Latest / MUMONS / Épisode 114 - Les limites planétaires
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- 0:02Lorsque ce petit bolide atteindra 88 miles à l'heure,
- 0:05attends-toi à voir quelque chose qui décoiffe.
- 0:08Ce qui place votre zone d'atterrissage à 5,0667 degrés de latitude nord et 77,3333 de longitude ouest.
- 0:17Rien de tout ça,
- 0:17Véry.
- 0:18Qu'est-ce que le réel ?
- 0:19La seule variable constante est l'inattendue.
- 0:22On ne peut pas la contrôler.
- 0:23Je crois que vous êtes encore pire que ces créatures.
- 0:26Elles,
- 0:26elles n'essaient pas de se massacrer entre elles pour tirer le plus gros paquet.
- 0:30Voyons si la capacité de pousser de 10%
- 0:31permet de décollage.
- 0:33Et 3,
- 0:342,
- 0:341...
- 0:37Chers auditeurs,
- 0:38chères auditrices,
- 0:39je te souhaite la bienvenue dans ce nouvel épisode de Science,
- 0:41Art et Curiosité,
- 0:42le podcast du MUMONS.
- 0:43Comme promis,
- 0:44je continue la série d'épisodes en collaboration avec la chaire de l'UMONS,
- 0:47ingénieur objectif transition.
- 0:50Le but de ces épisodes est de venir compléter l'expérience vécue durant le cycle de conférences proposé par la chaire.
- 0:55Pour rappel...
- 0:56À l'heure où tu écouteras cet épisode,
- 0:58la conférence sur les frontières planétaires et sur le donut est déjà accessible en ligne sur la chaîne YouTube du MUMONS.
- 1:04Et donc,
- 1:04après l'épisode avec Paul Van Der Straten,
- 1:07j'accueille aujourd'hui Éric Lambin.
- 1:09Bonjour Éric.
- 1:10Bonjour.
- 1:11Comment vas-tu ?
- 1:12Tout va bien.
- 1:13Après quelques petits soucis techniques,
- 1:15nous arrivons enfin à enregistrer cet épisode,
- 1:17donc on est très heureux d'être là.
- 1:19Est-ce qu'en quelques secondes,
- 1:22j'oserais dire,
- 1:23tu peux me dire qui est Éric Lambin ?
- 1:26Je suis professeur d'université et je fais une recherche sur les changements d'utilisation du sol,
- 1:32les interactions entre l'activité humaine et l'environnement terrestre.
- 1:38Alors,
- 1:38le but n'est bien entendu pas de refaire la conférence en podcast,
- 1:41ça ne servirait à rien,
- 1:43mais bien de venir compléter l'expérience.
- 1:45Juste pour remettre un cadre,
- 1:47est-ce qu'en cinq minutes,
- 1:49tu peux nous expliquer en quoi consistent les frontières ?
- 1:52planétaire et aussi pourquoi tu préfères ce terme frontière au terme limite.
- 1:57Alors ce concept de frontière planétaire a été proposé par un groupe de scientifiques dont j'ai fait partie il y a quelques années.
- 2:05En clair,
- 2:05c'est une série de valeurs sur des variables biophysiques qui caractérisent l'état du système Terre pendant la période géologique qu'on appelle l'holocène,
- 2:16c'est-à-dire les 11 000,
- 2:1812 000 dernières années,
- 2:20qui est la période géologique.
- 2:21pendant laquelle l'espèce humaine a prospéré,
- 2:24a domestiqué les plantes,
- 2:26les animaux,
- 2:27a développé l'urbanisation,
- 2:28l'industrialisation.
- 2:30Donc c'est une période qui était très favorable au développement humain,
- 2:34qui était relativement stable.
- 2:35Et donc l'idée,
- 2:37c'est que cette période est caractérisée par une série d'attributs du système terrestre,
- 2:42le climat,
- 2:42la biodiversité,
- 2:43le cycle de l'eau,
- 2:45et que nous avons intérêt à maintenir ces conditions pour continuer à prospérer sur Terre.
- 2:51Ce n'est pas des limites dans le sens où il n'est pas impossible de mener la subsistance de l'espèce humaine en dehors de ses paramètres,
- 2:59puisque l'espèce humaine existait bien avant l'holocène.
- 3:03Ce sont des frontières dans le sens où si on dépasse cet ensemble de valeurs sur ces variables biophysiques,
- 3:09l'espèce humaine se retrouvera en territoire inconnu,
- 3:14non familier,
- 3:15et pour lequel le mode de vie,
- 3:17la civilisation actuelle aurait du mal à se maintenir.
- 3:21Alors ici,
- 3:22je vais reprendre des questions qui ont été rédigées par le public qui a participé à la conférence.
- 3:28Ça a été collecté à la fin et bien entendu,
- 3:31j'ai pris parfois la liberté d'ajouter quelques petits éléments.
- 3:34La première question,
- 3:35je la trouvais assez intéressante,
- 3:36c'est au final,
- 3:37comment on mesure ces frontières planétaires ?
- 3:39A priori,
- 3:40c'est quelque chose de très global.
- 3:41Donc,
- 3:42comment on fait pour les évaluer ?
- 3:44Alors,
- 3:44c'est une très bonne question.
- 3:46Elles ne sont pas mesurées directement,
- 3:48c'est une estimation.
- 3:50sur base à la fois des études paléoclimatiques sur l'état du système Terre au cours de son histoire longue,
- 3:58mais également des modèles de simulation qui simulent sur ordinateur des modèles compliqués,
- 4:04très complexes du système terrestre et qui,
- 4:07lorsqu'on pousse certaines variables au-delà de l'état actuel,
- 4:12on observe par simulation des effets en cascade,
- 4:15un espèce d'emballement de certains changements.
- 4:18C'est une estimation.
- 4:19Ce concept de frontière planétaire est très solide sur le plan conceptuel,
- 4:23sur le plan quantitatif.
- 4:24Il faut savoir que ces valeurs qui sont suggérées aujourd'hui sont associées à des marges d'erreur,
- 4:31des marges d'incertitude plus ou moins élevées selon les frontières auxquelles on parle.
- 4:37Alors,
- 4:37une fois que cette frontière est dépassée,
- 4:39on arrive,
- 4:39comme tu le dis dans la conférence,
- 4:41en territoire inconnu.
- 4:43On ne sait pas ce qui se passe.
- 4:44Mais fondamentalement,
- 4:45est-ce qu'on peut revenir en arrière ?
- 4:47C'est-à-dire,
- 4:47est-ce qu'on peut repasser la frontière dans l'autre sens pour revenir à une situation plus contrôlable,
- 4:53plus enviable ?
- 4:54Alors,
- 4:55en principe,
- 4:56oui,
- 4:56sauf que certaines de ces frontières sont associées à ce qu'on appelle des points de bascule,
- 5:01c'est-à-dire des changements de régime,
- 5:03donc tout à coup une accélération très forte des changements du système terrestre,
- 5:08un peu analogue au basculement entre une période glaciaire et une période interglaciaire,
- 5:14et donc le retour en arrière est très difficile.
- 5:16Il ne suffit pas de refaire un pas ou deux en arrière,
- 5:18il faudrait...
- 5:19changer très fondamentalement certains paramètres pour revenir à l'état initial.
- 5:24Donc c'est très risqué de dépasser ces frontières,
- 5:27parce que certaines,
- 5:28pas toutes,
- 5:28mais sont associées à ces points de bascule.
- 5:31On parle très souvent du climat autour de ces frontières planétaires.
- 5:35Or,
- 5:36quand on voit le schéma durant la conférence,
- 5:38en tout cas l'incarnation de cette théorie sur un graphique,
- 5:42on voit que le plus grand dépassement touche au final la biosphère.
- 5:45Et donc,
- 5:46est-ce que pour cet exemple de la biosphère,
- 5:48tu peux...
- 5:48préciser les problématiques,
- 5:50les dangers liés à ces fameux points de bascule dont on vient de parler.
- 5:54Ce qu'on appelle dans ce jargon l'intégrité de la biosphère,
- 5:58ça correspond essentiellement à la biodiversité,
- 6:01la biodiversité génétique et la biodiversité fonctionnelle.
- 6:04En effet,
- 6:05en plus du défi climatique,
- 6:07on parle beaucoup aussi du défi de la perte de biodiversité,
- 6:10on érode un peu l'architecture de base de la vie sur Terre,
- 6:14de toute la biosphère.
- 6:16avec là aussi des conséquences très significatives.
- 6:18Et juste pour prendre un exemple très concret,
- 6:21beaucoup d'insectes ont un rôle de pollinisation des plantes,
- 6:25notamment des cultures,
- 6:27des arbres fruitiers.
- 6:28Et donc,
- 6:28lorsque la population d'insectes pollinisateurs descend sous un certain seuil,
- 6:33tout d'un coup,
- 6:34les rendements agricoles diminuent de manière considérable pour certaines cultures,
- 6:38toutes les cultures qui sont pollinisées par ces insectes,
- 6:40notamment les arbres fruitiers,
- 6:41certaines céréales,
- 6:42etc.
- 6:43Donc là,
- 6:43évidemment,
- 6:43il y a un effet direct sur la sécurité alimentaire de l'humanité.
- 6:48Dans la conférence,
- 6:49tu as proposé toute une série de solutions.
- 6:51Ici,
- 6:52la question se demande,
- 6:53mais au final,
- 6:54où est-ce que ces solutions ont déjà été mises en place et est-ce qu'on peut de ce fait en tirer des leçons ?
- 7:00Oui,
- 7:00en réalité,
- 7:01au moins une ou deux de ces solutions ont déjà été mises partout dans le monde,
- 7:06en application dans tous les pays.
- 7:07Chaque pays a déjà...
- 7:10promu ou un projet pilote sur un certain type d'intervention.
- 7:14Ce qu'on tire comme leçon,
- 7:15c'est que un,
- 7:17la difficulté,
- 7:17ce n'est pas de faire un petit projet pilote,
- 7:19un petit projet de démonstration,
- 7:20mais c'est de vraiment mettre en œuvre ces solutions à une échelle suffisante que pour transformer le système.
- 7:27Deux,
- 7:28le défi,
- 7:28ce n'est pas de se dire,
- 7:30on va pousser une solution,
- 7:31mais pas les autres parce qu'il y a vraiment une dimension systémique dans la mise en œuvre de ces solutions.
- 7:36Il faut ...
- 7:37Il faut plusieurs solutions qui se renforcent les unes les autres.
- 7:41Et trois,
- 7:42très souvent,
- 7:42on voit des pays qui ont été pionniers sur certaines solutions,
- 7:46qui péniblement ont mis en œuvre toute une infrastructure pour résoudre un problème très fondamental,
- 7:51peuvent reconnaître un retour en arrière extrêmement rapide à l'occasion d'une élection,
- 7:59d'un Trump ou d'un Bolsonaro ou d'un autre leader populiste conservateur qui va...
- 8:05en quelques jours,
- 8:06effacés des années,
- 8:08si pas des décennies de progrès.
- 8:10Donc voilà,
- 8:10c'est cette fragilité de ces solutions,
- 8:13c'est difficile de les mettre en œuvre à l'échelle,
- 8:16et c'est important d'avoir une pensée systémique,
- 8:19c'est-à-dire c'est l'ensemble,
- 8:20c'est le paquet de solutions et pas simplement l'une ou l'autre qui va résoudre le problème.
- 8:25C'est un peu inquiétant comme bilan,
- 8:27entre guillemets,
- 8:27que tu nous proposes là.
- 8:29Malheureusement,
- 8:30il faut être réaliste et autant on peut avoir de l'espoir,
- 8:34autant l'observation réaliste des évolutions géopolitiques récentes ne porte pas l'optimisme.
- 8:41En effet.
- 8:42Alors gardons quand même espoir,
- 8:43comme tu le dis,
- 8:44et imaginons un monde où tout ça est possible.
- 8:46Quels sont les leviers qu'il faudrait privilégier ?
- 8:50Quels sont ceux qui ont le plus d'impact ?
- 8:52Et à un moment donné,
- 8:54au vu de l'urgence qui est décrite,
- 8:57c'est...
- 8:57Est-ce qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un moment aux sanctions plutôt qu'aux incitants ?
- 9:02De nouveau,
- 9:03je reviendrai avec cette notion de pensée systémique.
- 9:06Il faut un ensemble de solutions qui soient différentes mais complémentaires,
- 9:11qui ont des effets de synergie.
- 9:14Elles se divisent en trois familles de solutions.
- 9:17D'abord,
- 9:18informer les acteurs,
- 9:20récolter des informations précises sur l'évolution du système.
- 9:25communiquer largement ces informations,
- 9:27ensuite créer des incitants,
- 9:29des incitants positifs pour créer une envie de mettre en œuvre ces solutions,
- 9:34et enfin pour les acteurs qui seront toujours derrière,
- 9:36les traînards qui vont toujours résister à une transformation vers des pratiques plus durables,
- 9:42là en effet il faut des sanctions pour lever un peu le plancher minimum de pratiques.
- 9:48Mais c'est vraiment la complémentarité entre ces différentes solutions qui va faire avancer le système.
- 9:53Donc il y a eu beaucoup d'études qui ont étudié l'efficacité de l'une ou l'autre solution.
- 9:58Et chaque fois la réponse est la même,
- 9:59tout dépend du contexte,
- 10:00tout dépend de l'écosystème des politiques dans lequel une solution particulière s'insère.
- 10:06Est-ce que cet écosystème politique est favorable ou au contraire,
- 10:10elle va ralentir la mise en œuvre d'une solution particulière ?
- 10:14Alors,
- 10:15pour la question suivante,
- 10:16je vais donner un chiffre qui va permettre de comprendre pourquoi elle a été posée.
- 10:19Donc,
- 10:20pour faire simple,
- 10:211%
- 10:22de la population la plus riche au monde pollue deux fois plus que 50%
- 10:26de la population la plus pauvre.
- 10:28Et donc,
- 10:29comment faire bouger les plus riches qui sont au final responsables quand même d'une grande part,
- 10:35en tout cas,
- 10:36de l'émission de CO2 ?
- 10:37Le chiffre que j'ai donné se concentrait sur l'émission de CO2.
- 10:41Et comment mobiliser les personnes qui ont le plus d'impact ?
- 10:44En sous-entendu,
- 10:45à priori,
- 10:46dans le monde dans lequel on vit,
- 10:47si on a beaucoup d'argent,
- 10:48on peut avoir beaucoup d'impact.
- 10:50Alors ces super riches ont évidemment un impact environnemental très important,
- 10:55mais en très large partie via leurs investissements.
- 10:59Si on est multimillionnaire,
- 11:01si on est milliardaire,
- 11:02on ne peut pas consommer pour des milliards de dollars chaque année par des activités polluantes.
- 11:08Et donc l'essentiel de leur impact,
- 11:10c'est la manière...
- 11:11dont leurs capitaux sont investis.
- 11:14Est-ce qu'ils sont investis dans l'industrie du pétrole ou plutôt dans une industrie verte ?
- 11:19Donc là,
- 11:20c'est un levier très important,
- 11:21c'est développer les outils de finances vertes et essayer d'orienter ces capitaux vers des fonds plutôt vertueux sur le plan durabilité.
- 11:31Ce qui exige aussi,
- 11:33évidemment,
- 11:33que ces fonds verts ont un rendement financier à peu près équivalent,
- 11:38en moyenne équivalent,
- 11:39si pas légèrement supérieur.
- 11:41au fond plus polluants.
- 11:42Et donc là,
- 11:43il y a un levier d'intervention pour pénaliser un petit peu les investissements les plus néfastes pour la planète et booster les investissements verts pour orienter cette masse de capitaux vers des activités vertueuses.
- 12:00D'ailleurs,
- 12:00j'en profite pour partager une petite info par rapport à ça.
- 12:05Il y a
- 12:06Eva Sedoun,
- 12:06une Française,
- 12:07qui,
- 12:08par rapport à ce que tu viens de nous raconter,
- 12:10a créé une...
- 12:10plateforme où le but,
- 12:12c'est d'avoir recensé tous les investissements verts qui étaient viables.
- 12:18Et donc,
- 12:18elle monte un espèce de fonds d'investissement vert,
- 12:21en fait,
- 12:22avec plein de projets différents où on peut venir soutenir à son échelle,
- 12:25avec plus ou moins de capitaux,
- 12:26ces projets.
- 12:26Et je trouve que c'est dans cette philosophie-là et c'est assez intéressant.
- 12:29Alors,
- 12:30au final,
- 12:30ça pose aussi une question qui est,
- 12:33j'ai l'impression,
- 12:34la grande question.
- 12:35C'est comment amener l'être humain dans une vision altruiste ?
- 12:39Comment
- 12:40comment transformer l'être humain en un être réellement altruiste et comment intégrer les solutions dont on a parlé jusqu'ici dans un monde où en 2025,
- 12:52on l'entend très souvent,
- 12:53le climat,
- 12:54ça emmerde l'économie.
- 12:55Et je pense qu'on peut remplacer le climat par l'écologie.
- 12:59L'écologie,
- 12:59ça emmerde l'économie.
- 13:02Je pense qu'il faut être réaliste,
- 13:04on ne peut pas changer la nature humaine.
- 13:06Je pense que toute personne a des aspects altruistes dans certains éléments de sa vie et des aspects plus égoïstes pour d'autres éléments.
- 13:13Certains vont être très altruistes vis-à-vis de leurs enfants,
- 13:15ou vis-à-vis de leur communauté,
- 13:17ou les membres de leur église.
- 13:20D'autres seront plus généralement altruistes,
- 13:23mais auront des aspects plus égoïstes pour certaines dimensions de leur vie.
- 13:29Je ne pense pas qu'on peut compter sur une transformation profonde de la nature humaine pour résoudre ces problèmes.
- 13:34De toute façon,
- 13:35on n'a pas le temps.
- 13:36Donc,
- 13:36il faut faire en sorte que ce soit dans les intérêts de chacun de réaliser cette transition,
- 13:42d'adopter des pratiques plus durables,
- 13:44que ce soit économiquement plus avantageux,
- 13:47mais aussi socialement.
- 13:49C'est pour ça que dans la conférence,
- 13:50à un moment,
- 13:50j'ai beaucoup parlé de l'importance de modifier les normes sociales,
- 13:54parce que finalement,
- 13:54les normes sociales sont associées à une espèce de sanction sociale.
- 13:58Si quelqu'un me voit jeter un plastique dans la rue,
- 14:01je vais être sanctionné socialement par mes amis,
- 14:05par les personnes qui vont observer ce comportement.
- 14:09Donc c'est créer un environnement de décision,
- 14:13décision alimentaire,
- 14:14décision énergétique,
- 14:15décision de mobilité qui va favoriser,
- 14:18qui va pousser les consommateurs,
- 14:20qu'ils soient altruistes ou égoïstes,
- 14:22et personne n'est 100%
- 14:24altruiste ou 100%
- 14:25égoïste.
- 14:26mais qui vont pousser les gens vers l'adoption de pratiques plus durables.
- 14:30Est-ce qu'il y a aussi dans cet altruisme un enjeu à retravailler en local avec les gens qui nous entourent,
- 14:38qui sont nos voisins de rue ou de maison directe pour justement monter des petits projets locaux qui ne vont peut-être pas faire la différence à l'échelle globale,
- 14:48mais qui vont initier un changement vers l'altruisme ?
- 14:51Oui,
- 14:52notamment en local,
- 14:53mais pas seulement en local,
- 14:54parce qu'aujourd'hui,
- 14:54évidemment...
- 14:55avec les réseaux sociaux digitaux,
- 14:58on peut avoir un réseau social mondial avec des gens qui vivent à l'au bout de la planète,
- 15:03mais avec qui on échange quotidiennement parce qu'on a des intérêts communs.
- 15:07Donc oui,
- 15:07toutes les solutions sont bienvenues,
- 15:09les solutions locales,
- 15:10les solutions régionales,
- 15:11nationales,
- 15:12mondiales,
- 15:13tout ce qui fait avancer l'affaire est à prendre vu l'urgence dans laquelle on est.
- 15:19On le disait,
- 15:20l'écologie,
- 15:20ça emmerde l'économie.
- 15:22Est-ce qu'une écologie qui n'emmerderait pas l'économie,
- 15:25c'est une écologie qui serait dans une optique de croissance verte ?
- 15:29Or,
- 15:31toutes les recherches ont l'air de converger.
- 15:33Cette croissance verte est un espèce de mythe qui ne peut pas exister.
- 15:37Oui,
- 15:38je pense qu'il faut en effet se méfier un peu d'un slogan croissance verte,
- 15:42décroissance,
- 15:43etc.
- 15:44Parce que c'est...
- 15:45Ce sont des mots qui simplifient des réalités très très complexes.
- 15:48L'important,
- 15:49c'est la décarbonation physique de l'économie,
- 15:53une activité économique qui gère de la prospérité,
- 15:58mais prospérité dans toutes ses dimensions,
- 16:00pas uniquement la dimension économique.
- 16:02Donc une vie riche,
- 16:03une vie profonde,
- 16:04une vie connectée avec les autres,
- 16:06avec soi-même,
- 16:06avec la nature,
- 16:08mais qui ne génère pas des externalités environnementales et sociales considérables.
- 16:14Donc il faut repenser en effet certaines activités économiques et les centrer sur des valeurs morales plus fondamentales qui sont celles qui apportent la satisfaction de la vie.
- 16:25On a parlé des ultra-riches,
- 16:26on va parler d'une autre part de la population,
- 16:29le monde politique,
- 16:31qui aussi a un rôle à jouer,
- 16:33tu l'as dit précédemment,
- 16:35en une élection,
- 16:36des dizaines d'années de mobilisation peuvent complètement s'effondrer en quelques mois et on le voit à l'heure actuelle aux États-Unis.
- 16:43Et donc...
- 16:44comment mettre en mouvement les acteurs du monde politique,
- 16:47alors qu'on peut apercevoir,
- 16:49en fait,
- 16:49dans toute l'Europe,
- 16:51une grande montée de l'extrême droite qui se soucie peu du futur climatique de nos pays,
- 16:55qui n'hésite pas à même remettre en cause cette crise socio-écologique,
- 17:00et où on a aussi des autocrates climato-sceptiques qui sont au pouvoir et qui assument complètement leur vision du monde.
- 17:08Et on a aussi,
- 17:10je vais dire,
- 17:11peut-être les moins pires,
- 17:12mais qui ont quand même
- 17:13leur part dans la balance,
- 17:15c'est les auto-centrer,
- 17:16c'est-à-dire,
- 17:17je vise à préserver mes intérêts.
- 17:20Comment on peut faire avec ce monde politique actuel ?
- 17:24Très bonne question,
- 17:24question difficile.
- 17:26Je pense que,
- 17:26de nouveau,
- 17:26il faut éviter une vision un peu dichotomique du monde.
- 17:30Il y a les bons et les mauvais,
- 17:32les bons altruistes,
- 17:34etc.
- 17:34Et puis les mauvais égoïstes,
- 17:36les politiques,
- 17:36etc.
- 17:37Le monde politique,
- 17:38finalement,
- 17:39est constamment à l'écoute.
- 17:40du sentiment dominant de la population.
- 17:44Cette population peut évidemment aujourd'hui être fortement manipulée dans la perception du monde,
- 17:50notamment par les réseaux sociaux.
- 17:53Je pense que le monde politique bouge en réponse à une pression,
- 17:58une expression forte des électeurs,
- 18:01des citoyens,
- 18:02des consommateurs,
- 18:04de la société civile,
- 18:05vers des valeurs de durabilité.
- 18:07avec également un impératif de gestion de crise.
- 18:11Il se fait qu'en plus de mon travail de professeur d'université,
- 18:14je suis aussi conseiller scientifique en chef de la Commission européenne,
- 18:18donc du Collège des commissaires,
- 18:19donc j'interagis avec les commissaires européens.
- 18:22Et c'est quand même frappant de voir à quel point ces dirigeants sont constamment en régime de gestion de crise,
- 18:30consacrent l'essentiel de leur temps à gérer un problème qui est apparu aujourd'hui,
- 18:34qui doit être résolu pour ce soir.
- 18:37La fraction de leur temps qu'ils peuvent consacrer à des visions à long terme est extrêmement réduite.
- 18:41C'est très rare parce que c'est l'urgence du moment.
- 18:46Donc,
- 18:47il faut vraiment créer un mouvement social et une mobilisation aussi des acteurs économiques très important pour donner cette vision à long terme auquel finalement le politique répond.
- 19:00Voilà,
- 19:00donc je suis un peu mal à l'aise avec une...
- 19:03Une vision qui dirait qu'il y a les bons citoyens qui veulent la durabilité et les mauvais politiques qui sont à défendre leurs intérêts.
- 19:10Parce qu'en réalité,
- 19:12il y a des bons et des mauvais dirigeants,
- 19:14ça c'est clair.
- 19:15Mais le rôle du politique est d'être un peu au charbon,
- 19:20au jour le jour,
- 19:21heure après heure,
- 19:22à gérer un peu toutes ces urgences.
- 19:24Mais en réponse à ce qu'ils perçoivent comme étant les préoccupations principales de la société civile.
- 19:30Un exemple qui est intéressant par rapport à ce que tu expliques là,
- 19:33c'est ce qui s'est passé en Suisse il y a quelques semaines.
- 19:35Donc,
- 19:36ils ont fait un référendum pour déterminer si une économie qui tenait compte des limites planétaires devait être intégrée dans la Constitution.
- 19:44Et le peuple suisse s'est positionné à plus de 60%
- 19:48de non.
- 19:49Et donc là,
- 19:50on le voit,
- 19:50c'est les Suisses qui se positionnent.
- 19:52Alors,
- 19:53bien entendu,
- 19:53derrière,
- 19:54il y a des inputs vers les gens qui habitent en Suisse du monde politique.
- 19:58qui donne des couleurs au discours,
- 19:59c'est clair.
- 20:00Donc,
- 20:00c'est très complexe à comprendre comment les choses s'influencent.
- 20:03Mais néanmoins,
- 20:04il y a cette volonté des gens.
- 20:06Yann Kovic,
- 20:07il dit,
- 20:08le politique est un exécuteur testamentaire,
- 20:10c'est-à-dire que les entreprises,
- 20:12les citoyens ont une volonté et il est censé incarner cette volonté.
- 20:16Après,
- 20:16c'est beaucoup plus compliqué que ça,
- 20:17mais on voit qu'il y a un changement là qui devrait se produire aussi.
- 20:21Exactement.
- 20:22Ça pose au final la question de la gouvernance,
- 20:24le monde politique.
- 20:26Et on est face à un problème mondial.
- 20:28Ce n'est pas un problème territorial,
- 20:29ce n'est pas un problème continental dans le sens continent.
- 20:32C'est un problème mondial qui est énorme.
- 20:35Et donc,
- 20:35est-ce qu'il ne faudrait pas une gouvernance mondiale à la mesure du problème ?
- 20:41Est-ce qu'on doit aller vers une dictature verte mondiale ?
- 20:44Est-ce qu'il y a d'autres solutions ?
- 20:46Parce qu'on a parfois l'impression que tant qu'il n'y a pas un leader fort...
- 20:49qui serait l'exact miroir de Trump,
- 20:51entre guillemets,
- 20:53qui prendrait des décisions pour le climat,
- 20:54ça ne bougera pas.
- 20:56Comment tu te positionnes par rapport à ça ?
- 20:58Alors,
- 20:59dictature,
- 20:59non.
- 21:00On tient beaucoup aux libertés.
- 21:02Et de nouveau,
- 21:03pendant 15 ans,
- 21:04j'ai travaillé
- 21:056 mois par an aux États-Unis.
- 21:06Donc,
- 21:07je suis effaré de voir à quelle vitesse,
- 21:09en un mois déjà,
- 21:11un régime autoritaire se met en place par une censure de la science,
- 21:14un contrôle des médias,
- 21:15etc.
- 21:16Donc,
- 21:16on ne veut absolument pas de ça pour le...
- 21:18la planète,
- 21:19donc ce qu'on a à la place est un processus multilatéral,
- 21:23relativement faible,
- 21:24comme les Nations Unies,
- 21:25parce que ça dépend de la bonne volonté de tous les pays,
- 21:28il y a des droits de veto,
- 21:30n'importe quel pays peut se retirer à tout moment d'un traité international.
- 21:34Et donc là,
- 21:35par opposition à cette notion de gouvernance verte,
- 21:38il y a un autre concept qui me paraît beaucoup plus attractif,
- 21:40c'est ce qu'on appelle la gouvernance polycentrée,
- 21:43un grand nombre de centres de décision
- 21:46nationaux,
- 21:47multilatéraux,
- 21:48locaux,
- 21:50par secteur,
- 21:51qui se mettent en place,
- 21:52qui sont autonomes,
- 21:54qui chacun poursuivent leurs objectifs,
- 21:57mais qui sont idéalement coordonnés,
- 21:59qui ne sont pas en opposition les uns aux autres,
- 22:02et qui tous,
- 22:03à plusieurs niveaux,
- 22:05chacun avec son instrument,
- 22:06fait avancer cette transition vers un développement plus durable.
- 22:12C'est plus...
- 22:13désordonnée,
- 22:14c'est plus chaotique,
- 22:15mais c'est plus respectueux des aspirations de chaque communauté parce qu'évidemment il y a des différences très grandes entre les aspirations des individus,
- 22:25des communautés,
- 22:26des pays selon leur situation historique,
- 22:28présente,
- 22:28etc.
- 22:30Donc voilà,
- 22:30il faut malheureusement accepter la situation un peu désordonnée,
- 22:36en anglais on dirait messie,
- 22:39qui fait avancer les choses comme ça,
- 22:40un peu à Ausha droite.
- 22:42à condition que le mouvement général soit directionnel,
- 22:45qu'il y ait une direction qui soit relativement cohérente.
- 22:48Et c'est un peu ça qui est difficile à assurer.
- 22:51C'est un peu l'orchestration.
- 22:52C'est comme,
- 22:53vous avez un orchestre symphonique,
- 22:55si chacun joue sa partition qui est différente des autres,
- 22:59ça fait une cacophonie horrible.
- 23:00Et donc,
- 23:01il faut quand même un espèce de chef d'orchestre qui donne une direction générale.
- 23:05Mais en aucun cas,
- 23:06à mes yeux,
- 23:07ça doit être un dictateur vert,
- 23:09aussi bon soit-il.
- 23:11Ça doit être un ensemble de valeurs portées par des intellectuels,
- 23:15par des influenceurs,
- 23:17on dirait aujourd'hui,
- 23:19qui montrent l'importance de marcher un peu tous dans une direction commune.
- 23:23Il y a un exemple particulier que je voudrais aborder avec toi dans ce cadre-là,
- 23:27c'est celui de la restauration de la couche d'ozone.
- 23:30A priori,
- 23:31quand le monde a décidé de se mobiliser pour ça,
- 23:33il n'y avait pas de gouvernement mondial exactement.
- 23:36Et donc,
- 23:36est-ce qu'on pourrait s'inspirer ?
- 23:39de ce qui a été mis en place pour restaurer cette couche d'ozone et le déployer pour d'autres limites planétaires.
- 23:47Alors là,
- 23:47tu fais référence au protocole de Montréal,
- 23:50qui a en effet résolu très rapidement ce problème de la couche d'ozone une fois qu'il a été découvert.
- 23:57Évidemment,
- 23:57il y avait deux éléments qui ont facilité cette adoption d'un traité commun.
- 24:03Un,
- 24:03c'est que c'était...
- 24:05La destruction de la couche d'ozone était un problème véritablement existentiel à très court terme.
- 24:10On était à peu près à la moitié de la densité de l'ozone transosphérique,
- 24:15avec déjà des conséquences énormes sur la vie humaine,
- 24:18sur les cancers de la peau,
- 24:20sur la photosynthèse.
- 24:21Et deux,
- 24:22surtout,
- 24:23il y avait une technologie de substitution très facile et moins chère.
- 24:27Il suffisait de remplacer les
- 24:29CFC, les chlorofluorocarbones,
- 24:31par d'autres.
- 24:33produits chimiques,
- 24:33notamment les hydrofluorocarbones et d'autres,
- 24:37et qui finalement n'augmentaient pas les coûts de production.
- 24:39Donc c'était une simple substitution technologique,
- 24:42sans aucune pénalité économique.
- 24:44Donc voilà,
- 24:45les gens se sont très vite mis d'accord,
- 24:47en effet,
- 24:47faisons ça.
- 24:48Maintenant,
- 24:49on dit souvent que c'était un succès,
- 24:50mais il faut quand même se rendre compte que,
- 24:53alors que ce traité date d'il y a quelques décennies...
- 24:56Il y a deux,
- 24:56trois ans,
- 24:57par satellite,
- 24:58tout d'un coup,
- 24:59les scientifiques ont découvert qu'il y avait encore d'énormes émissions de CFC qui détruisent la couche d'ozone en Chine.
- 25:05Donc,
- 25:05une usine,
- 25:06enfin une industrie,
- 25:07continuait pourtant à produire ces CFC,
- 25:10à les libérer dans l'atmosphère.
- 25:13Heureusement,
- 25:13on avait la technologie satellitaire pour les détecter,
- 25:16pour les localiser,
- 25:17donc intervenir.
- 25:17Mais même un cas aussi facile,
- 25:20si je puis dire,
- 25:21n'a pas été un succès à
- 25:22100%. Mais il est clair que...
- 25:25Ce protocole de Montréal a servi de modèle à une série d'autres processus multilatéraux,
- 25:30la Convention internationale sur le climat,
- 25:33sur la biodiversité,
- 25:34sur la dégradation des terres,
- 25:35sur les espèces invasives.
- 25:37Donc il y a une série de conventions multilatérales qui cherchent à résoudre des problèmes,
- 25:43mais qui sont beaucoup plus compliqués,
- 25:45comme le changement climatique,
- 25:46la perte de biodiversité,
- 25:47et donc qui sont beaucoup moins efficaces.
- 25:50Mais en réalité,
- 25:50ce modèle est déjà mis en œuvre,
- 25:52c'est le protocole de Paris,
- 25:54etc.
- 25:55un enjeu pour l'industrie,
- 25:56parce que c'est un acteur aussi qui va devoir se mobiliser,
- 26:00c'est cette fameuse compétitivité industrielle.
- 26:03Est-ce que tu aurais quelques recommandations à la communauté européenne pour réconcilier à la fois la politique de compétitivité industrielle et les enjeux socio-écologiques en fait ?
- 26:15En réalité,
- 26:15ce qui va conférer une forte compétitivité aux industries dans le monde dans lequel nous sommes,
- 26:21ce sont précisément...
- 26:23des activités industrielles liées à la décarbonation.
- 26:26Ce sont des produits,
- 26:28des voitures,
- 26:28des systèmes d'isolation des maisons,
- 26:30de production alimentaire qui émettent beaucoup moins d'émissions de gaz à effet de serre par une petite production.
- 26:36Et c'est déjà d'ailleurs la priorité aujourd'hui de la Commission européenne,
- 26:40c'est d'investir dans la compétitivité,
- 26:44investir massivement,
- 26:45on parle de 100 milliards d'euros,
- 26:46dans une activité industrielle qui est associée à la décarbonation,
- 26:50donc à une industrie plus propre.
- 26:52Ce seront des technologies,
- 26:53des acteurs qui vont être à la pointe du progrès industriel dans les décennies à venir,
- 26:59puisqu'on aura absolument besoin,
- 27:00de plus en plus urgentement besoin de ce genre de technologies.
- 27:04Donc,
- 27:04en investissant massivement là-dedans,
- 27:07l'Europe se met à la pointe de ce secteur,
- 27:10alors que les États-Unis qui,
- 27:12sous Trump aujourd'hui,
- 27:14vont réinvestir dans le charbon et dans le pétrole vont...
- 27:17sont en train d'investir dans des industries qui sont complètement dépassées,
- 27:20dont on n'aura plus besoin,
- 27:22et donc se mettent en retard en termes de compétitivité.
- 27:26Durant la conférence,
- 27:27la question du nucléaire n'a pas réellement été abordée,
- 27:29donc je voudrais le faire ici.
- 27:31Pourquoi justement tu n'as pas abordé comme un moyen de décarbonation le nucléaire ?
- 27:36Est-ce que c'était un problème de temps ou est-ce que c'était une volonté assumée ?
- 27:41Et comment,
- 27:42de ton point de vue,
- 27:43tu positionnes le nucléaire par rapport à l'éolien et le photovoltaïque ?
- 27:47par exemple,
- 27:47qui sont dans les énergies « vertes » ,
- 27:52mais qui constituent des sources d'approvisionnement intermittents.
- 27:55Alors,
- 27:55en effet,
- 27:56de manière volontaire,
- 27:57je n'ai pas lâché le mot nucléaire,
- 27:58parce que dès qu'on le fait,
- 27:59on génère une sorte de réaction positive ou négative,
- 28:03et donc tout à coup,
- 28:04le débat ne se fait plus qu'autour du nucléaire.
- 28:07Mais donc,
- 28:08voilà,
- 28:08le nucléaire existe déjà,
- 28:10il couvre à l'échelle mondiale 9%
- 28:13de la production d'électricité.
- 28:15Le système énergétique mondial du futur aura besoin encore d'une certaine part de nucléaire,
- 28:22puisque la plupart des autres sources sont intermittentes,
- 28:25pas toutes,
- 28:26mais beaucoup,
- 28:26surtout le solaire et l'éolien.
- 28:28Donc on a besoin certainement de maintenir une capacité de production nucléaire.
- 28:33Quel est le pourcentage exact ?
- 28:35Je ne peux pas le dire.
- 28:37La France est à 70 %,
- 28:39d'autres pays sont beaucoup plus bas.
- 28:42Donc en effet,
- 28:43il faut pouvoir...
- 28:45compléter les sources intermittentes par des sources beaucoup plus stables.
- 28:50Aujourd'hui,
- 28:51le nucléaire est quand même relativement cher.
- 28:53La construction,
- 28:53en tout cas,
- 28:54pas l'opération,
- 28:55mais la construction de centraux nucléaires est chère,
- 28:57ça prend du temps.
- 28:59Mais oui,
- 29:00je pense qu'il faut maintenir cette capacité,
- 29:02cette compétence,
- 29:03chercher à l'améliorer autant que se peut.
- 29:05Mais ce ne sera jamais
- 29:07100% la production d'électricité parce qu'il y a d'autres moyens beaucoup moins chers et beaucoup moins risqués.
- 29:13Mais donc voilà,
- 29:14ça a sa place dans le mix énergétique.
- 29:17Plusieurs fois lors de nos échanges,
- 29:19on a utilisé le terme avoir de l'impact.
- 29:22Comment on fait pour avoir de l'impact ?
- 29:23Comment on fait pour changer les choses ?
- 29:25Pour toi,
- 29:26ça veut dire quoi avoir de l'impact ?
- 29:28Comment tu incarnes cela ?
- 29:30Et au final,
- 29:31je vais ramener la question à quelque chose qui me concerne directement,
- 29:34c'est comment une institution universitaire peut-elle être acteur avec des leviers,
- 29:41des solutions ?
- 29:41Et donc,
- 29:42comment une institution universitaire peut avoir de l'impact ?
- 29:45Bon,
- 29:45chacun a évidemment de l'impact selon son activité,
- 29:48selon son réseau social,
- 29:50selon ses compétences et toute forme d'impact,
- 29:52même un impact local.
- 29:55J'éduque mes enfants avec des valeurs de développement durable et déjà une valeur inestimable.
- 30:01Comme professeur d'université moi-même,
- 30:03on a de l'impact,
- 30:04un,
- 30:04via la formation de nos étudiants,
- 30:07deux,
- 30:07via nos projets de recherche,
- 30:09une recherche qui vise à...
- 30:11chercher des solutions,
- 30:12comprendre les défis,
- 30:13les obstacles au déploiement de ces solutions.
- 30:16Et trois,
- 30:17via le service à la société.
- 30:19Dans mon cas,
- 30:20j'ai plusieurs activités de conseiller scientifique auprès de,
- 30:25je l'ai dit,
- 30:25de la Commission européenne,
- 30:26mais aussi de fondations philanthropiques privées.
- 30:30Et donc,
- 30:30voilà,
- 30:30partager cette expertise pour essayer d'orienter des décisions dans une direction plus durable.
- 30:37Du nouveau,
- 30:37il n'y a pas de petit impact.
- 30:39Chacun peut avoir un impact majeur,
- 30:42même très local.
- 30:44Ça a déjà un effet important à long terme.
- 30:47On arrive tout doucement à la fin de l'épisode.
- 30:49Encore quelques minutes.
- 30:50Je voudrais terminer par deux questions,
- 30:52peut-être,
- 30:53pour nourrir l'auditeur et l'auditrice.
- 30:55Et une question un peu plus philosophique de toi à moi.
- 30:59Est-ce que tu voudrais bien partager trois ressources ?
- 31:03Des livres,
- 31:03des vidéos,
- 31:04un peu ce que tu veux.
- 31:05qui ont réellement eu un impact fort sur toi,
- 31:08qui ont changé un petit peu le mindset dans lequel tu étais ou la vision du monde que tu portais jusque-là ?
- 31:14Je lis beaucoup.
- 31:15Je lis beaucoup de choses très différentes.
- 31:16Et de nouveau,
- 31:17je pense que c'est ça qui m'influence.
- 31:20Ce n'est pas tellement chercher un gourou qui m'aurait montré la voie,
- 31:26mais plutôt m'exposer constamment,
- 31:28journalièrement,
- 31:29à tout un ensemble de perspectives très économiques,
- 31:32très technologiques,
- 31:33très poétiques,
- 31:34très philosophiques.
- 31:35pour exercer mon espèce de sens critique et de sens de la synthèse pour ramer toutes ces pièces ensemble.
- 31:42Donc de ce point de vue-là,
- 31:43peut-être que je mettrais en avant deux ressources sur plus des auteurs qui n'ont pas seulement écrit un bon livre,
- 31:51mais ont vraiment fait une œuvre,
- 31:52donc une série de travaux qui représentent une espèce de trajectoire intellectuelle.
- 31:59Un qui m'a influencé,
- 32:01c'est Jared Diamond,
- 32:03un auteur américain,
- 32:05qui écrit toute une série de livres assez différents les uns des autres,
- 32:08mais qui se suivent de manière relativement logique et qui représentent une très bonne vulgarisation.
- 32:14Jared Diamond est quelqu'un qui lit beaucoup,
- 32:18mais qui a cette capacité de digérer,
- 32:20d'expliquer de manière extrêmement claire,
- 32:22très imagée,
- 32:23très parlante,
- 32:24des concepts scientifiques relativement compliqués.
- 32:26Et je pense que ça,
- 32:27c'est une aptitude très importante dans le monde dans lequel nous sommes.
- 32:30Il ne suffit pas de générer un savoir approprié,
- 32:33mais il faut être capable de le communiquer de manière claire.
- 32:38Et peut-être dans un autre registre,
- 32:39un autre auteur qui a fait toute une œuvre très cohérente,
- 32:44mais qui n'est pas du tout scientifique,
- 32:46c'est un penseur d'origine écossaise qui s'appelle Kenneth White,
- 32:51qui est décédé il y a deux ans,
- 32:52en 2023.
- 32:54et qui a fondé un mouvement qu'il a appelé la géopoétique,
- 32:58qui est une espèce de manière de vivre,
- 33:01de manière plus pleine,
- 33:02en connexion avec le monde,
- 33:04avec la nature,
- 33:06de trouver un sens plus profond par la manière dont on interagit avec le monde naturel,
- 33:11et qui a écrit un très grand nombre de livres,
- 33:13mais à la fois des essais,
- 33:15c'est une œuvre poétique très riche.
- 33:18et également quelques récits de voyage où il a mis en pratique un peu ses valeurs de géopoésie.
- 33:23Et donc,
- 33:24c'est certainement deux auteurs que j'ai suivis,
- 33:27que je relis régulièrement et qui influencent ma manière de penser.
- 33:32Super.
- 33:32Toute dernière question avant qu'on se sépare.
- 33:35Si ton toi du présent pouvait rencontrer ton toi du passé,
- 33:40il y a 10-15 ans,
- 33:41qu'est-ce que tu voudrais lui dire comme message ?
- 33:45Je suis plutôt tourné vers le futur que vers le passé,
- 33:47mais c'est clair qu'il y a 10-15 ans,
- 33:50au moment où toute la science sur l'impératif de cette transition vers un développement durable était tellement évidente,
- 33:57tellement claire,
- 33:58je n'aurais jamais pu imaginer qu'on allait rencontrer autant d'obstacles,
- 34:01autant de retours en arrière,
- 34:03tel qu'on l'expérimente aujourd'hui,
- 34:05avec ce virage vers l'extrême droite.
- 34:08J'ai naïvement pensé de manière trop rationnelle.
- 34:12Les données scientifiques sont claires,
- 34:14les solutions sont connues,
- 34:16il suffit de les mettre en œuvre,
- 34:17allons-y.
- 34:18Jamais je n'avais imaginé qu'il y aurait une telle résistance irrationnelle,
- 34:21émotionnelle,
- 34:23politique,
- 34:24à quelque chose qui me paraît tellement évident.
- 34:26Eh bien Eric,
- 34:27merci beaucoup pour le temps que tu as consacré pour cet épisode.
- 34:32Merci beaucoup d'être venu aussi à l'Université de Mons.
- 34:35Chers auditeurs,
- 34:35chères auditrices,
- 34:36je t'invite aussi à...
- 34:37à aller voir la conférence sur YouTube.
- 34:40Comme ça,
- 34:41tu auras vraiment un écosystème complet qui se fait écho.
- 34:44Et sur ce,
- 34:45je te souhaite une très,
- 34:46très belle journée.
- 34:47On se retrouve dans deux semaines pour le prochain épisode de Science,
- 34:51Art et Curiosité,
- 34:52le podcast du MUMONS.
- 34:53Eric,
- 34:53à très,
- 34:54très bientôt,
- 34:54j'espère.
- 34:55Merci beaucoup.
- 34:56Belle journée à toutes et à tous.
- 35:02Tu viens d'écouter un épisode du podcast du MUMONS.
- 35:04Et franchement,
- 35:05j'espère qu'il t'a plu.
- 35:06D'ailleurs...
- 35:07Si en passant,
- 35:08tu veux me faire un retour ou si tu as des idées d'amélioration,
- 35:11surtout n'hésite pas à nous contacter.
- 35:14Tu peux aussi devenir notre ambassadeur et faire découvrir ce podcast tout autour de toi.
- 35:19Si tu as des idées de sujets ou si tu souhaites enregistrer un épisode,
- 35:22surtout n'hésite pas à nous contacter.
- 35:24Rendez-vous sur le site internet mumons.be ou sur la page Facebook du Mumons.