Latest / 7H40 Martin Buxant / Moktar Gaouad, spécialiste des Etats-Unis
Transcript
- 0:00Speaker 2: C'est l'heure de l'invité Bel RTL. L'interview Bel RTL de 7h40,
- 0:04Speaker 2: c'est avec Jim Nejman qui reçoit ce matin Mokhtar Gawad,
- 0:07Speaker 2: spécialiste des Etats-Unis, ancien rédacteur en chef de TV5Monte et France 24.
- 0:11Speaker 2: Bonjour Mokhtar Gawad. Bonjour Jim, bonjour à tous. Merci beaucoup
- 0:14Speaker 2: d'avoir accepté notre invitation sur Bel RTL. Sixième nuit consécutive
- 0:18Speaker 2: de frappe américaine contre l'Iran, avec des cibles de plus
- 0:20Speaker 2: en plus nombreuses et parfois aussi de plus en plus profondes.
- 0:22Speaker 2: Est-ce qu'avec ce qu'on voit depuis une semaine, on a
- 0:25Speaker 2: franchi un nouveau cap dans cette guerre selon vous Mokhtar Gawad?
- 0:28Speaker 3: Aujourd'hui, quand vous regardez où se déroulent les bombardements, pratiquement
- 0:33Speaker 3: plus aucune région de l'Iran n'est épargnée. Les dernières ont
- 0:38Speaker 3: visé le sud du pays. Quand il y a plusieurs nuits,
- 0:42Speaker 3: vous en parliez, les six dernières nuits, on a vu l'ouest,
- 0:48Speaker 3: le centre, quasiment partout. Et si on part... d'une trêve
- 0:55Speaker 3: ou d'une tentative d'accord. Effectivement, nous assistons à une escalade qui,
- 1:01Speaker 3: à mon avis, n'est pas dans l'intérêt des deux protagonistes
- 1:04Speaker 3: et j'espère y revenir plus
- 1:06Speaker 2: tard. Il a l'air loin, cet accord qui avait été
- 1:08Speaker 2: signé entre Américains et Iraniens, cette trêve, comme vous venez
- 1:11Speaker 2: de l'expliquer. L'Iran a visé et touché plusieurs pays du Golfe,
- 1:14Speaker 2: encore cette nuit, avec des frappes notamment sur le Koweït,
- 1:16Speaker 2: sur Bahreïn et notamment sur le Qatar aussi. Il menace
- 1:19Speaker 2: de détruire toutes les infrastructures de la région si les
- 1:22Speaker 2: Américains continuent leurs bombardements, et en particulier sur les infrastructures
- 1:26Speaker 2: techniques et les ponts. À partir de quels événements on
- 1:28Speaker 2: bascule dans ce qu'on appelle une guerre incontrôlable, selon vous
- 1:31Speaker 3: Alors, l'Iran répond, si je puis dire, dans une espèce
- 1:37Speaker 3: de tentative de régionalisation du conflit. L'Iran a intérêt à
- 1:44Speaker 3: déstabiliser l'ensemble de la région. Comme l'Iran ne peut pas
- 1:49Speaker 3: faire face à la puissance américaine et avant cela à
- 1:53Speaker 3: la puissance duale israélo-américaine, évidemment, ils ont intérêt à ce
- 1:59Speaker 3: que toute la région bascule. Et ça, c'est un calcul
- 2:04Speaker 3: qui n'a pas été caché, Jim, par les Iraniens. Ils
- 2:07Speaker 3: savent pertinemment qu'ils ont intérêt à ce que les alliés
- 2:11Speaker 3: locaux des États-Unis ainsi que les intérêts économiques américains subissent
- 2:18Speaker 3: des conséquences car ils ne peuvent pas avoir une guerre
- 2:22Speaker 3: classique avec les États-Unis d'Amérique vu la puissance de feu
- 2:28Speaker 3: qu'a la première puissance militaire au
- 2:30Speaker 2: monde. Toujours donc un pouvoir de nuisance côté iranien. Ils
- 2:34Speaker 2: ne sont pas prêts à céder aujourd'hui ces Iraniens. Qui
- 2:37Speaker 2: a aujourd'hui l'avantage dans ce rapport de force selon vous?
- 2:40Speaker 3: Alors, je le disais, cette guerre n'est visiblement, quand on
- 2:45Speaker 3: regarde les conséquences, n'est ni dans l'intérêt des États-Unis ni
- 2:50Speaker 3: dans celui de l'Iran. En tout cas, qu'elle continue de
- 2:53Speaker 3: la sorte. Parce qu'aux États-Unis, vous l'observez, l'inflation et surtout
- 3:03Speaker 3: le prix de l'énergie augmentent. Et ceci est de plus
- 3:07Speaker 3: en plus vrai partout aux Etats-Unis et Trump qui avait
- 3:14Speaker 3: misé sur une
- 3:18Speaker 2: guerre
- 3:19Speaker 3: éclair et qui avait dit vous allez voir ce serait
- 3:22Speaker 3: une promenade aujourd'hui est embourbé et ne sait quasiment pas
- 3:28Speaker 3: comment s'en sortir quant à l'Iran l'Iran est quasiment à
- 3:32Speaker 3: genoux sur le plan économique c'est un état paria dans
- 3:38Speaker 3: le monde et dans la région surtout, alors qu'il a
- 3:41Speaker 3: intérêt à ce qu'il y ait une normalisation. Mais vous
- 3:45Speaker 3: avez effectivement une guerre qui est quasiment hors de contrôle
- 3:50Speaker 3: et il faut aujourd'hui qu'il y ait un miracle pour
- 3:54Speaker 3: que l'on assiste à un début de désescalade ou en
- 3:58Speaker 3: tout cas un accord... permanent.
- 4:01Speaker 2: C'est ce qui inquiète les observateurs comme vous, Mokhtar Gawad,
- 4:04Speaker 2: mais Donald Trump, il déteste apparaître comme un loser, comme
- 4:07Speaker 2: un perdant, c'est sa plus grande crainte à Trump, il
- 4:09Speaker 2: a souvent dit dans différentes biographies ou différentes interviews, si
- 4:13Speaker 2: l'Iran continue de lui résister, il ira jusqu'où selon vous
- 4:16Speaker 2: pour revendiquer une victoire ou un semblant de victoire?
- 4:19Speaker 3: Alors aujourd'hui, et c'est encore plus inquiétant, nous assistons à
- 4:24Speaker 3: l'émergence ou en tout cas au retour des discours des
- 4:29Speaker 3: fameux faucons qu'on n'entendait plus depuis un moment.
- 4:33Speaker 2: Les vats en guerre, c'est ça?
- 4:33Speaker 3: Les vats en guerre reprennent de la voix. Quand vous
- 4:37Speaker 3: écoutez une chaîne comme News Nation ou d'autres chaînes très conservatrices,
- 4:44Speaker 3: vous avez un certain nombre de généraux qui reviennent sur
- 4:48Speaker 3: le premier plan pour décrire ce qu'il faut faire et,
- 4:52Speaker 3: comme ils disent, finish the job. Il faut qu'on finisse
- 4:57Speaker 3: le travail avec des stratégies de plus en plus établies
- 5:02Speaker 3: par ces mêmes faucons. Par exemple, l'invasion de l'île de
- 5:06Speaker 3: Karg ou carrément mettre des soldats sur le sol iranien.
- 5:12Speaker 2: Vous y croyez, ça? On parle d'opération de préparation. Ce
- 5:15Speaker 2: sont les termes utilisés par les Américains. Préparation à quoi?
- 5:18Speaker 2: À une invasion terrestre? Vous y
- 5:20Speaker 3: croyez, ça? Alors... De Trump, on peut tout un peu attendre,
- 5:25Speaker 3: on peut s'attendre à tout. Là, aujourd'hui, et ce n'était
- 5:29Speaker 3: pas le cas, ce n'était pas le cas, même si
- 5:31Speaker 3: l'opinion publique américaine est dans sa majeure partie contre cette guerre,
- 5:36Speaker 3: il y a de plus en plus de voix qui disent, bon,
- 5:40Speaker 3: on ne peut pas se faire humilier, on ne peut
- 5:42Speaker 3: pas rester ainsi, Trump dit tout et menace, mais aucun effet. Alors,
- 5:48Speaker 3: il faut qu'on s'évade en guerre, sont de plus en
- 5:52Speaker 3: plus entendus et de plus en plus invités aux Etats-Unis.
- 5:56Speaker 2: Il y a les mid-terms qui arrivent, les élections de mi-mandat,
- 5:58Speaker 2: avec un renouvellement le 3 novembre du Congrès. D'un côté, ça pourrait...
- 6:03Speaker 2: Peut-être profiter à Trump s'il parvient à garder cette majorité.
- 6:06Speaker 2: De l'autre, ce qui s'annonce quand même le plus probablement,
- 6:09Speaker 2: c'est une victoire démocrate au moins dans une des deux chambres.
- 6:13Speaker 2: Il y a un sondage qui a été publié hier
- 6:14Speaker 2: et qui montre que près de 7 Américains sur 10 désapprouvent la
- 6:18Speaker 2: gestion de cette guerre par Donald Trump et pensent qu'elle
- 6:20Speaker 2: ne valait pas la peine d'être menée. Il a déjà
- 6:22Speaker 2: perdu la bataille de l'opinion publique américaine, selon vous le
- 6:24Speaker 2: président américain?
- 6:25Speaker 3: Sur cette guerre en Iran, définitivement, il a perdu, et évidemment,
- 6:31Speaker 3: personne ne comprend cette contradiction venant de lui, qui a toujours,
- 6:36Speaker 3: et c'est vrai, il a toujours été, dans ses discours,
- 6:40Speaker 3: contre les guerres. Et là, il est vraiment pris dans
- 6:45Speaker 3: un piège. Il pensait qu'une guerre éclair allait être menée,
- 6:50Speaker 3: mais vous savez, à chaque fois, Dans l'histoire des guerres
- 6:54Speaker 3: aux États-Unis, on pensait partir sur une guerre éclair, même
- 6:58Speaker 3: au Vietnam. Les fameuses guerres éclairs se sont transformées en
- 7:03Speaker 3: ce qu'on appelle les« forever wars», c'est-à-dire les guerres perpétuelles.
- 7:07Speaker 2: On le
- 7:07Speaker 3: voit en Irak, on l'a vu en Afghanistan, on l'a
- 7:10Speaker 3: vu évidemment au Vietnam. Et est-ce qu'on va le voir
- 7:15Speaker 3: aujourd'hui en Iran? C'est la grande question. on peut s'attendre
- 7:20Speaker 3: à une espèce de fatigue et puis qu'on reste dans
- 7:24Speaker 3: cet état d'observation et d'attaque par-ci par-là en ayant oublié
- 7:29Speaker 3: ce qu'avait dit Trump, je ne vais pas en guerre
- 7:33Speaker 2: cette fois-ci. On a du mal à comprendre la stratégie
- 7:35Speaker 2: de Donald Trump? Je me défie, ceux qui nous écoutent,
- 7:37Speaker 2: de nous l'expliquer ce matin. Mais c'est vrai qu'on a
- 7:40Speaker 2: d'un côté des bombardements américains vers... On se demande les objectifs.
- 7:44Speaker 2: Est-ce que c'est pour négocier ou est-ce que c'est simplement
- 7:47Speaker 2: pour continuer à bombarder et tenter de faire piller le régime?
- 7:49Speaker 2: Qu'est-ce qu'ils pensent, les dirigeants iraniens de Donald Trump, selon vous?
- 7:52Speaker 2: Lui qui a dit une cinquantaine de fois qu'un accord
- 7:54Speaker 2: était proche tout en bombardant le pays.
- 7:56Speaker 3: Alors, les Iraniens, tout comme les autres adversaires des Etats-Unis,
- 8:01Speaker 3: je parle de la Chine ou de la Russie, ont
- 8:03Speaker 3: compris aujourd'hui ce qu'est le personnage Trump.
- 8:07Speaker 2: Vous côtoyez beaucoup de diplomates, vous, qui viennent du
- 8:09Speaker 3: monde entier
- 8:10Speaker 3: Mais Trump, on peut lui reconnaître une qualité, c'est qu'il
- 8:15Speaker 3: ne cache pas ce qu'il fait et il dit ce
- 8:17Speaker 3: qu'il pense. Donc au moins, on est avertis. Et les
- 8:20Speaker 3: Iraniens ont compris qu'ils ont face à eux... une personne
- 8:26Speaker 3: extrêmement complexe, contradictoire, qui peut passer d'un état à un autre,
- 8:32Speaker 3: d'un état psychologique à un autre, d'une stratégie à une autre.
- 8:37Speaker 3: Et leur lecture n'a pas varié depuis le départ. Ils
- 8:41Speaker 3: tiennent tête à Trump, à la grande surprise de beaucoup d'observateurs.
- 8:47Speaker 3: Et là, je pense qu'ils vont continuer à avoir la
- 8:52Speaker 3: même stratégie de vouloir régionaliser, de vouloir répondre en bombardant
- 8:57Speaker 3: les pays aux environs. Et ils vont rester sur cette
- 9:01Speaker 3: stratégie tant que Trump et ses vingt ans en guerre,
- 9:05Speaker 3: comme je le disais, les menacent et les frappent.
- 9:09Speaker 2: Cette nuit, il y a eu le fameux discours sur
- 9:11Speaker 2: l'état de la nation. Avec Donald Trump, c'est toujours quelque
- 9:13Speaker 2: chose de très particulier. Là, il y a même des
- 9:15Speaker 2: chaînes américaines traditionnelles qui ont refusé de le diffuser. Ça
- 9:18Speaker 2: montre bien aussi l'état de tension aux États-Unis aujourd'hui. Ce
- 9:21Speaker 2: qu'on retient aujourd'hui, en tout cas du côté de la presse,
- 9:24Speaker 2: ce sont ces déclarations sur la Chine et les ingérences chinoises.
- 9:27Speaker 2: dans les élections de 2020, même si, et là je m'avance
- 9:29Speaker 2: un petit peu, aucun rapport des renseignements ne fait état
- 9:32Speaker 2: de cette ingérence-là. C'est quoi? C'est faire diversion pour dire
- 9:36Speaker 2: aux Américains, ne regardez pas en Iran, regardez plutôt comme
- 9:38Speaker 2: je me suis fait avoir, en quelques mots, M. Garon?
- 9:40Speaker 3: Oui, oui, c'est une vraie diversion. Il faut le lire ainsi.
- 9:45Speaker 3: On sait très bien qu'il ressasse les mêmes arguments, en
- 9:48Speaker 3: tout cas concernant les élections présidentielles de 2020. Et il n'y
- 9:51Speaker 3: a pas de nouveau. Quand vous regardez, quand vous écoutez
- 9:54Speaker 3: ce qu'il a dit cette nuit, il n'y a pas
- 9:56Speaker 3: vraiment beaucoup d'autres arguments que ce qu'il avait déjà dit
- 9:59Speaker 3: et que ses défenseurs ont déjà mis sur la table.
- 10:02Speaker 3: Donc oui, grande diversion. C'est du Trump tout craché.
- 10:07Speaker 2: Une belle conclusion. Merci beaucoup, Mokhtar Yawa, d'être passé sur
- 10:09Speaker 2: Valertel ce matin
- 10:10Speaker 3: Merci à tous les deux. Belle journée, bon week-end.