fait ta propre culture.
- 16:00Tu as eu accès à un groupe d'individus qui ont partagé avec toi leurs références culturelles africaines,
- 16:07noires,
- 16:08qui ont partagé des films,
- 16:10des livres.
- 16:12Et en fait,
- 16:12quand on veut se faire sa culture noire,
- 16:14si tu me permets ce terme-là,
- 16:16Il faut qu'on aille chercher nous-mêmes.
- 16:18Bien sûr.
- 16:19Il faut qu'on aille se faire notre propre bibliothèque parce qu'elle n'est pas accessible facilement quand on regarde les médias traditionnels.
- 16:26Toi,
- 16:26est-ce que,
- 16:26du coup,
- 16:27dans ta manière d'appréhender ton métier de journaliste,
- 16:30tu avais aussi ça en tête,
- 16:31en fait,
- 16:31ce sujet de comment j'apporte ma pierre à l'édifice par rapport à ce sujet de en tant que journaliste noire,
- 16:40je vais me positionner d'une certaine façon pour pouvoir proposer certains sujets et je ne vais pas être...
- 16:46Quelque part,
- 16:47mainstream à parler,
- 16:48si je suis dans une télévision française,
- 16:50finalement,
- 16:50je vais aborder les sujets qui sont liés à la population française sans forcément me concentrer sur des sujets qui seraient plus,
- 16:57qui toucheraient davantage des afro-descendants.
- 16:59Oui,
- 17:00je pense qu'on a déjà tous eu envie au moins une fois,
- 17:05ne serait-ce que parce qu'on a envie de faire partie d'une norme,
- 17:09de vouloir être comme tout le monde,
- 17:10de vouloir parler des sujets du quotidien qu'on voit dans les médias.
- 17:17dans la culture,
- 17:18mais c'est vrai que très vite,
- 17:21ça m'a rattrapée,
- 17:23je dirais aussi parce que j'avais l'impression qu'on parlait que d'une partie de la population.
- 17:29Et surtout,
- 17:30en discutant,
- 17:31je pense aussi avec d'autres personnes blanches qui se disaient du monde de la culture,
- 17:36ce qui fait toujours bien rire,
- 17:38et que je constatais leur ignorance,
- 17:43je dirais que ça m'a donné envie de me dire
- 17:45un,
- 17:46de me sentir légitime à le faire,
- 17:48et deux,
- 17:50de construire et de créer pendant qu'il est encore temps.
- 17:53Ce qui fait que,
- 17:57oui,
- 17:58j'ai eu envie de créer des films assez tôt.
- 18:02Je pense que c'est venu vraiment avec mon féminisme.
- 18:08Je pense que ce n'est pas anodin,
- 18:10c'est-à-dire que MeToo a beaucoup forgé mon parcours.
- 18:14en tant que journaliste,
- 18:15parce que j'ai vécu du harcèlement sexuel dans mon travail.
- 18:19J'ai été fétichisée énormément en tant que femme noire,
- 18:23par des producteurs de télé françaises,
- 18:27par des chefs,
- 18:28par des personnes sur le terrain.
- 18:30C'était aussi dû à ma jeunesse,
- 18:32ça je pense aussi,
- 18:33parce qu'aujourd'hui j'ai eu vraiment clairement beaucoup moins d'épisodes comme ça.
- 18:39Mais c'est vrai que avant de...
- 18:43Avant de me situer,
- 18:44tout ça est très mélangé,
- 18:45évidemment.
- 18:47Mais ma conscientisation globale,
- 18:49je dirais,
- 18:51vient aussi du fait de me situer en tant que femme dans une société patriarcale.
- 18:55Parce que cette conscientisation,
- 18:57moi,
- 18:58je l'ai depuis l'enfance,
- 18:59grâce à mes parents,
- 19:01mes parents qui m'ont transmis les connaissances historiques sur la colonisation.
- 19:09Rares sont les Camerounais qui n'apprennent pas à leurs enfants,
- 19:11effectivement,
- 19:13par la transmission,
- 19:14c'est-à-dire ce que la France a pu faire au Cameroun,
- 19:16notamment pendant les indépendances.
- 19:18Mon père est assez vieux pour avoir connu les guerres d'indépendance,
- 19:20donc ça,
- 19:21ça l'a marqué.
- 19:22Donc on ne peut pas être ignorant sur ça.
- 19:23Je n'étais pas une petite enfant innocente qui se baladait en France sans savoir quelle était l'histoire de notre pays et de mon père et pourquoi il était en France.
- 19:34Cette innocence-là,
- 19:34je l'ai perdue très très tôt,
- 19:38de devoir vivre dans le pays du colon.
- 19:42Et ce qui fait que la deuxième phase,
- 19:44ça a vraiment été très tard à l'âge adulte,
- 19:46jeune adulte,
- 19:47pour MeToo,
- 19:48où là,
- 19:49j'ai vraiment compris ma position de minorité et à quel point j'avais...
- 19:55à la fois,
- 19:57je dirais,
- 19:57une position inférieure,
- 19:58mais une position privilégiée aussi.
- 20:00Parce que comme dit mon amie Marie Da Silva,
- 20:03qui est coach spécialisée dans les situations de racisme au sein du milieu professionnel,
- 20:13elle dit souvent qu'en tant que femme noire,
- 20:16on a une place particulièrement omnisciente,
- 20:20comme au théâtre.
- 20:21Elle fait cette métaphore intéressante où elle...
- 20:23parle de la société comme un grand amphithéâtre,
- 20:27un théâtre ou un opéra,
- 20:29où les personnes blanches sont au premier rang et peuvent avoir accès aux spectacles sans encombre.
- 20:37Et les personnes noires,
- 20:39les femmes noires sont au dernier rang et presque coincées entre deux poteaux.
- 20:44Et elle dit,
- 20:45mais en fait,
- 20:45quand on a cette position-là,
- 20:48on voit tout ce qui se passe.
- 20:49Eux ne voient pas.
- 20:51Et ce qui fait que...
- 20:52J'ai profité,
- 20:52je pense,
- 20:53et je continue toujours à profiter de ce regard omniscient,
- 20:57d'arriver à percevoir les angles morts de la société et donc de la culture et de l'art pour essayer de m'y engouffrer.
- 21:05Le problème,
- 21:05ce n'est pas tant le fait d'avoir une inspiration ou quoi que ce soit,
- 21:09c'est la réalisation.
- 21:11C'est-à-dire comment j'arrive à réaliser cette vision-là.
- 21:15Et là,
- 21:16effectivement,
- 21:17le pouvoir institutionnel,
- 21:19majoritairement blanc,
- 21:21nous empêche de pouvoir avoir accès et surtout réaliser,
- 21:26concrétiser,
- 21:28produire la vision.
- 21:29Que ce soit des films,
- 21:31que ce soit de l'écriture,
- 21:34un livre.
- 21:35Moi je suis journaliste donc j'écris énormément aussi.
- 21:37Là je suis en train d'écrire aussi un livre.
- 21:40Donc je vois bien qu'il y a des barrières,
- 21:43des réticences,
- 21:44de la peur,
- 21:46des formes de censure aussi énormément.
- 21:53que ce soit des chaînes,
- 21:57que ce soit des institutions en général.
- 22:01Vraiment,
- 22:02il n'y a pas de...
- 22:03Mais ils fonctionnent avec un budget et parfois les budgets sont coupés selon s'il y a des sujets qui ont été...
- 22:11C'est souvent une question d'argent.
- 22:12Ce n'est pas souvent à voir avec les sujets.
- 22:14Mais je veux dire qu'il y a des réticences,
- 22:17effectivement,
- 22:18à...
- 22:18à appuyer certains sujets plutôt que d'autres.
- 22:20On sent bien dans les appels à projets qu'il faut absolument faire produire des choses sur le vivre ensemble,
- 22:26ce qui m'a toujours bien fait rire,
- 22:28parce qu'il y a une forme aussi de candeur et de naïveté sur le fait de produire des sujets qui nous rassemblent,
- 22:34plutôt que d'essayer,
- 22:36dans un premier temps,
- 22:37parce qu'il y a beaucoup de travail à faire,
- 22:40d'être aussi pédagogue sur comment être aussi peut-être un bon allié.
- 22:45pourquoi faut-il être un bon allié ?
- 22:46Parce qu'il existe du racisme,
- 22:48parce qu'il existe des expériences plurielles,
- 22:50parce qu'il existe encore des formes de discrimination dans le monde,
- 22:52parce qu'il existe d'autres récits aussi qu'il faut mettre en avant.
- 22:56Et tout ça,
- 22:58c'est très subtil de naviguer dans ce monde de la production et de l'écriture,
- 23:03surtout en France,
- 23:04où on a beaucoup de retard,
- 23:06qu'on parle aux autres.
- 23:07Et donc,
- 23:08une partie de moi me dit que ce retard est aussi bénéfique parce que tout est à faire.
- 23:13Tout est à faire et pourtant la France est connue dans le monde pour sa culture et en même temps,
- 23:19c'est un point de vue qui est très paternaliste sur la culture noire.
- 23:26C'est un point de vue qui peut être aussi très méfiant et puis exotisant,
- 23:33il faut dire aussi les choses.
- 23:35Je pense que c'est aussi pour ça que le documentaire,
- 23:39on a pris un parti pris.
- 23:40c'est celui de ne pas forcément mettre de la Cora ou de l'Afrobeat à tout va,
- 23:47mais d'arriver à casser un peu les codes de ce qu'on dépréconseille.
- 23:52On voulait vraiment débunker plein de choses.
- 23:56Et je pense que c'est une manière de le faire.
- 23:59Évidemment,
- 23:59il y a plein d'autres manières de le faire.
- 24:00À chaque fois que j'ai des retours,
- 24:02les gens nous disent « Mais en fait,
- 24:03chaque épisode devrait faire une heure. »
- 24:04Et je dis « Mais bien sûr ! »
- 24:06Mais ça serait moins digeste pour les gens.
- 24:09et surtout pour les enfants et pour les plus jeunes qui doivent aussi apprendre.
- 24:14Donc voilà.
- 24:15D'abord,
- 24:16je tenais à te remercier de partager avec nous,
- 24:18avec transparence,
- 24:19ton expérience difficile d'harcèlement au travail.
- 24:22Et je suis désolée que cette situation te soit arrivée.
- 24:26Ensuite,
- 24:26sur ton point,
- 24:29aujourd'hui,
- 24:30tu as ce profil de journaliste engagée,
- 24:34féministe,
- 24:35que tu revendiques.
- 24:37Et tu expliques que tu écris,
- 24:39tu produis du contenu,
- 24:40tu as plein d'idées avec juste la productrice et sa maison de production,
- 24:44production la féliciter et que,
- 24:48comment dire,
- 24:49peut-être que ces idées-là,
- 24:50toutes ces idées-là,
- 24:51pour qu'elles puissent avoir pour que nous,
- 24:53le public,
- 24:53on puisse y avoir accès,
- 24:55il faut qu'il y ait des intermédiaires type TV5Monde ou autres qui acceptent ces sujets-là et là,
- 25:02tu évoques le fait qu'il y a des limites.
- 25:05Ce serait quoi pour toi les solutions ?
- 25:07C'est de créer nos propres médias,
- 25:09de créer nos propres structures ?
- 25:11d'aller plutôt s'orienter peut-être vers les États-Unis,
- 25:14qui vont peut-être être,
- 25:14je ne sais pas,
- 25:15plus...
- 25:15Alors,
- 25:16avec Trump,
- 25:16je pense moins ouvert,
- 25:17mais il y a des médias afro-américains.
- 25:20Est-ce que toi,
- 25:21de par ton expertise,
- 25:23tu vois des solutions pour qu'il y ait davantage de...
- 25:26Parce que là,
- 25:27ce n'est pas le manque d'idées,
- 25:28c'est plutôt,
- 25:28à un moment donné,
- 25:29la diffusion,
- 25:30en fait.
- 25:31C'est là où ça pêche,
- 25:31c'est la diffusion.
- 25:32Et c'est aussi,
- 25:33j'imagine,
- 25:33les financements.
- 25:34Si ceux qui diffusent ne veulent pas financer,
- 25:36en fait,
- 25:37on a plein d'idées,
- 25:37mais on n'arrive pas forcément...
- 25:39Elles n'arrivent pas à voir le jour.
- 25:41Toi,
- 25:41comme tu es au cœur de ces sujets-là,
- 25:43quelle solution tu vois pour pouvoir avoir toujours plus de films qui racontent des histoires noires,
- 25:51qui font de la pédagogie sur des histoires noires et qui sont plus représentatifs de ce qui se passe dans le monde actuellement ?
- 25:59Alors,
- 26:00je ne suis pas du tout fan des États-Unis.
- 26:03Donc,
- 26:03pour moi,
- 26:03la solution ne peut plus venir d'outre-Atlantique.
- 26:07Alors,
- 26:08si il s'arrêt...
- 26:09Et si Ava Duvernay veut produire des films avec moi,
- 26:12ramada,
- 26:13je ne dirais pas non.
- 26:15Voilà,
- 26:15que ça soit clair.
- 26:17Par contre,
- 26:18je pense qu'il faut arrêter de regarder Outre-Atlantique.
- 26:21Ça a été l'erreur qu'on a faite pendant beaucoup d'années.
- 26:23On a énormément été forgé par la culture noire américaine,
- 26:27que je respecte énormément.
- 26:28Évidemment,
- 26:29ils nous ont apporté tellement,
- 26:31à tellement de générations différentes,
- 26:32que ce soit au niveau du jazz,
- 26:35quand je pense à Billy Hooliday,
- 26:37quand je pense à...
- 26:38évidemment à Tina Turner,
- 26:40toutes ces femmes qui m'ont inspirée,
- 26:42qui ont inspiré déjà la génération de mes parents,
- 26:44de mes grands-parents.
- 26:46Ils ont été des modèles,
- 26:46effectivement,
- 26:47je pense,
- 26:49surtout pour la génération des indépendances,
- 26:51de se battre pour sa liberté,
- 26:53etc.
- 26:54Maintenant,
- 26:55je suis moins fan,
- 26:55effectivement,
- 26:56d'une culture aussi très capitaliste américaine et je pense que l'arrivée de Donald Trump nous montre aussi les limites,
- 27:04évidemment,
- 27:04de ce système-là.
- 27:07qui ne peut pas être viable,
- 27:09surtout pour une population diasporique noire comme la nôtre,
- 27:13où le système capitaliste ne fonctionne pas dans notre sens,
- 27:18pas systématiquement du moins,
- 27:21et pas pour tout le monde,
- 27:22c'est important de le dire.
- 27:23Donc je dirais que c'est créer ses propres médias,
- 27:26évidemment il faut le faire.
- 27:28Je ne suis pas...
- 27:31Je ne suis pas du tout pessimiste sur la suite,
- 27:32parce qu'en fait,
- 27:33tous les projets qui sortent et qui vont sortir,
- 27:35parce que je sais qu'il y a des projets qui vont sortir,
- 27:37des films qui vont sortir,
- 27:40ça me redonne totalement confiance.
- 27:42C'est-à-dire que c'est aussi ce qu'on dit dans le film.
- 27:45Quand j'ai vu le film de Simon Moutaïrou,
- 27:47Ni Chaîne Ni Maître,
- 27:48je me suis dit,
- 27:49putain,
- 27:49enfin,
- 27:49parce qu'on est quand même passé de Case-Départ à Ni Chaîne Ni Maître.
- 27:53Donc,
- 27:53Case-Départ,
- 27:54le film de Thomas Guijol et Fabrice Eboué,
- 27:56quand il sort,
- 27:57moi,
- 27:57je suis au lycée,
- 27:59ça me fait bien rire.
- 28:01Mais c'est un film où,
- 28:02effectivement,
- 28:02une comédie sur l'esclavage.
- 28:05Alors qu'en fait,
- 28:06le premier film français n'est pas censé être une comédie sur l'esclavage.
- 28:10La France est le troisième pays esclavagiste au monde.
- 28:13Donc,
- 28:13évidemment que c'est particulièrement atterrant de voir ça.
- 28:18Mais quand je vois le documentaire de Fanny Glissant sur nos origines,
- 28:22qui fait appel à plusieurs personnalités ultramarines,
- 28:25comme Joystar,
- 28:26comme Kalash,
- 28:27comme Karine Bastide...
- 28:29Donc pour essayer de remonter à travers leur âme généalogique,
- 28:32pour écrire une histoire plus complexe sur les esclavisés et leurs descendants.
- 28:39Je pense qu'il y a quelques années,
- 28:40je pensais vraiment que ça allait être impossible.
- 28:42Donc évidemment,
- 28:43il faut systématiquement dire,
- 28:45quand on a la parole,
- 28:47que les moyens ne sont pas suffisants,
- 28:49qu'on a besoin de visibiliser beaucoup plus nos récits.
- 28:52Sauf qu'ils le sont de plus en plus visibilisés.
- 28:55Ça c'est sûr et certain.
- 28:57Maintenant...
- 28:58Il ne faut plus que ça soit une exception,
- 28:59il faut que ça soit une norme,
- 29:01qu'on ait systématiquement des documentaires,
- 29:03des films accessibles.
- 29:05C'est une réflexion qu'on pose aussi dans le documentaire,
- 29:09où aujourd'hui il y a un média qu'on ne peut pas négliger,
- 29:13qui existe et qui donne le rythme sur toute l'industrie culturelle notamment,
- 29:18c'est les réseaux sociaux.
- 29:20Est-ce que mes neveux,
- 29:22est-ce que le fils de Johanna,
- 29:24qu'il soit métis,
- 29:25noir ou blanc,
- 29:26aura quelle vision ?
- 29:28Ils auront des noirs et des personnes noires avec la multiplication des créateurs et créatrices de contenus noirs et de visuels noirs.
- 29:38C'est aussi pour ça qu'il y a toutes des réflexions sur l'IA,
- 29:40notamment sur le fait de générer aussi des stéréotypes,
- 29:43de reproduire des stéréotypes racisés avec l'IA,
- 29:45parce qu'au final,
- 29:46on peut avoir une multitude d'écrans.
- 29:48et d'images qui créent des imaginaires.
- 29:51Mais encore,
- 29:51faut-il que ça soit régulé ?
- 29:53Aussi,
- 29:53faut-il s'assurer que ça ne reproduise pas des stéréotypes pour lesquels on se bat depuis x,
- 29:58y années déjà ?
- 30:00et que tout recommence à zéro.
- 30:01Non,
- 30:01non,
- 30:02il faut qu'on arrive à continuer à transmettre absolument.
- 30:06Et surtout,
- 30:07il y a effectivement des réalisatrices et des réalisateurs qui ont énormément de talent qui passent à la trappe pour leur projet.
- 30:15Et on se retrouve avec des navets au cinéma,
- 30:19de comédies romantiques qu'on a déjà vues cent fois,
- 30:22de chiens 51,
- 30:23de films vraiment pourris,
- 30:25avec les mêmes acteurs.
- 30:26Télérama avait fait un...
- 30:28Une que j'avais effectivement adorée sur le fait d'avoir les mêmes acteurs français systématiquement à l'écran.
- 30:34Évidemment,
- 30:35on en a marre de voir les mêmes acteurs.
- 30:37Non pas parce que ce n'est pas personnel.
- 30:40C'est pour montrer qu'il y a une espèce de...
- 30:43Dans l'industrie,
- 30:44notamment cinématographique,
- 30:45on se rassure beaucoup entre nous.
- 30:48Pour être sûr de ne jamais faire faillite dans un temps aussi...
- 30:54Un certain,
- 30:56avec l'inflation,
- 30:58avec des budgets coupés,
- 30:59avec X ou Y.
- 31:00On ne prend pas de risques.
- 31:02Et quand les risques sont pris,
- 31:03ça donne des projets magnifiques.
- 31:06Je vais citer Silou Moutaïrou,
- 31:08mais je peux aussi citer Saint-Omer de Alice Diop.
- 31:11Je peux aussi citer Maïmouna Doukouré,
- 31:13qui prépare quand même un biopic sur
- 31:17Joséphine Baker,
- 31:18avec FK Twigs,
- 31:20la chanteuse.
- 31:21Je pense aussi à Lajli.
- 31:23qui prépare aussi un biopic.
- 31:24C'est le temps des biopics aussi noirs.
- 31:27On se souvient,
- 31:27on essaie de transmettre la mémoire des gens qui ont été invisibilisés par l'histoire.
- 31:31Le biopic,
- 31:32il le fait surtout en ouverture aussi.
- 31:35Il y a des choses qui arrivent.
- 31:37Je ne vais absolument pas être pessimiste sur la suite.
- 31:39Au contraire,
- 31:40plus,
- 31:41en fait,
- 31:42je pense que,
- 31:43surtout avec la musique francophone qui se développe et avec une hégémonie écrasante,
- 31:48au point où,
- 31:49aujourd'hui,
- 31:51les Européens
- 31:52ont envie de venir faire la fête à Paris parce qu'en fait,
- 31:55la domination francophone musicale est écrasante.
- 32:00Et ça,
- 32:01je ne peux absolument pas être pessimiste sur la suite parce que qui dit domination culturelle dit aussi une culture française afro.
- 32:09Une culture,
- 32:10je ne sais pas quel terme on peut utiliser,
- 32:13une afro-culture française.
- 32:15En tout cas,
- 32:15c'est notre culture à nous,
- 32:19fait par nous,
- 32:19pour nous,
- 32:20qui séduit.
- 32:22en dehors de nos frontières.
- 32:23Et donc,
- 32:24ça pousse évidemment les personnes détentrices de l'argent,
- 32:30qui peuvent investir,
- 32:32les productions,
- 32:33à faire confiance et surtout à utiliser ce créneau-là.
- 32:37J'ai écrit avec Christelle Murela,
- 32:39qui est une amie journaliste pour la Déferlante,
- 32:42la revue féministe,
- 32:45un papier d'analyse qui s'appelle « La percée des chanteuses noires » .
- 32:49Dans le documentaire « Peau noire qu'est l'héritage » ,
- 32:51j'interview Jushani,
- 32:52qui est une rappeuse noire,
- 32:53et qui représente un petit peu cette génération de nouvelles chanteuses qui arrivent.
- 32:56Moi,
- 32:57j'ai grandi dans les années 90-2000,
- 32:58où j'avais majoritairement des chanteuses maghrébines comme modèles.
- 33:03Alors,
- 33:04pas de soucis sur le papier,
- 33:05sauf que quand on prend un peu de recul et qu'on se rend compte du niveau de colorisme qui existe dans l'industrie musicale et culturelle,
- 33:14qui traverse notre société,
- 33:15évidemment que ça pose question.
- 33:18d'avoir des majors qui mettent de côté des artistes femmes noires,
- 33:24qui les brisent,
- 33:25qui les utilisent comme parolières uniquement,
- 33:27qui littéralement les aspirent de leur travail et de leur créativité.
- 33:31Et je sais que les femmes noires sont créatives et inspirantes pour les transposer à d'autres chanteuses qui seraient plus bankable,
- 33:37qui seraient donc plus mainstream et donc plus blanches,
- 33:39plus claires,
- 33:41avec un discours plus lissé,
- 33:42parce que le corps noir serait hyper sexualisé.
- 33:44Aujourd'hui,
- 33:45c'est tout l'inverse qui se passe.
- 33:46On a de plus en plus de chanteuses noires.
- 33:48Et
- 33:49Ayana Kamoura fait trois Stades de France.
- 33:50C'est ce que je disais lors de l'avant-première de mon film au Quai Branly.
- 33:54Face au public,
- 33:55je n'ai pas envie d'être pessimiste quand je sais que la petite Lisa dans le documentaire,
- 33:58qui a 14 ans,
- 33:59qui a vécu du harcèlement scolaire raciste extrêmement violent,
- 34:03grandit dans une France où Ayana Kamoura fait trois Stades de France.
- 34:07Trois !
- 34:08Pendant que d'autres chanteurs français qui ont plus de visibilité n'ont jamais eu ce privilège-là.
- 34:15C'est énorme !
- 34:16C'est énorme et surtout,
- 34:18pendant ces Stades de France-là,
- 34:19elle a amené sur scène pléthore de chanteuses noires pour leur laisser la place.
- 34:23C'est ce qu'on reprochait beaucoup.
- 34:25Vraiment,
- 34:25c'est ce qu'on se reproche beaucoup entre nous dans la diaspora.
- 34:28On ne se donne pas assez de force.
- 34:29Et là,
- 34:30se donner cet exemple-là,
- 34:31je pense à énormément de médias aussi dits urbains qui se sont lancés,
- 34:35je pense à la cérémonie des flammes.
- 34:37La cérémonie des flammes qui a été quand même créée comme étant le contre-viteur de la musique.
- 34:45Une contre-proposition,
- 34:46parce que ça craquait de partout.
- 34:50On ne pouvait pas seulement atteindre d'avoir la validation d'une institution culturelle comme les Victoires de la Musique pour enfin décompenser les nôtres,
- 34:59tous ces compositeurs,
- 35:00tous ces producteurs,
- 35:00tous ces musiciens,
- 35:01tous ces créatifs qui littéralement ont été à la base de l'explosion culturelle française à l'étranger.
- 35:10Donc,
- 35:11évidemment qu'on attend.
- 35:12On n'attend plus personne.
- 35:13C'est ce que je pense.
- 35:13Aujourd'hui,
- 35:14le message,
- 35:14c'est ça.
- 35:15On n'attend plus personne.
- 35:16Mais,
- 35:17évidemment,
- 35:18pour percer,
- 35:18si je reviens sur les réseaux sociaux,
- 35:21on reste quand même très dépendant de plateformes.
- 35:25Si ce n'est pas,
- 35:26évidemment,
- 35:26les institutions culturelles étatiques,
- 35:29si ce n'est pas des chaînes traditionnelles,
- 35:32ça reste des plateformes.
- 35:34Donc,
- 35:34ça reste TikTok,
- 35:35ça reste Insta,
- 35:36YouTube,
- 35:37Twitch,
- 35:38je ne sais quel...
- 35:39plateforme qui nous permet d'avoir de la visibilité.
- 35:41Mais tellement c'est dur d'avoir de la visibilité aussi.
- 35:43Mais je vois des influenceurs,
- 35:45des créateurs de contenu noir qui permettent aussi de booster et de relier aussi ce qui se passe,
- 35:49nos situations,
- 35:50nos arts.
- 35:51Et je pense que le plus difficile aujourd'hui,
- 35:54sincèrement,
- 35:55pour moi,
- 35:55Ramatha,
- 35:56c'est pas tant de visibiliser effectivement ce qu'on fait.
- 35:58Je pense qu'en fait,
- 35:59on est très,
- 35:59très visible,
- 36:00mais au point où ça dérange beaucoup,
- 36:02je pense.
- 36:03Je pense que notre culture est extrêmement visible en France,
- 36:05où de plus en plus,
- 36:06ceux qui s'intéressent à la culture française se rendent compte.
- 36:07compte que la culture française,
- 36:08elle est avant tout noire.
- 36:10C'est ça,
- 36:10en fait.
- 36:11Aujourd'hui,
- 36:11à l'international,
- 36:12c'est comme ça qu'on s'exporte.
- 36:13On est en pleine Coupe du Monde.
- 36:14Je peux commencer à parler des joueurs de l'équipe de France aussi.
- 36:18Par contre,
- 36:19ce qui est plus difficile,
- 36:20je pense,
- 36:20aujourd'hui,
- 36:20et ce sera le défi pour les personnes noires,
- 36:22pour nous,
- 36:24c'est d'arriver à créer,
- 36:25à accepter une culture alternative noire qui commence à émerger de plus en plus.
- 36:33Je pense à la chanteuse Lynn Lynn.
- 36:35ébonie aussi à cette esthétique-là qui est beaucoup plus alt-rock,
- 36:39qui est beaucoup plus gothique.
- 36:41Il faut en fait arriver à accepter tous les pans des personnalités de la créativité noire sans jugement,
- 36:49parce que mine de rien,
- 36:51on parle de l'afro-trap,
- 36:52on parle de musique urbaine,
- 36:54on parle de foot,
- 36:56on parle de tout ça,
- 36:57on parle de création,
- 36:58de créatif,
- 36:58et surtout visuellement,
- 36:59c'est extraordinaire ce qu'on propose,
- 37:02mais ça reste quand même quelque chose de...
- 37:04Je n'aime pas parler de Théodora.
- 37:05Je pourrais parler de Théodora très longtemps encore.
- 37:08Il faut plus de Théodora,
- 37:09il faut plus de personnes qui cassent les codes.
- 37:11Je pense que c'est surtout ça le défi de demain.
- 37:15Parce que notre culture,
- 37:16elle est totalement hégémonique.
- 37:18Aujourd'hui,
- 37:19je dirais.
- 37:19C'est juste qu'en fait,
- 37:20on reste encore méprisé par une institution,
- 37:23mais ils n'ont plus le choix au bout d'un moment,
- 37:25je pense.
- 37:28Merci pour cette je dirais très optimiste sur ce point effectivement que tu évoques où ce n'est pas tellement un sujet de visibilité c'est presque plus de ne pas rester enfermé dans les carcans de ne pas rester là où on nous attend et là où on supporte la culture c'est une culture européenne c'est forcément associé à un
- 37:51certain milieu un certain environnement de banlieue par exemple et de se dire que non en fait là.
- 37:58le noir peut être partout et peut exceller partout et surtout,
- 38:02on ne l'attend pas forcément.
- 38:03Et là où on ne l'attend pas,
- 38:04ce n'est pas qu'il n'y était pas,
- 38:05c'est plus qu'il n'y avait pas forcément de lumière sur lui.
- 38:09Si on vient maintenant à vraiment parler du documentaire Peau Noire,
- 38:13tu l'as travaillé avec Joana,
- 38:15on est sur une série de cinq épisodes.
- 38:20Pourquoi est-ce que vous avez fait le choix d'être sur une série ?
- 38:23Ce que tu évoquais,
- 38:24c'est que tu as eu des retours où on t'a dit,
- 38:26bon,
- 38:26ça arrive.
- 38:26franchement,
- 38:27chaque épisode a un quart d'heure,
- 38:28on aurait pu avoir une heure pour chacun.
- 38:31Comment est-ce qu'on décide,
- 38:32en fait,
- 38:33quand on construit un sujet comme celui-là,
- 38:36comment est-ce qu'on décide du format,
- 38:3852 minutes,
- 38:40à comment dire,
- 38:40une série,
- 38:41et comment est-ce qu'on le propose à une chaîne de télévision ?
- 38:45On a eu beaucoup d'aide de la part de Jius,
- 38:47la loi de notre productrice,
- 38:49qui travaille depuis très longtemps avec TV5Monde,
- 38:52avec la chaîne.
- 38:54elle connaît bien l'esprit de la chaîne.
- 38:56Moi,
- 38:56je connaissais évidemment cette chaîne-là parce que c'est une des plus grandes chaînes francophones,
- 39:01mais je ne connaissais pas forcément la DA,
- 39:07qui est très pédagogue,
- 39:08comme je l'ai dit un peu plus tôt.
- 39:10Ce qui fait que pour le choix de la durée,
- 39:13en fait,
- 39:14on s'est surtout mis au diapason de ce qui se fait aujourd'hui,
- 39:18c'est-à-dire que les documentaires,
- 39:21parce que le documentaire Peau Noire,
- 39:23quel héritage,
- 39:23il est très long.
- 39:25Il a dépassé,
- 39:25effectivement,
- 39:26le format traditionnel du documentaire qui est 52 minutes pour faire un 65 minutes.
- 39:32Donc,
- 39:32il est long de base.
- 39:34Même si,
- 39:34effectivement,
- 39:36quand on regarde,
- 39:36les gens pensent que c'est court parce que les épisodes font entre
- 39:4012, 13,
- 39:4014 minutes,
- 39:41mais je peux vous assurer que c'est long et que la réalité,
- 39:45je parlais tout à l'heure à Matta des réseaux sociaux,
- 39:49c'est qu'en fait,
- 39:50une chaîne doit prendre en compte le taux et le temps d'attention d'un spectateur quand il regarde effectivement un film.
- 39:59C'est-à-dire que...
- 40:02C'est vrai que j'ai eu des premières réactions concernant mon documentaire qui m'ont dit
- 40:07« Ah, c'est vrai que c'est un peu...
- 40:08Le ton est très léger,
- 40:09c'est mignon et tout. »
- 40:10J'ai vu,
- 40:11c'est mignon et puis c'est très court.
- 40:12Le problème,
- 40:13c'est que je ne me sens pas...
- 40:15Alors peut-être dans l'avenir,
- 40:16ça pourrait être intéressant,
- 40:17mais là,
- 40:18pour l'instant,
- 40:18je ne me sens pas de faire des films un peu d'arrêt d'essai qui durent trois heures,
- 40:22qui ne sont pas forcément accessibles à tout un public.
- 40:26Et c'est aussi pour ça qu'on voulait aussi proposer des petits formats courts,
- 40:29on va dire presque des...
- 40:32une multitude de capsules aussi et de séquences qui permet aux téléspectateurs déjà de rester accrochés parce qu'en fait aujourd'hui c'est des réalités quand on est réalisateur,
- 40:41même au cinéma il faut arriver à expliquer,
- 40:45notamment c'est ce qui se passe au cinéma,
- 40:47il faut expliquer à voix haute ce qui se passe de manière à on écrit de manière à prendre en compte le fait qu'un téléspectateur a les yeux rivés sur plusieurs écrans à la fois et en l'occurrence euh
- 41:01Je pense,
- 41:02si tu as regardé le documentaire,
- 41:03Amata,
- 41:03je pense que tu as dû regarder ton téléphone quelques fois.
- 41:05Non pas que ça me dérange,
- 41:07au contraire,
- 41:07je le fais aussi,
- 41:08mais du coup,
- 41:08il faut prendre ça en compte,
- 41:09l'attention,
- 41:11les notifications,
- 41:12le fait qu'on réponde en même temps à quelqu'un,
- 41:14en même temps,
- 41:16on regarde un documentaire,
- 41:17et quand il y a des mots,
- 41:18effectivement,
- 41:19qu'on ne comprend pas,
- 41:20il faut l'expliquer.
- 41:21Quand il y a des termes qu'on pense être totalement évidents,
- 41:24il faut prendre le temps de réexpliquer encore une fois,
- 41:27on met des séquences dynamiques,
- 41:28et surtout,
- 41:29on fait en sorte...
- 41:30que ça soit consommable pour quelqu'un,
- 41:32c'est-à-dire au bout de 13 minutes,
- 41:33ça s'arrête et vous avez le choix de continuer ou pas,
- 41:36ou de reprendre le lendemain sans que ça vous perturbe.
- 41:38Donc de chapitrer aussi ce documentaire-là et d'en faire un document,
- 41:42une série de documentaires.
- 41:44Je viens du podcast,
- 41:45comme je disais aussi lors de ma présentation,
- 41:47ce qui fait que je suis moi-même habituée à ce format-là épisodique.
- 41:50Je suis habituée au fait que quand je fais du podcast,
- 41:54la règle dans le podcast,
- 41:56c'est de faire
- 41:57un podcast qui dure environ une vingtaine de minutes,
- 42:00entre 20 et 25 minutes.
- 42:01Pourquoi ?
- 42:02Parce que c'est le temps d'un trajet moyen d'un Français,
- 42:07notamment,
- 42:07qui va porte à porte au travail.
- 42:10Ce qui fait qu'au final,
- 42:13quand on pense à ça,
- 42:14on est obligé de produire aujourd'hui,
- 42:18en pensant la réalité d'écoute et de visionnage des gens qui regardent notre oeuvre et qui écoutent nos oeuvres aussi.
- 42:26Donc,
- 42:26pour te répondre à Mata sur ça,
- 42:28c'était vraiment pour cette raison-là aussi.
- 42:31Je ne juge absolument pas les gens qui sont avec leurs écouteurs,
- 42:35qui décident d'arrêter mes podcasts ou les podcasts X ou Y,
- 42:37qu'on a mis tant de temps à écrire,
- 42:39à monter.
- 42:39Et pareil pour les films,
- 42:41mes films documentaires.
- 42:42Pourquoi ?
- 42:42Parce que je fais aussi la même chose.
- 42:44Je fais la même chose et on vit dans un monde où,
- 42:47en fait,
- 42:47on est systématiquement appelé par les notifications,
- 42:49par les attentions.
- 42:50Et je suis très contente,
- 42:51d'ailleurs,
- 42:52que tu fasses un podcast long.
- 42:53moi je suis consommatrice de ce type de podcast que long où on peut prendre le temps et d'ailleurs je suis très contente de savoir qu'il y a des épisodes et des podcasts qui continuent de fonctionner qui cartonnent avec des formats longs parce que ça prouve aussi qu'on peut aussi se poser et écouter quelqu'un parler pendant une demi-heure 30 minutes 45 minutes et
- 43:10c'est fou parce qu'on estime que c'est déjà long comme temps alors que bon avant c'était encore plus élevé comme temps mais il faut prendre en compte cette configuration-là quand on écrit aujourd'hui
- 43:20Très bien.
- 43:21Donc,
- 43:21c'est intéressant,
- 43:22effectivement,
- 43:22d'avoir ces explications-là.
- 43:23On prend en considération,
- 43:28en fait,
- 43:29les habitudes de consommation de contenu du consommateur.
- 43:32Alors moi,
- 43:32pour le coup,
- 43:33je ne l'ai pas regardé depuis mon téléphone,
- 43:34je l'ai regardé depuis ma télé.
- 43:35Je suis allée chez Asset à la main première,
- 43:36je l'ai vu sur grand écran les deux premiers épisodes.
- 43:38Après,
- 43:38à la suite,
- 43:39je l'ai regardé posé sur mon canapé.
- 43:43En fait,
- 43:43je ne regarde pas vraiment,
- 43:44mais après,
- 43:45je pense que j'ai un mode de consommation qui est…
- 43:47Moi,
- 43:47comme toi,
- 43:48j'aime bien le podcast audio.
- 43:49Donc du coup,
- 43:50je vais écouter sur mon téléphone,
- 43:51je vais écouter de l'audio,
- 43:52mais je ne vais pas regarder de séries ou autres.
- 43:54C'est extrêmement rare que je regarde du contenu vraiment film,
- 43:58documentaire sur mon téléphone.
- 43:59J'ai regardé les réseaux sociaux,
- 44:00mais des courts contenus pour parler un petit peu de ma manière de consommer.
- 44:05La question que je voulais te poser,
- 44:07c'était,
- 44:07donc vous êtes deux co-réalisatrices,
- 44:09donc Johanna et toi,
- 44:10comment est-ce que vous avez travaillé ?
- 44:12Comment est-ce que vous vous êtes réparti les tâches ?
- 44:14Une fois que vous avez une idée précise de le type de format qu'on va faire,
- 44:19Comment est-ce que vous avancez ensemble ?
- 44:21Alors,
- 44:22on s'est répartis effectivement le travail.
- 44:26Johanna avait déjà réalisé un long-métrage,
- 44:29une fiction,
- 44:30notamment pour Canal Plus Afrique,
- 44:31qui s'appelait Or Noir,
- 44:34qui mettait notamment en scène des personnes atteintes d'albinisme.
- 44:40Et donc,
- 44:40ce qui fait que pour moi,
- 44:41dès le départ,
- 44:43je voulais me positionner en tant que personne qui avait...
- 44:47beaucoup étudié le rapport,
- 44:51la noirité,
- 44:52comme je vais me dire,
- 44:53des afrodescendants,
- 44:55et en tant que journaliste aussi.
- 44:57C'est-à-dire,
- 44:58je voulais faire des recherches,
- 44:59je voulais solliciter dès le départ les personnes que je...
- 45:05que je connaissais,
- 45:08qui avaient une bonne analyse,
- 45:09une analyse aussi moderne sur la noirité.
- 45:13Je pense notamment à la sociologue Solène Brun,
- 45:16qui a écrit derrière le mythe métisse,
- 45:17et qui,
- 45:18pour moi,
- 45:20est totalement à l'avant-garde de la manière dont on devrait considérer les métisses en France,
- 45:26et pas de manière aussi...
- 45:31Comment je pourrais décrire ça ?
- 45:32Pas de manière aussi...
- 45:35on va dire exotisante que ce qu'elle est aujourd'hui,
- 45:38sachant que le métissage est quand même né d'une première violence,
- 45:40c'est-à-dire des violences sexuelles envers les femmes noires,
- 45:45et surtout valorisées par une société esclavagiste coloriste.
- 45:47Et en tout cas,
- 45:48elle le faisait super bien derrière le mythe métisse dans son livre,
- 45:52et pour moi,
- 45:52c'était une évidence,
- 45:53il fallait absolument qu'elle puisse participer à ce documentaire-là.
- 45:56Donc déjà,
- 45:57jalonner le documentaire avec des experts,
- 45:59je pense à Naïm Berndoy,
- 46:00un historien qui est aussi professeur d'histoire
- 46:04à Argenteuil,
- 46:06donc pareil,
- 46:07qui n'était pas cet historien hyper guindé,
- 46:14qui n'est pas capable de simplifier sa pensée.
- 46:19Non,
- 46:19je voulais quelqu'un qui puisse parler à tout le monde.
- 46:22C'est important aussi pour moi d'avoir dans mon documentaire une figure scientifique qui ne soit pas blanche.
- 46:28Quelqu'un de jeune,
- 46:29relativement jeune,
- 46:30parce que Naïl est à la quarantaine.
- 46:32Il a ce look de grand frère très sympa,
- 46:34mais en fait qui est professeur,
- 46:35qui est historien,
- 46:36et qui est capable de poser les choses de manière particulièrement accessible sur le code noir,
- 46:42sur les peintures,
- 46:44parce qu'il a fait un travail extraordinaire,
- 46:45« Noir entre peinture et histoire » ,
- 46:49qui recueille la liste,
- 46:53qui liste l'origine,
- 46:56le contexte de...
- 46:58de la présence noire dans la peinture occidentale contemporaine et aussi moderne.
- 47:02Et je trouvais ça extraordinaire parce que ça obligeait,
- 47:06effectivement,
- 47:06ça l'a obligé avec...
- 47:07Alors,
- 47:07c'est un travail qu'il a fait à deux,
- 47:09parce qu'il a co-créé ce livre à deux.
- 47:11Ça a obligé à interroger,
- 47:13effectivement,
- 47:14l'origine de noir dans des peintures et,
- 47:17en fait,
- 47:17surtout à remettre aussi au centre la présence noire,
- 47:21l'histoire noire aussi,
- 47:23dans l'histoire française aussi,
- 47:24contemporaine,
- 47:25européenne.
- 47:27Je trouve ça cool,
- 47:28le fait d'avoir des personnes noires dans des vieux tableaux vénitiens,
- 47:33qui étaient chevaliers,
- 47:35d'avoir des noirs ambassadeurs aussi,
- 47:39pas systématiquement en situation de servilité ou d'esclavité.
- 47:43J'avais besoin de quelqu'un qui était conscient de ça pour porter une parole historique.
- 47:49C'est surtout comme ça que j'ai pensé ça,
- 47:51j'ai beaucoup écrit.
- 47:53beaucoup écrit les épisodes,
- 47:55j'ai fait un travail de montage aussi,
- 47:56parce que
- 47:57Johanna a été enceinte au moment de la production de ce film.
- 48:01Ce qu'on aime bien dire,
- 48:02c'est que c'est un film qui s'est fait en même temps que la période de gestation pour son fils,
- 48:09qui est né littéralement à peu près au moment où on avait terminé le montage.
- 48:17Et oui,
- 48:18Johanna a beaucoup été là pour tout ce qui est visuellement,
- 48:21je lui faisais énormément confiance.
- 48:24c'était important pour moi de livrer un documentaire où on filme bien les peaux noires,
- 48:29ça c'est un élément du film où par exemple le fait d'amener Djarah
- 48:35Sourang qui a écrit Comment filmer les peaux noires,
- 48:37qui vient un peu du même milieu que Johanna et qui c'est un mémoire de fin d'année qu'elle a rendu,
- 48:43qui est devenu un livre au final,
- 48:46qui s'interroge sur la colorimétrie dans les films,
- 48:49alors nous on a donné des inspirations très fortes
- 48:52qui nous ont beaucoup inspiré avec Johanna,
- 48:54notamment le film Moonlight,
- 48:56qui,
- 48:56moi,
- 48:58a été aussi un énorme changement,
- 49:01brutal pour le coup,
- 49:02et beau,
- 49:04parce que ce film m'a obsédée pendant très longtemps.
- 49:08Je te disais un peu plus tôt,
- 49:10Ramatha,
- 49:10que j'étais tombée amoureuse de la peau noire.
- 49:13Moonlight a aussi beaucoup contribué à ça.
- 49:15C'est-à-dire que c'est assez difficile de expliquer ça,
- 49:18mais quand on arrive à...
- 49:21à trouver énormément de poésie dans la peau noire,
- 49:24à voir en fait,
- 49:26le cinéma Moonlight parle du fait d'arriver,
- 49:29c'est tiré d'un poème,
- 49:30malheureusement je ne sais plus lequel,
- 49:31mais qui disait que la nuit,
- 49:33la peau des petits garçons noirs,
- 49:35lui comme la lune,
- 49:37une lune bleutée,
- 49:39j'ai trouvé ça beau,
- 49:40parce qu'effectivement,
- 49:40quand on pense à toutes les moqueries qu'on pouvait se faire quand on était gamin,
- 49:44dire je ne te vois pas dans le noir,
- 49:46tu es bleu nuit,
- 49:47oui mais le bleu nuit c'est beau en fait.
- 49:50avoir un beau noir,
- 49:51c'est aussi avoir un bleu nuit et du coup,
- 49:53c'est aussi tout déconstruire sur la manière dont on perçoit ce qui est impur et pur,
- 49:57ce qui est le sombre qui serait de l'impureté.
- 50:00Quand on n'a pas peur de ça,
- 50:01tout d'un coup,
- 50:02ça devient autre chose.
- 50:03Et
- 50:04Johanna le fait avec beaucoup de grâce en tant que chef lumière qui a un rapport à la lumière et à la peau noire très technique évidemment que je n'avais pas.
- 50:13Et ensuite,
- 50:13on a rassemblé nos forces avec la danse.
- 50:17C'est-à-dire que moi,
- 50:18j'avais le contact de Michel Chibola,
- 50:20qui est un danseur queer d'un cabaret,
- 50:24qui a créé un cabaret afro-queer qui s'appelle Vénus Noire,
- 50:26que je suis déjà avec Jius Lalois pour un projet de film.
- 50:31Michel,
- 50:32qui est un ami dans le France aussi,
- 50:34qui vient du monde du voguing,
- 50:35donc qui vient d'un monde très underground,
- 50:37écliptique.
- 50:38Et Emmaëlle,
- 50:39qui était aussi un danseur.
- 50:41qui est plus comédie musicale et qui vient du monde du théâtre,
- 50:45donc plus proche du Johanna et on les a fait effectivement rencontrer pour faire cet effet de danse où on arrive à traduire les sentiments qu'on peut éprouver envers notre peau et tout ça à travers la danse.
- 50:58Et c'est comme ça qu'on a travaillé ensemble.
- 51:02C'est ce que je disais lors de l'avant-première,
- 51:03on ne s'est jamais discuté et c'est vrai,
- 51:05c'est-à-dire qu'en fait on a vraiment eu une très très belle rencontre où un...
- 51:10On respectait énormément le regard de l'autre,
- 51:12l'opinion de l'autre,
- 51:14et on arrivait toujours à faire consensus.
- 51:15Alors évidemment,
- 51:15il y a une troisième personne qui est très importante dans ce duo,
- 51:19c'est Yasmina Jafri,
- 51:20notre monteuse,
- 51:21qui a été plus qu'une monteuse,
- 51:22parce que sans elle,
- 51:24sans son sens du rythme,
- 51:26sans son sens aigu du montage,
- 51:30on n'aurait pas le film qu'on aurait aujourd'hui.
- 51:32Elle a été d'une très grande aide,
- 51:34d'une très grande disponibilité.
- 51:38ce projet lui tenait tout autant à cœur qu'à nous et ça,
- 51:40ça change absolument tout quand on a un monteur qui comprend effectivement que telle image,
- 51:49telle séquence ne rend pas bien sur une peau noire ou ne met pas en valeur telle personne.
- 51:55Ça change absolument tout,
- 51:56ça nous facilite aussi beaucoup le travail et oui,
- 52:01c'est vraiment ça qui a fait la...
- 52:04qui a tout changé,
- 52:05le fait qu'on soit vraiment trois regards au service de ce documentaire.
- 52:12Donc tu évoques l'anglence comme un élément important que vous avez souhaité intégrer au reportage,
- 52:18au documentaire.
- 52:19Il y a aussi un élément qui est lié au dessin animé,
- 52:22notamment quand il y a des moments d'explication pédagogique,
- 52:26il y a en fait des images animées qui sont là.
- 52:30qui sont assez fréquentes,
- 52:31assez récurrentes,
- 52:32en fait,
- 52:32dans chacun des épisodes.
- 52:34Est-ce que tu peux parler de la direction artistique,
- 52:37en fait,
- 52:38que vous avez choisi d'intégrer par rapport à ces éléments-là ?
- 52:43On a travaillé avec une personne qui s'appelle Rocknidin,
- 52:46qui a fait les animations.
- 52:48Et on voulait quand même,
- 52:52à chaque début d'épisode,
- 52:53ou à chaque épisode,
- 52:54avoir une partie un peu conte.
- 52:56c'est-à-dire que euh
- 52:58Pour revenir un peu à la genèse du projet,
- 53:05on a écrit ce documentaire parce qu'on souhaitait aborder ces grosses réflexions à travers des mythes fondateurs.
- 53:12C'est comme ça qu'on les a appelés,
- 53:13on les a appelés les mythes fondateurs,
- 53:15comme celui de la peau sauvée,
- 53:16par exemple,
- 53:17le mythe fondateur de la peau sauvée,
- 53:18qui est un peu une histoire qu'on raconte du colon qui,
- 53:22en ayant une union avec son esclavisé,
- 53:25voilà
- 53:27créer un métis et c'est comme ça que les sociétés esclavagistes ont commencé à nommer ceux qui ont la peau sauvée,
- 53:34ceux qui ont la peau Ausha et les autres.
- 53:36Et en fait c'était important pour nous à la fois de mettre ça en animation de manière déjà à multiplier les différentes surfaces d'animation,
- 53:50de visuel qui pouvaient aussi exister et qui pouvaient caractériser le documentaire.
- 53:56C'est aussi nos propres inspirations,
- 53:58Azur et Asmar.
- 54:00Moi,
- 54:01je suis une fan du prince d'Égypte et je voulais absolument quelque chose aussi de hiéroglyphé,
- 54:09qui nous plonge dans un conte,
- 54:10parce qu'en
- 54:12Afrique de l'Ouest,
- 54:14le conte du griot compte énormément,
- 54:18a une place importante dans la...
- 54:22Oui,
- 54:22dans les récits,
- 54:23dans les récits au pluriel de nos existences et de notre culture et de nos vies.
- 54:30Donc,
- 54:30c'est aussi pour ça qu'on a voulu avoir un petit côté animation.
- 54:33Alors,
- 54:33certains sont plus solennels que d'autres.
- 54:35Je pense à la peau en héritage,
- 54:37l'épisode où on parle du rapport ancestral qu'on avait avec la peau et le beurre de karité.
- 54:44Tout ça,
- 54:44c'est beaucoup plus avec la scarification.
- 54:47Tout d'un coup,
- 54:47c'est beaucoup plus...
- 54:49solennel.
- 54:50Au début de l'épisode,
- 54:51quand je parle notamment du rapport que ma peau peut avoir,
- 54:57j'utilise le rapport que j'ai eu avec ma peau en grandissant.
- 55:02J'utilise beaucoup une animation de super-héros parce que j'utilise beaucoup l'ironie aussi.
- 55:10Donc voilà,
- 55:10c'était une manière aussi d'utiliser l'animation parce qu'on ne pouvait pas illustrer tout aussi,
- 55:14tout simplement,
- 55:15et qu'on avait envie de proposer ça.
- 55:19Il y a une part très geek en Johanna parce que voilà.
- 55:23Donc c'était...
- 55:25On ne peut pas...
- 55:27C'était une manière évidemment de compléter un peu nos inspirations.
- 55:30C'est vraiment tout ce qui fait la particularité de ce documentaire,
- 55:33d'avoir su mêler la danse en fait,
- 55:35l'animation.
- 55:37Le côté pédagogique avec le fait d'avoir sollicité des experts,
- 55:40des sociologues,
- 55:41des historiens,
- 55:42des dermatologues.
- 55:44Et puis des témoignages vraiment de différents profils d'individus et de différentes peaux.
- 55:51Moi,
- 55:52j'ai eu l'opportunité d'assister à l'avant-première au Quai Branly.
- 55:55Y a-t-il d'autres projections du documentaire qui sont prévues prochainement ?
- 56:00Et oui,
- 56:01le documentaire a une prochaine...
- 56:04projection prévue ce vendredi 19 juin à la Communale de Saint-Ouen,
- 56:10dans le 93,
- 56:13près de Paris.
- 56:13Et c'est donc la deuxième fois qu'on va projeter le film,
- 56:16la première étant au Quai Branly.
- 56:18Cette fois-ci,
- 56:19quatre épisodes seront diffusés plutôt que deux.
- 56:22Ensuite,
- 56:22on a rien sur les DJ sets.
- 56:23Et pour l'instant,
- 56:24on a prévu en septembre de projeter le documentaire au sein du Cinoche,
- 56:30donc à Bagnolet.
- 56:32pour une soirée aussi de discussion.
- 56:35On cherche toujours des espaces pour diffuser le documentaire,
- 56:39notamment dans des écoles,
- 56:40établissements scolaires,
- 56:41collèges lycées,
- 56:43et oui,
- 56:45on aimerait que le Chine soit projeté à l'Assemblée nationale,
- 56:48étant donné qu'il y a eu le projet de loi d'abrogation du Code noir.
- 56:53On parle énormément du Code noir et de la Genèse aussi,
- 56:56et tout ce que ça a pu engendrer ensuite comme discrimination.
- 57:00coloristes,
- 57:00donc évidemment qu'on aimerait discuter avec les députés et évidemment le diffuser à l'Assemblée nationale mais ça peut être aussi dans d'autres institutions on a proposé aussi le documentaire dans des festivals donc là on attend les retours des premiers festivals pour savoir où
- 57:17est-ce qu'on pourrait effectivement le diffuser et être en compétition
- 57:21On arrive à la fin de cette interview et je voulais te demander quelle était ton actualité et
- 57:26quels sont les différents projets sur lesquels tu es en train de travailler ou tu as travaillé que tu peux nous partager ?
- 57:32Et pour la suite,
- 57:33alors moi je ne peux malheureusement pas parler pour
- 57:36Johanna, mais me concernant sur mes projets,
- 57:39moi j'ai un livre qui va sortir bientôt,
- 57:42début 2027,
- 57:44qui pour le coup n'a rien à voir mais en même temps est très lié à l'expérience nord en France,
- 57:49c'est sur le renouveau du catholicisme social en France.
- 57:54du catholicisme de gauche,
- 57:57qui aujourd'hui est très blanc,
- 58:00comme le catholicisme de droite,
- 58:02mais en France,
- 58:04il y a une forte communauté,
- 58:06une forte diaspora afrodescendante qui est particulièrement croyante,
- 58:11qui n'est pas qu'évangélique,
- 58:12qui est aussi très catholique,
- 58:13et qui constitue un noyau central de la foi en France,
- 58:17et qui pourtant fait face à une contradiction,
- 58:20celle du racisme,
- 58:21celle du rejet notamment euh
- 58:23des grands manias catholiques de notre pays,
- 58:27je pense à Vincent Bolloré et à
- 58:29Pierre-Edouard Steyrin,
- 58:31qui sont dans une croisade pour l'avènement de l'extrême droite et du renouveau de la foi,
- 58:38mettant sur le côté les personnes qui,
- 58:41encore une fois,
- 58:41ne leur ressemblent pas.
- 58:43Et c'était important pour moi d'arriver à écrire un livre sur les gens qui se battent en France,
- 58:47à la fois pour un monde...
- 58:50qui est réconcilié entre foi et écologie,
- 58:52entre foi et féminisme,
- 58:54entre foi et antiracisme aussi,
- 58:56et anticapitalisme,
- 58:58et bien sûr un lien très fort entre foi et lutte contre le capitalisme.
- 59:02Donc c'est tout ce beau projet que je suis en train de mener et qui sera abouti,
- 59:09j'espère,
- 59:09dans bientôt.
- 59:11Mais sinon,
- 59:11je continue toujours à travailler en tant que journaliste sur des sujets qui me passionnent.
- 59:18là pareil toujours dans cette dans cette mouvance catholique j'ai écrit un papier sur le drag l'art du drag et le catholicisme
- 59:27J'ai aussi sorti,
- 59:28comme je disais,
- 59:29un papier sur la déferlante,
- 59:30sur la montée,
- 59:31la percée des chanteuses noires.
- 59:33Je continue à écrire des podcasts.
- 59:35J'écris des podcasts pour Madame Tigaro sur les célébrités.
- 59:38J'ai écrit la dernière série,
- 59:40c'était
- 59:41« Fell in love with a Frenchie » ,
- 59:42donc « Tombe amoureuse d'un Français »
- 59:44qui raconte les quatre histoires,
- 59:46pareil,
- 59:46toujours en miniserie,
- 59:47en épisode,
- 59:49de Français anonymes qui sont devenus célèbres d'un coup pour avoir...
- 59:54D.I.T.
- 59:54des stars américaines Madonna,
- 59:57Sky Johnson Eva Longoria et George Clooney et donc tout ça ça me passionne,
- 1:00:03c'est-à-dire que vraiment pour vraiment essayer de clôturer cette interview au début je te disais Ravata qu'effectivement j'ai essayé depuis dix ans aujourd'hui de métier,
- 1:00:15de carrière,
- 1:00:15de journaliste de ne pas me contenter de...
- 1:00:19parler uniquement de sujets noirs,
- 1:00:21parce que la réalité,
- 1:00:21c'est qu'il y a plein de sujets qui m'intéressent.
- 1:00:23Je suis passionnée d'histoire,
- 1:00:25j'aime énormément la culture people,
- 1:00:28j'ai grandi avec ça énormément,
- 1:00:30la pop culture est très méprisée en France,
- 1:00:32moi j'aime énormément la pop culture.
- 1:00:34Je suis aussi une fan de gothique et d'époque médiévale,
- 1:00:39ce qui fait que j'aime la fantaisie,
- 1:00:40et j'aime énormément le catholicisme,
- 1:00:42étant moi-même catholique pratiquante.
- 1:00:44Ce qui fait que je suis quelqu'un de pluriel,
- 1:00:46et que chaque personne noire est plurielle.
- 1:00:49C'est ça qui est extraordinaire.
- 1:00:52C'est ce que je disais aussi au début dans l'interview.
- 1:00:56Le défi de demain,
- 1:00:56c'est d'arriver à diversifier,
- 1:00:59à sortir de notre propre culture mainstream pour apporter encore autre chose.
- 1:01:05Et c'est ça qui,
- 1:01:05pour moi,
- 1:01:06est le défi de demain.
- 1:01:08Je te remercie beaucoup pour ta disponibilité pour cette interview,
- 1:01:11pour tout ce que tu nous as partagé.
- 1:01:13Moi,
- 1:01:13je mettrai en lien de l'épisode le lien vers ton compte Instagram et également,
- 1:01:18effectivement,
- 1:01:19le lien pour pouvoir visionner la série et éventuellement des liens vers le podcast du Figaro.
- 1:01:25Moi,
- 1:01:26je l'ai écouté.
- 1:01:26Je ne savais pas du tout que c'était toi qui étais derrière,
- 1:01:28mais sur les Frenchies.
- 1:01:29Oui,
- 1:01:29je l'ai écouté.
- 1:01:30C'est un podcast que j'écoute.
- 1:01:35Du coup,
- 1:01:35ce que je trouve intéressant,
- 1:01:36c'est qu'effectivement,
- 1:01:37je te rejoins sur ce côté.
- 1:01:41L'identité noire n'est pas limitée à des stéréotypes.
- 1:01:46On peut être très engagé sur des sujets afrodescendants et aller écouter le podcast de Madame Figaro et être complètement aligné avec ça.
- 1:01:56Il n'y a pas à se dire qu'on est plus légitime à parler de certains sujets et pas d'autres.
- 1:02:02Et parfois,
- 1:02:03c'est ce dans quoi on se retrouve enfermé malgré soi.
- 1:02:05Oui,
- 1:02:06c'est ça.
- 1:02:06Et encore une fois,
- 1:02:07la pop culture a été énormément façonnée,
- 1:02:10on parlait de la culture noire,
- 1:02:12par des femmes noires.
- 1:02:14Donc la culture queer,
- 1:02:15la culture gay,
- 1:02:16la culture très camp qui nourrit toutes les pop stars aujourd'hui,
- 1:02:22elle a été faite et inspirée directement par des femmes noires et des communautés queer noires.
- 1:02:27ce qui fait qu'on est totalement légitime à parler de ces questions là aussi donc oui le plus en plus puisqu'on parle de la série
- 1:02:34Madonna
- 1:02:35Madonna s'est inspirée,
- 1:02:38la base de son travail de Vogue,
- 1:02:40c'est la culture noire.
- 1:02:41Elle a vampirisé la culture noire pour arriver là où elle est aujourd'hui.
- 1:02:46Donc on l'appelle le caméléon,
- 1:02:48oui,
- 1:02:48on peut l'appeler la voleuse aussi.
- 1:02:51C'est l'appropriation culturelle énorme.
- 1:02:53Après,
- 1:02:53elle a eu l'intelligence de le faire,
- 1:02:55mais du coup,
- 1:02:56ce n'est pas parce que c'est porté par une personne blanche que ça ne concerne pas le voguing,
- 1:03:00c'est des cultures noires.
- 1:03:01La house,
- 1:03:02c'est de la culture noire.
- 1:03:05le rock c'est la culture noire donc tout ça c'est des choses qu'il faut aussi se réapproprier donc au contraire la mode,
- 1:03:12tout pour moi c'est vrai que tout est noir dans tout ce que je fais je peux à chaque fois ramener les personnes noires à tout même quand je parle de période médiévale il y a aussi un film sur Bandsamoussa l'empereur du Mali qui est
- 1:03:27en préparation il me semble et qu'on redécouvre
- 1:03:30Et tout d'un coup,
- 1:03:31on nous rappelle qu'on n'a pas été inventé avec des chaînes au cou et au bras.
- 1:03:35Donc non,
- 1:03:36au contraire.
- 1:03:37Je trouve que c'est important de s'approprier nos petites obsessions,
- 1:03:41nos petits kinks,
- 1:03:42et de sentir légitime de les développer et de les raconter.
- 1:03:44Complètement.
- 1:03:45Écoute,
- 1:03:45ce sera le mot de la fin.
- 1:03:47Merci encore et je te dis à très vite en Afrique ou ailleurs.
- 1:03:49Merci beaucoup,
- 1:03:50Amata.
- 1:03:54Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout.
- 1:03:56Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort.
- 1:04:00pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast.
- 1:04:02Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis.
- 1:04:05Vous pouvez laisser un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify.
- 1:04:09Je vous invite également à cliquer sur les cinq étoiles pour donner de la force.
- 1:04:13Je vous dis à très vite en Afrique ou ailleurs.