Latest / Québécois et Canadien / Antoine Dionne Charest : Libertés individuelles vs bien commun
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- 0:12Bonjour et bienvenue au podcast Québécois et
- 0:14Canadien où on discute des enjeux de notre pays.
- 0:16Aujourd 'hui, on reçoit Antoine Diane Charest,
- 0:18militant au PLQ et consultant. On a discuté notamment
- 0:21du rôle de l 'État et de laïcité. Bon épisode.
- 0:24Antoine Diane Charest, bonjour! Bonjour. Merci
- 0:26d 'avoir accepté l 'invitation. Merci d 'avoir
- 0:28invité. J 'ai donné un petit peu de contexte
- 0:30pour l 'entrevue. Initialement, on peut se situer.
- 0:34Je t 'avais approché pour que tu viennes parler
- 0:35de fédéralisme. Puis là, je suis tombé par hasard
- 0:37sur ta thèse au doctorat. C 'est vraiment trop
- 0:40intéressant comme sujet pour que je passe à côté.
- 0:43Une minorité de gens, je ne sais pas, c 'est
- 0:45quand même assez complexe comme sujet, mais j
- 0:47'ai trouvé ça vraiment intéressant. Je me suis
- 0:48dit que ça va apporter un savoir un peu différent
- 0:50de ce qu 'on discute d 'habitude. Puis, un des
- 0:53sujets que je trouve intéressant à aborder là
- 0:55-dedans, c 'est la place que l 'État peut prendre
- 0:57dans la définition du sens, disons, pour les
- 1:00individus. Alors, explique -moi ça. C 'est quoi
- 1:03le rôle de l 'État quand on n 'a plus de religion
- 1:05pour, essentiellement, nous dire quoi faire dans
- 1:08notre vie? Ben, on a tendance à penser aujourd
- 1:12'hui que l 'État n 'a rien à voir avec la manière
- 1:14dont on donne un sens à notre vie. Je pense que...
- 1:17On vit dans des sociétés qu 'on appelle libérales
- 1:19et démocratiques. Dans des sociétés libérales
- 1:21et démocratiques, on tient pour acquis que l
- 1:23'État nous assure des services de base, la sécurité,
- 1:27la police, le système de justice et d 'autres
- 1:29services publics, puis l 'autre côté qui va nous
- 1:31assurer un régime de droit. Autrement dit, l
- 1:33'État, il protège nos droits puis il nous assure
- 1:35des services publics. Moi, dans ma thèse, je
- 1:38pousse la réflexion un peu plus loin. Je parle
- 1:41du constat qu 'on vit dans ce qu 'on appelle
- 1:43des sociétés séculiaires. Séculiaire, c 'est
- 1:45un terme qu 'on connaît moins dans le public
- 1:47qui veut dire qu 'auparavant, tout était organisé
- 1:50par la religion. La politique, la vie familiale,
- 1:54la vie en société. C 'est plus le cas aujourd
- 1:56'hui. La religion, c 'est devenu une option morale,
- 1:59spirituelle parmi d 'autres. Mais dans cette
- 2:02société -là qu 'on appelle séculiaire, où la
- 2:04religion est devenue une option parmi d 'autres,
- 2:05par laquelle on peut donner un sens à sa vie,
- 2:08Ben, ça crée toutes sortes de malaise. Alors,
- 2:10par exemple, il y a plein de conceptions religieuses
- 2:13aujourd 'hui, plein de conceptions morales. Il
- 2:15y a des gens qui sont athées, il y a des gens
- 2:16qui sont déistes, il y a des gens qui croient
- 2:19en des spiritualités. Ça, ça crée une forme de
- 2:22fragilisation. Au fond, il y a parfois un manque
- 2:26de repère. Alors ça, c 'est une fragilité morale,
- 2:29si on veut, de nos convictions. L 'autre, c 'est
- 2:32qu 'on vit dans des sociétés individualisées,
- 2:34individualistes, où on a tendance à voir tout
- 2:37ce qui nous est extérieur, l 'État, la communauté,
- 2:40même la famille, comme étant des contraintes.
- 2:43Autrement dit, moi je veux donner un sens à ma
- 2:45vie, c 'est pas vrai que ce que j 'ai pas choisi,
- 2:47ma famille, la communauté dans laquelle je vis,
- 2:50le pays, ça c 'est pas des éléments qui vont
- 2:53donner un sens à ma vie ou du moins je les vois
- 2:54de façon un peu hostile. Donc ça c 'est un malaise
- 2:57social, puis finalement un malaise politique.
- 3:00Le malaise moral, il y a plein de conception
- 3:02du bien, plein de conception du sens de la vie,
- 3:06le malaise social, tout ce qui ne revient pas
- 3:09à moi ou qui n 'a pas fait l 'objet d 'un choix,
- 3:12je suis hostile à ça ou je considère que ça ne
- 3:15peut pas faire partie du sens de ma vie, ce n
- 3:16'est pas moi qui l 'ai choisi, ça fait en sorte
- 3:18qu 'il y a des principes qui organisent notre
- 3:20vie commune et politique qui s 'effritent. Au
- 3:22fond... on n 'est plus trop sûr, parfois, des
- 3:25principes sur lesquels repose l 'État, la façon
- 3:27dont on organise la société. Alors, dans cet
- 3:30univers -là, qu 'on appelle séculier, la question
- 3:32qui se pose, c 'est s 'il y a tel et tel malaise,
- 3:35s 'il y a plein... Est -ce que l 'État a un rôle
- 3:37à jouer qui va, au -delà de assurer notre sécurité,
- 3:41puis nous délivrer des services publics de base?
- 3:42C 'est un peu ça le point de départ. En fait,
- 3:47j 'essaie d 'aborder deux questions différentes.
- 3:49Habituellement, quand on pense à État et gouvernement,
- 3:51on ne pense pas à l 'État peut aider à donner
- 3:52un sens à ma vie. On ne pense pas à ça. Mais
- 3:54il le fait indirectement ou directement? Il le
- 3:57fait indirectement, puis un exemple tout bête,
- 3:59quand l 'État subventionne les arts et la culture.
- 4:02Il le fait parce que les arts et la culture,
- 4:04c 'est important. Mais il ne se contente pas
- 4:05simplement de financer les arts et la culture.
- 4:07N 'importe quel art, n 'importe quel culture.
- 4:10Oui, exact. Oui, il va faire des choix. Quand
- 4:13l 'État nous dit l 'environnement, la transition
- 4:15écologique, c 'est important au nom de la planète.
- 4:18Quand il finance une campagne pour de saines
- 4:21habitudes de vie, c 'est qu 'il pense qu 'être
- 4:22en forme et bien s 'alimenter, c 'est mieux que
- 4:24de manger des aliments qui font en sorte qu 'on
- 4:26n 'est pas en forme. Une réforme dans le milieu
- 4:29de l 'éducation avec certaines valeurs ou un
- 4:32vivre ensemble qui est vite avant aussi, ça influence
- 4:35nos valeurs et notre façon d 'être. Oui, puis
- 4:37habituellement l 'État va promouvoir de saines
- 4:39habitudes de vie, il va promouvoir la culture,
- 4:41il va financer les arts, il va financer une pluralité
- 4:44de choses, pas simplement une conception parce
- 4:47que si l 'État finançait juste une conception
- 4:49de ce qu 'était le bien et la société, ça ce
- 4:52serait un retour en arrière vers une société
- 4:53qui n 'est pas séculière. Parce que... Oui, puis
- 4:57pour avoir moi -même au niveau philosophique,
- 4:59disons, fait différents constats à travers les
- 5:01années. Il y a un philosophe, je me souviens
- 5:03plus si c 'est lequel, qui avait dit que, tu
- 5:05sais, on est dans un champ, essentiellement.
- 5:06T 'es mis dans le milieu d 'un champ, puis il
- 5:09n 'y a pas de bonne ou de mauvaise direction
- 5:10de te déplacer dans ce champ -là. Il y a juste
- 5:13un champ, puis c 'est toi qui décides, puis tout
- 5:14le monde peut aller d 'une direction, toi tu
- 5:16peux aller dans une autre. Fait qu 'à première
- 5:18vue, il y a un sentiment de liberté qui vient
- 5:19avec ça. Mais c 'est sûr que ça vient... avec
- 5:23une certaine pression, disons, ou un stress ou
- 5:27une anxiété. Je pense que c 'est les existentialistes
- 5:32qui parlaient de ça, l 'angoisse de devoir faire
- 5:34des choix par rapport à ça. Puis la façon que
- 5:37je vois un peu ce que tu expliques, c 'est que
- 5:38la société fait une route. Elle pave une route
- 5:42qu 'elle pense que les gens devraient utiliser.
- 5:45Il y a des gens qui décident de ne pas l 'emprunter,
- 5:47puis là, l 'État peut décider... pour quelles
- 5:50raisons les personnes doivent rester sur la route
- 5:52où ils sont libres de débarquer de la route.
- 5:54Mais ultimement, l 'État a fait cette route -là
- 5:57dans le champ et a décidé que nous, on allait
- 5:58par là -bas. Et peut -être que dans une autre
- 6:01société avec des valeurs différentes, la route
- 6:03dans ce même champ -là serait différente. Mais
- 6:06je pense qu 'il faut être conscient que l 'État
- 6:08a fait un choix de faire une route puis a fait
- 6:10le tracé de la route également à travers ses
- 6:13institutions, à travers ses valeurs, à travers
- 6:15tout ça. Puis avant, la route était faite par
- 6:17l 'Église catholique. Là, maintenant, elle n
- 6:18'est plus. Puis ce que je trouve intéressant
- 6:20dans le contexte où on se retire de la religion,
- 6:24c 'est que là, puis surtout avec une augmentation
- 6:26d 'immigration, disons, une immigration avec
- 6:28des valeurs différentes. Je pense que tant que
- 6:31c 'était de l 'immigration, disons, chrétienne,
- 6:34les valeurs sont globalement les mêmes, pareil,
- 6:36au niveau, tu sais, c 'est judo -chrétien, on
- 6:37a toutes la même base religieuse. Là, t 'arrives
- 6:40avec des valeurs différentes, des valeurs asiatiques,
- 6:42par exemple, au niveau religieux ou spirituel,
- 6:45des valeurs musulmanes ou arabes. Et là, ce n
- 6:49'est plus les mêmes valeurs. Bon, du coup, il
- 6:51y a des différences dans les principes de ces
- 6:52valeurs -là. C 'est sûr que là, je pense que
- 6:54tu parles d 'un certain clash ou d 'un malaise
- 6:59ou d 'un inconfort par rapport à ces différentes
- 7:01façons de voir le monde aussi. Oui, puis je pense
- 7:06qu 'on va en parler, mais... Là, l 'État doit
- 7:09penser à des politiques ou des arrangements institutionnels
- 7:12qui vont permettre à des gens qui n 'ont pas
- 7:14les mêmes convictions religieuses, morales ou
- 7:16philosophiques de coexister ensemble. Comment
- 7:19on fait pour arriver à des principes qui, malgré
- 7:21le fait qu 'on n 'est pas tous d 'accord et qu
- 7:22'on n 'a pas la même conception de la vie, on
- 7:24peut coexister, collaborer, coopérer dans la
- 7:28même société ensemble? Et ça, c 'est un défi.
- 7:31C 'est un véritable défi parce que là, on ne
- 7:33vit pas simplement dans une société où il y a
- 7:35plusieurs religions. On vit dans une société
- 7:37où il y a plusieurs convictions morales, spirituelles
- 7:40et on peut le voir comme quelque chose de fragmenté
- 7:43ou du pluralisme. Souvent le terme qu 'on utilise
- 7:45c 'est on vit dans des sociétés qui sont pluralistes
- 7:47et le défi c 'est comment construire une culture
- 7:50commune, une société où on veut tous vivre ensemble.
- 7:54Alors on peut le faire avec des principes abstraits,
- 7:56ça peut être le droit, ça peut être la liberté,
- 7:59mais on le fait aussi par la culture. Et au Québec,
- 8:01ça passe aussi par la langue. La langue, c 'est
- 8:04pas simplement quelque chose qui est particulier
- 8:07à un groupe, le groupe francophone majoritaire.
- 8:09La langue, c 'est aussi quelque chose qui permet
- 8:10d 'intégrer. Donc il y a des principes d 'un
- 8:13côté, mais il y a aussi une culture de l 'autre.
- 8:15Puis généralement, l 'État doit composer avec
- 8:18les deux. Mais c 'est un véritable défi aujourd
- 8:21'hui, puis ça va continuer de l 'être, tant et
- 8:23aussi longtemps qu 'on va vivre dans une société
- 8:25séculière où simplement, il y a des gens qui
- 8:27ont toutes sortes de croyances. Donc, une religion,
- 8:31pas une religion, un État qui était calqué sur
- 8:34l 'Église ou la volonté, disons, ou les valeurs
- 8:36de l 'Église, l 'Église n 'est plus là, l 'État
- 8:39se cherche. Comment est -ce que l 'État peut
- 8:43décider, que ce soit un État québécois ou canadien,
- 8:46peu importe, comment un État pourrait potentiellement
- 8:48décider sur quoi intervenir et comment intervenir
- 8:54dans la définition, disons, des valeurs communes?
- 8:56Ben, l 'État... L 'État a deux défis. Parce que
- 9:01d 'un côté, on vit dans des sociétés où chacun
- 9:02d 'entre nous, toi et moi, avons des droits égaux.
- 9:06On a des droits, des libertés fondamentales,
- 9:08la liberté d 'expression, la liberté d 'association,
- 9:10le droit de vote, par exemple. Chacun d 'entre
- 9:13nous avons des droits individuels. Mais de l
- 9:16'autre côté, on appartient aussi à une communauté.
- 9:20Alors oui, dans une société, il y a différents
- 9:21groupes, il y a différentes communautés, mais
- 9:23il y a bien une société. Au Québec, on parlait
- 9:25aussi d 'une nation. Alors l 'État, lui, doit
- 9:28trouver le point d 'équilibre entre les deux.
- 9:30Il doit, d 'un côté, assurer des droits et libertés,
- 9:33puis de l 'autre, faire la promotion d 'une culture
- 9:36commune. Puis c 'est bien le défi au Québec,
- 9:38parce qu 'en plus on est minoritaire, on est
- 9:41la seule juridiction francophone en Amérique
- 9:43du Nord, il y a d 'autres francophones au Canada
- 9:45également, mais ça nous pose un défi particulier.
- 9:49Il faut trouver l 'équilibre. Et en passant,
- 9:53là... Il y a ce qu 'on appelle au Québec un phénomène
- 9:55d 'insécurité culturelle. Le simple fait d 'être
- 9:58minoritaire dans un océan anglophone, d 'être
- 10:01minoritaire, d 'être francophone dans un océan
- 10:03anglophone fait en sorte qu 'on est régulièrement
- 10:06amené à penser. à réfléchir à la manière dont
- 10:09on peut se protéger, s 'épanouir, faire la promotion
- 10:11de notre culture. Mais le phénomène d 'insécurité
- 10:14culturelle qu 'on vit, c 'est intéressant. Les
- 10:16autres grandes démocraties les vivent. La France,
- 10:18l 'Allemagne, la Grande -Bretagne, les États
- 10:20-Unis. Mais nous, on a une expertise là -dedans
- 10:22d 'une certaine façon. Ça fait 400. Oui, ça fait
- 10:26partie de notre culture. Puis on essaie constamment
- 10:28de trouver l 'équilibre. Mais je pense que ça
- 10:32serait un faux dilemme de penser qu 'on vit ou
- 10:34bien dans une société où on a que des droits
- 10:35et libertés d 'un côté puis il n 'y a rien d
- 10:37'autre. Ça, c 'est pas une société. Ou bien,
- 10:40il n 'y aurait qu 'une seule culture commune,
- 10:41bien là, on sort un peu d 'une société dite libérale,
- 10:44mais il faut trouver un équilibre. Et au Québec,
- 10:46on est constamment à la recherche de cet équilibre
- 10:48-là. Moi, parce que je pense qu 'on regarde deux
- 10:51gouvernements, puis tu peux me corriger, mais
- 10:53disons, Maurice Duplessis et Philippe Couillard
- 10:56avaient pas les mêmes conceptions de ou est -ce,
- 11:00ou sur l 'échelle communautariste, je pense,
- 11:02puis libérale, on devait être là. Ben non, parce
- 11:06qu 'il y a une grande évolution entre l 'époque
- 11:08de Maurice Duplessis, le drapeau du Québec, dans
- 11:12lequel il y a une croix par ailleurs, le bleu,
- 11:14qui rappelle l 'appartenance à la royauté France,
- 11:17à la métropole. Mais on a évolué. On a grandement
- 11:23évolué. Il y a eu un processus qu 'on appelle
- 11:26de laïcisation. Il y a bien des institutions,
- 11:28notamment les institutions de l 'État. Il n 'y
- 11:30avait pas de ministère de l 'Éducation. par exemple.
- 11:33C 'était assez limité, c 'était assez limité
- 11:34ce qui se faisait sous Maurice Duplessis en termes
- 11:37d 'éducation. C 'était principalement le clergé
- 11:39qui était responsable de l 'éducation. C 'est
- 11:41plus le cas aujourd 'hui. Il y a eu un transfert
- 11:43vers l 'État. Donc oui, il y a de grandes différences,
- 11:48mais le dilemme, je pense que c 'est le dilemme
- 11:49du Québec comme c 'est le dilemme de bien des
- 11:51sociétés que tu as décrit tout à l 'heure où
- 11:53tu as plusieurs croyances, plusieurs convictions
- 11:55profondes sur le sens de la vie, c 'est quel
- 11:58va être le rôle de l 'État. Comment peut -il
- 12:01faire pour que ces individus puissent coexister
- 12:04les uns avec les autres? Quel type de politique
- 12:06avons -nous besoin pour d 'un côté cultiver un
- 12:08sentiment d 'appartenance à une société, à une
- 12:10culture commune, tout en respectant les libertés
- 12:13de chacun? Et ça, c 'est un grand défi. Puis,
- 12:17franchement, au Québec, ce débat, on le fait
- 12:19constamment. La CAQ a sa vision, les libéraux
- 12:22ont leur vision, mais QS a sa vision également.
- 12:24Le Parti québécois a sa vision aussi. Moi, je
- 12:27suis plutôt partisan de la vision libérale. À
- 12:30quoi j 'ajouterais, parce que souvent, les libéraux
- 12:33au Québec se font accuser de penser uniquement
- 12:35aux minorités, aux droits... Non, non. C 'est
- 12:37des libéraux québécois. Et dans PLQ, il y a le
- 12:41Parti libéral, Liberté, et il y a Québec. Et
- 12:44c 'est pas l 'un ou l 'autre. C 'est et les libertés
- 12:47des individus et l 'appartenance au Québec. Il
- 12:49faut trouver cet équilibre -là. Alors, ça va
- 12:52au -delà des partis, mais c 'est bien un des
- 12:54grands défis aujourd 'hui, qui n 'était pas le
- 12:56défi de M. Duplessis. Et justement, l 'équilibre,
- 13:02difficile à trouver. Est -ce que... l 'interculturalisme,
- 13:07le modèle d 'intégration qu 'on a historiquement
- 13:09eu au Québec, dans le Québec récent, est -ce
- 13:12que ça peut être une des solutions à cette problématique
- 13:14-là? Oui. Je pense que pour beaucoup de gens
- 13:17encore aujourd 'hui, le mot interculturalisme,
- 13:20ça veut rien dire. Ou ça veut... Définissons
- 13:22-le. Comment as -tu le défini avant? C 'est...
- 13:26À toute fin pratique, c 'est la politique du
- 13:28Québec en matière d 'intégration puis d 'aménagement
- 13:31de la diversité. Intégration, c 'est... la politique
- 13:35par laquelle on intègre les nouveaux arrivants.
- 13:38Aménagement de la diversité, on parlait de vivre
- 13:40dans une société où il y a plusieurs croyances,
- 13:43plusieurs cultures. Au Québec, à toute fin pratique,
- 13:46on a déjà une politique interculturelle où, d
- 13:48'un côté, on fait la promotion d 'une culture
- 13:51commune qui se fait à travers une langue, la
- 13:55langue française, tout en respectant les langues
- 13:56minoritaires, que ce soit celles des Inuits ou
- 13:58des Premières Nations. la communauté anglophone,
- 14:01mais le creuset, la langue publique commune,
- 14:04c 'est le français. Et c 'est la culture francophone
- 14:07également, que ce soit la musique, les arts et
- 14:09la culture. C 'est la reconnaissance de groupes
- 14:11minoritaires également. Et donc, qu 'est -ce
- 14:14qui le distingue de ce qu 'on appelle le multiculturalisme?
- 14:17Qu 'il n 'est pas quelque chose de mauvais en
- 14:18soi, là. Oui, on reconnaît qu 'il y a plusieurs
- 14:22cultures, puis on assure des droits et libertés
- 14:24à ces gens -là. Point. L 'interculturalisme va
- 14:27plus loin. Oui, il y a plusieurs cultures. Oui,
- 14:30on veut assurer les droits et libertés de tout
- 14:32le monde, mais il nous faut une culture commune
- 14:33pour vivre ensemble. Il faut qu 'on y adhère.
- 14:36Il faut qu 'il y ait des principes clairs. Il
- 14:38faut en faire la promotion. Sinon, c 'est juste
- 14:41des idées abstraites. Alors, je pense que ça,
- 14:45il y a une vertu à vie dans une société interculturelle.
- 14:47C 'est un effort de plus qu 'on demande aux citoyens.
- 14:50Il faut cultiver, malgré nos différences, il
- 14:52faut qu 'on cultive une appartenance commune.
- 14:55Alors c 'est la langue, c 'est le respect des
- 14:57libertés individuelles, c 'est la reconnaissance
- 14:59d 'une communauté anglophone. Donc c 'est des
- 15:02principes, je pense, de base qu 'on ne retrouve
- 15:04pas dans le multiculturalisme canadien. Et ça,
- 15:08on mériterait, au Québec, d 'adopter une loi
- 15:11sur l 'interculturalisme pour qu 'une fois pour
- 15:13toute, on puisse fixer des principes clairs par
- 15:16lesquels on va intégrer puis aménager la diversité.
- 15:19Parce que, si on regarde encore là sur l 'échelle
- 15:22communauté ou liberté individuelle, ma compréhension,
- 15:27c 'est que le modèle multiculturel, culturel,
- 15:30met beaucoup, beaucoup d 'accent sur la composante
- 15:32individuelle. Oui. Parce que, puis on voit à
- 15:35travers la Charte, qui est une Charte au Québec,
- 15:37mais qui est aussi une Charte canadienne, puis
- 15:38qui a été adoptée avec une clause de multiculturalisme,
- 15:41puis qui est interprétée par les tribunaux comme
- 15:44mettant l 'individu au cœur de ces décisions
- 15:47-là. C 'est le modèle canadien, mais c 'est sûr
- 15:51qu 'au Québec, avec notre statut minoritaire,
- 15:54il y avait probablement une nécessité de considérer
- 15:57pas juste les individus, mais considérer la communauté
- 15:59ou la nation québécoise aussi dans ce calcul
- 16:02-là. Fait que sur l 'échelle libérale communautaire,
- 16:07communautariste, on est peut -être un petit peu
- 16:08plus proche du communautarisme, sans pour autant
- 16:10dire qu 'on est dans un modèle, disons, où tout
- 16:13le monde, tu sais, comme il n 'y a plus d 'individualité,
- 16:15comme certains modèles... plus républicaine,
- 16:18où on dit essentiellement, regarde, votre religion,
- 16:19c 'est à la maison, on veut pas la voir. On veut
- 16:21aucune distinction, tout le monde pareil. Donc
- 16:24on est vraiment dans un autre, de l 'autre côté
- 16:26du balancier au niveau de la communauté. Et essentiellement,
- 16:29l 'individu n 'est pas important. T 'es membre
- 16:31d 'une communauté, t 'es membre d 'un pays, t
- 16:33'es membre d 'une nation, et c 'est tout. Et
- 16:36de l 'autre côté, t 'as un individu d 'abord
- 16:38et avant tout. Je pense que se trouver cet équilibre
- 16:42-là, puis sur le multiculturalisme généralement,
- 16:45le reproche qui est fait par le Québec, c 'est
- 16:47qu 'on ne tient pas compte dans la politique
- 16:48canadienne en matière de multiculturalisme de
- 16:50la spécificité québécoise. Premier point. Puis
- 16:53le deuxième, c 'est qu 'avec la Charte, les droits
- 16:58individuels et le rôle que vont jouer les tribunaux
- 17:01est devenu tellement important que ça se fait
- 17:04au détriment même d 'une culture commune. puis
- 17:07ça ne tient pas compte, au fond, de la spécificité
- 17:09du Québec. Ça, il y a des débats là -dessus,
- 17:13mais je pense que c 'est souvent le reproche
- 17:15qui est fait. Moi, ce que je trouve bien avec
- 17:17une politique d 'interculturalisme, c 'est qu
- 17:19'on dit clairement que, oui, il faut respecter
- 17:21les droits individuels, mais il y a aussi une
- 17:24culture commune à laquelle on doit appartenir.
- 17:26Il faut respecter les droits des minorités, mais
- 17:29la nation ou la communauté, ce n 'est pas un
- 17:30gros mot, et il faut des principes clairs d 'un
- 17:34côté. Mais il faut aussi cultiver un sentiment
- 17:36d 'appartenance et le commun, puisqu 'on utilise
- 17:39le mot «le commun» de l 'autre côté. Alors moi,
- 17:42de ce point de vue -là, je pense que c 'est ce
- 17:44que les libéraux au Québec en font la promotion
- 17:46depuis plusieurs années. Mais on n 'est toujours
- 17:48pas rendu au stade où on est rendu au stade d
- 17:52'adopter un projet de loi. Mais là, je pense
- 17:53qu 'on serait mûres pour définir clairement les
- 17:56principes d 'intégration. J 'aimerais parler
- 18:00un peu de la loi 21, parce que je pense que c
- 18:01'est un petit peu connexe à ça. C 'est des questions
- 18:05différentes, mais c 'est quand même un côté connexe
- 18:07à tout ça. Une des choses que j 'ai réalisées,
- 18:11disons, en faisant le podcast, en parlant avec
- 18:12des gens de différents horizons, c 'est que moi
- 18:14j 'ai toujours pris pour acquis le droit de la
- 18:16religion. C 'est un droit fondamental, on devrait
- 18:17le respecter. Et assez rapidement, une frange
- 18:21de la communauté qui s 'est opposée à la loi
- 18:2321 a dit, bien, c 'est un embêtement sur le droit
- 18:25de la liberté de religion, donc c 'est une nouvelle
- 18:28loi qui ne respecte pas les droits individuels.
- 18:32Et... Ce qu 'il faut comprendre, je pense, c
- 18:35'est que le droit à la religion, ce n 'est pas
- 18:38un droit universel qui est pareil dans toutes
- 18:40les sociétés. C 'est un droit fondamental, qui
- 18:43vient avec différentes composantes, je pense,
- 18:45qui sont reconnues à travers le monde. Là, je
- 18:49ne les nommerai pas toutes parce que je ne suis
- 18:50pas un spécialiste de droit à la religion, mais
- 18:52il y a des composantes de base. Mais par exemple,
- 18:54la question des signes religieux, ce n 'est pas
- 18:56vrai que... En France, si on a la même conception
- 18:59du droit à la religion qu 'en Angleterre, qu
- 19:01'en Belgique, qu 'en Suisse, qu 'en Italie, des
- 19:05dispositions comme on a adoptées par exemple
- 19:07pour empêcher le port de signes religieux pour
- 19:09les fonctionnaires, ça se fait dans d 'autres
- 19:11pays. Ce que je reproche par exemple à la CAQ
- 19:14dans tout ce débat -là, c 'est qu 'à place d
- 19:16'avoir une discussion collective sur quelle place
- 19:19la religion devrait avoir au Québec, puis de
- 19:21vraiment se poser la question Est -ce que, un
- 19:24peu comme on l 'a fait avec Bouchard -Taylor,
- 19:26puis l 'amener une étape de plus pour légiférer
- 19:29en fonction de tout ça, à la place d 'avoir cette
- 19:32question -là, je veux pas dire désintéressée,
- 19:35mais dépolitisée le plus possible, peut -être
- 19:37avoir une approche transpartisane, un peu comme
- 19:38on l 'a fait avec certaines questions sur la
- 19:40charte, par exemple, ou l 'aide médicale à mourir,
- 19:42se poser la question c 'est quoi la place de
- 19:43la religion dans notre société aujourd 'hui,
- 19:45maintenant que le catholicisme n 'est plus aussi
- 19:48présent? puis vraiment de trancher un certain
- 19:50endroit, ça aurait certainement créé des conflèques
- 19:53la Charte canadienne, puis on aurait pu parler
- 19:54d 'utiliser la clause dérogatoire à cause de
- 19:58cette composante de multiculturalisme puis de
- 19:59la vision anglo -saxonne, disons, du droit à
- 20:02la religion. Mais là, on a vraiment dit, bien,
- 20:03si vous êtes contre la loi 21, vous êtes contre
- 20:05la laïcité. Et j 'ai l 'impression qu 'on a comme
- 20:07un peu escamoté tout ce débat -là sur c 'est
- 20:10quoi la place de religion au Québec? Oui, on
- 20:12a escamoté ce débat -là pour les raisons que
- 20:14tu invoques, mais parce que le gouvernement de
- 20:16la CAQ a répété pendant des années que si on
- 20:19était contre la loi 21, on n 'était pas simplement
- 20:22contre la laïcité, contre les politiques du gouvernement
- 20:25de la CAQ, on était contre les valeurs du Québec.
- 20:27Autrement dit, on était contre le Québec. Vivre
- 20:30dans un environnement où les termes du débat
- 20:31sont, si t 'es contre moi, alors t 'es contre
- 20:34tout le monde, puis t 'es contre les Québécois,
- 20:36c 'est pas un débat, ça. Ça, c 'est pas cultiver
- 20:38un débat, c 'est être dogmatique voire autoritaire.
- 20:41Alors, je pense que pour la plupart des gens,
- 20:44au Québec, Il n 'y a pas de débat concernant
- 20:48la laïcité de l 'État. Il y a une majorité de
- 20:51Québécois qui sont favorables à la laïcité de
- 20:53l 'État. D 'abord, la laïcité, c 'est quoi? La
- 20:55laïcité, c 'est un mécanisme ou une politique
- 20:57qui permet la coexistence des cultes, des croyances
- 21:00religieuses, principalement. Ensuite, la laïcité,
- 21:04ça repose sur les mêmes principes, que ce soit
- 21:06en France, en Angleterre, aux États -Unis, au
- 21:08Québec. La liberté de conscience, l 'égalité.
- 21:12La neutralité de l 'État par rapport à toutes
- 21:14les croyances religieuses et la séparation de
- 21:17l 'État d 'un côté et de la religion de l 'autre.
- 21:21Il n 'y a pas de débat de fond ou d 'opposition
- 21:24de fond, je pense, au Québec. Il n 'y a personne
- 21:26qui rejette la liberté, l 'égalité, la séparation
- 21:30et la neutralité. C 'est dans l 'application
- 21:33de la laïcité que là, ça se corse. C 'est quand
- 21:35on se dit bon, ça prend quelle forme les principes.
- 21:38ces fameux grands principes sur lesquels on est
- 21:40d 'accord, ça prend quelle forme concrètement.
- 21:43Et c 'est là où il y a un débat. C 'est là où
- 21:45il y a un débat qui est tout à fait normal. Et
- 21:48c 'est pour ça que ce qui n 'est pas normal,
- 21:50c 'est de dire, si t 'es contre ma version de
- 21:51la laïcité, ben t 'es contre la laïcité et t
- 21:52'es contre le Québec. Non. Ça, c 'est pas un
- 21:54débat. Ça, c 'est du dogmatisme. Tu veux assimiler
- 21:59le Québec. C 'est ça, exactement. C 'est un peu
- 22:02ridicule. Non, mais si c 'est ça, les termes
- 22:04du débat, ben là, on n 'est pas en démocratie.
- 22:06D 'ailleurs, il y a plusieurs choses qui ont
- 22:07gêné. bien des Québécois. D 'abord, la loi 21,
- 22:10ils l 'ont adoptée sous Bayonne. Ils ont fait
- 22:13un usage préventif de la disposition des regatoires.
- 22:16Disposition des regatoires, qui est un terme
- 22:18juridique savant qui dit qu 'on va restreindre
- 22:21certaines libertés. Bon. Et on va l 'adopter.
- 22:25Donc, il y a eu à peu près très peu de débats
- 22:27parlementaires. Ils ont utilisé le Bayonne. Ils
- 22:30viennent limiter, ils viennent adopter une loi
- 22:33et qui vient, elle, limiter certaines libertés
- 22:36fondamentales. Ça, c 'est préoccupant. Et il
- 22:39est normal qu 'on ait un débat sur ça. Bon. Alors,
- 22:41c 'est ça qui a dérangé. Donc, moi, je pense
- 22:43qu 'il n 'y a pas de débat fondamental sur l
- 22:45'idée que l 'État doit être laïque et qu 'il
- 22:48doit assurer la liberté de conscience. Moi, je
- 22:50préfère utiliser le terme liberté de conscience.
- 22:52La liberté de croire ou de ne pas croire ou de
- 22:54croire en ça en quoi on veut, point. Et de le
- 22:58faire de façon... de le pratiquer également.
- 23:00puis d 'avoir un État qui est neutre, une séparation.
- 23:03Il n 'y a pas de débat sur ça, il n 'y a pas
- 23:04beaucoup de débat. J 'en connais pas beaucoup,
- 23:06il y en a sans doute là, mais j 'en connais pas
- 23:08beaucoup. Je pense que le débat porte plutôt
- 23:10sur, pour que l 'État soit laïque, doit -il restreindre
- 23:12les libertés fondamentales de certains Québécois?
- 23:15C 'est ça la question. Moi, je pense que non.
- 23:19Je pense que non. La laïcité de l 'État, c 'est
- 23:21demander à l 'État d 'être laïque. C 'est pas
- 23:24demander aux citoyens dans la vie de tous les
- 23:25jours d 'être laïque. Il y a une grande confusion
- 23:28quand on parle de laïcité. On a une conception
- 23:30assez élastique de la laïcité. Et ce qu 'on reproche
- 23:35au gouvernement de la CAQ, c 'est pas d 'avoir
- 23:36adopté une loi qui fait, qui officialise l 'État
- 23:38laïque. C 'est pas ça qu 'on reproche à la CAQ.
- 23:41On lui reproche d 'un côté d 'avoir utilisé la
- 23:43disposition dérogatoire sans avoir fourni de
- 23:45raison. Alors là, quand je dis s 'en avoir fourni
- 23:48de raison, parce que je m 'imagine déjà ceux
- 23:49qui vont s 'époumonner, se scandaliser de ça,
- 23:53en démocratie dire, se contenter de dire la majorité
- 23:56le veut, donc on l 'adopte, c 'est comme dire
- 23:58la majorité des gens ne veulent plus payer de
- 24:00taxes et d 'impôts, donc j 'abolis les taxes
- 24:01et les impôts. Non. Il faut tenir compte de l
- 24:04'opinion de la majorité, mais ça suffit pas.
- 24:06Et puis les droits et libertés individuelles,
- 24:07souvent c 'est pour protéger les minorités et
- 24:09les majorités. Parce qu 'il n 'y en a pas de
- 24:10problème, protéger la majorité. Non, puis ça
- 24:12revient à la discussion initiale qu 'on a eue.
- 24:14On est constamment à la recherche d 'un équilibre
- 24:16entre le respect des droits individuels puis
- 24:18l 'appartenance à une culture puis une société
- 24:19commune. Il dit là, dans ce cas -ci, on vient,
- 24:22moi je pense, bafouer les libertés individuelles
- 24:25pour se doter d 'une politique qui va nous permettre
- 24:27de vivre ensemble. Pourquoi? Moi, je pose la
- 24:29question. Pourquoi? Quel est le besoin? Si le
- 24:34besoin, c 'est, on veut un État neutre, laïque,
- 24:35qui assure la liberté de croire ou de ne pas
- 24:38croire, mais ça, il n 'y a personne qui est contre
- 24:39ça. Il y a à peu près personne au Québec qui
- 24:41est contre ça. Mais si c 'est, on a besoin de
- 24:43la laïcité, donc on va restreindre vos libertés
- 24:45fondamentales, ben oui, ça, ça peut poser un
- 24:48problème. Il n 'est pas normal qu 'il n 'y ait
- 24:49pas de débat. Et quand on commence par s 'accuser...
- 24:53s 'accuser, se donner des noms d 'oiseaux au
- 24:55lieu de parler du débat de fond, c 'est comment
- 24:57on applique la laïcité, pas si la laïcité est
- 24:59une bonne idée ou non, c 'est comment on l 'applique.
- 25:02Et le problème au Québec, c 'est que la CAQ,
- 25:04à bien des égards, a contaminé, comme le débat
- 25:06sur l 'immigration, a contaminé la discussion
- 25:09sur la laïcité. La loi 21, c 'est une loi de
- 25:11la CAQ. C 'est pas la laïcité québécoise. Moi,
- 25:13je pense que le travail de réflexion sur ce que
- 25:15c 'est la laïcité au Québec, la laïcité de l
- 25:17'État, n 'est pas terminé. Il va falloir le...
- 25:20il faut le poursuivre. Je pense que oui, et puis
- 25:23ça va nous amener un peu à parler de l 'État
- 25:24fédéral, parce que je pense que, inévitablement,
- 25:27quand on fera cet exercice -là de définir, disons,
- 25:31de façon plus nuancée, qu 'est -ce que la laïcité
- 25:34au Québec, puis quelle place on veut que la religion
- 25:37est dans notre société, considérant la nouvelle
- 25:40réalité, la croyance qui est différente des gens,
- 25:44puis le pluralisme dont tu faisais état, parce
- 25:47qu 'il y a peut -être des principes dans d 'autres.
- 25:49religion ou d 'autres cultures qu 'on va définir
- 25:52et qui sont rendues dans la culture québécoise,
- 25:54quelque chose qui est adopté et qu 'on veut mettre
- 25:56de l 'avant aussi. On n 'est pas obligé de regarder
- 25:58ce qu 'ils faisaient en 1930 puis se dire c 'est
- 25:59ça notre définition de l 'État. On peut se renouveler
- 26:02comme peuple, nous aussi. Mais quand on va faire
- 26:05ça, je pense qu 'il y a quand même des bonnes
- 26:07chances qu 'il y ait certains, je peux dire l
- 26:10'anglicisme, un clash avec la vision fédérale.
- 26:13Et il y a quand même une chance que les tribunaux
- 26:16fédéraux ne soient pas d 'accord avec notre vision
- 26:18du monde. Et moi, ce que j 'aimerais te demander,
- 26:21c 'est, comme fédéraliste, je pense que ton objectif,
- 26:23c 'est pas de séparer le Québec, c 'est assez
- 26:25clair. Comment est -ce qu 'on interagit justement
- 26:29avec les autres provinces et le fédéral pour
- 26:31réussir à mettre de l 'avant une vision qui serait
- 26:33différente, par exemple, de celle qui est reconnue
- 26:37ailleurs au Canada? Ou peut -être de celle du
- 26:39gouvernement du Parti au pouvoir à Québec depuis
- 26:41les sept dernières années. D 'abord, il faut
- 26:45collaborer et parler. On a un gouvernement à
- 26:48Québec qui, depuis les sept dernières années,
- 26:50a eu assez peu de volonté de collaborer ou d
- 26:52'entreprendre des projets communs avec les autres
- 26:54provinces. La Fédération canadienne, le ciment
- 26:58de la Fédération canadienne, ce sont d 'abord
- 27:00les provinces avant le gouvernement fédéral.
- 27:02Alors, il y a plusieurs conceptions du Canada,
- 27:04mais moi, je fais partie de ceux qui pensent
- 27:06que le ciment du Canada, ce sont d 'abord et
- 27:10avant tout les provinces. Le gouvernement fédéral
- 27:12a un rôle fondamental à jouer. pour ce qui est
- 27:15de la coordination et de l 'unité du pays. Mais
- 27:18ce sont d 'abord les provinces et les principales
- 27:21colonies d 'origine qui se sont mises d 'accord
- 27:23sur la création d 'un État fédéral et non pas
- 27:25l 'inverse. Alors, il ne faut pas se tromper
- 27:27dans la lecture. Le Québec, dans cet ensemble
- 27:30-là, joue un rôle clé parce que le Québec a une
- 27:34volonté d 'autonomie. Le Québec tient mordicus
- 27:37à ce qu 'on respecte. l 'esprit de la Constitution
- 27:40et les principaux articles, je parle de 91 à
- 27:4292, qui dit le fédéral s 'occupe de X, les provinces
- 27:44s 'occupent de Y. Il y a d 'autres provinces
- 27:48qui sont du même avis que nous, l 'Alberta, la
- 27:51Saskatchewan. Il y a plusieurs provinces qui
- 27:53sont du même avis que nous, alors il faut collaborer
- 27:55avec les autres provinces, entreprendre des projets
- 27:58communs, ne pas attendre que le fédéral dise
- 28:00oui, non. Il n 'y a rien qui empêche l 'Alberta
- 28:03et le Québec de signer une entente, par exemple,
- 28:05sur l 'énergie. Rien. Absolument rien. Il n 'y
- 28:08a rien qui empêche des provinces comme le Québec
- 28:10et l 'Ontario d 'entreprendre des projets communs
- 28:12en matière de ressources naturelles, de politiques,
- 28:14même à l 'international. Rien. Rien. Rien si
- 28:18ce n 'est qu 'au Québec, certains partis politiques
- 28:23considèrent que ça n 'est pas important. Donnez
- 28:25un exemple. Au Québec, on a une politique de
- 28:27la francophonie canadienne. Alors oui, on pense
- 28:30que le bilinguisme et les langues officielles,
- 28:32c 'est une responsabilité du fédéral, mais il
- 28:33n 'y a rien qui empêche le Québec. de nouer des
- 28:36alliances, d 'établir des bureaux, de faire la
- 28:38promotion d 'une culture francophone qui va au
- 28:41-delà du Québec au Canada, on l 'a fait. Alors,
- 28:44il faut que le Québec puisse jouer un rôle dans
- 28:46la fédération. Moi, j 'ai tendance à penser que
- 28:49le Canada se porte mieux et que le Québec se
- 28:51porte mieux quand le Québec joue un rôle de leader
- 28:53dans la fédération, quand il entreprend des partenariats,
- 28:56quand il noue des partenariats. Par exemple,
- 29:00moi, ce n 'est pas mon parti politique, mais
- 29:02quand je vois une entente sur l 'énergie entre
- 29:04Québec et Churchill Falls, c 'est -à -dire entre
- 29:06le Québec et Terre -Neuve, je trouve que c 'est
- 29:08bon. C 'est bon parce qu 'on a besoin de produire
- 29:10davantage d 'électricité, mais c 'est bon parce
- 29:12qu 'on renforce les relations entre le Québec
- 29:15et Terre -Neuve. Alors, on n 'a pas besoin constamment
- 29:18d 'attendre que le fédéral agisse. Les provinces
- 29:21ont une très grande marge de manoeuvre et peuvent
- 29:23faire... beaucoup, beaucoup ensemble. Pourquoi
- 29:27est -ce que c 'est à l 'avantage du Québec d
- 29:30'être dans la fédération? C 'est un marché commun,
- 29:32c 'est un bouclier, une protection. C 'est deux
- 29:37langues officielles, puis plus fondamentalement
- 29:39pour le Québec, parce que c 'est souvent le reproche
- 29:41qui est fait aux fédéralistes, c 'est que vous
- 29:42n 'avez pas grand -chose à dire sur pourquoi
- 29:44vous êtes fédéraliste. Le Canada, c 'est la meilleure
- 29:46condition de survie d 'épanouissement du peuple
- 29:48québécois. Voilà. Survie, c 'est que ça nous
- 29:51a permis de bâtir des institutions, de construire
- 29:54un état providence, de nouer des alliances. On
- 29:58est plus fort politiquement en Amérique du Nord
- 30:01et dans le monde parce qu 'on s 'inscrit dans
- 30:03l 'ensemble canadien. Et épanouissement parce
- 30:06qu 'on n 'est plus en mode survie. On s 'est
- 30:09épanoui et d 'ailleurs, on est souverain sur
- 30:12les principaux champs de compétences. Je vais
- 30:14le dire très clairement. Pour moi, le Québec
- 30:17est souverain dans les domaines essentiels de
- 30:19son existence. Ça veut dire quoi? L 'éducation
- 30:22en est responsable, donc la transmission de la
- 30:23langue, de la culture, de l 'histoire, c 'est
- 30:26nous. Les services publics essentiels auprès
- 30:28de la population, la santé, l 'éducation, les
- 30:30services publics, c 'est le Québec. Dans tous
- 30:33les domaines fondamentaux de l 'existence du
- 30:35peuple québécois, nous sommes déjà souverains.
- 30:38Alors si on veut se renforcer... on doit travailler
- 30:42davantage avec les provinces, puis ça inclut
- 30:44le gouvernement fédéral. Historiquement, je trouve
- 30:47que le Québec a assez bien sorti son épingle
- 30:50du jeu, puis oui, il y a des injustices, il y
- 30:54a des moments dans l 'histoire où on a échoué,
- 30:57ce serait trop facile de dire l 'inverse, mais
- 30:59le Québec a assez bien sorti son épingle du jeu.
- 31:01Alors, face au gouvernement fédéral, je reviens
- 31:03à la question initiale. Moi, je ne vois pas pourquoi
- 31:07les tribunaux ou le gouvernement fédéral auraient
- 31:09une quelconque objection à ce que le Québec se
- 31:11date d 'une loi qui dit clairement un État laïque.
- 31:15Mais on n 'a pas besoin du fédéral pour nous
- 31:17dire que c 'est un problème de restreindre les
- 31:20libertés fondamentales des Québécois sans leur
- 31:21donner des bonnes raisons. Et probablement que
- 31:24si on avait fait l 'exercice de façon... Là,
- 31:25on le saura jamais, tant ou si longtemps que
- 31:27la clause dérogatoire reste, parce que les tribunaux
- 31:29ne peuvent pas se prononcer sur la question,
- 31:30mais ils peuvent le faire. En tout cas, on verra
- 31:32ce que la Cour suprême va dire sur ce qui peut
- 31:34prendre des jugements de principe. Mais moi,
- 31:38je fais partie de ceux qui pensent que si on
- 31:40avait fait un exercice clair, qui expliquait
- 31:43pourquoi, dans la société québécoise, la place
- 31:46de la religion, pour les emplois et de l 'État,
- 31:48par exemple, c 'était X ou c 'était Y... puis
- 31:51que ça avait eu un certain consensus social.
- 31:53Je pense qu 'on aurait des arguments en plus
- 31:55pour justifier que dans une société libérée démocratique,
- 31:59c 'était une limite aux droits individuels qui
- 32:02était acceptable. En tout cas, on verra ce que
- 32:05ça donne. Je pense qu 'il faudrait faire cet
- 32:07exercice -là. Mais même si, exemple, ils concluaient
- 32:10que ce n 'était pas parce qu 'on a toujours d
- 32:11'autres outils, dont la clause de regatoire,
- 32:13je pense que la société québécoise n 'aurait
- 32:14pas de problème si c 'est un vaste consensus
- 32:16social, puis qu 'il y a un buy -in, puis qu 'on
- 32:20prend la peine de parler aux différentes communautés
- 32:22qui sont affectées pour leur expliquer pourquoi
- 32:24est -ce qu 'on met certaines restrictions à leurs
- 32:26droits individuels. Je pense qu 'après ça, utiliser
- 32:29la clause de regatoire, ça pourrait être un outil,
- 32:31mais... Mais il faut faire l 'exercice. J 'ai
- 32:34un bémol parce que moi, je te rejoins parfaitement
- 32:36sur l 'importance que le gouvernement puisse
- 32:38communiquer, avancer des raisons et dire aux
- 32:41Québécois pourquoi ils utilisent la disposition
- 32:44dérogatoire. Moi, je considère que ça n 'a pas
- 32:45été fait pour la loi 21 et la loi 96. Ça, je
- 32:50suis entièrement d 'accord sur ce point -là,
- 32:54mais la disposition dérogatoire, c 'est une mesure
- 32:56d 'exception. Ce n 'est pas une norme. Et la
- 32:59disposition dérégatoire, quand on parle de la
- 33:01charte québécoise, permet d 'aller... en fait,
- 33:06permet de restreindre l 'essentiel des libertés
- 33:08fondamentales au Québec. Et ce qui est préoccupant,
- 33:11c 'est que si toi, t 'as un parti politique,
- 33:13t 'as une majorité à l 'Assemblée nationale,
- 33:14tu vas adopter une loi... Et puis, tu veux restreindre
- 33:18l 'ensemble des libertés fondamentales qui sont
- 33:20dans la charte québécoise. Je répète, la charte
- 33:22québécoise, on met la charte canadienne de côté,
- 33:24la méchante charte canadienne. La charte québécoise,
- 33:27tu as juste besoin d 'un vote majoritaire à l
- 33:28'Assemblée nationale. Moi, ça, ça m 'inquiète.
- 33:31Ça m 'inquiète. Parce que je suis d 'accord avec
- 33:33toi, il faut qu 'il y ait un débat. Il faut qu
- 33:34'il y ait un échange de raisons. Il faut que
- 33:36le gouvernement puisse communiquer clairement
- 33:38auprès de la population les raisons pour lesquelles
- 33:40il utilise la disposition des regatoires. Et
- 33:43il croit que c 'est absolument essentiel. Mais
- 33:46cet exercice -là dont tu parles, il n 'a pas
- 33:48été fait. Et moi, je ne suis pas du tout d 'accord
- 33:51avec ceux qui disent qu 'il a été fait. Il n
- 33:52'a pas été fait. Et c 'est toujours le même argument
- 33:55très dangereux qui consiste à dire, oui, bien,
- 33:58il y a une majorité qui le souhaite, donc on
- 34:01le fait. Non. Il y a une majorité de Québécois
- 34:02qui sont pour la laïcité de l 'État. pas l 'usage
- 34:05de la disposition des regatoires. Alors, il faut
- 34:08un débat. Et moi, je suis d 'accord avec toi,
- 34:10on n 'a pas atteint. C 'est pour ça que je pense
- 34:11que c 'est un travail, puis c 'est une réflexion
- 34:13qui va se poursuivre. Puis, pour revenir à la
- 34:15Charte québécoise, moi, je pense qu 'on ne devrait
- 34:17jamais utiliser la clause des regatoires pour
- 34:19la Charte québécoise. C 'est notre texte, c 'est
- 34:21nos valeurs, c 'est notre document. Si on a un
- 34:24problème avec la Charte québécoise, on devrait
- 34:26la modifier, puis encore là que ça soit fait
- 34:28avec un certain consensus. pas juste deux parties,
- 34:32vraiment qu 'il y ait une acceptation sociale
- 34:34de pourquoi on fait ces modifications -là. Je
- 34:36pense qu 'une des choses qu 'on pourrait faire,
- 34:37puis on verra si ça se fera éventuellement, mais
- 34:39d 'intégrer une clause de société distincte dans
- 34:41notre propre charte, je pense que c 'est quelque
- 34:42chose qui pourrait être intéressant de faire,
- 34:45pour influencer les tribunaux dans l 'interprétation
- 34:47de cette charte -là, parce qu 'il n 'y a rien
- 34:49qui nous empêche de le faire. Il n 'y a rien
- 34:50qui nous empêche de clairement indiquer dans
- 34:52la charte québécoise. Ils l 'ont fait un peu,
- 34:54mais... pas d 'une façon assez contraignante
- 34:56pour les tribunaux, mais clairement indiquer
- 34:57que l 'ensemble des droits doivent être interprétés
- 35:00au regard de la réalité québécoise. Puis après
- 35:02ça, si la Charte canadienne avec une clause du
- 35:06multiculturalisme décide que ce n 'est pas la
- 35:07même chose, ça, c 'est une autre affaire. Mais
- 35:09pour notre Charte à nous, on ne devrait jamais,
- 35:12je pense, utiliser la clause obligatoire sur
- 35:14une situation d 'urgence, disons -le. Puis ce
- 35:16que je trouve dommage, c 'est que dans tout ce
- 35:18débat -là, justement, vous êtes contre la laïcité,
- 35:20vous êtes contre ici, vous êtes contre ça. Ils
- 35:22n 'ont pas dit à personne qu 'ils avaient mis
- 35:23la clause irrigatoire dans la charte québécoise.
- 35:25Il n 'y a pas ce débat -là. On parle, c 'est
- 35:26pas notre charte, c 'est la charte 1982. On n
- 35:29'a pas signé. Bon, c 'est vrai qu 'on n 'a pas
- 35:30signé la charte fédérale. La charte québécoise,
- 35:32c 'est notre charte qui précède la charte...
- 35:34fédéral d 'ailleurs. La Charte québécoise qui
- 35:36a grandement influencé la réaction de la Charte
- 35:38canadienne aussi. La majorité des gens dont les
- 35:40Québécois étaient d 'accord avec le concept d
- 35:41'une Charte des droits et libertés dans le repatriement
- 35:44de la Constitution. Moi, je trouve que de dire
- 35:47ça n 'a pas d 'allure, on utilise la clause de
- 35:49régatoire, puis après ça, par la porte d 'un
- 35:51arrière, de mettre, je pense que c 'est 1 à 38,
- 35:54tous les droits de la Charte, on en fait fi.
- 35:57Puis après ça, on dit que c 'est anti -québécois
- 35:58d 'être contre la loi. Je trouve que c 'est un
- 36:00peu paradoxal. Parfois, je pense que... On a
- 36:04un... Tu sais, sur ces débats -là, dès qu 'on
- 36:06arrive sur le fond, souvent, là, on a tendance
- 36:08à décrocher. Moi, je le résumerais à la chose
- 36:12suivante. Il n 'est pas normal. Il n 'est pas
- 36:15normal dans notre société que le gouvernement
- 36:17veuille restreindre nos libertés fondamentales
- 36:18sans nous donner des raisons. Point. On ne vit
- 36:21pas dans une démocratie, une démocratie qu 'on
- 36:23dit libérale, quand notre gouvernement prend
- 36:26pas la peine de nous expliquer. d 'argumenter
- 36:28et de nous convaincre que la meilleure façon
- 36:31de vivre ensemble, c 'est de restreindre certaines
- 36:33libertés. Et ça, moi, je le refuse. Alors, c
- 36:38'est pas mal plus simple. On veut restreindre
- 36:40les libertés, on a peut -être des bonnes raisons
- 36:42de le faire, alors donnons ces bonnes raisons
- 36:45et faisons l 'exercice de pédagogie. Sinon, c
- 36:48'est très dangereux. Et c 'est ça, moi, qui m
- 36:51'inquiète. Puis si on a un exemple pas très...
- 36:54assez récent, là, avec la COVID, là, tu sais,
- 36:56on a pris la peine de l 'expliquer, puis tout
- 36:58ça pour que les gens puissent l 'accepter, mais
- 36:59ça a été... ça a limité nos droits individuels,
- 37:02puis tout le monde l 'a senti, là, on l 'a vu,
- 37:03là, c 'est ça, un gouvernement qui restrait nos
- 37:05droits individuels. Mais on s 'attendait à ce
- 37:08qu 'il y ait un exercice d 'explication qui soit
- 37:10fait pour nous dire pourquoi est -ce qu 'on peut
- 37:11pas sortir de chez nous, puis on limitait la
- 37:13liberté de mouvement. Je pense que tout le monde
- 37:15comprenait, il y a peut -être une partie de la
- 37:17communauté qui n 'était pas d 'accord avec les
- 37:18mesures, c 'est correct, c 'était leur droit
- 37:19de le faire. Tout à fait. Puis on peut avoir
- 37:21un débat sur est -ce que c 'était trop restrictif
- 37:23par rapport à d 'autres juridictions. Mais au
- 37:25-delà de ça, c 'est ça, c 'est qu 'on a des droits,
- 37:27des libertés fondamentales de sortir de chez
- 37:30nous à l 'heure qu 'on veut, pour faire ce qu
- 37:31'on veut, puis là on se fait dire tu peux plus
- 37:33faire ça. voici les explications, puis je pense
- 37:36que n 'importe qui qui se fait enlever un droit,
- 37:38que ce soit de porter un signe religieux, ou
- 37:40que ce soit de pratiquer sa religion, faire quoi
- 37:42que ce soit, devrait minimalement se faire expliquer
- 37:44pourquoi on retire ce droit fondamental -là.
- 37:47C 'était très intéressant, puis j 'aimerais ça
- 37:48qu 'on parle un peu, parce que là, évidemment,
- 37:52le Parti québécois veut remettre la question
- 37:54du référendum sur la table. En Alberta... Bon,
- 38:00ça va pas super bien le refaire, mais il essaie
- 38:02de faire un référendum également sur la séparation
- 38:07de l 'Alberta. Je pense qu 'il y a définitivement
- 38:10des tensions dans la fédération canadienne. Puis
- 38:14je pense qu 'on a peut -être perdu de vue ce
- 38:17que tu expliquais, puis on va peut -être parler
- 38:19un peu de Georges de Tarnquartier tantôt si on
- 38:20a le temps, mais la vision décentralisatrice
- 38:22que c 'est des provinces ou en tout cas des colonies
- 38:25qui se sont données un pays plutôt que l 'inverse.
- 38:30Est -ce que le Canada a perdu son mode d 'emploi?
- 38:38Je pense que c 'est en train de changer. Je pense
- 38:41que c 'est en train de changer par la force des
- 38:42choses. Je pense que le fait que les Américains
- 38:46ne soient pas un allié aussi fiable qu 'il ne
- 38:49l 'a déjà été... qu 'il y a un président américain
- 38:52qui s 'amuse, mais là qui a changé, c 'est plus
- 38:54le Canada, le 51e État, mais c 'est le Venezuela.
- 38:56Si on se fie à sa dernière publication sur Truth
- 39:00Social, je pense qu 'on vit à une espèce de moment,
- 39:02les Français appelleraient ça un moment de sursaut.
- 39:05On vit un tournant au Canada. Et ça, ça concerne
- 39:09le Québec, mais pas seulement, où il y a un réveil
- 39:14quant au fait qu 'on a notre principal allié
- 39:16qui est moins fiable et que nous, on doit se
- 39:18prendre en main. Alors ça, c 'est la défense.
- 39:22Et la défense, c 'est important pour une chose
- 39:23toute simple, notre souveraineté. C 'est notre
- 39:26économie, une économie qui est trop dépendante.
- 39:29On va rester en partie dépendante de l 'économie
- 39:32américaine, mais on est largement et trop dépendant
- 39:34de l 'économie américaine. Puis un certain sentiment
- 39:37d 'identification au Canada. Le simple fait qu
- 39:42'après les insultes, les remarques désagréables
- 39:45du président américain, au Québec et ailleurs
- 39:48au Canada, on se soit senti Canadien. Puis je
- 39:50parle pas des huées au hockey, soit je soutiens
- 39:52pas ça. Non, mais franchement, là, je suis pas
- 39:54favorable à ça. Le sentiment, parce qu 'au Canada,
- 39:59on parlait de help us up, mais on aurait pu dire,
- 40:01au Québec, on s 'est comme serré les coudes.
- 40:02On s 'est senti insulté. On s 'est senti insulté.
- 40:06Le mot «on» est important. Nous, comme Canadiens,
- 40:09on a trouvé ça désagréable et on s 'est senti
- 40:11insultés. Et il y a eu un moment de solidarité.
- 40:14Alors, on est à un moment... Alors ça, je pense
- 40:16que c 'est... ça, ça, ça, je pense que c 'est
- 40:20bien... c 'est bien important. Maintenant, le
- 40:22mode d 'emploi, c 'est quoi? Bien, le mode d
- 40:24'emploi, c 'est que les provinces n 'ont pas
- 40:25besoin du fédéral pour entreprendre des projets
- 40:27communs. que ce soit au niveau de l 'énergie,
- 40:29on en parlait tout à l 'heure, que ce soit au
- 40:31niveau politique. Rien n 'empêche, par exemple,
- 40:33le Québec et l 'Alberta de s 'entendre sur...
- 40:35Admettons que le Québec et l 'Alberta veuille
- 40:37renégocier la Constitution canadienne. Ils s
- 40:40'entendent sur un cadre. Ils travaillent ensemble.
- 40:43Ils proposent aux autres partenaires et au gouvernement
- 40:45fédéral. Qu 'est -ce qui empêche ces deux provinces
- 40:46-là de le faire? Rien. Qu 'est -ce qui empêche
- 40:49d 'entreprendre des projets communs? Rien. Qu
- 40:51'est -ce qui empêche même deux premiers ministres
- 40:53de faire des missions économiques à l 'étranger?
- 40:55Rien. Rien, si ce n 'est que la volonté puis
- 40:58du leadership politique. Alors moi, je pense
- 41:01que si c 'est le mode d 'emploi, je ne sais pas
- 41:03si c 'est pas tant le mode d 'emploi que le leadership
- 41:05politique. Ça a l 'air banal, mais ça ne l 'est
- 41:08pas, parce que le leadership, ça veut dire quoi?
- 41:10Ça veut dire que j 'ai choisi de mettre mes énergies
- 41:12sur quelque chose, en particulier. Et donc, non,
- 41:18moi, je pense qu 'il y a un sursaut. Je pense
- 41:21que le Québec doit y participer. Je ne trouve
- 41:22pas que le Québec y a tant participé que ça.
- 41:26Sur les tarifs, la relation avec les États -Unis,
- 41:29il y a deux provinces qui ont été à l 'avant
- 41:30-plan et qui ont fait preuve de leadership. L
- 41:32'Ontario et l 'Alberta. Doug Ford et Daniel Smith.
- 41:36Paul Québec. Pourquoi? Franchement, je ne suis
- 41:39pas capable de me l 'expliquer parce qu 'on est
- 41:41une des provinces qui est les plus concernées
- 41:42par les tarifs du président américain. Que ce
- 41:45soit sur l 'acier, l 'aluminium et le bois d
- 41:48'oeuf, par exemple. Ce n 'est pas normal. Et
- 41:50moi, je m 'interroge parce que je me dis que
- 41:52c 'est pas normal, c 'est bien beau que notre
- 41:53premier ministre aille à Washington, mais il
- 41:57faut qu 'on fasse preuve de leadership. Moi,
- 41:59je pense qu 'on a été aux abonnés absents. Ça,
- 42:01ça m 'inquiète. Parce que ce qui est compliqué,
- 42:04c 'est qu 'au Québec, je pense, c 'est qu 'avec
- 42:07la CAQ, on n 'est pas tout à fait clair si on
- 42:09est fédéraliste ou souverainiste et ça se sent.
- 42:11Eux, on n 'a pas de manuel d 'emploi. Le PQ ne
- 42:14veut pas de manuel d 'emploi parce que le fait
- 42:16de ne pas avoir de manuel d 'emploi, c 'est la
- 42:18recette gagnante. Ils ne veulent pas que ça marche.
- 42:20Il y a du même. Je ne suis toujours pas capable
- 42:22de vous expliquer où il se situe. Et QS reste
- 42:27un parti souverainiste. Donc, il n 'y a qu 'un
- 42:28parti qui propose un modèle d 'emploi. On travaille
- 42:31avec les provinces. On coopère avec Ottawa. Si
- 42:34ça ne fonctionne pas avec Ottawa, on le dit.
- 42:37Et on est prêt à se tenir debout pour défendre
- 42:39les intérêts. Ottawa n 'est pas un gouvernement
- 42:42qui est au -dessus du gouvernement du Québec.
- 42:44C 'est ça la vision fédéraliste. Et on est un
- 42:46pays constitué par des provinces. Ottawa existe
- 42:49parce que les provinces sont d 'accord quant
- 42:51à son existence et pas l 'inverse. Et ça, c 'est
- 42:54très important parce que ça veut dire que quand
- 42:56une province ou plusieurs provinces sont insatisfaites
- 42:59du fonctionnement ou du mode d 'emploi, elles
- 43:01ont le droit de renégocier. Et elles ne devraient
- 43:04jamais s 'excuser ou dire qu 'elles n 'ont pas
- 43:07le droit de le faire. Alors, je pense qu 'on
- 43:08vit un tournant. Je pense que naturellement,
- 43:10les provinces comprennent qu 'elles doivent travailler
- 43:12davantage ensemble. Et ça, c 'est une bonne chose.
- 43:15Alors, je suis plutôt optimiste. Au fond, je
- 43:19pense qu 'il faut remercier les États -Unis.
- 43:22Il faut remercier M. Trump. Et puis, il faut
- 43:24voir ça comme une occasion pour le Québec d 'abord
- 43:27de se renforcer économiquement, socialement,
- 43:30même culturellement. et de travailler avec les
- 43:33autres provinces. Il y a une part en matière
- 43:35d 'investissement en défense qui va nous revenir,
- 43:37une part considérable. Montréal, c 'est quand
- 43:39même, dans l 'aéronautique, c 'est quand même
- 43:40la troisième ville au monde en aéronautique.
- 43:43C 'est pas rien. On a des atouts, on a des ressources
- 43:46naturelles, on a un savoir -faire. Là, le moment
- 43:49de sursourcer, travaillons ensemble. Et moi,
- 43:51ce que je souhaite, c 'est que le Québec soit
- 43:53à l 'avant -plan et joue un rôle de leader. Et
- 43:55je pense qu 'on perdrait une formidable occasion
- 43:58si le Québec était aux abonnés absents. ou si
- 44:00on se contentait de revenir à un débat oui -non
- 44:04où, au fond, le PQ nous plonge dans un débat
- 44:07référendaire, il faut aller au -delà de ça. C
- 44:10'est intéressant de se dire, j 'ai reçu Jean
- 44:12-Marc Fournier sur le podcast, puis il parlait
- 44:14de l 'importance d 'un conseil de la fédération
- 44:16au gouvernement précédent, puis il parlait de
- 44:19l 'importance de maintenir la relation avec les
- 44:21autres provinces. Il y a plusieurs choses qui
- 44:23sont arrivées dernièrement, que je me suis dit,
- 44:24ça ne serait pas été comme ça si jamais on avait
- 44:26eu des meilleures relations avec les autres provinces.
- 44:28Churchill Falls. Je ne sais pas la relation du
- 44:31Québec avec Terre -Neuve, à quel point elle a
- 44:32été entretenue à travers les années, mais j 'ai
- 44:35comme l 'impression, c 'est peut -être juste
- 44:37un mal placé, mais j 'ai comme l 'impression
- 44:38qu 'on a négocié ça parce qu 'il fallait négocier
- 44:39ça, mais tu sais, on entend. Je ne me souviens
- 44:42pas la dernière fois que François Legault a été
- 44:43se promener à Terre -Neuve ou Labrador pour aller
- 44:45rencontrer son homologue, puis il dirait que
- 44:47ça serait bien qu 'on fasse plus d 'affaires
- 44:48ensemble. Tu sais, toi tu as des ressources naturelles,
- 44:50tu sais, nous on a une expertise pour qu 'on
- 44:52ne peut pas travailler plus ensemble. Puis même,
- 44:55je vais être un peu osé ici, même un gouvernement
- 44:57du Parti québécois, je comprends que le concept
- 45:00d 'une séparation unilatérale avec une déclaration,
- 45:04puis espérer que tout le monde dans le monde
- 45:05va nous reconnaître, c 'est comme l 'approche
- 45:08qu 'eux autres mettent de l 'avant, parce que
- 45:09c 'est à leurs yeux plus simple. On pourrait
- 45:11débattre de cet argumentaire -là. Je pense que
- 45:14la Cour suprême disait que c 'est à l 'extérieur
- 45:15du droit. Mais disons que ton objectif, c 'est
- 45:19de faire la séparation du Québec. tu sais qu
- 45:22'inévitablement, il va falloir que tu négocies
- 45:24avec toutes les provinces qui vont peut -être
- 45:26être un petit peu fâchées que le Québec veuille
- 45:27se séparer. Tu sais que tu vas devoir négocier
- 45:30avec Ottawa. Même comme souverainiste, mais je
- 45:33me serais dit, je vais aller me bâtir des relations
- 45:36avec les différentes provinces, puis je vais
- 45:37leur dire, regardez, nous, on veut se séparer
- 45:39pour x ou y raisons. C 'est pas personnel, c
- 45:42'est pas contre vous, c 'est pour des enjeux
- 45:43culturels, peu importe, pour protéger le français.
- 45:47Mais moi, c 'est important pour moi, comme premier
- 45:49ministre du Québec souverain, J 'espère que personne
- 45:52ne va clipper mon affaire, mais... C 'est ça,
- 45:57en contexte. Mais moi, comme premier ministre
- 46:00d 'un Québec souverain, c 'est important pour
- 46:02moi de maintenir une bonne relation avec mon
- 46:03voisin, qui est le Canada. Je comprends très
- 46:06bien que l 'Ontario aimerait ça pour pouvoir
- 46:08continuer d 'aller au Nouveau -Brunswick sans
- 46:09passer par la voie maritime. On a tout intérêt
- 46:12à maintenir certains droits de passage par rapport
- 46:14à ça. Puis je me dis, le jour que t 'as un référendum
- 46:17qui passe, mais ça semble que c 'est plus facile
- 46:19si t 'as entretenu toutes ces relations -là avec
- 46:21les gens qui ont le pouvoir de mettre de la pression
- 46:24sur Ottawa pour que ça se passe bien, parce qu
- 46:26'ils sont rassurés que ça se passe bien, plutôt
- 46:28que les ignorer, puis après ça, déclarer illatéralement
- 46:31la séparation, puis espérer que tout ce beau
- 46:33monde -là vont appuyer ton projet. Le problème
- 46:35du Parti québécois, c 'est qu 'il y a la politique
- 46:38et ensuite il y a leur projet. La politique du
- 46:43Parti québécois, c 'est de faire la démonstration
- 46:45qu 'il n 'y a rien qui fonctionne au Canada,
- 46:47que le lien entre Tawa et Québec est brisé. que
- 46:50le Canada a tenté par tous les moyens de nous
- 46:53assimiler. D 'ailleurs, c 'est très étrange,
- 46:54ils utilisent le mot Canada. Moi, je savais pas
- 46:56qu 'en Saskatchewan, il y avait une volonté d
- 46:59'assimiler les Québécois. C 'est drôle, là, mais
- 47:01c 'est parce que quand t 'écoutes le discours,
- 47:03puis je parle du discours du chef du Parti québécois.
- 47:05Je parle pas d 'une discussion de cuisine, là,
- 47:07parce que c 'est des termes qu 'il a utilisés.
- 47:10Alors, d 'un côté, moi, j 'ai de la difficulté
- 47:12à les suivre parce qu 'ils sont radicaux, surtout
- 47:15en ce moment avec PSPP. Ils sont radicaux dans
- 47:18le discours qu 'ils tiennent contre... Ottawa,
- 47:20le régime canadien. C 'est intéressant, c 'est
- 47:22toujours la faute des autres. C 'est le fun.
- 47:27Alors, il y a leur stratégie politique d 'un
- 47:31côté qui est une stratégie parfois de la terre
- 47:33brûlée, puis il y a une aspiration qui elle est
- 47:36légitime. Moi, je ne suis pas d 'accord, mais
- 47:38elle est légitime à réaliser l 'indépendance.
- 47:44Et moi, je trouve qu 'il... Eux aussi, on a de
- 47:47la difficulté à trouver le point d 'équilibre
- 47:48parce que le discours, parfois, est tellement
- 47:50radical quand j 'écoute le chef du PQ, tellement
- 47:53radical envers les fédéralistes, radical envers
- 47:56Ottawa, envers le reste du Canada. En fait, le
- 48:00problème, c 'est que leur stratégie politique
- 48:02ne correspond pas à la réalité de ce qu 'est
- 48:03le Canada. Il y a personne qui pense que le Canada,
- 48:07c 'est Alcatraz ou le goulag. Dire l 'inverse,
- 48:10c 'est vivre dans un monde parallèle. Il faut
- 48:12le dire. C 'est vivre dans un monde parallèle.
- 48:15Et on revenait sur l 'importance des arguments,
- 48:17des échanges et des raisons. Il y a des arguments
- 48:19en faveur de la souveraineté. Moi, je ne suis
- 48:21pas d 'accord, mais il y en a. Et c 'est une
- 48:25cause qui est respectable. mais encore alors
- 48:31c 'est difficile pour eux de leur dire faut coopérer
- 48:33avec les provinces en vue de faire la séparation
- 48:34quand leur stratégie politique c 'est l 'inverse
- 48:37c 'est de pas coopérer avec les provinces et
- 48:39le fédéral alors moi je pense qu 'ils sont pris
- 48:42c 'est un nœud ils sont pris dans ce nœud là
- 48:44ils peuvent pas s 'en sortir peut -être que ça
- 48:47serait dans leur intérêt tu fais une expérience
- 48:49de pensée souverainiste là mais peut -être que
- 48:52ça serait dans leur intérêt de se dire on va
- 48:53expliquer calmement au canada je pense que des
- 48:56gens comme René Lévesque ont essayé de le faire.
- 49:00Je pense que René Lévesque avait une volonté
- 49:02de rassembler les Québécois. Je pense qu 'il
- 49:05avait une démarche qui était sincère. Je pense
- 49:08qu 'il savait qu 'il y avait des limites dans
- 49:10la stratégie et le discours politique. Il y avait
- 49:12des choses qu 'on ne devait pas dire. Il ne fallait
- 49:14pas aller overboard. Je ne vois pas ça actuellement
- 49:17dans le discours du PQ. Je trouve que c 'est
- 49:19overboard. Je trouve que c 'est radical. Et je
- 49:22trouve que parfois, on ne vit pas dans la réalité.
- 49:25Et ça, c 'est bien dommage. Donc ton vœu ou ton
- 49:28espoir pour le PSPP, je ne suis pas sûr que ça
- 49:31va se réaliser. Moi, je suis convaincu que PSPP
- 49:33passe ses fins de semaine à écouter mon podcast
- 49:35et à se demander comment est -ce que je pourrais
- 49:37l 'aider. Ils devraient, ils devraient. C 'est
- 49:38ça, exactement. Je me demande ce que Alexandre
- 49:40pense que je devrais faire pour mon projet souverainiste.
- 49:43Mais c 'est ça parce que je me dis, disons que
- 49:45je me mettais dans la tête d 'un souverainiste,
- 49:46peut -être que c 'est impossible, mais... Tu
- 49:49sais, je me dis, ok, moi, exemple, il y a X ou
- 49:50Y raisons pour que je voudrais faire la souveraineté,
- 49:52puis encore, il faudrait que ça soit débattu,
- 49:54parce qu 'on parle toujours de la langue et de
- 49:55la culture, puis comme tu l 'as très bien expliqué,
- 49:57c 'est des outils qu 'on a déjà, mais disons
- 49:59qu 'il y a X outils qui sont super importants
- 50:01pour eux autres. On pense que c 'est impossible
- 50:03d 'aller chercher pour X ou Y raisons, mais moi,
- 50:06je pense que les autres provinces seraient parlables
- 50:08pour cet outil spécifiquement là, mais disons
- 50:10que tu veux vraiment la souveraineté pour X ou
- 50:11Y raisons, encore là... Tu sais, comme n 'importe
- 50:13quel projet majeur qui va avoir un impact. Tu
- 50:16sais, ils parlent aux États -Unis, ils parlent
- 50:17à la France. Pourquoi ils ne parlaient pas aux
- 50:19autres provinces canadiennes, je dirais? Ils
- 50:21sont directement visés. Il y en a une en particulier
- 50:23qui pourrait être un allié, c 'est l 'Alberta.
- 50:25Si on va au -delà des clichés puis des caricatures,
- 50:28franchement, il y en a une qui a la même volonté
- 50:30d 'autonomie que nous, qui veut être respectée
- 50:33dans ses champs de compétence. C 'est l 'Alberta.
- 50:36Il y a un projet avec l 'Alberta, un projet politique
- 50:39qu 'on pourrait entreprendre avec l 'Alberta.
- 50:42Moi, je pense, franchement, si le Québec et l
- 50:44'Alberta s 'assoient à table, c 'est -à -dire
- 50:45nous, on veut réformer la Constitution du Canada.
- 50:47Voici notre plan. Est -ce qu 'on est d 'accord?
- 50:49Oui. On le présente aux provinces, on le présente
- 50:51au gouvernement fédéral. Je pense que ça pourrait
- 50:53fonctionner. C 'est plus ce qu 'elle tient à
- 50:54la population du Québec. L 'Alberta, on est quasiment
- 50:57rendu à 13 -14 millions. Et je pense qu 'un gouvernement
- 51:00fédéraliste devrait le faire. devraient coopérer,
- 51:04si tu veux, changer le Canada. Si tu considères
- 51:08qu 'il y a des modifications à faire sur la Constitution,
- 51:11parler de la Constitution de 1982. Un, bien,
- 51:14prépare le terrain, travaille avec les provinces.
- 51:17Et moi, je travaillerais avec l 'Alberta, la
- 51:19Saskatchewan et toutes les provinces qui souhaiteraient
- 51:20des améliorations au fonctionnement du Canada.
- 51:23Ça, c 'est possible. C 'est pas vrai que ça n
- 51:24'est pas possible. Tu as des enjeux communs avec
- 51:26toutes ces provinces -là. Oui, tout à fait. On
- 51:28peut comprendre. L 'Ontario a une situation un
- 51:30peu particulière. J 'en suis sur le Breton, c
- 51:34'est la seule province qui n 'a pas d 'appartenance
- 51:35provinciale parce que le Canada, c 'est eux.
- 51:38Mais c 'est ça. Moi, je dirais la même chose
- 51:40au niveau de l 'Alberta, de démoniser le Québec
- 51:43en disant que Ottawa fait tout ce que le Québec
- 51:47veut. Si on a des frustrations, on n 'a beaucoup
- 51:50de poids en commun, on serait mieux de travailler
- 51:51ensemble. Je pense que, comme tu dis, le Québec...
- 51:54La Saskatchewan, l 'Alberta, ça se voit ensemble.
- 51:57Il y a probablement des dossiers avec la Colombie
- 51:58-Britannique aussi. Absolument. On aurait beaucoup
- 52:00de points en commun. Et puis là, Ottawa peut
- 52:02pas fermer la porte à quatre des plus grandes
- 52:05provinces. Pis t'sais, moi, ça m 'intéresse pas
- 52:07de discuter avec vous de ce problème -là. Pis
- 52:09t'sais, je pense, autant qu 'on essaie de démoniser
- 52:12Ottawa... En général, quand il y a des enjeux,
- 52:15ils n 'ont pas intérêt non plus à créer la grogne
- 52:18au sein des Canadiens. Ils sont élus eux autres
- 52:20aussi. Donc, si on a un projet qui est raisonnable
- 52:23et qu 'il y a des raisons pour lesquelles ce
- 52:24projet -là est mis de l 'avant, ils ont tout
- 52:25intérêt à participer de bonne foi. Moi, je le
- 52:30crois et je pense que c 'est une question de
- 52:31leadership politique. Parce que parfois, on se
- 52:36perd dans la mécanique ou les compétences. ou
- 52:41sur, je sais pas moi, un dysfonctionnement au
- 52:43niveau de la fonction publique qui fait au fond
- 52:44que le politique n 'existe pas, il faut arrêter
- 52:46là. On vit à une époque là, puis on parlait d
- 52:48'un tournant là, c 'est une époque de leadership
- 52:50politique. Il faut être prêt à mettre ses énergies
- 52:53là, mais il faut se battre pour ses convictions
- 52:55et son projet. On est rendu là là. Alors si le
- 52:57Québec, et moi je pense que c 'est pas ce qu
- 52:59'on a eu, il n 'y a pas eu de volonté politique
- 53:01de travailler avec les provinces et de construire
- 53:04une fédération canadienne qui est dans l 'intérêt
- 53:07du Québec. qui n 'est pas contre, mais qui est
- 53:08dans l 'intérêt du Québec. Il n 'y a pas eu cette
- 53:10volonté -là depuis les sept dernières années
- 53:12et je pense qu 'on en a beaucoup souffert. En
- 53:14parlant de deux -chips politiques, puis on va
- 53:16terminer là -dessus, il reste une 5 -6 minutes,
- 53:18mais j 'aime ça qu 'on parle de Georges -Étienne
- 53:20Cartier, parce que si quelqu 'un, je pense dans
- 53:23l 'histoire canadienne, qui a fait preuve des
- 53:25deux -chips, la souveraineté, ça c 'est beaucoup
- 53:28de mettre de l 'avant que c 'est essentiellement...
- 53:30Un Lorde Britannique a décidé que le Canada va
- 53:33être un pays. C 'était beaucoup de travail local.
- 53:39Parle -moi un peu de Georges -Edienne Cartier
- 53:40et son rôle dans la création du Canada. Georges
- 53:43-Edienne Cartier, c 'était probablement le principal
- 53:46partenaire de Sir John A. MacDonald. C 'est un
- 53:49des fondateurs du pays. Il y a une toile qui
- 53:52est très connue de ceux qu 'on appelle les Pères
- 53:54de la Confédération qui se sont rencontrés pour
- 53:56la première fois à l 'île du Prince -Édouard
- 53:59à Charlottetown. Il est sur cette toile. C 'est
- 54:03quelqu 'un... c 'est un avocat de formation,
- 54:08quelqu 'un qui a milité pour l 'abolition du
- 54:10régime seigneurial, du droit coutumier, parce
- 54:13qu 'avant le Code civil au Québec, on avait,
- 54:15au fond, ce qui ressemblait, ce qui était un
- 54:17droit médiéval. C 'est lui qui a jeté les bases
- 54:21de la construction de ce qu 'on va voir le ministère
- 54:23de l 'Instruction publique et ensuite le ministère
- 54:25de l 'Éducation. Et Georges -Etienne Cartier,
- 54:29lui, endossait tout à fait la conception d 'après
- 54:31laquelle ce sont les colonies d 'origine qui
- 54:35ont bâti le Canada et le gouvernement fédéral
- 54:37et non pas l 'inverse. Mais il y a quelque chose
- 54:39de plus profond, je pense, chez Cartier. C 'est
- 54:44que Cartier était très conscient qu 'il y avait
- 54:45une nation canadienne -française avant qu 'il
- 54:47y ait un Canada. Ça, ça compte. Et aujourd 'hui,
- 54:51c 'est le Québec, pas simplement parce qu 'il
- 54:52y a une nation acadienne puis il y a des nations
- 54:53francophones. Il faut... mais c 'est très important
- 54:57comme rappel pour comprendre le rôle clé que
- 55:01joue le Québec et les Québécois aujourd 'hui
- 55:02dans la fédération canadienne. D 'une certaine
- 55:05façon, pour le dire simplement, on existait avant
- 55:07le Canada. Et on existe encore aujourd 'hui.
- 55:10Et on ne forme plus une société distincte. Moi,
- 55:12j 'aime pas le terme société distincte. On forme
- 55:14une nation. Et on devrait s 'affirmer comme tel.
- 55:17puis la nation, ça va au -delà des affiliations
- 55:19politiques, là. Et... et alors, Cartier, je pense,
- 55:23c 'est, d 'une certaine façon, là, c 'est un
- 55:25des principaux architectes du Canada. Il est
- 55:27derrière la construction des premiers chemins
- 55:29de fer. Alors, les grands projets, le droit,
- 55:34on vit dans un Canada où on a un système bijuridique,
- 55:38on a le Code civil d 'un côté, la common law
- 55:39de l 'autre. Alors, que ce soit le droit, les
- 55:42grands projets économiques, la construction d
- 55:45'un État fédéral, Quartier a joué un rôle central
- 55:49dans la construction du Canada. a été, d 'une
- 55:51certaine façon, con premier ministre avec Sir
- 55:54John A. MacDonald. Et ne serait -ce que pour
- 55:56ces raisons -là, moi, je trouve ça fascinant
- 55:58qu 'on puisse savoir que quelqu 'un, tu sais,
- 56:02on est et on participe à la construction d 'un
- 56:05pays, d 'un État -Nation. Il y a une conception
- 56:08très fine chez Cartier, du Canada, comme pays
- 56:10politique, prise en compte de la diversité, de
- 56:12la dualité. On aurait parlé de la dualité à cette
- 56:14époque -là. Mais pour toutes ces raisons -là,
- 56:17c 'est un réformateur du droit. un entrepreneur,
- 56:22puis un des principaux architectes de la construction
- 56:24du Canada. Pour moi, Cartier, c 'est un peu le
- 56:26modèle, ce à quoi on devrait aspirer quand on
- 56:28est fédéraliste. C 'est -à -dire, le Canada se
- 56:30porte mieux quand le Québec joue un rôle de leader.
- 56:33Et le Canada se porte nettement moins bien quand
- 56:35il ne joue pas un rôle de leader. Et c 'est ça,
- 56:37le défi... Je me trompe, mais il était proche
- 56:43du mouvement patriote, puis il a lui -même évolué
- 56:48vers une position où il s 'est dit qu 'on va
- 56:50fonctionner dans le système. Parce qu 'il fait
- 56:51partie de ces Canadiens -Français qui ont tiré
- 56:54les leçons de l 'expérience américaine et qui
- 56:56considéraient que la révolution américaine avait
- 56:57été une révolution violente et qui voulaient
- 57:00d 'une certaine façon protéger le Canada. Cartier,
- 57:03c 'est un pragmatique. C 'était vraiment... c
- 57:05'était un grand pragmatique en politique. Puis
- 57:07il tirait les leçons de l 'expérience américaine
- 57:09et il ne voulait pas reproduire l 'expérience
- 57:11américaine. Oui, jeune, il a été tenté, là. Mais
- 57:15par la suite, non, il fait un choix qui est un
- 57:17choix très, très pragmatique. Ensuite, il y a
- 57:19les critiques de Cartier, il y a les reproches
- 57:21qu 'on lui fait, c 'est normal, il y a un travail
- 57:23d 'histoire. Mais je pense que s 'il y a des
- 57:27leçons à tirer de Cartier, c 'est le pragmatisme
- 57:29politique. Et c 'est que le leadership, la volonté
- 57:34politique, ça compte. Au -delà des contraintes,
- 57:36là, ça compte. Et donc, moi, je pense que c 'est
- 57:41un personnage historique qui mérite d 'être davantage
- 57:43connu dans notre histoire. J 'ai écrit un chapitre
- 57:47sur lui, en plus. Oui, c 'est ça. C 'est vraiment
- 57:49intéressant. Puis si ça intéresse nos auditeurs,
- 57:52l 'histoire de comment les conférences, là, où
- 57:54ils s 'en vont en bateau, toute la gang, puis
- 57:56là, ils débarquent dans un... dans une ville,
- 57:59puis là, ils parlent trois, quatre jours, puis
- 58:00après ça, ils virent sur une brosse, puis après
- 58:01ça, ils s 'en vont se promener dans des villages
- 58:04pour essayer de parler de ce qu 'ils ont discuté
- 58:07avec les... Parce que c 'était comme ça, il y
- 58:08avait pas d 'Internet, là, fait que là, tu venais
- 58:10de convenir de quelque chose, puis t 'essayais
- 58:12d 'avoir un peu de buy -in, là, fait que là,
- 58:13tu te promenais, là, en caléchant avec les villages
- 58:15pour dire « Hé, on a parlé de ton affaire! »,
- 58:17puis t 'essayais de convaincre les gens, c 'était
- 58:18assez fascinant, puis je pense qu 'ils ont même
- 58:19eu une game de saut de mouton, au moment donné,
- 58:21en tout cas, des espèces... C 'est une autre
- 58:23époque, hein? Le rythme de la politique était
- 58:25pas le même à cette époque -là, franch du tout
- 58:27le même. Merci beaucoup Antoine. Merci beaucoup
- 58:30d 'avoir invité. Merci d 'avoir été avec nous.
- 58:33Si vous avez aimé l 'épisode, abonnez -vous et
- 58:34laissez -nous vos commentaires pour qu 'on puisse
- 58:35s 'améliorer. À la semaine prochaine!