Latest / MUMONS / Épisode 131 - Démocratie et technologie
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- 0:02Lorsque ce petit bolide atteindra 48 miles à l'heure,
- 0:05attends-toi à voir quelque chose qui décoiffe.
- 0:08Ce qui place votre zone d'atterrissage à 5,0667 degrés de latitude nord et 77,3333 de longitude ouest.
- 0:17Rien de tout ça derrière.
- 0:18Qu'est-ce que le réel ?
- 0:19La seule variable constante est l'inattendue.
- 0:22On ne peut pas la contrôler.
- 0:23Je crois que vous êtes encore pire que ces créatures.
- 0:26Elles,
- 0:26elles n'essaient pas de se massacrer entre elles pour tirer le...
- 0:30Voyons si une capacité de poussée de 10%
- 0:31permet le décollage.
- 0:33Et 3,
- 0:342,
- 0:341...
- 0:37Chères auditrices,
- 0:38chers auditeurs,
- 0:39je te souhaite la bienvenue dans ce nouvel épisode de Science,
- 0:42Art et Curiosité,
- 0:43le podcast du MUMONS.
- 0:45Alors aujourd'hui,
- 0:46je suis en visioconférence avec mon invité du jour.
- 0:49J'accueille dans le podcast
- 0:51Irénée Regnault.
- 0:52Bonjour Irénée.
- 0:53Bonjour.
- 0:54Comment vas-tu ?
- 0:55Très bien,
- 0:55et toi ?
- 0:56Très très bien aussi,
- 0:57très content de discuter avec toi.
- 0:59Donc on est parti pour une aventure,
- 1:00si tout se passe bien,
- 1:01de trois épisodes autour des thématiques des technologies,
- 1:05du voyage spatial et de la démocratie.
- 1:08Ça va être très très chouette,
- 1:09je suis très content d'avoir préparé ça avec toi.
- 1:13Et avant de se lancer dans le vif du sujet,
- 1:16est-ce que tu peux me dire en quelques mots qui est Irénée Regnault ?
- 1:19Je suis un ancien consultant.
- 1:24dire
- 1:25plusieurs cabinets de conseil,
- 1:26je fais de la recherche depuis
- 1:275 ou 6 ans.
- 1:28Je suis en ce moment doctorant à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris,
- 1:34après avoir été chercheur associé à l'Université de Technologie de Compiègne.
- 1:37J'ai un parcours de chercheur sur le terme et qui avait commencé sur l'auto.
- 1:42J'écris depuis en 2014,
- 1:44d'abord sur un blog qui s'appelle « Mais où va le web ? » ,
- 1:46qui est un blog,
- 1:47disons,
- 1:47technocritique de référence en France.
- 1:50Et j'ai aussi co-fondé en 2017...
- 1:54association qui s'appelle Le Mouton Numérique,
- 1:56qui vole de ses propres ailes,
- 1:57si on peut dire,
- 1:59aujourd'hui,
- 1:59mais qui travaille aussi à organiser justement le débat sur les technologies à Paris,
- 2:04puis en France de façon plus générale.
- 2:06Et je suis auteur de plusieurs bouquins.
- 2:09Un bouquin en 2020 qui s'appelle Technologie Partout,
- 2:11Démocratie Nulle Part,
- 2:12et un autre bouquin l'année dernière avec
- 2:16Arnaud Saint-Martin qui s'appelle
- 2:17Une Histoire de la Conquête Spatiale.
- 2:19Des fusées nazies aux astro-capitalistes du New Space,
- 2:22c'est un bouquin,
- 2:23c'est une forme de socio-histoire de la conquête spatiale à travers les mythes.
- 2:27C'est plutôt un bouquin académique,
- 2:29mais lisible quand même pour le grand public.
- 2:31Tout à fait,
- 2:31et d'ailleurs on vous a accueilli dans le cadre de ce dernier bouquin dont tu parles,
- 2:35sur la conquête spatiale pour une conférence,
- 2:37qui est sur YouTube.
- 2:39Donc,
- 2:40chers auditeurs,
- 2:40chères auditrices,
- 2:41si tu veux revoir cette conférence,
- 2:43n'hésite pas à aller sur la chaîne du MUMONS.
- 2:45Alors aujourd'hui,
- 2:46Irénée et moi,
- 2:47on va tenter de répondre à...
- 2:49une question qui me semble centrale dans notre actualité,
- 2:53c'est peut-on encore décider collectivement de notre avenir technologique ?
- 2:58Ou avons-nous déjà laissé la place aux démocraties pour décider de notre avenir technologique ?
- 3:04Ou encore avons-nous laissé la démocratie aux mains des algorithmes et des géants du numérique ?
- 3:10Alors,
- 3:11on ne va certainement pas répondre à tout cela aujourd'hui.
- 3:14Comme je te l'ai dit,
- 3:15chers auditeurs,
- 3:15chères auditrices,
- 3:16il y aura plusieurs épisodes.
- 3:17À travers ces épisodes,
- 3:19on va aborder ces thématiques.
- 3:21Aujourd'hui,
- 3:22on va plutôt essayer de poser les bases du raisonnement et les éléments constitutifs qui vont nous permettre de se positionner par la suite.
- 3:30Alors pour commencer,
- 3:31René,
- 3:31je voudrais que tu te prêtes à un exercice que je trouve très compliqué.
- 3:35C'est définir les deux notions de base dont nous allons parler aujourd'hui.
- 3:39C'est-à-dire d'une part la démocratie.
- 3:42Comment définirais-tu la démocratie ?
- 3:44Et d'autre part,
- 3:45la technologie.
- 3:46qu'est-ce que pour toi
- 3:47la technologie.
- 3:49On va faire rapidement,
- 3:50et ce sera forcément une excuse d'avance très incomplète puisqu'on ne va pas résumer
- 3:54250 ans de sciences sociales en un tweet.
- 3:57C'est clair.
- 3:58Mais effectivement,
- 3:58c'est important dans le sens où,
- 4:00notamment dans ce premier livre Technologie partout,
- 4:02démocratie nulle part,
- 4:03on avait pour objet de notifier cette tension entre ce qui est de l'ordre de la technologie et ce qui est de l'ordre de la démocratie.
- 4:09On pourrait reprendre la définition de Robert Dalle,
- 4:11moi je l'aime bien,
- 4:12historien,
- 4:13politiste.
- 4:14dit que la démocratie,
- 4:15c'est la capacité pour chacun à faire partie de la décision.
- 4:20C'est déjà une première définition pour ne pas tomber dans les pensives de
- 4:25« tous et pour tous »
- 4:25ou des choses comme ça,
- 4:26qui ne sont pas faux non plus d'ailleurs.
- 4:28Je pense que ce qui est intéressant d'avoir en tête,
- 4:31pour faire de même de la science politique un peu rapide,
- 4:35c'est qu'on a souvent tendance,
- 4:37notamment dans la démocratie libérale,
- 4:38à confondre démocratie avec mode de scrutin.
- 4:40On a réduit finalement le démos et le kratos au fait de pouvoir voter tous les cinq ans pour le présidentiel pour le cas français et les élections intermédiaires.
- 4:49Tout ça va charrier un certain nombre de représentations tout à fait discutables sur la démocratie qui serait d'abord représentative,
- 4:55élective,
- 4:56qui serait d'une certaine manière aussi aristocratique,
- 4:58qui interviendrait à des moments particuliers et pas à d'autres.
- 5:02Donc c'est une vision de la démocratie qui est tout à fait discutable.
- 5:05Dans l'échelle de la démocratisation,
- 5:07finalement,
- 5:08c'est une démocratie d'assez faible intensité.
- 5:10Ça ne veut pas dire que ce n'est pas bien,
- 5:11je ne pose pas de jugement normatif,
- 5:12mais il y a plein de formes de démocratie qui ne sont pas celles-là,
- 5:15et qui sont aussi liées aux questions de taille.
- 5:17Est-ce qu'on fait de la démocratie pareil quand on est 30 que quand on est
- 5:2070 millions ?
- 5:20Évidemment,
- 5:21ce sont des questions très importantes.
- 5:24Mais moi,
- 5:24j'aime bien cette définition de départ,
- 5:25surtout que d'un point de vue technologique,
- 5:27elle est assez intéressante.
- 5:28Être partie prenante de la décision,
- 5:30d'une manière ou d'une autre,
- 5:31déjà,
- 5:31ce n'est pas rien.
- 5:32Ensuite,
- 5:32il y a un environnement autour de la démocratie qui permet de répondre à des questions qu'on se pose souvent et qui sont un peu des faux-du-lème du genre
- 5:40« Est-ce qu'en démocratie,
- 5:41on accepte des choses qui ne sont pas démocratiques ? »
- 5:44C'est la question qu'on se pose quand on entre au lycée et qu'on travaille ces questions.
- 5:47Est-ce qu'on peut élire quelqu'un qui n'est pas démocrate en démocratie ?
- 5:49A priori,
- 5:50non.
- 5:50Il y a des limites à la démocratie,
- 5:53des limites qui sont liées au droit,
- 5:54aux libertés,
- 5:55à une forme de représentation de l'individu,
- 5:58à sa dignité,
- 5:58etc.
- 5:59Donc ça nécessite...
- 6:00un environnement démocratique en dehors de la question du choix et de la participation,
- 6:04d'avoir des choses autour qui sont par exemple la liberté de presse,
- 6:08l'indépendance et des lieux tout simplement publics où on peut discuter de choses de la vie publique,
- 6:14de choses politiques,
- 6:15c'est-à-dire de justice,
- 6:16de répartition des richesses et des statuts,
- 6:18des choses très anthropologiquement liées à ce qu'est le politique.
- 6:22Très simple en fait.
- 6:24Par exemple dans une société,
- 6:25qui est au-dessus de qui ?
- 6:26Est-ce que les femmes ont des droits ?
- 6:28Est-ce que les noirs sont des esclaves ?
- 6:30Ça,
- 6:30c'est des questions de statut.
- 6:31C'est la base du politique.
- 6:32La démocratie va venir discuter le politique.
- 6:35A priori,
- 6:35dans un système démocratique,
- 6:36on va refuser des formes de ségrégation,
- 6:38discrimination,
- 6:40auquel cas on exclut certaines personnes de la démocratie.
- 6:43Donc voilà pour la définition un peu large de la démocratie.
- 6:46Avant de passer à la définition de technologie,
- 6:49par rapport à ce que tu viens de nous dire,
- 6:51il y a une réflexion qui me vient et que je voudrais te partager pour avoir peut-être un retour.
- 6:56J'ai l'impression que dans l'état actuel des choses...
- 6:59Les États-Unis ne correspondent plus du tout à la définition de démocratie que tu viens de donner,
- 7:04puisque,
- 7:06a priori,
- 7:06toute une série de décisions sont prises de façon très arbitraire.
- 7:11Tu le dis,
- 7:12dans une démocratie,
- 7:13une personne non démocratique ne peut pas être élue dans un système démocratique.
- 7:17Donc,
- 7:17a priori,
- 7:18est-ce que
- 7:19Trump est qualifié de non démocratique ?
- 7:22Comment le cas des États-Unis devient,
- 7:24je vais dire,
- 7:25emblématique par rapport à ce que tu nous racontes là ?
- 7:28En fait,
- 7:28les États-Unis,
- 7:28n'importe quel cas.
- 7:30Oui,
- 7:30alors je prends les États-Unis parce que c'est le cas qu'on voit maintenant et qui se targue d'être une puissance démocratique dans le monde.
- 7:37Bien sûr,
- 7:38je comprends,
- 7:38dans la mesure où on observe une forme de glissement.
- 7:40Après,
- 7:41avant Trump,
- 7:42et avant avant Trump,
- 7:43on peut discuter de la façon dont s'est constituée la démocratie américaine.
- 7:47Les démocraties libérales,
- 7:48de toute façon,
- 7:48dans l'ensemble,
- 7:49sont des démocraties qui sont basées sur une forme d'aristocratie.
- 7:53C'est tout à fait documenté,
- 7:54les pères fondateurs le disaient.
- 7:56c'est quand même un petit peu la bourgeoisie qui prend le pouvoir.
- 7:58On est dans une démocratie élitiste plus qu'une démocratie réellement démocratique.
- 8:03Donc oui,
- 8:04Trump consolide ce glissement avec des choses qui se passent,
- 8:10des modes d'agir qui correspondent effectivement un peu plus à un système réellement autoritaire.
- 8:14Après,
- 8:14je pense qu'il faut plutôt voir les choses comme un continuum.
- 8:17On a des États qui sont plus ou moins démocratiques.
- 8:19Ça peut se mesurer,
- 8:21de toute façon.
- 8:21Tu prends par exemple les classements en termes de liberté de presse.
- 8:25France,
- 8:25par exemple,
- 8:25n'est pas très bien classée.
- 8:27Plus tu montes,
- 8:27plus tu peux dire que tu tends vers quelque chose qui est démocratique.
- 8:30C'est pour ça que je parlais de démocratie de faible intensité.
- 8:33Après,
- 8:34les États-Unis sont encore une démocratie au sens électoral du terme.
- 8:38Mais bien avant Trump,
- 8:40le système électoral américain est déjà un petit peu pipé.
- 8:43Par exemple,
- 8:43on sait que des puissances financières peuvent financer sans limite des candidats,
- 8:48ce qui n'est pas le cas en France.
- 8:49Je ne veux pas rentrer dans ces détails-là,
- 8:51mais je pense que c'est bien d'avoir une idée de variabilité en tête.
- 8:55Les États-Unis sont un pays qui est sûrement plus démocratique que l'Iran ou d'autres pays,
- 9:00par exemple comme la Chine,
- 9:01qui sont des dictatures en réalité,
- 9:03ou la Russie,
- 9:04pour parler des systèmes les plus évidents.
- 9:07Ça ne veut pas dire que c'est complètement démocratique.
- 9:09Et je ne sais pas de toute façon dans quelle mesure un pays de cette taille,
- 9:12avec cette histoire,
- 9:13et notamment cette histoire technologique,
- 9:16ce complexe militaro-industriel,
- 9:17si puissant qui s'est consolidé au détour de la guerre,
- 9:20pourra un jour être complètement démocratique.
- 9:22Il ne faut pas non plus fantasmer l'idée qu'aux États-Unis,
- 9:25on va tous voter à main levée.
- 9:26Ça n'existe pas,
- 9:27en fait,
- 9:27dans la réalité.
- 9:28Super,
- 9:28merci pour cette petite parenthèse.
- 9:30Et donc,
- 9:30je te repasse la parole sur la définition du terme technologie.
- 9:34Alors,
- 9:35le terme technologie,
- 9:35il est aussi intéressant dans la mesure où,
- 9:38avant de parler de technologie,
- 9:39on parle de technique.
- 9:40En philosophie,
- 9:41on a un domaine qui s'appelle la technique,
- 9:43par exemple,
- 9:43qui n'est pas forcément le plus...
- 9:45plus regardé,
- 9:46peut-être moins que le désir ou des choses comme ça,
- 9:49mais qui est tout aussi important,
- 9:50et qui désigne,
- 9:52disons,
- 9:52l'ensemble des modes de faire,
- 9:54des gestes,
- 9:55des outils,
- 9:55des procédés et des organisations qui permettent de transformer le monde et de transformer l'homme lui-même.
- 10:02Si on prend...
- 10:03Un grand anthropologue de la technique,
- 10:05André Leroy-Gourhan,
- 10:06il parle de la technique comme ce qui va permettre à l'homme de devenir homme,
- 10:12ce qu'il appelle le processus d'hominisation,
- 10:14en réalité.
- 10:15Et lui,
- 10:15il remonte au silex et au couteau,
- 10:16en fait.
- 10:17Il explique,
- 10:17voilà,
- 10:18je ne vais pas rentrer dans les détails,
- 10:19mais que le fait d'utiliser une pierre pour taper sur une autre pierre fait qu'on va utiliser ses mains,
- 10:25va libérer la bouche,
- 10:26va permettre de développer le langage et de constituer l'homme en tant qu'être de langage.
- 10:31Ce n'est pas la seule chose,
- 10:32évidemment.
- 10:33Mais disons que la technique nous transforme en retour.
- 10:36C'est ça l'idée générale qu'expose le roi Gourhan dans ses deux livres qui s'appellent
- 10:41Le geste et la parole.
- 10:43Je ne rentre pas dans les philosophies des techniques,
- 10:45je n'aurai pas le temps,
- 10:46mais pour passer simplement à la question de la technologie,
- 10:50à la base,
- 10:51la technologie,
- 10:52c'est une discipline,
- 10:53une discipline qui est enseignée au XVIIIe siècle,
- 10:55notamment dans les élites,
- 10:56par exemple,
- 10:56françaises,
- 10:57au titre de la connaissance des artefacts,
- 10:59par exemple un pont,
- 11:00une route,
- 11:01des choses comme ça.
- 11:02et qui désigne le discours sur la technique.
- 11:04Le technique du grec techné,
- 11:06logos,
- 11:07le langage.
- 11:07Technologie,
- 11:08c'est le discours sur la technique.
- 11:10Chemin faisant,
- 11:11on a eu une forme d'inversion dans le sens où la technologie est devenue l'artefact lui-même.
- 11:16Ce n'est plus tellement un discours qui permet d'adresser la question de la technique que des techniques en soi.
- 11:22Quand on dit technologie,
- 11:23on veut dire,
- 11:24aujourd'hui,
- 11:24un peu Internet,
- 11:25les smartphones,
- 11:25les algorithmes,
- 11:26tout ce que tu veux,
- 11:27toutes ces choses qui sont quand même essentiellement très différentes,
- 11:29qui n'ont absolument rien à voir.
- 11:30quand bien même elles seraient parfaitement liées.
- 11:33Autre point aussi,
- 11:35on parle aussi de technologie quand on parle des techniques qui naissent aux confluences des sciences et des techniques au moment de la révolution industrielle.
- 11:43Donc il y a un moment,
- 11:44je vais donner un exemple pour que tout le monde comprenne,
- 11:46par exemple on fait des découvertes scientifiques qui permettent de faire des avancées techniques qui permettent elles aussi de faire de nouvelles avancées techniques.
- 11:55Si tu prends un objet comme le verre que tu polies qui permet de construire des lunettes,
- 11:59au sens lunettes astronomiques,
- 12:01ça permet d'avoir une connaissance plus aboutie de l'univers.
- 12:03Ça permet aussi de faire des microscopes.
- 12:04Les microscopes te permettent de voir le petit.
- 12:06Les découvertes scientifiques te permettent de faire de nouvelles découvertes techniques,
- 12:09etc.,
- 12:10en connaissant mieux la matière.
- 12:11Donc c'est ça qu'on appellerait technologie.
- 12:13C'est cette rupture entre l'objet simple,
- 12:16c'est mal dit mais ce serait ça l'idée,
- 12:18le marteau,
- 12:19quoique aujourd'hui il y aurait des marteaux sans doute beaucoup plus perfectionnés qui seraient eux-mêmes déjà des technologies,
- 12:24à l'objet plus complexe qui lie les découvertes scientifiques et les découvertes
- 12:29technique.
- 12:30Donc finalement,
- 12:31quand on parle de technologie,
- 12:32on ne parle pas que d'Internet ou de quoi que ce soit.
- 12:34On parle aujourd'hui à peu près tout ce qu'on a autour de nous dans une pièce est constitutif de la technologie.
- 12:40Et je pense que c'est ça qui est important aussi de comprendre,
- 12:43c'est que la technologie est omniprésente autour de nous.
- 12:47Et tu le disais aussi,
- 12:48la technologie nous influence en retour.
- 12:51Et donc,
- 12:51on a toute une série d'artefacts qui ont une influence réelle sur nous,
- 12:55alors que dans l'imaginaire Merci.
- 12:57je vais dire collectif,
- 12:59j'ai l'impression que c'est plutôt l'inverse qui se passe dans nos têtes.
- 13:03On se dit,
- 13:03ben non,
- 13:04on a une influence sur la technologie,
- 13:05ce n'est pas elle qui nous influence et on va le voir ici,
- 13:08il y a plein de cas où c'est justement inversé.
- 13:11Alors,
- 13:11dans plusieurs de tes interventions et dans ton livre,
- 13:14enfin en tout cas celui sur la démocratie,
- 13:16tu le dis que la technologie est fondamentalement politique.
- 13:20Est-ce que tu peux nous expliquer concrètement ce que ça veut dire pour toi et qu'est-ce que tu mets derrière cette pensée ?
- 13:27L'idée,
- 13:28quand on parle de politique et de technologie,
- 13:30qui est un champ à la fois des sciences sociales,
- 13:33de la philosophie politique,
- 13:36de l'anthropologie,
- 13:37c'est de dire que les technologies ne sont pas neutres.
- 13:39C'est le premier point,
- 13:40le point de départ qui sert à envisager cette question.
- 13:43Pourquoi j'explique ça ?
- 13:45Puisqu'effectivement,
- 13:46il y a souvent un discours d'ingénieur,
- 13:50mais pas que,
- 13:52ou une ancienne assez populaire qui dit que la technologie...
- 13:56où la technique est neutre,
- 13:57ce qui importe,
- 13:58c'est ce qu'on en fait.
- 13:59Donc il y aurait des bons et des mauvais usages.
- 14:02Exemple sans cesse donné,
- 14:03et
- 14:04Jacques Ellul le dit de la première page du Bluff Technologique,
- 14:07Jacques Ellul,
- 14:07penseur des techniques jusqu'au début des années 80,
- 14:10il dit « avec un couteau,
- 14:11on peut tuer quelqu'un ou couper une pomme » .
- 14:13Et puis il passe le reste de son livre à montrer pourquoi ce n'est pas vrai.
- 14:16Bon,
- 14:17il n'est pas le seul à avoir pointé la non-neutralité des techniques,
- 14:19évidemment.
- 14:20Et on aurait les mêmes discours aujourd'hui,
- 14:22par exemple en disant
- 14:23Le nucléaire,
- 14:25c'est ni bon ni mal,
- 14:26tout dépend de ce qu'on en fait.
- 14:27Ce qu'on ne voit pas,
- 14:28c'est que cette technologie n'est ni bonne,
- 14:31ni mauvaise,
- 14:31ni neutre.
- 14:32C'est ce qu'on dit de façon assez commune aussi,
- 14:35dans le sens où elle a un impact sur le monde.
- 14:37Elle a un impact,
- 14:38et au-delà d'avoir un impact,
- 14:39puisque parler même d'impact,
- 14:41ça voudrait dire qu'on ne considérerait ce qu'elle produit comme effet qu'une fois qu'elle est là.
- 14:47Or,
- 14:47moi,
- 14:48ce qui m'intéresse dans la question politique et la question technique,
- 14:50c'est quelles sont les conditions qui permettent qu'elle soit là à l'origine.
- 14:53Si je reprends le cas du nucléaire,
- 14:55tout le monde en conviendra,
- 14:55pour fabriquer par exemple une centrale nucléaire,
- 14:59je passe à le côté de la bombe,
- 15:00passons au civil directement,
- 15:02il faut une organisation hiérarchique,
- 15:05un État,
- 15:06des corps d'État constitués,
- 15:07des corps d'ingénieurs,
- 15:08une armée,
- 15:09des systèmes de défense,
- 15:10etc.
- 15:11Le nucléaire est une organisation sociale,
- 15:13en fin de compte.
- 15:14Et en cela,
- 15:15il n'est pas neutre.
- 15:16Je vais travailler avec des exemples,
- 15:17puisque ce sera peut-être plus simple.
- 15:19La technique va avoir des effets,
- 15:20disons,
- 15:20sur nos organisations sociales,
- 15:22aussi sur nos représentations du monde.
- 15:24Je vais donner un autre exemple.
- 15:25On a un philosophe des techniques qui s'appelle Peter Paul Verbeek.
- 15:28qui donne quant à lui l'effet des échographies sur la parentalité.
- 15:35Son exemple est très intéressant en termes de non-neutralité,
- 15:38puisqu'il explique qu'à un moment donné,
- 15:39on crée des techniques qui donnent la capacité à voir dans le ventre des femmes,
- 15:44et que ça change fondamentalement le statut du fœtus.
- 15:46C'est-à-dire qu'il existe avant d'exister,
- 15:49ce qui peut être le cas dans certaines autres cosmologies,
- 15:51mais là,
- 15:52il existe vraiment très concrètement à l'image,
- 15:54disons.
- 15:55Il est représenté,
- 15:56il est médicalisé.
- 15:57Il pose des questions éthiques qui ne se posaient pas avant.
- 16:00Quel est son statut étant donné qu'on le voit ?
- 16:02Il a aussi finalement une capacité à changer la parentalité pour le père.
- 16:06On découvre l'enfant avant qu'il soit là,
- 16:08on découvre potentiellement son sexe avant qu'il soit là,
- 16:10etc.
- 16:11Donc on voit bien qu'il y a le statut ontologique finalement du fœtus qui change.
- 16:15Et ça,
- 16:16c'est politique,
- 16:16puisque ça change les rôles dans la société,
- 16:19la répartition,
- 16:20les statuts,
- 16:21etc.
- 16:21Alors on ne touche pas ici forcément à des questions de justice sociale ou de richesse,
- 16:25mais au sens anthropologique du terme.
- 16:27c'est un déplacement politique.
- 16:30Et je vais donner un dernier exemple,
- 16:31et après j'arrête pour montrer comment la technique est politique.
- 16:35Autre exemple,
- 16:36plutôt politiste que philosophe,
- 16:39explique dans un bouquin qui m'a beaucoup servi aussi,
- 16:42qui s'appelle Richard Sklove.
- 16:43Et lui,
- 16:44Richard Sklove,
- 16:44il raconte comment l'introduction des machines à laver a un impact sur l'organisation sociale des femmes,
- 16:50en l'occurrence dans un village espagnol des années 70,
- 16:53mais tant mieux,
- 16:54parce que c'est un cas concret,
- 16:56c'est pas quelque chose de...
- 16:57de fumeux,
- 16:58et il dit voilà,
- 16:58on introduit la machine à laver,
- 17:00on avait une activité de lavage avant qu'il n'existe pas,
- 17:02au lavoir,
- 17:03collective,
- 17:04qui permettait aux femmes de se réunir,
- 17:05et parfois même de se réunir avec les hommes ou contre les hommes,
- 17:08c'est un espace d'indépendance,
- 17:09et puis en même temps c'est un espace de lien,
- 17:10puisque dans ce village,
- 17:11c'était les hommes qui amenaient le linge avec les enfants et des ânes.
- 17:16Quand on met là-dedans une machine à laver,
- 17:18finalement on reclut à la sphère individuelle le lavage,
- 17:21donc on détruit d'une certaine manière ce collectif.
- 17:26Puisque la réponse va souvent être,
- 17:28oui,
- 17:28mais ça fait gagner du temps.
- 17:29Ce qui n'est pas faux,
- 17:30c'est moins long.
- 17:31Par contre,
- 17:31c'est toujours les femmes qui font la lessive.
- 17:33Donc,
- 17:34quelque part,
- 17:34on n'a pas de re-répartition des statuts.
- 17:37Donc,
- 17:37on a à la fois une dilution d'un collectif,
- 17:39et en termes de répartition sociale des tâches,
- 17:41on n'a pas de changement.
- 17:42Ce qui permet un peu de questionner le claim de Moulinex,
- 17:45qui était Moulinex libère la femme.
- 17:47Bon,
- 17:47en fait,
- 17:47non,
- 17:48puisqu'elle est toujours dans la cuisine.
- 17:50Ce qui n'empêche pas qu'on peut changer.
- 17:51voilà ça ça montre si vous voulez
- 17:54Avant de parler d'algorithme ou de quoi que ce soit,
- 17:56ou de fusée,
- 17:57ou de lanceurs spatiaux,
- 17:58à quel point n'importe quel objet technique a des effets et reconfigure le social ?
- 18:03En effet,
- 18:04tous ces exemples que tu as montrés nous permettent vraiment de comprendre que la technologie,
- 18:08en fait,
- 18:09elle structure nos vies au même titre qu'une loi ou qu'une infrastructure type ville.
- 18:15Et donc,
- 18:15cette technologie qui est omniprésente,
- 18:18c'est,
- 18:18je pense,
- 18:18le premier changement de paradigme,
- 18:20peut-être,
- 18:20qu'on essaie d'amener ensemble dans le podcast.
- 18:23elle a une influence très très marquée et très importante sur ce qui fait notre vie.
- 18:29Et on a tendance,
- 18:31j'ai l'impression en tant qu'être humain,
- 18:32d'oublier cette influence et plutôt de se dire,
- 18:35ben non,
- 18:35c'est nous qui l'avons inventée,
- 18:37c'est un peu le complexe de Frankenstein,
- 18:38c'est notre créature,
- 18:39c'est notre invention,
- 18:40donc il n'y a pas de raison qu'elle ait une influence sur nous.
- 18:42On le voit ici par tous les exemples que tu as donnés,
- 18:45ça nous permet de mieux percevoir cette influence.
- 18:48Encore une fois...
- 18:49Le but du podcast,
- 18:50c'est aussi de connecter tout ça à des imaginaires,
- 18:52à des médiums culturels.
- 18:54Et avant qu'on passe à la science-fiction,
- 18:57on ne va pas éviter cette question,
- 18:58je te rassure tout de suite.
- 18:59Mais est-ce que tu peux nous faire un petit topo des récits dominants qui entourent en fait la technologie à l'heure actuelle ?
- 19:07Quels sont les imaginaires,
- 19:08mais je ne te parle pas d'imaginaires récits,
- 19:10je te parle d'imaginaires sociaux,
- 19:12qui en fait contribue à cet imaginaire technologique que la société humaine.
- 19:19a à l'heure actuelle ?
- 19:20Je pense que tout simplement,
- 19:21le premier imaginaire déjà,
- 19:22c'est la neutralité.
- 19:24C'est de dire qu'on ne peut pas faire autrement et que finalement,
- 19:26les techniques qui existent n'ont qu'à être bien utilisées.
- 19:29C'est important parce que ça a des répercussions en termes de régulation,
- 19:32en termes du type de technologie auquel on a affaire.
- 19:37Le deuxième point important,
- 19:39c'est le déterminisme.
- 19:40C'est-à-dire de dire la technologie va dans une seule direction.
- 19:43C'est un peu la flèche du progrès.
- 19:45et la direction est souvent conduite par des prérogatives qui sont des prérogatives de puissance et d'efficacité.
- 19:51Donc on a plutôt tendance à aller vers des schémas qui sont plus rapides,
- 19:55plus loin,
- 19:56etc.
- 19:57Plus efficaces.
- 19:58Ce qui s'avère en réalité assez faux,
- 20:00puisque si on prend les technologies toutes les ans,
- 20:03elles sont rarement efficaces.
- 20:05Je reviendrai parce que c'est aussi la critique qu'on fait aux techniques,
- 20:07qui à mon avis est une mauvaise critique.
- 20:09Ensuite,
- 20:10il y a un imaginaire,
- 20:12je pense aussi,
- 20:13mais ça va être biaisé,
- 20:14c'est discutable,
- 20:14parce que je travaille à la fois sur les questions d'intelligence artificielle et sur les questions spatiales,
- 20:19il y a un imaginaire de dépassement,
- 20:21d'illimité,
- 20:21d'infini,
- 20:22quelque chose qui est de cet ordre-là,
- 20:24le dépassement ontologique de nous-mêmes.
- 20:26On le voit dans l'intelligence artificielle par exemple,
- 20:29la donnée finale,
- 20:31le point de fuite,
- 20:32l'horizon.
- 20:32C'est ce qu'on appelle l'IAG,
- 20:34l'intelligence artificielle générale,
- 20:35c'est-à-dire le moment où elle dépasse l'être humain.
- 20:39Ce qui charrie plein de présupposés,
- 20:41puisque ça voudrait dire qu'on aurait réduit l'être humain en calcul,
- 20:43qu'on aurait une échelle de comparaison possible,
- 20:46qu'une échelle aussi de mesure de l'intelligence objective,
- 20:50et un avant et un après,
- 20:52ce qui pose plein de questions.
- 20:53Finalement,
- 20:54quelque part,
- 20:55on est tous adaptés à nos milieux,
- 20:56il existe plein de formes d'intelligence,
- 20:57etc.
- 20:58Et il existe aussi plein d'outils qui vont déjà plus vite que nous,
- 21:01et personne ne s'en choque.
- 21:02particulièrement,
- 21:03personne ne court aussi vite qu'une voiture et à ce titre,
- 21:05personne ne calcule aussi vite qu'une calculatrice.
- 21:08Je pense qu'il y a cette dimension ontologique de dépassement de l'humain,
- 21:11de dépassement de nous-mêmes,
- 21:12de conquête aussi beaucoup,
- 21:14je crois,
- 21:14parce que nos technologies sont très conduites par des gens qui sont versés dans des imaginaires qui sont ceux-là,
- 21:21la conquête spatiale,
- 21:23qui est très liée aussi à l'idée de Far West ou de wilderness,
- 21:27c'est-à-dire
- 21:28D'aller peupler une étendue sauvage.
- 21:30C'est ce que je fais avec Arnaud dans le bouquin sur la conquête spatiale.
- 21:33On relit ça au mythe,
- 21:34finalement,
- 21:36du moment.
- 21:37Et puis,
- 21:37pour des technologies numériques,
- 21:38peut-être un dernier point.
- 21:40Ça va être rapide,
- 21:40encore une fois.
- 21:41Je n'ai pas le temps de creuser,
- 21:42mais il y a quand même toujours,
- 21:44je crois,
- 21:44l'idée d'une sorte de village global et d'une gestion cybernétique,
- 21:50cybernétique au sens efficace,
- 21:52rapide,
- 21:53automatique,
- 21:54neutre du monde.
- 21:55La cybernétique,
- 21:56c'est une espèce de science qui naît...
- 21:58au lendemain de la guerre,
- 21:59le caractère scientifique est hautement discutable,
- 22:01mais l'idée à travers l'imitation des facultés humaines est quand même de pouvoir gérer la société mieux que si les humains ne le faisaient eux-mêmes.
- 22:10Et c'est pas pour rien que ça intervient au détour de la guerre,
- 22:12c'est qu'on vient quand même de se prendre
- 22:1470 millions de morts,
- 22:15et que l'homme a créé l'artefact le plus puissant,
- 22:18le plus destructeur du monde qui s'appelle la bombe nucléaire,
- 22:21et qui a un statut philosophique particulier.
- 22:23Et donc il y a des gens qui se disent,
- 22:24et on peut les comprendre,
- 22:25finalement autant confier le monde aux machines.
- 22:27parce qu'ils ont cette perception de la machine comme une entité neutre sauf qu'en fait il y a bien des gens qui construisent des machines il y a bien des gens qui paramètrent les machines et qui ont des formes de représentation de ce que devrait être le monde avec les machines moi je crois qu'on n'a pas tellement quitté ces mythes là,
- 22:40ce sont un peu toujours les mêmes on écoute les manias de la tech les Sam Altman,
- 22:45les Elon Musk etc.
- 22:47Au delà de la question de savoir s'ils y croient,
- 22:48puisque peut-être que certains sont cyniques peut-être que certains y croient vraiment c'est aussi ce qui leur permet de lever des fonds et de mettre en place des outils Merci.
- 22:56pour aller entendre le bien du monde.
- 22:59J'écoutais un podcast de Claire Michalon sur la culture,
- 23:03et il expliquait dans ce podcast,
- 23:05et je trouvais ça intéressant par rapport à notre discussion d'aujourd'hui,
- 23:08que lui,
- 23:09il voyait le progrès comme une tentative de réduire l'incertitude,
- 23:14et cette définition était assez intéressante,
- 23:16parce que derrière l'incertitude,
- 23:19il disait que la plus grande incertitude,
- 23:21c'est la mort.
- 23:22Et donc,
- 23:23avec ce prisme-là,
- 23:24on peut essayer de comprendre comment on en est arrivé à des discours transhumanistes.
- 23:30Est-ce que,
- 23:30justement,
- 23:31pour toi,
- 23:32parce que le transhumanisme est quand même un des grands,
- 23:35moi,
- 23:35ce que j'appelle imaginaires de la technologie à l'heure actuelle,
- 23:38est-ce que cette définition du progrès,
- 23:40et donc,
- 23:41en l'occurrence,
- 23:41du progrès technologique,
- 23:43est quelque chose d'intéressant pour toi de le percevoir comme quelque chose qui nous permettrait de réduire,
- 23:48au final,
- 23:49les incertitudes autour de nos vies ?
- 23:51C'est une question très générale.
- 23:53Disons que dans l'absolu,
- 23:55je ne pense pas que ce soit faux.
- 23:56Je suis d'accord.
- 23:57Après,
- 23:57je pense que ça n'épuise pas du tout la question.
- 23:59Et je pense que ça n'est pas constitutif de la technologie seule.
- 24:03Les avancées scientifiques tout court permettent aussi de réduire l'incertitude,
- 24:08de guérir des maladies,
- 24:11d'améliorer la vie.
- 24:13Mais je pense que dans cette définition,
- 24:14il y a quelque chose qui est justement assez dépolitisant,
- 24:17dans le sens où si on prend le tournant industriel,
- 24:20l'objectif,
- 24:20ce n'est pas tellement de réduire l'incertitude.
- 24:23C'est quand même plutôt d'accumuler,
- 24:25si on a une grille de lecture un petit peu plus marxiste,
- 24:28des richesses,
- 24:29de transformer le monde,
- 24:30suivant des mythes,
- 24:31si je prends...
- 24:32Je ne sais pas,
- 24:32même à la fin du XIXe siècle,
- 24:34des gens comme Ferdinand de Lesseps qui fabriquent les grands canaux en Afrique pour relier les continents les uns aux autres,
- 24:41qui font travailler les gens dans des conditions absolument misérables,
- 24:44qui suscitent des dizaines de milliers de morts en raison de maladies,
- 24:47parce qu'il y a de l'eau qui stagne.
- 24:49Je ne suis pas sûr que ce sont des gens qui voulaient réduire l'incertitude.
- 24:52Je crois que c'est des gens qui avaient un dessin,
- 24:54qui était un dessin purement impérialiste,
- 24:57éventuellement capitaliste pour certains d'entre eux.
- 24:59Je ne suis pas sûr que
- 25:00Frédéric Taylor voulait réduire l'incertitude.
- 25:02Je pense que c'est quelque chose d'un peu différent.
- 25:04Je pense qu'il y a des physiciens,
- 25:06par exemple,
- 25:06qui,
- 25:07en travaillant scientifiquement sur,
- 25:08je ne sais pas,
- 25:09la physique quantique ou des choses comme ça,
- 25:11sont dans une démarche de réduction d'incertitude.
- 25:13C'est fondamentalement la définition de la science,
- 25:15en fait,
- 25:16de répondre à des questions qu'on se pose,
- 25:18et parfois ce ne sont pas les bonnes questions.
- 25:19Donc,
- 25:20j'en viendrai finalement,
- 25:21au fur et à mesure de mon raisonnement,
- 25:22à dire que je ne suis plutôt pas d'accord,
- 25:24parce que ce serait donner à la technologie un rôle qui est celui de la science.
- 25:27Mais on ne peut pas mettre les deux en face.
- 25:29On a fait des découvertes dans la physique quantique qui permettent de faire,
- 25:31par exemple,
- 25:32des smartphones.
- 25:32On n'aurait pas de smartphone sans ces découvertes-là.
- 25:35Ça ne veut pas dire que ce choix servait à réduire l'incertitude.
- 25:39En fait,
- 25:40il répondait à d'autres besoins sociaux des êtres humains,
- 25:43le besoin de communiquer,
- 25:44de faire groupe,
- 25:45qui sont des besoins non moins légitimes.
- 25:46Je ne dis pas que c'est mal d'avoir fait des smartphones.
- 25:48C'est discutable aujourd'hui au regard des impacts environnementaux et de tout ce qu'on veut,
- 25:51mais je ne pense pas que la question se réduise à cela.
- 25:56Pour rentrer un tout...
- 25:56petit peu plus dans ses imaginaires.
- 25:58J'en ai sélectionné quelques-uns qui me paraissaient pertinents,
- 26:02avec la question derrière,
- 26:04au final,
- 26:05de comment la science-fiction nous aide-t-elle à penser les futurs de la démocratie et de l'ère technologique.
- 26:10Alors,
- 26:11dans la science-fiction,
- 26:12on peut trouver plein plein de choses.
- 26:13J'ai repris quelques petites choses.
- 26:15Il y a bien entendu
- 26:16Asimov avec sa saga Fondation,
- 26:19où on est sur un modèle très prédictif.
- 26:22Tu en as parlé,
- 26:22donc cette technologie qui nous permettrait de prédire
- 26:25tout ce qu'il va se passer.
- 26:27Il y a aussi le cyberpunk,
- 26:29qui est un courant très vaste sur lequel on a fait plusieurs podcasts,
- 26:32où la gouvernance est complètement privatisée,
- 26:35elle est à la main de plusieurs grosses entreprises ou conglomérats.
- 26:40J'ai l'impression que la science-fiction,
- 26:41parfois,
- 26:42nous demande des futurs où la démocratie,
- 26:44c'est vraiment casser la gueule,
- 26:45pour reprendre des termes très trash.
- 26:48Et donc voilà,
- 26:49prenons tout ça et essayons de répondre à la question,
- 26:52est-ce que la science-fiction peut nous aider à imaginer.
- 26:55un futur démocratique ?
- 26:57Et est-ce que la science-fiction,
- 26:59au final,
- 27:00nous permet de mieux comprendre nos interactions technologie-démocratie ?
- 27:04Je ne suis pas forcément le plus grand expert de science-fiction.
- 27:08J'étudie ça principalement dans le cadre de la conquête de l'espace.
- 27:12Et ce n'est pas forcément mon prisme,
- 27:13d'ailleurs,
- 27:13puisque j'ai même une critique à faire,
- 27:15en fait.
- 27:16C'est que je pense qu'on lit trop la technologie à l'aune de la science-fiction,
- 27:19qu'on ne la lit pas assez au regard des rapports de pouvoir.
- 27:23Je ne dis pas que la science-fiction ne le fait pas,
- 27:24évidemment elle le fait,
- 27:25mais comme je suis sociologue,
- 27:26j'essaie de regarder ce qui existe,
- 27:29la façon dont les gens s'organisent,
- 27:31dont les groupes font corps,
- 27:32se délient,
- 27:33sont en concurrence,
- 27:34etc.
- 27:35Dans le cadre de la conquête de l'espace,
- 27:37la science-fiction a plutôt eu tendance à conforter un discours de conquête.
- 27:41Et quand bien même certains types de science-fiction ont pu se faire critiquer,
- 27:45je pense par exemple au livre de Becky Chambers,
- 27:47ou des gens comme ça qui envisagent d'autres manières d'habiter l'espace.
- 27:52Je crois que le fait même,
- 27:53par exemple,
- 27:53de se dire qu'on va habiter l'espace,
- 27:55c'est très fortement lié,
- 27:56par exemple,
- 27:57à des mouvements comme le merveilleux scientifique en France,
- 27:59au début du XXe siècle,
- 28:00qui sont des mouvements de proto-science-fiction,
- 28:03on pourrait dire,
- 28:03et qui partent du principe qu'on va pouvoir y aller.
- 28:05Et là,
- 28:05il y a un changement de cosmologie,
- 28:07en fait.
- 28:08L'idée de pouvoir s'imaginer occuper spatialement le ciel,
- 28:13le cosmos,
- 28:14la voie lactée,
- 28:15vous voyez,
- 28:16je donne plein de mots qui ne sont pas ça,
- 28:17justement,
- 28:18qui sont de l'ordre de l'émerveillement,
- 28:20qui sont de l'ordre de...
- 28:21peut-être de la foi,
- 28:22du sacré,
- 28:23ne sont pas forcément conformes à ces représentations,
- 28:26la plupart issues de la science-fiction.
- 28:29Donc oui,
- 28:30la science-fiction forge des imaginaires,
- 28:32ces imaginaires ensuite vont aller toucher des ingénieurs,
- 28:35qui étaient déjà dans les pays où ces imaginaires se sont forgés,
- 28:39d'une certaine manière.
- 28:40Donc ces imaginaires ne sont pas finalement les seuls coupables,
- 28:43s'il fallait en désigner,
- 28:45de cette fulgurante passion pour l'idée,
- 28:47par exemple,
- 28:48d'occuper l'espace.
- 28:49on prend je sais pas euh
- 28:50Werner Van Braun,
- 28:51ingénieur nazi pendant la guerre,
- 28:53oui,
- 28:53c'était un lecteur de science-fiction.
- 28:55On prend Tsiolkovski côté soviétique,
- 28:58lisait,
- 28:59me semble-t-il,
- 29:01ou alors les grands films de Fritz Lang dans les années 30,
- 29:04Une femme sur la lune,
- 29:04etc.
- 29:05Où on a déjà des représentations,
- 29:07finalement.
- 29:08Si je prends Fritz Lang,
- 29:09par exemple,
- 29:09La femme sur la lune,
- 29:10je crois que c'est 1928,
- 29:12on a l'idée d'aller occuper l'espace,
- 29:14on a les artefacts qui commencent à être créés.
- 29:17Et on a l'idée de gold rush,
- 29:19c'est-à-dire de course pour aller chercher de l'or sur la Lune.
- 29:23Et il y a de l'or sur la Lune dans le film de Fritz Lang.
- 29:26Est-ce qu'elle nous aide à penser ?
- 29:27Là,
- 29:27je ne saurais pas répondre.
- 29:29Je pense qu'il y a plein de gens qui pensent avec la science-fiction et c'est très bien.
- 29:32Après,
- 29:32je pense que les types de science-fiction qui vraiment rebattent l'écart du point de vue des imaginaires ne sont finalement pas si fréquentes,
- 29:38en fait,
- 29:39à mon avis.
- 29:39mais bon,
- 29:40je ne demande qu'à être contredit sur ce point-là.
- 29:42Et donc,
- 29:42pour résumer un petit peu l'idée,
- 29:43c'est que la science-fiction est un prisme à travers lequel on peut observer ou essayer d'imaginer l'influence de la technologie,
- 29:50mais ça ne doit certainement pas être le seul,
- 29:53car il contient plein de biais.
- 29:55Mais il faudrait préciser,
- 29:57puisque je ne veux pas réduire,
- 29:58je veux qu'on me comprenne bien,
- 30:00si je prends par exemple une série comme The Expanse,
- 30:03livre et série,
- 30:04on a quelque chose de très intéressant dans The Expanse,
- 30:07qui est à la fois de l'ordre de la conquête,
- 30:09de la réplication du système industriel terrestre dans l'espace,
- 30:12et quelque chose qui est de l'ordre de la critique sociale.
- 30:15On a des gens,
- 30:17des spaciens,
- 30:17qui vivent moins longtemps dans des conditions difficiles parce que le corps humain n'est pas fait pour ça,
- 30:22et qui vont aller miner pour la Terre,
- 30:25pour Mars,
- 30:26et puis ils s'appellent les Belters,
- 30:28d'ailleurs ils habitent dans la ceinture d'astéroïdes.
- 30:30Et donc là on a une lutte qui est quasiment de l'ordre de la lutte des classes.
- 30:35On a des humains qui sont finalement les ouvriers de l'espace et qui travaillent.
- 30:39pour les humains qui sont les aristocrates de la Terre.
- 30:41Mais finalement,
- 30:42c'est comme dans la vraie vie.
- 30:43Regarde-moi l'espace,
- 30:44encore une fois,
- 30:44à part la science-fiction,
- 30:45à part les artefacts qui se déploient vraiment dans l'espace.
- 30:48La diplomatie spatiale est en fait une répercussion de la diplomatie sur Terre.
- 30:52Il se passe à peu près la même chose.
- 30:54Les rapports de force sont à peu près les mêmes.
- 30:57À ce titre-là,
- 30:58c'est une façon de penser le monde plutôt que de penser à un autre monde.
- 31:04Comment on peut expliquer,
- 31:05au final,
- 31:06que ces choix technologiques échappent
- 31:08complètement au débat public.
- 31:11Je vais prendre un exemple très concret,
- 31:13l'automatisation des caisses dans les magasins,
- 31:16où au final on assiste à une dégradation des conditions de travail,
- 31:19une perte de lien social à plusieurs niveaux,
- 31:21que ce soit entre les personnes qui travaillent dans le magasin ou même avec les consommateurs.
- 31:27Et pourtant,
- 31:28on n'a pas demandé l'avis en fait.
- 31:29Est-ce que vous voulez qu'on passe à des caisses automatiques ou pas ?
- 31:32C'est un exemple qui me paraît assez concret pour essayer de symboliser ce que je veux dire dans ma question.
- 31:37C'est...
- 31:38Comment ça se fait que ces choix technologiques sont posés au final sans débat public ?
- 31:43C'est vraiment la question structurante pour moi dans tout mon travail.
- 31:47Et la question finalement peut se résumer en ces termes,
- 31:49c'est pourquoi ça nous tombe dessus sans qu'on ait donné notre avis.
- 31:52Question qu'il faudrait déplier puisque qui est le nous,
- 31:55qui est le on,
- 31:56etc.
- 31:57Il ne faut pas se figurer non plus le progrès technique comme quelque chose de spontané.
- 32:03Ce n'est pas ce que je suis en train de dire.
- 32:04C'est aussi la vision de certains transhumanistes de dire finalement ...
- 32:07Tout ça apparaît un peu comme par magie,
- 32:08ce serait ancré dans l'histoire du futur,
- 32:11et on découvrirait les technologies comme on va découvrir un fossile,
- 32:15en l'épousant avec un pinceau,
- 32:17il était en quelque sorte déjà là.
- 32:19La technologie n'est jamais déjà là,
- 32:20et elle est toujours l'objet de tractations politiques,
- 32:23de choix industriels,
- 32:23etc.
- 32:24De là à en faire un objet démocratique,
- 32:25pas forcément.
- 32:26Ça peut être des choix qui sont faits dans des toutes petites communautés de gens qui ne discutent pas avec les autres.
- 32:31Le choix du nucléaire en France n'est pas un choix fondamentalement démocratique,
- 32:34c'est un choix industriel.
- 32:36qui est fait plutôt à huis clos,
- 32:37et c'est comme ça.
- 32:39Il faut aussi comprendre que les grands choix technologiques conduisent aussi à des controverses.
- 32:44La société n'est pas neutre vis-à-vis de ses déploiements.
- 32:48On a des critiques industrielles depuis le tournoi industriel,
- 32:51donc il y a un très bon bouquin d'un historien qui s'appelle François Jarry,
- 32:54qui en parle très bien,
- 32:55les ludites,
- 32:56pendant la révolution industrielle,
- 32:57qui vont aller,
- 32:58pour certains d'entre eux,
- 32:59casser des machines pour critiquer la façon dont celles-ci vont diluer leur savoir-faire d'artisan.
- 33:05Et on a aussi une constitution progressive de contre-pouvoir.
- 33:08Les syndicats sont des organes de négociation qui discutent normalement des questions techniques.
- 33:12On a,
- 33:12au détour des années 80,
- 33:14suite aux controverses sur les questions environnementales,
- 33:16de pollution et de santé,
- 33:19des organes qui se créent.
- 33:20Ce qu'on appelle le « technology assessment »
- 33:22aux États-Unis.
- 33:22On va évaluer les technologies.
- 33:25En France,
- 33:25on va créer quelque chose qui s'appelle la Commission nationale du débat public.
- 33:29Ce sont des organes démocratiques où on peut discuter d'un problème,
- 33:33par exemple,
- 33:33localisé.
- 33:34sur des techniques et des technologies.
- 33:35Les éoliennes,
- 33:36les OGM,
- 33:37la qualité de l'air,
- 33:38la qualité de l'eau,
- 33:39tout ça,
- 33:40finalement,
- 33:40c'est des questions techniques.
- 33:42La question,
- 33:43c'est dans quelle mesure on approfondit ou pas ces incursions démocratiques dans le développement des technologies,
- 33:50dans ce qu'on appelle un peu plus communément le progrès,
- 33:52dans les feuilles de route des industriels,
- 33:54en fait,
- 33:54puisque ce sont eux qui développent les technologies et qui ont des incitations à le faire,
- 33:58à ne pas le faire,
- 33:59etc.
- 34:00Et on voit qu'on a déjà des incursions,
- 34:02on a déjà des espaces.
- 34:04Ces espaces font l'objet de tout un regard,
- 34:08notamment de la sociologie des sciences.
- 34:09Ils ont des avantages et beaucoup de défauts.
- 34:12Qui pose la question ?
- 34:13Comment elle est posée ?
- 34:14Qui en discute ?
- 34:15Quels sont les effets ?
- 34:16Est-ce que l'objet d'une discussion qui produit,
- 34:19par exemple,
- 34:19un rapport a un effet direct sur le débat public ?
- 34:22Comment on relie,
- 34:22par exemple,
- 34:23des institutions au Parlement ?
- 34:24Donc,
- 34:25on arrive tout de suite dans des questions un petit peu techniques,
- 34:28qui sont assez importantes.
- 34:28Et puis ensuite,
- 34:29il y a le niveau micro.
- 34:30Au niveau micro,
- 34:31ça va être le cas de la caissière qu'on avait développée dans ce livre
- 34:34« Technologie partout,
- 34:35démocratie nulle part »
- 34:36avec Yael Benayoun.
- 34:38C'était de dire,
- 34:38là,
- 34:38on a concrètement une promesse technologique,
- 34:41donc on va revenir au mythe dont on discutait tout à l'heure,
- 34:43qui est celui de la rapidité,
- 34:45de l'efficacité,
- 34:46du gain économique aussi,
- 34:48qui est un facteur premier quasiment,
- 34:49de dire,
- 34:50on va gagner plus d'argent en mettant des caisses automatiques.
- 34:53Ce qui est intéressant,
- 34:54c'est qu'il a été fait peu de cas de la situation des caissières,
- 34:58majoritairement des femmes.
- 34:59Il se trouve que la sociologie des caissières,
- 35:01il y a beaucoup de gens qui ont fait des ethnographies dans les caissières,
- 35:03a montré et montre encore que cette caisse automatique va aller modifier de fond en comble son métier.
- 35:09L'argument,
- 35:10c'était on va la débarrasser des tâches à faible valeur ajoutée,
- 35:14rébarbatives,
- 35:15difficiles,
- 35:16etc.
- 35:17Et vous avez des discours d'industriels ou de technologues,
- 35:20d'experts qui vous disent
- 35:21Oui,
- 35:21mais la caissière,
- 35:21elle fait bip bip toute la journée.
- 35:23Et donc,
- 35:23c'est mieux d'avoir une caisse automatique.
- 35:24Elle pourra faire de la relation client ou je ne sais quoi.
- 35:27Ou de la mise en rayon ou je ne sais quoi.
- 35:29En réalité,
- 35:30une caissière ne fait pas bip bip.
- 35:31Si on regarde le métier de près,
- 35:33une caissière a une caisse classique.
- 35:35Elle a une forme d'appropriation de la caisse.
- 35:37Elle est assise.
- 35:38Elle a une situation où elle peut discuter avec des clients.
- 35:41Elle les voit dans des situations classiques d'achat.
- 35:44Elle peut créer un lien,
- 35:45etc.
- 35:45Donc,
- 35:45ça ne fait pas du métier de caissière un métier facile.
- 35:48C'est un métier où il y a tous ces petits gestes qui comptent.
- 35:52L'arrivée des caisses automatiques va un petit peu disrupter tout ça.
- 35:55C'est-à-dire qu'on va potentiellement retirer des métiers de caissière.
- 35:58Ça va permettre de travailler plus facilement le dimanche,
- 36:00puisqu'il y aura moins de caissière.
- 36:02Mais il en faut quand même pour,
- 36:04cette fois-ci,
- 36:04surveiller les caisses,
- 36:05régler les problèmes.
- 36:06Là,
- 36:07elles vont être debout.
- 36:08Elles vont être dans une situation de contrôle vis-à-vis des clients.
- 36:11Elles vont être dans une situation où leur adresser la parole va se faire seulement dans des situations de friction.
- 36:16Donc en fait la relation...
- 36:18à la clientèle va changer et va rendre le métier plus difficile.
- 36:21Et donc,
- 36:21c'est tout ça qu'il faut voir,
- 36:22en fait.
- 36:22Une technologie va aller modifier tout un métier.
- 36:25Alors,
- 36:26on peut toujours balayer tout ça du revers de main en disant,
- 36:28oui,
- 36:28mais c'est le progrès.
- 36:29Bon,
- 36:29dans la réalité,
- 36:30c'est un petit peu plus compliqué.
- 36:31Vous avez des gens en face de vous qui ont un métier quand même.
- 36:33Et ce qui est intéressant avec les caissières,
- 36:34c'est que la réaction syndicale,
- 36:36quelque part,
- 36:36intériorise aussi ce progrès et ne souhaite pas vraiment en discuter dans le sens où ils ont très peur,
- 36:43souvent,
- 36:43de passer pour des réfractaires au changement.
- 36:46Et donc la discussion va porter sur peut-être les salaires,
- 36:49peut-être le travail le dimanche,
- 36:51justement,
- 36:52maintenant qu'on peut ouvrir plus facilement,
- 36:53puisque c'est aussi ça l'argument des magasins.
- 36:55Est-ce qu'on ouvre le dimanche,
- 36:56dans quelles conditions,
- 36:57etc.
- 36:57Et donc ici,
- 36:59on a un espace de négociation,
- 37:00plutôt en défaveur des salariés,
- 37:02surtout dans la grande distribution,
- 37:04qui se traduit par quelque chose qui s'appelle un syndicat.
- 37:07Donc dès lors qu'on parle aujourd'hui de démocratisation des choix technologiques,
- 37:11Je veux bien entendre qu'on parle d'Elon Musk ou de Trump ou de quoi que ce soit.
- 37:15C'est intéressant,
- 37:16c'est important,
- 37:16puisque c'est là où se passent beaucoup de choses,
- 37:18où se créent beaucoup de ces technologies.
- 37:20Mais il faut toujours penser au niveau micro-local,
- 37:22en fait.
- 37:23La démocratie,
- 37:23elle est là,
- 37:24en fin de compte.
- 37:25Je pense que si on oublie ce micro-local,
- 37:28on en reste finalement à préférer la lutte des nations à la lutte des classes,
- 37:33quoi.
- 37:33Il faut le dire en des termes,
- 37:34encore une fois,
- 37:34un peu marxistes,
- 37:35mais qui sont importants,
- 37:36je le dis de façon un peu grossière.
- 37:38mais la démocratisation de la tech
- 37:41comme on dit aujourd'hui,
- 37:42ne peut pas être seulement une lutte contre quelques industries situées dans un seul pays.
- 37:47Ce n'est pas possible.
- 37:48C'est une question qui se pose à tous les niveaux.
- 37:50Et aujourd'hui,
- 37:51dans le numérique,
- 37:51je crois qu'on a des controverses à tous les niveaux.
- 37:53On en a avec les écrans dans les écoles,
- 37:55on en a avec la santé mentale,
- 37:57on en a avec le fait de se faire livrer des choses et il y a une camionnette qui stationne en bas,
- 38:02etc.
- 38:03Et donc,
- 38:04il faut envisager ces systèmes micro-locaux pour envisager aussi les manières de les démocratiser.
- 38:09Passons justement à ce niveau micro.
- 38:11Comment on fait au niveau micro pour au moins avoir la possibilité de faire le choix ?
- 38:16Ce que je veux dire par là,
- 38:17c'est comment on fait au niveau micro pour empêcher que ces géants de la grande distribution mettent ces caisses automatiques,
- 38:25parce que,
- 38:25comme tu l'as dit,
- 38:26ça détruit tout un tissu social qui était là et ça met la caissière dans une posture complètement différente.
- 38:31Je ne cherche pas une solution miracle,
- 38:32je ne cherche pas à te piéger en posant cette question-là.
- 38:35Ce que je mets derrière,
- 38:36c'est que j'ai l'impression que parfois on subit ces choix en tant qu'être humain,
- 38:40individu.
- 38:41Comment on fait pour ne plus subir ces choix ?
- 38:43À chaque fois,
- 38:44il faut remettre l'objet dans son contexte plus large.
- 38:47Tu sais,
- 38:47je vais commencer non pas avec la caisse automatique,
- 38:49je vais commencer avec le caddie.
- 38:50C'est très intéressant le caddie.
- 38:52Le caddie,
- 38:52c'est une organisation sociale.
- 38:54Un caddie,
- 38:55c'est quelque chose qui permet de transporter une grande quantité de courses vers un coffre.
- 39:00Ça veut dire qu'il y a un parking et qu'il y a une voiture.
- 39:04S'il y a une voiture,
- 39:04c'est parce que c'est loin.
- 39:06Et s'il y a beaucoup de courses,
- 39:07c'est parce qu'on va dans une grande surface.
- 39:09Donc le caddie...
- 39:10exprime tout ça,
- 39:11finalement.
- 39:12Et le caddie n'est pas un objet inutile.
- 39:13Mais finalement,
- 39:14il exprime tout aussi bien ce que peut exprimer la caisse automatique et son automatisation,
- 39:19qui est en fait,
- 39:21quelque part,
- 39:21une forme d'industrialisation du fait de faire les courses.
- 39:24Donc,
- 39:25on peut interroger au niveau micro-local,
- 39:27pour répondre à ta question,
- 39:28les conditions de travail des uns et des autres.
- 39:30Ça,
- 39:30ça passe par des rapports de force,
- 39:32tout simplement.
- 39:33Mais si tu veux interroger plus largement les caissières,
- 39:37tu vas devoir aussi interroger l'urbanisme d'une ville.
- 39:40Pourquoi on a des grandes surfaces en périphérie des villes ?
- 39:44Voilà,
- 39:44c'est une question très simple.
- 39:46Et ça,
- 39:46c'est des choix,
- 39:47entre guillemets,
- 39:47de société,
- 39:48mais qui n'en sont pas vraiment,
- 39:49qui sont liés à notre histoire.
- 39:50La question,
- 39:50c'est aussi de le comprendre,
- 39:52de comprendre en quoi ils étaient politiques.
- 39:53On ne va pas refaire l'histoire,
- 39:54c'est pas ça la question.
- 39:55La question,
- 39:56c'est que fait-on des prochaines infrastructures ?
- 39:58Comment on arrive à ne pas consolider celles-ci,
- 40:00par exemple,
- 40:01avec peut-être des data centers ou des choses comme ça ?
- 40:05Et comment on fait ces choix de manière publique ?
- 40:08C'est très concret,
- 40:09ça.
- 40:09Pourquoi ?
- 40:09Parce que si je prends l'histoire des data centers,
- 40:11qui aujourd'hui sont finalement les...
- 40:13les nouvelles grandes surfaces,
- 40:14puisque ce sont des lieux,
- 40:15des entrepôts,
- 40:16entre guillemets,
- 40:16mais cette fois-ci de puces informatiques et de calculs,
- 40:19qui vont être mis à peu près aux mêmes endroits que ces espaces de grande distribution.
- 40:24Et ils juxtent aussi,
- 40:25finalement,
- 40:25des entrepôts qui,
- 40:26eux-mêmes,
- 40:27servent à livrer.
- 40:28Tu vois ce que je veux dire ?
- 40:29Et si je prends ces grandes infrastructures,
- 40:31normalement,
- 40:32elles sont discutées.
- 40:33Elles sont discutées en France dans le cadre de la Commission nationale du débat public.
- 40:36Et il faut bien comprendre que pour certains de ces objets,
- 40:39il y a quelque chose qui est de l'ordre de la raison d'État.
- 40:41C'est-à-dire que Merci.
- 40:43Ce sont des objets considérés comme stratégiques.
- 40:45Et par définition,
- 40:46on retire le choix démocratique à ces objets stratégiques.
- 40:49Quand en France,
- 40:51plan pour l'IA,
- 40:51109 milliards,
- 40:53quand il a été décidé de construire 35 gros data centers en France,
- 40:58ça s'est fait au détriment du droit environnemental,
- 41:01et on a retiré la possibilité de discuter de l'implémentation de ces data centers des prérogatives de la Commission nationale du débat public.
- 41:10À un niveau micro-local,
- 41:11tu auras toujours des questions qui sont de l'ordre de la négociation salariale,
- 41:14du conflit aussi peut-être entre le capital et le travail,
- 41:17et de l'urbanisme.
- 41:18Et sur des infrastructures stratégiques,
- 41:20finalement,
- 41:21la question,
- 41:22c'est une résistance face à ce qu'on pourrait déterminer comme une forme d'impérialisme aussi.
- 41:26Comment tu maintiens une démocratie dans un système qui se bat contre des empires et qui lui-même tente aussi d'être un petit peu un empire ?
- 41:34Je n'ai pas forcément la réponse,
- 41:36mais je crois que ce n'est pas impossible d'introduire quand même des formes de démocratie là-dedans.
- 41:40Justement,
- 41:41on arrive au final vers ces mouvements technocritiques.
- 41:44Comment tu définis un mouvement technocritique ?
- 41:47Quels sont les grands courants de pensée ?
- 41:49Je ne sais pas si on peut parler de courants de pensée,
- 41:51mais quels sont les grands courants dans ces mouvements technocritiques ?
- 41:55Et pour toi,
- 41:56qu'est-ce qui est le plus inspirant dans ces mouvements technocritiques ?
- 42:00En fait,
- 42:00avec ma dernière explication,
- 42:01où je suis passé sans doute un peu rapidement des caddies au data center,
- 42:05et je m'en excuse,
- 42:06mais parce que je crois que ce n'est pas inintéressant non plus.
- 42:09La question fondamentale qui se pose,
- 42:10c'est le rapport à l'industrie de manière générale,
- 42:12au-delà du rapport à tel ou tel algorithme.
- 42:15Enfin,
- 42:15en tout cas,
- 42:16pour certains groupes technocritiques.
- 42:17Les groupes technocritiques,
- 42:18dans l'ensemble,
- 42:19sont les groupes qui font de la critique de la technique une priorité.
- 42:23Pour certains d'entre eux,
- 42:23encore une fois.
- 42:24Vous avez des groupes,
- 42:25par exemple,
- 42:26les plus technocritiques,
- 42:26qui sont des groupes anti-industrialistes.
- 42:29Dans la lignée de penseurs qui vont être Jacques Ellul,
- 42:32j'ai déjà cité,
- 42:33l'historien Lewis Mumford,
- 42:35le terroriste...
- 42:37Ted Kaysinski,
- 42:38Una Bomber,
- 42:39qui pour le coup était complètement industrialiste.
- 42:41Et vous avez toute une littérature quand même dans cette technocritique qui va de ces écoles de pensée qui sont les plus caricaturales,
- 42:49entre guillemets,
- 42:50contre toute forme d'industrie,
- 42:51et pour qui finalement il n'y a pas de démocratisation du tout de l'industrie.
- 42:55Donc la question pour eux ce n'est pas les algorithmes,
- 42:57par exemple,
- 42:57ça va être les ordinateurs.
- 42:59Et derrière les ordinateurs,
- 43:00le système électrique.
- 43:02Et c'est intéressant,
- 43:02parce que tout vaut le coup de se questionner,
- 43:04puisque évidemment tout ça,
- 43:05tout est lié.
- 43:06Tout est finalement rassemblé chez eux sous des dénominations qu'on connaît peut-être,
- 43:12par exemple le système chez Technicien,
- 43:13chez Jacques Ellul,
- 43:14la méga-machine chez d'autres,
- 43:16etc.
- 43:16C'est une façon d'envisager tout ça comme un tout.
- 43:19Et le point de fuite,
- 43:20ça va être le retour aux communautés locales,
- 43:22une certaine vision de la nature,
- 43:23etc.
- 43:24Vous avez aussi un spectre de la technocritique qui passe vers d'autres écoles de pensée,
- 43:29d'autres auteurs qui sont plus ouverts à ce que peut être une technologie démocratique.
- 43:34Par exemple,
- 43:34si je prends...
- 43:35Yvan Illich,
- 43:37prêtre,
- 43:38auteur notamment d'un bouquin qui s'appelle La convivialité.
- 43:40Chez Yvan Illich,
- 43:41il y a des démocraties qui sont conviviales.
- 43:43Conviviales,
- 43:43c'est-à-dire qu'elles permettent une certaine autonomie.
- 43:46Et pour lui,
- 43:46par exemple,
- 43:47le téléphone est une technologie conviviale.
- 43:49Puisqu'on peut choisir d'appeler,
- 43:51d'être appelé,
- 43:52de refuser d'être appelé,
- 43:53c'est-à-dire de ne pas répondre.
- 43:55C'est un outil qui permet une forme d'autonomie,
- 43:56etc.
- 43:57C'est important d'avoir ça en tête parce que pour le coup,
- 43:59chez lui,
- 43:59vous n'aurez pas une critique fondamentale de toute l'industrie
- 44:03Et vous avez encore d'autres écoles de pensée qui disent qu'on peut mettre certaines industries,
- 44:06certaines techniques au vote démocratique ou en tout cas à la discussion démocratique.
- 44:11C'est plutôt mon école,
- 44:12effectivement,
- 44:13qui est l'école de ce qui s'appelle la démocratie technique.
- 44:16J'ai cité Richard Sclove tout à l'heure,
- 44:18mais on pourrait citer bien d'autres auteurs qui partent de ce principe-là.
- 44:22Et finalement,
- 44:22ces camps sont un peu irréconciliables.
- 44:25C'est un des thèmes de mon prochain livre,
- 44:27donc je ne rentre pas non plus dans les détails,
- 44:29mais ils sont irréconciliables.
- 44:31à certains égards parce qu'ils ne se retrouvent pas sur les stratégies,
- 44:34sur les finalités et aussi sur des controverses très spécifiques qui vont être liées notamment à la santé,
- 44:40au genre,
- 44:41aux mœurs.
- 44:42Si vous êtes contre toute l'industrie...
- 44:44Est-ce qu'il y a encore des échographies ?
- 44:46Est-ce qu'il y a encore des IRM ?
- 44:48L'IRM,
- 44:49c'est un sujet qui revient vraiment souvent dans ces débats.
- 44:51Est-ce qu'il y a encore la pilule pour la contraception ?
- 44:55Et c'est jamais on-off,
- 44:56dans le sens où la pilule n'est pas une solution idéale à la contraception.
- 45:01Il y a des effets,
- 45:02évidemment,
- 45:02de bord pour les femmes,
- 45:03en termes de santé,
- 45:04en termes de pollution.
- 45:05Il ne s'agit pas de dire qu'il y a quelque chose qui est bien d'un côté et mal de l'autre.
- 45:09Mais disons que ça pose tout de suite des questions qui sont très touchy.
- 45:11Et la question en ce moment qui cristallise beaucoup de débats en France,
- 45:14je ne sais pas comment c'est ailleurs,
- 45:16c'est la question de la transidentité.
- 45:17Et c'est intéressant,
- 45:18puisque c'est aussi la question qui cristallise des débats aux partis républicains aux États-Unis,
- 45:22chez les techno-fascistes.
- 45:24Donc il y a une fronde anti-trans,
- 45:26et aujourd'hui on est quand même dans un grand débat sur la question des transitions pour les personnes trans,
- 45:31c'est-à-dire des changements de genre,
- 45:33voire des changements sur le corps en fait,
- 45:36donc de prise de médicaments,
- 45:37de chirurgie,
- 45:38etc.
- 45:39Et qui nécessitent de se poser vraiment la question en fait,
- 45:41puisque
- 45:41Là,
- 45:41on a des personnes qui sont à la fois réduites au silence et discriminées.
- 45:45Et pour certains mouvements technocritiques,
- 45:47ces personnes,
- 45:48finalement,
- 45:49font preuve d'une forme de trahison technophile en confortant le système industriel,
- 45:53puisqu'elles en ont besoin pour,
- 45:55finalement,
- 45:56être telles qu'elles souhaitent être.
- 45:57Ce qui est encore une fois discutable,
- 45:58puisqu'il y a plein de technologies différentes,
- 46:00plus ou moins localisées,
- 46:01qui permettent de suivre différentes façons de vivre son corps pour les personnes françaises.
- 46:06Je n'en fais pas partie.
- 46:08Du coup,
- 46:08je me garderais bien de donner un avis complet.
- 46:10mais...
- 46:11En fait,
- 46:11il y a des tensions qui sont très vives.
- 46:13Et donc la technocritique est un front qui est plutôt éclaté.
- 46:16Donc pour répondre à ta question de départ,
- 46:18est-ce que tout le monde peut s'entendre,
- 46:19etc.,
- 46:20c'est très compliqué.
- 46:21C'est extrêmement compliqué de s'entendre dès lors qu'on touche à des questions très sensibles sur les discriminations des publics minorisés.
- 46:30Pour moi,
- 46:31le moment de la question des alternatives.
- 46:33Est-ce qu'au-delà de l'imaginaire,
- 46:36etc.,
- 46:37tu as des alternatives peut-être concrètes que tu pourrais nous partager ?
- 46:41des exemples inspirants qui nous permettent peut-être de mieux saisir comment faire autrement.
- 46:47Parce qu'une fois qu'on a déroulé,
- 46:49je vais dire,
- 46:51l'épisode jusqu'ici,
- 46:52l'impression un petit peu qu'on peut avoir,
- 46:54c'est du fatalisme.
- 46:55C'est de se dire,
- 46:55ben oui,
- 46:56regardez,
- 46:57les data centers sont des infrastructures stratégiques,
- 46:59donc elles ont été enlevées du débat public.
- 47:02Il y a une raison d'état derrière.
- 47:04Il y a une forme d'impérialisme,
- 47:05donc on subit tout ça.
- 47:06Et pourtant,
- 47:07je suis persuadé qu'il existe des exemples inspirants.
- 47:10qui peuvent nous montrer que c'est possible de faire autrement.
- 47:14Est-ce que tu pourrais nous en partager quelques-uns ?
- 47:16Mais il y en a plein,
- 47:17en fait.
- 47:18Moi,
- 47:19je ne fais pas partie des groupes anti-industrialistes ni fatalistes qui partagent une vision parfois assez déterministe de la technique aussi,
- 47:27tout comme les gens qui critiquent.
- 47:29Vous avez chez certains de ces groupes,
- 47:30par exemple,
- 47:31des frayeurs quant au fait que l'intelligence artificielle va supprimer tous les emplois.
- 47:35Il y a un récit qu'on entend depuis toujours,
- 47:37sur l'IA depuis 2014.
- 47:39L'IA ne remplace pas tous les emplois.
- 47:41Ça n'arrivera pas.
- 47:41C'est pas comme ça que ça se passe.
- 47:43La sociologie l'a bien montré.
- 47:44Il s'agit d'un fractionnement,
- 47:46d'un éclatement,
- 47:47d'une mise en pièce du travail,
- 47:48mais aussi au profit d'une répartition nord-sud.
- 47:52Voilà.
- 47:53C'est un processus de taylorisation.
- 47:55Un sociologue qui a sorti un bouquin récemment qui s'appelle
- 47:58« Un taylorisme augmenté » ,
- 47:59que je conseille vivement,
- 48:01qui permet de comprendre ça.
- 48:02Donc,
- 48:02il faut sortir déjà de ces grandes visions de la technologie qu'il faut ceci ou cela.
- 48:06Ensuite,
- 48:06des exemples d'entrées.
- 48:08du public,
- 48:08des citoyens dans les sciences et dans les techniques,
- 48:11ils sont extrêmement nombreux.
- 48:12Ils peuvent être militants,
- 48:14par exemple,
- 48:15le cas vraiment séminal,
- 48:16ça va être l'association des défenses des personnes atteintes du sida,
- 48:20ACT UP,
- 48:21qui dans les années 80,
- 48:23va dans les laboratoires scientifiques jeter des poches de sang pour critiquer la façon dont sont conçus les médicaments,
- 48:30qui ne tiennent pas compte de leur réalité vécue.
- 48:32Un moment où en plus on est quasiment criminalisé quand on a le sida en fait.
- 48:36Et donc,
- 48:36chemin faisant,
- 48:37les protocoles s'améliorent aussi par l'entrée du public dans les sciences.
- 48:40En disant,
- 48:41écoutez-nous.
- 48:41Donc il y a vraiment ce slogan qui résume parfaitement la situation,
- 48:45qui n'est pas pour nous,
- 48:46sans nous.
- 48:48C'est ça,
- 48:48finalement.
- 48:49Et ce serait pareil pour les algorithmes.
- 48:50En fait,
- 48:50il n'est pas interdit de faire des algorithmes qui puissent être un minima transparent et accepter.
- 48:57Les algorithmes,
- 48:58par exemple,
- 48:58ils font quoi ?
- 48:59Ils font du tri et du scoring.
- 49:00Ils mettent des gens au-dessus des autres pour prendre des décisions.
- 49:03Si la boîte est complètement noire,
- 49:04et qu'on ne peut pas en discuter,
- 49:05ce n'est pas possible.
- 49:06Après,
- 49:07il est possible d'ouvrir certains algorithmes à la discussion.
- 49:10C'est ce qui arrive aux États-Unis,
- 49:11notamment dans le cas des grèves de reins.
- 49:13Il faut bien trier entre qui en a le plus besoin,
- 49:16combien de temps cette personne peut vivre si on lui grève,
- 49:18quel âge a-t-elle,
- 49:19à quelle distance est-elle du rein en question,
- 49:21etc.
- 49:21Et ça pose des questions éthiques,
- 49:22morales,
- 49:23puisque s'il y a deux personnes qui sont très proches,
- 49:24qu'est-ce qu'on fait ?
- 49:26Donc là,
- 49:26il faut prendre une décision.
- 49:28Et on a des cas où ce n'est jamais parfait,
- 49:31mais on peut en discuter et on peut avoir une forme d'automatisation.
- 49:34qui est accepté,
- 49:36qui est dynamique aussi,
- 49:37qui peut être rediscuté.
- 49:38Donc on sait faire des systèmes comme ça.
- 49:41Après,
- 49:41de là à dire qu'un data center,
- 49:43je passe du micro au macro sans cesse,
- 49:44mais parce que c'est ça qui est compliqué,
- 49:46de là à dire qu'un data center est démocratique,
- 49:48c'est très compliqué.
- 49:48Un data center,
- 49:50pour le fabriquer,
- 49:50il y a besoin de toute une chaîne de production industrielle avec une division du travail quasiment néocoloniale.
- 49:57Mais ce n'est pas forcément une fatalité de faire ça de façon aussi inégalitaire.
- 50:02Il y a plein de moyens d'avoir des objets numériques qui sont moins basés sur ces critères-là.
- 50:07Ça peut passer par de la vigilance.
- 50:09le devoir de vigilance sur la chaîne de production.
- 50:12Ça peut passer,
- 50:13peut-être selon moi,
- 50:14avant tout,
- 50:15et pour répondre à ta question plus précisément,
- 50:17je pense,
- 50:18par une détermination des besoins.
- 50:20Il faut envisager,
- 50:21à mon avis,
- 50:22la technologie comme étant quelque chose qui répond à des besoins qui sont décidés en commun.
- 50:27Ces besoins sont assez factuels,
- 50:28en fait.
- 50:29Ils sont dynamiques.
- 50:30Aujourd'hui,
- 50:31on peut toujours dire qu'il faut tout éteindre,
- 50:33mais en fait,
- 50:34on a quand même besoin,
- 50:34par exemple,
- 50:35d'avoir...
- 50:36une machine à laver,
- 50:36ou peut-être un ordinateur,
- 50:38même si c'est un part-famille,
- 50:39en fait.
- 50:39On ne peut pas faire sans.
- 50:40On peut toujours s'imaginer faire sans après,
- 50:42mais le passage de tout à rien ne peut pas être spontané,
- 50:46directif et autoritaire.
- 50:47Ce n'est pas comme ça que ça marche.
- 50:49Je crois qu'en changeant de modalité de pensée,
- 50:52en commençant par les besoins,
- 50:53et je tire ça d'un sociologue qui s'appelle Razmi Kecheuian et d'un économiste qui s'appelle Cédric Durand,
- 50:58je pense qu'on a une manière de penser la technologie qui est plus saine.
- 51:02Donc ça peut tout à fait s'envisager.
- 51:04Ça sera aussi un objet de mon prochain livre,
- 51:05donc je n'en dis pas trop maintenant.
- 51:08Et je crois,
- 51:08après,
- 51:08qu'on a des exemples en série de possibilités de discuter localement de machines dans le travail.
- 51:16Si on prend,
- 51:17par exemple,
- 51:18les débuts de l'informatique en France,
- 51:20dans les années 70,
- 51:22les syndicats sont là,
- 51:23en fait.
- 51:24Et ils ont déjà une vision de ce que doit être une technologie démocratique,
- 51:28c'est-à-dire,
- 51:29pour leur cas,
- 51:30il ne va pas éclater les collectifs de travail.
- 51:33Il y a une vision par exemple à la CGT,
- 51:36c'est notamment dans l'assurance santé,
- 51:39qui dit qu'on peut mettre un peu d'informatique,
- 51:41mais pas au détriment de l'autonomie des caisses.
- 51:42C'est une sociologue qui s'appelle Maud Barrec qui a bien documenté ça.
- 51:45Il se trouve qu'ils vont perdre en fait.
- 51:46Ils vont perdre et que la solution qui va être choisie va plutôt contribuer à éclater les collectifs de travail.
- 51:51Ça ne veut pas dire que dans l'absolu,
- 51:53on ne peut pas avoir des formes d'informatisation qui ne sont pas complètement conformes à l'idée du travail que se fait le capital,
- 52:00c'est-à-dire affaiblie.
- 52:01éclatés et finalement en incapacité de négocier.
- 52:04C'est pas impossible en fait.
- 52:05On peut tout à fait le faire.
- 52:07Donc je crois que la question pour moi c'est plutôt de comment on arrive à faire une technologie qui répond 1.
- 52:13à des objectifs sociaux fixés en commun et 2.
- 52:16qui est assez fabriquée avec les usagers et ceux qui les utilisent pour que ça ne détruise pas leurs liens sociaux.
- 52:25Et puis surtout 3.
- 52:26qui est au possible,
- 52:28la plus sobre possible et dans le meilleur des cas,
- 52:30inexistante.
- 52:31C'est-à-dire qu'il y a plein de cas aussi où on pourrait dénumériser,
- 52:35retirer des choses,
- 52:37et ça se fait très bien.
- 52:38D'ailleurs,
- 52:38il y a des étudiants...
- 52:39Il y a des anecdotes parfois,
- 52:42je m'arrête là après,
- 52:43mais qui sont parlantes.
- 52:44Vous avez des groupes d'étudiants à New York qui ont par exemple décidé,
- 52:48au sein d'un club qui s'appelle le Ludit Club,
- 52:50d'abandonner les smartphones.
- 52:52Alors c'est très situé socialement,
- 52:53c'est des gens qui habitent dans une grande ville,
- 52:55ça ne fait pas général,
- 52:56on ne peut pas généraliser comme ça,
- 52:58mais il y a des formes de réappropriation de la
- 53:01non-utilisation qui sont des choses à creuser.
- 53:03Parce que quand on enlève quelque chose,
- 53:05en l'occurrence un smartphone,
- 53:06il faut remettre quelque chose.
- 53:07Il faut reconfigurer le social.
- 53:09Et ces jeunes-là,
- 53:09ils se retrouvent dans des parcs.
- 53:11Ils ont d'autres activités.
- 53:12Parce que les smartphones répondent à une activité sociale.
- 53:15Donc si on les enlève,
- 53:16on n'a plus cette activité sociale.
- 53:17Donc il faut penser aussi en termes de vastes communicants entre eux.
- 53:20Je reviens finalement au lavoir et à la machine à laver.
- 53:23Il faut repenser des espaces sociaux pour retirer certaines technologies.
- 53:27Je voudrais te poser une dernière question.
- 53:29par rapport à ce que tu viens de nous expliquer,
- 53:32j'ai l'impression que le propos que tu tiens est un propos tout en nuances,
- 53:36que je comprends complètement.
- 53:38Ce que tu nous indiques,
- 53:39c'est qu'il faut se poser les bonnes questions au bon moment,
- 53:41de savoir si la technologie n'est pas,
- 53:44non pas utile ou inutile,
- 53:46mais à quel moment elle peut être utile,
- 53:48à quel moment elle peut être remplacée par autre chose,
- 53:51et comme ça la mettre au bon endroit.
- 53:53Sauf que j'ai l'impression que notre société est de plus en plus polarisée,
- 53:57et derrière cette polarisation,
- 53:59Il y a cette volonté de vendre les choses de façon très simple en disant là c'est comme ça,
- 54:03là ce n'est pas comme ça,
- 54:04là c'est blanc,
- 54:05là c'est noir,
- 54:06là c'est positif,
- 54:07là c'est négatif.
- 54:08Et donc comment concilier cette polarisation avec ce discours nuancé,
- 54:13cette réflexion nuancée qu'il faudrait mener au niveau des technologies ?
- 54:17Alors,
- 54:18répondre en plusieurs étapes,
- 54:19sur le terme de nuance déjà,
- 54:21je ne mettrais pas un équivalent,
- 54:23ce n'est pas ce que tu as fait,
- 54:24entre la nuance et le côté mou,
- 54:26c'est-à-dire...
- 54:28finalement,
- 54:28c'est un peu toujours gris.
- 54:30Non.
- 54:31Fondamentalement,
- 54:32si je me fais plus normatif,
- 54:34mon discours,
- 54:35c'est quand même de dire qu'il faut politiser aussi,
- 54:37peut-être au sens conflictualisé,
- 54:39la technologie.
- 54:40C'est pas un mal de conflictualiser au sens politique et démocratique du terme.
- 54:44Opposer des visions divergentes,
- 54:45en fait.
- 54:46C'est sain en démocratie de ne pas être d'accord à condition qu'on ait des espaces pour trouver des solutions en commun.
- 54:53Ensuite,
- 54:54il y a aussi quelque chose qui est de l'ordre de la lecture idéologique.
- 54:57Il faut avoir un peu une colonne vertébrale idéologique.
- 55:00Le solutionnisme technique dont on aurait pu parler aussi,
- 55:03c'est un projet industriel qui sert au capital et à cumuler des richesses.
- 55:08Et d'ailleurs,
- 55:08on se dit souvent qu'on veut trouver des réponses avec la technologie,
- 55:11mais en fin de compte,
- 55:12ces réponses ne conviennent que rarement.
- 55:14les systèmes qu'on déploie
- 55:16ne répondent pas aux besoins auxquels ils sont censés répondre.
- 55:18Ils ne marchent pas.
- 55:20Et quand on fait des études ethnographiques sur tel ou tel sujet,
- 55:23les caisses automatiques,
- 55:24les algorithmes dans la fonction publique,
- 55:26ou ceux-ci,
- 55:26ou ceux-là,
- 55:27les usagers,
- 55:29eux,
- 55:29sont assez nuancés,
- 55:30puisqu'ils racontent leur vécu,
- 55:31en fin de compte.
- 55:32Moi,
- 55:32je ne crois pas fondamentalement.
- 55:34Il y a sans doute des gens qui sont complètement radicalisés,
- 55:36c'est évident.
- 55:36Mais je crois que la radicalisation,
- 55:38ce que montre la science politique en ce moment,
- 55:39c'est qu'elle se fait beaucoup par le haut aussi.
- 55:41Elle se fait notamment en France par les gens qui...
- 55:44sont les mieux dotés.
- 55:44Par exemple,
- 55:45les gens en France qui votent Éric Zemmour,
- 55:47c'est-à-dire les partis les plus racistes et fascistes,
- 55:48puisqu'il faut nommer,
- 55:49je pense,
- 55:50sont les gens qui sont les mieux dotés financièrement.
- 55:52Donc il y a aussi une volonté du capital de se réaccumuler et de poser des questions très mal.
- 55:57Par exemple,
- 55:58quand Éric Zemmour dit que l'automatisation et l'IA,
- 56:00c'est très bien parce que ça va permettre de remplacer les immigrés,
- 56:03c'est un discours fasciste,
- 56:04raciste,
- 56:05et surtout c'est faux.
- 56:06Ce qui est intéressant,
- 56:06c'est qu'on voit,
- 56:07par exemple,
- 56:07quand le Japon a robotisé le domaine de la santé,
- 56:11ça a éclaté le travail.
- 56:13Du coup,
- 56:13quand on met le travail en quelque chose de social,
- 56:15qui demandait à parler japonais,
- 56:17on a une petite série d'actions qui rendent le travail disponible à l'immigration,
- 56:20justement,
- 56:21puisqu'il n'y a plus besoin de parler japonais.
- 56:23Donc en plus,
- 56:23il y a erreur sur la marchandise,
- 56:24quelque part.
- 56:25Donc ça,
- 56:26c'est un véritable problème.
- 56:27Et ensuite,
- 56:27forcément,
- 56:28dans un État constitué de la taille d'un pays comme la France,
- 56:32ou en tout cas plusieurs millions d'individus,
- 56:34plus tu montes dans les strates du pouvoir,
- 56:36plus les questions se posent de façon un peu caricaturale et polarisée.
- 56:40C'est pas choquant non plus.
- 56:41Il y a des grandes directions idéologiques qui sont prises,
- 56:43entre la droite et la gauche,
- 56:44entre un camp néolibéral tendance libertarienne et un camp socialiste tendance commun,
- 56:50qui sont forcément un petit peu caricaturales.
- 56:54On n'a pas forcément les mêmes discussions à l'Assemblée qu'on l'a entre sociologues.
- 56:57La difficulté,
- 56:58c'est de faire le passage de l'un à l'autre.
- 57:00Et en l'occurrence,
- 57:01je vois bien de quoi je parle,
- 57:02puisque j'ai écrit un bouquin avec Arnaud Saint-Martin,
- 57:04qui lui-même est sociologue,
- 57:05et qui aujourd'hui est député de la Nation,
- 57:07à l'Assemblée.
- 57:07Donc forcément...
- 57:09les questions qui se posent ne sont pas forcément les mêmes.
- 57:11Après,
- 57:13on est tout à fait capable d'avoir des représentants en France,
- 57:16par exemple,
- 57:16qui sont capables de comprendre des sujets sérieux.
- 57:18Il y a des rapports du Sénat,
- 57:20de l'Assemblée nationale,
- 57:22de l'Office parlementaire pour l'évaluation des choix scientifiques et techniques qui sont très pointus.
- 57:26Ça existe.
- 57:27Mais je crois qu'il faut en revenir au cadrage initial,
- 57:31qui est de dire qu'il y a des visions du monde qui s'opposent.
- 57:34Je ne sais pas s'il faudrait introduire de la nuance.
- 57:36Moi,
- 57:36je pense qu'il faut...
- 57:38réassumer les divergences idéologiques.
- 57:40Ce n'est pas un mal de réassumer les divergences idéologiques,
- 57:43et peut-être aussi d'avoir une visée sur un monde demain qui serait plus sobre.
- 57:48Quand on parle,
- 57:48par exemple,
- 57:49de...
- 57:49Quand moi je parle de mettre les besoins avant les fins,
- 57:52c'est un changement de paradigme total.
- 57:53Et ce qui est intéressant,
- 57:54c'est qu'à la fois du côté technocritique dur,
- 57:57moi je passe un peu pour un social-démocrate,
- 57:59parce qu'on me dit « Oui,
- 58:00mais bon,
- 58:01tu composes avec l'industrie,
- 58:02donc t'es pas un vrai technocritique,
- 58:04etc. »
- 58:05Et quand on parle au reste du camp technosolutionniste,
- 58:08En fait,
- 58:08c'est déjà complètement révolutionnaire.
- 58:09Ce qu'on projette quand on dit qu'il faut gouverner par les besoins,
- 58:13les techniques,
- 58:14par exemple avoir des data centers publics en France sur lesquels peuvent se greffer des coopératives et non pas des entreprises toutes capitalistes,
- 58:22il pourrait y en avoir certaines,
- 58:24c'est déjà la révolution bolchevique en fait.
- 58:26Moi,
- 58:26je pense qu'il y a un chemin de traverse qui est très étroit,
- 58:29qui est plein de compromissions,
- 58:32mais qui n'est pas impossible à adresser pour ne pas éteindre toutes les technologies.
- 58:37continuer à avoir ce dont on a besoin,
- 58:39tout en ne fuitant pas complètement vers la destruction totale de la planète.
- 58:44J'entends au sens écologique,
- 58:46environnemental et social du terme.
- 58:48Mais encore une fois,
- 58:49je mature aujourd'hui ces sujets-là,
- 58:50je l'ai dit un peu dans la précipitation,
- 58:53je termine à peine le bouquin qui sortira l'année prochaine,
- 58:55et j'essaierai d'être plus précis sur tout ça.
- 58:58Et je prendrai beaucoup de plaisir à le lire et je pense qu'on pourra d'ailleurs faire un épisode dessus.
- 59:03Donc ce sera intéressant d'avoir la continuité de cet épisode.
- 59:07Alors on arrive à la fin de l'épisode du jour.
- 59:09Ce que je te propose de faire,
- 59:11comme je le propose à tous les intervenants et intervenantes,
- 59:13c'est d'avoir une petite phrase,
- 59:15une petite maxime,
- 59:16une petite citation qui rassemble,
- 59:18synthétise les grandes idées qu'on a pu en fait échanger durant cette heure passée ensemble et j'ai l'impression que cette phrase est déjà prête.
- 59:28Oui,
- 59:29je crois que moi,
- 59:30la phrase qui guide beaucoup mes réflexions,
- 59:33c'est vraiment le « pas pour nous sans nous » ,
- 59:35c'est-à-dire qui vient plutôt d'ailleurs du milieu du handicap où des solutions sont imposées sans qu'on écoute les principales personnes concernées par ces besoins,
- 59:47mais qui se traduit,
- 59:48je trouve très bien finalement,
- 59:50à une façon correcte de gouverner aujourd'hui les technologies.
- 59:55Penser aux personnes qui sont impactées.
- 59:58ça n'épuise pas la question,
- 59:59ça ne résout pas la question mais c'est déjà pas mal
- 1:00:04Irénée merci beaucoup pour cet épisode j'espère que tu as toujours envie de continuer l'aventure avec moi et de proposer les deux autres par la suite chers auditeurs,
- 1:00:16chères auditrices je te souhaite une très très belle journée et on se retrouve dans deux semaines pour le prochain épisode de Science,
- 1:00:23Art et Curiosité le podcast du Mulemonce belle journée à tous,
- 1:00:26Irénée,
- 1:00:26à très bientôt
- 1:00:35Merci.
- 1:00:57ou sur la page Facebook des
- 1:01:00Mumeons.